Afrique contemporaine
De Boeck Université

I.S.B.N.sans
162 pages

p. 153 à 154
doi: 10.3917/afco.208.0153

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Lectures

no 208 2003/4

Un Colloque du Centenaire de D.A.Olderogge "Afrique : sociétés, cultures, langues et littératures" (Saint-Pétersbourg, 7 - 9 Octobre 2003)

Le professeur Dimitri Alexandrevitch Olderogge, considéré comme le fondateur des études scientifiques sur l'Afrique en Russie, est né le 6 Mai 1903. Mais, en raison des manifestations du tricentenaire de la ville de Saint-Pétersbourg, qui débutaient en mai 2003, le Colloque commémoratif du centenaire de sa naissance a été reporté en octobre suivant. Cette manifestation, de loin la plus importante de ces dernières années dans le domaine africaniste en Russsie, était organisée conjointement par le Conseil scientifique sur les problèmes de l'Afrique de l'Académie des sciences de Russie, l'Institut d’études sur l'Afrique (INAFR) de Moscou, le Musée d'anthropologie et d'ethnographie Pierre-le-Grand (Kunstkamera) de Saint-Pétersbourg et l'Université d'Etat de la ville où ce grand africaniste a passé sa vie.
D.A.Olderogge était un esprit encyclopédique dont les intérêts scientifiques portaient sur un large ensemble de thèmes, linguistique, histoire et culture des peuples africains surtout. C'est donc dans cet esprit que les travaux du Colloque dédié à sa mémoire ont été organisés. La séance plénière d'ouverture mettait en relief l'importance et le caractère toujours actuel de l'œuvre d'Olderogge. La majeure partie des communications s’organisait ensuite en deux sections : l’une philologique qui englobait les recherches linguistiques théoriques et l’examen des littératures écrites ou orales africaines, qui tenait ses assises à l'Université de Saint-Petersbourg ; une autre consacrée aux sciences sociales dans les locaux de la Kunstkamera. Le même musée abritait la séance de clôture du Colloque. Au total, plus de 50 communications avaient été présentées aux participants, parmi lesquels se trouvaient une centaine des chercheurs et d’étudiants russes ainsi que quelques étrangers.
Les travaux de la section philologique ont témoigné du maintien en Russsie de l’intérêt des chercheurs pour les problèmes de morphologie, de grammaire et de lexicologie des langues africaines. La discussion sur les langues à tons a dégagé l’importance de ce facteur souvent méconnu pour comprendre et interpréter pleinement la parole au sein de la culture des peuples africains. L’on a noté à ce sujet des points de convergence mais aussi de divergence entre linguistes et ethnologues au cours d’une table-ronde sur le travail de terrain. Si, pour les linguistes, il n'y a que des problèmes techniques et de procédure dans le déroulement de leurs enquêtes, les ethnologues s’interrogent quant à eux sur la stratégie et la conduite que doit adopter le chercheur face à la nature de la réalité percue, vécue et sentie par lui au cours de son travail.
La section des sciences sociales a insisté sur les problèmes liés à l'ethnicité en tant que concept et que réalité, en la rangeant, selon la tradition des études africaines en Russie, parmi les aspects de la vie culturelle, dépendants eux-mêmes des processus sociaux. Une telle tradition remonte à l'Ecole africaniste de Leningrad et à D.A.Olderogge en particulier. Un autre sujet important soulevé dans la section des sciences sociales tenait à la question de la spécificité des études africaines dans le contexte des sciences humaines en géneral. La discussion tenait à un contexte d'auto-détermination des africanistes russes par rapport aux grands courants des sciences humaines et à la tradition consistant à considérer "l'africanistica" comme une science sociale particulière. C'est, en quelque sorte, une tradition remontant à des sources scientifiques allemandes, mais qui est devenue purement russe avec le développement progressif des études africaines en Union soviétique puis en Russie, sous l'influence du professeur Olderogge notamment.
Une sous-section était d’autre part consacrée aux problèmes de l'Afrique du Sud. Y ont été évoqués les processus historiques et en cours dans la vie sociale de ce pays, les contradictions dues aux effets de la colonisation, ainsi que la politique intérieure actuelle et le rôle du pays dans sa sous-region et le reste de l’Afrique subsaharienne en général. Une autre séance fut réservée à l'étude des sources classiques des connaissances sur la culture, les langues et les littératures de l'Afrique, ainsi qu'a la constitution d’un corpus de sources dans les centres scientifiques de Russie, d'Allemagne et de France.
Pour résumer, on peut dire que le Colloque a bien mis en évidence l'importance et l'intensité des recherches africaines en Russie qui empruntent toujours, dans leurs grandes lignes, les chemins balisés jadis par le professeur Olderogge. Ces itinéraires restent très fréquentés de nos jours tout comme, certainement, ils le seront demain.
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