Afrique contemporaine
De Boeck Université

I.S.B.N.sans
180 pages

p. 113 à 129
doi: en cours

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Dossier Japon/Afrique

no212 2004/4

2004 Afrique contemporaine Dossier Japon/Afrique

Japon et Afrique : la genèse de relations économiques

Anne Androuais  [*]
Cet article examine l’évolution récente des relations économiques du Japon avec le continent africain dans son ensemble. Le système de coopération économique japonais assure, par l’octroi de ses prêts, la coordination entre les secteurs public et privé et agit comme soutien financier au commerce et aux investissements directs extérieurs. En Afrique, le gouvernement japonais considère que le moment d'aborder une nouvelle stratégie active de commerce et des investissements à l’égard d’économies africaines prometteuses, plus particulièrement pour l’Egypte et l’Afrique du Sud, est arrivé, même si subsistent sur ce continent des risques politiques et économiques importants. This article focuses on the present trend for economic relations between Japan and the African continent as a whole. Through loans policy, the Japanese economic co-operation system co-ordinates private and public action and supports external trade and direct investment abroad. According to the views of Japanese government, and notwithstanding the amount of economic and political risk remaining in Africa, time has now come for a renewal of an active trade and investment strategy towards the more dynamic African economies, Egypt and South Africa mostly.
Le Japon entreprend depuis le début des années 90 une réforme de son système d’aide publique au développement (APD). Les rênes du nouveau dispositif se trouvent ancrées au ministère des Affaires étrangères, au ministère des Finances et à celui du Commerce international et de l’Industrie. Bien que l’opinion publique japonaise joue un rôle important pour le montant et l’attribution de l’APD, plus particulièrement en ce qui concerne les politiques de réduction de la pauvreté depuis la loi de 1997 sur les réformes fiscales structurelles, cette aide devait passer de 14,5 milliards de dollars en 1995 à 10,7 milliards de dollars en 1998 et le calcul du ratio APD/PNB (produit national brut) de la période 1995-1998 ne dépassait pas 0,20 %, mais remontait à 0,22 % en 2001.
Les pouvoirs publics japonais, promoteur de fonds, déterminent les choix économiques de l’APD en fonction des priorités des secteurs économiques nationaux. La coopération économique assure, par les octrois de prêts, la coordination entre les secteurs publics et privés et agit comme soutien financier au commerce et aux investissements directs à l’étranger (Investissement direct extérieur) du Japon.
Depuis le lancement de la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (Tokyo International Conference on African Development, TICAD), en octobre 1993, les entreprises japonaises sont encouragées par les ministères japonais des Affaires étrangères (Ministry of Foreign Affairs, MOFA) et du Commerce international et de l’Industrie (Ministry of International Trade and Industry, MITI) à s’implanter en Afrique. La TICAD a pour objectif de donner un nouvel élan au système de coopération japonais. Puis, avec le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (New Partnership for Africa’s Development, NEPAD) créé en 2001, le gouvernement japonais – et plus particulièrement le MOFA et le MITI – inscrit les pays africains dans « des effets de synergie entre l’appropriation et le partenariat », ce qui signifie promouvoir la coopération économique entre l’Asie et l’Afrique et faire émerger un sens d’appropriation économique par les pays africains eux-mêmes, afin de « faire ressortir un esprit de partenariat de la part de la communauté internationale » (Adem 2001).
La tenue de forums Afrique-Asie ne cesse de s’accroître ; ces Forums d’affaires Afrique-Asie (Africa Asia Business Forum, AABF) contribuent à la promotion du commerce et des investissements entre les entreprises. Enfin, le gouvernement japonais, avec l’Association pour le développement de la riziculture en Afrique de l’Ouest (ADRAO) regroupant plus 110 sociétés africaines et 120 sociétés asiatiques, et accompagnée par le soutien du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) depuis 1999, assure le développement de la riziculture en Afrique. Puis, en 2002, le gouvernement japonais lance sa politique globale de soutien aux pays africains, avec une contribution de 90 milliards de yens sur cinq ans, dans les domaines de l’éducation, de la santé et de l’approvisionnement en eau potable ; et avec l’établissement en Malaisie d’un Centre Asie-Afrique de promotion de l’investissement et des technologies (Asia Africa Investment and Technology Promotion Center, AAITPC), il organise la liaison économique entre les continents asiatique et africain, le premier qui, par le passé, a grandement bénéficié de l’aide japonaise au commerce et aux investissements et le second qui pourrait suivre le même chemin.
Après la crise asiatique de 1997, le Japon, ayant subi de plein fouet une diminution de son commerce avec les pays de l’Association des nations du Sud-Est asiatique (Association of South East Asian Nations, ASEAN), souhaitait accélérer ses interventions en direction de l’Afrique. Le tableau 1 explicite clairement la faible part des investissements japonais en Afrique, mais il faut souligner que l’attrait en est encore récent. L’intégration régionale opérationnelle en Afrique australe attire de plus en plus les entreprises japonaises qui effectuent des investissements directs à l’étranger, grâce au soutien des organismes de coopération économique japonais. Ces entreprises sont inscrites dans la logique d’une trajectoire de développement passant de l’océan Indien en Afrique visant à développer des marchés et participer aux projets ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique).

Tableau 1
Répartition par grandes régions des Investissements Directs Extérieurs japonais
(calculés sur la base d’investissements réellement effectués)
IMGIMGRégions	1997	1999	2001 	Nombre de ca...IMGIMF
Régions 1997 1999 2001 Nombre de cas Valeur* % Nombre de cas Valeur* % Nombre de cas Valeur* % Amérique du Nord 611 26 247 39,6 355 27 629 37,1 207 8 081 20,4 Amérique latine 303 7 775 11,7 240 8 295 11,2 152 9 583 24,2 Asie 1 151 14 948 22,6 528 7 988 10,7 495 7 730 19,5 Moyen-Orient 6 578 0,9 1 126 0,2 3 25 0,1 Europe 250 13 749 20,8 509 28 782 38,7 858 13 228 33,4 Afrique 26 407 0,6 24 574 0,8 13 241 0,6 Océanie 142 2 525 3,8 56 997 1,3 25 660 1,7 Total 2 489 66 229 100,0 1 713 74 390 100,0 1 753 39 548 100,0 * En centaines de millions de yens. Source : Ministère japonais des Finances, Statistics Monthly, Tokyo, 2000, 2002.

 
Le processus d’intégration régionale en Afrique : préalable à l’activité économique japonaise
 
 
La libéralisation économique et l’impact du financement japonais
La Communauté de développement de l'Afrique australe (Southern African Development Community, SADC), créée en 1980, était principalement destinée à développer un commerce intra-régional (BAD 1999). Dès 1997, une politique commune de commerce vis-à-vis des pays ACP (Shacinda 2000) a été adoptée par les Etats membres de la SADC, afin de mettre en œuvre les mesures de libéralisation des échanges recommandées par l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et l’Organisation internationale du travail (OIT) et, selon les termes de l’accord, « avec des délais d’adaptation aux lois du marché et afin de consolider le tissu économique intra-régional » (Bach 1998). En 20 ans, de nombreux protocoles ont été signés en matière de commerce, d’énergie, de transport et de communication (BAD 2000). La libéralisation du commerce interrégional, ajoutée à la puissance industrielle de l’Afrique du Sud, a développé une synergie commerciale dans l’océan Indien avec la création de la Commission de l’Océan Indien [1] (COI, 1982) et de l’Initiative du pourtour de l’océan Indien (Indian Ocean Rim Initiative, IORI, 1995) ; avec ce second projet, le gouvernement mauricien souhaitait identifier des aires de coopération, bâtir un consensus commercial et entreprendre l’organisation de groupes de travail académique et sur la formation aux affaires (Panshamukhi 1996, CERED/Groupe Prospective 2000).
Ainsi, pour bon nombre de sociétés japonaises, l’intégration régionale signifie la constitution d’un marché intérieur. Celui-ci permet l’accès à un marché régional avec ses extensions, en fixant des niveaux de prix satisfaisants pour les matières premières, les produits manufacturés et le développement d’infrastructures importantes (Hugon et al. 1998). Un des exemples en est l’organisation du transport et de la distribution d’électricité dans le corridor de développement autour de Maputo en Afrique australe. La République d’Afrique du Sud, le Royaume du Swaziland et la République du Mozambique ont formé une société tripartite nommée MOTRACO afin d’effectuer l’électrification d’une partie de l’Afrique australe. La Japan Bank for International Cooperation (JBIC) a financé ce projet à hauteur de 4,994 milliards de yens sous forme de prêts non liés, en l’an 2000 : l’objectif est d’opérer des effets multiplicateurs sur d’autres secteurs de l’économie et sur le climat d’investissements de la région (JBIC 2001).
Articulation du financement public/privé dans l’approche japonaise en Afrique
L’analyse de l’articulation du financement public et privé du Japon prouve qu’elle est non seulement influencée par le milieu des affaires mais qu’elle tendrait à glisser vers la privatisation notamment de certains projets importants. Les organismes publics coordonnent leur action avec les secteurs privés pour canaliser les financements de la coopération économique et technique japonaise vers des sociétés publiques et des organismes privés. D’une part, la coopération à l’échelon gouvernemental concerne la coopération économique proprement dite pour l’aide multilatérale aux organismes internationaux et les prêts aux gouvernements des pays africains. D’autre part, le gouvernement apporte son soutien financier et technique aux secteurs privés, plus spécialement en ce qui concerne les investissements directs dans le domaine des ressources minières et des projets de grandes dimensions (Blomstom et Koko 1997). Cette procédure, mise en place avec l’accroissement des investissements directs japonais dans les pays de l’ASEAN dès les années 1970, avait pour but d’évaluer l’aide publique au développement et les investissements directs à l’étranger puis d’en mesurer les conséquences économiques : le taux de croissance économique du Japon et des pays récepteurs de l’aide japonaise, l’importation de produits finis au Japon, les investissements directs pour les produits à plus grande intensité de travail ou de capital, selon le degré du développement du pays, l’infrastructure économique et sociale des pays africains (Krugman 1994).
Les sociétés privées agissent avec des sociétés de consultants d’ingénierie pour les ministères organisant la coopération économique. Elles coordonnent les projets d’investissement du milieu industriel japonais et les présentent à la fois aux instances gouvernementales nippones et aux gouvernements des pays africains concernés.
Les investissements en participation et l’implantation des sociétés japonaises en Afrique
L’Organisation du développement international du Japon (Japan International Development Organization, JAIDO) fut établie par la Fédération japonaise des organisations économiques (Keidanren) afin de promouvoir la coopération économique dans les pays en développement pour des projets de taille moyenne (entre 1 et 10 millions de yens). Pour le financement de la JAIDO, un grand nombre d’entreprises privées appartiennent au Keidanren : ainsi en est-il des sociétés manufacturières, de commerce et de consultants. Le Fonds d'outre-mer pour la coopération économique (Overseas Economic Cooperation Fund, OECF) – depuis 1999, la JBIC– participe au capital de ces sociétés afin de faciliter l’obtention des permissions d’investissements via la JAIDO. Les projets de cette dernière, à la différence de ceux de l’aide publique au développement, sont effectués avec un objectif de profit à moyen ou long terme.
Bien souvent, les firmes signent des accord techniques ; la société Toshiba, établie au Caire, avec un accord technique de licence et de marketing, a créé pour le marché africain, à la fin de 2002, une joint-venture nommée El Araby Group avec un capital de 600 millions de dollars ; de plus, les firmes Sharp et Nissho-Iwai ont signé un accord technique avec cette même nouvelle joint-venture pour la construction de climatiseurs.
 
Le commerce et les IDE japonais en Afrique dans deux régions privilégiées formant des axes prioritaires
 
 
La répartition sectorielle du commerce et des investissements directs extérieurs japonais en Afrique
La coopération économique japonaise agit comme un support pour les flux financiers. Dans les pays africains, les investissements directs étrangers ont commencé à croître au fur et à mesure que les prêts en yens augmentaient. Cependant, le volume de cette aide et ses caractéristiques étant bien différentes de ce que les pays asiatiques en développement perçoivent, la comparaison reste à un faible niveau. Néanmoins, le processus va de l’avant. La volonté politique de la nouvelle répartition géographique de l’aide au développement et de la distribution d’Investissement direct extérieur est bien en marche, même si les flux des investissements en Afrique apparaissent encore d’un montant peu élevé en comparaison de ceux de l’Asie (UNCTAD 1999, 2000).
Avec la crise asiatique, l’Afrique s’est montrée plus vulnérable car les Investissements directs extérieurs qu’elle accueille sont répartis sur des secteurs de base, influencés par les fluctuations à la baisse des prix mondiaux, et affectant à leur tour la rentabilité des investissements. Bien que ce continent ne soit pas exactement intégré au système financier mondial, plusieurs pays ont été contraints de relever leurs taux d’intérêts pour endiguer la fuite des capitaux, comme l’Egypte et l’Afrique du Sud où les Investissements directs extérieurs japonais se sont concentrés. De plus, c’est au moment où la crise asiatique a éclaté que les Investissements directs extérieurs asiatiques ont commencé leur avancée, comme ceux de Malaisie ou de Corée du Sud plus particulièrement dirigés vers l’Afrique du Sud (BAD 1999).
Quelles leçons peuvent-elles être tirées de l’avancée africaine des investisseurs japonais ? (Cashin et Pattillo 2000) En premier lieu, la diversification des flux financiers répond au schéma de globalisation de l’économie japonaise dans son ensemble ; en deuxième lieu, la récente crise financière asiatique a démontré que les performances du secteur réel doivent être assises sur un solide système financier, qui actuellement est en train de se construire, avec une gestion plus saine et de plus solides institutions financières locales ; ce schéma d’assainissement pourrait s’appliquer à d’autres structures et formes de développement (Harris 1999).
En effet, il semble intéressant de voir l’impact des programmes d’ajustement structurel (PAS). En 1987, les PAS furent lancés plus particulièrement pour l’Afrique dans des pays à faible revenu et souffrant d’accumulation de la dette (Berthélemy et Varoudakis 1996). Le Japon, comme pays donateur, a également participé aux ajustements structurels avec une coopération économique plus soutenue.
Ainsi, le financement nippon s’efforce de participer à la stabilisation de l’appareil macroéconomique des pays africains et de fixer un objectif de croissance durable, particulièrement dans les secteurs investis par les sociétés japonaises. Le secteur des transports et des infrastructures de transport (routes, ponts, ports et transports maritimes) est le plus investi avec 745 projets de 1951 à 2001, soit près d’un tiers de l’ensemble des projets avec un montant de 903 milliards de yens (Ministère japonais des Finances 1998-2001). Le deuxième secteur par ordre d’importance dans les montants investis reste celui des mines avec 172 milliards de yens et 135 projets. Il est financé par les sociétés de commerce japonaises et continue à être un secteur stratégique important pour le Japon. Le troisième secteur concerne les services sociaux avec 119 projets pour 163 milliards de yens et comprend : les systèmes d’adduction d’eau, la prévention des inondations, la protection de l’environnement et les infrastructures dans les communautés urbaines et rurales. Les motivations d’Investissement direct extérieur japonais portent en premier lieu sur la future potentialité du marché, ensuite sur l’abondance des ressources naturelles et enfin sur le faible coût de l’énergie électrique.
Selon la Direction des statistiques du commerce du Fonds monétaire international (FMI) en 2003, sur une période de dix ans, entre 1992 et 2002, les exportations en provenance des pays africains vers les pays asiatiques ont doublé, passant de 10 à 20 milliards de dollars.
En ce qui concerne le Japon, pour l’année 2001 d’après les statistiques du ministère japonais des Affaires étrangères, les importations totales en provenance des pays africains, avoisinaient 4,5 milliards de dollars ; elles portaient, pour les postes les plus importants, sur les minerais (34 %) et les produits industriels (26 %), notamment l’automobile. Les exportations restent encore à un niveau véritablement faible. Les investissements directs extérieurs japonais dans les pays africains, pour l’année fiscale 2001, se montaient à 5 milliards de dollars, avec cependant un certain repli en 2002 où ils cumulaient à 1,23 milliard de dollars

Tableau 2
Répartition sectorielle des IDE japonais en Afrique
IMGIMGSecteur d'activité	1993	1995	1997	20...IMGIMF
Secteur d'activité 1993 1995 1997 2001 1951-2001 Nombre de cas Valeur1 Nombre de cas Valeur1 Nombre de cas Valeur1 Nombre de cas Valeur1 Nombre de cas Valeur1 Secteur manufacturier Agroalimentaire 30 16 411 Textile 212 1 34 52 12 865 Produits dérivés du bois 3 141 Chimie 2 744 2 700 1 124 23 8 178 Fer et métaux non ferreux 1 2 083 2 327 34 40 187 Machines Générales 3 715 Matériel électrique 1 283 10 2 596 Matériel de transport 2 3 247 10 227 1 8 005 10 52 049 Autres 1 52 4 252 1 416 13 18 335 Sous-total 4 2 879 4 4 160 2 17 124 3 8 547 178 151 482 Secteur non-manufacturier Agriculture et Forêt 1 140 2 65 3 728 17 13 411 Pêche 2 401 2 2 034 108 30 002 Mines 2 944 7 1 499 135 175 665 Construction 1 255 28 6 011 Commerce 7 6 643 6 8 124 1 193 1 524 50 9 067 Finances et Assurances 3 2 570 12 20 947 48 29 193 Services 36 52 040 20 19 720 119 163 073 Transport 747 903 970 Immobilier 24 23 624 8 11 538 6 9 020 Autres 48 60 170 33 32 516 1 3 299 354 212 115 Sous-total 10 15 363 1 612 1 551 533 Succursales 213 12 658 Immeubles 21 613 TOTAL GENERAL 52 63 049 37 36 676 26 40 748 13 24 123 1 823 1 704 287 1) En millions de yens. Source : Ministère japonais des finances, Statistics Monthly, Tokyo, 1998

Soit pour le commerce, soit pour les investissements, les sociétés japonaises sont assistées de leurs sociétés de commerce, les sogos shoshas, et forment un consortium en vue d’effectuer l’opération.
Deux pays africains bénéficient plus particulièrement du commerce et des investissements japonais : l’Egypte, au nord, avec une certaine stabilité régionale et une politique de bons office, puis l’Afrique du Sud, pays le plus méridional de l’Afrique, pour des raisons de stratégie industrielle en direction de l’océan Indien.
La participation japonaise aux politiques de développement industriel : l’Egypte
L’Egypte était en attente d’une reprise des échanges économiques avec le Japon ainsi que de ses prêts en yens, après la stagnation qu’ont connues ces deux économies (JETRO 2003). La position politique de l’Egypte vis-à-vis des autres pays arabes lui donne, aux yeux du gouvernement japonais, une place privilégiée dans le processus de revitalisation de la coopération économique nippone dans la région. Même si les exportations japonaises en direction de l’Egypte sont en baisse en 2002, elles atteignaient 570 millions de dollars ; les secteurs ayant subi une diminution par rapport à 2001 sont plus particulièrement ceux concernant le matériel général (cf. tableau ci-dessous), et les machines électriques ; ce sont les turbines à vapeur pour les centrales électriques (JETRO 2003). Cependant, les sociétés comme Mitsubishi Heavy Industry et Tomen, formant un consortium, ont honoré des commandes d’un montant de 100 millions de yens pour des générateurs de centrales électriques au nord du Caire. De même, la société Hitachi Ltd et Sumitomo Corporation, fabriquant et société de commerce, ont obtenu les commandes de turbines à vapeur pour les centrales électriques pour une valeur de 30 millions de dollars. Mais ces exportations sont arrivées à saturation et la demande fléchit actuellement. En ce qui concerne le matériel de transport, les exportations de voitures japonaises ont connu pour la même période un accroissement de 60 %.

Tableau 3
Commerce du Japon avec l’Egypte (par secteurs en 2002)
IMGIMGExportations	Importations 	Montant	%...IMGIMF
Exportations Importations Montant % Augmentation en glissement annuel Montant % Augmentation en glissement annuel Matériel général 111,7 22,0 -12,1 Produits alimentaires 5,6 8,1 -4,6 Machines électroniques 63,4 12,5 -36,7 Matières premières 16,0 23,2 -7,4 Matériel de transport 203,6 40,2 4,8 Coton brut 9,5 13,8 5,0 Machines de précision 20,7 4,1 -8,2 Combustibles minéraux 33,4 48,6 -9,0 Total produits industriels 491,9 97,1 -9,7 Produits textiles 5,9 8,6 -10,6 Total (autres produits inclus) 506,8 100,0 -12,3 Total (autres produits inclus) 68,8 100,0 -9,5 Unité : millions de dollars

Le montant des importations de produits égyptiens en direction du Japon, en 2002, était de l’ordre de 69 millions de dollars, subissant une baisse par rapport à 2001. La principale raison réside dans la diminution des importations de pétrole (tableau 3). Cependant l’importation de coton brut continue à s’accroître. Notons que le poste du secteur du textile est en baisse de 10 % par rapport à 2001, en conséquence du rapport prix/qualité des productions chinoises et vietnamiennes.
En ce qui concerne les Investissement direct extérieur japonais en Egypte, le montant cumulé avoisinait 220 millions de livres égyptiennes [2] à la fin de 2002, relevant de 14 opérations et plaçant seulement le Japon au 24e rang parmi les pays investisseurs.
Le nouvel axe stratégique japonais de l’océan Indien : l’Afrique du Sud, Maurice
Les relations économiques entre le Japon et l’Afrique du Sud ont pris un nouveau tournant avec la croissance de l’implantation de l’industrie automobile (JETRO 2003).
Les exportations japonaises en direction de ce pays se sont accrues de 3,4 % en 2002 par rapport à l’année précédente avec un montant de 1,6 milliard de dollars ; de même, les importations ont augmenté de 3,2 % pendant la même période avec un montant de 2,9 milliards de dollars. Pour la première fois, le Japon accuse un déficit commercial avec un pays africain.
Jusqu’ici, ses relations commerciales avec l’Afrique du Sud étaient complémentaires : le Japon importait des matières premières et exportait des produits industriels. Mais, récemment, un mouvement important s’est dessiné avec l’importation de voitures dans l’archipel en provenance des usines automobiles sud-africaines de BMW, DaimlerChrysler et Mercedes-Benz (automobiles classe C) ; ces voitures de 1 500 à 3 000 centimètres cubes sont fabriquées avec le volant à droite. Cette gamme de véhicules pour l’exportation au Japon s’accroît rapidement, passant de 5 700 unités en 2000 à 18 100 en 2002. L’Afrique du Sud est maintenant classée au deuxième rang des pays exportateurs d’automobiles au Japon, après l’Allemagne.
De plus, pour les pièces détachées, les entreprises japonaises investissent en Afrique du Sud dans le domaine des catalyseurs pour automobiles et les plus importantes sociétés sont NGK Ceramic et Katalar ; leurs productions sont soient achetées sur place, soient exportées au Japon.
Les autres importations sud-africaines en direction du Japon portent sur les produits métalliques (le platine), l’or, les minéraux (le manganèse, le chrome, le ferrochrome et le zirconium, les produits agroalimentaires (le manioc, les pêches, les pamplemousses, les noisettes, la saccharose, le sweet-corn ou maïs doux), puis le mohair.
Entre 1995 et 2002, 31 opérations d’investissements ont été comptabilisées, pour un montant de 80,4 milliards de yens, avec 59,1 % pour le secteur du matériel de transport. Les investissements dans les mines et les métaux ferreux et non ferreux ne se montent respectivement qu’à 7 et 5,4 %. Le poids des Investissements directs extérieurs japonais en Afrique du Sud reste très modeste : 0,2 % du total des investissements japonais dans le monde ; cependant, les Investissements directs extérieurs dans le secteur automobile ne cessent de s’accroître et sont inscrits dans le Motor Industrial Development Program (MIDP) du gouvernement sud-africain. Par ce schéma de développement, ce gouvernement cherche à attirer les investissements étrangers dans le secteur de l’automobile. En 2002, la firme Toyota a effectué un investissement additionnel de 995 millions de rands, passant de 36 à 75 % du capital de South Africa Toyota. De plus, cette dernière société a commencé non seulement l’exportation du modèle Corolla en direction de l’Australie, mais également l’exportation d’autres modèles vers l’Europe, à partir de son usine de Durban qui prévoit doubler sa capacité d’ici 2006 et d’exporter jusqu’à 70 000 véhicules.
L’Afrique du Sud, depuis la mise en place du gouvernement Mandela, a connu un accroissement du montant de ses Investissements directs extérieurs (Cessou 2001). En 1994, ils s’élevaient à 4,92 milliards de rands et, en 1997, 9,92 milliards de rands, soit une augmentation en glissement annuel de 26,6 %. L’Afrique du Sud est maintenant considérée comme une tête de pont pour le marché d’Afrique australe. En 1996, le classement des Investissements directs extérieurs y était le suivant : le Royaume-Uni avec 14,03 milliards de rands et 60 sociétés ; les Etats-Unis avec 10,57 milliards et 50 sociétés ; l’Australie avec 5,76 milliards et le Japon avec 208 milliards (tableaux 4 et 5). L’investissement s’est porté plus particulièrement vers les télécommunications.

Tableau 4
Les Investissements Directs Extérieurs en Afrique du Sud (en 2001 et en 2002, par pays)
IMGIMGPays	2001	2002	Royaume-Uni	1 410	14 ...IMGIMF
Pays 2001 2002 Royaume-Uni 1 410 14 027 Etats Unis 2 258 10 565 Australie n.d. 5 765 Japon n.d. 2 764 Portugal n.d. 1 202 Canada n.d. 958 Allemagne 2 900 612 Inde n.d. 496 Total (autres pays inclus) 17 856 44 606 Unité : millions de rands. Source : JETRO (2003), boeki toshi hakucho (livre blanc sur le commerce et les investissements) p. 387 et Business Map Co, (2003),Tokyo.

Néanmoins, de nombreux problèmes se greffent sur ces Investissements directs extérieurs prometteurs. En effet, le rand est entaché d’une trop grande fluctuation à la hausse ou à la baisse. L’autre difficulté touche à la sécurité des personnels japonais et freine la motivation des expatriés (Goldstein 2004).

Tableau 5
Les Investissements Directs Extérieurs en Afrique du Sud (par secteurs, en 2002)
IMGIMGSecteurs	Montant des IDE	Produits mé...IMGIMF
Secteurs Montant des IDE Produits métalliques, industrie minières 10 966 Mines 10 964 Hôtels, tourisme 10 000 Matériel de transport 7 000 Industries manufacturières 2 377 Pièces détachées automobiles 1 513 Construction 694 Immobilier 577 Total (autres secteurs inclus) 44 606 Unité : millions de rands. Source : JETRO (2003), Tokyo.

Mais l’activité économique de l’Afrique en général et de l’Afrique du Sud en particulier pourra continuer à augmenter, grâce à l’ouverture du marché, à l’investissement intra-régional de plus en plus substantiel en provenance de l’île Maurice et à la démocratisation ambiante.
De plus, l’Afrique du Sud bénéficie d’une main-d’œuvre hautement qualifiée. Il faut également mentionner que le kilowatt/heure électrique est l’un des plus bas du monde et a pour effet d’attirer de nombreuses sociétés. Par ailleurs, le climat d’investissement s’est amélioré et la libéralisation des échanges a progressé : l’accès à ce pays s’en est trouvé facilité (Vadcar 1997). Le secteur du matériel de transport se trouve classé en première position des Investissements directs extérieurs japonais. Dans ce contexte, et depuis 1997, des investissements importants ont été effectués dans le secteur de l’automobile en plusieurs étapes. En 2000, la société Nissan Motors a augmenté son capital dans sa filiale AML Automakers de 50 à 87 % dans le but d’améliorer sa situation financière et de rénover ses usines de production afin de s’associer à Renault. Le constructeur Toyota a établi une société de crédit automobile avant d’implanter son usine de production de catalyseurs en octobre 2000. Honda a implanté une filiale à 100 % commerciale de vente de moteurs, de motos et de voitures.
Pour Maurice, les facteurs qui ont rendu possible l’investissement direct extérieur sont les suivants : la zone économique spéciale (parc industriel) ; l’abaissement des droits de douane dans la zone d’exportation ; l’excellente formation des ressources humaines ; l’accroissement et la qualité de l’infrastructure (routes, ports, aéroports, télécommunications). Ces conditions favorables ont encouragé les capitaux étrangers à s’implanter sur l’île. Par ordre d’importance, les Investissements directs extérieurs sont ainsi classés : Taiwan, Royaume-Uni, Hong-Kong, France, Chine, Allemagne. De plus, les capitaux chinois et indiens d’outre-mer jouent un rôle important dans les pays du pourtour de l’océan Indien (Indian Ocean Rim, IOR) et se comportent souvent en investissements conjoints. Grâce à la vague d’investissements directs étrangers en provenance de l’Asie de l’Est et du Sud, l’île Maurice est souvent appelée le « cinquième dragon », car elle joue un rôle important dans la croissance économique de la zone (Bergsten 1997). Le pays est considéré comme un modèle de développement par les autres membres de l’IOR et participe activement aux projets communs des 14 pays formant l’Association du pourtour de l’océan Indien (Indian Ocean Rim Association, IORA) (Hugon, 1999).
Grâce à sa croissance économique rapide, Maurice est en train de rénover son industrie vers une plus haute technologie et ainsi de faire participer les entreprises mauriciennes au réseau d’investissements étrangers. L’attrait récent de l’île pour le Japon réside dans sa forte et rapide industrialisation et la qualité de ses infrastructures, ses parcs industriels et la présence de capitaux chinois d’outre-mer. L’APD nippone a participé aux projets d’aménagement du réseau d’assainissement et de pompage des eaux. Les sociétés japonaises commencent à investir avec l’objectif de participer à l’axe stratégique et commercial que le gouvernement de l’archipel s’est fixé dans les pays de l’océan Indien (Panshamukhi 1996).
 
Conclusion
 
 
Dans de nombreux pays ACP, le Japon demeure le premier donateur en pourcentage du produit intérieur brut (PIB). La nouvelle convention de Cotonou signée en juin 2000 (Lavigne 2000) a pour vocation d’intégrer progressivement ces pays dans l’économie mondialisée (Shacinda 2000). Ainsi un renouvellement du dialogue politique s’est mis en place. Une participation plus active de la société civile est observée. Les gouvernements ne sont pas les seuls impliqués et les organisations non gouvernementales (ONG) participent également au schéma de réflexion de la politique locale. Les objectifs de coopération entre l’Union européenne et les pays ACP pour la lutte contre la pauvreté sont devenus prioritaires et le gouvernement japonais y participe activement. La coopération commerciale se voit accorder une place plus importante que dans les autres accords car la libéralisation des échanges est rendue nécessaire à terme afin de se trouver en conformité avec les exigences de l’OMC dans la première décennie 2000, vers 2010. Seuls les pays les moins avancés (PMA) conserveront un statut particulier et le ministère japonais des Affaires étrangères pourrait suivre les décisions du nouvel accord (Hyvarinen 2000).
De plus, un nouveau schéma de commerce international est en train de se mettre en place en Asie avec la montée en puissance de la Chine, elle seule organisant son développement économique par les Investissements directs extérieurs qu’elle accueille, d’ailleurs de plus en plus nombreux en provenance des pays européens, et les exportations qu’elle effectue dans les pays de l’ASEAN (Collins et Bosworth 1996). Ainsi le schéma de développement à étapes successives, qualifié de façon imagée de « vol d’oies sauvages » par l’économiste japonais Kaname Akamatsu, paraît être enterré au profit d’un nouveau mode de développement dans lequel le moteur des Investissements directs extérieurs facilite l’accès rapide à un stade de croissance économique initiant lui-même ses propres exportations. L’initiative Miyazawa, lancée en octobre 1998, comprenait un programme d’aide financière (de 30 milliards de dollars) destiné à promouvoir le redressement des économies d’Asie du Sud-Est ; ces mêmes économies, si elles se tournent davantage vers l’Europe et l’Amérique, ont retrouvé leurs taux de croissance d’avant la crise (Loungani 2000). Le gouvernement japonais a considéré que le moment était venu d’aborder une nouvelle stratégie active pour des économies africaines prometteuses même si, pour la plupart, elles sont encore soumises à des risques politiques et économiques importants.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
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·  Vadcar, C. (1997), « L’investissement étranger en Afrique », Afrique contemporaine, n° 181, janvier-mars.
 
NOTES
 
[*]FORUM/DET/CNRS/Université Paris X (Fondements des organisations et des régulations de l’univers marchand/Economie du développement/Centre national de la recherche scientifique). L’auteur remercie vivement les membres du comité de lecture pour leurs remarques et corrections. Une partie de cet article a été publié dans la revue Les Cahiers de l’Association Tiers-Monde, « Intégration régionale et développement », n° 17, 2002, Centre d’économie régionale de l’emploi et des firmes internationales (CEREFI), Université d’Aix-Marseille III.
[1]La COI est une organisation intergouvernementale qui réunit les Comores, la France au titre de La Réunion, Madagascar, Maurice et les Seychelles. Son but est la promotion du co-développement durable des îles du sud-ouest de l’océan Indien (voir <www. coi-info. org>) (NDLR).
[2]La livre égyptienne a perdu presque près de 17 % de sa valeur depuis le fin 2002 ; le FMI s'est empressé de demander au gouvernement égyptien « d'opter pour une totale flexibilité du taux de change en visant à introduire des réformes structurelles pour dynamiser l'économie, stimuler le commerce et les investissements ».
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