2004
Afrique contemporaine
Notes de lecture
Chronique bibliographique
Afflictions, l’Afrique du Sud, de l’apartheid au sida Didier Fassin (dir.), Paris, Karthala, 2004
Afflictions est le premier livre en français consacré à la pandémie de sida en Afrique du Sud. Rédigé par des auteurs français et sud-africains, il comble en cela une grave lacune dans l’approche et la compréhension de la nouvelle Afrique du Sud, le sida étant sans conteste le problème le plus important auquel est confronté ce pays depuis sa démocratisation.
Cet ouvrage collectif se propose de re-contextualiser la pandémie pour la comprendre : comprendre son expansion rapide (1 % des adultes étaient contaminés en 1990, 22 % dix ans plus tard), comprendre son épidémiologie dissociée (la pandémie a commencé par la communauté homosexuelle blanche dans les années 1980 pour devenir une épidémie hétérosexuelle noire dans les années 1990), comprendre le déni gouvernemental et le refus de distribuer des antirétroviraux (nulle part la gestion de la pandémie n’a donné lieu à une telle polémique, l’intelligibilité même du gouvernement étant en cause !) et comprendre la perception, par la société sud-africaine, de la pandémie et des réponses sanitaires et sociales mises en œuvre. Afin d’expliquer comment le sida devient un fait de société mais aussi de mesurer la pertinence des stratégies de lutte contre la maladie, les auteurs adoptent un point de vue macrosocial et un point de vue microsocial : la pandémie est vue d’en haut par des historiens et des politologues mais aussi d’en bas, grâce à des enquêtes ethnographiques souvent émouvantes et qui nous font entrevoir le quotidien d’un hôpital, d’une mine et de la vie d’une militante séropositive de l’organisation non gouvernementale (ONG) Treatment Action Campaign. Lier la question biomédicale à son expression par différentes catégories sociales confrontées au sida permet d’entrer dans le vécu social de la pandémie et d’aborder la question pratique : quelle politique antisida faut-il mener ? Quelle est l’approche la plus efficace ?
Localisé en Afrique du Sud en 1982, le virus du sida a maintenant infecté 5,3 millions d’individus en suivant presque scrupuleusement le clivage socio-racial de la société sud-africaine : les populations africaines sont six à huit fois plus contaminées que les populations blanches et métisses. L’expansion de la maladie correspond à trois vagues : une vague silencieuse de diffusion de la séropositivité, une vague de mortalité et une vague d’orphelins (selon les projections, il y aura en 2015 1,85 million d’enfants privés de leur mère). Le virus étant entré dans ce que les démographes appellent la « population générale » dans les années 1990-2000, la pandémie silencieuse de séropositivité est devenue, à présent, une vague visible de mortalité. Cette expansion rapide relève d’un triple faisceau de causes qui expliquent l’existence de deux épidémies en une : les inégalités socioéconomiques qui se déclinent encore en termes de « races
[1] », les migrations internes et externes et les comportements sexuels. Sans souscrire à la thèse selon laquelle «
poverty causes AIDS », le récit de vie de Ntombi, une jeune femme vivant entre les townships de Soweto et d’Alexandra, permet de comprendre le déficit de prise de conscience et de prévention de la maladie dans la population pauvre. Cette histoire éclaire avec sensibilité l’absence de souci préventif chez une adolescente pauvre, engagée quotidiennement dans une stratégie de survie qui passe par le
phanding
[2] et la violence des
totsis
[3]. Son parcours personnel (chassée de chez ses parents, sans formation, elle va de
boyfriend en boyfriend pour subsister), qui la conduit à la contamination, est celui de beaucoup de jeunes femmes des townships, immergées dans une violence quotidienne et banalisée, rendant irréelle la notion même d’avenir et donc de prévention. Outre le monde périurbain des townships, le milieu minier avec son système de célibat géographique auparavant obligatoire constitue aussi un environnement très réceptif à la pandémie (séparation des couples sur de longues périodes, alcoolisme important et présence des prostituées). Les dynamiques migratoires affectant l’Afrique du Sud ont aussi joué un rôle majeur dans l’expansion du virus : depuis 1994, le retour des ex-combattants des mouvements de libération, celui des militaires sud-africains déployés dans les pays environnants, l’afflux de migrants en provenance de tout le continent et l’exode rural ont accéléré la vitesse de circulation du virus. Par ailleurs, au-delà du stéréotype du laxisme des moeurs, les croyances et comportements sexuels, marqués par la violence, ont aussi contribué à accélérer la contamination. Sur ce point, Helen Schneider suggère que la compréhension de la transmission a tout à gagner du croisement des variables sexuelles comportementales, du profil socioéconomique des individus et de leur lieu de résidence. La matrice de vulnérabilité qu’elle construit met en évidence l’extrême réceptivité au virus des zones d’habitat informel, c’est-à-dire des pauvres urbains par rapport aux villageois. L’idée de l’inégalité sociale devant la maladie peut donc être davantage affinée en considérant les différentes catégories de pauvres.
La deuxième contribution forte de cet ouvrage concerne, bien sûr, la « controverse » dont la presse internationale a largement fait écho. Le président Mbéki a successivement remis en cause le lien entre séropositivité et sida, la réalité de la pandémie dans son pays et l’efficacité des traitements « occidentaux ». Cela n’aurait été qu’anecdotique si, pendant cinq ans, le ministère sud-africain de la Santé ne s’était opposé à la distribution d’antirétroviraux (ARV) pour prévenir la transmission du virus de la mère à l’enfant. Dénoncée par la communauté scientifique lors de la 13
e Conférence internationale sur le sida en 2000, contestée en justice par les activistes, cette attitude gouvernementale n’a pris fin qu’avec la décision de la Cour suprême qui imposa la distribution des ARV en 2002 : ce n’est toutefois qu’en novembre 2003 que le gouvernement s’est engagé formellement à lancer ce programme national de distribution. La position du président Mbéki a suscité une véritable crise d’intelligibilité de la maladie (les professionnels de santé d’un hôpital sud-africain avouent eux-mêmes douter de la transmission virale tandis que les personnes âgées attribuent la maladie à la sorcellerie !). Dans la profusion d’interprétations qui a suivi la controverse, les auteurs de ce livre introduisent un peu de clarté. Ils notent tout d’abord que, loin d’être limité au président, le déni de la pandémie est une attitude très répandue chez les Sud-Africains noirs. Ce déni collectif, qui s’est traduit par une mise en accusation des statistiques médicales, reflète l’ampleur du choc psychologique que constitue la pandémie pour l’opinion publique africaine : ce fléau s’abat sur le pays quand celui-ci sort de la tourmente politique et qu’un avenir radieux lui semble assuré
[4]. Si l’on adhère aux lectures statistiques de la pandémie, le moment post-apartheid est caractérisé par une conjonction paradoxale de libération et de mort : le déclenchement de la pandémie correspond à l’avènement de la démocratie et c’est ce qu’il est difficile d’accepter dans les instances dirigeantes et dans la population !
Quant à la méthodologie du déni – la suspicion vis-à-vis de la science occidentale –, elle renvoie à l’histoire sud-africaine. Il faut, en effet, se rappeler que le syndrome sanitaire était une des justifications de la ségrégation (lors de l’épidémie de peste au Cap en 1900, la municipalité décida l’expulsion de tous les Africains de la ville et leur relogement dans des
native locations à « distance raisonnable ») et que, plus récemment, des projets de complot virologique contre la population noire étaient développés sans complexe par le régime d’apartheid dans le cadre de son programme de guerre bactériologique. La science et la médecine étant perçues comme des outils de la domination blanche, la population a vu dans le sida une nouvelle et subtile manipulation (l’acronyme AIDS [
Acquired Immunodeficiency Syndrome] a longtemps été traduit dans les townships par «
Afrikaner Invention to Deprive us of Sex ») et a « compris » un président qui s’élevait contre le diktat de la communauté scientifique internationale, c’est-à-dire blanche. Cette appréhension collective de la médecine comme vecteur d’une domination permet de comprendre que le scepticisme vis-à-vis de la science du sida soit devenu, y compris pour les Africains éduqués, le signe d’un esprit africain libéré et éclairé. La difficulté du président à articuler le social et le biologique et à comprendre comment les disparités sociales deviennent des disparités épidémiologiques
[5] l’a orienté vers la thèse des dissidents «
poverty causes AIDS », thèse qui correspond à une sensibilité politique dont il est proche : la dénonciation de l’exploitation du Tiers-Monde, cette fois-ci par les multinationales pharmaceutiques du Nord. On notera aussi en passant que la mise en accusation de l’opposition, des activistes, des compagnies pharmaceutiques, des Blancs, etc., tous plus ou moins ligués dans une conspiration anti-africaine, témoigne du goût prononcé pour les théories du complot, goût caractéristique de certains segments politiques du Congrès national africain (
African National Congress, ANC).
La controverse aura cependant eu au moins trois conséquences positives : elle a engendré le plus important mouvement de la société civile depuis la fin de l’apartheid (le Treatment Action Campaign), elle a confirmé l’indépendance de la justice qui a contraint le gouvernement à distribuer des antirétroviraux et elle a contribué à élever le niveau de conscience de la pandémie dans l’opinion publique même si parler de sexe est encore un tabou. En outre, il ne faut sans doute pas exagérer l’effet perturbateur du message présidentiel dans l’administration de la santé publique car, depuis le milieu des années 1990, les dotations financières pour la lutte contre le sida n’ont cessé d’augmenter.
Originalité notable de cet ouvrage, les politiques de lutte antisida sont abordées à la fois du point de vue de leurs acteurs (personnels de santé et volontaires associatifs) et de leurs bénéficiaires, c’est-à-dire les « victimes » de la pandémie. Ce double éclairage met en évidence l’interaction souvent difficile entre les gestionnaires de la maladie et les malades : ces derniers sont stigmatisés, y compris par ceux qui doivent leur apporter le plus de soutien, les personnels de santé et leurs familles. Cette stigmatisation est une réalité au sein du système hospitalier où les employés vivent dans une volonté d’oubli d’une maladie omniprésente, y compris dans leurs rangs (16,3 % d’entre eux sont porteurs du virus en 2003 d’après un récent sondage) : ils ne jouent pas un rôle de conseil et d’éducation des malades, plus ou moins méprisés, et vont parfois jusqu’au déni de soins. Une étude ethnographique dans le grand township de Bloomfontein, Mangaung, montre comment les familles des malades s’opposent aux offres de soins à domicile de peur que tout le monde sache que « la maladie est sous leur toit ». La prise en charge des malades pauvres en phase terminale par des volontaires est une initiative gouvernementale qui vient combler un vide mais pèche par manque de moyens financiers et impréparation : si la religion et l’idéologie jouent un rôle dans ce nouveau militantisme social, ce sont pour l’essentiel des chômeurs qui constituent les bataillons de volontaires et les abandons sont fréquents. Le secteur minier est considéré en Afrique du Sud comme le lieu le plus en pointe en matière de conscience et de réaction à la pandémie. A partir d’une étude de cas dans des mines de Witbank, Judith Hayem montre que, contrairement aux idées reçues, les initiatives patronales de prévention et de traitement ne rencontrent pas l’assentiment consensuel des employés parce qu’elles sont vécues comme des mesures imposées. Le déficit de dialogue entre dirigeants et salariés qui caractérise historiquement les entreprises minières se retrouve en matière de prévention sanitaire. Malgré la création des Aids comittees dans les mines, les salariés revendiquent une plus grande participation à l’élaboration de la politique antisida de l’entreprise et sont suspicieux à l’égard de toute obligation de dépistage, perçue comme l’antichambre du licenciement. Le dépassement des relations salariales d’apartheid est encore long mais la mobilisation patronale et syndicale contre le sida est une occasion d’intensifier le dialogue à l’intérieur de l’entreprise.
En définitive, la pandémie de sida en Afrique du Sud fait re-surgir les fantômes de l’apartheid ou plutôt montre combien ils sont encore présents. Paradoxalement, le passé d’apartheid se manifeste dans le racisme latent ou explicite
[6] ainsi que dans les méthodes de lutte contre la pandémie qui recyclent très directement les répertoires d’action de la lutte anti-apartheid (appel au militantisme social, recours aux peintures murales pour sensibiliser les populations, méthodes d’action du
Treatment Action Campaign). Dans une Afrique du Sud finalement pas si nouvelle que ça, la perception du sida est très raciale : elle est la maladie de l’Autre, avec tous les préjugés racistes sur la sexualité africaine et son laxisme supposé. Cette racialisation de la perception de la maladie contredit l’approche conscientisante et universalisante qui la présente comme le problème de tous ! Loin de rapprocher les communautés, la maladie les éloigne (pour l’heure, les barrières raciales ne sont tombées au sein d’associations de malades qu’entre les activistes homosexuels blancs et les Africains suffisamment courageux pour afficher leur séropositivité). En outre, la racialisation de la perception de la pandémie conduit les spécialistes en communication sanitaire à se demander si le message général de prévention A (
abstain) B (
be faithful) C (
condomise) ne doit pas céder la place à des messages ciblant différemment chaque groupe de population. On regrettera que les débats sud-africains très vifs sur la meilleure approche préventive ne soient qu’effleurés dans ce livre qui y fait cependant allusion en évoquant les limites de la prévention par la responsabilisation individuelle. L’intention résolument sociologique de l’ouvrage aurait été presque complète avec une analyse de l’ONG
Treatment Action Campaign (histoire, composition, idéologie, modalités d’intervention, stratégie d’alliances hors du pays, etc.) qui a porté la contradiction au gouvernement et joue un rôle de premier plan dans la lutte contre la maladie. De même, il eut été très intéressant d’avoir un éclairage sociologique comparé sur la perception de la controverse présidentielle par plusieurs segments de la société sud-africaine, et notamment les personnels de santé qui, mises à part quelques individualités, n’ont jamais été à la tête de la contestation. L’approche économique de la pandémie mérite un ouvrage à elle seule : on ne peut donc regretter l’absence de travaux économiques sur les conséquences de la pandémie même si, paradoxalement, ces études réalisées à l’initiative d’institutions internationales (Banque mondiale) ou du secteur privé ont joué un grand rôle dans la prise de conscience du problème par les décideurs ! Dans le même ordre d’idées, l’Afrique du Sud étant sur le point de mettre en œuvre le plus grand programme d’ARV du monde (1,2 million d’individus devraient être concernés en 2008), un détour par la délicate mais centrale question du financement des traitements – le coût a été un argument avancé durant la controverse pour refuser la distribution d’ARV – aurait utilement complété cette réflexion bio-sociologique qui nous fait entrer dans la profondeur sociale d’une pandémie pour y découvrir selon le professeur Makgoba « un déni collectif, des inégalités socioéconomiques, le chauvinisme masculin et une histoire d’ignorance et de pouvoir ».
T. Vircoulon
Madame Bâ Erik Orsenna, Fayard/Stock, 2004
Madame Bâ est de nationalité malienne, originaire de la région de Kayes qui dispute à Djibouti le douteux privilège d’être le lieu le plus brûlant de notre planète. Le thermomètre en effet y saute allègrement la barre des 50 degrés. A l’ombre !
Madame Bâ, prénommée Marguerite, est née Dymasi d’un père hydraulicien qui toute sa vie rêva du Conservatoire National des Arts et Métiers, et d’une mère fort versée dans les choses du passé. Donc à cheval entre deux univers, celui de la rationalité optimiste apprise des Blancs et celui des racines les plus anciennes du monde, avant même le temps de notre commune ancêtre, Lucy, là où gisent les vrais savoirs.
Madame Bâ est une femme.
Madame Bâ est une femme africaine.
Madame Bâ est l’Afrique, dans ce qu’elle a de plus remarquable : l’endurance, cette obstination à vivre –ou à survivre- quand tout, les guerres et le sida, la faim et la soif, le développement en panne, l’avancée du désert et les forêts qu’on abat, les voraces mange-mils qui s’accrochent au pouvoir, feraient baisser les bras au plus valeureux.
Et Erik Orsenna, lui, qui est-il ?
Ecrivain prolifique, comblé par sa marmaille de mots, sur laquelle il s’est hissé jusqu’aux gloires de l’Académie Française. Père de presque autant de romans que Madame Bâ eut d’enfants. Sans compter divers petits bâtards, semés entre éloge de la grammaire et du jardin à la française ou encore des guitaristes cubains.
Mais ce n’est pas tout car, plus que la somme de phrases dont il est le géniteur, Erik Orsena est africain, enfin presque. Puisqu’il y a des nègres blancs, lui serait donc un blanc nègre ? Sans doute. Il a maintes fois traîné ses guêtres là-bas, par devoir ou par plaisir, par curiosité et curiosité encore. Cette curiosité, toute à la fois bienveillante et sans complaisance, qui le fait se pencher sur l’Afrique, au risque d’y tomber. Et voilà que cette fois-ci il y tomba, s’y retrouva métamorphosé en Madame Bâ. Pas évident pour un petit Blanc d’entrer dans la peau d’une grande Négresse.
La cheville ouvrière de la métamorphose est affublée d’un nom bien peu poétique : « Formulaire de demande de visa de court séjour/transit n°13-0021 ». Ce genre de papier après lequel courent tous les gueux de la terre –et l’Afrique en a plus que son compte- limaille aimantée vers le Nord par l’espoir de grappiller un peu de notre opulence qui les fait rêver, là-bas, au Sud.
Avec l’aide de ce blanc nègre et d’un jeune avocat stressé que fascine l’aptitude de l’Afrique à ne pas s’effriter dans l’épreuve, à rester entière (« Je suis un homme économique,[dit-il] c’est-à-dire un homme morcelé en dossiers et en hobbies… en heures et en minutes, en temps utile, toujours payant. Je suis un homme en rondelles, vous me réapprenez l’unité »), Madame Bâ va le remplir ce formulaire. Mais non pas, oh ! que non, en portant dans chacune des cases ce que l’administration consulaire lui demande de porter : nom, prénom, date et lieu de naissance, sexe, etc…
Non, Madame Bâ y déverse sa vie entière, dans ces cases pourtant bien trop étriquées pour un tel usage. Depuis le jour où, toute gamine, elle écouta les savantes explications de son père sur le fonctionnement d’une centrale hydroélectrique jusqu’à celui, cinq décennies plus tard, quand elle traverse le désert du Sahara, en compagnie d’une quinzaine de pauvres bougres rêvant du nord, eux aussi, et plus comprimés que harengs en caque sur le plateau d’un pick-up Toyota. Elle y va sauver son petit fils préféré que le mirage du football a attiré en France malgré les mises en garde de la grand-mère (« La France est un ogre : tu veux qu’il t’aspire et te roule dans sa bouche et te suce et te ronge et rejette tes os quand il n’aura plus faim ? La France est blanche : ta peau noire n’y sera qu’une salissure. La France est froide : toi, si frileux, tu y grelotteras même en été. La France est grise : les couleurs n’y viennent plus de peur d’être mangées. La France est sourde et muette : un passant, un voisin ne répondent pas quand on leur parle. Tu sais faire les additions ? Blanche+froide+grise+sourde+muette, ça donne quoi ? Calcule bien. Ça donne l’Enfer. Tu ne vas pas me dire que tu préfères l’Enfer de là-bas aux difficultés d’ici ? »)
Sachant qu’il vaut mieux parler à Dieu qu’à ses saints, elle adresse ledit formulaire au Président de la République française, l’actuel, celui dont on chante l’amour qu’il porte à l’Afrique. Une lettre de presque cinq cents pages et qui, de digressions en associations d’idées, de maximes millénaires en notations sur les couleurs, les odeurs, les sons de l’Afrique, d’espoirs toujours déçus en espoirs toujours renouvelés, nous peint ce continent tel qu’il est, aujourd’hui, entre la côte Atlantique du Sénégal et les étendues sableuses, caillouteuses du Nord Mali. L’Afrique et sa relation compliquée, tordue, étouffante avec la France, relation de vieux couple, couturée de cicatrices et d’incompréhension, mais impossible à dénouer.
Ce qui nous vaut, pour notre plus grand plaisir, un fabuleux torrent verbal. C’est bien connu, les Africains aiment parler - ah ! la palabre chérie - et ils le font fort bien. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils cajolent tant les griots, ces porteurs de mots, de flatteries, de poésie, et qu’il n’est pas un seul village, aussi chétif soit-il, sans son grand arbre, manguier ou fromager, dans l’ombre fraîche duquel la parole tourne et tourne et tourne.
Ce qui nous offre l’image d’une Afrique fraternelle (« La solitude est pire que la mort en Afrique, pire que le désert, pire que l’absence d’eau, pire que le pire »), mais accablée, infiniment accablée (« …toujours la même odeur, celle d’une terre du matin au soir calcinée par le soleil, l’odeur de la dureté de vivre, l’odeur du continent entier), une Afrique sans cesse ballottée entre projets et désillusions, mais qui jamais ne s’abandonne à la malédiction de ne plus croire (« Le coffre à rêves de l’Afrique est inépuisable »).
Ce qui nous comble d’un magnifique portrait de femme, de femme africaine : « son temps dévoré par les sauterelles habituelles, ces milliers de tâches qui, d’avant l’aube à minuit, s’acharnent à ronger jusqu’à l’os la moindre seconde d’une vie de mère africaine : allaiter, piler, marcher, porter, laver, sécher, allaiter, humer, soupirer, marchander, allumer, découper, râper, épépiner, bouillir, mijoter, moucher, torcher, soigner, consoler, allaiter, raconter, bercer, endormir, etc… »). Un véritable hymne à la femme africaine que « plus qu’aucun être au monde les catastrophes accablent sans jamais, jamais l’abattre. »
Mais n’allez pas croire que le livre soit sinistre, et pesante la leçon délivrée par Erik Orsenna. Habile à trousser une histoire, il sait comme pas un nouer ensemble le rire et la réflexion.
Ainsi, on s’émerveille que Marguerite, jeune fille encore, se change en crocodile pour arracher le bras du patron de son père qui voulait la violer.
On s’esclaffe de ces dames patronnesses des Nations Unies qui distribuent à tour de bras des pilules contraceptives, dans le fol espoir de brider la fécondité exubérante des matrices noires, ou de ces conseils en ajustement structurel « tombés de la grosse bouche sentencieuse de la Banque Mondiale ».
On s’esbaudit, non sans masochisme il est vrai, devant tel Ministre de la Coopération qui offre des baby-foot à une foule ravie mais perplexe, ou devant les récurrences du co-développement, dont « les rêves reviennent tous les deux ou trois ans, comme le monstre du Loch Ness », pareil à un Père Noël fantasque auquel on s’autoriserait à commander tout ce que propose le catalogue de La Redoute.
On essaie de comprendre pourquoi eux et pourquoi nous, et pourquoi eux et nous. Ce qui donne, d’un côté, « Ah !, vous, les Africains, il faut vraiment vous aimer pour continuer à vous aimer » et, de l’autre, « La France a honte, alors nous nous nourrissons de sa honte, comme d’habitude. Voilà ce que nous sommes : un continent de mangeurs de honte. » Encore et toujours, ces liens de vieux couple. Rien de plus robuste ni de plus frustrant.
Et je ne saurai rendre justice à la place centrale du visa pour la France : dix pages de compte rendu n’y suffiraient pas. Ah ! ces visas adorés et si rarement, si difficilement obtenus, ces sésame ouvrant la porte sur l’abondance rêvée et l’assurance de nouvelles déceptions. Leur engeance bureaucratique court tout au long du roman, d’empoignades sanglantes parmi les impétrants faisant la queue devant les consulats en magouilles malodorantes où le CFA est roi, de cette fabrique de petits Français noirs qu’est le tribunal de Yélimané en arnaques délicatement ingénieuses.
Au terme de ce long parcours, qui jamais ne lasse, sur les pas d’une fiction aussi vraie qu’un reportage documentaire, nous voilà rendus les uns et les autres face au miroir. Le double miroir que l’Afrique tend à la France et que la France tend à l’Afrique. Les uns et les autres partageant le même étonnement, la même perplexité : c’est donc ainsi qu’ils nous voient ? La même incompréhension, non pas de ce que montre le reflet, de ce qu’il nous dit, mais du pourquoi l’autre est ce qu’il est. Chacun empêtrés dans son bagage de clichés, d’explications toutes faites, d’irritations, d’espoirs déçus, mais aussi de bonne volonté et d’envie de poursuivre le chemin ensemble. Dans un ouvrage précédent, Erik Orsenna dissertait sur le besoin d’Afrique. Ici il nous parle du besoin de France qu’ont les Africains. On devrait donc pouvoir s’entendre.
Jean-Bernard Véron
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The World’s Banker Sebastian Malaby New York, The Penguin Press, 2004
On pouvait craindre le pire de ce livre, écrit par un journaliste du Washington Post, né et formé en Grande-Bretagne, craindre qu’il soit une hagiographie à la gloire de Jim Wolfensohn, président de la Banque mondiale depuis 1995, ou qu’il soit une entreprise de démolition sans nuances. Il n’en est rien. L’auteur est manifestement fasciné par cet homme hors du commun, un homme de la Renaissance dit-il, né en Australie dans une famille juive ayant récemment émigré de Grande-Bretagne. Fasciné par cet homme qui est une force de la nature, qui a participé aux Jeux olympiques de 1956, qui est passé par la Harvard Business School, qui a accumulé une belle fortune en fondant une banque privée et qui a donné un récital de violoncelle au Carnegie Hall de New York devant un parterre de grands de ce monde pour son 70e anniversaire. Fasciné par cet homme qui, en 1980, s’estimait déjà être le mieux qualifié au monde pour diriger la Banque et qui a pris alors la nationalité américaine puisqu’une règle non écrite réserve ce poste à un Américain.
Mais l’auteur est aussi lucide sur les limites de son héros, sur son ego surdimensionné, sur le fait qu’il n’était nullement préparé à gérer une grande organisation internationale et sur les conséquences que cela a eu sur l’évolution récente de la Banque du monde. Mais, surtout, à l’histoire personnelle de Jim Wolfensohn est entremêlée celle de la Banque depuis son origine et même avant sa naissance car, au lendemain de Pearl Harbour, Roosevelt charge un de ses collaborateurs de réfléchir aux institutions qu’il faudrait créer pour éviter le retour du désordre économique et financier des années 1930 qui a engendré la guerre. Un bel exemple d’esprit prospectif. Et cette histoire est accompagnée de réflexions sur la pauvreté dans le monde et sur le rôle de l’aide internationale dans la lutte contre ce fléau.
Les débuts de la Banque, créée pour financer la reconstruction des pays dévastés par la Seconde Guerre mondiale, sont évoqués, ainsi que le rôle nouveau, celui d’aide au développement de ce que l’on appelle alors le Tiers-Monde, non seulement en finançant des projets, mais aussi en concevant et en faisant appliquer de bonnes politiques de développement (ou supposées telles), rôle que lui donne dans les années 1970 Robert McNamara, ancien secrétaire américain à la Défense, qui se considère comme investi d’une mission quasi messianique.
Jim Wolfensohn se serait bien vu lui succéder, investi d’une mission tout aussi messianique. Il devra attendre 15 ans avant d’être nommé par Bill Clinton.
Sebastian Malaby raconte les débuts de son héros à la tête de la Banque et la tornade qui souffle presque aussitôt sur une administration peu préparée à être secouée de la sorte. Son premier voyage en Afrique se déroule dans une atmosphère plutôt tendue. La description de son dîner à la résidence privée d’Henri Konan Bédié, alors président de la Côte d’Ivoire, son exaspération croissante devant les manières de nouveau riche de son hôte et ses déclarations aussi pompeuses que creuses, et l’orage qui éclate ensuite, en public dans le hall de l’hôtel Ivoire, entre lui et les membres de son état-major qui l’accompagnent au sujet de la politique de la Banque dans ce pays sont des morceaux d’anthologie.
La Banque a élaboré et pratiqué sur une grande échelle dans les pays du Sud qui ont besoin de son aide une politique dite d’ajustements structurels censée rétablir les grands équilibres financiers perturbés et créer les conditions nécessaires pour un futur développement économique. Elle est alors de plus en plus critiquée et le nouveau président a deux objectifs : se concilier au moins une partie de ceux qui la critiquent et réformer en profondeur une institution dont il est persuadé qu’elle doit jouer un rôle majeur et qu’elle le joue mal ; réduire le fossé qui s’élargit entre les pays développés ou en développement rapide et ceux qui ne parviennent pas à décoller, un fossé qui menace la paix du monde.
Il compte sur son charme et son habileté qui ont fait de lui un banquier privé très apprécié de ses clients. Il parviendra à instaurer un dialogue avec quelques grandes organisations non gouvernementales (ONG) actives dans le domaine du développement, voire à en faire des partenaires, sans faire taire toutes les voix critiques. Et la Banque mondiale n’est pas une banque privée. C’est un gros navire qui ne change pas de cap instantanément comme le souhaiterait son nouveau pilote, un pilote qui doit louvoyer entre plusieurs écueils : d’abord les grands pays industrialisés qui souhaitent que la Banque joue un rôle important dans le développement, un rôle qu’ils ne veulent pas toujours endosser eux-mêmes, mais qui ne souhaitent cependant pas y consacrer trop d’argent, qui contrôlent étroitement et parfois de façon tatillonne son action, grâce à leurs administrateurs permanents, et qui sont souvent excédés des initiatives que prend le nouveau président qui oublie de les en informer au préalable ; puis les ONG toujours prêtes à défendre l’environnement, les droits de l’homme, les pauvres, etc., et à crier haut et fort pour ameuter les médias ; enfin les clients, les pays du Sud qui réclament toujours davantage d’argent, qui sont éventuellement preneurs de conseils, mais ne souhaitent surtout pas être contraints.
Ces trois grands groupes d’acteurs ont des préoccupations contradictoires et Jim Wolfensohn apprendra que l’on ne peut satisfaire tout le monde et son père, et il passera une partie du temps de ses mandats à chercher un impossible équilibre entre eux.
Il élabore, tout seul, a framework for development et commence à le dévoiler en ignorant que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) ont déjà élaboré des policy framework papers ! Il aura bien du mal à faire passer les idées qui y sont incluses et dont beaucoup sont pourtant fort pertinentes. Tout en étant un néolibéral convaincu que les politiques d’ajustement structurel étaient bonnes, il pense que les meilleures politiques économiques sont à elles seules inopérantes et que la Banque doit traiter aussi d’autres facteurs, sociaux et politiques. Il a le courage de s’attaquer, avec sa fougue habituelle, à quelques tabous – la corruption des dirigeants du Sud, les dettes qui ne peuvent être remboursées – et de promouvoir quelques idées qui n’étaient pas taboues mais qui n’entraient guère dans les pratiques de la Banque : permettre aux bénéficiaires finaux de l’aide de s’exprimer, soutenir des politiques qui soient réellement « appropriées » par les gouvernants du Sud.
Sebastian Malaby souligne aussi combien Jim Wolfensohn a été lent à prendre conscience de l’extension du sida dans une grande partie de l’Afrique au sud du Sahara et des conséquences, aujourd’hui en grande partie imprévisibles, que cela va avoir non seulement sur la démographie, mais aussi sur l’économie et sur les fondements mêmes des sociétés : l’éducation des nouvelles générations et la prise en charge des anciens qui ne peuvent plus subvenir à leurs besoins. La Banque aura mis beaucoup de temps à réagir devant l’ampleur de la catastrophe qui menace plusieurs pays.
On notera au passage ses démêlés avec l’Administration Bush, notamment avec le secrétaire au Trésor, Paul O’Neill, qui accuse la Banque d’inefficacité sans oser toutefois contraindre son président à la démission. Il est vrai que Jim Wolfensohn sait trouver des appuis auprès de Condoleezza Rice et que les attentats du 11 septembre 2001 viennent opportunément le conforter.
Le chapitre sur le pipeline du Tchad est une histoire à rebondissements qui illustre bien les efforts du président de la Banque pour surmonter les difficultés qu’il y a à satisfaire les défenseurs de l’environnement et ceux qui sont persuadés que cette nouvelle rente pétrolière ne servira, là comme ailleurs, qu’à enrichir une petite clique de gouvernants, tout en ayant en tête le développement du pays et en n’oubliant pas tout à fait les intérêts de la compagnie américaine. Il prend le pari que le projet sera un succès.
Ceux qui sont préoccupés par le sort des pays du Sud et par les problèmes d’une aide efficace au début du XXIe siècle trouveront sans doute de l’intérêt à lire cette histoire des dix dernières années, une lecture pas toujours facile – car l’ouvrage est écrit dans un anglais de journaliste et non dans le basic English des organisations internationales – mais qui en vaut la peine.
L’auteur conclut en souhaitant que l’action entreprise par Jim Wolfensohn soit poursuivie par ses successeurs tout en émettant le voeu que ceux-ci soient moins messianiques, plus modestes, qu’ils renoncent à faire de la Banque « un secrétariat des ambitions du Nord », des ambitions démesurées qu’aucune organisation internationale ne peut satisfaire, et qu’ils se limitent à en faire un instrument efficace du développement des plus pauvres, ce qui est déjà une tâche immense et difficile.
Jacques Giri
Actualité scientifique La réunion 2004 de l’ASA-ACEA
La 47
e réunion annuelle conjointe de l’ASA (African Studies Association) américaine et de l’ACSEA (Association canadienne des études africaines) ou, en anglais, CAAS (Canadian Association of African Studies) s’est tenue, pour 2004, du 11 au 14 novembre dans les locaux de l’hôtel New Orleans Marriott à la Nouvelle Orléans. Le cadre de cette ville, patrie de Louis Armstrong (dont l’aéroport porte le nom), avec ses influences à la fois française et espagnole et ses traditions créoles, semblait particulièrement approprié pour traiter du thème suivant : « La force de l’expression : identité, langue et mémoire en Afrique et dans la diaspora ».
[1]
Cette conférence, répartie en quelque 200 tables rondes et panels, a été suivie par environ 2 000 chercheurs, dont la moitié présentèrent des contributions. Soulignons d’ailleurs que des associations professionnelles à objectifs plus restreints que l’ASA, et centrées sur des thèmes comme la littérature, les questions féminines, la technologie de l’électronique ou des pays pris en particulier ont tenu leurs assises propres dans le cadre de cette manifestation globale.
Ces diverses interventions recouvraient l’ensemble, ou peu s’en faut, du champ des disciplines universitaires concernées par le thème de l’Afrique et tous les pays africains ont été abordés à différentes périodes de leur histoire particulière. Pour l’époque contemporaine, l’on signalera notamment des débats sur les points suivants : transitions politiques, guerres civiles et démocratie ; modèles environnementaux ; questions sanitaires ; art dramatique et visuel ; genre ; éducation, communauté et langage ; relations internationales ; mémoire actuelle de la diaspora ; développement économique.
En termes géographiques, l’Afrique du Nord a été relativement négligée par rapport à la partie subsaharienne, en raison du rattachement de la première à l’aire des études orientalistes. Les tables rondes concernaient des questions d’actualité : SIDA, mais aussi crises du Soudan et de Côte d’Ivoire, ainsi que politiques américaine et française envers l’Afrique.
La majorité des participants, universitaires ou fonctionnaires essentiellement, venaient d’Amérique du Nord. L’on notait cependant une certaine présence africaine et européenne, cette dernière étant principalement française (avec quelques contributions en français). La vitalité de l’africanisme et le renouveau des enseignements sur l’Afrique sur le continent nord-américain, en dépit des difficultés budgétaires de bien des universités, se manifestait à différents signes : représentants large des milieux de l’enseignement allant du supérieur au secondaire ; âge des participants, avec de jeune chercheurs bien au delà du groupe prédominant des Américains d’origine africaine, qu’on appelle aujourd’hui « Africains américains » aux Etats-Unis.
La conférence, comme à l’accoutumée, a permis enfin de présenter de nouvelles publications et de nouveaux films sur l’Afrique.
La prochaine réunion annuelle de l’ASA, avec pour intitulé Health, Knowledge, and the Body/Politic in Africa and the African Diaspora, devrait se tenir à Washington du 17 au 20 novembre 2005 (programme consultable sur le site :
http:// www. africanstudies. org. E-mail: members@ rci. rutgers. edu. )
David E. Gardinier,
Department of History, Marquette University, Milwaukee
(texte traduit par F. Gaulme)
[1]
61 % des Africains, 38 % des Métis, 5 % des Indiens et 1 % des Blancs sont considérés comme vivant en deçà du seuil de pauvreté.
[2]
Anglicisation d’un verbe zoulou
ukuphanda qui signifie gratter le sol pour chercher sa nourriture. Le
phanding désigne la pratique du sexe transactionnel : être une femme entretenue par plusieurs hommes.
[3]
Les voyous qui constituent un élément important du système social des townships et des
informal settlements.
[4]
Sur ce retard et cette absence de volonté politique dans la lutte contre la pandémie, Nelson Mandela a déjà fait son mea culpa. Par contraste, Chris Hani qui avait mis en garde contre le danger du sida dès 1990 se signale par sa clairvoyance.
[5]
Processus clairement expliqué à l’époque des grandes épidémies de tuberculose au XIX
e siècle où les hygiénistes et pasteuriens considéraient la maladie comme le résultat d’un bacille qui trouvait un milieu particulièrement réceptif dans le prolétariat urbain.
[6]
A ce titre, les interviews réalisées dans un hôpital au sujet d’un bébé diagnostiqué séropositif alors que ses deux parents sont séronégatifs donnent lieu à un déploiement spectaculaire de stéréotypes raciaux.
[1]
En anglais :
The power of Expression : Identity, Language, and Memory in Africa and the Diaspora.