2004
Afrique contemporaine
Éditorial
La dernière décennie marqua, on le sait, des modifications considérables dans les relations internationales ; et ceci d’une manière globale, en termes politiques et militaires, économiques et commerciaux mais aussi en ce qui concerne l’aide au développement, profondément révisée en sa conception d’ensemble et sa distribution géographique. C’est donc dans une double perspective à la fois de coopération au développement et d’échanges économiques qu’est venue s’inscrire l’évolution, désormais rapide, des relations entre les continents africain et asiatique.
A cet égard, les observateurs attentifs n’ont pas manqué de relever le rôle pionnier, mais trop peu relevé comme tel bien souvent, d’un Japon disposant grâce à la TICAD (Tokyo International Conference on African Developement) d’un instrument original de rapprochement entre l’Extrême-Orient et l’Afrique subsaharienne.
Le dossier constituant l’essentiel de ce numéro examine l’évolution des relations entre le Japon et l’Afrique subsaharienne depuis qu’elles ont pris leur essor, dans la seconde moitié du XXe siècle seulement. C’est sur ce qui demeure l’aspect le plus élaboré intellectuellement et politiquement aussi bien qu’en termes d’instruments financiers et diplomatiques, de la nouvelle relation Asie-Afrique, phénomène identifié comme capital pour notre époque dans l’introduction thématique, que s’y engage un dialogue à plusieurs voix, dont les contributions universitaires croisées ne se limitent nullement au cadre francophone et viennent converger, à partir du Japon lui-même comme d’Afrique et d’Europe.
Parmi ces contributions, un premier ensemble se concentre sur la « diplomatie de l’aide » et sa signification. Quelle est la portée exacte d’une politique plus complexe qu’elle n’apparaît de prime abord, ayant considérablement évolué au cours des années dans le jeu de l’économique, du diplomatique et des instruments d’appui au développement ? En se rapprochant de l’Afrique, le Japon n’a-t-il fait que se plier à des injonctions extérieures de plus en plus pressantes ou bien a-t-il recherché au contraire, de son propre chef, ce moyen de consolider en sa faveur un rang de puissance moyenne dans le monde ? Comment l’engagement économique a-t-il fait place progressivement, et du fait même de la récession japonaise des années 1990, à une attitude plus politique ? Quelle est l’ambition japonaise dans le cadre d’une coopération Asie-Afrique qui se caractérise notamment, de la part de Tokyo, par le choix délibéré de coopérations tripartites impliquant un pays tiers asiatique? Telles sont les questions auxquelles tente de répondre cette première partie.
L’attention se concentre ensuite sur la dernière étape des relations Japon-Afrique, celle de la TICAD et ses suites : examen critique de la portée effective de cette Conférence sur le développement des pays subsahariens puis analyse du cas spécifique de l’Afrique du Sud, bénéficiaire principal de la relance des relations nippo-africaines mais aussi partenaire quelque peu déçu par le niveau d’engagement effectif des investisseurs japonais à son égard. L’accent mis en finale sur les relations économiques entre le Japon et l’ensemble du continent africain, façade méditerranéenne incluse, souligne enfin les enjeux de l’avenir immédiat : le mouvement récent de l’Asie vers l’Afrique dans un nouveau schéma de commerce international semble sur le point de clore, une fois de plus, un cycle relationnel antérieur et spécifique, celui qui mettait en priorité l’accent sur une véritable diplomatie de l’aide au développement et qui a été examiné en détail sur l’ensemble du dossier thématique.
En sus du dossier consacré aux relations Japon/Afrique, ce numéro comporte encore un article consacré à un thème d’actualité africaine se rattachant à l’examen des questions de sécurité, primordiales aujourd’hui. Il s’agit d’une analyse critique, effectuée à Addis-Abeba même, du nouveau Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, officiellement lancé en mai dernier et conçu comme devant avoir une fonction centrale dans la prise en main des problèmes sécuritaires de l’Afrique par les Africains eux-mêmes.
François Gaulme
Ce dossier Japon-Afrique a été coordonné par François Gaulme avec l’appui de Chris Alden et Minoru Ogasawara, auxquels est exprimé ici une reconnaissance particulière.