2004
Afrique contemporaine
ACTUALITÉS
La Libye et l’Occident depuis 1999 : entre tropisme américain et ancrage euroméditerranéen
Saïd HADDAD
[*]
La réorientation de la politique africaine a été la première étape de la stratégie de la Libye de Kadhafi pour briser l’isolement international. Après la suspension des sanctions internationales, l’objectif de la diplomatie libyenne va être de renouer les liens économiques et politiques avec l’Occident. Cependant, les relations entre la Libye, les Etats-Unis et l’Europe restent marquées par le turbulent passé de la politique libyenne.
Reinvesting in Africa during embargo years was a first step for Libya’s strategy of breaking international isolation. From the leveling of sanctions on, Libya’s foreign policy has aimed at restoring all kind of economic and political links with the West. However, the relationship between Libya and the US or Europe is still bears the turbulent mark of Qaddafi’s former policy.
Les sept années d’embargo (1992-1999) auxquelles a été soumise la Libye ont sanctionné l’activisme libyen passé et illustré la marginalisation de ce pays sur la scène internationale. Elles ont été également l’occasion pour le régime du colonel Kadhafi de redéfinir la politique extérieure de son pays
[1] après avoir pris acte de ses échecs passés. L’Afrique subsaharienne est ainsi devenue le symbole de ce changement de ton et de pratiques et aussi de promotion d’une nouvelle image de la Libye sur la scène internationale : tirant les leçons de son isolement international, estimant que les pays arabes ne soutenaient pas assez sa cause, le dirigeant libyen s’est recentré, à partir de 1997, sur l’Afrique en nouant des relations étroites avec certains pays qu’il a aidés, en s’interposant dans les conflits en tant que médiateur, en constituant en 1998 la Communauté des Etats sahélo-sahariens (Comessa ou CEN-SAD
[2]) et en se faisant le chantre d’une unité africaine rénovée (Haddad 2000). Cette nouvelle politique africaine de la Libye s’inscrit dans le cadre d’une stratégie plus globale de réinsertion dans le concert des nations.
L’extradition, le 5 avril 1999, vers les Pays-Bas des deux agents libyens suspectés d’être à l’origine de l’attentat de Lockerbie et l’annonce, le jour même, par les Nations unies, de la suspension des sanctions pesant sur Tripoli depuis 1992 ont pu être considérées comme une victoire politique du dirigeant libyen. Cependant, malgré cette "victoire", ce régime est toujours soumis à un isolement relatif. En effet, trois dossiers sont encore en suspens : celui concernant les attentats, celui du terrorisme et celui de la prolifération des armes de destruction massive.
A partir de la suspension des sanctions, la diplomatie libyenne va œuvrer pour sa réinsertion complète sur la scène internationale. Au-delà de la résolution des principaux dossiers l’opposant à l’Occident (ici les Etats-Unis et l’Union européenne [UE]), qui lui conférerait l’image et le statut de pays enfin respectable, cette diplomatie que nous qualifierons de post-1999, forte de la nouvelle image qu’elle a acquise en Afrique, a également pour objectif de répondre à des nécessités d’ordre intérieur, l’appui américain et européen étant dans ce dernier cas indispensable pour remédier aux difficultés qu’affronte cet Etat qualifié de distributeur (Vandewalle 1998).
Les sanctions internationales ont été un des arguments majeurs utilisés par le dirigeant libyen pour expliquer les difficultés économiques et sociales de la
Jamahiriyya : elles lui auraient coûté entre 24 et 28 milliards de dollars (d’après Tripoli), provoqué un taux de croissance faible, voire nul ou négatif, un taux de chômage important et une inflation élevée
[3]. L’embargo aura ainsi accentué le caractère patrimonial et rentier de l’Etat libyen. A l’instar de l’Algérie voisine, l’apparition de "nouveaux riches" issus des cercles du pouvoir et prospérant grâce au marché noir et à l’import-export a accru la césure sociale. Ces sanctions ont en outre accéléré les transformations qui étaient à l’œuvre avant l’embargo : en effet, l’augmentation du niveau de vie de la population libyenne, en raison de la rente pétrolière, a changé la société et fait apparaître de nouveaux besoins auxquels le pays a du mal à répondre (Chedli 2001).
La redéfinition de la politique extérieure libyenne va être l’occasion pour le régime de renouveler son personnel gouvernemental
[4] mais surtout de préparer le processus de succession avec l’entrée en scène des fils de Kadhafi (issus de son second mariage), notamment Sayf al Islam et Saïdi. La mise en avant du premier a pour "but de présenter à l’opinion occidentale une meilleure image, une image plus réaliste de [son] pays" diabolisé depuis des années et qui "n’a jamais eu la chance de se défendre
[5]". Elle pose également la question de l’organisation d’une transition dynastique au sein du régime. Malgré les dénégations de l’intéressé, l’exemple syrien, l’intention prêtée au président Moubarak de transmettre le pouvoir à son fil Gamal, celui caressé en son temps par Saddam Hussein à l’endroit de son fils Qoussaï ne permettent pas d’être aussi catégorique
[6].
Ce faisant, cette quête de respectabilité rejoint et prolonge celle enclenchée après 1986, lorsque le régime libyen fut confronté successivement au renversement du cours du baril de pétrole, aux raids américains sur les villes de Tripoli et Benghazi (15 avril 1986) et à la déroute tchadienne en septembre 1987. Ces événements parachèvent la première période de la diplomatie libyenne sous Kadhafi, qui a pu être qualifiée de duale (Tripp 1984) ou d’ambivalente, cette ambivalence ou dualité résultant des contradictions nées de la confrontation entre deux logiques : celle d’un Etat évoluant dans une sphère interétatique et la logique "révolutionnaire" (Djaziri 2000).
Ces "secousses externes" (Burgat et Laronde 1996) vont être l’occasion, pour le régime de Kadhafi, d’un réaménagement de sa politique intérieure et de nouvelles orientations diplomatiques qui vont se traduire, dans un premier temps, par l’apurement des contentieux avec ses voisins immédiats (Egypte, Tunisie, Tchad) et par le "retour" dans le giron maghrébin avec la signature du traité de Marrakech instituant l’Union du Maghreb arabe (UMA) en 1989. Dans un deuxième temps, cette réorientation se traduit par de nombreuses initiatives en direction de l’Occident telles que la rupture des liens avec les groupes terroristes (Abou Nidal, Carlos ou l’Armée républicaine irlandaise [
Irish Republican Army, IRA]), la main tendue à l’Administration américaine lors de l’investiture du président George W. Bush en 1990, la condamnation de l’invasion irakienne du Koweït à l’été 1990 ou la participation de la Libye au forum euromaghrébin, le "5+5"
[7].
Malgré cette ouverture vers l’Occident, la Libye voit tous ses efforts ruinés lorsque les services libyens (et, à travers ces derniers, le régime de Tripoli) sont accusés d’être responsables des attentats de Lockerbie et du DC-10 d’UTA. En quête de respectabilité, la diplomatie libyenne va de nouveau s’atteler à lever les obstacles qui empêchent une normalisation de ses relations avec l’Occident. Le respect de "la légalité internationale, en dépit du fait qu’elle soit imposée par l’Amérique", selon les termes du Guide, prononcés à l’occasion du 33
e anniversaire de la Révolution libyenne
[8] se traduira par la résolution des principaux dossiers précités, en jouant notamment du levier pétrolier.
La Libye et les Etats-Unis
Bien que les Etats-Unis aient souligné à plusieurs reprises les efforts déployés par la Libye dans la résolution pacifique des conflits, notamment en Afrique, ce pays reste "source de préoccupation" pour l’Administration américaine. Les relations libyo-américaines sont ainsi toujours régies par l’embargo sur les importations de pétrole décidés en 1982
[9] et par l’
Iran and Libyan Act adopté en août 1996
[10]. Le régime libyen est considéré par Washington comme un Etat terroriste (depuis 1979)
[11] en raison de son soutien passé à des organisations terroristes moyen-orientales ou européennes, aux composantes les plus radicales de la cause palestinienne et de son assistance (armes, entraînement) à des groupes révolutionnaires d’Amérique latine (Arnold 1996).
La lutte contre le terrorisme islamiste
Malgré les réserves américaines, le rapprochement entre les deux capitales est à l’œuvre depuis 1999. Au-delà de la remise des suspects libyens aux autorités écossaises, les Américains prennent acte des initiatives libyennes telles que la fin du soutien aux organisations terroristes, les restrictions sur les visas pour empêcher l’entrée sur le territoire libyen des membres de ces groupes, le soutien nouveau de Tripoli à l’Autorité palestinienne, ainsi que les inquiétudes partagées par les Libyens – à l’instar de leurs voisins et des Etats-Unis – à propos des activités d’Oussama Ben Laden (Djaziri 2002). Cette dernière inquiétude – à l’égard des islamistes armés – va être exploitée par les Libyens dans leurs relations avec Washington. En effet, bien qu’issu d’une société traditionnelle et profondément croyant (voire sourcilleux dans ce domaine…), le Guide libyen a toujours été méfiant envers les lectures conservatrices de l’islam et l’instrumentalisation de la religion à des fins politiques. Ce réformisme religieux ne signifie pas pour autant que le dirigeant libyen n’utilise pas l’islam à des fins de légitimation externe et interne. Il en est ainsi, par exemple, de l’association Dawa Islamiya (Appel islamique), chargée de propager l’islam et de défendre les intérêts libyens en Afrique, en Europe et en Asie (Otayek 1986). L’instrumentalisation de l’islam lui permet de contrer la montée de la contestation islamique dans son propre pays. Si sa lecture hétérodoxe de l’islam lui a valu les foudres des Frères musulmans libyens, ce n’est qu’à la fin des années 1980 et durant la première moitié des années 1990 qu’il sera confronté à l’émergence de groupes islamiques armés (le Mouvement islamique des martyrs et le Groupe islamique combattant libyen) actifs en Cyrénaïque. En dépit de la proclamation de la charia en 1994, le régime devra recourir à la répression armɥ afin d’étouffer la contestation islamiste.
Cette "expertise libyenne" dans la lutte contre les islamistes (Martinez 2003) et le rôle des associations islamiques libyennes vont être mises à profit par Tripoli dans ses tentatives de rapprochement avec Washington. Il est ainsi du rôle de médiateur qu’a joué la Libye – via la Fondation Kadhafi de bienfaisance internationale, présidée par Sayf al Islam
[12] – dans la libération des otages occidentaux détenus par le groupe islamique Abbu Sayyaf sur l’île de Jolo, aux Philippines, durant l’été 2000.
La condamnation par la Libye des attentats du 11 septembre 2001 et la reconnaissance de la légitimité de l’intervention américaine en Afghanistan vont accélérer le rapprochement américano-libyen. En s’inscrivant dans la lutte contre le terrorisme, Tripoli entend bien démontrer à Washington que les deux pays partagent les mêmes préoccupations dans ce domaine, ce qui permettra au régime libyen d’obtenir l’inscription du Groupe islamique combattant sur la liste des organisations terroristes établie par le département d’Etat – et surtout de ne pas faire partie des pays réunis sur l’"axe du mal" par le président George W. Bush lors de son discours du 2 janvier 2002 (Irak, Iran et Corée du Nord).
La réticence américaine face aux diverses initiatives libyennes s’explique par les fondements de la politique extérieure américaine – réaffirmés avec force depuis les attentats du 11 septembre 2001 – que sont la lutte contre le terrorisme, la lutte contre la prolifération des armes de destruction massive (ADM) et la promotion des droits de l’homme. En outre, sur la scène domestique américaine, le prix d’un maintien des sanctions envers la Libye est peu élevé alors qu’un changement politique trop brutal envers le régime de Tripoli pourrait avoir un coût important, ce dernier étant toujours associé à ses positions anti-israéliennes (Anderson 2000).
Même si la Libye ne fait pas partie des pays présentant une menace majeure de prolifération, elle a toujours été suspectée par les Etats-Unis, malgré les dénégations de son Guide, de posséder des armes de destruction massive (chimiques et biologiques) et de vouloir développer un programme nucléaire. La reconnaissance de la responsabilité libyenne dans l’attentat de Lockerbie et l’indemnisation des familles des victimes de cet attentat ainsi que le dossier des ADM vont être au cœur des relations américano-libyennes. Les avancées qu’elles vont connaître sont à replacer dans le contexte de l’intervention de la coalition américano-britannique en Irak, en mars 2003.
L’effet irakien
Tout en considérant que le régime de Saddam Hussein ne présentait pas une menace pour la sécurité internationale et en se déclarant favorable à "une solution pacifique de la crise irakienne", le régime a été relativement discret et a modéré ses propos lors de l’intervention américaine en Irak. Cette discrétion s’explique tout d’abord par les divergences entre le régime de Saddam Hussein et celui de Mouammar Kadhafi symbolisées par le soutien libyen affiché à la révolution iranienne de 1979 puis à l’Iran lors de la première guerre du Golfe ainsi que la condamnation par Tripoli de l’invasion irakienne du Koweït. Ensuite, devant l’intervention américaine en Irak, le régime libyen a pris la mesure de la détermination américaine à agir. La crainte d’être le prochain sur la liste a non seulement poussé le colonel Kadhafi à approuver l’action des Etats-Unis contre le régime baasiste irakien mais également à accélérer la résolution des deux contentieux l’opposant à l’Administration américaine : celui de Lockerbie et celui des ADM.
La guerre d’Irak semble bien avoir été le moment de vérité pour le régime de Tripoli, le coût d’un conflit politique et économique avec Washington étant considéré comme exorbitant. Les deux négociations
[13] ont été pour la Libye l’occasion de conforter les orientations nouvelles de sa politique internationale.
La résolution de l’affaire de Lockerbie
L’accord portant règlement de l’affaire de Lockerbie a été signé entre Tripoli, Londres et Washington, le 13 août 2003. Outre la reconnaissance de la responsabilité de citoyens libyens dans l’attentat, le montant des dédommagements à verser aux familles des 270 victimes a été fixé à 2,7 milliards de dollars. En vertu de cet accord, 10 millions de dollars par victime doivent être versés en trois paiements : 4 millions à la levée des sanctions de l’Organisation des Nations unies (ONU), 4 à la levée des sanctions unilatérales américaines et le reste du montant lors du retrait de la Libye des Etats soutenant le terrorisme. Il convient de remarquer ici que ces trois temps du versement correspondent à l’objectif de la diplomatie libyenne – réaffirmé lors du discours du colonel Kadhafi, à l’occasion du 34
e anniversaire de la Révolution – qui est de sortir de ce qu’appelle son dirigeant "les trois listes noires" : la résolution des Nations unies, l’embargo unilatéral américain et la liste incluant la Libye dans les Etats soutenant le terrorisme
[14]. Seul le premier objectif, à la fin de l’année 2003, a été atteint, puisque les sanctions internationales pesant sur la Libye ont été levées par le Conseil de sécurité des Nations unies, le 12 septembre 2003 et qu’elles ont fait l’objet du versement de la première tranche aux ayants droit des victimes. Au début de l’année 2004, le président américain a annoncé la reconduction pour une année des sanctions unilatérales pesant sur ce pays.
Le règlement de l’affaire du DC-10 d’UTA
L’annonce de l’accord tripartite et notamment du montant des indemnités que Tripoli accepte de verser allait entraîner la réaction de la France, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies. En effet, les relations franco-libyennes ont été affectées par l’attentat (170 victimes) contre la compagnie française UTA en 1989. L’affaire opposant Paris et Tripoli fait l’objet d’un premier règlement lorsque la cour d’assises de Paris condamne par contumace, le 10 mars 1999, six ressortissants libyens – dont Abdallah Senoussi, beau-frère de Kadhafi – à la prison à vie. Cette condamnation pénale est suivie d’une condamnation civile, la cour accordant aux parties civiles des dommages et intérêts allant de 3 000 à 30 000 euros selon le lien de parenté avec une victime. Le montant global de l’indemnisation des familles des victimes est de 35 millions de dollars, que Tripoli accepte de verser, ce qui entraînera le rétablissement des relations franco-libyennes. L’annonce du montant des indemnités que la Libye accepte de verser dans l’affaire de Lockerbie (soit 4 millions de dollars par famille de victime
[15]) va entraîner la réouverture du dossier des indemnités : en effet, l’écart du montant accordé aux familles dans les deux affaires provoque une vigoureuse réaction de Paris contre ce qui est ressenti comme "une discrimination entre les victimes d’actes de terrorisme de même nature
[16]". Ces réactions rejoignent celles d’une association réunissant les familles des victimes de l’attentat du DC-10 d’UTA qui proteste contre le règlement de l’affaire tel qu’il a été prononcé par la cour d’assises et contre "une normalisation prématurée des relations franco-libyennes
[17]".
La levée des sanctions internationales
Opposée à une levée des sanctions, la France change de posture, le jeudi 11 septembre 2003, en déclarant, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, qu’elle "n’a naturellement plus d’opposition à ce que le Conseil de sécurité vote la levée des sanctions". Ce changement d’attitude n’est pas seulement le résultat d’interventions américaines et britanniques. Il résulte également de la fermeté de la position française ne pouvant accepter le traitement différencié des victimes opéré par les Libyens ; à la suite des pressions françaises, le régime libyen accepte de conclure un accord – via la Fondation Kadhafi – avec les familles des victimes. Cet accord de principe stipule le versement d’indemnités aux familles – dont des négociations devront fixer le montant définitif – et le renoncement à toute nouvelle action judiciaire contre la Libye. Contrairement à celui signé avec les Américains et les Britanniques, cet accord ne s’accompagne pas d’une reconnaissance de la culpablité libyenne
[18]. Le 12 septembre 2003, le Conseil de sécurité des Nations unies lève les sanctions pesant sur la Libye.
L’accord sur les armes de destruction massive libyennes
Le 19 décembre 2003, le ministère libyen des Affaires étrangères annonce que la Libye "sur la base des pourparlers engagés avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne […] a décidé, de son propre gré, d’éliminer les matériels, équipements et programmes" dont elle a reconnu l’existence afin de se défaire de "tous les armements interdits par la communauté internationale".
Le régime libyen s’engage donc à :
- "supprimer tous les éléments de ses programmes d’armement chimique et nucléaire,
- signaler toutes ses activités dans le domaine nucléaire à l’Agence internationale de l’énergie atomique,
- supprimer tous les missiles balistiques d’une portée supérieure à 300 km d’une capacité d’emport de 500 kg,
- accepter les inspections internationales destinées à garantir que la Libye se conforme au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et qu’elle signe le protocole additionnel,
- détruire tous les stocks d’armes et de munitions chimiques et à adhérer à la Convention sur les armes chimiques,
- à autoriser immédiatement des inspections et une surveillance destinées à vérifier l’exécution de tous ses engagements
[19]."
L’aveu libyen – après des années de dénégation – fait suite à neuf mois de négociations secrètes débutées en mars 2003 entre Libyens, Britanniques et Américains
[20], Tripoli autorisant finalement l’inspection de ses sites et de son arsenal par des experts britanniques et américains. Ces visites, qui ont eu lieu début octobre et début décembre 2003, ont permis de vérifier la réalité des capacités libyennes en la matière.
La réalité de l’arsenal libyen
Les soupçons de l’Administration américaine et de la communauté internationale portent essentiellement, depuis le milieu des années 1970, sur le nucléaire, les armes chimiques et les missiles balistiques (Bhattachaejee et Salama 2003, Alterman et Morrisson 2003)
[21].
Concernant les armes nucléaires, la Libye a signé le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP
[22]) et l’a ratifié en 1975. Malgré ses ambitions en la matière, Tripoli n’est jamais parvenue à les assouvir. Son principal site de recherche nucléaire est situé à Tajura. Il consiste en un réacteur de recherche acquis auprès de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) à la fin des années 1970. Selon des responsables américains et britanniques qui ont visité une dizaine de sites en 2003, le régime tentait effectivement de développer un programme d’ultracentrifugation nucléaire permettant d’enrichir l’uranium. Toutefois, les Libyens n’avaient acquis, selon ces responsables, ni les capacités de produire des armes nucléaires ni celles permettant d’enrichir l’uranium.
Concernant les armes chimiques, la Libye a refusé de signer la Convention d’interdiction des armes chimiques (CIAC)
[23]. Elle est suspectée d’avoir développé son programme chimique sur trois sites : celui de Rabta (Pharma 150), celui de l’oasis de Sebha (Pharma 2000) et le complexe de Tahurnah. Si la Libye a usé d’armes chimiques contre les forces tchadiennes en 1987, elle a arrêté sa production, au milieu des années 1990, par crainte de frappes américaines. Elle posséderait néanmoins encore quelques centaines de tonnes de produits chimiques (gaz moutarde et gaz innervant) armant des missiles balistiques. Pour ce qui concerne les armes biologiques, les informations sont contradictoires sur la poursuite ou non d’un programme de production. La Libye, signataire de la Convention d’interdiction des armes biologiques (CIAB)
[24], a développé un programme de recherche et développement limité.
L’arsenal de destruction massive repose essentiellement sur des missiles balistiques, acquis depuis la fin des années 1970 auprès de l’URSS. Il consiste principalement en des missiles de courte portée (40 à 70 km) et de moyenne portée (entre 300 et 600 km). Tripoli a longtemps nié posséder des missiles de longue portée (de 800 à 1 300 km) mais il semblerait, selon les dernières révélations libyennes, qu’elle en aurait acquis un certain nombre (non déterminé) auprès de la Corée du Nord. Enfin, depuis le début des années 1980, le régime libyen tente de mettre au point son propre missile de longue portée al Fatah (de l’ordre de 850 km).
Transparence libyenne et marché de dupes
Peu après l’annonce libyenne du 19 décembre 2003, le directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Mohamed ElBaradei, se rend en Libye du 27 au 29 décembre 2003 où il déclarera que "les Libyens [ne sont] pas sur le point d’avoir une arme nucléaire". Cette visite précède de quelques jours l’annonce faite par le Premier ministre libyen de la volonté de son pays de signer le protocole additionnel
[25] – mis en place en 1997 – autorisant de courtes visites sur des sites jugés suspects avec un préavis de deux heures.
A ce stade, de nombreux points restent obscurs quant à la réalité de la menace libyenne. Les déclarations du directeur de l’AIEA tempèrent l’alarmisme américain et britannique sur le programme nucléaire. Ces propos rejoignent le constat fait quelques années auparavant sur la menace relative de l’armement balistique libyen et de manière plus générale sur l’illusion entretenue sur les capacités militaires libyennes (Daguzan 1998)
[26].
Le dossier des ADM libyennes est cependant instructif à plusieurs titres. En effet, si l’inventaire libyen dressé par l’AIEA confirme la volonté de Tripoli d’acquérir l’arme nucléaire, il tempère – pour l’instant – les craintes que les pays occidentaux pouvaient avoir quant à la réalité de cette menace. Plus préoccupante est la double révélation, – à travers le cas libyen – d’une certaine faillite des services de renseignements occidentaux et de l’AIEA – qui n’avaient pu mesurer à sa juste valeur l’arsenal libyen – et de l’existence d’un vaste marché parallèle du nucléaire mettant en cause la Malaisie, la Chine et le Pakistan, puissance nucléaire et pièce maîtresse des Etats-Unis dans sa "croisade" contre le terrorisme international, Dubaï et certains pays européens (Allemagne, Espagne, Pays-Bas).
L’importance accordée à ce dossier est à replacer dans le double cadre de la stratégie américaine en matière de sécurité nationale et de celle de la Libye de réintégration dans le concert des nations. Pour les Etats-Unis, le renoncement libyen valide la stratégie américaine de lutte contre le terrorisme et les ADM
[27]. Pour ce qui concerne le régime libyen, ce renoncement entre dans la stratégie de respectabilité internationale mise en place depuis les années d’embargo. A ce titre, il constitue une étape symbolique au même titre que la prétention libyenne affichée par le passé d’acquérir un tel arsenal. Ce renoncement parachève en quelque sorte l’analyse (et la stratégie qui en découle) des rapports de force internationaux et des moyens à mettre en œuvre pour sortir de l’isolement international, qui passe par une normalisation des relations américano-libyennes
[28].
La mise à l’écart de l’Union européenne en général, et de la France en particulier, dans les négociations ayant conduit au renoncement libyen aux ADM, ainsi que l’indignation de Paris après l’annonce du montant accordé aux ayants droit des victimes de Lockerbie sont autant de signes révélateurs du "pari américain" fait par la Libye et de la compréhension par la diplomatie de ce pays de l’intérêt que représente l’exploitation des différences d’approche américaine et européenne dans le domaine la sécurité mondiale et régionale, notamment au Maghreb (Charillon et Leveau 2003). Toutefois, le tropisme américain de la Libye ne saurait occulter les réalités économiques, financières et commerciales qui arriment, de fait et depuis plus de quarante ans, la Libye à l’Europe (Joffé 2000)
[29].
Des relations ambivalentes
En effet, malgré la rhétorique anti-impérialiste libyenne, et ce, au plus fort de la période radicale du régime, lorsque ses ambassades transformées en "bureaux populaires" lançaient la traque, à travers l’Europe, aux "chiens errants de la Révolution", selon les termes de Kadhafi, et que la Libye était impliquée dans les actions terroristes en Europe (Joffé 2000), les liens entre l’Europe et Tripoli n’ont jamais été rompus. L’ambivalence des relations euro-libyennes s’est également manifestée lors de l’adoption par les Nations unies des résolutions 748 et 883, l’Europe s’opposant à ce que l’embargo soit étendu aux exportations pétrolières.
Le poids des relations économiques
L’Union européenne est le principal client et fournisseur de la Libye. Elle représente près de 83 % des exportations libyennes (et 90 % de ses exportations pétrolières). En 2002, l’Italie (42,6 %), l’Allemagne (14,1 %) et l’Espagne (13,6 %) en sont les principaux clients. L’UE est son principal fournisseur (63 % des importations libyennes). Les principaux fournisseurs européens de la Libye sont l’Italie (25,6 %), l’Allemagne (9,8 %) et la France (5,7 %).
Dans le domaine pétrolier, en dépit du monopole exercé dans ce secteur par l’entreprise publique libyenne, la National Oil Corporation (NOC), sept compagnies européennes opèrent en Libye en vertu d’accords d’exploration et de production – Agip-Eni et Petrofina (Italie), Total (France), Repsol (Espagne), Wintershall et Veba (Allemagne) et enfin Mov (Autriche) –, même si la normalisation en cours des relations américano-libyennes signifie pour les compagnies déjà présentes en Libye une future mise en concurrence avec les firmes américaines et la fin d’un marché marqué par l’absence de ces dernières.
La Libye dans l’Euroméditerranée
Au lendemain de la suspension de l’embargo
[30], l’UE a appelé la Libye à devenir membre du processus de Barcelone sous réserve d’en accepter les acquis. La participation de la Libye – en tant qu’observateur – à la conférence de Stuttgart (1999) puis à celle de Marseille (2000) a illustré le retour politique de Tripoli sur la scène euroméditerra-néenne. L’année 2003 a été quant à elle marquée par sa présence – pour la première fois – à la troisième Conférence euroméditerranéenne des ministres de l’Energie qui s’est tenue à Athènes en mai 2003. Auparavant, la Libye avait participé à Sainte-Maxime (avril 2003) à la troisième réunion des ministres des Affaires étrangères de la Méditerranée (dite "5+5") qui a été suivie d’un sommet des chefs d’Etat et de gouvernement des dix pays concernés auxquels s’est joint le président de la Commission européenne, Romano Prodi (Tunis, 5 et 6 décembre 2003).
La résolution des affaires de Lockerbie et du DC-10 d’UTA et le renoncement de Tripoli aux ADM ont été salués par la Commission européenne et devraient permettre, d’après elle, l’intégration de la Libye au processus de Barcelone. Malgré le discours critique du Guide sur le processus euroméditerranéen, considéré comme "une conspiration contre l’intégrité territoriale africaine" et une entreprise d’annexion
[31] ou… son mutisme remarqué lors du sommet de Tunis, il semblerait que la Libye "soit prête à rejoindre totalement le processus de Barcelone
[32]" afin "d’apurer le passé de manière exhaustive et équitable", pour reprendre les termes de Romano Prodi, dans son adresse au dirigeant libyen lors de ce dernier sommet
[33]. La participation de la Libye aux différentes réunions du "5+5" aux côtés de ses voisins maghrébins répond, en outre, au vœu européen de voir relancée l’Union du Maghreb arabe. Cependant, malgré les pressions de Bruxelles, il ne semble pas que le projet d’intégration maghrébin soit au cœur des préoccupations libyennes : la défection libyenne au sommet maghrébin qui devait avoir lieu à Alger, le 23 décembre 2003, témoigne du peu d’intérêt porté par Tripoli à ce dossier.
La Libye, un espace de transit
La méthode prônée par la Commission, dans ses relations avec la Libye, est celle d’un dialogue bilatéral par étapes, privilégiant des centres d’intérêts, qu’il ne faut pas confondre avec une approche "à la carte
[34]". Parmi ces centres d’intérêt figurent l’énergie ou la pêche, par exemple, mais également la question des migrations. En novembre 2002, l’UE a estimé qu’il fallait engager une coopération dans ce domaine avec Tripoli. A cet effet, la Commission a envoyé une mission exploratoire en Libye en mai 2003. A l’instar des autres pays du Maghreb, les préoccupations migratoires de l’Union européenne ont reçu un écho favorable de la part des responsables libyens. Destination de nombreux ressortissants subsahariens (estimés à plus de 2 millions, essentiellement Nigérians, Nigériens, Tchadiens, Soudanais, Maliens et Burkinabès), la Libye est également un lieu de transit vers les contrées européennes (Bensaad 2002, Pliez 2002, Lahlou 2003). L’émergence de ce thème dans le discours politique libyen est du à plusieurs facteurs. Si "la réorganisation de la main-d’œuvre étrangère", pour reprendre les termes du Premier ministre libyen, Chokri Ghanem, est perçue tout d’abord comme étant une solution au fort taux de chômage que connaît son pays, ce sujet est également constitutif des relations euroméditerranéennes et des accords d’association qui en découlent entre l’UE et un pays tiers méditerranéen
[35]. La reconnaissance par les Libyens de l’importance de ce dossier pour les Européens est à analyser comme l’illustration des relations asymétriques entre l’Europe et les pays de la rive sud de la Méditerranée, ces derniers devenant en quelque sorte les sentinelles avancées de l’Union européenne dans ce domaine. Elle est également un des éléments des négociations entre les deux parties, la Libye exploitant ici son "expertise africaine".
Les atouts libyens
Contrainte par les Etats-Unis et dans une moindre mesure par l’Union européenne de se conformer aux demandes internationales (indemnisation des familles des victimes des attentats, transparence dans le domaine des ADM, lutte contre le terrorisme), la Libye ne dispose pas moins de quelques atouts : son expertise dans la lutte anti-islamiste, sa double situation d’Etat tampon et de lieu de passage des flux migratoires en direction de l’Europe et, enfin, son statut de société "hydrocabure".
En effet, la Libye, pays pétrolier dont les réserves sont estimées à près de 36 milliards de barils, est un pays riche sur le plan financier (16 milliards de dollars de réserve) mais industriellement faible : son économie est tributaire de son pétrole et de l’extérieur. Les ressources tirées des exportations d’hydrocarbures constituent 95 % des recettes à l’exportation et plus de 60 % du budget. Au lendemain de la suspension de l’embargo, la Libye avait annoncé le lancement d’un programme de développement économique et social de 35 milliards de dollars, visant à atteindre un taux de croissance de l’ordre de 5 % entre 2001 et 2005. Cet ambitieux programme concerne le secteur de l’énergie et la modernisation des infrastructures du pays (télécommunications, transports terrestre et aérien). Il prévoit également le renforcement du secteur privé et la privatisation de l’économie (y compris le secteur des hydrocarbures) et l’adhésion à l’Organisation mondiale du commerce (OMC)
[36]. Le "capitalisme populaire", à l’ordre du jour, doit permettre la remise à niveau de l’économie libyenne, d’abaisser le taux de chômage (30 %), de lutter contre les inégalités qui se sont accrues entre 1992 et 1999 et contre la corruption.
Le pétrole, unique facteur de richesse, constitue la garantie de solvabilité de l’Etat libyen ; il est aussi un des instruments utilisés par Tripoli dans sa politique extérieure. Il lui permet d’échapper à un face-à-face exclusif soit avec les Etats-Unis soit avec l’UE en jouant de la compétition entre les compagnies européennes et américaines
[37]. Si le lobby pétrolier américain n’est pas en mesure de placer "les relations américano-libyennes en position de haute priorité", pour reprendre les termes de Lisa Anderson (2000), ce même lobby n’a cessé de faire pression pour que soit levé l’embargo économique sur la Libye. En effet, dès octobre 2002, des contacts ont lieu entre Kadhafi, des responsables libyens et des représentants de sociétés pétrolières américaines dont les concessions, qui sont gelées depuis 1986, expirent en 2005. Toutefois, malgré cet intérêt pour le marché libyen, l’
Iran and Libyan Act a été prorogé, en août 2000, de cinq ans et également renforcé puisque cette loi prévoit depuis cette date des sanctions contre les firmes faisant plus de 20 millions de dollars d’investissements annuels dans le gaz et le pétrole en Libye (contre 40 initialement)
[38].
En combinant l’attrait pétrolier que constitue la Libye avec l’indisponibilité du pétrole irakien et le relâchement des liens entre Riyad et Washington après les attentats du 11 septembre 2001, et en comprenant la volonté américaine de diversifier ses sources d’approvisionnement pétrolier – en mettant en avant l’attrait que constitue le marché libyen –, les efforts de Tripoli dans ce domaine consistent à user du levier pétrolier en politique extérieure et à tirer profit de la lutte d’influence que se livrent Washington et Bruxelles au Maghreb.
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[*]
Enseignant-chercheur au CREC Saint-Cyr (Coëtquidan), chercheur associé à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman (IREMAM)/Centre national de la recherche scientifique (CNRS), Aix-en-Provence (texte achevé en mars 2004).
[1]
Les sanctions ont été imposées à la Libye par les Nations unies à la suite des attentats contre le vol Pan Am 103 (dit attentat de Lockerbie) du 21 décembre 1988 et contre le vol DC-10 d’UTA du 19 septembre 1989. La résolution 748 du 31 mars 1992 a imposé un embargo total sur les liaisons aériennes et sur les ventes d’armes ainsi que la réduction du personnel diplomatique. Quant à la résolution 883 du 11 novembre 1993, elle a renforcé les sanctions en gelant les avoirs à l’étranger et en interdisant l’approvisionnement en équipements pétroliers. Les sanctions n’ont pas porté sur les exportations pétrolières. A ce titre, les recettes tirées de ces exportations ne sont pas considérées comme des avoirs extérieurs et par conséquent échappent au gel.
[2]
La Communauté des Etats sahélo-sahariens est une organisation intergouvernementale internationale qui réunit 18 États membres : Bénin, Burkina Faso, Djibouti, Egypte, Erythrée, Gambie, Libye, Mali, Maroc, Niger, Nigeria, République centrafricaine, Sénégal, Somalie, Soudan, Tchad, Togo et Tunisie (NDLR).
[3]
On peut noter que, durant la même période, le produit intérieur brut (PIB), qui s’élevait en 1991, soit à la veille des premières sanctions, à 37,2 milliards de dollars, est passé en 1998 à 34,7 milliards de dollars et que les réserves financières libyennes se sont maintenues à près de 4,7 milliards de dollars. Cette bonne tenue financière s’explique par le fait que les sanctions n’ont pas concerné les exportations pétrolières (voir note 1). L’inflation a connu des taux records au milieu des années 1990 (+42 % en 1993, +50 % en 1994, +39 % en 1995) contre une moyenne annuelle inférieure à 1 % entre 1985 et 1990 (Chevallier-Bellet 2003). Le taux de chômage est estimé à près de 30 % en 2001 (CIA,
The World Factbook-Libya, 2003, disponible sur <www.odci.gov/cia/publications>).
[4]
La nomination, le 14 juin 2003, d’un nouveau gouvernement, dirigé par Chokri Ghanem, participe de cette volonté. Universitaire, formé à Boston et à Londres, maîtrisant les questions économiques, ayant été en poste au siège de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) de 1993 à 1998, l’homme – en charge de l’économie et du commerce de 2001 à 2003 – a un profil qui s’inscrit dans la droite ligne des orientations nouvelles définies par Kadhafi. Il est sinon réputé proche des Etats-Unis, tout au moins partisan de l’intégration de son pays dans les échanges internationaux et promoteur de l’économie de marché. Sa nomination est à interpréter dans le cadre des signaux d’ouverture adressés aux Etats-Unis et à l’Union européenne.
[5]
Selon ses propres termes. Lire, à ce propos, l’interview accordée à
Politique internationale, hiver 2003-2004.
[6]
Saïdi Kadhafi est chargé, quant à lui, de représenter les aspirations des jeunes Libyens. Président de la Fédération libyenne de football, joueur recruté par l’équipe italienne de Pérouse pour la saison 2003-2004, il ambitionne de rendre l’équipe nationale libyenne compétitive sur le plan international et d’organiser le Mondial 2010 en collaboration avec la Tunisie. Moins médiatisé que Sayf al Islam, il participe également de la visibilité de la Libye en siégeant au conseil d’administration d’entreprises – principalement italiennes – telles que Banco di Roma, Fiat ou la Juventus de Turin (club dont la Libye possède 5 % des actions), propriété de Fiat (
Al Wasat, 8 septembre 2003).
[7]
C’est-à-dire l’Espagne, la France, l’Italie, Malte et le Portugal pour l’Europe du Sud, ainsi que l’Algérie, la Libye, le Maroc, la Mauritanie et la Tunisie pour le Maghreb.
[8]
Cité dans Moncef Djaziri, "Libye",
in L’Etat du monde 2004, Paris, La Découverte, 2003.
[9]
Après celui décidé sur le matériel militaire en 1978.
[10]
Plus connue sous le nom de loi D’Amato-Kennedy, cette mesure vise à sanctionner les entreprises américaines et étrangères commerçant avec l’Iran et la Libye.
[11]
Le département d’Etat renouvelle chaque année l’interdiction faite aux citoyens américains de se rendre en Libye.
[12]
Dont l’objet officiel est de financer des projets de développement.
[13]
Pour ce qui concerne le déroulement des négociations dans les deux affaires, voir notamment :
Arabies, octobre 2003 ;
Le Monde, 21-22 décembre 2003 et 10 janvier 2004 ;
Libération, 22 décembre 2003 ;
Jeune Afrique/L’Intelligent, 4-10 janvier 2004.
[14]
Discours du colonel Kadhafi, 31 août 2003.
[15]
Desquels il faut déduire près de 50 % correspondant aux frais d’avocats, impôts et taxes américaines.
[16]
Selon les termes du porte-parole du Quai d’Orsay.
[17]
Le collectif des "familles du DC-10 d’UTA en colère" a été créé en février 2002. Il réunit les parents des victimes et défend les ayants droit, quelle que soit leur nationalité (les 170 victimes étaient ressortissantes de 16 pays). Le collectif mène son action en collaboration avec l’association SOS-Attentats.
[18]
Un accord définitif, le 8 janvier 2004, est intervenu entre le collectif des familles des victimes et le gouvernement libyen. Signé le 9 janvier, cet accord prévoit une réparation financière de 1 million de dollars accordée aux ayants droit de chacune des victimes. Un quart de la somme globale (170 millions de dollars) a été versée par les Libyens le jour même. En contrepartie de ce versement, les familles abandonnent les procédures judiciaires engagées contre la Libye.
[19]
D’après la fiche analytique de la Maison-Blanche du 19 décembre 2003, diffusée par le département d’Etat, "La stratégie des Etats-Unis a incité la Libye à renoncer aux armes de destruction massive", disponible sur le site du Service d’information du département d’Etat, <usinfo.state.gov/francais/>.
[20]
Ces contacts avaient été amorcés fin 2001.
[21]
Voir également Jacques Isnard, "L’évaluation américaine du nucléaire libyen a évolué depuis 2001",
Le Monde, 23 décembre 2003 ;
Al Wasat, 29 décembre 2003.
[22]
Ce traité a été signé à Londres, Moscou et Washington en juillet 1968 (NDLR).
[23]
Cette convention a été conclue à Paris en janvier 1993 et est entrée en vigueur en avril 1997 (NDLR).
[24]
Ouverte à la signature à Londres, Moscou et Washington en avril 1972, cette convention est entrée en vigueur en mars 1975 (NDLR).
[25]
La signature de ce protocole aura lieu à Vienne le 10 mars 2004 (NDLR).
[26]
Il faut se souvenir en effet que, lorsque le colonel Kadhafi, en 1986, avait donné l’ordre de tirer des missiles (des Scud-B) contre les îles italiennes en Méditerranée et contre la partie occidentale de la Crête, ces derniers avaient manqué leurs cibles.
[27]
Fiche analytique de la Maison-Blanche,
op. cit. [19].
[28]
Des parlementaires américains (démocrates et républicains) se sont rendus à Tripoli, fin janvier 2004, pour la première fois depuis trente ans.
[29]
La création de la
Libyan Arab Foreign Bank (LAFB), en 1972, et celle de la
Libyan Arab Foreign Investment Company (LAFICO), en 1981, témoignent de cette préoccupation. Ces établissements ont investi dans de nombreux pays, plus particulièrement en Italie, en Allemagne et en Suisse. La Libye a placé ses capitaux notamment dans l’industrie des hydrocarbures en tentant de contrôler aussi bien la production que le raffinage, la distribution que la vente des produits pétroliers transformés. D’autres secteurs, tels que la banque, l’automobile, les télécommunications ou le secteur sportif, ont également été la cible des investissements libyens.
[30]
L’embargo a de fait été levé dès 1999 dans le domaine économique. Concernant les sanctions touchant le transport aérien, l’embargo est partiellement levé. Enfin, il est toujours en vigueur pour ce qui concerne le volet militaire des sanctions.
[31]
Discours de Kadhafi en juillet 2001 à Lusaka, lors de la création de l’Unité africaine, cité dans Martinez (2003).
[32]
D’après la Commission européenne qui a publié la teneur d’une conversation téléphonique du 30 décembre 2003 entre Mouammar Kadhafi et Romano Prodi (disponible sur <www.europa.eu.int/comm/external_relations/libya>).
[33]
Le discours prononcé par Romano Prodi à Tunis est disponible sur <www.deltun.cec.eu.int/fr/quoi_de_neuf/DiscoursProdi.pdf> (NDLR).
[34]
European Commission, "The EU’s Relations with Libya. Overview", janvier 2004, <www.europa.eu.int/comm/external_relations/libya>.
[35]
Voir le volet 3 des accords de Barcelone.
[36]
Interview du secrétaire du Comité populaire général (ministre) de l’Economie et du Commerce au quotidien libyen
Al Shams (Tripoli), 6 et 8 mars 2003. La demande d’accession a été transmise à l’OMC, le 10 décembre 2001. A ce jour, le Groupe de Travail composé des membres de l’OMC, chargé d’examiner la demande libyenne ne s’est pas encore réuni.
[37]
Il s’agit des compagnies Marathon, Aramida Hiss, Conoco et Oxy (
Arabies, octobre 2003).
[38]
Chevallier-Bellet (2003).