Afrique contemporaine
De Boeck Université

I.S.B.N.2804149285
238 pages

p. 15 à 35
doi: 10.3917/afco.214.0015

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Dossier « Jeunes ruraux »

no 214 2005/2

2005 Afrique contemporaine Dossier « Jeunes ruraux »

Introduction thématique

Les jeunes ruraux à la croisée des chemins

Jean-Pierre Chauveau  [1]
Peuplée pour près de 50 % de jeunes âgés de 10 à 24 ans [2], l’Afrique est confrontée à une situation persistante de pauvreté et de stagnation économique qui offre bien peu d’alternatives aux nouvelles générations. Dans un nombre significatif de pays, les perspectives sont encore pires : la participation massive des jeunes aux violences ethniques et politiques et aux guerres civiles peut faire penser que leurs forces vives sont davantage employées à détruire la solidarité nationale qu’à œuvrer à sa mobilisation. Commune à toute société, la question du renouvellement des générations se pose donc plus que jamais en Afrique [3].
Ce dossier porte sur les situations rurales, qui sont souvent délaissées au profit des terrains urbains dans l’abondante littérature publiée depuis les années 1980 sur la question brûlante des « jeunes » en Afrique – les guillemets s’imposent avant toute clarification de ce terme. La question des jeunes s’y pose-t-elle en des termes différents ? Leur avenir se joue-t-il dans les grandes villes, vers lesquelles les projections démographiques de l’exode rural détournent toutes les inquiétudes ? Qu’apporte la prise en compte des situations rurales pour la compréhension de cette question ? L’amélioration des conditions sociales faites aux jeunes ruraux passe-t-elle uniquement par des programmes à base agricole et rurale ? Cette introduction au dossier des « jeunes ruraux » ne prétend pas répondre à toutes ces questions ni explorer tous les aspects de ce thème, mais les quelques points qui seront développés ci-après peuvent contribuer à renouveler la manière de les poser.
Un survol de l’abondante littérature sur les jeunes en Afrique et son évolution nous semble un préalable indispensable pour clarifier les termes du débat. Nous proposerons ensuite quelques pistes de réflexion à partir de la littérature et des contributions anthropologiques de ce dossier. Celles-ci présentent l’intérêt de porter, malgré les différences de contexte, de posture de recherche et d’échelle d’analyse, sur des études de cas dans des pays impliqués dans l’un des foyers transnationaux de conflit les plus préoccupants en Afrique : le Libéria et la Sierra Leone (P. Richards), la Côte d’Ivoire (J.-P. Chauveau) et, plus indirectement, le Ghana (K. Amanor) et le Bénin (P.-Y. Le Meur).
Renouvellement des générations, crise de la jeunesse, ruralité
L’évolution de la littérature anthropologique sur le thème des jeunes en Afrique met en évidence les déplacements conceptuels dans ce domaine de recherche. D’une problématique en termes de renouvellement des générations et de changements dans les rapports entre générations, on est passé à la question des jeunes générations comme « problème social » en soi. Cette évolution de la problématique est consécutive aux profonds changements intervenus, à partir des années 1980, dans le contexte du développement des pays africains. Mais elle est aussi étroitement associée à la façon de considérer la place du « rural » dans ces changements.
Avant les années 1980, la question des « jeunes » était rarement considérée en soi. Elle relevait de l’étude des différenciations sociales basées sur l’âge et l’appartenance à des générations. L’objectif était de rendre compte de la construction sociale et culturelle des catégories d’âge et des conditions d’institutionnalisation des dispositifs de régulation générationnelle dans une problématique plus large de reproduction sociale. L’Afrique apparaissait comme l’aire culturelle d’élection des systèmes de classes d’âge et de générations, mais ces systèmes étaient aussi confrontés à de profonds changements socio-économiques [4]. Les études privilégiaient néanmoins les terrains « traditionnels » de l’anthropologie, c’est-à-dire les milieux originels des communautés étudiées qui, pour l’essentiel, étaient ruraux. L’anthropologie marxiste, influente dans les années 1960 et 1970, ne changea pas fondamentalement la perspective et les méthodes, mais elle introduisit un débat sur la nature des relations entre « cadets » et « aînés sociaux » et ses implications sur la reproduction économique et sociale des communautés traditionnelles dans le contexte moderne de leur intégration directe ou indirecte au capitalisme mondial [5].
La période des années 1980 fut celle de l’émergence de la crise économique générale des pays africains, sur un arrière-fond de dysfonctionnements institutionnels accumulés depuis les indépendances. La mise en œuvre sans discernement des programmes d’ajustement structurel aggrava continûment la situation des catégories sociales les plus exposées à un changement brutal des conditions d’accès aux ressources. Les nouvelles générations figuraient parmi les victimes les plus manifestes. Une abondante littérature s’est alors développée à partir de cette période sur les « jeunes » et « la jeunesse », ces termes désignant une catégorie sociale en soi [6]. Depuis lors, la catégorie de « jeunes » sert de label générique pour désigner ce qu’auparavant on aurait plutôt appelé les « jeunes générations », et dans une perspective de recherche nouvelle justifiée par le changement de contexte. L’objet est surtout de rendre compte de la situation d’une catégorie sociale particulièrement vulnérable aux crises, désignée par référence à l’âge mais considérée comme largement détachée des dispositifs traditionnels de régulation intergénérationnelle que les anthropologues des générations précédentes traquaient dans les villages et en milieu rural.
Le regard s’est alors porté sur les capitales et les grandes villes, au motif que c’est là que les processus de recomposition sociale sont à la fois les plus avancés et les plus critiques [7]. Ces études mettent en exergue la complexité et la violence des mécanismes urbains de différenciation sociale qui pèsent sur les jeunes, comparativement aux rapports entre générations au sein des communautés et des familles rurales. Elles s’intéressent tout particulièrement au processus d’individuation/individualisation des jeunes citadins, à leur marginalisation, mais aussi à leur capacité d’initiative dans leurs stratégies de lutte contre la crise économique et l’exclusion. L’exode rural des jeunes est souvent interprété de manière unilatérale comme un processus difficile et inachevé de rejet des rapports avec le milieu rural gérontocratique. Lorsque la catégorie sociale des « jeunes » continue de faire système avec celles de « pères » et d’« aînés », ceux-ci sont plutôt, désormais, des « patrons » entrepreneurs et politiciens ou les « vieux pères » du ghetto [8].
Le délaissement des situations rurales dans les études concernant les jeunes a correspondu à la marginalisation dans le champ académique des « études ruralistes ». Celles-ci sont passées pour s’attarder sur des sociétés, des populations et des thématiques qui n’étaient plus en prise directe avec les facteurs de changement considérables que l’on voyait surgir dans les grandes villes africaines et dont les implications menaçaient le fragile équilibre des États africains. D’une certaine manière, la « déruralisation » des études africanistes sur les jeunes à cette époque rappelle la vogue des études sur les milieux urbains « détribalisés », aux alentours de la Seconde Guerre mondiale et jusqu’aux années 1950, autres moments forts des changements sociaux en Afrique [9].
Toutefois, à partir des années 1990, les conflits et les violences politiques en milieu rural ont contribué à remettre en question l’idée consacrée selon laquelle la « crise de la jeunesse » avait des racines essentiellement urbaines. Ces tensions ont souvent accompagné le processus de démocratisation, qui a été engagé alors que les modes de compétition pour le pouvoir hérités de la colonisation et renforcés au lendemain des indépendances n’avaient aucune raison de disparaître. Des études qui ne visaient particulièrement ni le thème des jeunes, ni celui du rural, mais plutôt le champ de l’anthropologie politique, ont mis en évidence l’importance des changements et des tensions dans la micro-politique locale et la place des jeunes, à la fois active et instrumentalisée, dans ces phénomènes. Ces études ont montré que les jeunes générations en milieu rural ou dans les petites villes à forte composante rurale sont confrontées, au même titre que les jeunes urbains, aux forces de changement social et culturel et à la vulnérabilité aux crises économiques et politiques [10].
L’extension des guerres civiles, auxquelles participent non seulement les « jeunes combattants » mais aussi des « enfants soldats », a également contribué à attirer l’attention sur les situations rurales [11]. L’embrasement des campagnes a conduit certains chercheurs à reconsidérer de près l’idée que ce serait par la force des choses que la guerre aurait gagné les campagnes, érigées en nouveau théâtre d’opération et de recrutement de jeunes ruraux par les politiciens urbains. L’implication des jeunes ruraux dans les guerres civiles a remis à l’ordre du jour les racines agraires des conflits (cf. les contributions à ce dossier de P. Richards et J.-P. Chauveau).
En dépit de son caractère simplifié [12], ce survol de la littérature anthropologique montre que les processus critiques de changement social en Afrique, auxquels sont soumis les jeunes, se manifestent pleinement hors du milieu urbain et des mégapoles africaines. Dans les sections suivantes de l’introduction, nous verrons :
  • que la compréhension de la situation des jeunes en milieu rural nécessite de se départir d’une problématique de crise et de renouer avec une perspective plus large de reproduction sociale dans laquelle le processus de renouvellement des générations et les marges de manœuvre des jeunes sont enchâssés dans des dynamiques de différenciation sociale relevant de la société globale ;
  • que la position des jeunes ruraux dans les rapports intra-familiaux et intergénérationnels et leur marge de manœuvre sont un élément crucial dans la dynamique des changements agraires ;
  • que la prise en compte des jeunes ruraux conduit à renouveler les représentations qui prévalent à propos de la ruralité et de son implication dans les changements contemporains en Afrique.
Resocialiser et re-historiciser la question des jeunes en situation rurale
Il est souvent fait référence à la notion de social agency [13] dans la littérature sur les jeunes en Afrique pour rendre compte de la créativité des jeunes (généralement urbains) en dépit de leur situation critique, et de leur capacité à faire valoir une compétence sociale et un discours normatif et réflexif sur leur propre situation (Abbink, 2005 ; De Boeck et Honwana, 2000). Mais l’usage de cette notion est souvent détaché du contexte historique et structurel et marqué par un certain populisme misérabiliste, comme auparavant la découverte des vertus du « secteur informel » pour répondre aux situations de marginalisation et de crise. Or la capacité des jeunes à se constituer des marges de manœuvre et à contourner ou peser sur les dynamiques sociales qui contribuent à les exclure ne prend sens que par rapport aux aspects d’ordre structurel qui, selon une trajectoire historique particulière, contraignent et conditionnent leur capacité d’action (Abbink, 2005 : 10).
Le cas des jeunes ruraux apporte une contribution à cette question. Les études déjà citées et les contributions à ce dossier montrent que les dynamiques intergénérationnelles locales sont enchâssées dans d’autres dynamiques de différenciation sociale relevant de la société globale (Spencer, 1989 ; Abbink, 2005 ; Arnaut, 2005). La composante générationnelle de la structuration sociale, au cœur des mécanismes de reproduction de toute société (Simmel, 1999), est en quelque sorte activée par une pluralité de registres d’inclusion et d’exclusion des jeunes ruraux : au sein des communautés restreintes d’interconnaissance, caractéristiques des sociétés paysannes (parenté, exploitations familiales, village, groupes de migrants), et au sein des communautés « imaginées » plus larges (ethnie, nation, diaspora de migrants) caractérisées par une interconnaissance réduite (Anderson, 1993).
La compréhension de la situation des jeunes ruraux nécessite par conséquent de renouer avec la problématique plus large du renouvellement des générations, qui est plus particulièrement celle de l’anthropologie sociale, et de se départir de la problématique a-historique de « crise de la jeunesse ». Ce changement de paradigme correspond à ce que J.-P. Chauveau appelle dans sa contribution au dossier, à la suite de P. Richards (2005), « resocialiser » la question des jeunes, en l’envisageant non pas seulement dans son rapport à des « crises » ou des événements extérieurs, mais du point de vue des dynamiques internes des sociétés rurales sous l’effet de leur ouverture déjà fort ancienne aux changements (Goudineau, 2003).
Dans cette perspective, c’est surtout dans le domaine du politique et de ses déclinaisons ethniques que la littérature a montré la capacité d’initiative et d’action collective des jeunes ruraux. Cette capacité se manifeste par leur insertion dans la politique locale sous le couvert de projets de développement, des micro-bureaucraties villageoises, d’« associations de jeunes » et de « comités de vigilance », dont les composantes ethnique et micro-politique locale se combinent fort bien avec des enjeux nationaux de pouvoir, de construction de l’État et d’accès aux ressources stratégiques (provenant de l’État ou, de plus en plus, de l’aide décentralisée internationale). La contribution de Jean-Pierre Chauveau sur la Côte d’Ivoire et celle de P.-Y. Le Meur sur le Bénin montrent, par exemple, que les jeunes ruraux sont en mesure d’influer sur la marche des affaires villageoises en jouant sur l’hétérogénéité des normes villageoises et des normes étatiques en matière de participation politique locale. L’article de K. Amanor et ses travaux antérieurs (Amanor, 1999 et 2001) montrent également que les jeunes gens ont été localement en mesure de peser sur la mise en œuvre des dispositions légales à l’égard des étrangers afin de préserver leur accès au travail agricole en 1969-1970. Ces mêmes jeunes ont également répondu à la criminalisation par l’État des activités informelles de coupage de bois et d’extraction minière par des actions organisées pour défendre leurs moyens de vie, plutôt que de s’engager dans des activités criminelles. A contrario, la contribution de P. Richards sur le Libéria et la Sierra Leone montre que dans un contexte où l’État se désengage de sa vocation à administrer une partie du territoire national, les jeunes gens ne sont pas en mesure de s’opposer autrement que par la violence au pouvoir gérontocratique local auquel est délégué le pouvoir de contrainte étatique.
La littérature et les contributions au dossier soulignent que la dimension historique est incontournable pour la compréhension des mécanismes actuels d’inclusion et d’exclusion des jeunes générations en milieu rural. Il s’agit, dans les contributions de S.K. Amanor sur des fronts pionniers d’agriculture de plantation au Ghana et dans la nôtre en Côte d’Ivoire, du système de migration mis en place depuis la colonisation et de la marchandisation des produits, du travail et de la terre ; avec, comme élément stratégique supplémentaire dans le cas ivoirien, l’enjeu du contrôle économique et politique des régions de frontière agraire et ses répercussions sur le conflit actuel. Il s’agit, dans l’étude de cas de P.-Y. Le Meur sur une région du centre du Bénin, de la reconversion du système de migration à longue distance depuis la période coloniale, de la trajectoire mouvementée de l’histoire politique nationale et de l’émergence récente d’un mouvement de colonisation agraire dans la région étudiée. Le cas des jeunes combattants étudiés par P. Richards au Libéria et en Sierra Leone offre une sorte de contrepoint : les changements agraires et les dynamiques entre générations semblent fortement contraints, au niveau local, par l’inertie des régimes politiques et des systèmes économiques depuis un siècle à l’égard de l’agriculture familiale.
Par conséquent, la position et les perspectives des jeunes générations rurales, loin d’être explicables par la seule référence aux situations actuelles de crise économique, sociale et politique, se trouvent étroitement enchâssées dans une trajectoire historique longue, au cours de laquelle un faisceau de mutations sociales est intervenu simultanément dans la configuration des sociétés rurales – recomposant ses caractéristiques paysanne et gérontocratique –, et dans la configuration de l’État et de la société nationale – recomposant les systèmes d’inégalité, les identités et les modes de gouvernementalité à l’échelle locale et nationale. La perspective de la longue durée est encore plus nécessaire dans un contexte de conflits chroniques et de guerre civile où les jeunes occupent les premières places, non pour relativiser la gravité des situations, mais pour en saisir les racines véritables, souvent liées aux spécificités historiques (P. Richards dans ce dossier). Les analyses renouent avec tout un pan des recherches africanistes qui montraient la réactivité des sociétés paysannes africaines face aux grandes transformations économiques et politiques qu’elles ont connues au cours de leur longue histoire. Durant les périodes précoloniale et coloniale, c’étaient déjà les jeunes gens qui étaient les plus impliqués dans les actes de criminalité, de banditisme, de guerre, mais aussi de protestation et de résistance (Crummey éd., 1986 ; Bazin et Terray éds, 1982 ; Isaacman, 1993 ; Mamdani, 1996 ; Chauveau dans ce dossier).
À l’époque contemporaine, les formes d’implication des jeunes gens dans les moments de forts changements sociaux décrites dans les contributions, comme les milices rurales en Côte d’Ivoire, les groupes de jeunes combattants au Libéria et en Sierra Leone, mais aussi les associations politiques ou religieuses au Bénin, s’inscrivent dans le phénomène très répandu en Afrique rurale des milices ou des comités de vigilance [14]. Ces formes de mobilisation de jeunes ruraux sont étroitement associées aux problématiques nationales de construction de l’État depuis la période coloniale [15]. La très large diffusion de ces milices, à base ethnique, religieuse ou civique, n’est pas le monopole des pays en guerre civile et encore moins celui des métropoles urbaines. Elle traduit ce qu’Abrahams (1998) qualifie de zone « informelle » de l’ordre légal et politique, de zone d’« ombre » de la légitimité et du consensus. Elle ne manifeste pas seulement l’échec des États à satisfaire les besoins de sécurité et de services publics des populations, mais elle éclaire aussi le mode concret de gouvernementalité de la plupart des États africains. L’enjeu primordial de ce mode de gouvernementalité – que nous qualifions de « despotisme décentralisé », en reprenant Mamdani (1996) – est double. D’un côté, celui de l’ancrage dans les campagnes du dispositif étatique national, de nature urbaine et concentré dans les capitales et les grandes villes, et, d’un autre côté, l’enjeu de la stabilisation, dans les campagnes, d’un ordre politique négocié de nature non démocratique et par nature instable (Bierschenk, 2004). Ce sont ces zones « informelles » de gouvernementalité que les jeunes s’efforcent d’investir parce qu’elles sont les seuls espaces effectifs de médiation entre ces différentes échelles de citoyenneté et d’accès aux ressources publiques. Cela explique, dans les situations rurales très conflictuelles, que les revendications de jeunes se limitent rarement au domaine foncier et débordent largement sur des revendications de citoyenneté locale et nationale et sur des critiques radicales des modes d’intervention politique et économique des États.
Dans cette perspective, il est important d’éviter d’interpréter la participation des jeunes ruraux aux conflits comme le simple résultat d’allégeances ethno-régionalistes détachées des contextes locaux. L’organisation pratique des opérations post-conflit devraient davantage tenir compte, dans le mode opératoire de regroupement, de démobilisation et de réintégration, de la composante rurale, éventuellement importante, des jeunes belligérants et de leurs revendications spécifiques (cf. la contribution de Paul Richards sur le Libéria et la Sierra Leone dans ce dossier). Par exemple, en Côte d’Ivoire, la première phase de désarmement et de réintégration ne prend pas en compte les milices rurales de jeunes patriotes, à propos desquelles il faudrait d’ailleurs faire la part entre l’étiquette politique et les revendications en termes d’accès aux ressources et à une citoyenneté reconnue.
Les jeunes ruraux dans les changements agraires
L’importante dimension politique de la question des jeunes ruraux ne doit pas pour autant occulter leur implication dans les changements agraires. C’est là un apport central des contributions de ce dossier, dont nous soulignons deux enseignements, parmi bien d’autres possibles.
Un premier point ressort clairement des contributions : la position des jeunes ruraux dans la dynamique du changement agraire est très variable. Elle ne peut se définir que par rapport à un champ de forces composite, que l’on pourrait résumer par la notion de « complexe socio-agraire » local. Ce complexe est structuré par les relations familiales, les conditions d’accès des jeunes aux ressources foncières (incluant éventuellement, comme le souligne la contribution de S.K. Amanor sur le Ghana, la disposition d’un capital), les conditions de valorisation de leur travail et les effets induits sur ces différents facteurs par la mobilité des individus – qu’il s’agisse de la mobilité des jeunes issus des communautés rurales, ou de celle de travailleurs migrants et de colons agricoles [16]. Il apparaît que, dans chaque cas étudié par les contributions, l’ensemble de ces facteurs fait système et dessine un « complexe socio-agraire » spécifique. Ce complexe trace un « sentier de dépendance » dans la dynamique du changement agraire et détermine les marges de manœuvre des jeunes ruraux par rapport à leur investissement dans l’agriculture familiale et dans les activités agricoles en général.
Par exemple, la très forte et ancienne dépendance des jeunes Libériens et Sierra-léonais vis-à-vis du système gérontocratique familial et villageois contraste avec la relative autonomie des jeunes gban ivoiriens, des jeunes de l’Est du Ghana et des jeunes de la région centrale du Bénin vis-à-vis de leurs aînés. Dans ces derniers cas, l’autonomie des jeunes s’est construite en partie sur la possibilité de migrer, en partie (pour les cas ivoirien et ghanéen) sur l’obligation qui leur était faite de trouver une riposte à la concurrence des migrants étrangers pour l’accès à la terre et pour la valorisation de leur travail dans le cadre de leur propre famille, et en partie (pour le cas ghanéen) sur la possibilité de négocier localement la valorisation de leur travail, au prix d’une forte insécurité. Mais, dans tous les cas, les tensions intra-familiales cristallisent l’ensemble des tensions du « complexe socio-agraire ». Quelques exemples. Au Ghana, la pression des jeunes pour le départ des migrants en situation irrégulière en 1969-1970 n’a pas pour autant allégé les tensions intra-familiales. En Côte d’Ivoire, les conflits locaux intercommunautaires sont largement attisés par les tensions intra-familiales, et les revendications des jeunes portent autant sur le monopole par les aînés de la rente sur les étrangers, que sur leur souhait de mettre en valeur par eux-mêmes les terres éventuellement récupérées sur ces derniers. A contrario, dans l’étude de cas au Bénin, le caractère pacifique des relations entre jeunes et aînés semble assuré pour le moment par l’accès des jeunes à la rente sur les migrants, dans un contexte d’abondance foncière, mais les tensions apparaissent dans des régions voisines où la pression foncière est forte et où les aînés revendiquent le monopole de la rente foncière. Dans les cas libérien et sierra-léonais, la violence contre l’État ou les autres ethnies durant les guerres civiles masquait de très fortes tensions intra-familiales et intergénérationnelles au sein d’un « complexe socio-agraire » local particulièrement contraint par le peu d’intérêt porté par les élites politiques nationales au développement de l’agriculture familiale [17].
On ne peut faire ici une analyse comparative circonstanciée des contributions, mais l’on pourrait continuer à décliner les variations de l’une à l’autre. Ainsi, un certain nombre d’éléments changent la donne au sein du « complexe socio-agraire » et des rapports intra-familiaux. La pression foncière intervient, mais, comme le rappellent les cas libérien et sierra-léonais, elle n’est pas l’élément décisif pour engager les jeunes ruraux dans des processus conflictuels extrêmes. Bien d’autres éléments interviennent pour contraindre ou desserrer le « complexe socio-agraire » : le caractère pérenne et capitalistique des cultures de plantation au Ghana et en Côte d’Ivoire par comparaison avec les cultures vivrières au Bénin ; la concurrence entre l’agriculture familiale et les activités extractives au Ghana, en Sierra Leone et au Libéria [18] ; le niveau de développement agricole entre Libéria et Sierra Leone, d’un côté, Côte d’Ivoire et Ghana de l’autre ; l’intensité des innovations ou des reconversions agraires dans les anciennes zones de frontière agricole dans le Centre du Ghana et dans le Centre-Ouest ivoirien ; l’enjeu intra-familial spécifique aux systèmes matrilinéaires au Ghana ; l’existence ou non de fronts de colonisation agricole massive par des migrants ; la nature et la diversité des contrats agraires selon qu’ils s’appliquent au sein de la famille ou qu’ils sont réservés aux migrants, etc.
Une seconde observation est que les dynamiques des « complexes socio-agraires » locaux sont modelées par l’interférence de l’État et de la compétition politique à l’échelle nationale – comme on pouvait s’y attendre au vu de la partie précédente [19]. Pour ne prendre qu’un seul exemple, les différences dans le cadre légal et dans la politique des États à l’égard des migrations rurales et des migrants étrangers expliquent en grande partie les différences de nature et d’intensité des conflits dans lesquels les jeunes ruraux gban ivoiriens et les jeunes de l’est du Ghana sont engagés (cf. la contribution de S.K. Amanor et la nôtre dans ce dossier). En Côte d’Ivoire, dans la tradition juridique héritée de l’administration coloniale française, aucune compétence ne fut déléguée aux autorités politico-ethniques locales dans le domaine de la citoyenneté locale et de l’administration foncière. Les chefs ne furent jamais considérés que comme les représentants directs de l’administration, au contraire du Ghana où le rattachement à une chefferie a créé une citoyenneté locale et où les chefs ont une compétence d’administration foncière, notamment en matière de transferts de droits fonciers à des migrants. Les tensions foncières entre jeunes autochtones et migrants semblent atténuées dans le cas ghanéen, et moins susceptibles d’être politisées (au prix des fortes injustices créées par l’accaparement foncier des chefs ghanéens) ; au contraire du cas gban ivoirien, où l’appui historique de l’État à la colonisation agricole de l’Ouest est toujours vécu par les jeunes ruraux comme une dépossession foncière et une perte de souveraineté politique – même si les aînés y furent pour beaucoup.
On ne peut toutefois en conclure mécaniquement que le modèle d’administration indirecte, sur le modèle colonial britannique, est à terme moins générateur de conflit que le modèle d’administration directe héritée de la colonisation française. Les cas libérien et sierra-léonais, où l’administration indirecte a été poussée à l’extrême, rappellent que les pressions subies par les jeunes ruraux dépendent aussi des trajectoires nationales et locales spécifiques. Ces pays ont connu une guerre civile en grande partie alimentée par l’arbitraire des chefs à l’égard des jeunes ruraux, comme le démontre P. Richards dans sa contribution, tandis que le Bénin, dont l’ordre administratif relève de la tradition coloniale française, demeure un havre de paix civile où les jeunes ruraux participent bon gré, mal gré à la gestion politique locale (P.-Y. Le Meur dans ce dossier ; Bierschenk, 2004).
Qui sont les « jeunes ruraux » ? Revisiter la ruralité
Un autre enseignement tiré des contributions à ce dossier concerne – enfin, pourrait penser le lecteur – la question : qui sont les « jeunes ruraux » ? La question est en réalité double, et nous la décomposerons selon qu’elle fait référence à l’âge ou à la génération, et selon qu’elle fait référence au « rural ».
Concernant la référence à l’âge, la même réponse ressort de l’ensemble des contributions. Elle découle de ce qui vient d’être évoqué dans les parties précédentes et rejoint les conclusions des études anthropologiques sur les jeunes en Afrique, qu’ils soient urbains ou ruraux. Être « jeune » n’est pas une affaire d’âge au sens biologique et statistique, mais de position relationnelle socialement et culturellement construite par rapport à d’autres générations, et par rapport à l’accès à des attributs et à des ressources qui confèrent une compétence sociale et un pouvoir de « prise de parole » [20]. La notion de « jeune » est un concept heuristique (Abbink, 2005) et la définition des jeunes reste une question empirique. Elle relève des catégories locales de perception. Les catégories statistiques et les « groupes cibles » construits de manière ad hoc pour les besoins de la promotion des droits des enfants et des jeunes, de l’intervention humanitaire ou des procédures de désarmement répondent à des critères différents et reflètent souvent des conceptions occidentalo-centrées.
Quant à la question de savoir ce qu’est un jeune « rural », elle renvoie en réalité aux profondes transformations de la ruralité elle-même (distinguée des strictes activités agricoles : Gastellu et Marchal, éds, 1997). Ces transformations sont bien connues et ne se limitent pas aux régions rurales les plus concernées par la marchandisation de l’agriculture ou la proximité des grandes villes [21]. La diversification des activités des ruraux, voire la « dé-agrarianisation » des campagnes constituent un fait majeur reconnu, qui s’ajoute aux anciennes stratégies migratoires, urbaines comme rurales, des ruraux. Bien plus, on observe dans certains pays un dynamisme démographique des campagnes jusque-là insoupçonné (Cameroun, Côte d’Ivoire, Zambie…) [22] et l’on parle d’une « émigration urbaine » vers les campagnes. La convergence des modes de vie urbain et rural aboutit à la « rurbanisation » des campagnes, et elle est principalement portée par les jeunes gens. Les « retours » au village de citadins confrontés à la crise économique urbaine, en particulier les jeunes, sont un enjeu croissant non seulement pour l’accès aux ressources locales, mais aussi pour les systèmes de pouvoir villageois, comme l’évoque particulièrement la contribution de J.-P. Chauveau dans ce dossier.
La recomposition de la ruralité et la « rurbanisation » des jeunes ruraux imposent donc beaucoup de prudence pour définir ce que l’on doit entendre par « jeunes ruraux ». On ne peut guère en proposer qu’une définition a minima : des jeunes gens qui résident de manière permanente ou temporaire en milieu rural, et qui sont impliqués dans des activités agricoles de manière plus ou moins durable, totalement ou en partie, et que cela corresponde ou non à leurs propres projets de vie. Il existe en réalité une très forte hétérogénéité au sein de cette catégorie sociale. Plus encore peut-être que la catégorie des « jeunes », la catégorie des « jeunes ruraux » est avant tout une question empirique.
Une approche empirique, socialisée et historique des jeunes ruraux s’impose particulièrement dans la perspective d’opérations post-conflit. D’une part, la recherche d’une stabilisation durable peut nécessiter d’élargir les opérations, généralement ciblées sur la réintégration des jeunes combattants, au renforcement de l’intégration des jeunes ruraux impliqués dans les conflits, comme y invite le cas des jeunes gban mobilisés dans les milices patriotiques rurales en Côte d’Ivoire. D’autre part, la nature des programmes à envisager doit tenir compte des profils des jeunes ruraux spécifiques à la trajectoire historique de chaque pays. La comparaison des contributions sur le Libéria et la Sierra Leone, d’une part, et sur la Côte d’Ivoire, d’autre part, est éclairante à cet égard. Dans les premiers cas, P. Richards décrit des jeunes issus de classes sociales rurales historiquement dominées, en révolte contre l’oppression subie de la part tant des politiciens urbains que des autorités villageoises et qui se sont enkystés dans l’économie de guerre. Le sous-développement de l’agriculture familiale dans des zones rurales où les ressources forestières restent relativement abondantes peut autoriser à tabler, entre autres projets de réinsertion, sur des programmes agricoles.
Dans le cas du Centre-Ouest ivoirien, et plus largement de toute la région du Sud-Ouest, la grande majorité des jeunes qui sont activement engagés dans les milices, et qui constituent la grande inconnue pour la phase post-conflit, sont des jeunes qui ont connu une tout autre trajectoire. Bien que confrontés à de forts mécanismes d’exclusion, ils sont plus des déclassés que des « esclaves » en révolte. Ils sont à l’image de la Côte d’Ivoire qui a connu une période de prospérité et qui se retrouve déclassée (Losch, 2002). Ils ont acquis une relative autonomie sociale dont ils n’ont pas ou plus les moyens économiques et s’inscrivent dans un modèle « rurbain » de promotion sociale. Leurs revendications sur l’accès à la terre s’accompagnent tout autant de revendications sur des projets de vie non paysans, et leur opposition aux « étrangers » (ivoiriens comme non ivoiriens) n’est pas seulement fondée sur l’accès à la terre mais repose aussi sur des revendications relatives à la citoyenneté et à la gouvernementalité locales dans la continuité de l’histoire longue de la « frontière agraire » en Côte d’Ivoire. Dès lors, leur participation à la pacification et à la stabilisation du pays ne peut être seulement encouragée par des programmes d’amélioration de leur accès à la terre et aux ressources agraires. Il est particulièrement urgent, dans le cas ivoirien, de resituer cette question dans le cadre des mutations de la ruralité elle-même [23].
Conclusion
Le trop grand empressement à ne rechercher le changement que là où il est le plus visible et le plus dramatisé, c’est-à-dire en milieu urbain, a conduit à sous-estimer l’implication du monde rural dans les grands enjeux économiques, politiques et sociaux des pays africains dans le contexte contemporain. La position des jeunes ruraux, analysée dans une perspective générationnelle, sociale et historique qui prend ses distances vis-à-vis d’une approche en termes de crise, est un révélateur particulièrement heuristique de cette implication. Ce changement de perspective permet du même coup de saisir l’ampleur de la mutation de la ruralité africaine elle-même.
Il ne s’agit pas ici de réhabiliter les « études rurales » – les études citées et les contributions à ce dossier n’ont nullement besoin de se référer à un quelconque label « ruraliste » pour démontrer que les enjeux contemporains se manifestent pleinement hors du milieu urbain et des mégapoles africaines [24]. Notre propos consiste plutôt à rétablir le « chaînon manquant » dans l’analyse des changements sociaux en Afrique. Ce chaînon manquant est la connexion entre les situations rurales (différenciées de la notion de « milieu rural » lorsqu’elle est trop focalisée sur une conception agrarianiste du rural) et les dynamiques de changement à l’échelle de la reproduction des formations sociales nationales, à travers les multiples registres de médiation entre les groupes d’acteurs sociaux « urbanisés » et « ruralisés » [25].
De la même façon que les foyers actuels d’instabilité ne se limitent pas aux zones urbaines, l’avenir des jeunes générations africaines ne se joue pas seulement dans les villes. La remise en cause des projections démographiques sur l’urbanisation en Afrique l’indique clairement (Bocquier et Traoré, 2000 ; Cohen 2004). Non seulement la dramatisation de la croissance urbaine passée est rapportée à des artefacts statistiques, mais on observe une « panne de la croissance urbaine en Afrique », déjà bien inférieure historiquement à celle de la plupart des autres continents.
L’objectif de ce dossier aura été atteint s’il permet de prendre clairement acte que la situation des jeunes ruraux dans le processus de renouvellement des générations est à l’intersection de deux dynamiques, celle des transformations économiques et sociales de la ruralité et celle des enjeux à portée structurelle pour l’avenir des formations sociales africaines dans leur ensemble. Comme la famille (Dozon, 1986), qui a longtemps servi de cadre de référence privilégié lorsque les ethnologues s’intéressaient aux jeunes et aux groupes d’âge, les jeunes générations africaines se trouvent « à la croisée des chemins », dont l’un passe par des campagnes en mutation profonde qui, tout autant que les villes et les arènes politiques urbaines, se trouvent parties prenantes aux recompositions à venir.
 
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NOTES
 
[1]Directeur de recherche à l’Institut de Recherche pour le Développement, UR RÉFO « Régulations foncières et politiques publiques », projet européen Changes in Land Access Institutions and Markets, UMR MOISA, Montpellier.
[2]Porter, 2003. La proportion des « jeunes » en Afrique varie selon les évaluations et la définition statistique des jeunes.
[3]Nous nous limitons à l’Afrique sub-saharienne, et plus particulièrement à l’Afrique de l’Ouest. La question de la situation des jeunes femmes rurales n’est pas abordée en tant que telle. Bien qu’elle soit en relation étroite avec le sujet (Balandier, 1974), elle nécessiterait une approche spécifique.
[4]Abélès et Collard, 1985 ; Balandier, 1974 ; Eisenstadt, 1956 ; Paulme, 1971 ; Spencer, 1989 ; Turner, 1969 ; Fortes, 1949 ; Goody, 1976.
[5]En particulier Meillassoux, 1960 et 1975.
[6]Parmi les ouvrages ou articles de synthèse : Abbink, 2005 ; McIntyre, 2003 ; Biaya, 2002 ; Chigouta, 2000 ; Collignon et Diouf, 2001 ; J. et J. Comaroff, 2000 ; De Boeck et Honwana, 2000 ; Durham, 2000 ; El-Kenz, 1996 ; Cruise O’Brien, 1996 ; d’Almeida-Topor et al., 1992 ; Mbembe, 1985.
[7]Par exemple « Introduction » à Marie, 1997, p. 13.
[8]Par exemple, sur le cas d’Abidjan, Leimdorfer et Marie, 2003 ; de Latour, 2001a et 2001b ; Marie, 1997.
[9]Notamment Kaplan, 2000. Des publications récentes continuent d’associer comme allant de soi crise de la jeunesse et crise urbaine : Biaya, 2002 ; Sommers, 2003 ; Chigouta, 2002 ; Tinel et Guichaoua, 2001.
[10]Berry, 1985 ; Peters, 2004 ; Bierschenk, 2004 ; Bierschenk et al., 2000 ; Bierschenk et Olivier de Sardan, 1998 ; Comaroff et Comaroff, 1999 ; Dacher, 2003 ; Galy, 2004 ; Geschiere et Gugler, 1998 ; Durham, 1999 ; Lentz, 1995 ; Gore et Pratten, 2002 ; Kagwanja, 2005 ; Last, 2005 ; Mamdani, 1996 ; Momoh, 2000 ; Abrahams, 1998 ; Lund, 2001 ; Ukeje, 2001.
[11]Notamment Geffray, 1990 ; Richards, 1996 et 2005 ; Utas M., 2005 ; Fithen et Richards, 2005. Bazenguissa-Ganga (2001) souligne la double composante urbaine et rurale des milices guerrières au Congo-Brazzaville, et signale les enjeux intergénérationnels et villageois qui se manifestent au sein des miliciens d’origine rurale.
[12]Notamment au regard de situations beaucoup plus complexes comme celles de l’Afrique du Sud et de l’Afrique des grands lacs, qui ne sont pas envisagées ici.
[13]Le concept sociologique de social agency, souvent utilisé dans la littérature sur les catégories sociales dominées, exprime l’idée que tout groupe d’acteurs est, à des degrés divers, « compétent » et « capable ». Il est en mesure de valoriser une connaissance pratique sur les circonstances de son action et de celle des autres, qui lui offre la possibilité d’élargir sa marge de manœuvre et d’influer sur les structures sociales contraignantes dans lesquelles il s’insère (Giddens, 1987).
[14]Gore et Pratten, 2002 ; Kagwanja, 2005 ; Last, 2005 ; Momoh, 2000 ; Abrahams, 1998 ; Bierschenk, 2004 ; Lund, 2001 ; Ukeje, 2001 ; Chauveau et Bobo, 2003. Pour une analyse opposée, limitant la portée de ces organisations de jeunes à une simple « minorité active » : Roubaud, 2003, p. 81.
[15]Le Libéria relevant d’une forme particulière de colonialisme en dépit de l’ancienneté de la souveraineté de ce pays.
[16]Nous renvoyons également à l’abondante littérature sur la socio-économie des ménages et des exploitations familiales agricoles en Afrique. Sur le caractère structurant de la mobilité et des rapports à « l’étranger » dans les sociétés agraires africaines, tant historiques que contemporaines : Chauveau, Jacob et Le Meur, 2004 ; de Bruijn et al. (eds.), 2001 ; Shack et Skinner (eds.), 1979.
[17]Communication personnelle de P. Richards. Bazenguissa-Ganga (2001) signale l’antagonisme entre « jeunes » et « vieux » manifesté par les miliciens d’origine rurale lors des guerres civiles au Congo-Brazzavile.
[18]Il serait d’ailleurs nécessaire de considérer les différences, selon les pays, de l’insertion du secteur extractiviste dans l’économie politique du pays.
[19]Pour une opinion contraire, qui critique la tendance à surestimer et à généraliser la perte d’autonomie des régulations agraires traditionnelles, notamment entre générations : Jacob, 2004.
[20]Pour une opinion opposée, tenant pour justifiée une approche statistique des jeunes par l’âge biologique : Roubaud, 2003, p. 81.
[21]Bryceson et Jamal (éd.), 1997 ; Chaléard et Dubresson (éd.), 1999 ; Beauchemin, 2000 ; Gubry, et al., 1996 ; Bocquier et Traoré, 2000 ; Cohen, 2004 ; Gastellu et Marchal (éd.), 1997.
[22]Parallèlement, c’est toute la trame urbaine des pays africains qui se transforme, avec notamment la croissance des gros bourgs ruraux et des petites villes.
[23]En rapport avec les effets du conflit ivoirien, la réinsertion des jeunes ruraux burkinabè déplacés pose des problèmes équivalents (cf. par exemple Dacher, 2003).
[24]Pour une opinion contraire défendant l’idée, dans le contexte ivoirien, que l’analyse de la crise est trop influencée par un « tropisme ruraliste » et que « la ‘question urbaine’ [à Abidjan] reste relativement méconnue », cf. Roubaud, 2003, p. 59.
[25]Voir en particulier Bierschenk et Olivier de Sardan, 1998 ; Mamdani, 1996 ; Bierschenk et al., 2000 ; Bierschenk, 2004.
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[3]
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[suite] Suite de la note...
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En particulier Meillassoux, 1960 et 1975. Suite de la note...
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Parmi les ouvrages ou articles de synthèse : Abbink, 2005 ;...
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Par exemple « Introduction » à Marie, 1997, p. 13. Suite de la note...
[8]
Par exemple, sur le cas d’Abidjan, Leimdorfer et Marie, 200...
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[9]
Notamment Kaplan, 2000. Des publications récentes continuen...
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[10]
Berry, 1985 ; Peters, 2004 ; Bierschenk, 2004 ; Bierschenk ...
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[11]
Notamment Geffray, 1990 ; Richards, 1996 et 2005 ; Utas M.,...
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[12]
Notamment au regard de situations beaucoup plus complexes c...
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[13]
Le concept sociologique de social agency, souvent utilisé d...
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[14]
Gore et Pratten, 2002 ; Kagwanja, 2005 ; Last, 2005 ; Momoh...
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[15]
Le Libéria relevant d’une forme particulière de colonialism...
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[16]
Nous renvoyons également à l’abondante littérature sur la s...
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[17]
Communication personnelle de P. Richards. Bazenguissa-Ganga...
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[18]
Il serait d’ailleurs nécessaire de considérer les différenc...
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[19]
Pour une opinion contraire, qui critique la tendance à sure...
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[20]
Pour une opinion opposée, tenant pour justifiée une approch...
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[21]
Bryceson et Jamal (éd.), 1997 ; Chaléard et Dubresson (éd.)...
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[22]
Parallèlement, c’est toute la trame urbaine des pays africa...
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[23]
En rapport avec les effets du conflit ivoirien, la réinsert...
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[24]
Pour une opinion contraire défendant l’idée, dans le contex...
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[25]
Voir en particulier Bierschenk et Olivier de Sardan, 1998 ;...
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