Afrique contemporaine
De Boeck Université

I.S.B.N.2804149307
226 pages

p. 125 à 138
doi: 10.3917/afco.216.0125

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Dossier « Pétrole »

no 216 2005/4

2005 Afrique contemporaine Dossier « Pétrole »

La répartition de la rente pétrolière en Afrique centrale : enjeux et perspectives  [1]

Christine Rosellini  [2]
L’exploitation de la rente pétrolière en Afrique centrale n’a pas permis de développer équitablement les économies productrices ni de lutter efficacement contre la pauvreté. Toutefois, la pression grandissante des ONG et des bailleurs de fonds et la perspective d’un tarissement des réserves pétrolières dans certains pays semblent inciter aujourd’hui les gouvernements et les compagnies pétrolières à changer leurs comportements dans le sens d’une meilleure distribution et d’une utilisation plus efficace de la rente pour le développement. The oil rent has not been used in African producing countries to foster equitable development or to effectively fight poverty. However, increased pressure from Non Governmental Organisations and donors, sometimes in the context of declining oil reserves, seems to create new incentives for governments and oil companies to change their behaviour, and allow for a more equitable distribution and a more efficient use of the oil rent for development.
 
Introduction
 
 
Les économies pétrolières d’Afrique sont pour la plupart des économies de rente traditionnellement caractérisées par une gestion peu transparente des recettes issues du pétrole, une forte corruption, et de mauvaises performances en matière de développement. La rente pétrolière a pu susciter ou alimenter sur ce continent des guerres civiles, des violations répétées des droits de l’homme et entretenir la pauvreté : paradoxalement, en effet, les pays pétroliers d’Afrique restent parmi les plus pauvres. Enfin, le secteur du pétrole en Afrique est caractérisé de longue date par la pré-éminence de grandes compagnies pétrolières étrangères – les majors –, qui l’exploitent dans le cadre de contrats de concession et depuis plus récemment de contrats de partage de production établis avec les États.
Néanmoins, le plafonnement des réserves dans certains pays, le relatif tarissement de la rente pétrolière qui en résulte et la prise en compte des critiques dénonçant les impacts politiques, sociaux, économiques et environnementaux et la gestion opaque des revenus pétroliers pourraient favoriser la transition des pays pétroliers africains d’une économie de rente basée uniquement sur une logique de production à une économie de rente qui prendrait mieux en compte la répartition des richesses et le bien-être social.
Le défi de la gestion de la rente pétrolière pour le développement suppose de passer d’une logique de production pure à une logique de répartition, d’une situation déséquilibrée et opaque à deux acteurs (États, compagnies pétrolières) et inéquitable car coupée de la population, à une situation avec un État plus fort (moins endetté), des exploitants moins puissants (plus de concurrence, contrat de partage de production) et une participation effective accrue de la société civile.
 
Les pays pétroliers africains au sud du Sahara
 
 
Une situation diversifiée

Tableau 1
Réserves pétrolières prouvées et production en Afrique sub-saharienne
IMGIMGPays	Réserves prouvées, fin 2004	Pro...IMGIMF
Pays Réserves prouvées, fin 2004 Production, 2004 Milliards de barils Part Afrique Milliers de baril / jour Part Afrique Angola 8,8 7,8% 991 10,7% Cameroun 0,2(*) 0,2% 62 0,7% Congo-Brazzaville 1,8 1,6% 240 2,6% Gabon 2,3 2,0% 235 2,5% Guinée équatoriale 1,3 1,2% 350 3,8% Nigeria 35,3 31,5% 2508 27,1% Soudan 6,3 5,6% 301 3,2% Tchad 0,9 0,8% 168 1,8% Afrique 112,2 100% 9264 100% Monde 1188,6 80260 (*) 2003 Source :BP Statistical Review of World Energy 2005.

Le Nigeria, seul pays d’Afrique sub-saharienne membre de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et dont la production est ainsi soumise à quotas, est de loin le premier pays producteur d’Afrique au sud du Sahara. Juste derrière le Nigeria, l’Angola est le producteur qui a connu la plus forte croissance dans la période récente. Ailleurs en Afrique sub-saharienne, la plupart des pays pétroliers se trouvent dans le golfe de Guinée : soit le Gabon et le Congo, dans une moindre mesure le Cameroun et la République démocratique du Congo. La Guinée équatoriale a fait l’objet d’importantes découvertes récemment. Enfin, il n’existe que des estimations pour le Tchad (1 milliard de barils environ) et São Tomé et Príncipe (4 milliards de barils). En 30 ans, comme dans le reste du monde, des découvertes importantes de nouveaux gisements ont été faites en Afrique et le taux de récupération du pétrole a augmenté grâce à l’amélioration des techniques. En dépit de l’engouement qu’ils suscitent aujourd’hui, et nonobstant d’autres découvertes à venir, le Tchad et la Guinée équatoriale représenteraient chacun environ 1 pour cent des réserves en Afrique. Dans le golfe de Guinée, on peut ainsi distinguer : les vieux pays pétroliers à la production en déclin (Congo, Cameroun, Gabon), ceux où elle est toujours en progression (Angola) et les nouveaux pays pétroliers : Guinée équatoriale, São Tomé (même si l’exploitation n’a pas démarré) et le Tchad.
De nombreux avantages
De faible teneur en souffre, le pétrole africain est de bonne qualité et adapté aux besoins des raffineries des pays de l’OCDE (européennes notamment). Par sa situation géographique, il représente un marché facile d’accès pour les États occidentaux, notamment par rapport au pétrole du Moyen-Orient ou d’Europe de l’Est. À l’exception notable du Nigeria, du Tchad, pays enclavé, et de quelques gisements (au Gabon notamment), ce pétrole est essentiellement off-shore, c’est-à-dire issu de gisements marins, relativement facile à produire et à l’abri des problèmes de sécurité que peut rencontrer le pétrole produit on-shore, sur terre. À titre d’exemple, la production pétrolière au Congo n’a pas été affectée par la guerre civile de 1997 à 1999 car les gisements sont situés en mer, loin du conflit. À ce facteur interne s’ajoute également la prise en compte d’une nouvelle « demande de sécurité » à l’égard du terrorisme international. La diversification des sources d’approvisionnement est en effet devenue un objectif prioritaire des pays développés après le 11 septembre 2001. Elle devrait profiter à l’Afrique, devenue une source pétrolière privilégiée. Les déplacements récents de personnalités américaines attestent en particulier du regain d’intérêt des États-Unis pour le golfe de Guinée, considéré comme relativement sûr. Leur objectif est de faire passer la part de l’Afrique dans leurs importations pétrolières de 15 % aujourd’hui à 25 % en 2020. À noter également la montée de la Chine (deuxième consommateur mondial de pétrole en 2005, après les États-Unis) comme nouveau client du pétrole africain. Enfin, au-delà de ces avantages techniques et géopolitiques, le pétrole africain compte parmi les rares réserves ouvertes aux investisseurs étrangers (20 % dans le monde) grâce notamment aux contrats de type partage de production.
De belles perspectives…
La demande africaine de pétrole devrait croître au même rythme que celle de la Chine entre 2002 et 2030 [3] Elle progresserait ainsi de 3,4 % par an en moyenne passant de 2,4 millions de barils par jour à 6,1 millions de barils par jour en 2030. En valeur absolue, toutefois, elle ne rattraperait pas les 13,3 millions de barils par jour chinois. Certes, l’Afrique resterait parmi les plus faibles consommateurs de pétrole, mais d’une demande proche de celle de la seule Russie (3,1 millions de barils par jour) en 2002, elle dépasserait celle de l’Inde (5,6 millions de barils par jour) et talonnerait le continent latino-américain (8,4 millions de barils par jour) à l’horizon 2030. Alors que l’offre mondiale de pétrole devrait baisser au sein du monde émergent (hors pays en transition d’Europe centrale et orientale et Russie) et dans certains pays développés (notamment les États-Unis et le Canada), elle devrait augmenter en moyenne de 1,8 pour cent par an entre 2002 et 2030 en Amérique latine et de 1,4 pour cent en Afrique. Face à la stagnation de l’offre pétrolière du monde en développement, on devrait alors assister à une montée en puissance de l’Afrique parmi les pays producteurs de pétrole.
Plus récents qu’au Moyen-Orient, la découverte et le démarrage de l’exploitation des réserves d’Afrique sub-saharienne datent des années 1960-1970. Même si les réserves sont bien moindres que dans le reste du monde, le pétrole du golfe de Guinée et d’Angola a attiré de nombreux investisseurs et la production n’a cessé de croître. Les coûts de production y sont plus élevés qu’au Moyen-Orient (ils se situent entre 10 à 15 dollars le baril contre 1 dollar pour le Moyen-Orient) mais les hausses consécutives aux deux chocs pétroliers de 1973 et 1979-1981 l’ont rendu tout à fait rentable. Le progrès technique renforce encore l’avantage compétitif du pétrole africain, même en période de baisse des cours. On assiste par exemple avec la remontée récente des cours du pétrole à une recrudescence des investissements au Gabon où les réserves plafonnent mais dont l’exploitation est toujours rentable grâce à l’amélioration des techniques qui permet un meilleur taux de récupération. L’off-shore profond devrait offrir de la même façon de belles perspectives en Afrique selon la compagnie Total.
L’économie du pétrole en Afrique
Hyper spécialisation et mauvaise gouvernance

Tableau 2
Le poids du pétrole dans les économies d’Afrique centrale
IMGIMGPays	PNB par hab. (en dollar) 2004	P...IMGIMF
Pays PNB par hab. (en dollar) 2004 Part du pétrole dans les exportations Part dans le PIB Part dans les ressources de l’État Nigeria 499 78% 40% 88% Angola 1303 90% 49% (*) 80% Cameroun 914 39% 5% 26% Congo 1335 80% 51% 70% Gabon 5431 81% 42% 55% Guinée équatoriale 7116 90% 86% 61% RD du Congo 111 Tchad 511 86% 15% 33% (*) 2003 Source : FMI, World Development Indicators, Banque mondiale, 2004 et calculs de l’auteur.

Les économies pétrolières d’Afrique se limitent pour la plupart à un seul secteur, le pétrole étant la source principale, voire quasi unique, de recettes fiscales comme d’exportation. De plus, avec un prix du pétrole très erratique et difficile à prévoir, les recettes de l’État deviennent très volatiles, ce qui fragilise ces économies. La rente pétrolière déstructure également la sphère politique et sociale. Accaparée par des agents membres ou proches de l’État, elle est redistribuée de manière privée ou via des réseaux clientélistes et entretient ainsi une bureaucratie pléthorique. Elle ne favorise pas la transparence des transactions et incite à l’évasion fiscale et à la corruption. L’État rentier est d’autant moins redevable de sa gestion vis-à-vis de sa population qu’il ne dépend pas d’elle pour ses recettes fiscales et n’est pas incité à encourager la création de valeur ajoutée dans l’économie nationale pour augmenter les rentrées budgétaires. L’objet de la politique économique de l’État devient alors la captation de cette rente. Il s’ensuit une relation souvent opaque entre un État endetté, incapable de faire seul les investissements nécessaires pour l’exploitation du pétrole, et des firmes internationales puissantes qui profitent d’une relation simplifiée. Des réseaux se forment et entretiennent cette relation avec parfois la complicité des États d’origine des compagnies pétrolières. La faiblesse des États résulte elle-même de leur endettement, qu’aggravent une gestion peu rigoureuse de l’économie, l’absence de secteur industriel, l’inexistence d’une base fiscale et la très faible collecte fiscale.

Tableau 3
Indices de corruption et de développement humain des pays pétroliers d’Afrique sub-saharienne
IMGIMGPays	Transparency International (la ...IMGIMF
Pays Transparency International (la note la plus élevée correspond au pays le plus corrompu) IDH (sur 177) 2004 (de 1 à 145) 2005 (de 1 à 158) 2002 2003 Nigeria 144 152 151 158 Angola 133 151 166 160 Cameroun 129 137 141 148 Congo 114 130 144 142 Gabon 74 88 122 123 Guinée équatoriale Nd 152 109 121 RD du Congo 133 144 168 167 Tchad 142 158 167 173 Source : Transparency International, PNUD.

Longtemps, les pays africains ont eu des pratiques de dépenses hors budget où les caisses des sociétés nationales pétrolières jouaient le rôle d’un deuxième trésor de l’État. Aujourd’hui différents progrès sont sensibles. Sous la pression des bailleurs de fonds et avec la volonté de normaliser leurs relations financières, la gestion des ressources pétrolières évolue vers la budgétisation totale (fin du « hors budget », unicité des budgets, fin du « deuxième trésor ») et l’augmentation de la transparence dans la gestion des ressources [4]. L’État doit trouver des solutions à la baisse de la rente (plafonnement voire tarissement des réserves pétrolières) et les compagnies pétrolières doivent faire face à l’augmentation des coûts de production (sécurité, environnement, vieillissement des puits). Pourtant, un nouvel acteur dans la scène pétrolière africaine, la Chine, semble renouer avec les pratiques du passé et autorise par exemple l’Angola à rembourser ses emprunts par les exportations de pétrole, contrairement aux recommandations du FMI.
Domination des compagnies multinationales pétrolières
En Afrique, contrairement aux États du Moyen-Orient, qui depuis longtemps exploitent eux-mêmes leurs ressources, l’exploitation du pétrole se fait à travers trois types d’acteurs :
  • les compagnies nationales dont la gestion souvent controversée fait désormais l’objet de toutes les attentions de la part des bailleurs de fonds et du FMI, en particulier avant l’octroi de prêt aux États ;
  • les grandes compagnies pétrolières, les majors, qui ont souvent eu le monopole ou le quasi-monopole de la production pétrolière en Afrique, parfois bien avant la décolonisation, et ont parfois servi des intérêts géopolitiques des pays d’origine ;
  • enfin les sociétés indépendantes ou de taille plus modeste, arrivées en dernier sur ce continent, avec des logiques commerciales différentes, basées sur les opportunités offertes par les champs matures qui n’intéressent plus les majors ou sur la recherche de nouveaux gisements jugés peu intéressants par les majors.
Toutes les majors sont donc présentes en Afrique : Shell au Nigeria, Total en Angola et dans les pays francophones, ChevronTexaco en Angola et au Nigeria, et plus tardivement mais de façon croissante ExxonMobil au Nigeria et probablement bientôt en Angola, en Guinée équatoriale et au Tchad où elle a des projets de développement. Seules à même d’exploiter la rente pétrolière pour le compte des États africains en raison de leur forte capacité d’investissement, les firmes multinationales ont également été une source de crédit facile pour ces États, n’exigeant aucune mesure économique en retour (contrairement aux bailleurs de fonds traditionnels) et surtout aucune transparence [5]. Aussi, le partage des profits entre l’État producteur et les compagnies pétrolières est essentiel dans la détermination des recettes futures d’un État.

Tableau 4
Principaux opérateurs dans les pays producteurs l’Afrique sub-saharienne
IMGIMGPays 	Société nationale
	Principales...IMGIMF
Pays Société nationale Principales compagnies étrangères Types de contrat Nigeria NNPC Shell ExxonMobil, ChevronTexaco ENI/Agip Total Joint-ventures principalement et CPP Angola Sonangol ChevronTexaco ExxonMobil Total BP CPP principalement et joint-ventures Congo-Brazzaville SNPC (Société nationale des pétroles du Congo) Total Agip Shell ExxonMobil BP Marathon Anadarko Joint-ventures, CPP depuis 1994 Gabon Non Shell, Total Agip et petites compagnies privées Contrat de concession et CPP Guinée équatoriale Non Cepsa (Espagne) Marathon Oil ExxonMobil (États-Unis) Amerada Hess (États-Unis) et petites compagnies indépendantes CPP : contrat de partage de production.

Pétrole et conflit
Au service d’une élite étroite, les régimes politiques des États rentiers se déconnectent de la population. Ils n’ont pas besoin de légitimité démocratique pour rester au pouvoir et garder le contrôle de la ressource. Paradoxalement, les pays producteurs en Afrique sont les plus pauvres parmi les pays pétroliers. Le PNB par habitant des pays d’Afrique centrale cache une grande diversité avec le Gabon (4170 dollars) et la RDC (110 dollars) aux deux extrêmes. La rente a pu également servir à entretenir l’armée. Les pays pétroliers sont fréquemment le théâtre de conflits, voire de guerres civiles (Angola, Nigeria, Congo). Le Nigeria a connu en 2003 une recrudescence des problèmes de sécurité et des actes de violence contre les compagnies pétrolières. En Angola et au Soudan, les revenus du pétrole ont entretenu les conflits en permettant notamment l’achat d’armes. Elf dans les pays francophones d’Afrique (Gabon, Congo, Cameroun) a longtemps eu une logique politique au service des intérêts de la France. Au contraire, en Angola, la compagnie pétrolière alors américaine (Gulf Oil a été racheté par Chevron en 1984 au plus fort de la guerre civile) a soutenu indirectement le régime marxiste en place (MPLA) contre les intérêts américains plutôt favorables au mouvement d’opposition représenté par UNITA. Pourtant, à l’inverse, le pétrole peut également être un facteur de renforcement de la stabilité politique, comme au Gabon.
Faiblesse du secteur privé hors pétrole
La dépendance à l’égard des recettes pétrolières a découragé toute incitation à développer d’autres activités productives, en particulier agricoles. Aussi, le secteur privé dans les pays pétroliers d’Afrique centrale est-il peu développé en dehors du pétrole. Il est caractérisé par :
  • l’absence de véritable stratégie de développement du secteur privé ;
  • la concentration des entreprises dans le secteur tertiaire ;
  • et un secteur informel très développé.
Au plan institutionnel, les pays d’Afrique centrale pâtissent notamment de l’absence d’une vision globale et/ou nationale par rapport au financement et d’un cadre juridique et judiciaire peu efficient. Les banques y sont assez frileuses suite aux crises successives qu’elles ont subies dans les années 1980 à 1990 et, selon elles, les entreprises ne leur fournissent pas de bons projets par manque de capacité managériales et n’offrent pas de garanties suffisantes.
Enjeux et perspectives

Tableau 5
Les mécanismes de passage à une répartition de la rente pétrolière
IMGIMGActeurs/ Types de gestion	Logique de...IMGIMF
Acteurs/ Types de gestion Logique de captation de la rente Logique de répartition de la rente État Pétrole, source de revenu uni que. Opacité de la gestion des recettes pétrolières. Mauvaise gouvernance, corruption. Évasion fiscale. Endettement (quand le prix du pétrole baisse). Achats d’armes. Faillite structure étatique hors pétrole. Poids élevé de l’État, taux d’investissement élevé dans le secteur pétrolier, forte instabilité des recettes. Baisse de la rente (plafonne ment, voire tarissement des ré serves pétrolières) et augmentation des coûts de production (sécurité, environ nement, vieillissement des puits). Surendettement et tarissement de l’aide (augmentation de la sélectivité). Pression des ONG/media/opi nions publiques (promotion de l’éthique des entreprises, respect de l’environnement). Pression des institutions financières internationales (recherche de la transparence dans la gestion des revenus pétroliers). Budgétisation des revenus pétroliers. Contractualisation de l’utilisa tion des revenus pétroliers. Diversification de la fiscalité. Financement des secteurs sociaux. Amélioration de la gouvernance. Secteur privé Relation privilégiée (complicité) avec compagnies pétrolières. Domination des compagnies multinationales pétrolières (majors). Contrats secrets. Hyper-spécialisation de l’économie dans le pétrole. Faiblesse du secteur privé hors pétrole. Disparition des activités agricoles. Développement économique. Diversification de l’activité économique. Secteur pétrolier plus concurrentiel (arrivée de compagnies indépendantes). Population Bénéfices captés par les élites (redistribution clientéliste). Risque d’instabilité politique. Hostilité à l’égard des compagnies pétrolières. Appauvrissement de la population. Dégradation des indicateurs sociaux. Instabilité sociale, risque de guerre civile. Augmentation de la répression politique. Développement du secteur in formel. Répartition des richesses plus égalitaire. Réduction de la pauvreté. Paix.

La meilleure utilisation du surplus pétrolier
Plusieurs pays ont introduit des règles spécifiques d’utilisation des revenus du pétrole. Au Congo et au Nigeria, le budget est préparé en se fondant sur une estimation très prudente de l’évolution des cours ; tout surplus est déposé dans un compte spécial auprès de la Banque centrale. Une partie importante des recettes pétrolières a ainsi été épargnée au Nigeria en 2004 à la faveur de l’envolée des cours. Le gouvernement du Congo a pour sa part utilisé l’essentiel de l’excédent dégagé en 2004 pour régler les arriérés de sa dette extérieure, afin d’améliorer ses relations avec la communauté internationale. En Algérie, le budget de l’État pour 2005 entend comprimer sensiblement le déficit primaire non pétrolier, de manière à atténuer la dépendance des dépenses de l’État vis-à-vis des revenus pétroliers volatils, mettant ainsi fin à une politique budgétaire pro-cyclique. La priorité accordée aux dépenses d’investissement depuis 2001 demeure, l’ajustement étant porté par les dépenses courantes.
L’amélioration de la transparence
Au Tchad, c’est une loi qui régit l’affectation des recettes pétrolières – 10 % sont épargnés et le reste est alloué aux secteurs prioritaires – et rend obligatoire la publication des conclusions d’un audit externe indépendant effectué par un collège de contrôle et de surveillance des recettes pétrolières, le Petroleum Revenue Oversight and Control Committee. Avec l’aide de la Banque mondiale, le Tchad entend ainsi tirer les leçons du passé en faisant le choix de la législation afin que les recettes pétrolières aillent pour partie à la lutte contre la pauvreté et la bonne gouvernance. De même, São Tomé vient de réglementer l’utilisation de ses ressources futures avec l’aide de la Banque mondiale. Plusieurs pays pétroliers d’Afrique (le Nigeria en novembre 2003, l’Angola en juin 2003, le Tchad en octobre 2004, le Gabon en mai 2004 ainsi que le Congo et São Tomé et Príncipe en juin 2004) ont exprimé leur intention d’adhérer à l’EITI (Extractive Industries Transparency Initiative) afin d’améliorer la transparence de leurs recettes pétrolières. Ainsi, le Congo a mis sur le réseau internet ses contrats pétroliers et publie régulièrement sur son site internet officiel des informations détaillées relatives aux opérations financières du secteur pétrolier (y compris sur les transactions financières controversées avec une compagnie pétrolière en 2003). En parallèle, il a mis fin à la pratique de la vente par anticipation du pétrole. Le Nigeria publie également les revenus pétroliers de l’État sur une base mensuelle. Enfin, la Norvège a réussi à neutraliser les effets pervers d’une rente en plaçant une partie des revenus issus du pétrole sur un compte d’épargne destiné aux générations futures (lorsque les réserves seront épuisées) et également pour éviter d’injecter trop de pétrodollars dans l’économie.
L’ouverture à la concurrence du secteur pétrolier
On assiste aujourd’hui à une évolution des formes juridiques des contrats. Le système des joint-ventures, dans lequel l’État s’associe à une compagnie étrangère et finance les opérations au prorata de sa participation, est progressivement abandonné au profit de contrats de partage de production (CPP). Ceux-ci permettent à l’État confronté à des difficultés croissantes pour assurer sa participation de déléguer les investissements, les coûts d’exploration, voire la mise en production à la compagnie étrangère qui reçoit en retour une partie de la production. L’État participe également davantage aux consortiums (le Tchad et le Cameroun participent ainsi aux côtés des compagnies multinationales à l’exploitation du pétrole tchadien). La situation de monopole d’une entreprise étrangère (Elf au Congo, Gabon, Cameroun ; firmes américaines en Angola) est de plus en plus rare et les partenaires se diversifient (Nigeria). Les relations entre les compagnies pétrolières et l’État ont commencé à changer au Congo avec le passage du régime de concession aux contrats de partage de production aux termes plus clairs, débattus au Parlement et depuis peu accessibles sur internet. Le secteur pétrolier devient ainsi plus concurrentiel et les compagnies internationales moins puissantes, permettant un certain ré-équilibrage du rapport de force entre États et compagnies.
La promotion des liens entre les compagnies pétrolières et le reste de l’économie
Le comportement des entreprises multinationales a également commencé à changer et Total en est un bon exemple au Congo. Pour la première fois, une multinationale du pétrole, des banques et la chambre de commerce locale créent ensemble les conditions nécessaires à l’émergence d’un tissu industriel local des PME/PMI viables à Pointe Noire en s’appuyant sur les initiatives locales et sur les grandes entreprises industrielles et commerciales dans le cadre de l’Association Pointe Noire Industrielle (APNI) au Congo. Les instruments proposés vont de l’assistance aux entreprises dans les domaines de la comptabilité, la fiscalité, avec la création d’un centre de gestion agréé, à l’installation d’un observateur de marchés du Kouilou afin d’améliorer l’information économique disponible. Après ces premières expériences, l’APNI a décidé de mettre en place un fonds d’investissement avec une mise de départ modeste de 160 millions de FCFA octroyé par Total, qui sera mis à disposition des porteurs de projets industriels et commerciaux. Ce type d’initiative est intéressant pour deux raisons principales. D’une part, cela permettrait de créer des liens jusqu’alors inexistants entre le secteur pétrolier et les PME des autres secteurs en termes d’opportunités d’affaires et de favoriser un dynamisme local. C’est une initiative entre acteurs du secteur privé qui ne fait pas intervenir a priori l’État, ce qui représente en soi une innovation dans les actions de développement du secteur privé. D’autre part, cette association pourrait aider Total [6], principale compagnie pétrolière au Congo depuis sa fusion avec Elf, à améliorer son image en tant que multinationale en participant au développement du pays et surtout en changeant d’approche dans sa relation avec l’État. Ces efforts sont loin d’être inutiles lorsque l’on sait que la compagnie pétrolière Total figure en bon dernier avec CNPC, Petronas, Lukoil et PetroChina dans la liste des principaux retardataires dans la transparence des revenus établie par l’ONG Save the Children.
 
Conclusion
 
 
L’enjeu principal qui concerne les pays pétroliers d’Afrique centrale est la maximisation de leurs ressources pétrolières pour le développement et le bien-être de la population. Mais, comme on l’a vu, cette idée aussi cohérente soit-elle n’est pas facile à mettre en œuvre. En ce sens, les pressions extérieures (ONG, Institutions financières internationales) ou internes (baisse des réserves pétrolières, instabilité sociale) ont certainement aidé les gouvernements à mettre en place des politiques visant à l’amélioration de la transparence dans la gestion des revenus pétroliers et à la diversification de l’économie pour lutter contre la pauvreté. En effet, seule la sortie de la dépendance du pétrole pourra permettre aux pays d’Afrique centrale d’améliorer leur gouvernance (baisse des luttes de pouvoir et de la corruption) et d’engendrer un développement (renforcement de l’appareil de l’État, développement d’un secteur hors pétrole), clef de voûte de la paix sociale. L’atelier régional qui s’est déroulé au Congo les 13 et 14 juillet 2005 sur la « maximisation de l’impact de l’industrie pétrolière sur le développement des pays d’Afrique centrale » a confirmé les enjeux qui s’adressent à l’Afrique centrale à travers notamment l’amélioration de la transparence dans le gestion des revenus pétroliers, le financement de projets d’infrastructures régionaux et la promotion de partenariats tripartites comprenant les industries pétrolières pour le soutien du développement local et régional. Reste à espérer que l’euphorie actuelle sur les prix du pétrole ne décourage pas la volonté de changement des États pétroliers d’Afrique centrale.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Agence internationale de l’Énergie (2004), The World Energy Outlook, OCDE.
·  Catholic Relief Services (2003), Le fond du baril, boom pétrolier et pauvreté en Afrique.
·  Copinschi, P (2003), « Rente pétrolière, géopolitique et conflits », Le pétrole : ordre ou désordre mondial. Questions internationales, Paris, La Documentation française, no 2.
·  Deloitte (2004), Partnerships for small Enterprises development, Le Pacte mondial des Nations unies, New York.
·  Diagnos (2002), Concertation sur l’environnement du secteur privé congolais.
·  Garry, I et T. Lynn Karl (2004), Rapport sur le développement dans le monde, Banque mondiale, Washington DC.
·  OCDE/BAD (2005), Perspectives économiques en Afrique, Paris.
·  PNUD (2005), Rapport Mondial sur le Développement Humain 2005, http:// hdr. undp. org/ reports/ global/ 2005/ francais/
·  Shell Foundation (2004), Sustainable investment in Africa: pipedream or possibility?, Innovative financing mechanisms for small and medium sized enterprises in Africa, Forum for the future.
·  Save the children (2005), Dépasser la rhétorique. Mesurer la transparence des revenus dans l’industrie du pétrole et du gaz, Principales conclusions et recommandations, Royaume-Uni.
·  SBP (2003), Business growing business, SBP’s business linkages programme, 1998-2003.
·  Transparency International (2005), Indice de perception de la corruption. http:// ww1. transparency. org/ cpi/ 2005/ cpi2005. sources. fr. html#cpi.
·  World Energy Council (2003), « Potentiel de développement intégré de l’énergie au plan régional en Afrique », document de travail, Londres.
 
NOTES
 
[1]Cet article est issu d’un document préparé pour la séance introductive de l’atelier régional tripartite (Inica, Centre de développement de l’OCDE et Commission économique des Nations unies pour l’Afrique) intitulé « Comment maximiser l’impact de l’industrie pétrolière sur le développement des pays d’Afrique centrale ? » qui a eu lieu à Brazzaville du 13 au 14 juillet 2005. L’auteur de cet article remercie Henri Bernard Solignac Lecomte du Centre de développement de l’OCDE pour son aide.
[2]Christine Rosellini est consultante indépendante, après avoir passé près de cinq ans au ministère de l’Économie, des Finances et de l’Industrie à la Direction de la Prévision et à la Direction du Trésor en charge principalement de l’aide à l’Afrique centrale. Elle a ensuite contribué en 2004 et 2005 au rapport BAD/OCDE « Perspectives économique en Afrique » et a co-écrit en 2005 un chapitre du livre L’aide française au développement sous la direction de Jean-Jacques Gabas (Paris, La Documentation française).
[3]Source : The World Energy Outlook, 2004, Agence internationale de l’Énergie, OCDE.
[4]Notons pour mémoire que l’évolution la plus radicale est celle de l’État d’Alaska, qui a décidé de redistribuer directement à la population les fruits de l’exploitation pétrolière.
[5]Le Congo a ainsi longtemps eu recours à des emprunts gagés sur le pétrole.
[6]TotalFinaElf, installée au Congo depuis 30 ans, est le premier opérateur pétrolier du pays.
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TotalFinaElf, installée au Congo depuis 30 ans, est le prem...
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