2003
Afrique contemporaine
Editorial
François Gaulme
Depuis une décennie, les relations entre les Etats-Unis et l’Afrique comme entre la Grande-Bretagne et ce continent ont profondément évolué. Cela tient à la conjoncture mondiale c’est-à-dire, avant tout, à la disparition de l’Union soviétique et à ses effets immédiats. Mais l’inflexion interne des politiques ne saurait être assimilée par elle-même à l’impact plus ou moins direct de cette dimension internationale, ne serait-ce que parce qu’à Washington un président républicain a succédé à un démocrate. Quelques semaines après la tournée africaine de George W. Bush, Afrique contemporaine se devait de faire le point sur cette évolution à la fois intérieure et extérieure des rapports entre l’Afrique dans sa globalité et la seule super-puissance de notre temps, épaulée par un pays demeurant, qu’on le veuille ou non, sa matrice culturelle à travers la tradition politique et étatique britannique.
Plutôt que de présenter, dans un dossier trop corseté, une réflexion fortement théorisée, cette thématique a été abordée ici d’une manière plus modeste et plus conforme sans doute à l’esprit de pragmatisme du monde anglophone. Il s’est donc agi de brosser non pas un tableau complet, parallèle et symétrique, des relations que l’on entretiendrait actuellement avec le continent africain à Washington comme à Londres, mais d’apporter un éclairage plus concentré et accentué sur leurs évolutions les plus marquantes.
Tout en maintenant une indispensable mise en perspective historique, des développements parfois nettement et inévitablement techniques ont ainsi été consacrés à de nouveaux instruments de l’aide publique à l’Afrique ou du commerce avec ce continent. Ces initiatives récentes expriment un profond renouvellement de la théorie et de la pratique des questions africaines dans les deux capitales. Quant au problème très délicat, et qui n’a pas été résolu à Cancun, des subventions aux producteurs de coton américains et européens venant combattre l’essor cotonnier ouest-africain, leur examen spécifique contraste avec celui de réalités fort différentes en fin de dossier. Il a paru intéressant, en effet, d’y inclure des apports plus ciblés géographiquement sur les incidences parfois méconnues, en Afrique de l’Ouest (action britannique en Sierra Leone) et dans l’océan Indien (statut international des Chagos), d’un déploiement géo-stratégique britannique ou américain dans ces zones.
Ce dossier permettra certainement au lecteur de constater que, contrairement à des notions préconçues, les politiques africaines de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis diffèrent, pour ne pas dire divergent, toujours profondément, dans les instruments comme par les objectifs et l’approche générale, et ceci en dépit de l’américanisation croissante du mode de vie et des comportements politiques britanniques. En réalité, le modèle développé à Londres, très neuf par rapport aux habitudes locales et très représentatif d’un courant de retour de l’Aide publique au développement (APD) après la "fatigue" manifestée naguère par les bailleurs de fonds, aura sans doute plus d’influence en Europe continentale qu’outre Atlantique.
Ce dossier se complète par quatre articles d’actualité. Les premiers abordent, avec un regard historique, la réalité la plus préoccupante sans doute de l’Afrique d’aujourd’hui, la difficulté à y faire régner une paix durable, par deux aspects complémentaires, la culture de prévention des conflits à promouvoir et la difficulté concrète à trouver des règlements durables au niveau local. Quant aux deux autres contributions, elles traitent de problèmes à dimension avant tout socio-économique, dans un cadre national. L’une souligne l’importance d’un système adéquat de transport, dans le comportement des opérateurs comme des usagers, bien au delà de la réalisation et de l’entretien des infrastructures. L’autre montre que les circuits commerciaux subsahariens ne cessent d’évoluer dans leur mode quotidien, en s’adaptant aux circonstances mais aussi en retrouvant de grandes tendances du passé pré-colonial.