Afrique contemporaine
De Boeck Université

I.S.B.N.sans
212 pages

p. 119 à 143
doi: 10.3917/afco.210.0119

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Dossier

no210 2004/2

2004 Afrique contemporaine Dossier

La puissance du système bancaire sud-africain : prélude à un leadership continental ou parenthèse étonnante ?

Jean-Pierre LISTRE  [*]
L’Afrique du Sud est parvenue, en une dizaine d’années, à un degré de maturité et de puissance politique l’ancrant solidement en tête du continent africain. L’orthodoxie et le pragmatisme qui ont caractérisé cette ascension se retrouvent à l’identique dans l’évolution ferme et soutenue de son système financier qui, sauf avatars toujours possibles, devrait continuer à croître et à se renforcer. In some ten years South Africa reached such a level in maturity and political power as to be pushed up to the very top of the African continent. Orthodox policy and pragmatism which marked the whole of this achievement are also to be observed in the steady development of domestic financial sector. Notwithstanding occasional misadventure, this sector is expected to carry on growing in the future and to strengthen further.
L’évolution du secteur financier et bancaire sud-africain depuis dix ans est à l’image de celle du pays et autorise tous les espoirs, à certaines conditions.
La remarquable transition politique vécue par l’Afrique du Sud depuis 1994 a été rendue possible grâce au sens des réalités et à l’esprit de réconciliation nationale du président Nelson Mandela et aux concessions délibérément consenties. Et c’est bien de pragmatisme dont a fait preuve – et continue à faire preuve – le Congrès national africain (African National Congress, ANC) car, malgré son tropisme révolutionnaire et les épreuves endurées, il a résolument refusé l’aventure qu’aurait représentée la mise en pratique du très socialisant programme pour la reconstruction et le développement (Reconstruction and Development Programme, RDP) de mai 1994. A la suite de quoi, le gouvernement a lancé la libérale et consensuelle politique de croissance, emploi et redistribution (Growth, Employment and Redistribution, GEAR), qui, même mâtinée de broad-based BEE (Black Economic Empowerment) depuis 2003, représente, quand même, une concession majeure à la pensée économique et sociale libérale.
De leur côté, les milieux d’affaires ont admis la nécessité de jouer le jeu et sont à l’écoute attentive des préoccupations de l’Etat. Le monde bancaire et financier, en particulier, pénétré d’influence anglo-saxonne, encadré par une banque centrale encore d’inspiration afrikaner, y est d’ailleurs d’autant plus enclin qu’il ne peut que se montrer satisfait de la remise en ordre des finances publiques et de la discipline monétaire et fiscale qui prévaut, dans un ensemble régalien de grande qualité. Il est, également, rendu plus conciliant par la crainte permanente d’une contagion du désastreux exemple zimbabwéen. Il sait, en outre, que l’apparent ralliement du président Thabo Mbeki à l’orthodoxie monétaire et économique résulte assurément plus d’un pragmatisme résigné et du constat désabusé qu’aucune voie efficace autre que le capitalisme ne s’offrait au pays, que d’une quelconque conversion au libéralisme. Il a compris, enfin, les ressorts d’un nationalisme africain ombrageux, certainement plein d’inquiétudes devant l’ampleur de la tâche à accomplir mais désireux de prouver que le peuple pouvait accepter la rigueur pour asseoir l’avenir. Finalement, ce choix de l’orthodoxie, qui fut un sacrifice, a prouvé la bonne foi et la sagesse de l’ANC et le monde bancaire ne l’a pas trahi. Dans un pays où le non-dit est toujours présent, les gages de bonne volonté ont été nombreux de part et d’autre pour assurer une transition harmonieuse et favorable à tous. C’est de cette convergence, qui ne relève pas toujours de l’idéalisme mais qui est d’autant plus réelle et spectaculaire qu’elle était, au fond, considérée il y a une dizaine d’années comme très improbable, que le pays est sorti politiquement apaisé et financièrement beaucoup plus fort, confortant son image de puissance continentale incontournable et confirmant la zone rand comme ensemble monétaire de fait de l’Afrique australe.
La profonde stabilité du système financier, sans recours aux institutions de Bretton Woods, face aux mouvements erratiques du rand et à la quasi-faillite de plusieurs banques d’importance moyenne ces dernières années en témoigne sans ambages et a éloquemment distingué l’Afrique du Sud des nombreux pays émergents qui connurent des difficultés graves au tournant du siècle. Le secteur bancaire est intrinsèquement de premier ordre et puissant. Cependant, il évolue dans un contexte bien particulier qui façonne son cadre stratégique et lui impose ses contraintes. Aussi, lui reste-t-il, maintenant, à confirmer ses résultats probants et à absorber, sans trop de dommages sociaux et financiers, les défis du Financial Sector Transformation Charter d’octobre 2003 et à s’engager dans des voies novatrices (microcrédit, notamment) tout en continuant à se situer au meilleur niveau en matière réglementaire et prudentielle. La profession bancaire en est parfaitement capable pour peu que le contexte politique se maintienne en l’état.
 
Une nation originale à la croisée des chemins
 
 
L’Afrique du Sud constitue un cas à part dans le monde, dont les contrastes – parfois violents – biaisent l’analyse objective, tant par les écarts constatés qu’en raison de sa situation sociopolitique unique. Très grand pays à l’échelle du continent africain (son produit intérieur brut [PIB] de 156 milliards de dollars équivaut à presque 30 % de l’ensemble continental) – c’est même une nation qui compte sur l’échiquier mondial –, nombre de ses caractéristiques sont celles d’un ensemble développé (first world).
Cependant, à côté de ce premier constat flatteur, l’Afrique du Sud doit faire face à un certain nombre de défis majeurs. Les risques tiennent autant à des éléments totalement extérieurs, sur lesquels le pays n’a aucune prise mais dont les retombées négatives, notamment sur la monnaie, sont immédiates, qu’à d’éventuelles erreurs directes de gestion ou de comportement. L’analyse montre cependant que la structure économique et financière de l’Afrique du Sud est très éloignée de celles des nations sud-américaines et des pays du Sud-Est asiatique qui connurent de profonds crises financières il y a peu d’années (orthodoxie extrême de l’Afrique du Sud en matière budgétaire, croissance très prudente – mais qui avoisinerait tout de même les 3 % en 2004 –, inflation maîtrisée et attendue autour de 4 % en 2004, inexistence d’un quelconque risque de "bulle financière"), tandis que le parallèle éventuel avec le Zimbabwe s’arrête avec la constatation d’un comportement de l’appareil politique sud-africain en franche rupture avec celui de son voisin. A cet égard, les élections d’avril 2004 peuvent être considérées comme un test majeur et positif quant à la stabilité du pays et de l’appareil politique en place [1].
En définitive, cet Etat structuré, dont l’ossature – déjà ancienne – est robuste et performante dans un environnement opérationnel réactif et bien sécurisé dans les domaines essentiels, reste encore dual et violemment contrasté avec un partage interne toujours inégalitaire et la pression récente d’une forte immigration africaine. Il souffre en particulier d’infrastructures sociales insuffisantes (surtout en zones rurales) et d’un tissu de petites et moyennes entreprises (PME) trop faible.
Aussi, l’Afrique du Sud ne semble toujours pas à l’abri de difficultés les plus caractéristiques des nations en développement, notamment les variations erratiques de la monnaie et un système bancaire qui, pour relativement exemplaire qu’il soit dans son environnement réglementaire et son management formel, n’en ressent pas moins des faiblesses plus ou moins fréquentes qu’illustre la défaillance récente de certaines de ses banques. En particulier, les inquiétudes nées de la dépréciation profonde du rand en 2001 et les difficultés rencontrées par quelques banques d’importance moyenne (Regal, Saambou et Board of Executors Limited [BoE]) ont pu faire craindre l’existence d’un risque systémique dans le système bancaire sud-africain. Elles conduisent à s’interroger en général sur ce système bancaire.
 
Un système bancaire et financier fermement surveillé, sophistiqué et efficace
 
 
L’Afrique du Sud possède un système bancaire et financier sophistiqué offrant une large gamme de produits et de services, apparemment solide, correctement sécurisé et transparent, qui s’appuie sur une législation bancaire complète et une supervision effective des autorités de tutelle, à la différence de nombre de nations "intermédiaires" ou, a fortiori, émergentes. En anticipant, on peut même dire que les crises récentes ont montré que le modèle sud-africain les absorbait sans trouble majeur durable et sans recours aucun aux institutions internationales.
Les banques, au nombre de 26 à fin 2003, auxquelles il convient d’ajouter 15 filiales et 30 agences de banques étrangères opérant localement, exposent un total d’actifs de 1 376 milliards de rands [2]. Si l’on inclut les sociétés d’assurances au sens large ainsi qu’un troisième groupe d’intermédiaires financiers constitués par les caisses de retraite, sociétés amicales et fonds communs de placement, on parvient à un ensemble du secteur financier sud-africain pesant quelque 4 000 milliards de rands.
Aucune barrière ne s’oppose à l’entrée dans le système financier sud-africain. Il n’existe pas de banques commerciales à capitaux d’Etat tandis que plusieurs sociétés de développement étatiques (dont la plus importante est la Development Bank of Southern Africa [DBSA]) interviennent efficacement. Le secteur financier non bancaire, quant à lui, est très actif et diversifié ; les institutions collectant l’épargne, soutenues par un système d’incitation fiscale généreux (fonds de pension, compagnies d’assurance vie) mobilisent un niveau de ressources que l’on peut estimer à plus de 120 % du PIB.
• En 1990, sous la puissante incitation du Bank Supervision Department (BSD) de la South African Reserve Bank (SARB), banque centrale indépendante du gouvernement et disposant d’une réelle autonomie en matière de politique monétaire [3], la profession bancaire a été dotée du Bank Act qui lui a assuré un cadre juridico-organisationnel la mettant au niveau des meilleurs standards du moment. Un Mutual Bank Act est venu compléter le dispositif réglementaire en 1993, cet ensemble étant lui-même l’objet d’amendements réguliers. L’un des instruments majeurs de la SARB pour réguler le marché fut le Deposit Taking Institutions Act (DTI) de 1991, qui a commencé à introduire des critères très stricts en matière de gestion des risques et a aboli la distinction formelle entre banques et sociétés de crédit immobilier. Le BSD complété par le Financial Services Board (FSB) constituent un corps (Policy Board for Financial Services and Regulation) responsable de la formulation et de la coordination de politiques visant la régulation financière et l’information du ministre des Finances.
Outre les objectifs "statutaires" du BSD (recherche de la stabilité financière, mise en conformité avec les normes internationales et coopération étroite avec les structures de régulation et de supervision au niveau international et régional), on observe un volontarisme affiché en politique économique, notamment par la contribution à la mise en place de dispositions permettant l’accès aux services bancaires et financiers des PME et, même, des micro-entreprises. Le BSD s’implique ainsi fermement dans la modernisation du paysage financier sud-africain en surveillant des activités néo-financières périphériques, certes proches de la tradition mais souvent dangereuses pour les déposants et il favorise également avec précaution le microcrédit, considéré comme un important vecteur de services financiers en direction de la majorité noire. Ce dernier jouit, tout en étant encadré, de facilités d’intervention en exemptions partielles d’articles du Bank Act et suivant les règles du Microfinance Regulatory Council et du Usury Act. Cependant ce microcrédit organisé reste encore actuellement prisonnier de facteurs contradictoires tels que la nécessité d’accorder à une population défavorisée des tarifs d’intervention adaptés alors que les risques sont, a priori, plus élevés [4]. Le BSD poursuit, cependant, ses recherches en faveur d’un système bancaire de "deuxième niveau".
Le FSB, de son côté, a vu ses pouvoirs augmenter régulièrement pour accompagner le développement d’instruments financiers de plus en plus sophistiqués aux marges du système traditionnel, telles les sociétés de garantie non bancaires, les sociétés d’investissement et les sociétés financières opérant dans les services bancaires et les assurances. Il s’est alors avéré indispensable d’assurer efficacement la protection et l’information de la clientèle, de veiller à l’intégrité de l’industrie des services financiers et de lutter contre la criminalité financière. A cet effet, en février 2002, le Financial Intelligence Centre Act a été promulgué afin de lutter contre le blanchiment d’argent et a permis la création du Financial Intelligence Centre (FIC), à même, depuis février 2003, de coordonner les actions adéquates. De même, le Financial Advisory and Intermediary Services Act, de novembre 2002, est destiné à protéger l’investisseur ; il est complété par le Collective Investment Schemes Control Act, de mars 2003, dont la finalité est de faciliter l’innovation financière et la flexibilité dans un cadre sécurisé.
• L’ensemble de ce dispositif réglementaire d’envergure représente, au fond, la traduction interne vertueuse des efforts déployés par l’Afrique du Sud sur la scène internationale pour y figurer, d’emblée, au meilleur niveau dicté par les exigences et les réalités économiques et financières du moment.
Depuis la fin de la période des sanctions contre le régime d’apartheid, l’Afrique du Sud a connu des changements majeurs dans la structure de son commerce. En effet, dans les dernières années précédant 1994, le pays était exportateur net de capitaux en raison du paiement d’une dette qui ne se renouvelait plus. Par ailleurs, une demande intérieure satisfaite par des substitutions aux importations combinée à des exportations soutenues générait un surplus important de la balance commerciale et renforçait structurellement la monnaie. Depuis lors, l’Afrique du Sud, membre fondateur de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), est rentrée activement dans le concert des nations en libéralisant son système commercial et tarifaire, ce qui lui permet de se conformer aisément à l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (General Agreement on Tariffs and Trade, GATT) et d’avoir un commerce extérieur représentant environ 45 % du PIB. Ceci étant, les changements intervenus dans la balance des paiements et l’activité économique ont entraîné, dès 1995, le premier déficit courant depuis dix ans et la tendance s’est maintenue plus ou moins depuis lors, mais de manière très contenue (autour de 1 % du PIB).
Le Johannesburg Securities Exchange (JSE), qui a introduit en 2002 un système de cotation et de règlement électroniques, recherche une standardisation des systèmes de gestion avec les autres bourses africaines et s’est rapproché activement du London Stock Exchange, toutes les grandes capitalisations de sa cote étant maintenant également "enregistrées" à Londres. Cette réalité, jointe à la possibilité offerte aux entreprises de racheter partiellement leurs propres actions depuis 1999, a entraîné une baisse sensible de la capitalisation du JSE [5]. Ses performances, sur le moyen terme, sont assez erratiques et reflètent tant la sensibilité aux crises intérieures ou extérieures que son manque relatif de liquidité.
Par ailleurs, l’Afrique du Sud, par un désir sincère – et affiché – d’exemplarité, est un participant actif aux rencontres organisées par les institutions internationales afin de renforcer la stabilité financière dans le monde. Son système financier faisant régulièrement l’objet de missions de supervision de la part de la Banque mondiale, elle s’est évertuée, par des amendements adéquats au Bank Act et au Mutual Bank Act, à mettre en œuvre rapidement des recommandations touchant la sécurité et les règles prudentielles, recommandations édictées notamment par le Financial Sector Assessment Program (FSAP), programme pilote mené par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale en 1999-2000 et auquel participait la SARB. Enfin, en janvier 2001, l’Afrique du Sud a signé le Capital Accord 2 de Bâle, qui contribue à mettre son système bancaire au niveau internationalement le plus exigeant en matière, notamment, de capitalisation rapportée aux risques, tout en ne perdant pas de vue le but final : rendre le système bancaire apte à remplir sa mission de financement de l’économie, même dans ses composantes les plus difficilement "bancables" (PME et microfinance) [6].
Le BSD, en tant que regulator privilégiant l’action prospective et préventive, s’est penché sur la notion de banque "faible" afin de déceler et de traiter efficacement en amont tout symptôme de défaillance possible. Ce problème est crucial et se situe au cœur de toute politique habile visant un traitement global des situations avec le minimum de ruptures dans l’exploitation, dans un souci d’économie générale et de maintien de la confiance. De même, le BSD est très attentif à la protection des investisseurs et déposants [7]. A ce titre, il s’implique dans un processus national de diffusion des pratiques de bonne gouvernance des entreprises, en réponse à la nécessité générale d’une plus grande transparence et d’une responsabilité accrue de la part des entreprises, avec une mention particulière en ce qui concerne la gestion des risques et la responsabilité des dirigeants.
En matière de régulation du marché monétaire, l’introduction, en mars 1998, du système de "rachat" (repurchase operation, REPO) [8] a permis de replacer le taux bancaire comme taux primaire de référence pour l’économie. Ce système a été massivement utilisé pour augmenter les taux d’intérêt durant les crises du rand (dont la première fois, de mai à juillet 1998, avec des taux supérieurs à 20 %) tout comme pour les diminuer volontairement, tout au long de 1999 puis à partir de début 2003 (en mai 2004, ce taux est à 8 %, le plus bas depuis 1980).
Par ailleurs, en interne, la SARB, toujours soucieuse de renforcer son dispositif réglementaire tout en s’assurant de l’adhésion à sa politique par une participation effective de tous les acteurs, a créé, en 1999, la Financial Stability Unit (FSU) afin de veiller à la stabilité financière du pays en liaison avec les mesures édictées au niveau international. Le Financial Stability Committee (FSC), fondé en 2000, est une structure de réflexion stratégique et de recommandation d’actions touchant la stabilité financière à destination de la SARB.
Enfin, dans un souci de traiter le plus efficacement possible ce qui apparaît clairement comme les deux volets étroitement liés d’une même politique globale de recherche de la stabilité financière, à savoir la stabilité monétaire (notamment celle des prix) et la stabilité du système financier, la SARB a décidé de séparer la fonction de supervision "macroprudentielle" des attributs directs du BSD et de créer le Financial Stability Department (FSD) début 2001, afin de permettre au BSD de concentrer son attention sur la recherche de la stabilité du système financier.
• Le secteur financier sud-africain, très nettement le plus avancé de toute l’Afrique subsaharienne, contribue à hauteur de 20 % au PIB du pays. Il évolue dans un contexte modérément favorable, caractérisé, notamment, par un taux d’épargne traditionnellement très faible (d’un peu plus de 15 % du PIB) qui rend l’Afrique du Sud assez dépendante des investissements étrangers et n’est pas sans conséquence sur sa balance des paiements. Une stratégie globale visant à augmenter l’épargne se dessine lentement (par le biais de mesures fiscales principalement) afin, notamment, de favoriser l’épargne privée (essentiellement constituée, jusqu’ici, de celle des entreprises). Cette épargne de médiocre niveau est à relier, indirectement, aux difficultés de financement des entreprises noires et des secteurs défavorisés de l’économie. Outre les contraintes sous-jacentes à l’acceptation récente de la charte du secteur financier dans le cadre du broad-based BEE, les banques devront faire face à des pressions grandissantes pour offrir des services aux franges non bancarisées de la population dans le même temps où la concurrence locale et internationale s’accroît, ce qui ne sera pas sans incidence sur la rentabilité des banques.
 
Une situation financière du secteur bancaire qui se consolide graduellement
 
 
S’agissant de la situation financière du secteur financier non bancaire, le FMI estime, globalement, que les conditions d’activité des compagnies d’assurance et des fonds de retraite demeurent bonnes. Le niveau de capitalisation des compagnies d’assurance sur le long terme est supérieur au minimum requis. A l’intérieur du secteur financier, le secteur bancaire lui-même se consolide graduellement. Sophistiqué, à première vue puissant, il est organisé autour de quatre grandes banques [9] qui semblent, en l’état, pouvoir faire face à des aléas majeurs – comme elles l’ont effectivement prouvé ces dernières années – et constituer un socle solide et évolutif. Les quatre banques dominantes sont elles-mêmes liées étroitement à de grandes compagnies d’assurances vie, ABSA avec Sanlam, Nedbank avec Old Mutual, Stanbic avec Liberty et FirstRand avec des structures spécialisées du groupe FirstRand.

Tableau 1 -
Données économiques générales et indicateurs significatifs relatifs au système bancaire sud-africain (en millions de rands, au 31 décembre de chaque année)
IMGIMG	1999	2000	2001	2002	2003	Norme rete...IMGIMF
1999 2000 2001 2002 2003 Norme retenue Taux de change moyen rand/dollar 6,11 6,91 8,49 10,50 7,60 Taux d’inflation (prix à la consommation, %) 5,2 5,3 6,6 9,3 6,8 Total des bilans consolidés 724 992 819 238 1 049 987 1 100 753 1 376 391 Capital adequacy (%)1 10,6 11,0 12,8 12,7 13,6 10,0 Net income after tax 7.002 8.499 6.908 4.851 8.415 Coefficient d’exploitation (%)2 62,7 62,5 61,2 66,9 66,8 60,0 Ratio de liquidité (%)3 120,6 103,8 110,5 115,7 118,2 100,0 Impayés nets en % du net qualifying capital + reserves 23,3 18,0 18,5 14,5 Nd 25,0
1 Ratio de capitalisation, égal aux capitaux nets (net qualifying capital) rapportés à l’exposition totale aux risques. 2 Défini comme le rapport entre les charges opérationnelles et la somme de la marge sur intérêts, du revenu des transactions et des revenus des activités d’investissement, de trading et d’ingénierie financière. 3 Mesuré par les actifs liquides détenus rapportés aux actifs liquides exigés, égaux à 5 % du passif ajusté (total du passif moins le capital et les réserves, moins le montant moyen des placements quotidiens effectués par le siège ou les agences, moins le montant moyen dû quotidiennement par les agences et les banques mutuelles). Source : SARB, Fitch, The Economist Intelligence Unit

• La concentration du système bancaire sud-africain est un phénomène en cours, dont les derniers épisodes sont le rachat, mi-mai 2002, de Saambou par la FirsRand suivi, en 2003, de celui de BoE par Nedcor, renommée Nedbank.
Si l’indice de référence "H" [10] a décru ces dernières années jusqu’en 2001 (0,132), indiquant alors un renforcement de la concurrence sur le marché national, la concentration du système bancaire s’est accélérée depuis lors et a fait remonter cet indice à un niveau (0,175 en 2002) proche de la limite supérieure propre à un système raisonnablement oligopolistique ; cependant, une comparaison internationale montre que l’Afrique du Sud se situe encore dans la moyenne, ce qui autorise à penser que des rapprochements prochains ne sont pas à exclure.
• La structure des bilans se renforce régulièrement. La balance consolidée du secteur fait état d’un total bilanciel de 1 376,4 milliards de rands au 31 décembre 2003, en nette augmentation de 25 % par rapport à 2002.
L’évolution de la structure du passif consolidé reflète partiellement les errements du rand. Les dépôts du public (754,6 milliards de rands au 31 décembre 2003) demeurent la principale source de financement. En revanche, en raison de la dépréciation du rand, les fonds étrangers ont été ramenés à 2,8 % de l’actif à fin 2003. Les fonds interbancaires ont décru en proportion. Plus finement, la structure des dépôts non bancaires, qui avait glissé vers un accroissement relatif des dépôts à vue (demand deposits) de 2000 à 2001, a vu leur part simplement se maintenir à fin 2003, au moment où les dépôts à taux fixe augmentaient nettement, au détriment des certificats de dépôts à court terme, ce qui montre une réticence moindre du public envers les dépôts à terme.
Mais cette confiance lentement regagnée ne se retrouverait pas encore de manière très nette dans la structure générale des dépôts non bancaires en terme de maturité. En effet, les dépôts longs n’évoluent que peu à la hausse et demeurent faibles, tandis que les dépôts à court terme restent massivement prépondérants, autour de 70 % du total. Il faut noter, également, une volatilité parfois spectaculaire d’un mois sur l’autre dans l’évolution des dépôts longs ou courts, surtout au cours des exercices 2001 et 2002 (cf. infra).
Globalement, l’épargne intérieure constitue quelque 80 % des ressources des banques. La solvabilité de ces dernières s’améliore constamment (cf. infra) ; cependant, le FMI a longtemps mis en garde contre le gap de maturité qui lui a semblé important ces dernières années entre actifs et passifs, le danger global n’étant, en réalité, que très relatif, dans la mesure où les banques étrangères ne sont pas encore présentes massivement. Le seul impact défavorable serait un glissement toujours possible, dans un réflexe de "fuite vers la qualité", des dépôts des petites banques vers les plus grands établissements.
La structure de l’actif consolidé au 31 décembre 2003 expose la croissance encore soutenue du poste prépondérant des "prêts et avances non bancaires" par rapport à l’exercice précédent, conjuguée à la très forte remontée du poste portefeuille d’investissements et positions de trading (trading and investment portfolio) (de 132,9 à 324,3 milliards de rands entre 2002 et 2003), cette dernière activité étant constituée, pour les deux tiers, d’"instruments dérivés".
L’accroissement des "prêts et avances" s’est accompagné d’une assez grande volatilité tout au long des exercices récents, les prêts immobiliers demeurant le poste majeur des engagements à long terme (36,9 % en 2003). Cependant, la part des "prêts et avances en monnaies étrangères" (13,1 % du poste "prêts et avances non bancaires" en 2003), a presque triplé en quatre ans.
• La capitalisation des banques est, ces dernières années, en amélioration régulière, avec, surtout, une homogénéisation des situations à l’intérieur du système bancaire. Le ratio de capitalisation (capital-adequacy) se situe largement au-dessus de l’exigence de 10 % par le BSD.
La stratification des banques par niveau de ratio de capitalisation montre que, en 2002, une seule banque (d’ailleurs reprise depuis lors) ne respectait pas le minimum requis de 10 %, 40 % des banques dépassant le ratio de 20 %, un resserrement des situations étant observé ces dernières années. Il faut noter que les banques exposant un ratio de capitalisation supérieur à 20 % sont, souvent, des banques de "niches", car elles ne représentaient que 9,7 % du total des actifs en 2002 (contre, encore, 35 % en 2000), ce qui serait un signe tangible de la concurrence relativement vive entre grandes banques.
Par ailleurs, les banques estiment, au travers de leur politique de déclassement, que les risques sur les prêts et avances en devises sont de mieux en mieux maîtrisés.
• En revanche, la profitabilité des banques est restée médiocre jusqu’en 2002. La fonction d’intermédiation constitue toujours leur activité principale. Ces dernières années, les revenus que cette fonction générait étaient à peine suffisants pour couvrir les charges de fonctionnement et les provisions. L’exercice 2003 marquerait, cependant, un retour à une marge globale plus confortable (revenu net après impôts de 8,4 milliards de rands contre 4,9 en 2002) [11]. Quoi qu’il en soit, le BSD fait remarquer que l’appoint généré par les activités de trading et d’ingénierie financière ainsi que par les revenus des investissements en fonds d’Etat reste essentiel pour que le secteur bancaire demeure bénéficiaire. Cependant, l’activité d’ingénierie financière a tendance à s’effriter tandis que les revenus des investissements et du trading paraissent plafonner, ce qui montre bien les limites probables de la diversification.
Ainsi, la profitabilité des banques a marqué le pas depuis la fin de la décennie précédente ; en effet, le return on equity (revenu net après impôts sur capital social) n’est que de 5,4 % à fin 2002 contre 13,1 % en 2000, de même que le return on assets (revenu net après impôts sur actifs) est passé de 0,7 à 0,4 % sur la même période, cet affaissement provenant, notamment d’une érosion continue de la marge sur intérêt, conséquence d’une concurrence accrue entre les banques. Ceci refléterait, également, un taux de récupération sur les encours douteux marquant le pas depuis 1998.
Le coefficient d’exploitation paraît avoir subi une nette détérioration en 2002 et en 2003, pour s’établir à quelque 67 %, niveau peu en rapport avec les standards internationaux (environ 60 %). Notons que le revenu total généré par employé a encore augmenté moins vite, en 2002, que le coût salarial per capita, indiquant une productivité de la main-d’œuvre décidément insuffisante, liée de façon indéniable à une grande rigidité du marché du travail.
Quoi qu’il en soit, l’érosion observée sur les marges est un phénomène global. La relative faiblesse de la croissance et le chômage n’engendrent évidemment pas de fortes demandes de crédits et tendent à affaiblir la qualité du portefeuille. La recherche de nouveaux débouchés vers les microentreprises et les communautés non bancarisées, de même que la concurrence accrue des "e-banques" n’est pas, non plus, de nature à améliorer, a priori, les marges des banques traditionnelles. Mais le système bancaire, dans son ensemble, a la capacité de relever ces défis qui n’ont rien d’insurmontables.
• La liquidité des banques s’améliore régulièrement ces quatre dernières années, le ratio de liquidité s’établissant à des niveaux nettement supérieurs à l’exigence de 100 %. La part des dépôts à vue reste prépondérante, l’épargne intérieure prenant le relais des fonds étrangers, en nette diminution.
En ce qui concerne la volatilité des ressources, au 31 décembre 2002, la totalité des dépôts importants bloqués constituent plus de 80 % des dépôts ; les dépôts importants bloqués inférieurs à 3 mois représentent la moitié de la totalité des dépôts, mais ils sont en déclin relatif sur les dernières années.
Le montant global des dépôts importants a nettement augmenté en 2002, la proportion de ces dépôts par rapport aux dépôts totaux laissés par le public s’établissant à 18 % des dépôts en décembre 2002. Les dépôts à court terme ont représenté le tiers des fonds déposés durant le mois de décembre 2002, en retrait par rapport aux exercices précédents.
La liquidité du système bancaire sud-africain apparaît "sous contrôle" ; l’évolution récente des ratios la caractérisant est satisfaisante. Cependant, en cas de crise aiguë, aucun ratio ne peut prétendre constituer un signal de sécurité absolue et, encore maintenant, seule la présence tutélaire des autorités de régulation semble pouvoir rassurer, en dernier ressort, les déposants, comme on l’a vu dans les développements de l’année 2002. En fait, l’un des éléments-clefs dans le dénouement rapide d’une crise est de pouvoir disposer, à tout moment, d’une masse monétaire immédiatement disponible afin de couper court, autant que possible, à des retraits de panique, ce vers quoi tendent les grands groupes. En ce qui concerne l’attitude de l’Etat en cas de défaut d’une banque, seule une sorte de jurisprudence issue de plusieurs cas concrets permet d’en connaître les contours [12].
• La surveillance des produits dérivés est essentielle pour prévenir les risques de marché (market risk). Ces dernières années, le montant des produits dérivés émis a fluctué considérablement. L’examen de l’évolution des contrats dérivés en cours (total unexpired derivative contracts) montre une progression très forte de ces derniers depuis quatre ans, pour se stabiliser à 6 891 milliards de rands au 31 décembre 2002 (soit presque 7 fois les actifs totaux). Ces contrats dérivés sont constitués, pour l’essentiel, de contrats négociés sur le marché libre (over-the counter). Leur surveillance est permanente.
• L’exposition des banques au risque de change, mesurée par leur position nette en devises (net open foreign-currency position after hedging [13]) demeure satisfaisante, puisqu’elle s’établit, au 31 décembre 2002, à 3,6 % du capital net et des réserves contre une exigence de 10 %.
Globalement, la position physique est bien contrebalancée, en permanence, par la position à terme. La position nette en devises après prise en compte des contreparties était de 280 millions de dollars à fin décembre 2002 contre 117,7 millions de dollars fin décembre 2000. Ramenée aux capitaux nets et réserves (net qualifying capital and reserves), cette position nette de change a évolué, sur la période 1999-2002, entre 1,5 % et un peu moins de 6 % (avec une pointe inférieure très momentanée à -1,5 % en août-septembre 2000). En outre, le passif extérieur net des banques (net external liabilities) est faible, les exposant de manière limitée à des risques de change lors de retraits de fonds effectués par des investisseurs étrangers. Ceci étant, le montant des prêts des banques en devises au 31 décembre 2002 (117,7 milliards de rands) dépassait nettement le montant des dépôts en devises (58,4 milliards de rands), cette position méritant une attention particulière.
• La qualité du portefeuille de l’ensemble du système bancaire paraît s’améliorer régulièrement. On constate une diminution progressive du niveau moyen d’impayés (overdues) à environ 26 milliards de rands tout au long de 2001 et de 2002 ; on peut remarquer que la baisse du rand n’a eu, au cours du deuxième semestre de 2001, aucun impact particulier sur ces indicateurs.
Les encours déclassés nets (net overdues [14]) rapportés aux capitaux nets et réserves (net qualifying capital and reserves) sont passés de 21,7 % à fin décembre 2000 à 13,2 % au 31 décembre 2002, bien en deçà de la norme internationale de 25 %. Il est important de noter qu’aucun secteur spécifique (prêts immobiliers, crédits aux entreprises, etc.) ne semble avoir fléchi significativement par rapport à l’ensemble, les prêts immobiliers présentant, cependant, de loin les meilleures performances.
Le provisionnement des banques semble conforme aux normes internationales, les provisions couvrant 54,5 % de tous les encours déclassés en décembre 2002, en augmentation relative régulière, alors qu’il est généralement admis que les provisions spécifiques doivent couvrir au moins 40 % des encours déclassés. Si l’on ajoute aux provisions spécifiques (seules reconnues par le BSD dans les calculs prudentiels) les provisions générales sur encours non affectées (general debt provisions), la couverture globale est de l’ordre de 110 % au minimum sur les dernières années. En conséquence, on peut considérer que le niveau de provisionnement est suffisant.
Depuis janvier 2001, la SARB s’est alignée sur les normes internationales en matière d’exposition aux grands risques, les engagements sur ces derniers ne devant pas excéder 800 % du poste capital et réserves. Ce ratio est largement respecté ; il faut noter, en outre, que les impayés sur les grands risques sont passés de 437,7 millions de en décembre 2000 à seulement 32,5 millions de rands à fin décembre 2002.
La qualité des actifs est généralement considérée comme très acceptable car, à fin 2002, 76,7 % des actifs du secteur bancaire faisaient état d’une marge "raisonnable". Ces proportions sont relativement stables d’un exercice à l’autre. La surveillance de l’évolution de la qualité des actifs à la suite des errements récents du rand est active, même si des faillites majeures [15] restent peu probables dans l’immédiat.
Par ailleurs, les banques sud-africaines étant peu exposées sur l’étranger dans leur portefeuille, les risques de contagion de crises régionales (Asie du Sud-Est en 1998 et Argentine en 2001) sont faibles, comme il a été donné de le constater.
• Les banques disposent de systèmes adéquats de gestion des risques et de contrôle interne et pratiquent formellement une bonne gouvernance. Ceci, couplé au dispositif prudentiel mis en place par les autorités et au niveau modéré des impayés du secteur privé, est l’une des raisons relevées par la SARB pour expliquer que l’impact de la chute récente du rand ou de la crise asiatique de 1998 sur les grands équilibres du secteur bancaire apparaît, finalement, comme presque négligeable, ce qui prouve la maturité de ce secteur et le distingue formellement de celui des autres pays émergents.
A cet égard, l’attitude des grands groupes bancaires – ainsi que leur positionnement – rejoint celle de la puissance publique dans cette exemplarité voulue (et affichée) en matière de respect et d’alignement systématique sur les normes de gestion internationalement reconnues.
 
Une cotation globalement bonne
 
 
L’agence de notation Moody’s, en 2001 et 2002, trouvait déjà beaucoup plus de similitudes entre les banques sud-africaines et celles des pays développés qu’avec celles des pays émergents, leur cote financière (financial strength rating) moyenne étant identique à celle des banques françaises.
En 2003, l’agence Fitch a établi la cote de crédit de l’Afrique du Sud à BBB ("upgradée" depuis BBB-) pour les crédits en devises à long terme, à A- (depuis BBB+ en 2002) pour les crédits en rands à long terme. Quant à Standard & Poor (S&P), la cote générale, qui était de BBB- pour les crédits en devises en 2002, est passée à BBB en 2003, la cote des crédits locaux à long terme s’étant améliorée de A- à A.
Pour cette dernière agence, les facteurs influant sur la cote sont, peu ou prou, les mêmes que ceux qui pèsent sur le sort de la devise. Il est ainsi cité, dans les facteurs favorables : une gestion prudente de l’économie, la stabilisation des finances publiques et un endettement extérieur parfaitement maîtrisable, un marché domestique liquide et un secteur financier bien régulé, une banque centrale indépendante mais s’impliquant dans les grands objectifs nationaux comme la lutte contre l’inflation.
Parmi les facteurs négatifs, figurent la faible liquidité extérieure (bien qu’en amélioration) et quelques faiblesses d’ordre structurel (pauvreté d’une grande partie de la population, inégalité des revenus, impact du sida), le progrès lent des privatisations, la rigidité du marché du travail et des investissements directs étrangers (IDE) encore bien timides.
Aussi, la cote de crédit S&P de l’Afrique du Sud se compare-t-elle aisément à celle de pays intermédiaires (voire même de grands pays comme le Japon, dont la décote en 2002 par Moody’s avait fait scandale) qui, même s’ils connaissent des difficultés, n’en constituent pas moins des références réelles, en particulier la Chine, l’Australie, l’Inde et la Pologne.
En ce qui concerne la notation du risque pays, l’Agence française de développement (AFD), par exemple, utilise un modèle dérivé de celui de Nord-Sud Export et classe, depuis plusieurs années, l’Afrique du Sud dans les meilleurs risques (risque "1"). L’importance du risque politique – le plus délicat à quantifier – est bien sûr déterminante. Plusieurs études avancent, d’ailleurs, que la corrélation est étroite entre le risque politique stricto sensu et le rating global d’un pays. A ce titre, certains analystes (comme ceux de la Caisse des dépôts et consignations [CDC]) raisonnent même par sous-ensembles régionaux, dont l’un serait la zone Afrique/Moyen-Orient, zone qui serait la moins bien lotie. Cependant, cette fatalité géographique n’est pas absolue et peut souffrir des exceptions en son sein en recelant des logiques et des situations très spécifiques, rendant assez malsaine une caractérisation globale absolue. Dans cet ordre d’idée, il est admis que l’Afrique du Sud constitue un cas de logique pays la distinguant franchement du reste du continent.
D’autres études complexes traitent le cas de l’Afrique du Sud, tant ce pays à part fascine les économistes et les mathématiciens. On peut citer une étude de la Banque mondiale [16] visant à construire un modèle mesurant à la fois le risque de marché et le risque crédit et établissant un lien explicite entre les variables caractérisant l’environnement financier et la valeur d’une banque. Le principal résultat de cette étude, pour une banque sud-africaine type, était que la qualité du portefeuille de prêts était, de loin, le plus important facteur de risque. A ce titre, les banques sud-africaines, prudentes jusqu’ici sur la qualité de leurs risques, semblent être correctement armées, du moins pour les plus grandes d’entre elles, contre de graves aléas conjoncturels.
 
Faiblesses et redressement
 
 
• S’agissant du rand, même s’il s’avère qu’il n’a pas vraiment fait face à une spéculation d’envergure en 2001 [17], la plupart des observateurs s’accordent sur le fait qu’une conjonction d’occurrences défavorables a démultiplié les raisons, individuellement objectives, d’une faiblesse de la monnaie et provoqué cet effondrement. Ce dernier s’est par ailleurs effectué dans des volumes, semble-t-il très faibles, dans les derniers temps de la baisse en décembre 2001, ce qui a facilité son rebond sensible depuis lors [18]. On peut dire, avant tout, que cet affaiblissement du rand ne résultait pas d’une sanction globale et sans appel contre la politique économique de l’Afrique du Sud ou de l’explosion d’une quelconque bulle spéculative, comme cela s’est produit dans toutes les crises récentes. D’ailleurs, très schématiquement, le BSD a bien mis en avant le fait que le rand avait perdu, en 2001, jusqu’à 34,5 % de ce qui pouvait passer pour sa valeur commerciale pondérée rationnelle : le trade-weighted index (TWI).
A ce stade, on peut énumérer les raisons "objectives" qu’avait la monnaie de baisser :
  • une perte de confiance sourde dans la gestion du pays sur des domaines sensibles tels que la lutte incertaine contre le sida, la polarisation de la vie politique avec une émergence de courants ayant pu paraître hostiles au Président à l’époque, l’encombrant contrat d’armement, une corruption certaine et une criminalité très présente ;
  • une hésitation dans le programme de privatisation ;
  • un "afro-pessimisme" décidément vivace, renforcé par les événements au Zimbabwe et la position parfois ambiguë du Président sur la question ; l’émigration définitive des gens qualifiés (skilled people) (20 à 30 000 personnes chaque année à l’époque) a pesé lourdement sur l’image de l’Afrique du Sud au moment où un projet de loi, très controversé car protectionniste, avait été rendu public par le ministre de l’Intérieur, Mangosuthu Buthelezi ;
  • un prix des matières premières jugé insuffisant [19] ;
  • un facteur aggravant a joué à plein pour la première fois en 2001, le paiement des dividendes aux actionnaires étrangers des grands groupes nouvellement "enregistrés" hors Afrique du Sud (à Londres principalement). Les dividendes versés à l’étrangers sont passés d’environ 15 milliards de rands en 1999 à pratiquement 50 milliards de rands en 2001, les dividendes reçus de l’étranger – qui étaient presque du même ordre jusqu’en 1999 – n’ont pas excédé 20 milliards de rands en 2001. Cet élément, récurrent, constituera un défi pour l’Afrique du Sud [20] ;
  • un assèchement de liquidité conjoncturel a précipité le déclin du rand, exactement depuis le 14 octobre 2001, date à laquelle la SARB a obligé les banques à vérifier que les transactions en devises résultaient de véritables transactions économiques. Ce qui était l’expression légitime de la volonté du gouvernement de lutter contre une spéculation "excessive" est apparu, rapidement, comme un dernier vestige du contrôle des changes particulièrement difficile à appliquer pour certaines opérations extérieures et a probablement exagéré quelques mouvements à court terme, provoquant un squeeze marqué jusqu’à la fin de l’année 2001 [21] ;
  • la dette extérieure était faible (au maximum 25 % du PIB), mais les réserves en devises étaient minces (environ 2 mois d’importations à l’époque) ; le gouvernement n’a pas entendu défendre sa monnaie trop coûteusement (en 1997-1998, la SARB avait dépensé 20 milliards de dollars pour des résultats mitigés) ;
  • un classement de facto de l’Afrique du Sud dans les pays "émergents" : l’attitude "embarrassée" des autorités monétaires et financières du pays dans les premiers jours de la gestion du dossier de la banque afrikaner Saambou (cf. infra), couplée à une position qui a paru "suiviste" des agences de notation [22], n’a pas été de nature, par la suite, à modifier cette perception extérieure. La crise argentine et les événements du 11 septembre 2001 ont, également, joué dans le mauvais sens pour le rand ;
  • cette "surveillance" permanente de la part de la communauté internationale se retrouve dans l’observation "frileuse" de la position nette de devises à terme (Net Open Forward Position [23] [NOFP]) qui a beaucoup fluctué ces dernières années, à des niveaux parfois élevés [24]. Cette position est désormais positive ;
  • un point positif a joué contre le rand, à savoir sa grande liquidité, un contrôle des changes libéral et des volumes importants en circulation [25] qui ont fait, en retour, de cette monnaie un vecteur de choix pour d’éventuels spéculateurs à la recherche d’une monnaie "émergente" vulnérable, d’accès aisé et offrant une bonne liquidité ;
  • autre facteur "libéral" ponctuellement aggravant, la possibilité pour les exportateurs nationaux de conserver hors du pays leurs excédents constitués à l’étranger pendant une période de six mois ;
  • enfin, la reconnaissance par les autorités d’une spéculation possible à une grande échelle, au point de devoir nommer une commission, a pu passer pour l’aveu d’une certaine vulnérabilité.
En revanche, on peut citer plusieurs facteurs de redressement, souvent structurels :
  • une détermination affichée d’éliminer la NOFP : cependant, cette volonté, fermement annoncée, a pu se retourner encore quelque temps contre le rand puisqu’elle a signifié que chaque devise forte entrante serait utilisée par la SARB pour racheter son passif à terme résiduel. Couplé au fait que les réserves en or et en devises étaient basses à l’époque, cet élément a pesé sensiblement sur le rand ;
  • la possibilité pour l’Etat, par une capacité d’endettement intacte, de disposer de fonds extérieurs suffisants pour décourager toute future attaque sur le rand [26] ;
  • une inflation de plus en plus maîtrisée : il s’agit d’un des effets bénéfiques de la politique budgétairement assez restrictive des autorités ; une amélioration de la productivité s’en est suivie, due notamment à une meilleure – quoique perfectible – maîtrise des coûts salariaux ;
  • une balance des paiements évoluant autour d’un relatif équilibre ;
  • une note de crédit favorable de la part des sociétés de rating et une perception positive de la politique monétaire menée par les autorités ;
  • de meilleures perspectives économiques que la plupart des nations équivalentes, même si les IDE restent trop faibles jusqu’à présent et que l’épargne domestique est particulièrement basse ;
  • enfin, un niveau du rand tellement bas qu’il en était devenu anormalement bon marché [27].
  • En ce qui concerne la crise des "petites" banques de février 2002, il faut retenir que, premièrement, Saambou (filiale d’Investec spécialisée dans le microcrédit) était, quand même, la 7e banque sud-africaine en terme d’actifs et que, par ailleurs, il y a eu un réel début de panique (retraits massifs), mais vite contrôlé par les autorités.
Quant à BoE, également objet de difficultés, elle était même la 5e banque en terme d’actifs. Les actions de la SARB dans la prise en main énergique du traitement des défaillances précédentes (cf. Regal [28] supra et Bankorp [29]) ont été des signaux clairs et forts destinés à rassurer le marché ; ils ont montré que les autorités sud-africaines s’étaient dotées des moyens d’investigation nécessaires, s’impliquaient réellement dans la résolution pratique des difficultés et appliquaient des sanctions, le tout dans un souci de transparence absolue.
De l’avis même des autorités tutélaires, on a bel et bien assisté à un début de crise systémique parmi les banques "moyennes", celle-ci ne s’étant arrêtée que lorsque l’Etat a pris des mesures claires en matière de couverture des dépôts. A partir de là, on peut estimer que seules les grandes banques sont à l’abri (toujours relatif) d’une crise de liquidité. On rejoint, d’ailleurs, le constat de la difficulté des autres banques à être compétitives et rentables dans un milieu d’affaires complexe et risqué, encore relativement "surpeuplé" et susceptible d’être le théâtre de regroupements, à l’amiable ou non. Ne seraient alors susceptibles de continuer à émerger que les grandes banques généralistes et quelques structures spécialisées dans des niches d’avenir.
 
Un risque systémique qui semble très peu élevé
 
 
L’Afrique du Sud ne doit pas être regardée comme un pays semblable aux pays émergents ou intermédiaires qui ont connu des crises financières et économiques depuis 1997.
Tout d’abord, le système bancaire et financier est extrêmement sophistiqué et particulièrement transparent. La bonne gouvernance est généralisée chez les acteurs essentiels du secteur, l’exemple étant fourni d’en haut par les autorités tutélaires et le BSD en particulier. L’absence de déséquilibres macroéconomiques est notable, une politique économique et financière très orthodoxe et constamment en ligne avec les recommandations des institutions de Bretton Woods s’y employant constamment. Le FMI, régulièrement, confirme le caractère sain et solide des "fondamentaux" du pays. Enfin, au risque de quelques désagréments, l’Afrique du Sud est très "ouverte", avec un contrôle des changes très assoupli, des tarifs douaniers abaissés et une politique de libre-échange recherchée tant avec ses voisins africains qu’avec les ensembles développés.
En revanche, rien de semblable n’était constaté parmi les nations atteintes à la fin des années 1990 par une crise financière. Ceci étant, en première approche, les indicateurs macroéconomiques significatifs (revenu par habitant, croissance, inflation, déficit public) différaient finalement peu entre les pays du Sud-Est asiatique et l’Argentine, d’une part, et l’Afrique du Sud, d’autre part. En effet, les finances publiques, en Asie et en Argentine, avant la crise, n’étaient pas, a priori, en déséquilibre flagrant et pouvaient se comparer à celles de l’Afrique du Sud. D’ailleurs, les notations, par les agences, du risque souverain de ces nations étaient assez flatteuses avant, et même pendant, leur crise (tout comme celles de l’Afrique du Sud durant la crise sur le rand, Moody’s rehaussant même la sienne à Baa2 au 1er novembre 2001 !). Cependant, ce qui distinguait formellement l’Afrique du Sud des nations en crise financière était l’organisation des structures macroéconomiques, la "façon de fonctionner". En Asie du Sud-Est, l’épargne intérieure, la croissance et les déficits extérieurs étaient plutôt élevés avec une inflation relativement maîtrisée grâce, notamment, à un arrimage systématique au dollar des Etats-Unis. En revanche, la situation inverse prévalait en Afrique du Sud : épargne intérieure, croissance et déficits extérieurs faibles (voire trop) et inflation également maîtrisée, mais avec une monnaie flottante.
Or la coexistence d’un déficit élevé et d’une monnaie à parité fixe avec une devise forte est impossible à maintenir sur le long terme car elle se révèle trop coûteuse pour les finances publiques [30]. A partir de 1997, la crise asiatique s’est enclenchée sur fond d’endettement public et privé excessif, la frénésie d’endettement poussant les opérateurs privés à s’endetter de plus en plus en devises, sans couverture suffisante mais avec des différentiels de taux tellement élevés (jusqu’à 25 points en Indonésie en 1997) entre les taux locaux et ceux des pays industrialisés (peu élevés à l’époque) qu’ils en faisaient oublier le risque de change. Les secteurs publics n’étaient pas en reste d’endettement en devises, les déficits extérieurs les y contraignant. Globalement, l’endettement extérieur de l’Asie du Sud-Est avait augmenté de 28 % entre fin 1995 et juin 1997. De plus, cet endettement était pour presque les deux tiers à très court terme (moins de 3 mois) et, à la première alerte (la chute du baht thaïlandais en juin 1997), une crise de confiance généralisée s’est propagée aux autres monnaies similaires.
On voit que pratiquement aucun des constituants fondamentaux des crises asiatiques récentes n’est véritablement à l’œuvre en Afrique du Sud, que ce soit dans le domaine du fonctionnement de l’Etat et de ses instruments ou parmi les acteurs de la vie financière et bancaire.
Du côté de l’Etat, la volonté de ne pas fixer la parité du rand, tout en menant une politique économique et financière très prudente et orthodoxe dans un environnement réellement démocratique, a permis de créer les conditions d’une indépendance monétaire véritable. En outre, le glissement de la monnaie a, jusqu’ici, encouragé les exportations, permis des gains de productivité substantiels tout en décourageant les investissements purement spéculatifs ou inutiles. Enfin, l’endettement public réduit donne une marge de manœuvre éventuelle à l’Etat. Logiquement, rien ne justifie donc la crainte d’un affaiblissement non seulement des instruments de l’Etat dans leur fonctionnement régalien mais, également, de sa monnaie (d’ailleurs, le rand est vite repassé en dessous de la barre des 10 rands pour 1 dollar pour s’établir, début juillet 2004, à quelque 6,10 rands pour 1 dollar, niveau le plus élevé depuis cinq ans) [31].
Pour ce qui est du système bancaire, les observations relevées permettent de le classer parmi les meilleurs, les plus transparents et les mieux "bordés" réglementairement parlant. A ce titre, la "couverture" morale évidente que certains pays asiatiques ont pu apporter, de facto, à quelques-uns de leurs grands acteurs économico-financiers peu scrupuleux n’existe pas en Afrique du Sud. D’ailleurs, l’Etat – contrairement à ce qui prévalait en Asie du Sud-Est où soit celui-ci, soit quelques grandes familles proches du pouvoir, détenaient systématiquement entre un tiers et deux tiers des banques – se tient éloigné du monde bancaire.
Dans les types de crise systémique traditionnellement relevés [32], aucun ne semble donc pouvoir être craint dans les conditions actuelles en Afrique du Sud sauf, évidemment, celui relevant de l’irrationnel ou d’un choc politique majeur qui, dans les deux cas, mènerait à des retraits de précaution massifs et généralisés. La probabilité en paraît bien faible, même si le risque n’est pas formellement exclu.
 
NOTES
 
[*]AFD, Paris.
[1]Voir, dans ce dossier, l’article de T. Vircoulon.
[2]Le rapport annuel 2003 du BSD n’étant pas disponible à la date de l’élaboration de cet article, il est précisé que les données relatives à 2003 proviennent pour l’essentiel de situations intermédiaires accessibles, notamment, sur le site de la SARB (<http:// www. reservebank. co. za/ >) mais n’ayant pas encore fait l’objet des retraitements nécessaires en vue de l’établissement des comptes définitifs.
[3]La SARB dispose d’actionnaires privés. Seuls le gouverneur et les vice-gouverneurs sont nommés par décret. Dans les faits, par un jeu de rôle jusqu’ici globalement respecté, la SARB définit la politique à suivre et le National Treasury la met en pratique.
[4]A fin décembre 2002, sur les 13,6 milliards de rands de microprêts accordés par les banques, 44 % avaient dû être déclassés.
[5]Qui reste, néanmoins, la 17e bourse mondiale en terme de capitalisation.
[6]Parmi les actions volontaristes majeures du BSD autour des principaux risques actuels, citons les travaux sur l’assurance relatives aux dépôts, en collaboration avec le National Treasury, les réflexions sur la liquidité des banques d’importance modeste, et sur les risques opérationnels et de marché des banques. Par ailleurs, le BSD suit de près les conséquences des développements technologiques (commerce électronique et banques virtuelles, "e-banques") afin de les encadrer.
[7]Historiquement, la faillite du groupe Masterbond (société d’assurances vie qui avait collecté 1 milliard de rands) au début des années 1990 avait suscité la création de la commission du juge H.C. Nel, dont les conclusions servirent, partiellement, à établir les règles prudentielles actuelles et l’organisation de leur contrôle.
[8]Un tel contrat représente un accord de "prise en pension". Il s’agit d’un contrat par lequel un emprunteur de liquidités sur un court laps de temps garantit son emprunt auprès du prêteur par un dépôt d’obligations jusqu’au remboursement.
[9]ABSA, First Rand (auparavant First National Bank), Nedbank et Standard Bank Investment Corporation (Stanbic) qui représentent, en 2003, une part de marché de 82 %, contre 74 % en 2002 avant le rachat de BoE par Nedcor.
[10]L’indice "H" (Herfindhal-Hirschman) mesure le degré de puissance monopolistique d’un système (sa concentration) et, également, le degré de compétition à l’intérieur du système.
[11]Que les données définitives de 2003 devront, néanmoins, confirmer.
[12]Et l’on sait ainsi que, si une banque est soudain en défaut de paiement, la SARB agit, implicitement, comme un prêteur en dernier ressort en y injectant des liquidités suffisantes, seulement dans le cas où les actifs réels sont encore supérieurs au passif. Si ce n’est pas le cas, une procédure d’investigation et de curatelle est mise en place. Les autorités reconnaissent qu’en l’absence d’assurance des dépôts formelle, "la SARB et le gouvernement" font en sorte d’assurer aux déposants un dédommagement à hauteur d’une part substantielle de leurs dépôts et les autorités considèrent donc que l’Afrique du Sud dispose déjà d’une forme implicite d’assurance des dépôts.
[13]Différence entre les ventes de devises à terme et les réserves nettes en devises, après élimination des contreparties.
[14]Encours douteux et en impayés moins les provisions spécifiques ; on peut parler, également, de non performing loans.
[15]Comme celle de Macmead Healthcare (matériel médical) en octobre 1999, qui laissa un passif de 1 milliard de rands envers 16 banques.
[16]"Measuring Integrated Market and Credit Risks in Bank Portfolios : an Application to a set of Hypothetical Banks Operating in South Africa" (décembre 2000).
[17]La commission Myburg ne semble pas avoir conclu en ce sens.
[18]Après être passé par un plus bas à 13,86 rands pour 1 dollar le 20 décembre 2001, le rand s’est très vite repris vers 11 rands pour 1 dollar début 2002, la dépréciation ayant été de 60 % sur les quatre derniers mois de 2001. Au niveau de décembre 2001, cette dépréciation pouvait, objectivement, paraître excessive, les observateurs s’accordant à penser qu’aucun éventuel spéculateur n’était plus en lice depuis longtemps.
[19]Même si l’Afrique du Sud est, relativement, de moins en moins exportatrice de matières premières, ce poste représente encore 35 % de ses exportations et porte sur des matières fortement déprimées ces dernières années, ce qui est moins le cas actuellement (l’or, notamment, vient de se hisser vers le niveau de 400 dollars l’once).
[20]Ceci étant, cette délocalisation des "enregistrements" boursiers des grandes sociétés peut être ressentie de deux façons : soit on considère cette démarche comme un manque de confiance en l’avenir, soit on la voit comme un levier permettant aux grands groupes locaux de se diversifier internationalement et de survivre à n’importe quel débordement de situation en Afrique du Sud.
[21]En effet, en dépit d’une volonté des autorités de communiquer et de rassurer les opérateurs, certaines banques offshore, craignant d’être en infraction, auraient diminué systématiquement leur activité en fin d’année, asséchant de facto le marché. Ceci étant, il faut surtout voir dans cette décision des autorités leur souci de toujours plus empêcher le marché d’être l’otage de mouvements désordonnés, d’origines douteuses, tout en le libéralisant largement dans son fonctionnement courant. Consécutivement à la décision du 14 octobre 2001, le montant des échanges quotidiens sur le marché des changes a diminué d’une moyenne de 7,4 milliards de dollars en octobre 2001 à 5,5 milliards de dollars en novembre 2001 mais a pu remonter jusqu’à 6,1 milliards de dollars début décembre 2001. Cependant, l’appréciation du niveau de liquidité sur le rand ne peut s’appuyer uniquement sur un indicateur de volume mais doit prendre en compte l’évolution du spread offert, qui a pu passer de 50 à 1 000 points à certains moments.
[22]Cinq banques de taille moyenne furent rapidement "dégradées" dans les jours qui suivirent la déconfiture de Saambou en février 2002 ; cette réaction "à chaud" a commencé à déclencher un vrai processus de défiance vis-à-vis des banques, avant d’être infirmée deux jours plus tard par une réintégration des cotations à leur niveau initial.
[23]Terme désormais remplacé par International Liquidity Position.
[24]Jusqu’à 21,7 milliards de dollars début 1999 contre 4,8 milliards de dollars en octobre 2001 et 2,9 en février 2002.
[25]D’après la Banque des règlements internationaux (BRI), 0,5 % de tous les règlements commerciaux internationaux se sont faits en rand en avril 2001 (contre 0,1 % en 1995), cette proportion montant jusqu’à 2 % en septembre-octobre 2001. Le dollar singapourien, deuxième monnaie "émergente" la plus liquide, a d’ailleurs, lui aussi, connu une année 2001 plus difficile que pour la plupart des autres monnaies de pays émergents. Dans le même ordre d’idée, la monnaie brésilienne, voisine fragile, n’a connu qu’un déclin de 20 % sur la même période.
[26]A cet égard, l’obtention d’un financement de 500 millions de dollars début 2002 jointe à l’emprunt de 1,5 milliard de dollars contracté durant l’été 2001 par la SARB et transféré au Trésor sont allés dans le bon sens. Quant à l’impact de la chute du rand sur les comptes, il semble, grossièrement, que les grandes banques en auraient bénéficié à hauteur d’environ 1 % de leurs actifs alors que la SARB aurait perdu, en 2001, 30 milliards de rands sur ses positions à terme – 3 % du PIB.
[27]Il apparaît que le rand a été, en 2001-2002, la monnaie "émergente" ou "intermédiaire", de loin, la plus affectée (cf. Econometrix), lors même que les "fondamentaux" étaient souvent parmi les meilleurs.
[28]Le 13 juillet 2001, le BSD a nommé J.F. Myburg commissionner aux termes de la section 69A du Bank Act.
[29]La SARB a nommé, le 15 juin 2000, un groupe d’experts conduits par le juge Davis, dont les conclusions furent de constater la nécessité d’intervenir très en amont des défaillances.
[30]De fait, dans ce dernier cas, on assiste toujours à des entrées massives de capitaux, généralement supérieures aux besoins réels immédiats des pays, génératrices de comportements peu rigoureux et engendrant des effets pervers menant à des bulles spéculatives. Très vite, la compétitivité se dégrade (les gains de productivité sont nuls, dès 1993, dans les cinq pays d’Asie du Sud-Est incriminés), les surcapacités apparaissent mettant en évidence une situation de surendettement, l’inflation augmente et les termes de l’échange deviennent d’autant plus insoutenables que ces pays se sont délibérément voués à l’exportation. Il n’y a pas d’exception à cet enchaînement caricatural qui a fait l’objet d’études circonstanciées.
[31]Valeur remarquable, que les responsables considèrent même maintenant comme trop élevée car susceptible de gêner durablement les exportations et, par voie de conséquence, de peser sur l’emploi.
[32]Trois grands types de risques systémiques sont en général distingués : celui provoqué par un événement majeur brutal ébranlant le système, celui relevant d’un phénomène de propagation à partir de quelques faillites initiales dans un système aux fortes connexions et, enfin, plus insidieusement, celui crée par des faillites localisées entraînant une crise de confiance, d’abord cantonnée aux structures concernées, puis s’étendant, uniquement par analogie et mimétisme, à l’ensemble d’un secteur.
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AFD, Paris. Suite de la note...
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Voir, dans ce dossier, l’article de T. Vircoulon. Suite de la note...
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Le rapport annuel 2003 du BSD n’étant pas disponible à la d...
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La SARB dispose d’actionnaires privés. Seuls le gouverneur ...
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A fin décembre 2002, sur les 13,6 milliards de rands de mic...
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Qui reste, néanmoins, la 17e bourse mondiale en terme de ca...
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Parmi les actions volontaristes majeures du BSD autour des ...
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[7]
Historiquement, la faillite du groupe Masterbond (société d...
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ABSA, First Rand (auparavant First National Bank), Nedbank ...
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[10]
L’indice "H" (Herfindhal-Hirschman) mesure le degré de puis...
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Que les données définitives de 2003 devront, néanmoins, con...
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[14]
Encours douteux et en impayés moins les provisions spécifiq...
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[15]
Comme celle de Macmead Healthcare (matériel médical) en oct...
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"Measuring Integrated Market and Credit Risks in Bank Portf...
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La commission Myburg ne semble pas avoir conclu en ce sens. Suite de la note...
[18]
Après être passé par un plus bas à 13,86 rands pour 1 dolla...
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[19]
Même si l’Afrique du Sud est, relativement, de moins en moi...
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Ceci étant, cette délocalisation des "enregistrements" bour...
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En effet, en dépit d’une volonté des autorités de communiqu...
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[27]
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Le 13 juillet 2001, le BSD a nommé J.F. Myburg commissionne...
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[29]
La SARB a nommé, le 15 juin 2000, un groupe d’experts condu...
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