Afrique contemporaine
De Boeck Université

I.S.B.N.sans
248 pages

p. 5 à 6
doi: 10.3917/afco.209.0005

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no 209 2004/1

2004 Afrique contemporaine

Éditorial

Le dossier regroupant l’essentiel des articles de ce numéro est consacré à un thème d’une actualité toute particulière, à la fois dans les cercles internationaux de réflexion et sur le terrain en Afrique au sud du Sahara. Il traite en effet de la relation nouvelle et croissante entre les préoccupations qui sont depuis l’origine au cœur de l’activité d’aide au développement et celles de sécurité ou de maintien de la paix (comme de retour à celle-ci d’une manière durable) qui viennent maintenant s’y surajouter.
Par la diversité de ses contributeurs, ce dossier se distingue aussi de ceux que nous avons récemment publiés. Fidèle à la vocation d’une revue entendant favoriser les contacts et les convergences sur l’Afrique actuelle, il met en effet côte à côte, sur une question particulièrement sensible, des ministres, des acteurs du domaine public et para-public ainsi que des chercheurs et universitaires spécialisés dans les questions africaines. Les registres d’expression des différents contributeurs sont donc variés sans être discordants, de manière à éclairer le lecteur sur l’ensemble de la problématique sans, bien sûr, pouvoir répondre à toute la gamme des interrogations dans un dossier nécessairement limité par des impératifs d’édition.
Les deux contributions ministérielles représentent des points de vue complémentaires : ceux d’une Norvège très en pointe dans sa réflexion sur le peace-building (traduit ici par "consolidation de la paix", faute d’une meilleure expression en français) mais n’envoyant pas de troupes en Afrique et, à rebours, d’une France particulièrement expérimentée dans le domaine militaire sur le terrain mais n’ayant qu’assez récemment renouvelé à ce sujet une réflexion avant tout pragmatique et issue d’une concertation directe avec les gouvernements africains plus que de considérations théoriques. Quant aux analyses des praticiens du développement ou de la sécurité qui leur succèdent, elles mettent d’abord l’accent sur le débat international actuel entre les défenseurs d’un vision traditionnelle de l’aide au développement et ceux qui poussent à reconnaître maintenant que la conjoncture depuis la dernière décennie, en Afrique notamment mais non exclusivement, oblige à adapter les méthodes et peut-être aussi les principes, dans une recherche constante de prévention de conflits tendant à se multiplier, se régionaliser et se pérenniser. La question de la réforme du secteur de la sécurité en Afrique, abordée ensuite, exprime donc désormais un problème de gouvernance aussi capital que celui de la bonne gestion économique et financière.
Des cas concrets sont abordés enfin par des chercheurs dans la dernière section du dossier : la question du terrorisme sur le continent africain ; les leçons d’un engagement militaire européen de type nouveau en Afrique avec l’opération Artémis en Ituri ; la problématique politico-anthropologique de la violence endogène en Côte d’Ivoire ; l’histoire et le bilan d’une rébellion sans fin, celle de la LRA, en Ouganda. Ces exemples restreints n’épuisent nullement une matière trop abondante hélas, mais la complémentarité des approches et des analyses permet de souligner la complexité et la variété des situations locales, en même temps que des permanences sur le thème de ce que l’on appelle souvent la "violence extrême".
C’est en regard du dossier principal qu’il convient de lire, eux aussi sans doute, les articles indépendants qui terminent ce numéro. La question de la contribution encore trop limitée de l’Afrique à la société mondiale du savoir reste cruciale et la thématique des conflits et de leur analyse sur place le confirme aisément. Quant à la politique de la Libye, qui vient d’effectuer un tournant diplomatique en direction de l’Occident, elle demeure essentielle à la compréhension de la conjoncture africaine actuelle. Enfin, l’exemple du Burkina Faso et des nouvelles conditionnalités de l’aide européenne à ce pays, montre que parallèlement aux inflexions de nature sécuritaire, les modalités d’appui au développement posent sans cesse la question de l’adaptabilité effective, en matière économique comme dans d’autres domaines.
François Gaulme
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