2005
Afrique contemporaine
Editorial
François Gaulme
Depuis le début de la dernière décennie, la majeure partie ce de qu’il est convenu d’appeler l’« Afrique centrale » (et dont Roland Pourtier rappelle opportunément la définition en tête du dossier thématique qu’il a coordonné) est entrée dans une période de crise profonde et multiforme, génératrice de conflits et de violences multiples. Le génocide rwandais de 1994 déclencha un processus de conflagration régionale dont la RDC, cœur de cet ensemble géographique, n’est pas encore sortie. Pourtant, différents signes, dont le plus récent est le processus électoral réussi au Burundi, donnent maintenant à penser que, si la crise n’est pas finie, elle est en voie d’apaisement et que le moment de reprendre espoir est peut-être venu.
C’est pourquoi Afrique contemporaine a décidé, dans ce pas de temps particulièrement délicat, entre fin de guerre et reconstruction de la paix, de consacrer un dossier thématique à cette région, en en montrant les différentes facettes. Tout ne s’y limite pas, en effet, à des questions politiques et militaires abondamment traitées par la presse et les travaux universitaires depuis quelques années. Si ces questions prédominent encore dans l’actualité, il faut comprendre cependant que dans bien des cas elles ne font qu’exprimer des recompositions sociales, économiques et culturelles sous-jacentes, dont les fondements sont non seulement anciens mais présentent bien souvent aussi des configurations régionales qui transcendent les frontières. Ainsi le phénomène de montée du facteur religieux, abordé ici dans le cadre national du Cameroun, ne se limite nullement à ce pays. Dans le même ordre d’idée, la thématique des relations entre un État central fragile, lointain et plus ou moins fonctionnel, et le niveau local, qui constitue le véritable cadre de la vie quotidienne, et que ce numéro aborde par le cas extrême de l’Ituri, est présente en bien des pays de la région. Parallèlement, le dossier souligne, à travers la prééminence de l’aide humanitaire d’urgence sur la reconstruction et le développement, que nous n’en sommes, au mieux, qu’au tout début du processus de sortie de crise, phase que les spécialistes qualifient de période « post conflit »… Toutefois une initiative telle que celle de l’INICA, également traitée dans ce dossier, montre que, dès maintenant et sans attendre un apaisement généralisé et consolidé, une réflexion d’ensemble sur le redressement de la région commence à se mettre en ordre au niveau international, ce qui constitue bien évidemment tout à la fois un facteur d’espoir supplémentaire et un outil de construction de la paix.
Outre ce dossier « Afrique centrale », ce numéro comporte trois articles dont les thèmes, même s’ils ne semblent pas avoir de rapport direct les uns avec les autres, nourrissent ce nécessaire éclairage croisé sur des problématiques de développement qui concernent le continent africain…
Les articles en question abordent des thèmes très différents : ceux de la démocratie formelle, du processus de décentralisation et de la problématique complexe de la sortie des économies de guerre, à travers une analyse de l’économie de l’opium en Afghanistan…
Le premier article examine un cas d’élection présidentielle, au Malawi et sous un angle purement politique, qui met en lumière des pratiques marquées par l’héritage formaliste du système colonial.
Le deuxième a une approche plus sociale et économique, tout en traitant d’évolutions politiques, en l’occurrence liées au processus de décentralisation au Mali.
Le dernier, enfin, aborde de front l’un des problèmes les plus difficiles auxquels sont confrontés les pays en sortie de conflit, c’est-à-dire celui du traitement qu’il convient d’appliquer aux activités économiques nées de la guerre. L’exemple ici abordé est celui de la filière opium en Afghanistan. Il montre que l’importance sociale et économique prise par cette activité justifie une stratégie de lutte faisant la part belle, à côté des volets plus classiques de répression et d’éradication, aux opérations de développement, à soit peine de courir à l’échec soit de déstabiliser politiquement un État en cours de reconstruction.
Le prochain dossier d’Afrique contemporaine sera consacré au pétrole en Afrique. Alors que les cours du baril se maintiennent à des niveaux proches de leurs records historiques, la revue proposera un recueil d’articles consacrés tant à l’étude des particularités de divers États pétroliers (Tchad, Nigeria, Guinée équatoriale, Sao Tomé et Principe) qu’à des problématiques transversales liées au pétrole (géopolitique, environnement, énergie, fiscalité, démocratie). Nous vous informons enfin que des séminaires de présentation des dossiers de la revue sont organisés par l’Agence Française de
Développement lors de leur parution. Si vous souhaitez être tenu informés des dates de ces séminaires, merci de vous mettre en contact avec l’équipe de rédaction
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De préférence par courrier électronique :
afrique-contemporaine@ afd. fr