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S'inscrire Alertes e-mail - Afrique contemporaine Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezLa guerre dans les évolutions du Congo-Kinshasa
AuteurGauthier de Villers[1]
[1] Section d’Histoire du temps présent, Musée royal de...
suite du même auteur
Rappelons les faits. Après une longue période de « paix mobutiste » (brisée cependant en 1977 et 1978 par les guerres du Shaba[2]
[2] Des anciens gendarmes katangais, éléments de la force...
suite), le Congo-Zaïre connaît au cours de la dernière décennie deux guerres successives : celle de 1996-1997 qui conduit à la chute de Mobutu et à l’avènement de Laurent-Désiré Kabila, celle déclenchée contre ce dernier en août 1998, qui connaît toujours des prolongements et répliques, mais à laquelle a formellement mis fin l’accord conclu à Pretoria en décembre 2002 entre Joseph Kabila[3]
[3] Successeur de son père assassiné en janvier de l’année...
suite et les autres belligérants.
2 Ces deux guerres ont en commun l’articulation des formes de rébellion interne contre le pouvoir central et l’intervention armée de pays voisins. Cette seconde dimension joue un rôle majeur dans leur déclenchement comme dans leur déroulement, mais il reste qu’il s’agit de guerres au caractère à la fois civil et international. Nombre de commentateurs, en particulier congolais, ont tendance à ne voir dans la guerre de 1998 qu’une pure guerre d’agression, mais il s’agit d’une simplification abusive. Des Tutsis congolais ont été, avec l’armée rwandaise, ses initiateurs. Le mouvement de rébellion créé, dès août, sous les auspices de Kigali (le Rassemblement congolais pour la démocratie, RCD), rallie d’emblée un échantillon assez varié des élites politiques congolaises. De nombreux soldats et officiers de l’ancienne armée de Mobutu, négligés ou maltraités sous Laurent-Désiré Kabila, se joignent au mouvement. Le MLC (Mouvement de libération du Congo), rébellion lancée en 1999 avec le patronage de l’Ouganda, rencontre à ses débuts une assez large adhésion populaire dans la province de l’Équateur, province qui, ayant abrité le fief de Mobutu, s’est vue victime d’un certain ostracisme avec le changement de pouvoir. Avec le prolongement de la guerre surgiront d’autres conflits armés, notamment en Ituri, constituant des guerres civiles locales. Comme la précédente, la guerre de 1998 a pour seul théâtre le territoire congolais en même temps que pour seul objectif déclaré le changement de régime à Kinshasa[4]
[4] Sur les protagonistes de la guerre de 1998, voir de Villers,...
suite.
3 Il y a aussi des différences fondamentales entre ces deux guerres. Contrairement à la première, qui avait vu Mobutu isolé face à une coalition africaine, la seconde oppose des pays qui cherchent à renverser (Rwanda et Ouganda) ou à défendre (Zimbabwe, Angola, Namibie) le pouvoir en place à Kinshasa. À d’autres points de vue, celle-ci est très différente de celle-là : d’une part, elle nourrit et se nourrit de conflits localisés (en Ituri et dans les deux Kivu surtout), d’autre part, sans perdre ses motivations initiales[5]
[5] Compétition pour le pouvoir central dans le camp des animateurs...
suite, elle s’est transformée en une entreprise de pillage des ressources congolaises et s’est ainsi auto-entretenue. Enfin, beaucoup plus ample et longue que la première, la seconde guerre est incomparablement plus meurtrière et destructrice.
4 L’objet de cet article n’est pas d’analyser le déroulement et les caractéristiques de ces guerres, mais en premier lieu d’examiner le processus historique dans lequel elles s’inscrivent afin d’essayer d’en dégager les principaux facteurs d’explication, et en second lieu de s’interroger sur la manière dont ces guerres ont agi sur les processus de changement social et politique que l’on observe au Congo-Kinshasa.
Un temps de guerre : lignes de force d’une analyse historique
5 L’analyse concrète de l’entrée du Congo-Zaïre dans un temps de guerre en 1996-1997 fait intervenir un grand nombre de facteurs qui appelleraient chacun une explication complexe. Énumérons, parmi les principaux : le blocage et le pourrissement du processus de « transition démocratique » qui s’était ouvert en 1990 ; le délitement de ce qui subsistait du système de « pouvoir mobutiste », et, en particulier de sa force armée ; la révolte des Banyamulenge, population tutsi du Kivu ; l’existence de formes diverses de guerres civiles dans plusieurs des pays voisins[6]
[6] Rwanda, Ouganda, Burundi, Angola. ...
suite, avec des prolongements transfrontaliers ; la formation d’alliances interétatiques opportunistes et donc changeantes, dictées par des préoccupations de sécurité en même temps que par les ambitions géopolitiques concurrentes des chefs d’État de cette région de l’Afrique, en particulier de l’Ougandais Museveni et du Zimbabwéen Mugabe ; enfin, l’attrait de richesses minérales qu’un Congo réduit à l’impuissance apparaît prêt à brader. La conjonction de ces facteurs internes et externes, répondant à des causalités totalement ou partiellement indépendantes les unes des autres, a conduit au surgissement sur la scène de la grande histoire de cet improbable successeur de Mobutu que fut Laurent-Désiré Kabila. Ce revenant des rébellions des années 1960, leader affairiste d’un vrai-faux maquis révolutionnaire des bords du lac Tanganyika qui, décimé par les Forces armées zaïroises, avait perdu toute consistance dès le milieu des années 1970, était devenu étranger aux évolutions de son pays du fait d’un long exil et d’une personnalité rebelle et marginale. C’était un outsider de la classe politique congolaise n’ayant guère de prédisposition à exercer la fonction de chef d’État[7]
[7] Sur Laurent-Désiré Kabila dans sa position de chef d’État,...
suite.
6 Une combinaison complexe et en partie hasardeuse de facteurs, de forces, d’événements, a donc produit cet accident de l’histoire que fut l’accession au pouvoir de Kabila dans les circonstances de la guerre de 1996-1997. Cependant, en adoptant une perspective historique, on est amené à mettre l’accent sur trois processus qui rendent intelligible la conjoncture dans laquelle s’est opérée la plongée du Congo permettant d’articuler le jeu du « hasard » à celui d’une certaine « nécessité », dans un temps de guerres régionales et civiles.
7 Ces processus sont : la « désinstitutionnalisation » et l’« informalisation » de l’État ayant entraîné son progressif démantèlement, la subordination et l’exclusion de groupes ethniques, des changements dans les rapports des puissances occidentales avec l’Afrique. Le dernier de ces processus s’inscrit dans des évolutions de l’« économie monde » et de la géopolitique mondiale que l’on peut dater des années 1980. Les deux premiers relèvent d’une plus longue durée : leur analyse approfondie doit faire intervenir les effets de la situation coloniale sur les sociétés africaines.
8 Nous partirons du troisième processus, sans lui accorder, outre mesure, de valeur explicative prépondérante.
Les changements sur la scène internationale
9 Les changements majeurs sur la scène internationale qui importent ici se manifestent d’abord, dans les années 1980, à travers une réorientation radicale des politiques de coopération. S’affirme, à l’échelle de l’économie monde, un néo-libéralisme militant, dans un contexte marqué au début de la décennie par une crise économique amplifiant les effets de la récession mondiale entamée en 1973-1974 (Peemans, 2002, ch. 4). Dans un moment historique caractérisé par les prémices de l’effondrement du communisme européen et par l’échec patent des politiques étatistes et volontaristes de développement, en particulier en Afrique, la problématique du développement a cédé la place, dans ce cas, à celle de l’ajustement structurel. Avec des mesures telles que la contraction des dépenses publiques, la dévaluation monétaire, le retour à la « vérité des prix », la démarche de l’ajustement structurel réduit les capacités de redistribution des pouvoirs publics. Souvent déjà comprimées par le déclin d’économies livrées à des dirigeants prédateurs, cette démarche compromet la survie de régimes clientélistes, en même temps qu’elle accentue la pauvreté de populations qui, de plus en plus livrées à elles-mêmes, se réfugient dans l’économie informelle de la « débrouille ».
10 Le Congo-Zaïre constitue une illustration exemplaire des effets pervers qu’ont pu provoquer les politiques d’ajustement structurel. La Banque mondiale fait, aujourd’hui, son mea culpa. Elle souligne qu’en conférant la priorité à l’assainissement de la situation financière du Zaïre par le remboursement de sa dette extérieure, ce qui, dans les années 1983-1985, a conduit à des transferts nets de ressources financières au profit des bailleurs de fonds, elle a rendu politiquement impossible la poursuite des réformes imposées (World Bank, 2001, p. 629). La contraction des dépenses publiques a été telle qu’elle a privé le pouvoir des moyens de gérer les mécontentements et les tensions que provoquent les réformes, au premier chef dans le milieu des élites (politiques, militaires, administratives) dont la capacité à puiser dans la « marmite de l’État » s’est trouvée globalement rétrécie. Mais la critique est trop courte, indépendamment même du fait qu’elle ne s’en prend pas à l’économisme de l’idéologie libérale qui sous-tend la nouvelle orientation des grands bailleurs de fonds mondiaux. La contradiction fondamentale de la politique d’ajustement structurel, dans ce cas et dans bien d’autres, est qu’elle est confiée à des dirigeants qui ne sont pas prêts à modifier leurs mœurs prédatrices et que rien ne contraint à mettre en œuvre l’« assainissement » de l’économie. Celui-ci ne se fait donc en rien aux dépens des sommets du pouvoir, mais se traduit par des mesures d’« austérité » qui frappent particulièrement la fonction publique et donc les services incombant à l’État dans les domaines de l’administration, de l’enseignement et de la santé.
11 Au Congo-Zaïre, la masse salariale du secteur public, évaluée en termes réels, diminue d’un tiers entre 1982 et 1985, et le nombre de fonctionnaires connaît un déclin d’ampleur équivalente. En cette dernière année, le pouvoir d’achat des fonctionnaires atteint entre le tiers et le quart de son niveau de 1975. En 1986, un rapport de la Banque mondiale estimait même qu’il ne représentait plus que le dixième de cette valeur de référence. Cette estimation paraît avoir été fort exagérée, mais le jugement émis par les experts de la Banque, selon lequel la chute des salaires réels expliquait pour une large part la baisse de qualité des services publics et leur inefficacité, était, lui, bien qu’exprimé en termes encore euphémiques, d’une incontestable pertinence (Banque nationale, 1986).
12 Le processus de démantèlement de l’administration publique, que les mesures de l’ajustement structurel n’ont pas créé mais accentué, s’accompagne du développement de l’« informalisation » de la gestion étatique. Les responsables politiques les plus influents se replient sur les segments autonomisés de l’ancien appareil administratif et économique les plus « profitables » en termes de pouvoir et comme source de prébendes dont ils prennent le contrôle en s’appuyant sur leurs réseaux clientélistes. Analysant la « dislocation » des institutions administratives, Hugues Leclercq, un économiste ayant longtemps observé de l’intérieur les évolutions zaïroises, déclarait : « On a vu se mettre en place un autre mode de gestion politique, non plus à travers une administration et des institutions formelles comme jusqu’en 1972-1973, mais par le biais d’élites politico-commerciales avec des filières dominantes travaillant uniquement à travers des réseaux. Dès lors, le pouvoir appartenait à une chaîne d’institutions soutenues par des élites : Banque centrale, Gécamines, institutions de sécurité » (Leclercq, 2001b).
13 Le second grand changement sur la scène internationale est évidemment, avec la chute du Mur de Berlin, la fin de la guerre froide. Comme l’écrit Crawford Young, « un changement cataclysmique (a sea change) de l’ordre mondial a alors altéré la texture de base de la relation entre l’Afrique et le système global des États aussi bien que le domaine normatif international » (Young, 2002a, p. 28). Privés des protections et des complaisances que le contexte de la guerre froide leur assurait, nombre de dirigeants africains se trouvent profondément déstabilisés. Le changement normatif qu’évoque Young se manifeste dans l’évolution des politiques dites de « conditionnalité », les premières exigences formulées à l’égard des dirigeants africains par leurs partenaires occidentaux et les organisations internationales étant désormais celles de la démocratisation et/ou de l’adoption des principes et règles de la « bonne gouvernance ». L’échec des politiques d’ajustement structurel leur avait sans doute déjà fait comprendre qu’aucun « assainissement économique réel » ne pouvait se concevoir sans « assainissement politique », mais il avait fallu la liberté d’action assurée aux puissances du monde libéral par l’effondrement du camp socialiste pour que le mot d’ordre d’ajustement politique puisse prévaloir.
L’effondrement d’un État
14 On peut soutenir que ce sont ces évolutions sur le plan international qui ont constitué le facteur décisif de l’effondrement de l’État-Zaïre, et, avec lui, de l’État tout court, au Congo- Kinshasa. René Lemarchand écrit : « En dernière analyse, l’effondrement (collapse) de l’État zaïrois doit être vu comme un sous-produit (a casualty) de la fin de la guerre froide » (Lemarchand, 2001). Mais cet effondrement est l’aboutissement d’un long processus : la déconfiture de l’État, sa faillite « non déclarée » (state failure) a précédé sa ruine (state collapse). La notion de shadow state, « État fantôme », proposée par William Reno, évoque bien le phénomène d’« informalisation » de l’État que l’on observe au Congo-Kinshasa. Reno l’inscrit dans la filiation du concept wéberien de patrimonialisme : « L’usage privatif des ressources et des prérogatives étatiques aboutit à la création d’un dispositif de pouvoir (a framework of rule) ; en dehors des institutions formelles de l’État, un fantôme d’appareil bureaucratique étatique basé sur des liens personnels » (Reno, 2000, p. 46).
15 L’État fantôme est l’État qui se dédouble, dont la face institutionnelle formelle recouvre et masque un domaine de pratiques informelles échappant à l’emprise des normes officielles affichées comme légitimes, domaine de l’ombre qui est de plus en plus celui où opèrent les évolutions politiques et sociales réelles. Ce processus s’enracine dans le mode de changement social et culturel provoqué par la colonisation. Dans un ouvrage consacré aux traditions des peuples de l’Afrique équatoriale et aux effets de l’intrusion coloniale, l’historien Jan Vansina souligne que ce changement s’est opéré sur un mode « schizophrène ». Il écrit : « Les peuples de la forêt tropicale, commencèrent à douter de leur propre héritage et à adopter des morceaux de l’héritage étranger. Mais ils se cramponnèrent à leurs langues et à la plus grande partie de l’héritage cognitif dont elles étaient le véhicule » (Vansina, 1991, p. 308-309). C’est le phénomène d’« hétéro-culture » que définit pour sa part Jean Poirier : « cette situation dans laquelle se trouve une société qui s’alimente à deux matrices culturelles considérées à la fois comme essentielles (et même proprement vitales) et antagonistes ». La première matrice culturelle est léguée par la tradition, qui a la légitimité et la nécessité que lui donnent l’autorité des ancêtres, l’éducation familiale, les catégories de la langue maternelle. La seconde est importée par le colonisateur, qui a la nécessité que lui confère l’exercice du pouvoir colonial et qui apparaît légitimé par le fait que cette matrice est liée, en partie, avec un système d’administration qui a, en tout cas dans l’ordre de la pratique, démontré sa supériorité (Poirier, 1993).
16 Cette situation de dédoublement culturel caractérisera de manière aiguë la catégorie sociale des « évolués » qui, dans un Congo belge au mode de gouvernement élitiste, paternaliste et idéaliste, a revêtu des traits particulièrement marqués et dont sont issues les élites de l’indépendance. Par leur comportement public, leur mode de vie affiché, les évolués manifestent leur volonté d’assimilation à la civilisation européenne, refoulant et dénigrant l’« autre monde » (celui des parents et des ancêtres) auquel ils continuent cependant, pour une part essentielle d’eux-mêmes, à appartenir.
17 Avec la politique du « recours à l’authenticité », Mobutu prétendra rompre avec l’aliénation coloniale, refondre et refonder la personnalité et le comportement des Congolais devenus Zaïrois en « inculturant » la modernité et le développement par leur enracinement dans une tradition revivifiée. Mais cette politique s’est manifestée d’une part par des mesures purement symboliques, comme l’abandon des prénoms chrétiens et, d’autre part, par une démarche de réinvention et de manipulation de traditions culturelles en vue de fonder et justifier un régime despotique, à travers le discours sans cesse répété qui invoquait l’unicité du pouvoir dans une Afrique authentique : « Pour nous, Africains, aimait répéter le président, deux ou trois têtes sur un même corps constituent un monstre. »
18 Concrètement, l’achèvement de la décolonisation par l’entreprise mobutienne de « zaïrianisation » du pays s’est traduit, en 1973-1974, par des mesures de transfert d’une grande partie de l’appareil économique détenu par des étrangers au profit de diverses fractions des élites politiques et militaires. Ces mesures ont constitué le temps fort de la mise en place d’une forme prébendière et patrimoniale-clientéliste d’exercice du pouvoir qui a corrompu et dissous progressivement le cadre institutionnel officiel et qui a réduit à une pure rhétorique les références aux normes légales et morales proclamées légitimes. On a assisté, à partir du milieu des années 1970, à un long mais irréversible processus de désinstitutionnalisation et d’informalisation générales de la société, qui s’est principalement manifesté par un délitement de l’État et de son appareil militaire ainsi que de l’économie moderne et des infrastructures du pays.
19 On peut cependant parler du franchissement d’un seuil dans la première moitié des années 1990. La pression exercée par les évolutions internationales mais aussi la montée de la contestation interne contraignent le président Mobutu à engager son pays dans la « transition démocratique » en avril 1990. Des événements sanglants sur le campus de Lubumbashi où la responsabilité de Mobutu est engagée, la volonté qu’il manifeste de demeurer au pouvoir et d’empêcher un changement politique réel, entraînent un large boycott du président par la « communauté internationale » et l’interruption de la plupart des financements que celle-ci octroyait au pays[8]
[8] Sur la période de « transition démocratique », voir...
suite. Le président Mobutu a perdu la caution que lui conférait la reconnaissance internationale en même temps que l’autorité de « dernière instance » dont il jouissait sur le plan intérieur. Le « semblant d’ordre public », que « l’État fantôme » selon Reno, peut encore être en mesure d’assurer, se dissipe (Reno, 2000, p. 47).
20 La manifestation la plus dramatique de la dissolution de l’autorité de Mobutu est sa perte du contrôle des forces armées. En témoigneront les formes de « jacquerie militaire » accompagnées de pillages, auxquels se joignent les civils, qui dévasteront Kinshasa et plusieurs autres villes du pays. Le dernier conseiller spécial en matière de sécurité du président Mobutu, Honoré N’Gbanda, a montré de manière éloquente comment la conduite des affaires militaires dictée par les alliances et conflits entre généraux guidés seulement par des « intérêts matériels », échappe désormais au chef de l’État comme à l’ensemble du pouvoir politique. Le comportement désastreux de l’armée zaïroise dans la guerre de 1996-1997 en est le résultat (N’Gbanda, 1998, p. 46-48).
21 Un autre phénomène, celui de l’hyperinflation, démontre que les « pouvoirs publics », dans l’exercice même de leurs fonctions régaliennes, n’ont plus aucune capacité – ni d’ailleurs aucune ambition – de régulation économique et sociale. Une tourmente inflationniste emporte l’économie du pays : le taux d’inflation annuel, qui avait déjà atteint 233 % en 1990, s’élève à 3.642 % en 1991 et culmine à 9.797 % en 1994. Le facteur à l’origine du phénomène est monétaire : une contraction brutale des recettes de l’État, liée à l’effondrement de la Gécamines et, là aussi, une nécessité de satisfaire nominalement des revendications salariales que la « démocratisation » libère et exaspère. Il en résulte des déficits publics financés par des émissions monétaires, mais le facteur monétaire est instrumentalisé par le politique. Comme l’écrivent deux économistes congolais, « à partir de 1990, l’émission monétaire a (…) servi à financer le jeu des acteurs politiques dans un environnement où les “partis” naissaient comme des champignons ». Ils expliquent : les groupes – les coalitions d’intérêt politique – qui sont à l’origine d’une émission monétaire ou qui reçoivent les premiers des lots de nouvelles coupures, non seulement sont en mesure d’en faire bénéficier leurs réseaux de clientèles et d’acheter la complaisance de “partis”[9]
[9] Partis que l’on appelait, à Kinshasa, « alimentaires ». ...
suite concurrents, mais aussi ont l’avantage de pouvoir être les premiers, avant l’inévitable dépréciation des nouvelles coupures, à déverser quantité de celles-ci sur le marché parallèle des changes afin de se procurer des dollars (Kabuya Kalala et Matata Ponyo, 1999, p. 52 et 58). On peut donc parler d’une privatisation de l’émission monétaire. Comme l’a notamment analysé Mabi Mulumba, à l’époque président de la Cour des comptes congolaise, la réforme monétaire de 1993 a illustré de manière particulièrement frappante ce processus de privatisation : le financement de l’impression à l’étranger des billets de banque a été confié à des hommes d’affaires libanais qui, contractuellement, étaient appelés à se rembourser en prélevant une certaine quotité sur chaque lot de billets imprimés, mais qui ont en outre profité de leur position pour faire fabriquer de la fausse monnaie (de la « vraie-fausse monnaie », dira-t-on au Zaïre) (Mulumba, 1998, p. 165-166).
22 Le 20 septembre 1990, la mine souterraine de Kamoto à Kolwezi, l’une des plus importantes et des plus modernes unités de production de la Gécamines, s’effondre. Étant donné l’état de dégradation et la mauvaise gestion de l’entreprise, ce n’est pas l’accident lui-même qui est l’effet du hasard mais bien le fait qu’il survienne à ce moment-là, au début de la période de transition. Quel que soit le rôle propre de la mine de Kamoto, c’est toute l’entreprise qu’elle paraît avoir entraîné dans son effondrement : la production annuelle de cuivre passe de 455 à 38 milliers de tonnes entre 1988/ 1989 et 1994/1995. L’exportation du diamant est désormais, et de loin, la principale source de devises du pays. Mais elle ne compense pas la chute des exportations de cuivre. Alors que les aides financières extérieures, auparavant vitales, se sont quasiment interrompues, les ressources propres de l’État ne s’élèvent plus annuellement qu’à 290 millions de dollars de 1993 à 1995, soit le quart de ce qu’elles représentaient à la fin des années 1980[10]
[10] J’emprunte ces différentes données à la contribution...
suite.
23 Avec la promotion du diamant, se confirment et se renforcent la désétatisation et l’« informalisation » de l’économie du pays : d’une part, c’est un secteur artisanal constitué d’une myriade de creuseurs organisés en petites équipes autonomes, qui produit en valeur environ les deux tiers de la production du pays[11]
[11] Un tiers seulement provenant de la MIBA, une société...
suite, d’autre part, on estime que les exportations de diamants faites en fraude sont équivalentes aux exportations officielles[12]
[12] Programme des Nations Unies pour le Développement, Conflits...
suite.
Exclusion
24 La « transition démocratique » s’est rapidement dénaturée et le changement embourbé, mais elle a néanmoins suscité, grâce à la réintroduction du multipartisme et de libertés d’expression et de manifestation, et en dépit du non-avènement d’un régime de droit et donc de la persistance de formes arbitraires et brutales de gouvernement, une libération de la compétition pour le pouvoir à ses différents niveaux. Comme ailleurs en Afrique, cette libération a produit des effets en partie pervers : dans nombre de cas, les factions en compétition ont cherché, en recourant à des formes de nationalisme ethnico-régional, à se donner une base territoriale et une position de force (Ottaway, 1995). Au Zaïre, la mobilisation sociopolitique autour de l’affirmation des droits des « autochtones », de ceux qui se considèrent comme les véritables « originaires » de tel ou tel territoire, va jouer un rôle croissant, d’abord à un niveau local ou régional et puis, de plus en plus, avec la guerre, à l’échelle nationale (de Villers, 1998).
25 En 1992, l’expulsion des Kasaïens du Shaba-Katanga sera la première grande manifestation de ce mouvement de mobilisation identitaire. Mais ce sont les phénomènes d’exclusion ethnique dans la région du Kivu qui appellent une attention toute particulière, puisque ce sont eux qui contribuent à expliquer l’entrée du pays dans le temps de la guerre.
26 Les deux provinces du Nord et du Sud-Kivu comptent une importante population de locuteurs du kinyarwanda. Cette population, les Banyarwanda, est composée de Hutus et de Tutsis ayant émigré du Rwanda ou du Burundi, par vagues successives, soit au XIXe siècle, soit sous la colonisation belge, soit après les indépendances. Il faudrait remonter au moins à la période de l’indépendance pour faire l’histoire des relations complexes, marquées de rivalités, entre ces populations et les autres groupes ethniques du Kivu. Il faudrait en particulier montrer comment des liens privilégiés avec le régime Mobutu ainsi que certaines caractéristiques sociales et culturelles de cette population ont conduit au Kivu à l’accaparement d’espaces fonciers par des Banyarwanda surtout issus de la composante tutsi. Mais on peut considérer que le point de départ du processus d’aggravation des tensions interethniques que l’on va observer est la contestation de la nationalité des Banyarwanda dans les années 1980, une contestation obéissant à deux principales motivations : la compétition pour les ressources foncières, rares dans cette région densément peuplée, et celle pour l’accès au pouvoir politique, des élections ayant eu lieu au Zaïre en 1982 et en 1987 dans le cadre du système de parti unique[13]
[13] Pour l’ensemble de la question des Tutsis et Hutus au...
suite.
27 C’est avec la « transition démocratique » que le mouvement de remise en cause des droits des Banyarwanda débouche au Nord-Kivu, dès mars 1993, sur des affrontements ethniques meurtriers. Les conflits autour de l’accès à la terre constituent toujours un facteur crucial, et l’ouverture de la transition a ravivé la compétition politique. Avec la question de la représentation à la Conférence nationale ouverte à Kinshasa en 1991, la volonté d’exclure les Banyarwanda de la nationalité congolaise et donc de l’exercice des droits politiques se manifeste à nouveau. Il faut bien sûr, là encore, tenir compte de l’extrême affaiblissement du président Mobutu qui, sans doute, lui ôte dans une large mesure la maîtrise politique et militaire des conflits qui surgissent dans le pays mais qui peut également l’inciter à laisser se développer conflits et violences aux fins de démontrer que, sans lui, le pays est voué au chaos.
28 L’effet de contagion des évolutions en cours au Rwanda, depuis que les Tutsis du Front patriotique rwandais (FPR) ont lancé en 1990 leur offensive de reconquête du pouvoir à partir de l’Ouganda, joue également un rôle bientôt déterminant. Koen Vlassenroot, qui a analysé le processus de développement en 1993 des luttes interethniques dans le Masisi, la zone du Nord-Kivu alors la plus affectée par les violences, relève que l’un des facteurs de l’aggravation des tensions est l’encouragement que leur apporte la présidence hutue du Rwanda, dans le but de couper les liens que nouent les Tutsis locaux et le FPR (Vlassenroot et Raeymaekers, 2004, ch. 3).
Les évolutions rwandaises
29 Dans ses grands traits, la situation qui caractérise le Rwanda au début de la décennie est similaire à celle du Zaïre, sauf que les phénomènes communs que l’on peut observer à cette date connaissent dans le premier pays des développements moins aigus et moins dramatiques. Vers le milieu des années 1980, sous l’effet de facteurs complexes, notamment les pesanteurs d’un système politique autoritaire marqué par l’ethnisme et le régionalisme ainsi que l’amenuisement des ressources lié à une dégradation de la situation économique et à l’ajustement structurel, le régime hutu d’Habyarimana s’affaiblit et s’abandonne de plus en plus aux séductions de la « politique du ventre » (Reyntjens, 1994, p. 32-33).
30 L’attaque du FPR intervient dans ce contexte mais aussi à un moment où s’amorce un processus d’ouverture démocratique. L’héritage idéologique de la révolution hutue qui a accompagné l’indépendance du pays, les dérives du régime et la dégradation de la situation sociale, le développement de la compétition politique et la menace représentée par un puissant mouvement rebelle essentiellement tutsi, sont des facteurs qui convergent pour expliquer le processus d’exaspération des oppositions ethniques, ponctué de massacres, que l’on observe alors. Tous ces faits déboucheront, avec l’attentat contre l’avion d’Habyarimana en avril 1994, sur le génocide, la chute du régime hutu et l’exode au Zaïre d’au moins un million de Hutus.
31 Le rappel qui précède montre le rôle d’une conjonction de facteurs politiques, sociaux, économiques, dans le déclenchement et l’accomplissement des massacres de 1994. Mais, pour rendre compte du génocide rwandais et de son ampleur, il faut faire intervenir un sentiment d’appartenance ethnique forgé par l’histoire et par les imaginaires sociaux : la conscience d’appartenance à un groupe supérieur chez les Tutsis, la croyance en la malignité et la dangerosité ataviques chez les Hutus[14]
[14] Pour une description « de l’intérieur » de ces sentiments...
suite.
32 Parlant du rôle du facteur ethnique dans les conflits et guerres de l’Afrique d’aujourd’hui, Crawford Young relève que, de façon générale, mais « avec l’importante exception du Rwanda et du Burundi, l’ethnicité per se n’est pas le moteur des conflits ni ne détermine leur surgissement ». Il poursuit : « Les seigneurs de guerre manipulent et utilisent l’ethnicité, mais ne sont pas des entrepreneurs ethniques » (Young, 2002b, p. 37-57). Sans entreprendre ici d’analyser de manière démonstrative la genèse historique de cette « exception » rwando-burundaise, limitons-nous à un rappel de quelques propositions générales que l’on pourra considérer comme bien établies.
33 On ne peut réduire l’explication de l’histoire tragique et sanglante du Rwanda et du Burundi, qui ont connu tous deux des massacres à caractère génocidaire avant le génocide de 1994, en y voyant la simple résultante d’un antagonisme entre Hutus et Tutsis, que la politique coloniale belge aurait créé de toutes pièces. Il faut analyser la manière dont les imaginaires sociaux ont travaillé les clivages créés par l’histoire (ainsi celui entre un peuple pasteur et un peuple agriculteur), en ne remontant pas seulement au temps de l’occupation européenne, leur instrumentalisation par les élites politiques qui se sont disputées le pouvoir et le rôle joué par les divisions claniques et régionales au sein même de chacun des deux grands groupes. Mais il reste que le fil conducteur de l’analyse doit être ici le phénomène de la domination et de l’exclusion ethniques, et on ne peut comprendre l’ampleur de ce phénomène et le rôle qu’il a joué et continue à jouer sans prendre en compte le processus de systématisation et de durcissement des rapports hiérarchisés entre Tutsis et Hutus, qui ont caractérisé la politique mandataire. Au Rwanda surtout, également mais dans une moindre mesure au Burundi, la Belgique a renforcé la position dominante qu’occupaient des catégories de Tutsis, l’a transformée en une position hégémonique. En même temps, s’appuyant sur des différences physiques que l’on pouvait, statistiquement, observer entre les deux groupes, et sur des aspects de la construction des identités dans les sociétés qu’ils administraient, les idéologues de la « mission » assumée par la Belgique ont « racialisé » l’opposition Tutsis/ Hutus, faisant des premiers, en vertu de l’origine nilotique qui leur était attribuée, les seigneurs et maîtres « naturels » du pays.
Effets de contagion
34 La guerre du Rwanda puis l’arrivée des réfugiés Hutus vont modifier le caractère des conflits socio-ethniques au Kivu : à des affrontements qui restaient localisés entre autochtones et Banyarwanda va se substituer une coalition rassemblant Hutus du Kivu et réfugiés Hutus, parfois rejoints par des milices autochtones, contre les Tutsis congolais, dans un conflit de dimension régionale, imbriquant le Kivu du nord au sud et le Rwanda (Vlassenroot et Raeymaekers, pp. 90-92).
35 En 1995-1996, la mobilisation ethniste s’aggrave dans la province du Sud-Kivu jusque-là relativement épargnée par la violence ouverte. Les Tutsis dits Banyamulenge des environs d’Uvira vont alors occuper le devant de la scène. Contestés dans leur nationalité congolaise (et d’autant plus qu’un certain nombre d’entre eux ont rejoint la lutte du FPR), menacés dans leurs droits, ils vont être, dans sa première phase, « le fer de lance » de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) qui s’emparera du pouvoir à Kinshasa en mai 1997. C’est le soutien armé apporté dès le début par le Rwanda aux Banyamulenge, le rôle de ce pays dans la formation de l’AFDL, son intervention militaire pour le démantèlement des camps de réfugiés du Kivu puis, aux côtés des Ougandais et Angolais, pour le renversement de Mobutu, qui constituent le facteur décisif dans le déclenchement et le déroulement de la guerre de 1996-1997. C’est cette guerre que Rwandais et Ougandais reproduiront en 1998, s’appuyant à nouveau sur des rebelles congolais, rebelles en grande partie fortement différents de ceux qui avaient composé l’AFDL, mais parmi lesquels on retrouve en nombre et en position de force des Banyamulenge et d’autres Tutsis congolais.
Guerre et changements sociopolitiques
36 L’analyse qui précède a cherché à dégager les principaux aspects des évolutions historiques qui concourent à expliquer l’entrée du Congo-Kinshasa dans un temps de guerre. Bien d’autres facteurs et acteurs devraient naturellement être pris en considération pour une étude plus complète des conditions et circonstances du déclenchement des guerres de 1996-1997 et 1998. Dans une lettre célèbre, Friedrich Engels écrivait que « l’événement historique est le produit d’innombrables forces qui se contrecarrent mutuellement (…) d’un groupe infini de parallélogrammes de forces. (…) Ce qui se dégage du mouvement de l’histoire est toujours quelque chose que personne n’a voulu. » Mais il ajoutait, assez énigmatiquement : « Le caractère inextricablement complexe et accidenté de l’évolution historique n’empêche pas que le mouvement économique finisse par se frayer un chemin comme une nécessité à travers la foule infinie de hasards[15]
[15] F. Engels, « Lettre à Joseph Bloch du 21 septembre 1890 »,...
suite. » N’y a-t-il pas, obéissant ou non à une nécessité, à quelque loi historique, une mise en ordre et en forme qui cheminerait à travers les bouleversements congolais que l’on puisse percevoir dès aujourd’hui, sans devoir patienter jusqu’à cette heure du « crépuscule » où se lève, selon Hegel, la « chouette de Minerve », par laquelle l’histoire pourrait être enfin déchiffrée par le regard de la rétrospection ?
37 À partir d’approches comparatives, prenant souvent en considération, parmi les exemples retenus, le cas du Congo-Kinshasa, différents auteurs critiquent les analyses qui dépeignent les évolutions africaines, en particulier dans les pays livrés à la guerre, en termes d’anarchie et de chaos. Ils soutiennent que de telles analyses, rendues aveugles par une référence normative aux concepts « occidentaux » d’État, de développement, de société civile, empêchent de percevoir que le désordre de sociétés africaines fonctionnant sur un mode informel est en réalité un désordre apparent, la manière dont se manifeste un « ordre différent, produit de rationalités et de causalités différentes » (Chabal & Daloz, 1999, p. 144 et 155).
38 On trouve régulièrement citée la phrase de David Keen appelant à saisir, dans les guerres africaines, un processus de « création d’un système alternatif de profit, de pouvoir et de protection » (Keen, 2000, p. 19). Mark Duffield, qui la reprend à son compte, oppose à l’introuvable développement de l’Afrique prôné par les « développementalistes » le « développement réel » que réaliseraient, dans la paix comme dans la guerre, les réseaux de l’« économie de l’ombre ». Il écrit à propos des nouvelles guerres civiles africaines : « L’économie politique de la guerre intérieure a une double dimension (is founded on a double argument): la recherche d’un avantage politique ou économique par les groupes sociaux en conflit s’accompagne d’un processus complexe de transformation sociale et de développement réel » (Duffield, 2001, p. 138-139). Jean-François Bayart, pour sa part, émet l’hypothèse qu’à travers des conflits chaotiques et destructeurs, comme ceux que l’on observe en Afrique centrale, cheminerait un processus de construction de l’État : « L’exacerbation des conflits en Afrique centrale peut (…) être interprétée, sous réserve d’inventaire, comme la manifestation, certes douloureuse, du processus de formation de l’État » (Bayart, 1998, p. 63). Cette fois, l’hypothèse s’appuie sur une référence analogique à l’histoire de la création des États nations en Europe dans le bas Moyen Âge et aux débuts des temps modernes. Bayart invoque, en effet, à l’appui de l’hypothèse qu’il formule, des analyses de l’historien Charles Tilly qui montreraient, selon la lecture qu’il en fait, que « la formation de l’État en Occident a été une combinaison cruelle de crimes et de guerres » (ibid., p.72).
39 Une des objections que l’on peut faire à ces analyses qui récusent toute approche normative et qui cherchent à saisir, en prenant en compte l’historicité propre des sociétés africaines, des voies originales, sinon paradoxales, de construction étatique et de développement, est qu’elles se dispensent de toute définition de ces notions d’État ou de développement qu’elles continuent cependant à utiliser[16]
[16] Chabal et Daloz se singularisent à cet égard en considérant...
suite. Elles se rendent ainsi la tâche facile. Toute forme de pouvoir, tout moyen d’enrichissement, toute pratique clientéliste pourront être considérés comme participant de la création de ce « système alternatif de profit, pouvoir et protection » dont parle Keen. Toute forme de développement d’un pouvoir politique pourra être qualifiée d’« étatique ». Dans l’article cité plus haut, Bayart reconnaît que l’État dont il guette la création serait un État bien particulier : « Ce serait décidément un profil particulier d’État qui s’affirmerait comme un acteur central au sud du Sahara à la faveur des conflits : un État prédateur et militarisé, mais aussi un État “tricheur” ou plutôt, comme disent les Anglais, trickster, habile à tirer avantage des interstices de l’économie internationale et de l’interface entre les activités formelles et les activités informelles, voire illégales, de cette dernière » (Bayard, 1998, p. 72). C’est ici que la comparaison avec le type de développement historique que décrit Charles Tilly apparaît abusive. Il met en effet en évidence l’interaction de deux facteurs explicatifs dans la formation des États européens : la contrainte exercée par la force militaire dans un contexte de guerre et de violence, d’une part, l’accumulation de capital d’autre part (Tilly, 1992). Avec leur expansion territoriale et donc les dimensions et le coût croissant des guerres, les États européens se sont de plus en plus souciés de l’élargissement et de la reproduction de la richesse socialement produite, une richesse constituant – à travers le système des taxes et impôts – la source des prélèvements étatiques nécessaires à la conduite de la guerre. À l’exercice de formes de contrainte brutale et de prédation a progressivement succédé un type de gouvernement alliant la contrainte et la négociation avec une société structurée et organisée de manière autonome autour des activités d’échange et de production (la « société civile » au sens de Hegel et de Marx). Le financement et la gestion de l’activité militaire ont ainsi conduit, dans ce contexte historique, à une rationalisation du mode de gouvernance. On est loin du processus de formation étatique en Afrique centrale que cherche à discerner Bayart.
40 L’analyse des changements que la guerre a provoqués au Congo-Kinshasa confirme plutôt la difficulté de voir, comme y incite à son tour Achille Mbembe, « derrière (les) processus » de dépérissement de l’État et d’instauration d’un régime de violence, « des efforts, en cours, d’institution de nouvelles modalités de la domination légitime et de reconstruction graduelle de formules d’autorité fondées sur d’autres bases » (Mbembe, 2000, p. 112).
Guerre et lignes de force de l’évolution politique générale
41 La situation dans laquelle se trouve le Congo-Kinshasa est celle de l’attente d’élections générales , initialement prévues pour le 30 juin 2005, mais qui seront reportées d’au moins six mois comme y autorise d’ailleurs l’accord politique conclu à Pretoria en décembre 2002. La pression internationale, la volonté populaire que soit enfin mis un terme au règne de dirigeants autoproclamés et globalement discrédités, volonté relayée le plus fortement par l’Église catholique, rendent vraisemblable la tenue effective de ces élections. Mais les retards accumulés dans leur préparation, la colère populaire qu’ils suscitent, l’exploitation de cette situation par la seule formation politique importante restée en dehors de l’actuel gouvernement de transition – l’UDPS d’Étienne Tshisekedi – font qu’il est tout aussi vraisemblable que le processus électoral n’aboutisse pas… Si les élections ont néanmoins lieu, elles mettront formellement fin à une période de transition ouverte il y a quinze ans et que les deux guerres qu’a connues le pays n’ont pas eu le pouvoir de refermer. On est revenu, mais avec un paysage politique encore plus complexe et confus, à une société encore plus épuisée moralement et physiquement, à une économie encore plus pillée et délabrée, à la situation qui prévalait à la veille de la première de ces guerres, quand il était déjà attendu d’élections depuis longtemps promises qu’elles renouvellent, comme par miracle, une classe politique rendue responsable, toutes tendances confondues, de l’enlisement du processus de transition.
42 On peut être sceptique quant à la vertu des élections programmées, du point de vue d’une restructuration politique et institutionnelle du pays. Aucun des leaders, aucune des « forces » politiques en compétition, ne paraissent avoir une capacité de représentation sociale, c’est-à-dire la capacité d’exprimer et de fédérer les intérêts et aspirations de diverses catégories sociales. Quant à ce que l’on appelle ici la « société civile », soit une myriade d’associations (ONG, syndicats…) indépendantes de l’État que plusieurs « plates-formes » concurrentes ambitionnent de coordonner (Minami, 2003), elle s’est affaiblie et fragmentée avec le pourrissement des transitions et la division du pays par des invasions et rébellions. Elle peut difficilement convaincre de son aptitude à mettre en place des « structures représentatives » à la place des partis défaillants et à constituer, comme certains de ses leaders y appellent, une « pépinière » d’acteurs politiques d’un nouveau type susceptibles de recueillir les suffrages populaires et de promouvoir les intérêts de la société (Binda et N’Goma, 2003).
43 Si la seule manière de rendre enfin « transitive » la transition congolaise (de Villers et Omasombo Tshonda, 2002) paraît être la tenue d’élections, et si les résultats de telles élections apparaissent aujourd’hui imprévisibles, c’est que le phénomène de la guerre n’a pas conduit ici – comme dans d’autres contextes historiques[17]
[17] Évoquons seulement l’exemple des voisins ougandais et...
suite – à l’affirmation d’un leader doté d’autorité, réussissant un certain rétablissement des capacités de « gouvernance », et, s’il accepte, une fois le pouvoir conquis, de recourir à la sanction des urnes, n’en escompte que la confirmation d’une légitimité imposée par les armes.
44 La guerre déclenchée contre lui en août 1998 a offert à Laurent-Désiré Kabila un contexte propice à l’abandon de la voie des élections pluralistes et de la démocratie représentative dans laquelle il affirmait, après un temps de transition, vouloir (ré)engager le pays. Le président renoue alors avec le discours révolutionnaire de sa période de chef de maquis. À partir de janvier 1999, il met en place le système des comités du pouvoir populaire, c’est-à-dire un système qui confère, théoriquement, le pouvoir d’État « effectif » au peuple entier assemblé et organisé à partir de la base (des rues, des quartiers, des villages…). Ce système de démocratie directe, de « démocratie gouvernante », restera de l’ordre de la fiction (De Villers et al., 2001).
45 Succédant à son père, Joseph Kabila adopte une démarche toute opposée, obéissant à cette « stratégie de l’extraversion » dont Bayart a souligné la récurrence dans l’histoire des pouvoirs africains (Bayart, 2000). Dès son investiture, il s’engage dans une politique résolue d’amélioration des relations avec les pays occidentaux qui comptent le plus pour Kinshasa et avec le couple Banque mondiale-FMI. Les gestes qu’il accomplit pour une relance du dialogue inter-congolais, de fortes mesures de libéralisation économique, des pas plus timides mais néanmoins réels dans le sens d’une ouverture politique, assurent la réussite de ses efforts diplomatiques. Quasiment interrompue depuis 1990, l’aide financière et technique internationale reprend sur une grande échelle, sous le patronage des institutions de Bretton Woods : objet d’une large défiance sous Laurent-Désiré Kabila, la République démocratique du Congo redevient l’axe des préoccupations et « sollicitudes » internationales envers la région de l’Afrique centrale. Les appuis dont il bénéficie permettront à Joseph Kabila d’obtenir, au terme du dialogue inter-congolais tenu à Sun City puis à Pretoria, son maintien à la tête de l’État.
46 L’accord « global et inclusif » conclu à Pretoria en décembre 2002 instaure un système présidentiel dit de « 1 + 4 » : le président est flanqué de quatre vice-présidents : un pour chacun des deux principaux mouvements rebelles (le RCD-Goma et le MLC), un pour la « composante gouvernementale », un pour l’opposition politique non armée. La formule confère une certaine prééminence au président Joseph Kabila, non seulement en raison du dispositif constitutionnel adopté (Bouvier et Bomboko, 2004), mais aussi parce que le vice-président représentant la composante gouvernementale appartient à son « camp » et parce que la personnalité choisie pour représenter l’opposition, Z’Ahidi Ngoma, apparaît plutôt susceptible de lui être alliée, du moins face aux deux « ex-rebelles ». Mais la prééminence relative dont jouit le jeune chef de l’État n’est pas telle, dans un système extrêmement complexe et sophistiqué de répartition des pouvoirs entre les ennemis d’hier et les autres composantes, qu’il soit en mesure (eût-il à cet égard les qualités nécessaires) de donner quelque cohérence et cohésion à la conduite du pays. Certes, avec leur retour en force, les grands bailleurs de fonds ont pris en main la définition de grands et « beaux » programmes d’assainissement, réhabilitation, reconstruction économique, ainsi que de lutte contre la pauvreté, mais l’état du pays est tel que les résultats positifs atteints, comme la reprise d’un taux positif de croissance après une décennie de croissance négative, ne sont que gouttes d’eau dans l’océan de misère de la population. D’autant que la « capacité d’absorption » de l’aide internationale, dont se préoccupent tant les bailleurs de fonds, continue au Congo-Kinshasa de revêtir la forme d’une indéniable capacité de détournement des législations, procédures et flux d’argent.
Guerre et changements à l’échelle locale
47 La guerre de 1998 a entraîné durant quatre ans et demi la division du pays en zones gouvernementale et rebelles, division qui est loin aujourd’hui d’être réellement résorbée. Le contrôle politique, administratif, économique même, des mouvements rebelles sur leurs zones ayant été encore plus limité que celui de Kinshasa sur la moitié du pays demeurée dans son orbite, on a observé un phénomène de développement d’espaces semi-autonomes, particulièrement dans les régions frontalières de l’est du pays.
48 Solidement fondée sur des enquêtes locales menées au Nord Kivu et en Ituri, l’étude déjà mentionnée de Vlassenroot et Raeymaekers (2004) a pour objet de montrer qu’une décennie de guerre et conflits violents n’a pas seulement engendré morts, réfugiés et destructions, mais aussi d’importants changements sociaux et économiques. Les auteurs adoptent à cet égard la problématique de David Keen. Ils écrivent : « Au lieu de conduire à un effondrement ou au chaos (…) les conflits du Congo oriental semblent avoir la potentialité de créer un “système alternatif de profit, de pouvoir et de protection” » (Vlassenroot et Raeymaekers, 2004, p. 23). Et ils évoquent la mise en place dans ces zones de guerre et de conflits de « diverses structures informelles de gouvernance » (ibid., p. 22). L’intérêt de leur ouvrage tient au fait qu’ils mettent ce type de problématique, qui, le plus souvent, demeure fort spéculative, à l’épreuve d’observations empiriques solides. Mais cette mise à l’épreuve aboutit, plutôt qu’à la valider, à rendre plus discutable une telle approche, et y aboutit d’autant mieux que l’ouvrage apparaît, d’un point de vue empirique, rigoureux.
49 Les auteurs estiment que l’on peut appliquer au cas du Congo une analyse de Stephen Ellis montrant que les seigneurs de guerre du Libéria ne sont pas seulement des agents de violence et de destruction, mais peuvent aussi procurer à la population qui dépend d’eux une relative « sécurité », donc témoigner d’une certaine capacité de « bonne gouvernance » en dispensant des « biens publics ». L’ouvrage montre effectivement la pertinence de l’analyse pour le Congo oriental, mais d’une analyse qui souligne en réalité le caractère extrêmement limité et précaire de la « protection » offerte. Ellis écrit à cet égard : « Le développement au Liberia de systèmes autonomes de gouvernement par des seigneurs de guerre (…) a produit une mosaïque de zones contrôlées par des milices, dans lesquelles les civils bénéficient de quelque protection, mais doivent payer un tribut en nature au seigneur de guerre local, dans un contexte où se modifient constamment les zones frontières dans lesquelles les civils sont exposés aux razzia de toutes les parties. Le but des chefs de guerre est le contrôle de populations et l’acquisition de butin plutôt que le contrôle d’un territoire sur le mode militaire classique » (Ellis, 1995, p. 57).
50 Dans le chapitre qu’ils consacrent à l’Ituri, la région du Congo la plus bouleversée et meurtrie à la fois par des guerres ethniques et par les actions des rébellions et des pays agresseurs (Ouganda et Rwanda), Vlassenroot et Raeymaekers écrivent que les processus de changement que l’on y observe ne doivent pas être considérés comme « déviants » ou « irrationnels »: « Par l’usage qu’ils font des opportunités créées par le conflit, ils doivent plutôt être vus comme constituant de nouvelles formes d’intégration socioéconomique, incontestablement violentes mais néanmoins effectives » (Vlassenroot et Raeymaekers, 2004, p. 178). On observerait la mise en place de « complexes de pouvoir, profit et protection » informels, de caractère transfrontalier, échappant au jeu politique national (ibid., p. 193). Mais l’analyse menée dans le chapitre montre surtout des phénomènes d’exclusion socio-ethnique mutuelle et de fragmentation des structures du pouvoir. Ainsi, les auteurs soulignent que nombre de leaders des rébellions ou milices perdent le contrôle de leurs troupes : « Il en résulte que la plupart des milices se désintègrent et se transforment en bandes informes (loose gangs) de bandits sociaux, accroissant fortement le niveau de la violence infligée aux populations rurales » (ibid., p. 188). Et on voit mal pourquoi le renforcement des liens des acteurs locaux avec des réseaux transfrontaliers serait un facteur de restructuration et recomposition puisque ces réseaux évoluent dans la sphère d’un « État-fantôme » ougandais (ibid., p. 193) dont l’armée (l’UDPF) connaît un processus de « privatisation » que la compétition au sein du commandement militaire de ses forces d’intervention au Congo a révélé avec force (ibid., p. 190-191).
51 L’ouvrage se conclut d’ailleurs sur un mode pessimiste : « Comme le disait (…) un observateur local : aujourd’hui, “la société s’emploie à se détruire elle-même”. Sans une réponse adéquate devant venir en particulier, comprend-on, des partenaires internationaux du pays, nous craignons que ce soit exactement ce qui va se produire dans de grandes parties du Congo oriental » (ibid., p. 228).
52 Il faudrait une discussion plus systématique et plus serrée des études de cas figurant dans cet ouvrage et dans quelques autres (par ex. Trefon, 2004), qui mettent en lumière les dynamiques sociales sous-jacentes aux évolutions violentes et confuses du Congo-Kinshasa. Elle aboutirait à confirmer le caractère souvent novateur et fertile de ces dynamiques, mais à montrer en même temps combien elles sont ambivalentes et fragiles et comme il est difficile d’imaginer la manière dont elles pourraient être relayées et consolidées par l’instauration d’un nouvel ordre politique et institutionnel au niveau national. Après avoir relevé l’existence de « sites d’innovation », dans les sociétés en crise des pays du Sud, Bertrand Badie notait il y a déjà plus de dix ans : « La difficulté réside, en fait, dans la tentative de fédérer toutes ces micro-inventions en un modèle cohérent d’invention politique, de passer de l’innovation quotidienne à la production d’une utopie mobilisatrice à l’échelle de la société tout entière » (Badie, 1992, p. 266).
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Notes
[1] Section d’Histoire du temps présent, Musée royal de l’Afrique centrale, Tervuren, Belgique. 
[2] Des anciens gendarmes katangais, éléments de la force militaire créée en 1960 par l’État sécessionniste du Katanga, qui s’étaient, après de complexes péripéties, réfugiés en Angola, envahissent à deux reprises leur région d’origine (le Katanga rebaptisé Shaba), en mars 1977 et mai 1978. Ils seront rapidement défaits et refoulés, mais chaque fois grâce à l’intervention aux côtés de l’armée de Mobutu de forces étrangères (marocaines surtout en 1977, françaises surtout l’année suivante). 
[3] Successeur de son père assassiné en janvier de l’année précédente. 
[4] Sur les protagonistes de la guerre de 1998, voir de Villers, Omasombo et Kennes, 2001. 
[5] Compétition pour le pouvoir central dans le camp des animateurs des rébellions, sécurité aux frontières, leadership régional, dérivatif à des problèmes internes dans le camp des acteurs étrangers. 
[6] Rwanda, Ouganda, Burundi, Angola. 
[7] Sur Laurent-Désiré Kabila dans sa position de chef d’État, voir de Villers, Omasombo et Kennes, 2001 ; sur l’ensemble de sa trajectoire, lire Kennes et Munkana N’Gee, 2003. 
[8] Sur la période de « transition démocratique », voir en particulier de Villers et Omasombo Tshonda, 1997. 
[9] Partis que l’on appelait, à Kinshasa, « alimentaires ». 
[10] J’emprunte ces différentes données à la contribution (non signée) de Hugues Leclercq au rapport d’un groupe d’expertise congolaise de Belgique (Leclercq, 2001a). 
[11] Un tiers seulement provenant de la MIBA, une société mixte à participation étatique majoritaire. 
[12] Programme des Nations Unies pour le Développement, Conflits armés en République démocratique du Congo. Le rôle des facteurs économiques et leçons pour la reconstruction, Kinshasa, PNUD, 2003. 
[13] Pour l’ensemble de la question des Tutsis et Hutus au Kivu, lire Willame, 1997. 
[14] Pour une description « de l’intérieur » de ces sentiments ethniques, lire le témoignage d’un Tutsis rwandais retrouvant son pays après le génocide : Sembene, 1999. 
[15] F. Engels, « Lettre à Joseph Bloch du 21 septembre 1890 », dans K. Marx et F. Engels, Études philosophiques, Paris, Éditions sociales, 1961, p. 154-156. 
[16] Chabal et Daloz se singularisent à cet égard en considérant comme « raisonnable » l’hypothèse selon laquelle l’Afrique noire suivrait un « autre agenda » que celui du développement et en reconnaissant que cet « autre agenda » n’est peut-être rien d’autre que cette « instrumentalisation du désordre » à laquelle se livrent les élites africaines et qui conduit l’économie du sous-continent à la « ruine » (Chabal & Dalloz, 1999, p. 125, 132-133). 
[17] Évoquons seulement l’exemple des voisins ougandais et rwandais. 
Résumé
Cet article examine le temps de guerre dans lequel a été plongé le Congo-Kinshasa à partir de 1996. Deux perspectives seront abordées. La première partie cherche à mettre en lumière les grands processus historiques dont la conjonction permet le mieux d’expliquer le basculement du pays dans des guerres à la fois civiles et régionales : « désinstitutionalisation » et « informalisation » de l’État-Zaïre ayant entraîné son progressif démantèlement ; subordination et exclusion de groupes ethniques dans le pays même, et chez ses voisins de la région des Grands Lacs ; profonds changements dans les rapports des puissances occidentales avec l’Afrique depuis la décennie 1980. Dans la seconde partie, l’auteur s’interroge sur la manière dont ces guerres ont agi sur les processus de changements social et politique. Il procède à un rapide examen critique d’approches aujourd’hui assez répandues appelant à saisir, dans les guerres africaines, le cheminement d’« un système alternatif de profit, de pouvoir et de protection ».
This article studies the Congo Kinshasa war, which started in 1996. The first part of the article exposes the great historical processes that together explain how the country came to be caught up in wars with both civil and regional dimensions – the “desinstitutionalisation” and “informalisation” of the Zairian State leading to the gradual dismantling of the country, the subordination and exclusion of whole ethnic groups in the country itself and its neighbours of the Great Lakes region, the profound changes in the relation of the great powers with Africa since the 1980s. The second part looks at how these wars have influenced the processes of social and political change. It also proposes a brief critical examination of some widely accepted approaches to the problem of wars in Africa that call for an alternative approach to profit, power and protection.
PLAN DE L'ARTICLE
POUR CITER CET ARTICLE
Gauthier de Villers « La guerre dans les évolutions du Congo-Kinshasa », Afrique contemporaine 3/2005 (no 215), p. 47-70.
URL : www.cairn.info/revue-afrique-contemporaine-2005-3-page-47.htm.
DOI : 10.3917/afco.215.0047.




