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Afrique contemporaine

2003/3 (no 207)



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"We like doing business with Sierra Leonean because they like doing business with us.

We are friendly to them because they are friendly to us."

Derek Moir Smith, entretien à Freetown, 9 juillet 2003.
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L’intervention militaire du Royaume-Uni en Sierra Leone en mai 2000 a progressivement donné lieu à un engagement global et sans précédent de l’ancienne métropole envers son ex-colonie. Si de nombreux Sierra-Léonais ont explicitement attendu du Royaume-Uni qu’il les recolonise, celui-ci a cherché à privilégier un partenariat avec le gouvernement élu, plutôt que de s’y substituer. Cependant le rôle du Royaume-Uni est allé croissant, et son implication en Sierra Leone, notamment à travers le Department for International Developement (DfID), est telle qu’elle rend difficilement crédible l’hypothèse d’une "appropriation" (ownership) sierra-léonaise des multiples réformes mises en place.

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Comprendre les modalités de l’engagement britannique en Sierra Leone implique de décrire de façon précise cette "rencontre, non point entre une force militaire et un terrain quelconque, mais entre des acteurs qui vivent sur un espace et d’autres qui prétendent en modifier l’organisation ou en réduire le chaos." [1]  Ghassan Salamé, Appels d’Empire, Ingérences et résistances... [1]

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On tentera donc de présenter de façon générale mais précise les modalités de cet engagement rencontre, pour pouvoir ensuite chercher à comprendre plus précisément les relations entre Britanniques et Sierra-Léonais. Il ne s’agira pas ici d’aborder la dimension purement militaire de l’engagement, d’ailleurs l’un des aspects aujourd’hui les mieux connus de l’action britannique en Sierra Leone [2]  Voir Ero (2000), Connaughton (2001), Gaulme (2001),... [2] , ni d’entrer dans le détail de certains programmes spécifiques. Il est par ailleurs encore trop tôt pour véritablement évaluer l’action britannique, même si certaines difficultés peuvent d’ores et déjà être soulignées. On s’intéressera ainsi à celles qui sont liées aux modalités de l’action britannique, mais non pas aux problèmes relatifs aux lacunes de cet engagement.

Un engagement global

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Selon les vues actuelles du Royaume-Uni à l’égard de la Sierra Leone, la principale qualité de son engagement est sa globalité. L’objectif britannique n’est pas de reconstruire le secteur de sécurité, puis ensuite seulement d’améliorer la gouvernance sierra-léonaise et de venir à bout des problèmes ayant été au cœur du déclenchement du conflit, mais bien d’intervenir sur tous les fronts pertinents dans un même mouvement, de manière simultanée. Concrètement, cela implique de pouvoir déléguer et d’entretenir de très bonnes relations avec les autres bailleurs de fonds internationaux du pays, mais surtout de se contenter d’un rôle d’impulsion, plutôt que d’implémentation, comme on le verra. En outre, de cela résulte également que des choix soient faits quant à la priorité et la pertinence de certains secteurs d’intervention : tous les programmes ne sont pas aussi bien dotés et certaines questions n’ont soulevé véritablement l’intérêt britannique que récemment.

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Trois domaines principaux d’intervention peuvent être distingués : la sécurité (formation de l’armée sierra-léonaise via l’International Military Training Team [IMATT] et maintien d’une force d’intervention rapide "Over the Horizon Reserve", pouvant être déployée en 24 heures en cas de dégradation de la situation), la gouvernance et l’aide humanitaire. Ce troisième domaine comprend essentiellement des programmes de réintégration des communautés (environ 10 millions de livres sterling sur trois ans) [3]  DfID, UK Development Activity in Sierra Leone. Project... [3] .

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Le domaine de la gouvernance embrasse une grande variété de projets : développement des médias, développement de la loi, Commission anticorruption, soutien au retour des chefs coutumiers (Paramount Chiefs) et à leur réélection (programme abandonné et remplacé actuellement par le soutien à la décentralisation), soutien au processus d’élaboration d’une stratégie de réduction de la pauvreté, assistance technique pour le secteur diamantifère sierra-léonais, programme du Commonwealth pour la formation de la police sierra-léonaise, financement de la rénovation de l’école de police, assistance technique à la National Commission for Social Action (NACSA) et réforme du service public.

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Le programme financièrement le plus important est celui attribué au titre du Commonwealth pour la formation de la police (12,9 millions de livres de juin 2001 à mai 2003). Le moins coûteux est celui de l’assistance technique pour le secteur diamantifère sierra-léonais (0,23 million de livres) [4]  DfID, op. cit.[3], p.1 et 13. [4] . S’il semble que le montant global de l’aide britannique à la Sierra Leone soit inférieur à la contribution américaine (272 million de dollars pour l’année fiscale 2003), [5]  "United States contributes to Sierra Leone", Communiqué... [5] il reste tout de même très conséquent : 35 millions de livres pour la seule contribution du DfID en 2000-2001 [6]  DfID, Briefing on Sierra Leone, deux versions différentes... [6] , auquel il faut ajouter le coût de l’IMATT (16 millions de livres par an) [7]  Entretien avec Derek Moir Smith, Second Secretary,... [7] . En outre, le Royaume-Uni s’est engagé, à travers le Poverty Reduction Framework Arrangement, signé entre Londres et Freetown, à apporter à la Sierra Leone pendant dix ans une aide équivalent à celle déjà apportée, c'est-à-dire un total de 120 millions de livres sur trois ans, dès lors que le gouvernement de la Sierra Leone continuera à implémenter sa stratégie de réduction des causes du conflit et de la pauvreté et à améliorer les standards de gouvernance [8]  DfID, Sierra Leone : A long-term partnership for development... [8] .

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Cet appui britannique correspond à la fois à une assistance budgétaire et à de l’aide projet. En 2000-2001, sur les 35 millions de livres que le DfID a octroyés à la Sierra Leone, 19,5 millions de livres correspondaient à des financements budgétaires [9]  Ministère des Finances, Gouvernement de la Sierra Leone,... [9] . Pour les années fiscales 2001-2003, l’objectif était un financement à la hauteur de 30 millions de livres en trois tranches de 10 [10]  DfID, op. cit. [3], p. 14. [10] . Cette aide permet concrètement au Royaume-Uni de conserver une place de choix parmi les bailleurs (notamment vis-à-vis de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international [FMI] et de l’Union européenne), au sein du forum de dialogue sur les choix budgétaires, et donc politiques, de la Sierra Leone [11]  Ministère des Finances, Gouvernement de la Sierra Leone,... [11] . Mais elle implique également un renforcement des mesures de contrôle (et les rend légitimes) : lutte contre la corruption, réforme du service public, soutien au Governance Reform Secretariat, etc. En outre, des exercices de vérification, conduits par les différents bailleurs ou l’auditeur du DfID, doivent en principe limiter tout détournement de fonds.

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Il est intéressant de noter que les grandes lignes de la politique budgétaire des bailleurs en Sierra Leone correspondent à des mesures habituelles dans une politique de développement : rigueur budgétaire, équilibre macro-économique, insistance sur le rôle du secteur privé et la nécessité des privatisations. Toutefois, contrairement aux programmes plus ou moins standards menés dans d’autres pays, la dégradation des institutions et des services publics a incité ici les bailleurs à privilégier ces derniers services, comme en Ouganda [12]  En Ouganda, "contrairement à d’autres pays dans lesquels... [12] . Ainsi, les domaines de la santé et de l’éducation sont considérés comme prioritaires et comme relevant des fonctions essentielles du gouvernement sierra-léonais.

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Un autre versant de l’appui britannique est constitué par l’aide projet. A terme, l’objectif reste la disparition totale de cette dernière au profit de fonds sectoriels. Cependant, la situation actuelle en Sierra Leone rend difficile la réalisation d’un tel objectif. Le rôle du DfID, dans ce domaine, serait plutôt celui d’une banque de développement que d’un département ministériel. Il définit les cadres des projets, conduit la procédure d’appels d’offres et contrôle ensuite la réalisation [13]  Entretien avec Honor Flanagan, Deputy Director, British... [13] . L’aide projet a essentiellement deux modalités : financer des constructions, ou les matériaux pour ces constructions (Cour de justice de Freetown, commissariats, résidences de chefs coutumiers, casernes, par exemple), ou encore fournir une expertise, via ou non une assistance technique.

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Les difficultés rencontrées au cours des projets de constructions correspondent à des problèmes classiques de l’aide : détournement et insuffisances de fonds à certaines étapes de la procédure, mauvaise qualité des bâtiments, tension entre les attentes de la population et les moyens financiers mis en œuvre. Cependant, la plupart de ces reconstructions correspondent à des besoins précis liés aux destructions causées par la guerre (les bâtiments officiels ayant souvent été les premiers visés par les rebelles).

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La seconde modalité de l’aide projet britannique, par la production d’expertise, est destinée à orienter (et légitimer) les conseils des donateurs en matière de politique publique, ou à permettre de réorienter l’aide projet et budgétaire [14]  Honor Flanagan nous a ainsi expliqué à Freetown le... [14] . Il est malheureusement impossible de déterminer avec suffisamment de précision la part de l’aide britannique consacrée à cette activité.

Le problème de l’assistance technique

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Une dimension annexe de cette production d’expertise correspond à l’assistance technique, ou la délégation d’experts britanniques. Le représentant le plus connu et le plus visible de telles activités est Keith Biddle, fonctionnaire britannique qui fut l’inspecteur général (IG) de la police sierra-léonaise pendant cinq ans et n’a quitté son poste qu’au printemps 2003 [15]  "Veteran Sierra Leonean Police Officer…", Sierra Leone... [15] .

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Bien d’autres "conseillers", "consultants", "experts", "mentors", "assistants techniques", sont ainsi employés par le DfID et intégrés aux différents ministères et institutions de la Sierra Leone. Cette pratique permet d’influencer directement le programme de ces institutions, mais surtout les décisions politiques qui sont prises. Ainsi, au sein de la NACSA, ce sont les assistants techniques du DfID qui ont programmé la question de la décentralisation. D’autres donneurs d’aide moins bien représentés, comme la France, n’ont guère de possibilités d’influence ni sur la programmation ni sur le contenu des décisions.

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Le recours à l’expertise technique britannique est essentiellement justifié par deux arguments : la faiblesse des capacités sierra-léonaises (qui sont cependant directement influencées par cette pratique, puisque les meilleurs hauts fonctionnaires sont généralement débauchés par les bailleurs de fonds internationaux à titre de consultants [16]  C’est le cas notamment d’une des personnes rencontrées... [16] ) ; et la nécessité pour les bailleurs d’exercer un contrôle sur l’utilisation de leurs crédits. Sur le terrain, cela entraîne de nombreux effets négatifs et des paradoxes comme la nécessité de consulter encore un Accountant General expatrié ayant déjà quitté ses fonctions, mais sollicité régulièrement depuis en raison de la complexité des systèmes de vérification qu’il avait mis en place [17]  Entretien personnel, Freetown, 22 juillet 2003. [17]

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Parfois, certains experts extérieurs ont aussi une vision peu réaliste de la situation locale, comme ceux qui envisagent une mécanisation à terme de l’exploitation du diamant, du fait de hausses de salaires découlant d’un renforcement du pouvoir syndical avec le retour à l’Etat de droit, ce qui semble aujourd’hui encore fort éloigné de la réalité sierra-léonaise [18]  Entretien avec un consultant du DfID, et informations... [18] … Certains Sierra-Léonais reprochent à ces consultants leur approche livresque ("they talk book", dira l’homme de la rue en kryo, le créole de Freetown), voire même critiquent l’arrogance de certains d’entre eux.

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Ce recours systématique à une expertise expatriée, parallèlement à un refus des donateurs d’autoriser des augmentations de la solde de la fonction publique qui permettraient à l’administration d’offrir des salaires concurrentiels vis-à-vis du secteur privé (notamment des organisations non gouvernementales [ONG]) et donc d’améliorer la qualité du recrutement, est certainement l’un des problèmes principaux rencontrés par l’engagement britannique en Sierra Leone. Il y a lieu de s’interroger sur les conséquences d’une tendance systématique à noyer toute difficulté sous une épaisse chape d’expatriés.

Relations avec les autres bailleurs

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Par ailleurs, le Royaume-Uni, malgré un nombre croissant d’assistants techniques, ne saurait seul, faute de moyens financiers, garantir effectivement la réalisation des objectifs définis au titre de son propre engagement en Sierra Leone. Si l’ambition britannique est bien de soutenir une réforme globale du pays, cela implique aussi de pouvoir recourir dans cette optique aux contributions d’autres bailleurs.

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L’une des grandes habiletés du gouvernement de Tony Blair en Sierra Leone est en fait d’avoir su s’imposer comme leader de l’action internationale, en minimisant ainsi le rôle des autres donneurs au profit d’une plus grande visibilité pour l’action britannique.

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D’autres intervenants extérieurs sont tout à fait disposés à accepter ce rôle de leader du Royaume-Uni, du fait de la relation spécifique que ce dernier entretient avec le gouvernement de Sierra Leone, d’où découle une grande influence britannique sur la formation des politiques publiques. Cette relation résulterait de l’engagement de Londres en matière de sécurité (son rôle dans le retour de la paix), de l’importance de son assistance et surtout de la visibilité de son aide, essentiellement octroyée sous une forme directe et bilatérale (contrairement à l’aide américaine, pourtant plus conséquente). En réalité, seule la lutte contre la corruption est véritablement le domaine spécifique du DfID, la plupart des autres projets d’aide au développement étant le fruit d’une collaboration en partenariat entre différents bailleurs. Généralement, le DfID met au point le cadre des programmes et apporte une assistance technique conséquente. D’autres contributeurs extérieurs interviennent alors pour certains aspects précis du projet global [19]  Informations personnelles, Freetown, 31 juillet 20... [19] .

Du partenariat à l’interdépendance

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Si les autres bailleurs de fonds demeurent importants pour le Royaume-Uni, son principal partenaire reste cependant le gouvernement de la Sierra Leone. Refusant toute suspicion de néocolonialisme, le gouvernement britannique a cherché à valoriser le partenariat avec son homologue sierra-léonais tout en soulignant la dimension éthique de son engagement. Cela a impliqué concrètement de soutenir les autorités en place à Freetown comme seul représentant de la légitimité nationale. Cette association rapprochée entre les deux parties, cette "amitié", se traduit par une constante volonté d’action des Britanniques d’associer le gouvernement à leur travaux, afin de promouvoir "un sens de l’appropriation" (a sense of ownership) locale, même lorsque la politique publique élaborée l’est essentiellement par l’expertise envoyée par Londres. Un praticien nous a même déclaré : "Il y eut un véritable sens d’ownership, dès que la stratégie fut mise au point et adoptée, mais le processus de réalisation resta très délicat. Pour un certain nombre de raisons, manque de confiance, faible niveau de capacité du personnel sierra-léonais, etc., la plus grande difficulté fut de résister à la tentation de tout faire tout seul et d’intégrer l’ensemble des participants, afin qu’ils aient véritablement à la fin le sentiment que cette stratégie était la leur [20]  Entretien personnel, Freetown, 22 juillet 2003. [20] ."

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Comment expliquer que le gouvernement sierra-léonais puisse accepter de lui-même une telle abdication de sa souveraineté au profit du Royaume-Uni ? Selon un informateur local, celui qui se fait renverser par une voiture ne s’inquiète guère de la nationalité de la personne lui portant secours. De même, si les changements nécessaires dans le pays requièrent un juge, un policier ou un assistant qualifié, et que celui-ci n’est pas sierra-léonais, qu’importe ? De fait, un patriotisme chauvin ne serait guère une solution aux problèmes actuels du pays [21]  Entretien personnel, Freetown, 18 juillet 2003. [21] .

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Au delà de cette image forte, la "bonne volonté" du gouvernement sierra-léonais s’explique essentiellement par l’ampleur de la contribution britannique dans le retour à la paix et la consolidation du régime du président Kabbah, ainsi qu’à la place du Royaume-Uni dans le système de l’aide internationale à la Sierra Leone.

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Rappelons ici que l’aide et le soutien britanniques au président Kabbah ont permis à ce dernier d’asseoir sa légitimité et de revenir au pouvoir. Même si le rôle de la Force d’interposition de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’Ecomog [22]  Ecomog : Economic Community of West African States... [22] , et du Nigeria fut lui aussi déterminant, le soutien du Royaume-Uni demeura capital pour la non-reconnaissance internationale du coup d’Etat de 1997. Surtout, la force d’intervention britannique permis de rétablir la situation militaire, alors favorable aux rebelles, en mai 2000.

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En outre, le Royaume-Uni, en appuyant sans réserve le gouvernement Kabbah, quelle qu’ait pu être sa responsabilité effective dans le conflit, lui apporta une légitimité que sa seule gestion des affaires publiques et son très faible contrôle du territoire de la Sierra Leone n’auraient pu lui garantir.

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Même après les élections de mai 2003, bien que la légitimité du chef de l’Etat et de son gouvernement aient été renforcée par leur victoire électorale, l’influence de Londres demeura importante, et cela pour deux raisons essentiellement : l’aide britannique reste budgétairement nécessaire à la Sierra Leone, et la position du Royaume-Uni comme leader de l’action internationale à Freetown y rend délicat tout conflit ouvert avec l’ami britannique.

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Plus de 50 % des ressources du gouvernement de la Sierra Leone proviennent de l’aide internationale. Certes, la conditionnalité budgétaire est à elle seule une arme puissante. Cependant, si le bailleur britannique a un tel poids, encore aujourd’hui, c’est aussi du fait de sa position de leader de l’aide internationale en Sierra Leone (qui, on l’a vu, est elle-même liée à la relation particulière entre les deux pays). A ce titre, il est intéressant de souligner que, dans le cadre du Poverty Reduction Framework Arrangement entre les gouvernements britannique et sierra-léonais, les deux parties se sont engagées à un certain nombre de réalisations. Les engagements britanniques peuvent se résumer à deux aspects : continuer à aider financièrement la Sierra Leone et persévérer dans les réformes déjà entreprises, mais surtout, promouvoir les intérêts de la Sierra Leone auprès des différents forums et bailleurs internationaux [23]  DfID, op. cit. [8]. [23] .

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D’autre part, si le Royaume-Uni conserve toujours en main un certain nombre d’outils lui permettant d’influer de manière disproportionnée sur les politiques publiques sierra-léonaises, le processus dans lequel ce dernier s’est engagé dans le pays a également eu comme résultat l’accroissement, à son corps défendant, d’une forme d’inversion de ce phénomène.

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Dès lors que l’engrenage de l’engagement britannique avait rendu tout retour en arrière de plus en plus délicat pour la Sierra Leone, tandis que la crédibilité du Royaume-Uni et l’influence britannique sur la scène internationale apparaissaient de plus en plus liées à l’évolution de la situation sierra-léonaise, la relation de dépendance de Freetown vis-à-vis de Londres se transforma progressivement en relation d’interdépendance, un peu à la manière de celle entre le Mouvement national de la résistance (National Resistance Movement, NRM) ougandais et les donateurs extérieurs telle qu’elle a été décrite par Nicolas de Torrenté : "Si le NRM a su mettre à profit aide et réforme pour consolider son pouvoir, les donateurs sont eux-mêmes dépendants de la réussite du modèle ougandais. [24]  Torrenté (1999, p. 85). [24] "

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Des chercheurs tels que Stephen Ellis [25]  Contribution orale au séminaire organisé par le ministère... [25] et Comfort Ero ont mis en garde le Royaume-Uni contre une excessive dépendance envers le gouvernement sierra-léonais [26]  Ero (2001), traduction libre. [26] . Londres, dans la logique de son action, semble prise au piège de la culture de dépendance. A Freetown, les expatriés britanniques recevraient presque quotidiennement des demandes de financement de tel et tel projet [27]  Entretien personnel, Freetown, 9 juillet 2003. [27] . Pire, chaque problème rencontré dans les réformes justifie un accroissement de la contribution britannique, souvent par l’envoi d’un nouvel expert. Ainsi, le blocage auquel est confrontée actuellement la lutte contre la corruption semble devoir être enfin résolu par l’arrivée de deux nouveaux juges et d’un procureur au titre du Commonwealth [28]  Confirmé par plusieurs entretiens personnels, Freetown,... [28] .

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Alors que la seule solution véritable pour que l’action du Royaume-Uni ait les résultats escomptés en Sierra Leone consisterait en la promotion d’une véritable appropriation du changement, ce qui impliquerait aussi d’en ralentir le rythme, le Royaume-Uni apparaît vouloir tout y changer le plus rapidement possible, mais aussi à grand renfort d’expertise expatriée s’il le faut.

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Certes, le Royaume-Uni essaie sincèrement de sortir de la culture de la dépendance en rendant au gouvernement de la Sierra Leone une partie des ses responsabilités : l’inspecteur général de la police est à nouveau un Sierra-Léonais, de même que l’Accountant General, etc. Mais, tant que, sur place, la solution concrète de tous les problèmes restera "la nomination d’un Blanc [29]  "To put a white man", selon Zainab Bangoura, ancienne... [29] ", les Sierra-Léonais n’auront guère à prendre en charge leur propre destinée et le Royaume-Uni sera condamné à rester sur place.

Entre résistance et soutien aux réformes

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Il serait cependant faux de déduire de cette dynamique d’interdépendance une véritable passivité sierra-léonaise. Il semble que le tableau soit un peu plus complexe. Si les Sierra-Léonais n’ont certainement pas développé l’art ougandais de maîtriser les réformes, ils ne sont pas dénués de tout instrument de contrôle. En outre, un groupe local de réformistes paraît chercher à utiliser l’aide britannique pour faire progresser certains dossiers.

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Sur cette question délicate, on ne semble pas, dans l’ensemble, disposer à Freetown de cette capacité des "dirigeants ougandais [de s’approprier] facilement le langage conceptuel des donateurs et [de] “lire” leurs préoccupation [30]  Torrenté (1999, p. 77). [30] ", sauf peut-être chez le président Kabbah qui fut lui-même durant de longues années un haut fonctionnaire de l’Organisation des Nations unies (ONU), et parmi certains de ses proches. C’est ce qui expliquerait la difficulté rencontrée par les donneurs d’aide lorsqu’ils cherchèrent à inciter différents ministères à rédiger des documents stratégiques (telle la National Recovery Strategy).

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Cependant, certaines stratégies de résistances apparaissent avec évidence, comme par exemple une forme larvée d’opposition à la lutte contre la corruption. Ainsi, un ministre adjoint qui s’était engagé à contribuer au travail de la Commission anticorruption a dû faire face à l’attitude hostile du personnel de son département, qui a subtilisé toute sa correspondance avec la Commission [31]  Anti-Corruption Commission, Anti-Corruption Commission... [31] . Un autre cas est celui de la privatisation effective du service de ramassage des ordures, qui rencontre beaucoup de difficultés. Cette fonction dépendait à l’origine du ministère de la Santé, ayant fait lui-même l’objet d’une évaluation détaillée par une équipe de consultants extérieurs. Les conclusions du rapport visant à la réforme de ce ministère, comprenant entre autres recommandations la privatisation du ramassage des ordures, ont été approuvées par le chef de l’Etat. Néanmoins, la collecte des ordures n’a pu être privatisée. Entre temps, en effet, la décision a été prise de transférer ce service de la Santé au ministère de la Jeunesse et des Sports [32]  Entretien avec Osho Cocker, Gouvernance Reform Secretariat,... [32]

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Il est également possible que bien des absences répétés, des démonstrations générales de désintérêt ou d’incapacité au cours des nombreuses réunions organisées par le Royaume-Uni ou les autres bailleurs de fonds pour élaborer des documents stratégiques, ou mettre en application certaines réformes, comme la décentralisation, correspondent à une stratégie délibérée de ralentissement de l’activité réformatrice. Cela n’est cependant qu’une hypothèse, difficile à démontrer dans les faits.

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Les observations de N. de Torrenté sur le cas de l’Ouganda incitent à prendre en considération non seulement de telles résistances aux changements, mais aussi la façon dont les bailleurs de fonds peuvent se révéler des alliés indispensables pour une minorité locale ayant à cœur de pratiquer des réformes. Cet auteur notait tout particulièrement que "l’aide génère […] son propre groupe de partisans au sein du pouvoir [33]  Torrenté (1999, p. 78). [33] ."

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Ainsi, selon Valentine T. Collier, président de la Commission anticorruption à Freetown, la mauvaise volonté manifestée par l’administration sierra-léonaise dans les suites aux affaires de corruption ne peut qu’être avantageuse à terme pour son organisme, dans la mesure où cela a pour effet inévitable de renforcer la pression britannique sur le gouvernement national, afin de faire progresser l’action dans ce domaine [34]  Entretien avec Valentine T. Collier, président de la... [34] .

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Un certain nombre de Sierra-Léonais ne sont pas émus par le caractère d’extranéité de certaines réformes, ou du statut d’expatriés de ceux qui les mettent en place. Ils semblent avoir adopté une représentation de l’authenticité culturelle similaire à celle de ces devins temnés interrogés par Rosalind Shaw : "C’est à nous parce que nous l’avons emprunté [35]  "It’s ours because we borrowed it", Rosalind Shaw,... [35] ."

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Cependant, à ce stade de l’engagement britannique comme de notre propre recherche en Sierra Leone, de telles attitudes n’émanent, semble-t-il, que d’une minorité. Il n’est pas même évident que tous les Sierra-Léonais favorables à l’engagement et aux financements britanniques soient aussi véritablement en faveur de réformes visant à empêcher que "la vache broute là où elle est attachée" (wi si den tie cow, an dai e dai eat, en kryo).

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Entre volonté réformatrice et résistances au changement, un équilibre précaire s’est actuellement établi à Freetown. C’est l’évolution dans un sens ou dans l’autre de cet équilibre qui devrait assurer ou non le succès effectif de l’engagement britannique en Sierra Leone, avec une véritable appropriation locale des réformes qui seule permettrait à terme un retrait avec les honneurs pour le Royaume-Uni.


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  • Smith, Chris (2001), "Security-Sector Reform : Development breakthrough or institutionnal engineering ?", Conflict, Security and Development, vol. 1, n° 1, p. 5-19.
  • Torrenté, Nicolas (De) (1999), "L’Ouganda et les bailleurs de fonds", Politique africaine, n° 75, octobre, p. 72-90.
  • Williams, Paul (2001), "Fighting for Freetown : British military intervention in Sierra Leone", Contemporary Security Policy, vol. 22, n° 3, décembre, p. 140-168.

Notes

[*]

3e cycle en Relations internationales, Université Paris I ; chercheur associée à l’IFRI.

Cet article s’appuie sur une recherche de terrain de quatre semaines à Freetown en juillet 2003, ainsi que sur le recueil d’un certain nombre de sources écrites, notamment la presse sierra-léonaise, et un corpus de 27 entretiens individuels réalisés à Paris et à Freetown.

[1]

Ghassan Salamé, Appels d’Empire, Ingérences et résistances à l’âge de la mondialisation, Paris, Fayard, 1996, p. 25.

[2]

Voir Ero (2000), Connaughton (2001), Gaulme (2001), Gberie (sans date), Scott (2000), Williams (2001).

[3]

DfID, UK Development Activity in Sierra Leone. Project Description List : May 2002, p. 9 et 10.

[4]

DfID, op. cit.[3], p.1 et 13.

[5]

"United States contributes to Sierra Leone", Communiqué de presse paru dans le Standard Times du 23 Juillet 2003. Confirmé par un entretien avec Mme FLETCHER, PNUD, Freetown, 31 juillet 2003.

[6]

DfID, Briefing on Sierra Leone, deux versions différentes non datées, la deuxième étant accessible sur <62.189.42.51/DFIDstage/Pubs/files/sl-briefing.htm>.

[7]

Entretien avec Derek Moir Smith, Second Secretary, British High Commission, FCO, Freetown, 9 juillet 2003.

[8]

DfID, Sierra Leone : A long-term partnership for development between the Government of the United Kingdom of Great Britain and Northern Ireland and the Governement of Sierra Leone, février 2003, p. 3.

[9]

Ministère des Finances, Gouvernement de la Sierra Leone, Département de l’Afrique de l’Ouest et du Nord, DfID, Sierra Leone 2001-2004 Aid Programme, 26 juillet 2001, p. 6, <62.189.42.51/DFIDstage/FOI/dc/26jul01_sl_prog.pdf>.

[10]

DfID, op. cit. [3], p. 14.

[11]

Ministère des Finances, Gouvernement de la Sierra Leone, op. cit., p. 6.

[12]

En Ouganda, "contrairement à d’autres pays dans lesquels la libéralisation implique un douloureux désengagement de l’Etat, l’écroulement de l’Etat ougandais est tel que les donateurs estiment qu’il faut augmenter, et non diminuer, les dépenses publiques de concert avec l’ajustement structurel" (Torrenté, 1999, p. 75).

[13]

Entretien avec Honor Flanagan, Deputy Director, British Council, Freetown, 16 juillet 2003.

[14]

Honor Flanagan nous a ainsi expliqué à Freetown le rôle d’un important projet "Voices of the Poor", réalisé par quatre ONG pour le DfID, et visant, par un processus de consultation, à recueillir des informations qui permettront la mise au point du nouveau projet DfID "Safety, Security, and Access to justice".

[15]

"Veteran Sierra Leonean Police Officer…", Sierra Leone News, 3 juin 2003, <www. sierra-leone. org/ slnews0603. html>.

[16]

C’est le cas notamment d’une des personnes rencontrées par l’auteur en juillet 2003 à Freetown.

[17]

Entretien personnel, Freetown, 22 juillet 2003.

[18]

Entretien avec un consultant du DfID, et informations personnelles à Freetown.

[19]

Informations personnelles, Freetown, 31 juillet 2003.

[20]

Entretien personnel, Freetown, 22 juillet 2003.

[21]

Entretien personnel, Freetown, 18 juillet 2003.

[22]

Ecomog : Economic Community of West African States [Ecowas] Monitoring.

[23]

DfID, op. cit. [8].

[24]

Torrenté (1999, p. 85).

[25]

Contribution orale au séminaire organisé par le ministère français des Affaires étrangères et le Club du Sahel, Conflit et politiques de développement dans les pays du fleuve Mano et en Côte d’Ivoire, "Les enjeux régionaux de la stabilisation et de la reconstruction", Paris, 13-14 mai 2003.

[26]

Ero (2001), traduction libre.

[27]

Entretien personnel, Freetown, 9 juillet 2003.

[28]

Confirmé par plusieurs entretiens personnels, Freetown, 22 juillet 2003.

[29]

"To put a white man", selon Zainab Bangoura, ancienne présidente de Campaign for Good Governance, Freetown, 16 juillet 2003.

[30]

Torrenté (1999, p. 77).

[31]

Anti-Corruption Commission, Anti-Corruption Commission Annual Report 2002, été 2003, p. 7.

[32]

Entretien avec Osho Cocker, Gouvernance Reform Secretariat, Freetown, 25 juillet 2003.

[33]

Torrenté (1999, p. 78).

[34]

Entretien avec Valentine T. Collier, président de la Commission anticorruption, Freetown, 18 juillet 2003.

[35]

"It’s ours because we borrowed it", Rosalind Shaw, Memories of the Slave Trade, Ritual and the Historical Imagination in Sierra Leone, Chicago/Londres, The University of Chicago Press, 2002, p. 70.

Résumé

Français

L’engagement global et sans précédent du Royaume-Uni en Sierra Leone, rendu possible par le partenariat entre gouvernements britannique et sierra léonais, a progressivement donné lieu à une interdépendance, qui pourrait à terme se révéler néfaste aux intérêts britanniques, si le volontarisme réformiste du Royaume-Uni ne s’accompagne pas d’une véritable appropriation sierra léonaise des changements.

English

The British commitment to Sierra Leone is global and without precedent. It has been made possible through the nature of the partnership between the British and the Sierra-Leonese governments. Giving way to an increasing interdependence, this commitment could in the end become dangerous even for British interests, if an UK’s reform-oriented determination does not come along with a genuine Sierra Leonese ownership of domestic changes.

Plan de l'article

  1. Un engagement global
  2. Le problème de l’assistance technique
  3. Relations avec les autres bailleurs
  4. Du partenariat à l’interdépendance
  5. Entre résistance et soutien aux réformes

Pour citer cet article

Leboeuf Aline, « L'engagement britannique en Sierra Leone : du volontarisme externe à l'appropriation », Afrique contemporaine 3/ 2003 (no 207), p. 99-99
URL : www.cairn.info/revue-afrique-contemporaine-2003-3-page-99.htm.
DOI : 10.3917/afco.207.0099

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