2005
Afrique contemporaine
Actualité africaine
Jeunes, jeunesse et intégration des élites politiques au Gabon
la place des trajectoires sociales individuelles
Axel Augé
[1]
Depuis l’indépendance du Gabon en 1960, deux éléments dominent les parcours individuels des élites politiques et administratives. Le premier renvoie au capital scolaire comme ressource indispensable. Le deuxième fait ressortir l’importance des groupes d’affiliation dont une personne se sent ou se dit membre. Cet article traite de l’importance du système des relations sociales dans la construction des trajectoires individuelles des membres de l’élite politique et administrative gabonaise, c’est-à-dire les personnes occupant une position institutionnelle reconnue publiquement par la richesse, le prestige et/ou le pouvoir de décision politique ou administratif. Il signale le rôle des lieux de formation qui émergent comme autant de cadres sociaux au sein desquels se nouent et se dénouent des histoires relationnelles.
Since Gabon attained independence in 1960, there have been two dominant factors in the personal itineraries of the political and administrative elite. The first concerns educational capital as an indispensable resource. The second concerns the importance of groups of affiliation to which the individual may feel to belong or actually belongs. This article discusses the importance of the system of social relations in the construction of the personal itineraries of members of the political and administrative elite of Gabon, i.e., people occupying institutional positions publicly recognized with wealth, prestige and/or political or administrative decision-making authority. It also points to the role of the place where one was educated, which is emerging as a social framework in which relationships are forged.
Souvent saisies à travers des catégories sociodémographiques comme l’âge, le sexe ou encore le diplôme et, dans le cas de l’Afrique subsaharienne, l’ethnie, les analyses sur les trajectoires
[2] individuelles ont négligé la place des entités collectives et des relations sociales dans lesquelles sont insérées les personnes. Pourtant, ces éléments concourent fortement à construire les trajectoires sociales individuelles. Par trajectoires sociales individuelles, il faut entendre les systèmes successifs de relations sociales, en plus des catégories objectives repérables, par lesquelles passe une personne durant les phases de sa vie. Une trajectoire n’est pas réductible à une succession de points dans l’espace social abstrait
[3]. Nous proposons de considérer la place des systèmes de relations sociales des personnes et des groupes d’affiliation dont elles sont membres, ce qu’Alain Degenne appelle les cercles sociaux
[4]. L’hypothèse choisie ici suppose que le parcours social, dans sa globalité, sa diversité et sa complexité, permet d’appréhender les différents cercles sociaux composant la trajectoire individuelle des élites politiques d’un pays d’Afrique subsaharienne, ici le Gabon. Il s’agit tout particulièrement de comprendre l’importance des entités collectives et sociales dans la construction de la trajectoire individuelle des personnes occupant une position institutionnelle élevée dans l’administration publique. Pour ce faire, l’attention est portée sur les associations de jeunesse qui assurent une socialisation politique et donnent lieu à une sociabilité née durant les études en France et au Gabon. Nous analyserons successivement l’impact des cercles sociaux dans la construction sociologique des trajectoires individuelles.
Le cadre empirique
[5] est fourni par plusieurs recherches effectuées entre 1999 et 2003 au Gabon. Les données récoltées constituent la source principale de cet article. Les extraits d’entretiens
[6] cités dans ce texte, en plus d’une fonction illustrative nécessaire, témoignent de la place accordée aux récits individuels et aux aspects significatifs des parcours mis en évidence par les informateurs. Nous proposons de prendre en compte les temporalités sociales et l’histoire individuelle en considérant en priorité la dimension qualitative. Les catégories statistiques habituellement retenues pour appréhender les trajectoires individuelles semblent insuffisamment rendre compte des éléments à l’œuvre. En suivant une analyse relationnelle et en considérant l’importance des entités collectives, nous affinerons la lecture des trajectoires ; ne pas considérer la place des entités collectives revient à s’interdire de saisir, dans leur totalité, ces parcours.
La situation politique: la décennie 1960-1970
L’analyse des trajectoires des élites politiques gabonaises doit être replacée dans le contexte historique de cette époque. Le 17 août 1960, le Gabon accède à la souveraineté nationale. Le 13 février 1961, Léon Mba devient le premier président du Gabon indépendant. La Constitution instaure un régime présidentiel à la place de l’ancien régime parlementaire. Face à la situation socioéconomique favorable du pays, le président Léon Mba amorce une politique de modernisation par la voie étatique: l’école est gratuite et ouverte à tous, la santé et la protection sociale sont subventionnées, l’emploi est facile, l’État engrange la quasi-totalité des cadres formés généralement à l’étranger, la politique de bourses et de financement des études est généralisée à la plupart des étudiants gabonais titulaires du baccalauréat. Le 18 février 1964, un coup d’État militaire est perpétré par une poignée de jeunes sous-officiers contre les institutions et le personnel politique démocratiquement élu. L’intervention militaire française et la mobilisation générale des citoyens gabonais viennent faire échouer le putsch militaire. Le président Léon Mba est rétabli dans ses fonctions, alors que le retour à l’ordre constitutionnel s’effectue progressivement.
Le 28 novembre 1967, Léon Mba décède et son vice-président Omar Bongo Ondimba lui succède à la plus haute fonction, celle de président de la République. Dès son accession à la magistrature suprême, Omar Bongo Ondimba s’attelle à poursuivre l’œuvre de développement de son prédécesseur. Il renforce la classe politique face à l’urgence de développement national. Il réunit autour de lui les forces vives de la Nation, sans exclusive, au sein du Parti démocratique gabonais (PDG), crée le 12 mars 1968. Le parti unique apparaît comme le creuset de l’unité nationale et comme un des cadres dans lesquels se pense la politique nationale.
Face aux nécessités de développement et au déficit de ressources humaines compétentes et encore trop rares dans les divers secteurs de développement d’une économie en cours de modernisation, le gouvernement de cette époque encourage les étudiants gabonais en fin de formation à regagner au plus vite le pays afin d’occuper les responsabilités vacantes dans le secteur aussi bien public que privé. Le président de la République, soucieux de s’entourer de cadres compétents, met en place une réelle politique de constitution de la classe dirigeante nationale en rassemblant pour la conduite du pays vers son développement intégral l’ensemble des jeunes gabonais formés et aptes à assumer des fonctions de hautes responsabilités pour certaines d’entre elles. Certains objectifs de développement sont atteints entre 1967 et 1980: création du chemin de fer Transgabonais, création d’un port industriel et de marchandises en eau profonde, ouverture en 1970 du premier établissement universitaire d’enseignement supérieur, modernisation de la fonction publique et renforcement de ses effectifs par de jeunes Gabonais récemment sortis des plus grandes écoles et universités du monde (France, États-Unis, Canada, etc.).
Ainsi démarre le processus de production et de recomposition sociale de la classe dirigeante, dont nous explorerons les logiques d’émergence. Deux variables se conjuguent pour rendre compte des logiques d’émergence des élites politiques: les parcours socio-individuels et universitaires, et l’importance des systèmes de relations sociales, constitués par la franc-maçonnerie, qui ne font sens que replacés dans des temporalités historiques et politiques que nous rappelons, en miroir, au cours de l’analyse.
Les logiques d’émergence des élites politiques et administratives gabonaises
Les trajectoires sociales individuelles des élites politiques au Gabon se construisent à l’intersection de deux logiques dominantes dans lesquelles la jeunesse est un enjeu politique fort. La première renvoie à un programme présidentiel de rencontre de la jeunesse
[7]. Cette logique fait ressortir des parcours individuels marqués par un ancrage territorial: ce sont les trajectoires nationales centrées sur les clubs de jeunesse (aujourd’hui disparus), les invitations à la présidence de la République et sur un cursus scolaire et/ ou universitaire national. La deuxième logique laisse apparaître des trajectoires sociales caractérisées par un séjour à l’étranger, le plus souvent en France, pour compléter une formation universitaire commencée au Gabon.
Tableau 1
La formation suivie par les élites politico administratives
Types de trajectoires de formations suivies Effectif Pourcentages Trajectoires individuelles nationales 9 16% Trajectoires individuelles extérieures 19 34% Trajectoires individuelles nationales complétées par des études en France 28 50% Total 56 100
Les études universitaires suivies par nos informateurs mettent en valeur deux modèles de trajectoires individuelles communs aux hommes politiques et aux personnes de la haute administration publique avant leur nomination. Ces modèles restent essentiellement centrés sur les carrières menées dans la haute fonction publique et dans le secteur privé.
Tableau 2
Types de trajectoires, formes de parcours
Typologie 1 Trajectoires nationales (réseaux associatifs locaux) Système d’enseignement supérieur national (Universités, grandes écoles) Carrières dans la fonction publique Typologie 2 Trajectoires externes (sociabilité en France) Système d’enseignement supérieur français (cursus de la 1re année au 3e cycle, DEA, DESS, doctorat, diplôme d’ingé nieur) Carrière dans la haute fonction publique et le secteur privé
Les trajectoires individuelles nationales
Les trajectoires individuelles nationales définissent des parcours dont le point de convergence met en valeur le territoire et l’offre nationale de formation. Le territoire intervient de deux manières dans la construction des trajectoires nationales. Il émerge d’abord comme l’espace dans lequel s’effectue le cursus scolaire et universitaire. Il est ensuite le cadre des premières activités de la socialisation politique, l’initiation aux débats politiques dans les lycées à travers les associations et clubs de jeunesse et les invitations des jeunes scolarisés à la présidence.
Les clubs de jeunesse et les invitations de la jeunesse à la présidence
En 1967, après l’accession d’Omar Bongo Ondimba à la présidence de la République, la nouvelle classe politique met en place un programme de rencontre en direction des jeunes Gabonais par l’intermédiaire des clubs dits de jeunesse, associations à caractère socioculturel regroupant des élèves inscrits en fin d’études lycéennes dans les établissements d’enseignement secondaire de la capitale. Ces clubs ont pour vocation d’animer la vie lycéenne par des conférences et débats sur des sujets relatifs à la vie sociale, culturelle ou politique. Ils organisent aussi des activités diverses autour du journalisme scolaire, de la danse et du sport. Bien que composés de lycéens, ces clubs sont aussi encadrés par des étudiants inscrits à l’université nationale.
Les clubs de jeunesse sont essentiellement implantés sur la capitale Libreville puisqu’ils dépendent directement des lycées existant à cette période, c’est-à-dire le Collège moderne d’Akébé (devenu plus tard le lycée d’État de l’Estuaire), le lycée national Léon Mba, le collège Bessieux et le collège catholique de l’Immaculée Conception
[8]. A l’exception du lycée de Ndendé, situé dans la ville du même nom, l’intérieur du pays est peu équipé en établissements scolaires d’enseignement secondaire. Au début de l’année 1968, on retrouve la trace d’une grande effervescence de la jeunesse organisée autour de ces clubs qui se créent d’ailleurs en nombre important
[9]. Le contexte démocratique hérité du régime politique
[10] précédent admet encore cette animation associative de la jeunesse. La création des clubs et des associations de jeunes profite alors du contexte politique relativement démocratique permettant la libre association. Mais cette liberté d’association ne dure pas.
L’instauration du parti unique le 12 mars 1968 conduit les autorités politiques et administratives à interdire officiellement les associations de jeunesse, à l’exception de l’association « Les Dauphins ». Cette dernière, composée d’adhérents hétérogènes – élèves, travailleurs ou encore professionnels issus de l’administration publique et du secteur privé – fédère désormais l’ensemble des anciennes associations de jeunes. Peu à peu, la classe politique conduit la jeunesse à se reconnaître dans une organisation unique qui devient plus tard l’Union des jeunes du Parti démocratique gabonais (UJPDG), composante du parti unique. Un ancien ministre rappelle ce contexte social: « J’ai commencé en politique par les groupes de jeunesse de l’UJPDG lorsque j’étais encore au lycée. Nous faisions mes camarades et moi des groupes de débats sur des sujets de l’heure. C’était juste l’occasion d’échanger des informations entre jeunes à travers les clubs de jeunesse. Je dois dire que c’est grâce à ces structures associatives que nous les jeunes, nous nous faisions remarquer politiquement par les aînés. Il y avait une réelle confrontation d’idées et il fallait faire preuve de qualités oratoires. »
Le militantisme, de préférence zélé, au sein de l’Union des jeunes du Parti démocratique gabonais devient un moyen de mise en valeur des futurs cadres administratifs et des hommes politiques. Les critères d’admission y sont souples. D’ailleurs, l’UJPDG se revendique comme une structure associative et politique de masse: quelle que soit l’origine sociale ou familiale, tout jeune Gabonais peut y être intégré. La sélection s’effectue, en revanche, au niveau de la direction. L’identité ethnique et l’appartenance familiale sont néanmoins prises en compte pour faciliter la progression hiérarchique au sein de la direction. Parallèlement aux activités associatives en lien avec les établissements scolaires, dans lesquelles la jeunesse gabonaise fait son apprentissage de la vie politique et de la citoyenneté, cette même jeunesse est la cible des hommes politiques et de la classe dirigeante en étant régulièrement invitée à rencontrer le président à travers ce qui devient « les invitations de la jeunesse à la présidence de la République ».
Les animateurs des clubs de jeunesse, les étudiants restés au Gabon et ceux qui doivent partir en France sont régulièrement invités à la présidence. Entre 1967, année d’accession à la présidence de la République d’Omar Bongo Ondimba, et 1968, date de la création du PDG, cette tradition d’invitations de la jeunesse s’instaure pour s’achever vers la fin des années 1970. La classe politique engage, à travers ces invitations successives et surtout dans un souci de consolidation de son pouvoir, une politique de la main tendue vers les jeunes, déjà sensibles aux idéologies dominantes comme « la jeunesse est sacrée
[11] ». Selon les autorités politiques et administratives, ces invitations consistent à prodiguer des conseils sur la paix, sensibiliser sur l’évolution du Gabon et tenir un discours sur les attentes nationales quant à la contribution des jeunes au développement du pays. Les étudiants qui ne sont pas recrutés au lycée et qui ne sont pas reçus à la faveur de ces invitations présidentielles sont aussi ceux qui ont obtenu leur baccalauréat en France et vont y poursuivre leurs études supérieures. Ils suivent leurs études fortement sensibilisés à l’idée de revenir occuper les fonctions prestigieuses promises par les hautes personnalités de l’entourage du président de la République. La plupart des jeunes reçus par le président sont sensibles à son discours ; celui-ci apparaît comme le grand frère de tous les Gabonais, rebaptisé d’ailleurs par la population « Yaya Bongo
[12] ». C’est ce que nous confirme un ministre: « Le président se voulait rassembleur et consensuel face à une jeunesse qui avait donné du fil à retordre à son prédécesseur Léon Mba. Il se disait que plutôt qu’affronter cette jeunesse parfois remuante, il valait mieux l’attirer avec d’autres méthodes beaucoup plus subtiles. »
Il faut dire aussi que le recrutement orienté vers la jeunesse lycéenne ou celle ayant commencé un cursus universitaire répond à la faiblesse nationale de cadres compétents, aptes à occuper des responsabilités politiques et administratives. « Le nouveau président arrive au pouvoir dans le sérail de Léon Mba. S’il veut se défaire de la classe politique laissée par son prédécesseur, il lui faut trouver des cadres aux compétences diverses. Or il n’a pas eu le temps de se préparer à la prise du pouvoir. Il lui faut donc créer une élite dirigeante instantanément. A partir de cette année, le président va accélérer la formation des élites administratives et politiques qu’il souhaite voir gouverner avec lui », nous dit un haut fonctionnaire de l’administration publique.
Les associations de jeunes et les rencontres à la présidence avec les autorités de l’État permettent au pouvoir d’identifier les individus capables, en fonction du niveau d’études déjà atteint et de leur soutien politique au nouveau régime, de suivre dans un délai court une formation universitaire et professionnelle au Gabon. Leurs formations achevées, ces personnes ont rapidement occupé des responsabilités dans l’administration publique dans des domaines aussi divers que la santé, l’éducation, la justice, les douanes, la police, la télévision nationale ou encore les ministères techniques qui nécessitent une compétence pointue (agriculture, finances, mines et pétrole). Les entreprises publiques et semi-publiques comme l’ancien Office des postes et télécommunication (aujourd’hui privatisé) accueillent également cette jeunesse compétente prête à servir l’État. Par exemple, dans l’armée, nombre de personnes voulant devenir officiers ont suivi une formation dans une académie ou école militaire africaine ou française au cursus court. « Ce sont des gens qui, selon les besoins de la nouvelle classe politique en cours de formation, ont eu accès en très peu de temps à l’appareil d’État et parfois dès leur sortie de l’université ont occupé des positions très élevées dans l’administration publique ou dans les grands corps de l’État. Ils sont passés, sans transition, de la chambre d’étudiant au bureau climatisé et à la voiture de luxe avec chauffeur ».
Exemples de trajectoires nationales
Albert a 60 ans au moment de l’enquête. Marié et père de 12 enfants, il est né dans la région du Sud-Gabon. Son parcours universitaire et professionnel est intéressant du point de vue de son ancrage local. Après plusieurs affectations administratives à l’intérieur du pays (Lébamba, Makokou, Koula-Moutou, Franceville, Port-Gentil) comme magistrat, il est nommé conseiller juridique à la mairie de Libreville en 1983, avant d’intégrer la Cour administrative en 1994. Son parcours montre une réorientation de sa trajectoire liée à l’intervention d’une relation d’amitié d’école et à des considérations privées: la rencontre avec celle qui deviendra sa femme. « Je suis né en 1940 à Makokou. J’ai effectué mes études primaires à l’école Montfort de Libreville de 1950 à 1955. J’ai suivi mes études secondaires au collège Saint-Gabriel de Mouila. Entre 1964 et 1966, j’ai poursuivi mes études par un cycle supérieur au Centre d’enseignement supérieur de Brazzaville dont je suis diplômé de la section droit. J’ai commencé ma carrière professionnelle comme instituteur à Franceville ; je l’ai poursuivie à Port-Gentil puis à Libreville. En 1979, je suis devenu magistrat, chef des juridictions à Libreville puis à Franceville, à Koula-Moutou et à Lambaréné (chefs lieux de province). Grâce à un ami d’école, qui occupait une haute responsabilité administrative dans la capitale, je suis devenu magistrat à Libreville. Il n’y avait pas encore à cette période d’École nationale de la magistrature. Et puis, il y a eu la rencontre avec celle qui deviendra ma femme. Tout cela a pesé probablement dans mon choix de venir dans la capitale. En 1985, je suis devenu conseiller juridique à la mairie de Libreville et, en 1986, membre du comité central du PDG, dont j’ai démissionné peu avant la conférence nationale. En 1993, je suis devenu secrétaire général de la Cour constitutionnelle et, en 1994, commissaire adjoint à la loi au sein de la Cour administrative. »
Serge a 45 ans. Marié, il est né dans la province de l’Ogouée-Maritime, à Port-Gentil. Issu d’une famille nombreuse, il affiche des origines sociales modestes. Son parcours universitaire reste très local et débouche sur une intégration au sein de l’administration publique gabonaise comme magistrat. « Après mon baccalauréat en série Lettres, j’ai intégré la faculté de droit de Libreville. J’ai obtenu au bout de quatre ans ma maîtrise en droit. J’ai passé ensuite le concours d’entrée à l’École nationale de la magistrature. Au bout de deux années de scolarité au sein de l’école, j’ai prêté serment. J’ai commencé à exercer ma profession de magistrat. C’était ma première intégration à la fonction publique. Après avoir servi à différentes juridictions (Libreville, Oyem, Port-Gentil), j’ai été nommé au cabinet du ministre de la Planification comme conseiller juridique. Aujourd’hui, je suis conseiller juridique au ministère des Affaires étrangères. »
Les trajectoires nationales montrent comment le président de la République sensibilise et « socialise » cette jeunesse par le jeu des rencontres successives qui lui permettent d’apparaître face à elle comme un homme généreux et magnanime. « Et la plupart des acteurs de cette période resteront marqués par la générosité du président. Ce dernier connaît personnellement nombre d’acteurs politiques actuels. Il les a rencontrés durant cette phase. »
La formation suivie au Gabon et la socialisation politique nationale mettent en évidence des trajectoires politiques linéaires. Ce type de trajectoires est suivi par la plupart des élites politiques et administratives de la première génération de dirigeants qui gouvernent avec le président Omar Bongo Ondimba, et dont on peut approximativement situer l’entrée en politique et dans l’administration à partir de 1967 jusqu’au début des années 1980. La « dynamique de production sociale » se prolonge par un recrutement tourné vers l’extérieur des frontières et particulièrement vers les établissements d’enseignement supérieur français, incontestable vivier de formation des élites politiques gabonaises. Le passage universitaire par la France, généralement, ouvre une voie supplémentaire pour comprendre l’intégration administrative ou politique. Ces trajectoires sociales individuelles dessinent un deuxième type de parcours que l’on peut généraliser au reste de l’élite politique et administrative, c’est-à-dire celle partie se former à l’extérieur du pays.
Les trajectoires individuelles externes
Les trajectoires individuelles externes de formation des élites politiques et administratives trouvent leur origine principalement en France
[13] et regroupent les personnes possédant une solide formation universitaire et un militantisme étudiant au sein d’associations comme la Fédération des étudiants d’Afrique noire de France (FEANF
[14]), l’Association générale des étudiants gabonais (AGEG
[15]) ou les autres mouvements étudiants existant dans les établissements français autour des années 1970. Ces établissements d’enseignement supérieur restent le lieu de formation d’une partie des élites actuelles, même si certaines d’entre elles ont été formées dans d’autres pays d’Europe et aux États-Unis ou au Canada. La préférence des autorités gabonaises pour les établissements d’enseignement universitaire français, en plus de divers accords techniques, repose d’abord sur l’inexistence de la barrière linguistique puisque le français est au Gabon la langue officielle. Elle tient ensuite à des considérations historiques évidentes: le Gabon est une ancienne colonie française et la présence soutenue de la France dans différents secteurs de la vie quotidienne donne lieu à une proximité politique et culturelle entre les deux pays.
Exemples de trajectoires individuelles au sein d’établissements supérieurs français
Marie a 47 ans au moment de l’enquête. Séparée de son mari et mère de deux enfants, son parcours scolaire et professionnel est représentatif des trajectoires individuelles d’une partie relativement importante des élites politiques gabonaises. Un séjour universitaire plus ou moins long en France explique aussi l’existence d’une sociabilité construite entre les anciens étudiants gabonais formés en France. « J’ai obtenu mon baccalauréat en série scientifique. Après mes études secondaires au lycée national Léon Mba, je suis allée à Paris pour y poursuivre des études supérieures. J’ai fait l’École polytechnique en France (section féminine). Je me suis spécialisée en génie civil. J’ai ensuite suivi l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) à Paris, où j’ai obtenu un DESS. Une fois de retour au Gabon, j’ai intégré le ministère de l’Équipement et je suis devenue fonctionnaire. Concernant mes activités politiques, je suis membre du PDG. Je suis également membre du Comité consultatif à la fonction publique. Depuis 1998, je suis conseiller du Premier ministre. »
Pascal est né en 1946 à Mandji, dans une famille de notables locaux dont le père est retraité de l’administration coloniale. Après des études primaires à Port-Gentil, il part pour la France où il obtient un baccalauréat technique, complété par des études supérieures longues. « Après un baccalauréat technique, j’ai suivi une formation universitaire en France. Il s’agissait d’une préparation en un an au concours d’entrée à l’École des arts et métiers. J’ai ensuite intégré l’École nationale supérieure des arts et métiers d’Aix-en-Provence, en 1964. En 1970, j’en suis sorti diplômé avec le grade d’ingénieur des arts et métiers. En 1971, je suis rentré à l’Institut polytechnique de Lyon pour suivre une spécialisation en électricité. A la fin de mes études, j’ai commencé à travailler dans la Société nationale d’électricité qui m’avait d’ailleurs préembauché avant la fin de mes études. J’y ai travaillé de 1970 à 1981. Je me suis engagé en politique en 1980 lors d’un congrès du Parti démocratique gabonais. Des amis originaires de ma province m’avaient encouragé à me présenter et m’ont par la suite soutenu. A l’époque, il était de bon ton que les cadres du pays appartiennent au PDG. N’oublions pas que nous sommes sous le parti unique. »
Sociabilité, université et recrutement politico administratif
« La sociabilité désigne l’ensemble des relations sociales effectives vécues qui relient un individu à d’autres individus par des liens interpersonnels et/ ou de groupes » (Bidart 1988). Autrement dit, c’est « l’ensemble des relations qu’un individu entretient avec d’autres, compte tenu de la forme que prennent ces relations » (Degenne et Forsé 1994). La sociabilité naît du système de relations dans lequel sont insérés les individus (les associations étudiantes et les groupes politiques affinitaires) et du contexte politique dans lequel elle s’actualise. Acteurs et contextes sont importants pour la survie des liens sociaux car « les relations nées dans un contexte précis, un état précis de socialisation, doivent pour résister s’adapter à ces multiples transformations » (Bidart 1997, p. 335). Interrogées sur leurs fréquentations à l’université, les personnes rencontrées citent en priorité les relations nouées durant les études, même si, au cours de la discussion, d’autres liens sont évoqués (comme la parenté) pour signaler leur importance dans la mobilisation relationnelle. Les descriptions obtenues et l’évocation fréquentes de liens d’amitié noués à l’université montrent combien ceux-ci sont significatifs. Les années universitaires peuvent être considérées comme le contexte d’origine des liens alors que les identités territoriales et l’ethnicité sont moins souvent citées.
La sociabilité étudiante met en évidence deux logiques. La première est strictement universitaire. Elle montre une sociabilité basée sur les affinités nées de la fréquentation d’un même lieu d’étude (84 %). Les liens tissés durant cette phase sont à la fois forts et professionnellement utiles, ce qui en fait un facteur privilégié dans le choix des collaborateurs de cabinets ministériels. La deuxième logique repose sur une sociabilité liée aux affinités politiques. Les individus entretiennent des liens forts parce qu’ils partagent les mêmes convictions politiques et nourrissent les mêmes ambitions, celles d’occuper des positions sociales, de préférence prestigieuses, dans l’administration gabonaise ou la hiérarchie politique. Cette seconde logique est particulièrement intéressante en ce qu’elle produit une sociabilité « à part », distinguant ceux qui ont fréquenté les mêmes universités et qui ont des convictions politiques semblables, de ceux qui ne se reconnaissent pas dans la classe dirigeante du pays. Ces logiques mettent ainsi en évidence les clivages idéologiques existant au sein des groupes d’universitaires gabonais étudiant en France.
Les anciens étudiants dont les liens d’amitié sont nés à l’université vont développer des liens sociaux
[16] qui seront, une fois retournés au Gabon, réactivés au profit d’un recrutement politique ou d’une nomination administrative dans l’appareil d’État. Dans certains services de l’administration publique par exemple, nous avons repéré des recompositions sociales autour d’anciens amis de faculté ou d’université.
Le cercle parisien du gouvernement gabonais
Les trajectoires individuelles des hommes politiques et des personnes de haut rang dans l’administration publique, passées par des entités associatives, donnent lieu, au niveau national, à une solidarité construite à l’étranger. C’est le cas du « cercle parisien du gouvernement gabonais » dont l’existence nationale se prolonge à travers des associations d’anciens étudiants des universités parisiennes. Ce cercle, qui prolonge l’entraide et le lien social créés en France, a pour vocation de soutenir les promotions individuelles de ses membres issus de trois universités parisiennes: Paris V, Paris VII et Paris X-Nanterre. La spécificité de cette association repose, en plus des lieux de formation communs, sur son caractère multiethnique et sur un niveau d’instruction élevé. Ceux qui ont fréquenté l’Association des étudiants gabonais de Paris ont pu développer des liens grâce auxquels s’est construite une solidarité sociale dès le retour au Gabon. Pour certains de ses adhérents, les amitiés étudiantes ont permis la réalisation d’une carrière administrative exceptionnelle, tenant lieu de modèle de réussite sociale. « Il m’arrive de m’entourer d’anciens collègues de la faculté pour gérer avec moi le cabinet. De toute façon, il faut gouverner et travailler avec des gens dont la confiance et la loyauté politique ont été, durant de longues années, mises à rude épreuve. On travaille avec des gens que l’on connaît. Par exemple, mon directeur de cabinet et mon conseiller juridique sont des anciens collègues de la faculté à Nanterre (Université de Paris). Et les autres dans les ministères et les institutions constitutionnelles en font autant parfois. Comme cela la précaution est double. Ce sont des anciens collègues que je connais relativement bien et nous sommes dans le même parti » (témoignage d’un ministre).
Lors d’un conseil des ministres, moment par excellence où se jouent les promotions administratives individuelles, un directeur de cabinet propose au ministre un ancien camarade de faculté. « Dieudonné et moi, nous nous connaissons depuis la faculté à Paris. Nous avons fréquenté la même université à Paris V-Sorbonne. Je sais qu’il est compétent et nous avons toujours entretenu d’excellentes relations d’amitiés. Cela ne date pas d’aujourd’hui. Au moment où le ministre recherchait un conseiller, j’ai proposé son nom en tant que directeur de cabinet. Aujourd’hui, il est conseiller technique du ministre chargé de la culture » (témoignage d’un directeur de cabinet).
L’Association des anciens étudiants des universités parisiennes semble donc être le fait d’amis ou de voisins de chambre universitaire désormais essaimés entre divers ministères. La solidarité fondée sur le lieu d’étude s’étend aussi à d’autres administrations. Le conseiller du ministre auprès duquel l’entretien a été réalisé raconte comment un ami de faculté a recommandé sa nomination. « M. Martin [directeur de cabinet du ministre] était déjà bien introduit dans le milieu [politique]. Lorsque je suis arrivé avec mes diplômes rentrant de France, après un an de chômage à la maison, il m’a proposé comme conseiller auprès du ministre. C’est véritablement un ami, car nous avons suivi un peu le même cursus à la faculté à Paris [Nanterre] et nous étions logés dans la même résidence universitaire. De plus, nous étions dans l’Association des Gabonais à Paris, on se voyait souvent, ça m’a peut-être aidé, là-bas » (témoignage du conseiller d’un ministre).
Chaque personne qui travaille dans un cabinet ministériel entretient une relation particulière avec l’autorité ministérielle, comme le précise ce haut fonctionnaire. « Je suis directeur de cabinet. Il y a deux conseillers du ministre, un Nzebi (ethnie du Gabon) qui n’est pas un parent du ministre mais qui est un ami intime de celui-ci. Ils se sont rencontrés, paraît-il, pendant leurs études. Il y a un autre conseiller du ministre qui est encore une de ses relations lointaines et qui est compétent. Il est diplômé d’un troisième cycle en droit. Le cabinet du ministre est complété par un chargé de mission. Celui-ci est aussi une relation personnelle du ministre. C’est quelqu’un qui a des relations d’écoles et de lycée avec lui. Ce n’est pas toujours la compétence, il y a aussi la relation personnelle avec le ministre ou avec l’autorité capable de nommer » (témoignage d’un directeur de cabinet).
Le cabinet ministériel est le cadre qui permet d’identifier les amitiés nouées durant les études et de reconstituer les anciennes affinités étudiantes. Leur instrumentalisation est simplifiée par le pouvoir de nomination discrétionnaire des ministres. La sociabilité née à l’université est déterminante pour le recrutement, si elle est prolongée au niveau national, comme c’est le cas par des associations d’anciens élèves et étudiants dont les réunions ont lieu souvent et dont la presse nationale
[17] se fait régulièrement l’écho. La force du lieu d’étude est donc un élément crucial dans la construction de la solidarité et dans le recrutement politique ou la nomination administrative.
Conclusion: Les entités collectives dans la construction des parcours individuels
L’analyse du parcours des élites politiques et des modes de construction des trajectoires sociales individuelles observées permet de questionner deux points. Le premier concerne la jeunesse gabonaise scolarisée. Elle est au centre des actions de la classe dirigeante qui en fait un enjeu politique. Le président Omar Bongo Odimba considère cette jeunesse comme le vivier dont émerge la nouvelle élite politique avec laquelle il souhaite gouverner. Pour les gouvernants, la jeunesse devait, dès l’enseignement secondaire afficher sa loyauté politique envers les autorités politico-administratives de l’époque en militant soit au sein des associations existantes soit à travers une intégration directe du parti unique. Les objectifs de la classe dirigeante sont clairs: il s’agit, d’abord, d’assurer la promotion de jeunes hommes et femmes formés et instruits dans les plus grandes institutions d’enseignement supérieur des pays accueillant les jeunes Gabonais partis se former (France, États-Unis, Canada, Belgique, etc.) ; puis de renouveler progressivement les acteurs politiques dont une importante composante est issue de l’ancienne élite dirigeante du prédécesseur d’Omar Bongo Odimba ; enfin, l’intégration de la jeunesse étudiante correspond à son positionnement à des postes de responsabilités administratifs et techniques afin de conduire le pays vers une modernisation de son économie.
Un deuxième point renvoie au rôle des entités sociales (les associations de jeunesse, étudiantes ou lycéennes) existant durant la période des études et implantées dans les campus aussi bien nationaux qu’à l’extérieur du pays. A cela, il faut ajouter la place des liens sociaux tissés durant la phase des études et qui peuvent devenir professionnellement utiles. Ceci s’apparente à un « système de relations », élément de composition d’une trajectoire sociale individuelle, fait de liens sociaux « fabriqués » durant les études (amitié, lien d’affinité politique, liens naissant d’un lieu d’étude similaire, lien tissés grâce à la fréquentation des mêmes associations) des ressources sociales potentiellement mobilisables lors d’un recrutement politique ou d’une nomination administrative.
La construction des trajectoires par les catégories (diplômes, sexe, âge) n’explique que trop partiellement les facteurs à l’œuvre. Le système de relations et les entités sociales dans lesquelles sont insérés les acteurs participent à la construction des trajectoires individuelles de ceux qui deviendront par la suite des hommes politiques gabonais ou des personnalités haut placées dans l’administration publique. Une trajectoire individuelle idéale typique que l’on peut généraliser à la plupart des élites politiques suit, en définitive, trois étapes: premièrement, l’obtention du baccalauréat dans un lycée national ; deuxièmement, l’inscription dans un établissement d’enseignement supérieur français (université ou école) dont le troisième cycle est le cursus privilégié ; enfin une intégration dans l’administration publique, semi-publique ou dans le secteur privé (entreprises privées), puis une progression au sein de la hiérarchie administrative, pouvant aboutir pour certains à un poste ministériel.
Les trajectoires sociales et individuelles, sur lesquelles s’appuie notre propos, ont une valeur explicative. Il semble toutefois, en suivant les analyses menées par Michel Grossetti (1995), que certaines d’entre elles peuvent être considérées comme des références collectives sur lesquelles se construisent des projets individuels. En effet, l’analyse des parcours individuels met en évidence des typologies de trajectoires sociales des élites politiques rencontrées. Celles-ci tracent des tendances lourdes qui n’épuisent guère le « champ des possibles » des parcours individuels suivis. Un certain nombre de variables supplémentaires peuvent être mobilisées et ainsi rendre compte différemment du rôle des entités collectives dans les parcours sociaux: citons par exemple la place des liens de familles comme ressources mobilisables ou encore l’importance des réseaux sociaux existants avec les notables locaux et qui peuvent apparaître comme autant d’éléments déterminant les parcours individuels. Ainsi, ce qui a été présenté semble suffisant pour étayer le point de vue défendu ici: il existe bien une composante relationnelle des trajectoires sociales et individuelles repérée ici grâce à la notion de cercles sociaux. Ceux-ci sont déterminants pour intégrer l’élite politique et administrative. Ils renvoient au jeu complexe de logiques sociales dépendant aussi bien des caractéristiques individuelles que des structures relationnelles dans lesquelles ils sont insérés.
·
Abelès, M. (1984), « Les réseaux sociaux et le pouvoir », Sciences humaines, hors série, no 5, juin, p. 17-19.
·
Abelès, M. et C. Collard (1985), Age, pouvoir et société en Afrique noire, Paris, Karthala.
·
Adler Lomnitz, L. (2001), « The effects of globalisation on the political system of Mexico », Sunbelt XXI Conference, Budapest.
·
Augé, A. (2003), Le Recrutement social des élites politiques au Gabon. La place du lien ethnique et des autres liens, thèse de doctorat en sociologie (N.R.), Université Toulouse II, mars.
·
Bajoit, G. (1992), Pour une sociologie relationnelle, Paris, PUF.
·
Bidart, C. (1997), L’Amitié, un lien social, Paris, La Découverte.
·
Bidart, C. (1988), « Sociabilités: quelques variables », Revue française de sociologie, vol. XXIV, no 4, p. 621-648.
·
Bourdieu, P. (2000), Propos sur le champ politique, Lyon, Presses universitaires de Lyon.
·
Bourdieu, P. (1989), La Noblesse d’État, Paris, Minuit.
·
Bourdieu, P. (1984), Homo academicus, Paris, Minuit.
·
Bourdieu, P. (1980), « Le capital social. Notes provisoires », Actes de la recherche en sciences sociales, no 31, p. 2-3.
·
Bourdieu, P. (1980), Questions de sociologie, Paris, Minuit.
·
Bourdieu, P. (1970), La reproduction, Paris, Minuit.
·
Burt, R. (1992), Structural Holes. The social structure of competition, Cambridge (Mass.), Harvard University Press.
·
Busino, G. (1992), Elites et élitisme, Paris, PUF.
·
Busino, G. (1988), Cahiers Vilfredo Pareto. Genève, Droz, tome XXVI, no 80.
·
Dogan, M. (1967), « Les filières de la carrières politiques », Revue française de sociologie, vol. VIII, p. 468-482.
·
Degenne, A. et M. Forsé (1994), Les Réseaux sociaux, Paris, Armand Colin.
·
Dubar, C. (1998), « Trajectoires sociales et formes identitaires: clarifications conceptuelles et méthodologiques », Sociétés contemporaines, no 29, p. 73-85.
·
Dubar, C. (1995), La Socialisation. Construction des identités sociales et professionnelles, Paris, Armand Colin.
·
Ferrand, A. (1999), Guide pratique d’analyse des données sur les réseaux personnels, Lille, Université des sciences et technologies de Lille.
·
Foucault, M. (2001), Dits et écrits I. 1954-1975, Paris, Gallimard.
·
Forsé, M. (1991), « Les réseaux de sociabilité: un état des lieux », L’Année sociologique, no 41, p.248-264.
·
Forsé, M. (1989), L’Ordre improbable. Entropie et processus sociaux, Paris, PUF.
·
Forsé, M. (1980), « Note sur la sociabilité », L’Année sociologique, no 30, p.355-369.
·
Giddens, A. (1979), Central Problems in Social Theory. Action, structure and tradition in social analysis, Londres, Macmillan.
·
Goffman, E. (1991), Les Cadres de l’expérience, Paris, Minuit (traduction de Frame analysis: An essay on the organization of experience, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 1974).
·
Goffman, E. (1974), Les Rites d’interaction, Paris, Minuit.
·
Granovetter, M. (1994), « Les institutions économiques comme constructions sociales: un cadre d’analyse », dans A. Orléan (dir.), Analyse économique des conventions, Paris, PUF, p. 79-85.
·
Granovetter, M. (1985), « Economic Action and Social Structure: The problem of embeddedness », American Journal of Sociology, no 91, p. 481-510.
·
Granovetter, M. (1982), « The strength of Weak ties: A Network revisited », in P.V. Mardsen et N. Lin (dir.), Social Structure and Network Analysis, Beverly Hills, Sage Publications.
·
Grémion, P. (1976), Le Pouvoir périphérique. Bureaucrates et notables dans le système politique français, Paris, Le Seuil.
·
Grossetti, M. (2002), « Relations sociales, espaces et mobilités », Rapport final de recherche pour le plan Urbanisme Construction Architecture, programme « Mobilités et territoires urbains », Centre d’études des rationalités et des savoirs (CERS), Université Toulouse II, septembre.
·
Grossetti, M. (2001), « Les effets de proximité spatiale dans les relations entre organisations: une question d’encastrements », Espaces et sociétés, no 101-102.
·
Grossetti, M. (1995), Science, industrie et territoire, Toulouse, PUM.
·
Grossetti, M. (1992), « Réseaux sociaux et territoire. Quelques réflexions », POUR, no 134, juin, p. 97-105.
·
Grossetti, M. et al. (1998), La Construction des politiques locales, Paris, L’Harmattan.
·
Grossetti, M. et M.-P. Bès (2001), « Encastrement et découplages dans les relations sciences-industries », Revue française de sociologie, vol.o XLII, p. 327-355.
·
Grossetti, M. et T. Blöss (1999), Introduction aux méthodes statistiques en sociologie, Paris, PUF.
·
Héran, F. (1988), « La sociabilité, une pratique culturelle », Economie et statistique, no 216, p. 3-22.
·
Lazega, E. (1998), Réseaux sociaux et structures relationnelles, Paris, PUF.
·
Lazega, E. (1994), « Analyse de réseaux et sociologie des organisations », Revue française de sociologie, vol. XXXV, p. 293-320.
·
Lemieux, V. (1999), Les Réseaux d’acteurs sociaux, Paris, PUF
·
Makita Kasongo, G. (1989), Capital scolaire et pouvoir social en Afrique, Paris, L’Harmattan.
·
Santelli, E. (2001), La Mobilité sociale dans l’immigration, Toulouse, PUM.
[1]
Écoles militaires de Saint-Cyr Coëtquidan, Laboratoire Études africaines, Centre de recherche des écoles de Coëtquidan, assistant, chargé d’enseignement et de recherche.
[2]
Voir les travaux de Claude Dubar sur cette question, notamment Dubar (1995, 1998). Voir Grossetti (1995) qui consacre un chapitre à l’étude des trajectoires individuelles d’une population d’ingénieurs et d’universitaires ; Santelli (2001).
[3]
Voir Grossetti (1995).
[4]
Pour Alain Degenne, un cercle social désigne un ensemble de personnes qui se reconnaissent comme faisant partie de cet ensemble. Voir Degenne et Forsé (1994).
[5]
Au plan méthodologique, un corpus de 56 personnes appartenant à l’élite politique a été constitué afin de réaliser des entretiens semi-directifs avec les personnes-ressources impliquées dans l’action politique et administrative.
[6]
Les entretiens utilisés dans ce texte sont issus de Augé (2003).
[7]
La notion de jeunesse utilisée dans ce texte ne s’entend pas au seul sens biologique bien que cette dimension soit primordiale. Chez les auteurs fonctionnalistes, la jeunesse est définie à partir des rôles sociaux. En médecine comme en psychologie, la jeunesse désigne un stade de développement biologique qui renvoie d’abord à l’adolescence puis à la crise pubertaire. En sociologie, Galland (1990) considère insatisfaisantes les deux définitions proposées par ces disciplines, en raison de leur tendance à présenter la jeunesse comme une catégorie a-historique et a-sociale dont les comportements sont fixés une fois pour toute. La jeunesse désigne ici (on dira aussi jeunes adultes) un ensemble de personnes dont l’âge oscille entre 18 et 25 ans, inscrites dans des universités étrangères ou nationales et menant, pour certains d’entre elles, une activité associative ou politique (grâce notamment aux structures réservées aux jeunes comme l’UJPDG). Les jeunes sont également les étudiants gabonais compris dans cette classe d’âge dans la période allant de 1960 à 1975: ils ne sont pas encore des agents économiques actifs. Le statut d’étudiant en fait des acteurs potentiels de la scène politique nationale en raison de leur capital culturel. L’intérêt des autorités politiques de cette époque pour cette catégorie de population répond incontestablement aux potentialités de changement social, idéologique et politique dont la jeunesse est porteuse.
[8]
Dans les années 1980, le lycée Léon Mba et le collège de l’Immaculée Conception sont des établissements scolaires considérés par le citoyen comme le fleuron de l’enseignement secondaire national. Ils accueilleront d’ailleurs un nombre relativement important d’enfants dits des grandes familles politiques.
[9]
On en compte six dans les six établissements répertoriés et 12 parmi les associations de jeunes.
[10]
De 1960 à 1967, sous la présidence de Léon Mba, le régime politique est multipartiste.
[11]
Le Parti unique crée ce slogan pour rappeler à la population et particulièrement à la jeunesse l’intérêt qu’il porte à cette catégorie de population à travers la mise en place de politiques sociales, éducatives et économiques destinées à améliorer ses conditions de vie.
[12]
L’expression « Yaya Bongo » signifie en langue Téké, une des langues parlée par l’ethnie Mbédé-Téké, le grand frère.
[13]
L’analyse suivie est essentiellement centrée sur les parcours individuels de formation au sein d’établissements supérieurs français.
[14]
La FEANF, qui compte en son sein des étudiants de l’Afrique et des Caraïbes, accueille parmi ses dirigeants un certain nombre d’étudiants gabonais, dont l’un d’eux deviendra, dès son retour au Gabon, un puissant ministre des Finances et de l’Économie.
[15]
L’AGEG a été créée en France.
[16]
Les cercles sociaux qui en découlent peuvent être considérés comme des entités fonctionnant sur le principe de reconnaissance individuelle lié au même lieu (fréquentation de la même université, du même lieu et de la même ville de formation).
[17]
Si nous n’avons pas directement rencontré de responsables de ces associations lors de nos enquêtes de terrain successives, en revanche, certains informateurs ont avoué appartenir à ces structures associatives et ont admis l’existence de solidarités réciproques en leur sein, capables de prendre diverses formes.