2004
Afrique contemporaine
Dossier spécial : actes de la conférence AFD/EUDN
Commentaires sur l’intervention de François Bourguignon
Denis Cogneau
[*]
Les points principaux abordés par François Bourguignon peuvent être résumés comme suit :
- l’élimination de la pauvreté absolue peut raisonnablement être définie comme l’objectif premier des stratégies de développement ;
- la redistribution des revenus est complémentaire de l’effet de la croissance sur la réduction de la pauvreté et peut apporter un triple dividende. Cette redistribution contribue à réduire la pauvreté :
- directement, si elle est ciblée vers les pauvres ;
- indirectement, par l’augmentation de l’élasticité de la pauvreté à la croissance ; et
- indirectement encore, lorsqu’elle renforce la croissance (imperfections des marchés du crédit ou autres mécanismes) ;
- de nombreux arguments positifs et normatifs plaident en faveur d’une redistribution des actifs (terre, éducation, capital physique) de préférence à une redistribution du revenu. Néanmoins, la redistribution des actifs nécessite généralement une redistribution du revenu, par le biais notamment de programmes de transferts ciblés et conditionnels ;
- dans une stratégie de développement, le dosage idéal de mesures en faveur de la redistribution d’un côté et de la croissance de l’autre est propre à chaque pays. Il conviendrait d’accorder davantage de place à la redistribution dans les pays inégalitaires à revenu intermédiaire et de privilégier la croissance dans les pays égalitaires à faible revenu.
Si la philosophie globale présentée par Bourguignon, notamment aux points 2 et 3, suscite mon adhésion pleine et entière – de même que sa défense du volet « distribution » des stratégies de développement– je m’attacherai ici à une critique du point 4 : il n’est pas évident que l’option « croissance » soit préférable à l’option « redistribution » dans les pays à faible revenu. Contrairement à l’hypothèse de Kuznets, de nombreux pays à faible revenu sont extrêmement inégalitaires, notamment en Afrique subsaharienne. Certains efforts de redistribution initiale et progressive pourraient se révéler nécessaires afin de placer ces pays sur un chemin de croissance plus favorable aux pauvres. Je poserai par ailleurs la question suivante : savons-nous vraiment ce qu’est une « politique de croissance », au contenu pourtant moins clair qu’une politique de redistribution ? La seconde partie de ce commentaire viendra compléter – plus que critiquer – les arguments de Bourguignon, en rappelant qu’un programme « croissance-redistribution » doit être envisagé dans le cadre d’un agenda institutionnel plus large
[1].
La redistribution ne concerne-t-elle que les pays à revenu intermédiaire ?
Selon les données de Bourguignon, croissance et redistribution tendent à avoir davantage d’impact sur la réduction de la pauvreté monétaire dans les pays moins inégalitaires et plus riches. Il est par conséquent difficile de classer tous les pays en fonction des élasticités de la pauvreté par rapport à la croissance et à la redistribution. Ainsi, pour atteindre l’objectif de réduction de la pauvreté, l’effort à consentir en Indonésie à la fois en termes de croissance et de redistribution est moindre qu’en Côte d’Ivoire ou au Sénégal. Si nous supposons que dans tous les pays « l’effort de croissance » est bien mesuré par le taux de croissance et que « l’effort de redistribution » est bien mesuré par la « réduction du coefficient de Gini », alors les élasticités de la pauvreté donnent lieu à un classement des politiques qui n’est que partiel
[2]. Parmi les pays évoqués par Bourguignon, nous pouvons identifier trois groupes permettant de classer et de comparer les politiques. L’Indonésie, un groupe à elle seule, se démarque avec des élasticités à la croissance et au Gini les plus élevées. Le Brésil, la Côte d’Ivoire et l’Inde constituent le deuxième groupe : la rentabilité relative de la redistribution du Brésil est la plus élevée des trois, avant celle de la Côte d’Ivoire puis de l’Inde. Le troisième groupe comprend le Niger, le Sénégal et la Zambie, également classés en termes de rentabilité relative de la redistribution. Dans le deuxième groupe, le Brésil est en fait un exemple caricatural de pays inégalitaire à revenu intermédiaire (
a fortiori lorsqu’on le compare à la Côte d’Ivoire et à l’Inde) alors que, dans le troisième groupe, le Niger est un pays à faible revenu et (selon les données de Bourguignon)
[3] égalitaire. Dans des pays très pauvres, l’élasticité de réduction de la pauvreté à la croissance est si faible que la redistribution apparaît comme une option complémentaire. Ainsi, sur la seule base des élasticités à court terme
[4], il nous semble impossible d’affirmer que la redistribution doit être davantage privilégiée dans les pays inégalitaires à revenu intermédiaire (comme le Brésil) que dans les pays égalitaires à faible revenu (comme le Niger).
Classement partiel des options de politiques sur la base des élasticités
| Élasticité par rapport à la croissance | Croissance pour réduire la pauvreté de moitié (%) | Élasticité par rapport au coefficient de Gini | Variation du coefficient de Gini pour réduire la pauvreté de moitié (%) | La rentabilité liée à la redistribution est supérieure et la rentabilité liée à la croissance est inférieure par rapport à… |
| Indonésie | 5.5 | 9 % | 13 | -4 % | aucun pays |
| Brésil | 2 | 25 % | 10 | -5 % | Inde & Côte d’Ivoire |
| Côte d’Ivoire | 3 | 17 % | 5 | -10 % | Inde |
| Inde | 3.5 | 14 % | 5 | -10 % | aucun pays |
| Niger | 0.7 | 71 % | 2 | -25 % | Sénégal & Zambie |
| Sénégal | 1.5 | 33 % | 2 | -25 % | Zambie |
| Zambie | 1.5 | 33 % | 1.5 | -33 % | aucun pays |
Source : pour les élasticités, calculs de Bourguignon
Il est possible d’envisager au moins trois autres arguments qui rendent l’arbitrage croissance-redistribution encore plus difficile à circonscrire.
Premièrement, l’ampleur de l’effort de redistribution nécessaire pour parvenir au même niveau de réduction de la pauvreté (c’est-à-dire l’inverse du niveau d’élasticité par rapport au coefficient de Gini) est bien plus importante en Côte d’Ivoire ou au Niger qu’au Brésil. Des efforts considérables de redistribution pourront sembler politiquement irréalisables et/ou susceptibles d’entraver la croissance. Pour ce qui est de l’éventuelle entrave à la croissance, soulignons simplement l’absence de consensus concernant le signe et l’importance de l’impact de la redistribution sur la croissance, tant à court terme qu’à long terme. Comme Bourguignon nous le rappelle, les théories modernes impliquent une relation non linéaire, souvent non monotone et même locale entre la croissance et les inégalités. Du point de vue empirique, dix ans de tests économétriques portant sur des données agrégées concluent à une absence de régularité. Ainsi, Banerjee et Duflo (2003) ne trouvent qu’une mince présomption de relation à court terme entre la croissance et l’évolution des inégalités dans un sens ou dans l’autre, et dont l’interprétation est délicate
[5] même en termes de causalité économétrique. Si toutefois on donne un
e interprétation causale à leurs estimations, il apparaît qu’une variation du coefficient de Gini de 3 points se traduit par une perte de croissance de l’ordre de -2 % à -3 % sur cinq ans. Dans les pays caractérisés par de fortes élasticités à la croissance et de faibles élasticités au coefficient de Gini
[6], un tel déclin peut atténuer les bénéfices d’une redistribution directe en termes de réduction de la pauvreté, même s’il ne les annule pas et s’il n’exclut pas une forme de double dividende sur le long terme. En outre, comme Banerjee et Duflo l’affirment, ce résultat négatif à court terme n’empêche pas la redistribution d’exercer un effet positif sur la croissance à long terme (« triple dividende »). Quoi qu’il en soit, cette discussion sur les coûts de redistribution associés à une croissance incertaine ouvre la voie à un autre débat concernant les coûts distributifs potentiels de la croissance, qu’il convient également de prendre en considération. Cela nous rappelle que lorsque nous parlons de la croissance dans le monde réel, nous ne parlons pas d’une croissance homothétique avec des inégalités constantes, mais d’un certain modèle de croissance qui pourrait être ou non favorable aux pauvres (au sens défini par Ravallion et Chen, 2003).
Deuxième argument, le fait que les efforts de croissance et de redistribution ne sont pas nécessairement mesurés sur la même échelle pour chaque pays. Les pays n’ont pas tous les mêmes perspectives de croissance. Devons-nous considérer qu’il est aussi aisé de faire croître le PIB/tête à un taux de 3 % au Brésil qu’au Niger ? Compte tenu de certaines caractéristiques géographiques et historiques à long terme et même, plus prosaïquement, des performances passées, le Niger est davantage « handicapé » en termes de croissance que le Brésil
[7]. Pour utiliser la terminologie de l’économétrie de la croissance, ces pays n’appartiennent pas au même club de convergence. C’est probablement également le cas du Sénégal par rapport au Niger, désertique et enclavé, ou de la Côte d’Ivoire par rapport à l’Inde, de sorte que même nos « clubs de politiques » du tableau 1 pourraient n’avoir aucun sens. Les mêmes arguments s’appliquent aux efforts de redistribution. Il est probablement plus facile de modifier le coefficient de Gini dans certains pays que dans d’autres, en raison des spécificités institutionnelles et des enjeux d’économie politique. Nous reviendrons sur ce point dans la seconde partie de ces commentaires.
Le dernier argument concerne les stratégies de croissance qui ne sont en fait pas plus (et probablement moins) évidentes à définir que les stratégies de redistribution. Si l’on est convaincu que, pour un pays donné, la croissance sera plus rentable (et moins coûteuse) que la redistribution en termes de réduction de la pauvreté, comment définit-on une « stratégie de croissance » ? L’expérience semble nous avoir davantage appris sur les obstacles à la croissance (des « politiques très mauvaises » se traduisant par des déséquilibres macro-économiques et des environnements très distordus) que sur les facteurs propices à son accélération (les « bonnes politiques »). Comme nous l’avons vu, nous connaissons très mal les pré-requis de la croissance en termes de distribution. En revanche, les politiques de redistribution ont des contenus plus clairs, qu’elles passent par les dépenses publiques, le système fiscal, la sécurité sociale, des programmes de transfert conditionnels et ciblés, etc. et même si, là encore, leurs conséquences en termes de croissance sont mal connues.
Le tableau 2 montre que, contrairement à l’hypothèse de Kuznets, les pays les plus pauvres du monde – ceux où l’incidence d’un indice de pauvreté absolue de 1 USD par jour est la plus élevée – sont également des pays extrêmement inégalitaires
[8]. Un effort de redistribution initiale pourrait s’imposer afin d’encourager une croissance plus favorable aux pauvres. Dans tous les cas, les questions liées à la redistribution devraient occuper une place plus importante dans les documents stratégiques de réduction de la pauvreté élaborés par ces pays. Même s’ils manquent probablement de connaissances et de capacités administratives pour gérer les programmes complexes de transferts fiscaux, de nombreuses solutions permettraient néanmoins de prendre des décisions économiques plus favorables aux pauvres – réorientation des dépenses publiques, gestion publique des services (eau, électricité), réforme du système d’imposition directe et indirecte et des transferts sociaux fortement dualistes ou encore réforme des systèmes de santé inefficaces et inégalitaires
[9]. L’aide internationale a indéniablement un grand rôle à jouer et une grande responsabilité à assumer dans ce domaine. De plus, alors que la légitimité démocratique de bon nombre d’États africains est contestée, il ne faut pas oublier que la gestion de la justice sociale est l’un des piliers de cette légitimité. Nous développerons davantage cet argument à la fin de la section suivante.
Les pays africains à faible revenu sont eux aussi inégalitaires
| Taux de pauvreté absolue 1 USD/jour | Coeff. de Gini | Élasticité de la croissance |
| Burkina-Faso 1994 | 61.2 | 48.2 | -0.71 |
| Mali 1994 | 72.8 | 50.5 | -0.47 |
| Niger 1995 | 61.4 | 50.5 | -0.68 |
| Nigeria 1996/97 | 70.2 | 50.6 | -0.51 |
| Madagascar 1997 | 63.4 | 46.0 | -0.68 |
| Sénégal 1994/95 | 26.3 | 41.0 | -1.45 |
Source : Indicateurs du développement dans le monde 2001, Banque Mondiale.
Note : Le coefficient de Gini est calculé à partir des dépenses de consommation par habitant. Pour le Brésil (1997), il atteint 59.0 mais il est calculé à partir de données relatives au revenu. Il est généralement admis que les coefficients de Gini calculés sur la base du revenu sont supérieurs en moyenne de 6 points.
Croissance et redistribution font partie d’un agenda institutionnel plus large
Les économistes décomposent en général le processus de croissance en deux étapes : l’accumulation de ressources productives (capital humain et physique) et l’efficience accrue de l’utilisation de ces ressources. Un nouveau consensus fondamental émerge actuellement, qui voudrait que l’essentiel des différentiels de croissance à long terme dépende du second facteur plutôt que du premier, les taux d’accumulation et la croissance de la productivité factorielle étant largement conditionnés par la stabilité des « institutions » (Hall et Jones, 1999). En outre, des bases de données internationales montrent que les niveaux d’inégalités au sein des pays sont plutôt stables dans le temps, voire même plus stables que les écarts de niveaux du revenu moyen d’un pays à l’autre. Cette stabilité des inégalités peut s’expliquer par la permanence des institutions de sorte qu’un changement institutionnel pourrait souvent permettre une réduction significative des inégalités (au sein d’un pays), à défaut d’une accélération importante de la croissance.
Certains auteurs avancent même que ces institutions contraignent considérablement la faisabilité, la mise en œuvre et la réussite des « politiques de croissanc » ; ainsi, dès lors que l’on neutralise certains contextes institutionnels, les politiques macro-économiques n’ont plus d’influence significative sur la croissance (Acemo€lu et al., 2003). La même chose est sans doute valable pour les politiques de distribution contraintes par les institutions. Le contexte institutionnel de chaque pays étant en grande partie singulier (tant pour des raisons géographiques qu’historiques), l’argument institutionnel s’ajoute à la spécificité nationale, évoquée plus haut, des dosages de redistribution et de croissance dans les politiques économiques, puisque les institutions définissent l’ensemble des politiques de redistribution et de croissance réalisables. De plus, si une réforme institutionnelle est une condition préalable à un changement de politique, le même type de réforme institutionnelle ne convient pas obligatoirement à la redistribution du revenu et à l’accélération de la croissance. Certains institutions inégalitaires peuvent contribuer à la croissance quand d’autres, égalitaires, risquent de l’étouffer. L’inverse peut également être vrai : certains contextes institutionnels – dans la plupart des pays développés et en Asie de l’Est – arrivent à rendre compatibles un faible niveau d’inégalités et un fort niveau de croissance à long terme. La diversité des institutions des pays qui ont réussi à éliminer la pauvreté absolue est un excellent exemple de ce que l’on a appelé les « complémentarités institutionnelles » vertueuses. Les combinaisons institutionnelles ne sont pas toutes adéquates pour réduire la pauvreté absolue mais, là encore, il reste de nombreux degrés de liberté (voir les travaux de Rodrik), comme nous l’avons vu plus haut à propos des politiques.
L’interaction mutuelle entre institutions, croissance et distribution des ressources n’est pas encore bien comprise. Il serait donc prématuré d’affirmer que les institutions sont des facteurs fondamentaux plus profonds à l’origine de la croissance, de la distribution et des politiques ; certains modèles de croissance et de distribution peuvent également être des conditions préalables à des changements institutionnels. Une redistribution « exogène » des ressources, conditionnée par des chocs historiques (guerres, colonisation et mondialisation), des idéologies ou la technologie, peut ainsi modifier l’équilibre politique et conduire à des « (r)évolutions institutionnelles ». La croissance, la distribution et les institutions sont probablement déterminées de façon conjointe. Cependant, la répartition quantitative des terres dans les pays est sans doute un exemple de l’importance des chocs institutionnels. Les régions qui, en 1500, avaient une densité de population supérieure affichent aujourd’hui une distribution plus égale des terres et du revenu. Ce résultat peut s’expliquer par l’interaction entre la répartition pré-coloniale des richesses dans les régions colonisées et les caractéristiques de la colonisation européenne (choc institutionnel). Pour ce qui est de la réduction de la pauvreté, il est intéressant de constater que la distribution des terres exerce l’impact le plus fort sur le revenu du quintile inférieur (Cogneau et Guénard, 2003)
[10]. Les « démocratisations » différentielles des systèmes éducatifs pendant et après la colonisation offrent probablement un autre exemple de détermination institutionnelle de la distribution des ressources (Cogneau, 2003
a). Dans ces deux exemples, il existe certainement une chaîne complexe de causalité qui part des institutions initiales agraires ou éducatives et qui relie la distribution des ressources qu’elles génèrent et la répartition de pouvoir qui en découle, laquelle influence à son tour les caractéristiques institutionnelles des autres domaines (systèmes politiques, système judiciaire, réforme de l’État, secteurs sociaux…) et, à nouveau, la distribution globale des ressources
[11].
En guise de conclusion provisoire, nous affirmons qu’une certaine redistribution des ressources est une composante essentielle de la plupart des améliorations institutionnelles, quel que soit le niveau de revenu. La faiblesse des « États en développement », notamment en Afrique, peut s’expliquer en partie par leur incapacité et leur réticence à redistribuer les ressources, deux facteurs qui entraînent une perte de légitimité néfaste au respect de la loi et à la stabilité politique et, partant, à la croissance.
·
Acemolu, D., S. Johnson, J.-A. Robinson et Y. Tchaicharoen, 2003. “Institutional causes, macroeconomic symptoms: volatility, crises and growth.” Journal of Monetary Economics, 50(1): 49-123.
·
Banerjee, A. et L. Iyer, 2002. History, Institutions and Economic Performance: The Legacy of Colonial Land Tenure Systems in India, MIT Working Paper 02-27.
·
Banerjee, A.-V. et E. Duflo, 2003. Inequality and Growth: What Can the Data Say? Manuscrit non publié, MIT, juin (version révisée).
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Bourguignon, F., 2002. The Growth Elasticity of Poverty Reduction: Explaining Heterogeneity across Countries and Time Periods, DELTA Working Paper 2002/03.
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Bourguignon, F., 2003. From Income to Endowments: The Difficult Task of Expanding the Income Poverty Paradigm, DELTA Working Paper N° 2003-03.
·
Cling, J.-P., P. de Vreyer, M. Razafindrakoto et F. Roubaud, 2003. La croissance ne suffit pas pour réduire la pauvreté : le rôle des inégalités, DT DIAL 2003/04, à paraître dans Revue française d’économie.
·
Cogneau, D. et C. Guénard, 2003. Colonisation, Institutions and Inequality, A Note on some Suggestive Evidence, DI DIAL 2003/05.
·
Cogneau, D., 2003a. Colonisation, School and Development in Africa - An Empirical Analysis, DIAL Working Paper 03/01.
·
Cogneau, D., 2003b. “Poverty, Inequality of Conditions and Inequality of Opportunities – Chances and Risks of New Poverty Reduction Strategies.” Dans Cling, J.-P., M. Razafindrakoto et F. Roubaud (dir. pub.), New International Poverty Reduction Strategies, Routledge.
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Hall, R.-E. et C.-I. Jones, 1999. “Why do some Countries Produce so much more Output per Worker than Others.” Quarterly Journal of Economics, 114(1): 83-116.
·
Iyer, L., 2002. The Long-term Impact of Colonial Rule: Evidence from India, Department of Economics, MIT, document non publié.
·
Ravallion, M. et D. van de Walle, 2003. Land Allocation in Vietnam’s Agrarian Transition. Part I: “Breaking the Collective Farms”, ronéo, Banque mondiale, Washington, D.C.
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Ravallion, M. et S. Chen, 2003. “Measuring Pro-Poor Growth”, Economic Letters, 78: 93-99.
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Sokoloff, K.-L. et S.-L. Engerman, 2000. “Institutions, Factor Endowments, and Paths of Development in the New World.” Journal of Economic Perspectives, 14(3).
[*]
Institut de recherche pour le développement (IRD) et Développement, Institutions et Analyses de Long terme (DIAL).
[1]
J’aurais pu consacrer une autre section à l’objectif de réduction de la pauvreté absolue du point de vue de l’égalisation des chances. De fait, je doute que l’élimination de la pauvreté absolue puisse et doive constituer l’alpha et l’oméga des stratégies de développement. Aussi important soit-il, cet objectif ne peut être qu’une partie d’un contrat social. J’estime que la réduction de la pauvreté absolue doit être envisagée dans le cadre d’un programme d’égalisation des chances, dans un contexte pluridimensionnel et plus dynamique… qui appelle encore plus d’efforts de redistribution. La plupart des documents stratégiques de réduction de la pauvreté pêchent par leur aspect statique et passent à côté des questions dynamiques (démographiques, intergénérationnelles), pourtant essentielles. Ces points sont largement commentés dans Cogneau (2003
b). Voir également Bourguignon (2003) à propos de l’extension du paradigme pauvreté-revenu.
[2]
Étant donné que l’on ne peut pas comparer directement un taux de croissance et une variation du coefficient de Gini (ou même un schéma de transfert fiscal).
[3]
Dans les cas du Niger et du Sénégal, les données de Bourguignon sont contradictoires avec les
World Development Indicators 2001 de la Banque Mondiale (tableau 2).
[4]
Ces comparaisons ne prennent pas en compte l’impact de la redistribution sur les élasticités (effet de double dividende). Voir Bourguignon (2002) et Cling
et al. (2003).
[5]
Même si cela pourrait être cohérent avec les coûts de redistribution induits par les perspectives de croissance qui, dans le modèle simple de hold-up qu’ils proposent, nécessitent pour être saisies un certain degré de redistribution.
[6]
Soit une variation de 5 % pour un pays avec un coefficient de Gini de 0,6.
[7]
Cling
et al. (2003) montrent que pour la plupart des pays africains, même parmi les plus riches, les taux de croissance requis pour atteindre le premier objectif du millénaire pour le développement, qui impose de réduire de moitié l’indice numérique de pauvreté de 1 USD par jour entre 1990 et 2015, sont bien supérieurs à leurs performances historiques.
[8]
Il y a également de bonnes raisons de penser que les inégalités sont sous-estimées par les études réalisées dans ces pays, en raison du mode d’élaboration des échantillons et de sous-déclarations concernant les revenus ou les dépenses les plus élevés, aspects que nous n’approfondirons pas ici.
[9]
Notamment dans les pays ravagés par l’épidémie de SIDA.
[10]
Dans le cas du Vietnam, Ravallion et van de Walle (2003) montrent qu’une distribution égalitaire des actifs fonciers se rapproche de celle qui optimisera la consommation globale : la répartition concrète qui intervient après la réforme se situe entre les deux.
[11]
Même dans un pays à forte densité de population comme l’Inde, Banerjee et Iyer (2002) indiquent que des circonscriptions indiennes placées sous le contrôle indirect d’un propriétaire terrien et non sous l’administration britannique directe présentaient (i) une distribution plus inégalitaire des terres pendant la période coloniale et (ii) se caractérisent aujourd’hui par des inégalités supérieures, une productivité agricole moindre et une moindre fourniture de biens publics. En outre, Iyer (2002) note que les circonscriptions indiennes qui étaient régies par les Britanniques ont aujourd’hui un niveau de fourniture de biens publics inférieur à celui des circonscriptions qui n’ont jamais été annexées à l’Empire britannique, même après neutralisation de la politique coloniale d’annexion extrêmement sélective. Sur la détermination institutionnelle des forts niveaux d’inégalités en Amérique latine, voir aussi Sokoloff et Engerman (2000).