Afrique contemporaine
De Boeck Université

I.S.B.N.sans
212 pages

p. 95 à 108
doi: 10.3917/afco.210.0095

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no210 2004/2

2004 Afrique contemporaine Dossier

Le Black Economic Empowerment en Afrique du Sud : fondements, contraintes et risques

Gilles Genre-Grandpierre  [*]
Dix ans après les premières élections libres en Afrique du Sud, l’on peut dresser le bilan d’une décennie du nouveau pouvoir, et en particulier analyser l’un des piliers centraux de sa politique économique, le Black Economic Empowerment (BEE). Celui-ci ne peut s’évaluer indépendamment de la politique économique globale suivie par le gouvernement de l’ANC. Il n’en constitue qu’un volet et les réussites et échecs de l’économie sud-africaine depuis une décennie ne doivent pas s’assimiler à ceux du BEE. Ten years after the first free elections in South Africa, any general assessment of the new power’s achievements would have to take BEE (Black Economic Empowerment) into account as a major pillar of economic choices. This policy cannot be rated apart from the whole range of domestic economic policy. It is just one face of ANC’s economic decisions in a decade. Accordingly, success and failure in South African economy for ten years have not to be estimated just at BEE value.
En 2004, l’Afrique du Sud fête le dixième anniversaire des premières élections libres de 1994 qui avaient conduit l’African National Congress (ANC) au pouvoir et Nelson Mandela à la présidence du pays. Cet événement coïncide également avec les élections générales du 14 avril 2004 qui ont vu la victoire écrasante de l’ANC avec près de 70 % des suffrages.
Au-delà des célébrations de ce moment historique dans l’histoire du pays, la campagne électorale a été l’occasion de dresser le bilan d’une décennie du nouveau pouvoir, et en particulier d’analyser l’un des piliers centraux de sa politique économique, le Black Economic Empowerment (BEE).
 
Fondements théoriques et historiques du Black Economic Empowerment : l’Afrique du Sud n’est pas "Ground Zero"
 
 
Le concept moderne d’empowerment [1] repose sur le postulat qu’un processus interventionniste réglementé, coercitif ou non, peut amener un groupe de personnes se trouvant dans des conditions incapacitantes historiquement, politiquement, économiquement ou socialement, à "prendre le pouvoir" sur leur destinée. La notion d’empowerment est donc intrinsèquement liée à celle de développement.
L’empowerment trouve sa source aux Etats-Unis dans les années 1960 avec la lutte civique des Noirs américains, initiée par le pasteur Martin Luther King, devenue ultérieurement lutte économique avec la mise en œuvre des politiques dites d’affirmative action [2]. L’empowerment est ainsi toujours associé à l’action, politique en particulier, en vue du développement d’un groupe spécifique d’individus. Le concept initialement forgé pour refléter la défense des droits d’une catégorie raciale particulière s’est popularisé au cours des dernières décennies pour englober d’autres groupes d’individus luttant pour l’accès à un pouvoir politico-économique dont ils sont plus ou moins exclus, les femmes en particulier.
Expériences historiques d’empowerment en Afrique du Sud
Dès le début du XXe siècle, le Mines and Works Act de 1911 restreignait la population noire [3] à des tâches subalternes dans le secteur minier, et le Native Land Act de 1913 interdisait à cette même population d’acheter des terres en dehors de zones géographiques découpées au profit de la minorité blanche. Ces deux lois ont organisé législativement les prémices du système d’apartheid, qui peut être analysé comme un système institutionnalisé et coercitif d’empowerment extrême au profit de la minorité raciale blanche, fondé sur la violence politique et l’exclusion.
Quelques années plus tard, en 1918, la nécessité pour les Britanniques de trouver un allié politique et économique contre les Noirs chez leurs anciens ennemis afrikaners de la guerre des Boers (1899-1902) conduit à la création de Sanlam (South African National Life Insurance Co). En canalisant par un système préférentiel l’épargne de la minorité afrikaans, globalement rurale et restée à l’écart de la vie économique, cette société avait pour but d’initier l’intégration économique des Afrikaners dans la société blanche dominée par le pouvoir d’essence coloniale britannique. Dans ce sens, Sanlam a bien constitué un projet d’empowerment, au sens économique et moderne du terme, au profit des Afrikaners [4].
Beaucoup plus récemment, et dès la fin des années 1970, le pays a vécu également une autre expérience d’empowerment, au profit de la majorité noire cette fois, à travers l’application d’une politique d’affirmative action par les sociétés américaines présentes en Afrique du Sud. Cette politique avait été initiée par le pasteur noir américain Leon Sullivan nommé administrateur de General Motors en 1971 aux Etats-Unis à l’époque où la pression était forte pour que les grandes sociétés américaines mettent en œuvre des programmes d’affirmative action. Dès lors, Leon Sullivan n’avait eu de cesse de faire pression sur General Motors, le plus gros employeur étranger de Noirs en Afrique du Sud, et les sociétés multinationales américaines travaillant dans ce pays, pour qu’elles appliquent les mêmes programmes dans leurs filiales sud-africaines, envers et contre les lois d’apartheid. Le lobbying constant du pasteur noir avait ainsi conduit plus de 125 sociétés américaines présentes en Afrique australe à adhérer au code Sullivan [5] en 1977, code dont on retrouve de nombreuses caractéristiques dans la politique BEE du gouvernement de l’ANC aux commandes depuis 1994. Aux pires moments du régime d’apartheid, les principes Sullivan avaient donc permis à de nombreux Noirs sud-africains d’accéder au sein des sociétés américaines signataires aux opportunités professionnelles qui leur étaient refusées par le régime d’apartheid. Parmi les leaders noirs du monde des affaires sud-africain post-apartheid, nombreux sont en effet ceux qui ont bénéficié de cette expérience et que l’on retrouve à des postes importants aujourd’hui [6].
"Non-empowerment" post-colonial en Afrique
L’Afrique du Sud bénéficie également des leçons des décolonisations africaines et de quarante années de modèles de "non-empowerment" économique de la presque totalité des populations africaines devenues indépendantes [7]. Construites sur des fondations où l’Etat centralisateur, producteur et redistributeur était le pilier de l’amorce et de la réalisation du développement économique, les expériences post-coloniales africaines, comme ailleurs en Europe de l’Est, montrent que le progrès économique ne peut émerger ni des modèles marxistes de développement où l’Etat est le seul maître d’œuvre de la répartition, ni de l’instabilité politique et sociale permanente, étouffée ou ouverte, où le compromis démocratique est absent de la bataille pour l’accès à la richesses nationale.
Le "miracle ivoirien", qui a pu faire illusion pendant de nombreuses années, est aujourd’hui un exemple emblématique d’une politique de développement où, faute d’un compromis démocratique menant à un partage pacifique des richesses entre différents groupes sociaux aux intérêts divergents, le pouvoir politique est devenu la seule voie d’accès à la richesse et le seul chemin menant à l’empowerment de l’élite dirigeante qui peut exercer une prédation rentière sur cette richesse, prédation qui s’est le plus souvent faite par la corruption sous le regard bienveillant des ex-puissances coloniales. Il illustre de manière criante le coût du "non-empowerment" économique des populations locales [8] qui a, en toute vraisemblance, constitué un des facteurs aggravants de déstabilisation du pays ces dernières années.
Enfin, au Zimbabwe, la réforme agraire accélérée qui, depuis le début du XXIe siècle, a conduit à l’expropriation radicale forcée des fermiers blancs zimbabwéens et étrangers, et qui a eu pour corollaire l’effondrement économique du pays, montre le chemin à ne pas suivre pour l’Afrique du Sud, même si ce gouvernement a toujours eu une attitude pour le moins ambiguë vis-à-vis de son voisin du nord.
L’Afrique du Sud peut tirer les leçons de l’histoire
L’Afrique du Sud a donc connu un empowerment entaché de violence et fondé sur la discrimination raciale. L’empowerment de la "tribu" afrikaner sous le régime d’apartheid, l’expérience liée aux combats du pasteur Sullivan dans les années 1970 et 1980, les modèles post-coloniaux négatifs de développement ayant conduit à l’absence complète d’empowerment des populations africaines antérieurement sous le joug européen, ou encore le modèle de redistribution radicale forcée des terres au Zimbabwe constituent un terreau fertile en réussites et échecs dont les acteurs sud-africains de la politique de transformation engagée il y a dix ans se nourrissent en permanence.
 
Black Economic Empowerment : contraintes et risques
 
 
Le Black Economic Empowerment est contraint par l’orthodoxie macroéconomique
Les politiques de Black Economic Empowerment [9] sud-africaines ne peuvent s’analyser indépendamment de la politique économique globale suivie par le gouvernement de l’ANC post-apartheid. Elles n’en constituent qu’un volet et les réussites et échecs de l’économie sud-africaine depuis une décennie ne doivent pas s’assimiler à ceux du BEE.
La chute du mur de Berlin en 1989 et l’effondrement des modèles de développement marxistes ont coïncidé avec le début du processus de réconciliation nationale menée par Nelson Mandela, qui a débouché sur un compromis historique entre la minorité blanche détentrice des actifs économiques et la majorité politique noire. Ce compromis s’est appuyé sur deux éléments fondamentaux : d’une part, la nécessité d’inscrire l’Afrique du Sud dans l’économie mondiale et donc de respecter le consensus de Washington en matière de choix économiques [10] ; d’autre part, l’obligation morale et politique, mais aussi économique et sociale, de "déracialiser" l’économie du pays en mettant en œuvre des politiques permettant l’accès de la majorité noire au capital économique et aux opportunités d’emplois qui lui étaient refusées antérieurement.
C’est dans cette perspective que doit être étudié le BEE. C’est elle aussi qui nourrit ses contradictions : d’un côté, les choix d’orthodoxie économique de l’ANC et les contraintes liées à l’objectif de transformer le pays en une économie compétitive dans la globalisation ; de l’autre, l’obligation d’infléchir le marché et l’allocation efficiente du capital économique et humain pour corriger les inégalités historiques créées par l’apartheid, faute de quoi le risque est grand de voir la société sud-africaine plonger dans l’instabilité. A bien des égards, c’est un dilemme commun à la plupart des économies contemporaines, à une différence près : dans le cas de l’Afrique du Sud, la répartition du capital et des opportunités a fait l’objet historiquement d’une asymétrie extrême légiférée par l’apartheid.
Pour que l’avenir de l’Afrique du Sud soit pacifique, la redistribution des actifs et des opportunités économiques au profit de la majorité ne peut être laissée à la seule main invisible du marché d’Adam Smith. Le BEE n’est pas une option, c’est une nécessité, mais il est confronté à cette question : comment infléchir le marché pour redresser les inégalités issues du passé sans remettre en cause pour autant les mécanismes fondamentaux d’allocation efficiente des ressources économiques et humaines pour permettre à l’Afrique du Sud de rester dans l’économie globalisée ? Comment transformer la société en donnant un pouvoir économique aux Noirs sans grever l’économie elle-même ? Le BEE comporte donc des risques [11] liés à ses incertitudes intrinsèques et aux coûts afférents, mais également des opportunités économiques qui peuvent émaner d’une société où la richesse et le bien-être ne sont plus l’apanage de quelques-uns.
Naissance des "oligarques" sud-africains
Le BEE a connu une première phase de 1994 à 1998, qui peut être interprétée comme une phase d’auto-récompense des nouveaux leaders politiques. Elle a consisté à favoriser la création de conglomérats noirs reposant sur des mécanismes purement financiers, cotés en bourse ou non [12], et a conduit à la constitution d’une classe de rentiers noirs. Il s’est agi d’un transfert d’actifs d’actionnaires blancs (mines et médias en particulier) vers l’élite de l’ANC [13] à travers la création de Special Purpose Vehicles [14] (SPV) à effet de levier très important, financés par des prêts bancaires. En outre, le prix de ces actifs était vraisemblablement surévalué à un moment où les cours boursiers étaient élevés.
Ces mécanismes financiers reposaient sur des taux de croissance irréalistes des actifs logés dans les SPV pour que ces derniers puissent faire face au remboursement de leurs dettes. La crise financière sud-africaine de 1998, qui a eu pour corollaire un ralentissement considérable de l’économie, a transformé l’effet de levier en effet de massue et a conduit les SPV à des dépôts de bilan ou à des restructurations massives de la part des banques qui ont saisi les actifs financés qu’elles avaient nantis [15]. La structure financière de ces holdings était fortement déséquilibrée et ces opérations avaient souvent porté sur des actifs trop volatiles ; ils n’ont donc pas été en mesure, pour la plupart, de survivre à un cycle économique complet [16].
A bien des égards, ce phénomène d’appropriation a été identique à ceux observés ailleurs en Afrique lors des indépendances, ou plus récemment, au début des années 1990, lors de l’éclatement de l’Union soviétique et de la fin du communisme : à chaque fois, les nouvelles classes dirigeantes s’approprient une rente économique. Dans le cas de nombreux pays africains, les nouveaux dirigeants se sont approprié des actifs qui étaient essentiellement publics à l’époque ; en Russie, les transferts d’actifs au bénéfice de l’élite communiste qui était aux postes de commande de l’économie étatisée se sont effectués par le biais de privatisations chaotiques [17], comme dans l’exemple du mécanisme "share for loans" [18] en 1995-1997. Ce phénomène a donné naissance à la génération des "oligarques" [19].
Certains des mécanismes russes s’apparentent aux SPV mis en œuvre dans le BEE sud-africain, à une exception près et qui est d’une très grande importance : alors que le processus russe de transfert d’actifs publics n’a jamais été réellement pensé et organisé dans un objectif précis et s’est effectué en l’absence de cadre légal incontestable, dans le cas de l’Afrique du Sud, les transferts ont été opérés par le secteur privé dans un cadre juridique solide avec l’objectif de créer une classe capitaliste noire puissante. Dans ce contexte, comme les dirigeants des sociétés publiques en Russie, les leaders de l’ANC étaient "les plus proches des actifs transférés". Il faut bien amorcer la pompe quelque part : en seulement quelques années, des empires ont été créés à partir de rien, en Russie comme en Afrique du Sud. Ainsi, il n’est pas exagéré de dire que certains ex-leaders de l’ANC devenus hommes d’affaires grâce au BEE [20] sont maintenant les "oligarques" de l’Afrique du Sud.
Paradoxalement, la nouvelle élite de l’ANC n’a pas utilisé le levier des nombreux actifs publics créés par le régime d’économie mixte d’apartheid pour effectuer ces transferts [21]. Les principales explications sont que ces sociétés publiques n’étaient pas rentables et n’intéressaient donc pas les rentiers potentiels ou, lorsqu’elles l’étaient, les syndicats puissants et alliés de l’ANC dans la coalition gouvernementale ont, par leur poids politique, empêché toute forme de transfert ou de privatisation.
Il était donc beaucoup plus aisé d’opérer ces transferts à partir des grandes sociétés privées sud-africaines, parties prenantes du compromis du début des années 1990 et donc volontaires pour le faire dans une stratégie de cession dont elles conservaient une partie du contrôle.
Ces transferts au profit d’une élite n’ont pas globalement jusqu’ici diffusé un processus d’empowerment et d’enrichissement plus large dans la société noire sud-africaine, ni accéléré la croissance de la richesse patrimoniale des classes moyennes noires amorcée dès les années 1960 [22], car ils n’ont pas créé de valeur ajoutée supplémentaire qui aurait été spécifiquement liée à leur détention BEE [23]. Ils n’ont pas conduit non plus à l’émergence d’une nouvelle classe d’entrepreneurs noirs mais tel n’était pas leur objet, en dépit du discours politique traditionnel.
Malgré toutes les critiques de ce processus souvent qualifié d’enrichment of the few, cette phase a été nécessaire et positive pour plusieurs raisons :
  • ces nouveaux rentiers appartenant au cœur de l’élite de l’ANC étaient les plus familiers du capital blanc de par leur passé professionnel et politique (anciens leaders syndicaux dans le secteur minier comme Cyril Ramaphosa, négociateurs du processus de transition avec le régime précédent, et donc indirectement avec les grandes sociétés blanches comme l’Anglo-American au début des années 1990). Ils étaient donc les mieux à même de gérer cette rente, notamment par leur "proximité" des dirigeants blancs et de leur expertise. Il existe bien des rentiers blancs, pourquoi n’y aurait-il pas des rentiers noirs qui contribueraient à la stabilisation de la société en ayant les mêmes intérêts capitalistes que leurs confrères d’une autre couleur, même si la source première de leur patrimoine n’a pas émergé d’un processus de sélection capitalistique efficient ? John D. Rockefeller ne disait-il pas : "Vous pourrez toujours me demander comment j’ai gagné mon dernier million de dollars, mais ne me demandez jamais comment j’ai gagné le premier…" ;
  • les membres de cette nouvelle classe constituent souvent des role models à l’américaine pour les nouvelles générations noires éduquées en Afrique du Sud ;
  • les coûts de transaction de ce modèle d’empowerment ont ainsi été limités car les sociétés blanches, qui doivent rester compétitives dans une économie globalisée, étant désormais familières de ces "Black tycoons", réduisent l’incertitude en traitant toujours avec les mêmes sans subir le coût d’une courbe d’apprentissage liée à des transactions avec des groupes d’inconnus [24], ou des groupes aux contours beaucoup plus larges et flous comme dans le cas du broad-based empowerment.
Phase nécessaire dans le processus de transformation de l’économie sud-africaine, cette première vague BEE, malgré ses imperfections, ne doit pas constituer le seul axe d’analyse de la politique économique sud-africaine depuis 1994, encore moins l’explication de l’échec de ses objectifs de réduction de la pauvreté et du chômage de masse. Pour expliquer la persistance du chômage et des inégalités en Afrique du Sud, ou pire leur aggravation, il convient de procéder à une analyse des autres composantes des politiques sud-africaines suivies depuis dix ans [25], ce qui ne s’inscrit pas dans le cadre de cet article.
Le BEE broad-based : : une réponse politique, une allocation capitalistique inefficiente et risquée
La mise en œuvre d’une politique BEE dite broad-based [26] ne constitue pas une réponse économique globale aux problèmes structurels de l’économie sud-africaine, mais une réponse politique aux critiques d’enrichment of the few qui ont porté sur la première génération d’empowerment. Le BEE broad-based définit des critères plus larges que la seule détention capitalistique des sociétés pour juger ces dernières en termes de BEE, en particulier l’effort de formation et de promotion des Noirs à tous les échelons de l’entreprise, ainsi que les politiques d’achats auprès de sociétés BEE. La loi laisse le soin aux acteurs économiques et financiers de mettre en pratique ces nouvelles orientations par le biais de chartes BEE sectorielles (constituant souvent des anticipations politiques des actionnaires et dirigeants des différents secteurs d’activité qui ont toujours craint les réglementations contraignantes imposées unilatéralement par l’Etat) négociées avec l’aval de l’Etat. Ces chartes vont définir, selon les secteurs, les pondérations qu’elles décideront d’affecter sur chacun des critères de la loi [27]. Ainsi, la Charte du secteur minier prévoit que 15 % des actifs miniers devront être entre les mains d’actionnaires noirs avant 2008 et 26 % avant 2013 [28].
La loi BEE broad-based reconnaît donc que le transfert du capital n’est pas le seul élément de succès d’une politique de transformation qui doit également redistribuer les opportunités (formation, etc.). Elle constitue donc une avancée significative à cet égard, mais à cet égard seulement. Par contre, en souhaitant également que les transferts capitalistiques s’effectuent vers des groupes plus larges que les seuls "Black tycoons" (une forme de capitalisme populaire), elle est porteuse d’inefficiences et de dangers qui, à de nombreux égards, sont beaucoup plus grands que ceux de la première vague d’empowerment [29].
Un capitalisme populaire ne peut émerger que sur la base d’une diffusion de la richesse à travers l’emploi et les salaires en premier lieu. C’est plus de consommateurs, donc de salariés, que d’actionnaires que l’Afrique du Sud a besoin aujourd’hui [30]. Un actionnariat broad-based, toujours sans capitaux, mais également sans aucune capacité à remplir les rôles dévolus aux propriétaires d’actifs en termes de gestion et de contrôle, n’est pas en mesure de répondre aux contraintes de gouvernement d’entreprise imposées par l’économie de marché globale. C’est la raison pour laquelle cette deuxième vague d’empowerment dite broad-based, considérablement accélérée en 2003 [31], s’avère être en fait similaire à la première, à une différence près : ses messages, pas ses mécanismes financiers, sont devenus broad-based.
A l’exception de rares cas [32], les nouvelles opérations broad-based reposent toujours sur des mécanismes d’effet de levier où une croissance très forte des actifs transférés est une condition sine qua non pour que les financiers qui ont nanti ces derniers soient remboursés. Les dividendes servis aux nouveaux détenteurs "virtuels" suffisent en général tout juste à rembourser les intérêts aux prêteurs, rarement le principal de la dette. Se pose alors la question cruciale du débouclage ultime des opérations, même dans le scénario favorable où les anticipations de croissance se réalisent : soit les actifs transférés, qui se seront valorisés en conséquence, pourront être refinancés par d’autres prêteurs pour rembourser le principal des prêts accordés par les premiers prêteurs, soit les groupes BEE bénéficiaires de l’opération devront vendre ces mêmes actifs pour rembourser ce principal. Le deuxième cas de figure conduit à une sortie des groupes BEE du capital des sociétés, dont ils devaient devenir actionnaires au titre du BEE. Contrairement à de nombreuses analyses, cela n’est pas en soi synonyme d’échec du BEE, puisque ces groupes auront au passage réalisé une plus-value : le capital noir ainsi constitué pourra s’investir ailleurs dans l’économie. Néanmoins, la loi ne prévoit pas qu’une société ayant initié une transaction conduisant à un tel débouclage, et qui se retrouverait donc sans actionnaire BEE, puisse bénéficier, à un titre ou à un autre, du fait qu’elle aurait contribué à la constitution d’un capital noir : elle conduit donc de fait à l’illiquidité des actifs détenus par des groupes BEE, illiquidité qui génère une distorsion dommageable à une bonne allocation des ressources émanant du BEE même.
Enfin, et c’est là que se situe l’un des principaux vices de la loi broad-based, elle crée un effet d’éviction de l’épargne disponible, déjà à un niveau très faible [33], au détriment de la création de nouvelles entreprises. En effet, les montants colossaux qui doivent être mobilisés pour remplir les objectifs de transferts contenus dans les différentes chartes [34], auxquels il faut ajouter les coûts administratifs liés au suivi de l’application de ces dernières, ont déjà commencé à assécher le marché du capital risque et du capital développement sud-africains, publics comme privés. Or ce sont les nouvelles entreprises noires qui créeront les emplois de demain, pas les anciennes sociétés blanches, même détenues partiellement ou complètement par des capitaux noirs [35]. Dans ce contexte, Black Economic Empowerment ne rime pas avec Black Business Development, d’autant plus que l’Etat sud-africain n’a jusqu’ici utilisé aucun des leviers à sa disposition, en particulier une fiscalité dérogatoire au profit des créateurs d’entreprises ou du secteur BEE [36]. Pire, sur de nombreux points, les nouvelles orientations de la fiscalité sud-africaine contredisent les objectifs du BEE broad-based en planifiant une pénalisation potentielle des structures hybrides de financement souvent utilisées dans les montages empowerment.
 
Conclusion : le BEE doit être en harmonie avec une politique économique globale
 
 
La politique BEE ne peut être le seul vecteur d’une transformation réussie de la société sud-africaine. Une comparaison du BEE sud-africain avec les politiques d’empowerment mises en œuvre à partir de 1970 en Malaisie, société multiraciale héritée de la colonisation britannique, s’avère à cet égard fascinante et riche d’enseignements.
En 1970, la répartition du capital économique et des emplois en Malaisie, malgré de forts taux de croissance de l’économie du "laisser-faire" dès les premières années d’indépendance [37], restait fortement inégalitaire, très peu intégrative, avec une richesse principalement aux mains de la minorité chinoise, au détriment des Malais (Bumiputeras) [38]. La société malaisienne était donc à l’image de l’Afrique du Sud, sans les excès de cette dernière néanmoins, et cette situation avait conduit aux émeutes raciales de mai 1969.
Dès le départ, la New Economic Policy (NEP) [39], initiée en 1970, avait été pensée comme une stratégie globale, dont l’empowerment malais n’était qu’un volet. Comme le BEE sud-africain, elle était fondée sur l’hypothèse qu’une meilleure répartition interéthnique de la richesse était nécessaire à la stabilité sociale et à la croissance économique et avait pour objet de déracialiser la propriété capitalistique et de lutter contre la pauvreté en augmentant la taille du marché intérieur. Elle s’est appuyée sur des transferts d’actifs [40] dans un contexte de très forte croissance, mais ces transferts n’ont pas à eux seuls créé cette croissance. Ils ont également conduit à accroître les inégalités intra-éthniques malaises, comme la politique BEE fondée sur les mécanismes de marchés altérés a accru les inégalités au sein de la population noire [41], mais aussi dans la population blanche.
Ce sont tous les autres volets de la NEP qui ont déterminé son succès, en particulier les politiques industrielles et les investissements massifs dans l’éducation et la santé qui, à l’inverse de l’Afrique du Sud, ont réussi en Malaisie [42].
Ainsi, contrairement à l’Afrique du Sud, en Malaisie, durant les années 1970 à 1990, cette très forte croissance a conduit à une amélioration du niveau de vie sans précédent pour l’ensemble des populations, les bénéficiaires de l’empowerment, mais aussi les autres. L’exemple malais montre moins les failles de la politique BEE sud-africaine, qu’elle soit broad-based ou non, que la nécessité de mettre en cohérence cette dernière avec une politique économique globale convergeant vers les mêmes objectifs, en particulier la création d’emplois – qui était d’ailleurs le thème principal de la campagne électorale du début 2004.
C’est donc l’un des principaux défis de l’Afrique du Sud : le BEE, qu’il soit broad-based ou non, doit être globalement soutenu, moins pour des raisons purement économiques que pour des raisons politico-sociales, même s’il comporte intrinsèquement des mécanismes de distorsion de marché. Ces derniers doivent être impérativement compensés par une forte croissance. Le BEE ne peut à lui seul engendrer cette croissance, ce qui risque de conduire à une frustration des pauvres noirs [43], comme des riches blancs [44].
 
NOTES
 
[*]Responsable de la Société de promotion et de participation pour la coopération économique (Proparco) en Afrique du Sud.
[1]Empowerment trouve difficilement une traduction française reflétant tout le contenu de sa signification en anglais. "Prise de pouvoir", "émancipation" ne traduisent que très imparfaitement un concept qui trouve son origine dans un contexte sociohistorique que n’a pas connu la France. Si les esclaves haïtiens se sont bien "émancipés" avec Toussaint-Louverture au tout début du XIXe siècle, ils n’ont jamais été "empowered". Nous utiliserons donc le terme empowerment dans cet article.
[2]La terminologie "discrimination positive" en français revêt une idée sous-jacente négative de "discrimination" plus forte qu’en langue anglaise. Pour cette raison, nous conserverons l’expression affirmative action.
[3]Pour la suite de cet article, l’adjectif ou nom "Noir" comprendra tous ceux qui n’avaient pas le droit de vote avant 1994 en Afrique du Sud (Noirs africains, métis, Asiatiques et Indiens).
[4]Héritière de cette histoire et de cette culture, il n’est pas fortuit que, soixante-dix ans plus tard, cette même société ait été l’une des plus actives en matière d’empowerment, mais cette fois au profit de la majorité noire.
[5]Le code Sullivan contraignait les sociétés signataires, sous peine de boycott de leurs produits aux Etats-Unis, à respecter les grands principes suivants : égalité de traitement entre toutes les races, embauche, formation et promotion à tous postes de travail sans aucune discrimination raciale, déségrégation sur les lieux de travail, financements d’actions à but non lucratif au profit des communautés noires et opposition affichée au régime d’apartheid. Devant l’intransigeance de ce régime à mettre fin aux discriminations raciales, le pasteur Sullivan avait néanmoins appelé au retrait des sociétés américaines en 1987, seulement quelques années avant la fin du régime. Cette approche américaine pragmatique de la lutte contre l’apartheid, radicalement différente de l’approche française qui avait conduit à un retrait massif de presque toutes les sociétés françaises d’Afrique du Sud, trouve son explication à la fois dans des visions différentes de l’économie (l’Etat souverain forçant ses choix politiques aux acteurs économiques dans le cas de la France, à l’inverse de la vision américaine prenant en compte les avancées microéconomiques dans le sens de l’égalité raciale) et dans l’expérience historique unique des Etats-Unis dans le domaine de l’affirmative action, expérience que n’a jamais connue la France, ni sur son territoire, ni dans ses colonies ou ex-colonies.
[6]Khaya Ngqula, actuel directeur général d’Industrial Development Corporation (IDC), pourrait symboliser cette génération. Il avait, dès le début des années 1980, occupé des fonctions managériales chez IBM.
[7]Le Botswana constitue une exception.
[8]Selon les estimations de la Direction des relations économiques extérieures française, les intérêts économiques français représentaient entre la moitié et deux tiers des actifs économiques du secteur formel ivoirien en 2001. Les privatisations des années 90 ont accentué une concentration déjà existante antérieurement. Yves-André Fauré, chercheur, note "la constante faiblesse du capital national" en Côte d’Ivoire et que "… bon an mal an, le poids des capitaux détenus par des Ivoiriens dans l’ensemble des capitaux des entreprises se situe entre 8 et 12 %…". Yves-André Fauré, Les politiciens dans les entreprises en Côte d’Ivoire : investisseurs ou courtiers ? Politique africaine, N° 56, Décembre 1994.
[9]Pour la suite de cet article, l’expression BEE comprendra à la fois le dispositif visant à accélérer les transferts de capital économique de la population blanche vers les populations noires dans le but de constituer une classe capitalistique noire, et les politiques d’affirmative action qui, à travers une discrimination positive à l’embauche, ont pour objet de favoriser la constitution de classes moyennes et supérieures noires.
[10]Pour simplifier, en échange des droits politiques accordés à la population noire, l’ANC s’est engagée à transformer la société sans remettre en cause le capitalisme libéral et les droits liés à la propriété.
[11]La perception des risques et opportunités est naturellement colorisée. Là où le capital blanc ne voit que des risques, l’ANC ne voit que des opportunités. En décembre 2003, Pieter Cox, PDG de Sasol, l’une des plus grandes sociétés sud-africaines publiques cotée au New York Stock Exchange, a provoqué un tollé politique en Afrique du Sud lors de sa présentation aux Etats-Unis en mentionnant les risques liés à la politique BEE pour sa société.
[12]Pendant cette période, le pourcentage de capitalisation boursière noire cotée au Johannesburg Stock Exchange a constitué l’indicateur phare de la politique BEE.
[13]Le plus souvent d’anciens leaders politiques intimes des cercles dirigeants de l’ANC, comme Cyril Ramaphosa ou Tokyo Sexwale, au départ capitalistes sans capitaux.
[14]Véhicules ad hoc.
[15]La capitalisation boursière des sociétés noires est ainsi passée de 10 % en 1998 à moins de 2 % début 2004 (phase de white re-empowerment de 1998 à 2001).
[16]Il est remarquable d’observer que, lorsque ces transferts ont réussi, ils ont porté sur des actifs stables (certaines mines) ou en pleine croissance, comme la téléphonie mobile (Mobile Telecommunications Network, MTN).
[17]Voir Peter Kneen, "Political Corruption in Russia and the Soviet Legacy Crime", Department of Politics, Université de Durham, Royaume-Uni, Crime, Law and Social Changes, n° 34, 2000 ; ainsi que W.H. Buiter, "From Predation to Accumulation? The Second Transition Decade in Russia", CEPR/WDI, Annual International Conference in Transition Economics, 2-5 juillet 2000, Moscou, repris dans Economics of Transition, vol. 8, n° 3, novembre 2000 ; et Carsten Spenger, Ownership and Corporate governance in Russian industry : a survey, Londres, European Bank for Reconstruction and Development (EBRD), Working paper n° 70, janvier 2002.
[18]Prêts contre actions.
[19]Anatoli Tchoubaïs, ministre russe des Privatisations de l’époque, avait eu cette phrase célèbre : "les actifs appartiennent à quiconque s’en trouve le plus proche."
[20]Plus souvent Xhosas que Zoulous (les deux principales ethnies noires d’Afrique du Sud), ce qui a poussé certains critiques à parler de "Xhosa Nostra" pour qualifier ces nouveaux hommes d’affaires.
[21]A l’exception de la cession des actions détenues par Transnet, conglomérat public, dans la société de téléphonie mobile MTN, et la distribution d’actions aux populations précédemment défavorisées lors de l’introduction en bourse à New York de Telkom, société publique de téléphonie fixe.
[22]Hermann Giliomee, The Afrikaners, Londres, C. Hurst & Co, 2003.
[23]Mark Cadle, Has BEE created value ?, Business Map, Empowerment 2004. En outre, il semble que les nouveaux conglomérats BEE ne mettent pas en œuvre des politiques d’affirmative action significativement différentes de celles des sociétés qui sont restées complètement blanches.
[24]"Same old faces", Finance Week, 22 janvier 2003.
[25]Voir par exemple Stephen Gelb, "Inequality in South Africa : Nature, causes and responses", DfID Policy Initiative on Addressing Inequality in Middle-income Countries, UK Department for International Development, novembre 2003, disponible sur <http:// www. sarpn. org. za/ documents/ d0000671/ index. php>.
[26]Broad-Based Black Economic Empowerment Bill, 2003. Broad-based signifie littéralement "base large", c’est-à-dire des groupes représentant par exemple des communautés de femmes, handicapés, anciens combattants de l’armée de libération de l’ANC (UmKhonto we Sizwe), communautés rurales, etc., par opposition aux groupes se limitant à quelques "Black tycoons".
[27]Des chartes ont déjà été signées dans les secteurs pétrolier, minier et financier. D’autres étaient, début 2004, en cours de négociations dans les secteurs agricole, des technologies de l’information et de la communication, du tourisme, de l’immobilier, de la santé et du bâtiment et travaux publics.
[28]Selon Rick Menell, Chairman d’Avmin (AngloVaal Mining Ltd), les simples coûts de transaction liés au transfert de seulement 15 % du total des actifs miniers représenteront 10 milliards de rands, soit 1,5 % de la capitalisation totale du secteur minier, estimée à plus de 600 milliards de rands en 2004.
[29]Jenny Cargill, Financial Mail, 25 avril 2003.
[30]Duma Gqubule, "Employment should be the most important factor of Black participation in the economy, South Africa the bad news", Financial Mail, 23 janvier 2004.
[31]L’année 2003 montre que les acteurs se sont adaptés à la nouvelle donne politique du BEE broad-based. 189 transactions ont eu lieu pour une valeur totale de 42,2 milliards de rands. En termes de montants, deux tiers de celles-ci ont concerné des "Black tycoons" : African Rainbow Minerals (Patrice Motsepe) et Mvelaphanda Resources (Tokyo Sexwale) qui ont initié des opérations broad-based où ils "agissent" en fait pour le compte des groupes broad-based selon des mécanismes financiers qui s’apparentent plus à une forme de redistribution charitable, à l’image des fondations américaines, qu’à la mise en place d’un actionnariat populaire. En outre, comme plusieurs opérations broad-based l’ont déjà montré avant que la loi ne soit en vigueur, les groupes broad-based ne pouvant jamais financer leur actionnariat, ils "cèdent" leur participation virtuelle, avec décote, aux "Black tycoons" mieux à même de lever les financements auprès du système bancaire. Le "fronting" ne se limite donc pas à des sociétés blanches "salariant" des actionnaires noirs virtuels pour obtenir l’appellation société BEE. Les groupes BEE broad-based peuvent également constituer un fronting pour les grands groupes noirs. En fait, le marché a répondu aux obligations concomitantes du broad-based et du contrôle des coûts de transaction des transferts en continuant à traiter avec ceux qui sont "les plus proches du capital" mais qui doivent désormais montrer qu’ils ne sont plus les seuls bénéficiaires des transferts. Il n’est pas anodin non plus de constater que plus du tiers des 189 transactions ont porté sur le secteur de l’immobilier, là où les coûts de transaction sont généralement faibles.
[32]Opérations montées sous forme de financements de projet par exemple ou opérations ne requérant pas de financement comme le BEE sur une des activités de l’Air liquide où la société a donné une option à un groupe BEE sur une fraction de son capital, option qui pourra être exercée en fonction des performances du groupe BEE auquel la gestion de l’activité a été confiée.
[33]Le taux d’épargne intérieure brute en Afrique du Sud était de 18,8 % en 1992 et 19,2 % en 2002, contre respectivement 36,7 et 41,9 % en Malaisie par exemple.
[34]100 milliards de rands pour la seule Charte minière à horizon de 2008 pour un transfert de 10 % des actifs miniers.
[35]Lukanyo Mnyanda, journaliste sud-africain, note que le gouvernement sud-africain devrait favoriser les politiques visant à l’émergence d’entrepreneurs noirs plutôt que de "se cacher derrière le discours à la mode sur le BEE broad based", "New pillars of capitalism", Sunday Times, 30 juin 2004.
[36]C’est le sens de certaines propositions d’économistes comme Duma Gqubule, ou encore de la Brenthurst Initiative de la famille Oppenheimer.
[37]4,1 % en moyenne annuelle de 1956 à 1960, 5 % de 1961 à 1965, 5,4 % de 1966 à 1970.
[38]En 1970, les deux tiers des Malais (qui représentaient plus de 60 % de la population) étaient classés comme pauvres, contre 27,5 % des Chinois (30 % de la population) et 40,2 % des Indiens (8 % de la population). En termes de détention des actifs économiques, à la même date, les Malais possédaient 2,4 % du total des actifs, les Chinois près de 30 %. Les mêmes différences s’observaient en termes d’occupations professionnelles (aux trois quarts dans des activités rurales de subsistance pour les Malais et majoritairement dans le commerce et les affaires urbaines pour les Chinois). Voir A.H. Roslan, "Income inequality, poverty and development policy in Malaysia", School of Economics, Universiti Utara Malaysia.
[39]Outre la composante empowerment, les autres volets de la NEP étaient : investissements massifs dans les secteurs du logement social, de la santé et des services publics en général ; appuis technique et financiers subventionnés au profit des classes défavorisées dans le but d’augmenter leur productivité du travail ; et investissements massifs dans les secteurs de l’éducation et de la formation pour augmenter les opportunités d’emplois.
[40]Les Malais détenaient 20,6 % du capital économique du pays en 1995, contre 2,4 % en 1970.
[41]Selon Hermann Giliomee, 10 % des Noirs sud-africains appartiennent désormais aux classes moyennes ou moyennes supérieures (Finance Week, 21 avril 2004).
[42]Malgré un niveau d’investissement comptant parmi les plus élevés au monde dans ces secteurs (plus de 20 % du budget de l’Etat pour l’éducation), l’Afrique du Sud n’a pas jusqu’ici obtenu de résultats à la hauteur de ces investissements. Une mauvaise gestion publique et l’épidémie dévastatrice du VIH/SIDA constituent des facteurs explicatifs.
[43]40 % de la population selon Statistics South Africa.
[44]L’émigration des professionnels blancs sud-africains, mais également de certains noirs, comme les experts-comptables, semble s’accélérer depuis deux ans.
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