2003
Afrique contemporaine
Dossier
La politique africaine des Etats-Unis : une mise en perspective
Frédéric Leriche
[*]
Longtemps située dans un "angle mort" de la politique extérieure américaine, l’Afrique suscite l’intérêt de Washington depuis une décennie. Dans le nouveau contexte géopolitique global marqué par l’unilatéralisme américain, comment interpréter cette mutation ? L’Afrique semble désormais intégrée dans la stratégie globale américaine, en raison tant de ses ressources naturelles (le pétrole au premier chef), que de la lutte contre l’islamisme radical.
Traditionally considered as peripheral within the range of U.S. foreign policy, Africa has recently turned into a major issue for the White House. In the so-called "New World Order", a geopolitical context marked by an overwhelming U.S. hegemony, how such a move has to be analysed? This paper tries to show that Africa has been included now within the global American strategy, both for its natural resources (especially oil) and the world-wide war against terrorism.
Sans pour autant être négligée, pour des raisons stratégiques ou économiques, l’Afrique subsaharienne a toujours semblé en marge dans la politique extérieure des Etats-Unis (Aicardi de Saint Paul 1984). Significativement S. Ambrose (1993) écrivait : "L’Afrique est plus un problème européen qu’un problème américain". En 1958, en plein cœur de la décolonisation, est créé au sein du département d’Etat le poste de secrétaire d’Etat adjoint pour l’Afrique. Si les Etats-Unis ne signent pas d’alliance stratégique de défense avec le continent africain dans son ensemble, comme avec l’Amérique latine (Traité interaméricain d'assistance réciproque [TIAR], 1947), l’Europe occidentale (Organisation du traité de l’Atlantique-Nord [OTAN], 1949), ou le Sud-Est asiatique (Organisation du traité de l'Asie du Sud-Est [OTASE], 1955), ils concluent cependant des accords de coopération militaire avec quelques pays, stratégiquement localisés en bordure des détroits, tels le Maroc et l’Egypte (Lemarchand
et al. 1997). Pendant longtemps, avec moins de 300 militaires officiellement permanents et aucune base pérenne notable
[1], la présence militaire américaine en Afrique subsaharienne est modeste. Le continent africain apparaît alors comme situé dans un "angle mort" de la politique extérieure américaine.
Cependant, dans un contexte géopolitique profondément remanié depuis l’effondrement de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) et les attentats du 11 septembre 2001, l’intérêt des Etats-Unis pour l’Afrique va croissant. Aussi, récemment, ont eu lieu quelques actions symboliques de rapprochement, telles les tournées de B. Clinton (en 1998 et en 2000), l’organisation de la première conférence ministérielle Etats-Unis/Afrique (en 1999), les visites de C. Powell (dès avant le 11 septembre 2001), et la récente tournée de G.W. Bush (en juillet 2003). Comment interpréter ces manifestations politiques du dialogue américano-africain ? Quelle place cet épisode occupe-t-il dans la complexe et délicate histoire qui lie Washington au continent noir africain (Duignan et Gann 1984) ? Traduit-il un virage dans l’attitude des Etats-Unis à l’égard de l’Afrique ? Quels sont les ressorts et les enjeux géopolitiques de cette mutation ?
L’analyse de l’avènement de l’unilatéralisme américain, des principes qui président la politique de Washington en Afrique, et des modalités concrètes de cette politique vise à replacer les orientations récentes de la politique africaine des Etats-Unis dans une perspective longue afin d’en mesurer les permanences et les mutations. Si, entre 1945 et 1990, le continent africain ne constitue guère plus qu’un terrain d’affrontement entre les deux blocs Est/Ouest, depuis 1990, l’enjeu géopolitique se déplace et l’enjeu économique s’affirme comme primordial. De 1990 à 2001, après une période de flottement, Washington structure une politique africaine selon trois axes : la lutte contre l’islamisme radical qui gagne du terrain, la conquête du marché africain (sous couvert de politique en faveur du développement et de la démocratie) et la prévention du sida. A partir de 2001, l’Afrique prend une nouvelle dimension, et l’accent est désormais mis sur la lutte contre le terrorisme islamiste moyen-oriental (accordant une fonction stratégique de base arrière à l’Afrique), la sécurisation des approvisionnements pétroliers (afin de réduire la dépendance énergétique des Etats-Unis à l’égard du Moyen Orient) et la stabilité régionale.
Vers l’inéluctable hégémonie des Etats-Unis ?
Si de nombreux arguments plaident en faveur de la relativité de la puissance des Etats-Unis, ces derniers apparaissent bel et bien aujourd’hui comme la puissance majeure du monde
[2]. Dynamisée par des facteurs endogènes et exogènes, l’ascension américaine gratifie l’hégémonie actuelle du pays d’un caractère inéluctable.
Les Etats-Unis dans le monde
La puissance des Etats-Unis repose sur leur position relative dans le monde. Structurellement, ils constituent la première puissance historique à la fois continentale et maritime. En termes plus conjoncturels, l’effondrement militaire, économique et idéologique de l’URSS a fait disparaître de l’échiquier mondial un adversaire géostratégique de taille, et le vide ainsi créé a laissé libre cours à l’expansionnisme américain. Par ailleurs, appréciés ou détestés, les Etats-Unis constituent la puissance de référence sur laquelle la communauté internationale tend à s’appuyer pour régler de nombreux problèmes en matière de relations internationales. Ainsi, l’intervention américaine au Kosovo, dans le cadre formel de l’OTAN, est-elle un élément décisif du dénouement de la situation. Et puis, fondamentalement, la puissance impériale des Etats-Unis est fondée sur une puissance économique considérable qui leur donne un poids relatif élevé dans le monde (quelque 25 % du produit mondial brut)
[3].
Les ressorts internes de l’expansionnisme américain
La dynamique hégémonique des Etats-Unis dépend aussi d’une série de facteurs endogènes, qui sont culturels, économiques, géopolitiques ou sociaux. Il ne s’agit pas ici de discuter des attributs de cette puissance, mais des ressorts internes de l’expansionnisme américain.
La combinaison de quelques-uns des mythes fondateurs des Etats-Unis a une influence prépondérante sur la dynamique expansionniste globale de la "civilisation américaine". Tout d’abord le mythe de la "destinée manifeste" avance l’idée que leur destin historique est de défendre la liberté de conscience dans le monde et que Dieu les accompagne dans cette démarche. Pour Thomas Woodrow Wilson, l’Amérique a une responsabilité particulière à l’égard de la communauté internationale et se doit de défendre la démocratie. Dans le contexte de la guerre froide naissante, Harry S. Truman considère que son pays doit "aider les peuples libres à préserver leurs institutions" et, à cet effet, durcit la guerre froide. B. Clinton reprend le thème de la mission américaine en faveur de la démocratie chère à Wilson et Truman, en avançant l’idée de "l’élargissement de la démocratie
[4]" ; cette doctrine concerne directement l’Afrique. Ensuite le mythe de la "frontière" propulse sans cesse les Etats-Unis vers de nouveaux horizons, non sans risques, sans injustices ni sans résistances. Ainsi, au XIX
e siècle, la conquête de l’Ouest a consisté à repousser la frontière à mesure que les colons avançaient. Le XX
e siècle semble marqué par le prolongement de cette dynamique d’expansion territoriale par delà le Pacifique, érigé en véritable frontière (Heffer 1995), essentiellement à partir de 1898
[5]. Dès lors, le reste du monde peut sans doute apparaître comme un territoire parcouru d’une nouvelle frontière à repousser au XXI
e siècle (Valladão 1993).
Mais cette volonté de promouvoir l’expansion de la "civilisation américaine" (liberté de conscience, démocratie, égalité des chances) à travers le monde est articulée à la volonté de promouvoir la liberté de commercer et d’entreprendre. C’est là que réside l’ambivalence de l’argumentaire américain justifiant l’expansionnisme. Afin de promouvoir leurs intérêts économiques, les Etats-Unis soutiennent en effet l’ouverture au libre-échange, véritable impératif pour que leurs entreprises se développent. Cet objectif primordial est perceptible dans le discours de George Bush (père) relatif à la création d’une Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA), en mai 1989 : "L’engagement dans la démocratie n’est qu’un élément dans la nouvelle association que j’envisage pour les nations des Amériques. [Elle] doit avoir pour visée la garantie que l’économie de marché survive, prospère et prévale
[6]." La démocratie est donc instrumentalisée, elle est perçue comme un moyen servant les impératifs du développement capitaliste des entreprises américaines, et non comme une fin en soi. Cet expansionnisme commercial et entrepreneurial génère des tensions parfois vives, comme en Afrique francophone (Schraeder 2000).
Cette volonté hégémonique repose aussi sur la présence d’un acteur de poids dans la société américaine, le complexe militaro-industriel : plus de 6 % de la population active travaille directement ou non sous l’égide de ce secteur (Soppelsa 1997). Cette prépondérance alimente la thèse selon laquelle le gouvernement américain a toujours besoin d’un ennemi à l’extérieur de ses frontières pour justifier les énormes dépenses militaires du pays (Stockwell 1978, 1991). W. Pfaff (2001) critique cette attitude agressive et en apparence paranoïaque des autorités américaines au lendemain de la chute de l’"empire du mal" : "C’est alors que furent développées de nouvelles théories pour dépeindre les menaces extérieures pesant sur les Etats-Unis : la guerre des civilisations
[7], un assaut généralisé de l’Islam contre l’Occident, le terrorisme mondial, un résurrection de l’impérialisme russe ou chinois, la criminalité internationale, le trafic de drogue. De pathétiques “Etats voyous” se sont retrouvés promus au rang des nations représentant une menace pour les Etats-Unis."
Par ailleurs, les besoins énergétiques de la société américaine, qui consomme 25 % du pétrole mondial, concourent à cet expansionnisme. En collusion avec les entreprises nationales, la politique extérieure des Etats-Unis est tournée vers la sécurisation des approvisionnements pétroliers
[8]. L’intérêt porté aux pays du golfe de Guinée (Nigeria, Angola, Gabon, Trinité-et-Tobago, Congo, Guinée équatoriale) n’apparaît donc pas comme simplement circonstanciel, lorsqu’en février 2003 les pressions américaines (et françaises) se multiplient pour emporter le vote du Cameroun, de l’Angola et de la Guinée au Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU) au sujet de l’intervention en Irak. Le potentiel pétrolier de cette région suscite une réelle attention de Washington, pour des raisons tant géostratégiques qu’économiques
[9].
Vers l’unilatéralisme
Les attentats du 11 septembre 2001 ont provoqué une crispation des Etats-Unis sur leur position de domination
[10]. L’engagement du conflit en Irak par la coalition américano-britannique concrétise l’unilatéralisme pleinement assumé de Washington face au terrorisme (Salomon 2002), et G.W. Bush semble vouloir placer "l’Amérique aux commandes" (Kamiya 2002). L’euphorie impériale actuelle de la droite conservatrice concourt à la définition d’une politique étrangère cohérente se fixant comme priorités articulées le maintien de l’équilibre géopolitique global fondé sur la domination américaine, la sécurité des approvisionnements pétroliers et la guerre contre le terrorisme (Klare 2002). Cette stratégie de la primauté fut "théorisée" dès 1992 dans le rapport Wolfowitz-Libby
[11], reprise et réactualisée en 2002 par la Maison-Blanche dans le rapport
National Security Strategy of the United States qui, pour G. Chaliand et A. Blin (2003), cristallise les valeurs fondatrices de l’Amérique et définit la stratégie américaine en termes de combat : "C’est une confrontation entre les forces du bien et les forces du mal, soit un scénario écrit d’avance où les Etats-Unis ne doutent pas de l’issue du combat, même si celui-ci s’annonce difficile."
Ces priorités imposent une sérieuse révision à la hausse du budget de la défense, au risque de rapprocher le pays d’une situation de "surexpansion impériale" (Kennedy 1989). Pour autant, P. Kennedy (2002) souligne désormais que ce risque apparaît lointain : "Etre le numéro un mondial au prix de fortes dépenses est une chose ; rester à moindre coût l’unique superpuissance du globe est proprement incroyable". En effet, bien que le budget de la défense ait été revu à la hausse par G.W. Bush pour atteindre la somme de quelque 330 milliards de dollars (+12 % entre 2001 et 2002), la part du produit intérieur brut (PIB) consacrée à la défense ne cesse de diminuer depuis le milieu des années 1980, passant de 6,5 % en 1985 à 3,2 % en 1998. En dépit de cette modeste charge de la défense sur le PIB américain, les dépenses militaires des Etats-Unis représentent 37 % des dépenses militaires totales dans le monde en 2000. Ils ont donc les moyens financiers de conduire cette politique hégémonique, au risque d’accroître l’entropie et les tensions internationales.
Les principes de la politique des Etats-Unis en Afrique
Les principes qui dictent la politique américaine en Afrique ne sont pas toujours très clairs. Ils changent dans le temps en fonction du contexte géopolitique, si bien que deux situations se distinguent nettement : pendant et après la guerre froide ; mais la période récente est marquée par de profondes évolutions.
La guerre froide
A partir de 1945, tant Washington que Moscou soutiennent la décolonisation, au nom du "droit des peuples à disposer d’eux-mêmes". En Afrique, l’Amérique est longtemps quelque peu réticente à intervenir sur la base du respect des "zones d’influence" des partenaires européens (Grande-Bretagne, France, Portugal, Belgique)
[12]. Mais, face au risque, réel ou supposé, de prise de contrôle du continent par l’URSS, les Etats-Unis se substituent aux petites puissances pour gérer la décolonisation. Ainsi, Washington intervient au Congo en 1960 et finit par soutenir le général Mobutu qui, pourtant, n’était pas son favori au départ. Dans le sud, en Angola, en Namibie et au Mozambique, l’Amérique intervient très indirectement,
via l’Afrique du Sud, à partir de 1975 quand le Portugal se désengage.
Dans un contexte de retrait des petites puissances, l’action américaine repose sur le principe d’opposition à l’URSS. John Fitzgerald Kennedy instaure une "politique africaine"
[13], mais, fondamentalement, il s’agit là plus d’une politique antisoviétique que d’une véritable politique africaine. L’Afrique, à l’instar des autres régions du monde, n’est alors qu’un terrain d’affrontement. En outre, les intérêts économiques y sont relativement modestes, sauf dans quelques cas, comme en Afrique du Sud (en raison de la richesse minérale du pays) ou en Angola (où la richesse pétrolière intéresse l’entreprise américaine Gulf Oil).
L’après-guerre froide
A la fin des années 1980, la détente s’impose. L’effondrement de l’URSS réduit les tensions dans le monde. L’Afrique perd alors de son – modeste – intérêt stratégique et militaire. Sous la pression de l’opinion publique et du Black Caucus au Congrès, le gouvernement américain engage une politique d’apaisement et de règlement de certains conflits, en Angola, en Namibie, en Afrique du Sud. Traduisant les divergences entre le Congrès et la Maison-Blanche, la pression américaine, réelle, est ambiguë à l’encontre du régime sud-africain. Dès 1986, la loi Comprehensive Anti Apartheid Act impose un embargo partiel dans les relations commerciales avec l’Afrique du Sud ; certains produits sont frappés par ces restrictions commerciales (charbon, fruits, diamants, quelques produits manufacturés), mais d’autres produits jugés stratégiques restent en dehors de cette contrainte (chrome, manganèse, or).
La période qui suit est organisée en trois phases. La politique de Washington semble tout d’abord en retrait, hésitante et sans principes directeurs ; dans la première moitié des années 1990, le gouvernement américain hésite à s’impliquer dans les problèmes du continent, en particulier dans le drame rwandais.
Mais, dans une seconde phase, les Etats-Unis définissent une nouvelle stratégie axée sur la progression des positions économiques américaines en Afrique
[14]. Ainsi, en 1996, B. Clinton réoriente les priorités diplomatiques générales du pays, accordant une primauté de l’économique sur le militaire, au risque de mécontenter le Pentagone, dont le budget diminue. L’épisode somalien participe au processus de redéfinition de la politique africaine de Washington. En 1992, un véritable "effet CNN" réveille l’opinion publique américaine, la chaîne privée d’information retraçant sur le petit écran la guerre civile et la famine qui sévissent en Somalie. Le gouvernement lance alors l’opération "
Restore Hope" ("Restaurez l’espoir"), en janvier 1993. Le même appareil médiatique provoque la réaction inverse en octobre 1993, lorsque la diffusion des images du corps d’un soldat américain traîné dans les rues de Mogadiscio soulève l’opinion publique et pousse B. Clinton à retirer les troupes. Cependant, l’objectif géopolitique sous-jacent de cette opération est déjà d’endiguer l’influence islamiste. Cette opération s’achève dans la confusion, de manière tragique et humiliante pour les Etats-Unis. B. Clinton promulgue alors les trois principes qui président son action sur le continent :
- trouver des solutions africaines aux problèmes africains, c’est-à-dire limiter les interventions directes et chercher des relais sur place ;
- intégrer l’Afrique dans les circuits de l’économie mondiale, comme fondement de la diplomatie commerciale de l’après-guerre froide ;
- s’opposer activement au terrorisme, islamiste, comme au Soudan ou en Libye.
Si, dans un premier temps, le gouvernement Bush n’apporte pas de bouleversement majeur à ces principes, les attentats du 11 septembre 2001 marquent sans doute le début d’une troisième phase. Ainsi, alors que la politique de B. Clinton peut être qualifiée de défensive et préventive, ou encore de "wilsonisme pragmatique" (Hassner et Vaïsse 2003), celle de son successeur est caractérisée par une volonté d’exercer un leadership agressif qui fait peu de cas des alliés traditionnels. En effet, la guerre contre le terrorisme a transformé les enjeux et surmultiplié les moyens mis en œuvre par G.W. Bush. Ainsi, la présence militaire américaine est-elle renforcée en Afrique, avec l’ouverture à Djibouti en septembre 2002 d’une base comptant désormais plus de 1 000 soldats
[15], tandis que les pressions de Washington s’accentuent pour accéder à des bases militaires dans plusieurs pays africains (Jarreau 2003). En outre, le pétrole africain devient une priorité stratégique pour les Etats-Unis, expliquant largement l’insistance de Washington pour appuyer le développement des entreprises américaines sur le continent
[16].
Quelles mutations dans les principes ?
Finalement, la mise en perspective de la politique africaine des Etats-Unis sur le temps long laisse apparaître des permanences et des mutations. Première rupture, depuis l’avènement de la diplomatie commerciale de B. Clinton, l’accent est mis sur le potentiel économique de l’Afrique. Washington, dont l’objectif est de réduire la dépendance énergétique nationale à l’égard du golfe Persique, souhaite accroître ses importations pétrolières en provenance de l’Afrique occidentale, de 15 % en 2001 à 25 % en 2020 (Servant 2003). Plus généralement, l’intervention américaine est désormais guidée par un principe de sécurisation préventive, qui passe par une politique tournée vers le développement économique, le renforcement du processus de démocratisation du continent, et la prévention du sida.
En même temps, la politique de sécurité militaire amorcée par B. Clinton et réactualisée par G.W. Bush articule permanence et mutation. En effet, la théorie de l’endiguement s’est réorientée vers la lutte contre l’expansion de l’islamisme intégriste, essentiellement dans la Corne de l’Afrique (en particulier au Soudan) : permanence, l’endiguement de l’opposant idéologique, et mutation, avec un nouvel ennemi, l’islamisme radical. Après le 11 septembre 2001, G.W. Bush renforce la stratégie de l’endiguement de l’islamisme érigée en impératif absolu dans le cadre de la guerre contre le terrorisme. Mais, dans une certaine mesure, les objectifs des deux présidents sont marqués par une relative continuité, d’autant que l’appareil bureaucratique gérant la politique africaine de Washington impose son inertie (Schraeder 2001).
La tournée en Afrique de G.W. Bush en juillet 2003 se déroule au moment où la crise au Liberia atteint son paroxysme. L’extrême prudence de G.W. Bush à engager des troupes au Liberia, en dépit de la pression de l’ONU via Kofi Annan et, semble-t-il, des attentes de la population, atteste de la réticence de G.W. Bush à remettre en question le principe de sous-traitance militaire défini par B. Clinton ; d’où le rôle joué par la Cedeao (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest). En conséquence, toute participation américaine à la résolution de cette crise ne saurait sans doute être interprétée que comme ponctuelle et provisoire, dans la mesure où les intérêts américains en Afrique restent à ce jour non prioritaires. Le long silence de Washington sur la question du Liberia est d’ailleurs symptomatique de la tension entre intérêts et valeurs morales qui parcourt le débat sur la politique extérieure américaine (Hassner et Vaïsse 2003).
Dispositifs et formes de l’action des Etats-Unis
Au-delà des principes, comment se traduit la politique africaine des Etats-Unis ? L’objectif n’est pas de faire le point financier sur la politique d’aide au développement (les sommes en jeu sont d’ailleurs relativement modestes), mais de décrypter les mutations de la politique de Washington, dans les domaines tant militaire que civil.
Une logique de "sous-traitance" militaire
Les Etats-Unis ont mis en place des programmes d’assistance militaire, dont les trois principaux sont l’
International Military Education Training (IMET), le
Joint Combined Exchange Training (J-CET) et l’
African Crisis Response Initiative (ACRI)/
Africa Contingency Operations Training Assistance (ACOTA) (Bagayoko 2001). Avec l’IMET, à l’instar de l’Amérique latine par le biais de l’"Ecole des Amériques
[17]", l’Afrique bénéficie désormais de programmes de formation pour ses officiers dans les écoles militaires américaines. Le J-CET permet l’envoi d’équipes de 8 à 12 membres des forces spéciales américaines pour former soldats et officiers africains. L’ACRI définit les modalités d’un entraînement aux opérations humanitaires et au maintien de la paix ; il complète l’IMET et le J-CET, et renvoie au principe selon lequel les Africains doivent eux-mêmes trouver les réponses à leurs problèmes.
Ces programmes accompagnent une stratégie reposant sur la notion classique d’"Etats pivots" ; l’assistance militaire est en effet orientée prioritairement vers certains Etats, considérés comme susceptibles d’assurer la stabilité régionale. C’est bien sûr, toujours, l’Afrique du Sud qui, en 1999 et 2000, a bénéficié de la moitié du seul budget IMET pour le continent. C’est aussi de plus en plus une véritable "coalition antisoudanaise", regroupant l’Ouganda, l’Ethiopie, l’Erythrée et le Rwanda, dans la logique de l’endiguement de l’islamisme ; mais cette stratégie a pour l’instant été couronnée d’un succès relatif en raison des tensions qui traversent cette coalition. Par ailleurs, d’autres Etats occupent une place prépondérante dans la politique américaine, tels le Kenya ou le Nigeria. Géographiquement, trois régions émergent donc de cette politique de sécurisation : tout d’abord le nord-est (la Corne de l’Afrique) autour de la coalition anti-soudanaise et du Kenya ; ensuite, le sud, autour de l’Afrique du Sud, allié historique des Etats-Unis ; enfin, le golfe de Guinée.
L’installation à Djibouti, qui préfigure probablement le développement de nouvelles bases militaires américaines en Afrique (Jarreau 2003), s’inscrit dans le cadre spécifique de la guerre contre le terrorisme. En dehors de ce cas très particulier d’engagement, la stratégie américaine dessine les contours d’une politique de sous-traitance militaire, pour, après l’expérience somalienne, éviter toute implication directe des forces américaines dans les conflits internes du continent africain.
Développement, démocratie, sécurité, stabilité
L’abondance des richesses naturelles de l’Afrique, le pétrole en particulier, suscite le repositionnement de la diplomatie américaine. La priorité est donc désormais le soutien à la démocratie et au développement économique, conçus comme étant articulés ; c’est la stratégie de l’"élargissement démocratique" chère à B. Clinton. Symboliquement, cette nouvelle posture se concrétise par le renouvellement du dialogue diplomatique et politique entre les Etats-Unis et l’Afrique. Elle se traduit surtout en 2000 par le vote de la loi
Trade and Development Act (dite AGOA,
African Growth and Opportunity Act) qui facilite l’accès au marché américain pour certains produits (en l’occurrence, concrètement, le textile) d’Afrique et des Caraïbes. Mais cela n’est pas sans risque pour le continent africain dont la position dans la division internationale du travail se voit ainsi entérinée. En outre l’AGOA, instrument de la politique commerciale de Washington afin de contrecarrer la menace que représentent pour l’industrie textile américaine des pays tels que la Chine, l’Inde, l’Indonésie ou le Pakistan, apparaît comme un "marché de dupe" pour l’Afrique subsaharienne, peu assurée d’en tirer un avantage commercial
[18]. Dans le même ordre d’idée, en 2002, l’Administration Bush annonce la création de la
Millenium Challenge Corporation. Cette institution, si elle devient effective, aura pour fonction de canaliser les aides au développement accordées à l’Afrique, augmentées à cette occasion. Les sommes permettront de financer les pays qui respecteront une liste de critères attestant de leur caractère démocratique et de leur politique de lutte contre la corruption (la "bonne gouvernance") ; elles seront prioritairement dévolues au développement du potentiel local, d’une manière intégrée à l’économie mondiale et devraient donc bénéficier secondairement aux entreprises américaines (voir aussi
infra article de R. Boissenin). Cette diplomatie commerciale, engagée par B. Clinton et accentuée par G.W. Bush, privilégie donc la promotion du développement économique et de la démocratie. Parallèlement, les chefs d’Etats africains mettent en place le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad) et son corollaire l’
African Peer Review Mecanism (APRM). Ces dispositifs traduisent, pour les pays africains, la volonté d’attirer des capitaux étrangers. Pour les Etats-Unis et les autres partenaires du développement, ils favorisent la sécurisation des investissements sur le continent.
Mais l’approche américaine n’est pas dénuée d’intérêt stratégique puisqu’elle constitue aussi une appréhension plus globale de la sécurité, fondée sur la stabilité attendue de l’insertion – délicate – des sociétés africaines dans la sphère de l’économie marchande, dominée par les Etats-Unis. Cette approche repose aussi sur la double stratégie du
shaping et de la
civilianization (Bagayoko 2001). Le
shaping consiste à façonner l’environnement social et économique africain aux normes et standards américains par un ensemble d’opérations de médiatisation favorables à l’image de marque des Etats-Unis. La
civilianization repose sur le principe que les forces démocratiques dominent les forces militaires. Cette double stratégie est définie comme un préalable à la mise en place d’un processus de développement, commercial, dont l’économie américaine pourrait tirer partie
[19].
Cependant, la propagation du sida fait aussi l’objet d’un intérêt particulier de la part de Washington à la fin de la décennie ; peut-être tardivement, comme le souligne W. Zartman (2001) : "l’Administration Clinton ne s’est réveillée à ce sujet qu’en 1999". Ainsi, non sans l’appui de la droite incarnée alors par Jesse Helms, Bill Clinton déclare l’épidémie "question de sécurité nationale" et engage des actions de surveillance, de recherche, de prévention et de soins en Afrique. Si les motivations humanitaires sont présentes (ce qui est un moyen de répondre au lobby afro-américain et de toucher la communauté noire), l’objectif est aussi de placer les Etats-Unis en situation dominante sur le marché du traitement de la maladie. Mais, là encore, les considérations sécuritaires, liées au risque de déstabilisation politique et économique régionale induit par les effets dévastateurs du sida, influencent la stratégie de Washington. Une douzaine de pays, dont le Zimbabwe et le Botswana par exemple où la situation est particulièrement dramatique, sont concernés par les Global AIDS Programs (GAP).
Les enjeux économiques et géopolitiques
L’intérêt et le soutien apportés à certains pays s’expliquent par des considérations tout à fait classiques. Les facteurs stratégiques sont à prendre en considération ; ces pays sont situés dans les angles stratégiques du continent et/ou à proximité du monde islamique dans la Corne de l’Afrique. Mais, de plus en plus, les facteurs économiques jouent un rôle explicatif prépondérant ; en raison des richesses naturelles qui s’y trouvent, ces pays suscitent un intérêt croissant du gouvernement et des firmes américaines. Celles-ci convoitent en effet leurs ressources minières, plus particulièrement le pétrole, dans la perspective de réduire la dépendance énergétique des Etats-Unis à l’égard du Moyen Orient.
Cette expansion des entreprises américaines en Afrique accroît les rivalités commerciales avec la France
[20]. Ainsi, les traditionnelles "zones d’influence" des alliés pendant la guerre froide sont-elles remises en question dans le nouvel environnement géopolitique mondial. La prééminence française dans la partie francophone est contestée ; la chasse gardée du groupe Elf
[21] au Gabon, au Cameroun et au Congo est en particulier mise à mal par les entreprises pétrolières américaines. Mais, inversement, les entreprises françaises accroissent leur présence au Nigeria, situé dans la sphère anglo-saxonne. L’Afrique francophone est donc le théâtre d’un nouvel affrontement diplomatique, stratégique et surtout économique entre la France et les Etats-Unis
[22]. En fait, "tant que les Etats-Unis et la France avaient des intérêts fondamentalement différents en matière de politique étrangère – l’idéologie pour les Etats-Unis, la culture et l’économie pour la France –, l’Afrique francophone bénéficiait d’un régime de guerre froide complémentaire dans lequel les relations Etats-Unis/France tendaient à être équilibrées, coopératives et prévisibles" (Schraeder 2000). Cette situation consensuelle et stabilisée se dégrade au milieu de la décennie 1990, lorsque, pour Washington, la fin de la guerre froide réduit l’impératif idéologique au profit des objectifs économiques. Selon le principe "
trade not aid", l’Administration Clinton se lance alors dans la diplomatie commerciale et affirme par la voix de Warren Christopher que les "zones d’influence" n’ont plus lieu d’être.
L’analyse des tendances récentes de la politique extérieure américaine nous invite à penser qu’une véritable politique africaine est en train de se structurer. L’Afrique n’est plus un simple terrain d’affrontement entre les blocs économiques et idéologiques opposés. Cependant, certaines nuances doivent être apportées, car les enjeux de la politique africaine des Etats-Unis dépassent largement la simple question des relations diplomatiques symboliques et quelque peu mondaines dont les médias se font le relais.
Débordant la question africaine, l’un des objectifs de Washington est, dans le contexte contemporain de tension internationale l’opposant à certains acteurs du "monde musulman", de contrer l’islamisme radical, mais aussi de réduire toute opposition à ses visées hégémoniques dans la région du golfe Persique et à sa stratégie de sécurisation de ses approvisionnements pétroliers. Encore une fois, et toutes proportions gardées, tout comme lors de l’affrontement Est-Ouest, l’Afrique, et en particulier la corne orientale du continent, n’apparaît que comme un terrain d’affrontement entre deux grandes puissances idéologiques, avec, d’un côté, l’Occident développé incarné par son "meilleur élève", les Etats-Unis, et, de l’autre, l’islamisme intégriste incarné par une organisation transnationale, "déterritorialisée" et quasi insaisissable, Al Qaida. Les perspectives du développement économique et de la démocratisation dissimulent difficilement les enjeux liés à l’insertion de l’Afrique dans la sphère d’influence du capitalisme global largement dominé par l’Amérique. En conséquence, l’accord tacite portant sur le respect des zones d’influence des partenaires occidentaux lors de la guerre froide est vraisemblablement en train de voler en éclats. L’Afrique offre des opportunités de développement pour les entreprises américaines et les parts de marché sont redistribuées à l’aune d’une sévère concurrence fraternelle entre l’Europe et les Etats-Unis. En particulier, l’enjeu pétrolier favorise l’émergence d’une rivalité entre Washington et Paris dans les domaines tant diplomatique et stratégique que, surtout, économique. Finalement, à la lumière de ces nouveaux enjeux, le continent africain semble donc sorti de cet "angle mort" de la politique extérieure américaine dans laquelle il se trouvait jusqu’à présent.
·
Aicardi de Saint Paul, M. (1984), La politique africaine des Etats-Unis, Paris, Economica.
·
Ambrose, S. (1993), Rise to Globalism : American Foreign Policy Since 1938, Penguin Books, New York (7e édition).
·
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[*]
Département de géographie, université Toulouse-Le Mirail.
L’auteur remercie Anicet Kounougous, président du Groupe d’étude et de recherche sur le continent africain (GERCA), organisateur d’une conférence sur ce thème en juin 2002 à Toulouse, et Laurien Uwizeyimana, maître de conférence en géographie à l’université Toulouse-Le Mirail, pour ses précieux conseils et la relecture d’une première version de ce texte.
[1]
Les Etats-Unis disposent cependant d’une station de guidage de missiles chez leur allié historique, l’Afrique du Sud.
[2]
La manière dont les Etats-Unis ont dû contourner l’ONU pour finalement intervenir en Irak est à cet égard édifiante.
[3]
Cet argument est au cœur de la thèse développée par Kennedy (1989).
[4]
Discours sur l’état de l’Union, 1996.
[5]
1898 marque en effet l’acte de naissance de l’"empire américain". Suite à une courte guerre, l’Espagne doit clôturer une aventure coloniale longue de quatre siècles, tandis que les Etats-Unis rentrent dans le cercle étroit des grandes puissances mondiales et peuvent enfin donner corps à la doctrine Monroe de 1823 affirmant leur autorité sur l’hémisphère américain. Cuba et Porto Rico, mais aussi Guam et les Philippines passent alors sous la coupe des Etats-Unis.
[6]
Lors d’une conférence du Conseil des Amériques (Lemoine 1996).
[7]
Allusion à la thèse décriée de Samuel Huntington,
Le choc des civilisations, Paris, Odile Jacob, 1997. C’est l’auteur qui précise.
[8]
La dépendance des Etats-Unis à l’égard du pétrole importé passera de 52 % en 2001 à 66 % en 2020, selon le rapport du National Energy Policy Development Group rédigé par Dick Cheney (en 2001).
[9]
Voir Breuillac et Faujas (2003).
[10]
Une analyse critique de l’attitude du gouvernement Bush consiste à insister sur le fait que l’esprit "va-t-en guerre" du Président est un moyen d’asseoir une légitimité politique fragile. Cette stratégie est d’ailleurs plutôt couronnée de succès puisque le Parti républicain a remporté les élections au Congrès en novembre 2002.
[11]
Paul Wolfowitz est aujourd’hui n° 2 du Pentagone, comme adjoint de Donald Rumsfeld (secrétaire à la Défense et à ce titre n° 1 du Pentagone).
[12]
Cette situation peut aussi être interprétée comme relevant d’un principe de "sous-traitance" de la sécurité.
[13]
Cette politique répond à trois objectifs : préserver les intérêts occidentaux, en remplaçant un allié défaillant si nécessaire ; soutenir les alliés du bloc occidental, par une aide militaire et économique (quitte à soutenir des régimes non démocratiques et injustes) ; et promouvoir la stratégie du
containment, de l’endiguement du communisme.
[14]
Mais B. Clinton insiste aussi sur la lutte contre les ravages du sida. Voir plus bas.
[15]
L’arrivée des forces américaines met un terme à la présence exclusive des forces françaises (2 800 soldats) dans un territoire stratégiquement situé (Leymarie 2003).
[16]
W. Kansteiner, secrétaire d’Etat adjoint chargé des affaires africaines, déclare en janvier 2002 que "le pétrole africain présente pour nous un intérêt stratégique national" (Breuillac 2003).
[17]
Longtemps localisée dans la zone du canal de Panama contrôlée par les Etats-Unis, avant d’être rapatriée à Fort Benning en Géorgie en 1984, cette école a formé techniquement et idéologiquement plus de 50 000 officiers, dont quelques "grands noms" de l’appareil militaire latino-américain, tels M. Noriega ou L. Galtieri. En 1993, le représentant démocrate M. Meehan disait de cette institution : "Si l’Ecole des Amériques organisait une réunion des anciens élèves, on y rencontrerait les brigands les plus répugnants de tout l’hémisphère occidental" (Lemoine 1996). Ce qui devrait utilement attirer l’attention des Africains.
[18]
Voir le bilan critique de l’AGOA qu’en ont tiré les acteurs de la réunion tenue à l’île Maurice (13-19 janvier 2003). En outre, contre l’éligibilité à l’AGOA, les Etats africains ont concédé un certain droit de regard à Washington sur leur politique extérieure, en particulier une capacité à dénoncer toute activité qui nuirait à la sécurité nationale des Etats-Unis.
[19]
Cependant, la présence des Etats-Unis en Afrique en matière de développement et de médiatisation de l’idéologie "américaine" ne se réduit pas à ces dispositifs impulsés par le gouvernement au cours de la dernière décennie. Ce serait oublier par exemple le rôle déterminant d’institutions plus ou moins directement affiliées à l’appareil gouvernemental, telles la
United States Agency for International Development (USAID) qui gère les aides non militaires et pour le développement, et dont l’articulation avec la
Millenium Challenge Corporation reste à clarifier, ou encore la
United States Information Agency (USIA) qui chapeaute la radio
Voice of America (voir Nouailhat 2000).
[20]
Le propos nécessite sans doute d’être nuancé dans la mesure où l’on assiste à une érosion des relations franco-africaines, en même temps qu’à une européanisation de la politique d’aide au développement française. En effet, le quart de l’aide publique au développement française à destination de l’Afrique est versée désormais par le biais de l’Union européenne. En outre P. Demba Thiam considère que "s’ils ne veulent pas disparaître de l’Afrique, il est temps que les Européens se réveillent" (Breuillac et Faujas 2003).
[21]
D’abord TotalFinaElf, puis Total aujourd’hui.
[22]
A partir de 1996, les relations diplomatiques entre les deux pays se durcissent et les échanges verbaux transatlantiques sont tendus.