Afrique contemporaine
De Boeck Université

I.S.B.N.2804149307
226 pages

p. 157 à 181
doi: 10.3917/afco.216.0157

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

Dossier « Pétrole »

no 216 2005/4

2005 Afrique contemporaine Dossier « Pétrole »

Les hydrocarbures au Nigeria et la redistribution de la rente pétrolière

Philippe Sébille-Lopez  [1]
Après un rapide examen du secteur des hydrocarbures au Nigeria, cet article sera surtout centré sur l’évolution des modalités de la redistribution de la rente pétrolière. Peu après l’indépendance, la confrontation institutionnelle qui en a résulté, surtout entre le gouvernement fédéral et les États de la fédération, a directement façonné la structure de la Fédération et, au-delà, influencé les comportements des élites politiques. Aujourd’hui, malgré une nette amélioration des flux de la redistribution vers les États pétroliers du Delta depuis cinq ans, le développement de la région reste encore à réaliser. After a general presentation of the hydrocarbons sector in Nigeria, this article will focus on the mechanisms of redistribution of the oil revenue. Soon after the independence local, the institutional confrontation between the federal government and the states on that matter has directly shaped the whole Federation and further more, influenced the behaviour of the political elites.
Quarante-cinq ans après l’indépendance et malgré 350 milliards de dollars de revenus pétroliers, le Nigeria n’est toujours pas parvenu à trouver un modèle de développement en rapport avec son potentiel économique. Le rapport 2005 du PNUD le place à la 158e place sur 177 pays pour ce qui est de l’indicateur de développement humain, soit le 31e rang en Afrique, sur 50 pays africains référencés. Il est même en recul de sept places par rapport au classement publié en 2004.
Pour tenter de comprendre cette situation, cet article se propose d’étudier en détail les modalités de la redistribution de la rente pétrolière, notamment les confrontations institutionnelles pour son contrôle entre les trois niveaux de pouvoir de la Fédération : gouvernement fédéral, États fédérés et gouvernements locaux.
On verra comment cette compétition a progressivement conduit le pouvoir fédéral à remplacer les règles et principes en vigueur qui visaient à renforcer l’autonomie financière et le développement des régions à l’indépendance, par un « fédéralisme fiscal centralisé » basé précisément sur la redistribution de la rente pétrolière. Ce dernier, par ses critères et malgré ou peut-être à cause de sa logique politique égalitariste, est à l’origine de la multiplication du nombre des États et des gouvernements locaux à partir de 1967 et de la dispersion des ressources financières de la Fédération. Cet émiettement du « gâteau national » [2], associé au clientélisme et à une corruption importante, qui se conjugue avec une absence de considération d’une part significative des élites politiques pour la chose publique et l’intérêt général, explique en grande partie le faible niveau de développement du Nigeria.
Cette redistribution s’est aussi caractérisée pendant des années par une importante évaporation des fonds disponibles entre le niveau fédéral et le niveau des États fédérés. Dans les faits, la région pétrolifère du Delta, bien qu’à l’origine de cette manne, et le troisième niveau de gouvernement constitué par les gouvernements locaux (LGAs) [3], ont été souvent les laissés pour compte de cette redistribution imparfaite.
L’étude de l’évolution de ces modalités de redistribution, par sa complexité, mobilisera toute notre attention, de sorte que nous n’examinerons pas l’impact de la rente pétrolière sur le développement proprement dit.
De fait, si la rente pétrolière a toujours été au centre de la vie politique nigériane, elle est aussi de plus en plus au cœur des revendications dans les neuf États pétroliers du Delta, surtout depuis le retour de la démocratie en 1999 [4]. Si depuis cette date des modifications sont bien intervenues dans la redistribution en leur faveur, on verra cependant qu’elles sont loin de tout régler. Mais avant d’aborder ces questions, il convient d’évaluer le potentiel du secteur des hydrocarbures.
 
Les hydrocarbures nigérians
 
 
C’est en 1956 que Shell et BP découvrent du pétrole en quantité commercialement exploitable dans le bassin de sédiment tertiaire du Delta, à Oloibiri, à 90 kilomètres à l’ouest de Port Harcourt. Le premier gisement off-shore est, lui, découvert en 1964, au large de ce qui était alors l’État de Bendel (aujourd’hui État de Delta). La production pétrolière nigériane a démarré en 1958, au rythme de 6 000 barils par jour.
Les réserves prouvées du Nigeria sont passées de 16,7 milliards de barils en 1984, à 21 milliards en 1994 et 35,3 milliards fin 2004 [5]. Cette progression des réserves atteste du dynamisme des investissements des compagnies pétrolières opérant dans le pays ces dix dernières années, surtout depuis le retour de la démocratie en 1999. Le Nigeria est, depuis une vingtaine d’années, le premier producteur de brut du continent africain, devant l’Algérie et la Libye. D’après, le directeur de la Nigerian National Petroleum Company (NNPC), la compagnie pétrolière nationale, le Nigeria détenait début 2005, 5 trillions de mètres cubes de réserves prouvées de gaz, et 35,5 milliards de barils de réserves prouvées de brut [6], soit respectivement les septième et neuvième réserves mondiales prouvées de gaz et de pétrole. Début 2005, le Nigeria a atteint une capacité de production théorique de 3 millions de barils par jour, pour une production effective moyenne (brut + condensats) de 2,5 millions de barils par jour et un volume d’exportations de plus de 1,7 millions de barils par jour en 2004 [7]. Le Nigeria figure régulièrement parmi les dix premiers exportateurs mondiaux de pétrole, sa place variant ces dernières années, en fonction des aléas de la production en Irak et au Venezuela. Lors de la conférence NOG [8], qui s’est tenue à Abuja mi-avril 2005, les autorités nigérianes ont affiché de nouvelles ambitions : 40 milliards de barils de pétrole de réserves pour une production de 4 millions de barils par jour en 2010.
Avec un tel potentiel, le pétrole occupe une place centrale dans l’économie du pays. Il représente ces dernières années environ 40 % du PIB (contre 15 % dix ans plus tôt), 95 % des recettes d’exportations, 90 % des sources de devises et 70 % à 80 % des recettes budgétaires du pays. Avec le redressement des cours du baril à partir de 2002 et la flambée qui l’accompagne depuis le second semestre 2004, le PIB ne cesse de progresser, ainsi que la part du pétrole dans le PIB. D’après la Banque mondiale, le PIB nigérian a atteint, en 2004, le chiffre record de 71 milliards de dollars, alors qu’il n’était encore que de 58,4 milliards en 2003 et de 46,7 milliards en 2002 [9]. Début 2005, grâce au pétrole, le pays détenait, selon la Banque centrale du Nigeria (CBN), des réserves en devises de plus de 16 milliards de dollars, contre 9 milliards un an plus tôt.
Il faut ajouter à ce formidable potentiel pétrolier d’importantes perspectives dans le secteur gazier. Le Nigeria est souvent dépeint comme une région gazière avec un peu de pétrole parce qu’il possède énormément de gaz prouvé, alors que peu d’activités d’exploration gazière ont été entreprises. Toutefois, une grande partie de ce gaz étant produit en association avec le pétrole brut, il fut jusqu’au milieu des années 1990, brûlé pour l’essentiel en tête de puits, du fait de débouchés régionaux économiquement insuffisants [10]. À partir de cette date, les besoins croissants des marchés états-unien et européen, ont conduit les compagnies internationales à multiplier les projets et les investissements dans la filière GNL et le terminal de liquéfaction de gaz de Bonny, dans le delta du Niger, se classe désormais comme l’un des tout premiers au monde, avec des capacités sans cesse renforcées. De son côté, le Nigeria travaille aussi sur deux grands projets gaziers. D’abord le West African Gas Pipeline, qui reliera par gazoduc les réserves gazières nigérianes du delta du Niger au Ghana, le long des côtes du Bénin et du Togo, afin d’approvisionner ces trois pays en énergie primaire pour produire de l’électricité. Ce projet bénéficie du soutien financier de la Banque mondiale et les travaux ont débuté en janvier 2005. Ensuite le NIGAL, aussi appelé Trans-Saharian Gas pipeline (TSGP), un projet plus ambitieux mais aussi plus risqué. Il vise à acheminer à terme, sur plus de 4000 kilomètres, entre 18 et 25 milliards de mètres cubes de gaz par an, du delta du Niger vers l’Union européenne, via le Niger, puis l’Algérie et sa connexion Medgaz avec l’Europe. Enfin, au plan domestique, la NNPC et les compagnies partenaires dans les joint-ventures ont convenu d’alimenter en gaz sept centrales électriques indépendantes de la NEPA [11], qui seront créées d’ici 2007. Objectif, générer 1800 mégawatts supplémentaires dans le Delta, pour améliorer une situation de pénurie d’électricité encore plus critique que dans le reste du pays.
Le développement de cet énorme potentiel pétro-gazier, qui s’effectue désormais à marche forcée, a été favorisé par la fin de la dictature du président Sani Abacha en 1998 et le retour de la démocratie. Il permet aussi au Nigeria de faire preuve, selon les cas, d’une certaine souplesse s’agissant des litiges frontaliers terrestres ou maritimes avec ses voisins, qui deviennent plus des questions de prestige, que de véritables enjeux économico-énergétiques, notamment sur les gisements off-shore.
L’accord de partage à 60 % et 40 % conclu en faveur d’Abuja avec São Tomé en février 2005, sur l’exploitation des gisements off-shore de la zone de développement conjoint entre les deux pays (JDZ), s’inscrit dans cette logique. Le premier bloc de la JDZ a été attribué en avril 2005.
À l’inverse, la restitution de la presqu’île de Bakassi semble, si l’on en croit l’amirauté, poser des problèmes plus stratégiques que pétroliers. Cette dernière considère que la navigation vers le port de Calabar serait vulnérable après la restitution. D’où les atermoiements nigérians au gré des réunions des commissions mixtes sur l’application de la décision de la Cour internationale de justice de La Haye d’octobre 2002, qui rendait Bakassi au Cameroun et réglait au passage une quinzaine de contentieux frontaliers entre les deux pays, sur les 1690 kilomètres de leur frontière commune.
 
La NNPC et les majors occidentales
 
 
La NNPC gère l’ensemble du secteur des hydrocarbures en liaison avec le Department of Petroleum Ressources du ministère du pétrole et le conseiller spécial aux affaires pétrolières du président Obasanjo, Edmund Dakoru.
La NNPC est née, en 1971, de la volonté de créer une entité duale intégrant à la fois, la Nigerian National Oil Company (NNOC), elle aussi créée en 1971, pour superviser la nationalisation partielle des opérations des compagnies pétrolières, et le ministère nigérian du pétrole. Le besoin de créer cette nouvelle institution s’imposait devant l’incapacité des structures antérieures à véritablement contrôler l’industrie pétrolière du pays. La NNPC fut aussi créée pour répondre à la recommandation faite par l’OPEP à ses membres d’acquérir des intérêts, ou mieux encore, une participation directe dans leur industrie pétrolière. Ce n’est donc pas un hasard si l’année même où naît la NNPC, le Nigeria rejoint l’OPEP.
À la différence des nationalisations brutales du secteur pétrolier intervenues au Moyen-Orient, celle du secteur pétrolier nigérian s’est faite progressivement par prise de participations successives via la NNPC ; de 35 % en 1971 à 60 % en 1979. Il convient de rappeler que le secteur pétrolier au Nigeria, à la différence de celui des autres pays producteurs de l’OPEP, était dans les années 1970 en pleine phase de développement. Le pays ne pouvait donc se permettre d’effrayer les compagnies dont il avait cruellement besoin. Cette stratégie s’avéra payante puisque dès 1979 la production de brut atteignait un record de 2,3 millions de barils par jour, l’année même où l’État fédéral décidait, via la NNPC, de pousser sa participation à 60 %.
Aujourd’hui, plus d’une vingtaine de compagnies internationales opèrent au Nigeria. Sauf BP qui fut exclue du pays en 1978 [12], toutes les majors sont présentes. Elles assurent la quasi-totalité de la production. Shell, opérateur historique, contrôle presque la moitié de la production, suivi d’ExxonMobil et ChevronTexaco. Total, Agip, ConocoPhilips, Statoil, Petrobras, Addax, et quelques autres complètent la liste. La plupart des majors opèrent dans le cadre de six joint-ventures sur une base de 60 % pour la NNPC, 40 % pour les compagnies internationales. Ces joint-ventures représentent 95 % de la production nigériane de brut [13]. Dans cette chasse gardée des compagnies occidentales, la Chine tente progressivement de faire valoir ses intérêts. Mais elle est bien loin de pouvoir rivaliser avec les États-Unis.
 
Les États-Unis : premiers destinataires du pétrole nigérian
 
 
Avec 1,1 million de barils par jour, les États-Unis ont reçu en 2004, plus de 50 % des exportations pétrolières nigérianes (part NNPC + part des compagnies privées). Le Nigeria est ainsi le cinquième fournisseur de brut de Washington. Le tableau suivant illustre l’évolution récente des principales exportations pétrolières nigérianes en milliards de barils et en pourcentages du total exporté (part NNPC) [14].

Tableau 1
Les principales évolutions pétrolières nigérianes en milliards de barils et en % du total exporté
IMGIMGPAYS	2000	2001	2002	2003	Mb	%	Mb	%	M...IMGIMF
PAYS 2000 2001 2002 2003 Mb % Mb % Mb % Mb % États-Unis 236 39,1 % 263 39 % 219 40,2 % 255 37,8 % Inde 67 11,1 % 86 12,7 % 67 12,3 % 87 12,9 % Espagne 48 7,9 % 55 8,1 % 43 7,9 % 56 8,3 % France 37 6,1 % 46 6,8 % 35 6,4 % 43 6,4 % Brésil 30 5 % 36 5,3 % 29 5,3 % 35 5,2 % Italie 25 4,1 % 24 3,6 % 19 3,5 % 23 3,4 % Total 443 73,3 % 510 75,5 % 412 75,6 499 74 %

Les relations entre les présidents George W. Bush et Olusegun Obasanjo sont excellentes. Ce dernier est souvent invité aux États-Unis, comme en décembre 2004, dans le ranch privé des Bush à Crawford, réservé aux hôtes de marque, ou en mai 2005, à la Maison Blanche. À l’issue de sa visite à Crawford, le président Obasanjo a annoncé le doublement des livraisons pétrolières vers les États-Unis d’ici 2010. Depuis plusieurs années, les compagnies états-uniennes sont en pointe pour les investissements directs étrangers (IDE) dans le secteur pétrolier nigérian, mais aussi dans le gaz. La coopération entre les deux pays est donc exemplaire, notamment sur le plan militaire. En plus des accords d’assistance et de formation, l’administration Bush a vendu à la marine nigériane, en 2003 et 2004, huit vedettes d’occasion des US Coast Guards, afin de renforcer la sécurité et de lutter contre la contrebande de brut dans les méandres du Delta.
 
La filière pétrolière nigériane : quelques problèmes récurrents
 
 
Conscient des problèmes et pour assurer un meilleur fonctionnement de la filière, le gouvernement fédéral annonce depuis deux ans une réforme en profondeur de la NNPC, qui tarde à se matérialiser. La NNPC garde donc pour le moment toutes ses prérogatives sur l’ensemble de l’industrie pétrolière, via ses six sociétés de direction qui coiffent un important réseau de filiales, sectorielles et locales, de l’amont à l’aval.
À l’amont, le principal problème pour le gouvernement fédéral est de financer les appels de fonds correspondant à sa quote-part dans les joint-ventures. Pour 2004, le gouvernement fédéral a péniblement obtenu du Sénat 3,2 milliards de dollars de crédits budgétaires, alors que la NNPC évaluait ses besoins de fonctionnement à 5 milliards de dollars [15]… Pour les compagnies internationales, ces restrictions budgétaires constituent depuis longtemps, avec la question toutefois plus théorique des quotas de l’OPEP, le principal frein au développement de l’amont pétrolier.
À l’aval, le principal problème concerne les capacités de raffinage et, partant, celui des carburants subventionnés. Le Nigeria dispose de 4 raffineries, 1 au nord à Kaduna et 3 au sud, 2 à Port Harcourt et 1 à Warri. Elles assurent au pays une capacité théorique de raffinage de 440 000 barils par jour, soit environ 13 millions de litres de carburant par jour pour une consommation estimée, à la fin des années 1990, à environ 18 millions de litres par jour. Mais les capacités réelles se situent plutôt autour de 220 000 de barils par jour, soit environ 7 millions de litres/jour, un peu plus du tiers des besoins du pays [16].
Malgré les centaines de millions de dollars investis dans les travaux de réhabilitation de ces raffineries, qui sont en outre assez récentes [17], et du fait du laxisme des quatre filiales de la NNPC qui les gèrent, le Nigeria, premier producteur de brut d’Afrique doit importer du carburant qu’il lui faut ensuite subventionner, pour que les automobiliste nigérians puissent l’acheter. Ce carburant alimente également une multitude de groupes électrogènes pour pallier les coupures quotidiennes d’électricité qui frappent toutes les régions du pays, du fait de l’incapacité persistante de la compagnie nationale d’électricité (NEPA) à approvisionner correctement le réseau. Ces importations de carburant payées en devises, et les commissions occultes qui les entourent, seraient l’une des explications à la persistance de cette situation paradoxale. Après l’échec d’une privatisation des raffineries et les tentatives de lancements de projets de raffineries privées plus petites, le gouvernement fédéral a décidé en 2003 de libéraliser le secteur de la distribution des carburants, ce qui a entraîné une hausse substantielle des prix à la pompe. Les automobilistes nigérians et au-delà l’ensemble de la population, via la répercussion de cette hausse sur les produits de consommation courante, ont ainsi perdu, surtout depuis 2004 avec cette fois la hausse des cours du brut, une part importante de la seule retombée directe et palpable de la manne pétrolière, dont ils bénéficiaient. Les augmentations cumulées des carburants depuis 2003, dont la dernière est intervenue en août 2005, ont porté le litre d’essence de 26 à 65 nairas [18] en septembre 2005 [19]. Avant ces hausses, les subventions au carburant coûtaient 2 milliards de dollars par an au gouvernement fédéral et encourageaient sur les zones frontalières avec les pays francophones, un lucratif trafic de carburant.
Si l’on ajoute les 200 000 barils par jour de brut, soit environ 10 % de la production, qui étaient encore, d’après les autorités, détournés par la contrebande dans le Delta en 2003, on s’aperçoit que la rente pétrolière nigériane, avant même sa redistribution, est sérieusement amputée. Malgré, ces « retenues à la source », le pétrole se place depuis le début des années 2000 devant l’agriculture, en assurant environ 40 % du PIB.
Les mauvaises années (production et/ou cours du brut en baisse), comme en 1995, la rente pétrolière n’a rapporté à l’État nigérian que 9,15 milliards de dollars. Mais elle se situait à environ 19 milliards de dollars en 2000, plus de 25 milliards en 2003 (43,3 % du PIB) et au-delà de 30 milliards de dollars en 2004. Car à la quote-part de production de brut dévolue à l’État nigérian, s’ajoutent les bonus sur l’attribution des blocs, les taxes sur les compagnies pétrolières, les flux d’investissements directs étrangers de ces dernières, etc. Le partage du « gâteau national » est bien sûr au cœur de la vie politique et socio-économique du pays depuis l’indépendance en 1960.
Avant d’analyser l’allocation fédérale statutaire de revenus, qui constitue la base de la redistribution de la rente pétrolière, il convient d’envisager d’abord deux principes, qui la sous-tendent : le principe de dérivation et le principe de dichotomie.
 
Principe de dérivation et principe de dichotomie
 
 
Le principe de dérivation en théorie
Avant de voir les effets de ce principe et les manipulations auxquelles il a donné lieu, on en donnera simplement ici une définition sommaire, indispensable à la compréhension des luttes de pouvoir autour de l’allocation statutaire. Le principe de dérivation permet aux États fédérés de se voir rétrocéder par le gouvernement fédéral tout ou partie des revenus qu’ils génèrent en propre. C’est une prime à la production, qui réduit bien sûr les proportions du gâteau national évoqué plus haut. Comme on le verra, selon les époques et au gré des intérêts des deux ethnies majoritaires de la fédération, les haoussas et les yorubas, ce principe a été soit la règle, soit l’exception. En tout état de cause, il s’oppose au principe de péréquation et aux principaux paramètres de répartition de l’allocation statutaire entre les États basés sur des critères égalitaristes.
Le principe de dichotomie
Ce principe se conjugue avec le principe de dérivation mais ne vise que les recettes pétrolières. Il consiste à distinguer les recettes on-shore, qui peuvent être intégrées dans le principe de dérivation, des recettes off-shore qui en sont exclues et doivent donc être intégralement redistribuées à tous les États. Cette dichotomie oppose encore aujourd’hui les États pétroliers du Sud qui la refusent, aux États musulmans du Nord qui la réclament.
 
L’allocation fédérale statutaire : la clef de voûte du système redistributif de la rente pétrolière
 
 
L’allocation statutaire structure l’essentiel des finances publiques nigérianes et son poids est considérable. Elle représente en fonction des années entre 65 % et 90 % des revenus pétroliers, qui constituent eux-mêmes environ 80 % des revenus bruts de la Fédération.
L’allocation statutaire de revenus fonctionne sur deux types de critères successifs : verticaux d’abord pour calculer la part qui revient à chacun des trois niveaux de gouvernement de la structure fédérale ; horizontaux ensuite pour déterminer la ventilation de l’enveloppe allouée d’une part aux États fédérés et d’autre part aux LGAs. On s’intéressera surtout ici aux États fédérés pour lesquels l’allocation statutaire représente plus de la moitié des recettes budgétaires et entre lesquels les rivalités de pouvoir sont les plus fortes. L’allocation statutaire aux LGAs, bien que moins importante en volume, représente proportionnellement davantage pour les LGAs qui ont peu de revenus propres. Mais, à la différence des États, les LGAs ne touchent pas directement leur enveloppe du gouvernement fédéral, mais via des comptes joints avec l’État fédéré dont ils dépendent, d’où une subordination évidente qui renforce le pouvoir des gouverneurs des États sur leurs LGAs.
Compte tenu de l’importance des sommes en jeux, la clé de répartition verticale est au cœur d’un ensemble de revendications antagonistes. Depuis l’indépendance, elle oppose surtout le gouvernement fédéral aux États fédérés, avant que ceux-ci ne s’affrontent ensuite, autour d’un clivage entre les États du Nord et ceux du Sud pour les droits simples, puis entre les États non pétroliers et les États pétroliers pour les droits dérivés.

Tableau 2
Ventilation de la rente pétrolière en % depuis 1977
IMGIMGRéforme	Date	Gouvernement fédéral	Ét...IMGIMF
Réforme Date Gouvernement fédéral États fédérés LGAs Fonds spéciaux Total Commission Aboyade 1977 57,00 30,00 10,00 3,00 100,00 Commission Okigbo 1980 53,00 30,00 10,00 7,00 100,00 Revenue Allocation Act 1981 55,00 30,50 10,00 4,50 100,00 Décret et loi (système légal) 1992 à avril 2002 48,50 24,00 20,00 7,50 100,00 Nouvelle Proposition RMAFC Août 2001 41,23 31,00 16,00 11,70 100,00 Arrêt de la Cour suprême Avril 2002 Fonds spéciaux déclarés inconstitutionnels 1er décret présidentiel post arrêt Cour suprême Mai 2002 56,00 24,00 20,00 0,00 100,00 2e décret présidentiel post arrêt Cour suprême Juillet 2002 54,68 24,72 20,60 0,00 100,00 Nouvelle Proposition RMAFC Janvier 2003 46,63 33,00 20,37 0,00 100,00 Dernière Proposition RMAFC Soumise au président le 20 septembre 2004 47,19 31,10 15,21 Fonds des services de priorité nationale* Écologie - 1,50 Dévt Minéral - 1,75 Dévt Agricole - 1,75 Fond de Réserve - 1,50 Total - 6.50 Gestion conjointe : Gvt fédéral - États fédérés - LGAs 100,00 Proposition présidentielle Soumise à l’Assemblée Nationale le 25 janvier 2005 47,19 31,10 15,21 Idem ci-dessus + Nouvelles formules horizontales (voir plus bas) + Conseils du fonds de dérivation des États (13 %) voir plus bas 100,00 * Fonds général d’écologie (1,50 %) ; Fonds de développement des minéraux solides (1.75 %) ; Fonds national de développement agricole (1,75 %) et Fonds national de réserve (1,50 % t). Source : Philippe Sébille-Lopez

Concrètement la principale clé verticale donnait, de 1992 à 2002, la formule de calcul suivante :

â–  Gouvernement fédéral48,5 %
â–  États fédérés24 %
â–  Gouvernements locaux20 %
â–  Fonds spéciaux7,5 %

(Les fonds spéciaux sont décomposés en zones pétrolières : 3 % ; environnement : 2 % ; budget du territoire fédéral d’Abuja : 1 % ; compte de dérivation : 1 % ; compte statutaire de stabilisation : 0,5 %) [20].
Mais depuis 1977, plusieurs modifications de cette ventilation étaient déjà intervenues, ainsi que l’illustre le tableau 1 qui en fait la synthèse, jusqu’à aujourd’hui.
Ces toutes dernières années, c’est surtout un arrêt de la Cour suprême du Nigeria rendu en avril 2002, invalidant les fonds spéciaux, qui relança les revendications autour des critères verticaux. Ces dernières s’étendirent ensuite aux critères horizontaux. En outre, un autre arrêt de la Cour suprême de 2002 restaura le principe de la dichotomie. L’exécutif fédéral avait donc l’occasion et l’obligation de revoir l’ensemble de la ventilation verticale.
Comme on le voit clairement sur le tableau qui précède, cette modification donna lieu à une opposition entre le gouvernement fédéral et l’organisme en charge de l’élaboration des critères et de la ventilation de l’allocation statutaire : la Commission Fiscale de Mobilisation de l’Allocation de Revenus (RMAFC) [21]. Au sein de cette instance, chaque État mandate un représentant, d’où des clivages entre régions et/ou entre États pétroliers et non pétroliers. La proposition de répartition, une fois adoptée par la RMAFC, est transmise au président qui doit la soumettre aux deux Chambres du Parlement. En cas de désaccord entre ces différentes instances, le président peut légiférer par décret, bien que ce droit lui soit contesté, au nom de l’interprétation de la Constitution de 1999, par certains États.
Mais l’Assemblée nationale et le Sénat n’ayant toujours pas approuvé la formule proposée début 2005, c’est le décret présidentiel de juillet 2002, qui est appliqué à titre provisionnel. Cette pratique est une constante dans la gestion des affaires économiques et financières du pays, dès lors que des blocages politico-financiers surviennent. C’est souvent le cas avec l’adoption du budget de la Fédération qui constitue pour les parlementaires des différentes régions, un moyen d’obtenir plus en réévaluant la base des recettes fiscales prévisionnelles et donc l’allocation statutaire, alors que l’exécutif fédéral tente de faire l’inverse. Pour le budget 2005, le président proposait des recettes sur une base de 27 dollars le baril. Le Sénat l’a contraint à revaloriser son projet de budget à 32 dollars le baril.
 
Les critères horizontaux
 
 
Pour simplifier un tableau relativement complexe, on peut dire qu’avant 1959, l’allocation statutaire était allouée sur la base d’un seul critère, le principe de dérivation par lequel les régions recevaient du Fonds commun de l’exécutif fédéral, Federal Pool, une allocation proportionnelle à leur propre contribution. Ce système, calqué sur le principe d’autonomie financière de chaque colonie édicté par les Britanniques, encourageait ainsi chaque région à se développer de façon autonome. Il était une prime à la richesse, qui favorisait surtout à l’époque les régions agricoles du Nord (haoussa-foulani) avec l’arachide et de l’Ouest (yoruba) avec le cacao. La région du Delta était alors marginalisée. Mais face à la montée en puissance des revenus pétroliers dans les années 1960, les États du Nord et de l’Ouest ont cherché à vider de son sens le principe de dérivation, en changeant les principes de l’allocation statutaire qui favorisaient désormais les États pétroliers du Sud, donc les Ijaws et les minorités du Delta.
Dans les années 1960, trois nouveaux critères furent d’abord invoqués : la population de chaque État ; l’importance des besoins ; l’équité entre les États. Dans les années 1980, deux critères supplémentaires furent ajoutés : le développement social et la capacité interne de l’État à générer des revenus. Dans les années 1990, la pondération des critères était la suivante :
  • Égalité (même base proportionnelle pour tous les États) 40 %
  • Prorata de la population de chaque État 30 %
  • Superficie de chaque État 10 %
  • Niveau de développement social 10 %
  • Capacité de chaque État à générer des revenus propres 10 %
Ces paramètres horizontaux privilégiaient surtout les États les plus grands et les plus peuplés du Nord musulman au détriment des États producteurs de pétrole du Sud chrétien, qui moins développés mais riches en pétrole ne bénéficiaient qu’à 20 % de ces nouveaux critères. Ainsi, les cinq principaux États pétroliers de 1996, qui comptaient pour 90 % des recettes pétrolières ne recevaient que 19,3 % des fonds alloués aux États, alors que cinq grands États du Nord en recevaient 26 %.
 
De la redistribution de la rente pétrolière au fédéralisme scissipare
 
 
Ce système a bien sûr contribué à accélérer le transfert de la rente des États pétroliers du Sud vers les États non pétroliers du Nord et l’on peut imaginer les rancœurs créées par ce que l’on qualifia dans le Sud de hold-up. Vu du côté nordiste et après avoir profité pleinement du principe de dérivation, on pouvait s’appuyer sur des indicateurs socio-économiques qui plaçaient encore certains États septentrionaux, derrière ceux du Sud, en termes d’IDH ou de PIB par habitant, pour légitimer cette décision.
Ce système de redistribution favorisa surtout la dynamique de multiplication du nombre des États et des gouvernements locaux qui permettait aux élites locales d’obtenir partout un accès direct à la rente pétrolière et ensuite via la création de leurs propres institutions fédérées (Assemblée, Sénat, Cours de justice, fonction publique, etc.) de toucher les prébendes qui en découlaient, tout en consolidant leur pouvoir au niveau local.
De trois régions, plus ou moins autonomes financièrement lors de l’indépendance en 1960, le pays se « décomposa » en plusieurs entités territoriales dépendantes de la redistribution orchestrée par le pouvoir central, au gré des régimes militaires qui dirigèrent le pays : quatre régions en 1963 ; douze États en 1967 [22] avec le lieutenant-colonel Yakubu Gowon ; dix-neuf États en 1976 avec le major Murtala Mohammed ; vingt et un États en 1987 puis trente États en 1991 avec le général Ibrahim Babangida ; trente-six États en 1996 avec le général Sani Abacha. Quant au nombre de LGAs, il est passé de 301 en 1976 à 449 en 1989, puis de 589 en 1991, et de 774 en 1996. La constitution de 1999 n’en reconnaît toutefois que 768. Dans ce système de redistribution par le haut, les LGAs sont arithmétiquement à la portion congrue pour l’allocation statutaire, bien que cette dernière soit est en théorie normalement complétée par une allocation de leur État fédéré. Mais dans la pratique elle ne leur parvient pas toujours. En se faisant prier, les États augmentent ainsi leur pouvoir de domination et le clientélisme au niveau local. Ce constat est d’autant plus préjudiciable que les LGAs doivent constitutionnellement s’acquitter d’un nombre de charges importantes concernant le développement socio-économique du pays, à commencer par l’enseignement primaire, certains services de santé et bien d’autres prestations de base aux populations.
Carte 1
Les trois régions nigérianes en 1960
IMGIMGLes trois régions nigérianes en 1960IMGIMF
 
Les six zones géopolitiques [23]
 
 
En 1999, pour tenter de mettre un terme à ce fédéralisme scissipare incontrôlable, les autorités nigérianes ont donné un contenu concret au système conçu par Sani Abacha, mais qu’il n’avait pu mener à bien avant sa mort. Il s’agissait, à partir des trente-six États de la Fédération de 1996, de créer six zones géopolitiques, les plus équilibrées et/ou homogènes possibles, au plan du nombre d’États, de la population, des ethnies, voire de la religion. Presque naturellement, ces six zones se sont recomposées autour des trois régions de l’indépendance, chacune d’entre elles étant simplement plus ou moins divisée, par deux ou par trois. Les six zones figurent sur la carte suivante : les sept États du North-West, comme les sept États du North-East sont majoritairement haoussa et foulani, avec toutefois dans le cas du North-East une forte composante kanouri et de très nombreuses minorités musulmanes à Taraba et dans l’Adamawa ; North-Central, six États composés d’ethnies moyennes en nombre et plutôt musulmanes ; South-West, six États majoritairement yoruba et plutôt chrétiens ; South-South, six des neuf États pétroliers avec environ 9 millions d’Ijaws (la quatrième ethnie du pays bien que divisée en de nombreux clans) et les minorités chrétiennes du Delta ; South-East, cinq États chrétiens animistes presque exclusivement Ibos dont deux États possèdent un peu de pétrole. Les douze États ayant adopté à des degrés divers la charia sont les treize États du Nord, moins Taraba et l’Adamawa, plus l’État de Niger.
Carte 2
Les six zones géo-politiques nigérianes
IMGIMGLes six zones géo-politiques nigérianesIMGIMF
Source : Philippe Sébille-Lopez
Bien que ces six zones soient acceptées par les élites et les populations comme base du fonctionnement socio-politique de la Fédération, elles n’ont toujours pas été intégrées dans la constitution, suite au « retard » pris dans le processus de révision constitutionnelle, pourtant initié en 1999 par Olusegun Obasanjo dès son arrivée au pouvoir.
Désormais, ces six zones sont très utilisées dans le jeu politique national [24], y compris dans le cadre électoral pour les investitures, ou pour établir des comparaisons socio-économiques. Elles pourraient fournir un cadre adapté à la redistribution de la rente, mais tous les États, y compris ceux du Sud pétrolier, qui bénéficient depuis la restauration du principe de dérivation en 2000, d’une réorientation partielle et tardive des flux financiers, sont soucieux de préserver leur autonomie financière.
 
Retour sur le principe de dérivation dans les faits et ses dernières modifications
 
 
On se rappelle que les États agricoles des deux grandes ethnies majoritaires haoussa et yoruba avaient répondu à la tentative de captation de la rente pétrolière par les Ibos en modifiant les règles de l’allocation fédérale. Concrètement, dès 1970, à l’issue de la guerre du Biafra qui consacra la défaite et une certaine marginalisation des Ibos, le gouvernement fédéral s’arrogea une partie des droits de régie et d’importation qui avaient été attribués aux États. En 1971, les États du Delta et les autres États du littoral perdirent, avec l’instauration du principe de dichotomie, leurs droits sur 45 % des revenus pétroliers, par l’exclusion des recettes off-shore du principe de dérivation. Il s’agissait d’une véritable opération de confiscation des revenus pétroliers car la production off-shore n’a jamais représenté 45 %. Elle oscillait encore en 2003 autour de 20 % de la production nigériane totale, malgré les progrès techniques réalisés depuis dans ce domaine. Les projections des compagnies anticipent une ventilation on-shore/off-shore de respectivement 60 % et 40 %, d’ici à 2015.
Le principe de dérivation restait cependant applicable aux ressources on-shore, ce qui généra pour l’année fiscale 1974-1975, au profit des minorités des États de Rivers et du Mid-West, soit une population combinée de 4,1 millions de personnes, une allocation de 241 millions de nairas [25]. Dans le même temps, les grandes ethnies des États de Western (Yorubas), East-Central (Ibos), North-Western et North-East (Haoussas et Foulanis), avec une population combinée de 30,2 millions, ne recevaient que 102,3 millions de nairas [26]. Cette situation inacceptable pour toutes les grandes ethnies de la Fédération entraîna progressivement l’abandon du principe de dérivation qui avait été, jusque-là, la pierre angulaire et un acquis fondamental du système fiscal d’autonomie régionale. Le principe de dérivation passa ainsi progressivement de 50 % en 1969 à 2 % en 1981, puis 1 % en 1989. Ces mesures s’ajoutèrent au contre-choc pétrolier qui provoqua l’effondrement des cours et frappa l’économie nigériane dans la seconde moitié des années 1980. Les minorités du Delta furent pendant deux décennies les oubliés de la redistribution, situation qui explique l’état général de sous-développement des zones rurales du Delta, malgré l’opulence très relative de ses zones urbaines, surtout liée à l’activité pétrolière. De plus, pendant 20 ans, les fonds en provenance de l’allocation statutaire, même fortement réduits, se sont évaporés aux niveaux des gouverneurs des États du Sud ou dans des projets urbains, au détriment des populations rurales qui subissaient les expropriations et pollutions diverses liées à l’activité pétrolière sans rien recevoir en échange.
Le pourcentage théorique de dérivation ne remonta à 3 % qu’en 1992, pour s’établir finalement à 13 % à partir de 2000, après le retour de la démocratie. Mais les revendications des minorités du Delta se sont poursuivies depuis sur deux fronts : pour obtenir d’abord la fin du principe de dichotomie, ensuite une hausse des 13 % alloués sur la base du principe de dérivation.
En février 2004 et contre la décision de la Cour suprême d’avril 2002, mais avec l’aval des deux chambres du Parlement, le président Obasanjo a finalement aboli le principe de dichotomie entre ressources on-shore et off-shore. Ce dernier devenait difficilement applicable du fait du dernier critère distinctif retenu, qui se basait sur la limite des deux cents mètres de profondeur du plateau continental. Vu l’absence de données informatiques sur la production autour de ce critère, rien ne permettait de l’appliquer. Mais un groupe de dix-neuf États du Nord, soutenu par trois États yoruba de l’Ouest, a introduit en août 2004 un nouveau recours en annulation devant la Cour suprême. L’instance était toujours pendante mi-2005.
Quant au pourcentage afférant au principe de dérivation, il a fait l’objet d’intenses tractations dans le cadre de la Conférence nationale qui s’est tenue à Abuja en mai et juin 2005. Cette Conférence devait élaborer les nouvelles règles de fonctionnement de la fédération, notamment en matière de fédéralisme fiscal et de contrôle des ressources. Les délégués y ont été nommés par les États sur la base de leur appartenance aux six zones géopolitiques et, dans le cadre de cette conférence, les délégués du Sud-Sud ont réclamé 25 %, puis 50 %, au titre du principe de dérivation.
Quelle que soit l’issue réservée à ces nouvelles revendications, grâce aux 13 % de dérivation intégrés à l’allocation statutaire, les États pétroliers du Delta reçoivent désormais plus que la plupart des autres États de la fédération, ainsi que l’illustre le tableau suivant. On y retrouve, exprimées en millions de nairas, les allocations statutaires respectives des États, et celles des LGAs perçues en 2003 [27]. Les neuf États pétroliers du Delta figurent en caractères gras. On voit clairement que les quatre plus importants producteurs, dans l’ordre, Delta, Bayelsa, Rivers et Akwa Ibom, se taillent la part du lion. Pour l’allocation statutaire des LGAs, on constate que les disparités sont plus importantes et que certains États haoussa-foulanis du Nord et yorubas de l’Ouest sont mieux dotés, soit une certaine forme de compensation.

Tableau 3
LGAs perçues en 2003
IMGIMGÉtats	Allocation statutaire des État...IMGIMF
États Allocation statutaire des États (y compris dérivation) Allocation statutaire des LGAs Abia 12,884 6,900 Adamawa 11,290 7,982 Akwa Ibom 30,655 8,480 Anambra 11,334 6,924 Bauchi 12,068 10,300 Bayelsa 34,741 3,908 Benue 12,812 8,871 Borno 13,727 8,801 Cross River 12,436 4,442 Delta 51,191 7,337 Ebonyi 10,079 5,490 Edo 11,891 4,548 Ekiti 8,758 5,110 Enugu 10,497 7,396 Gombe 9,255 3,730 Imo 13,889 9,495 Jigawa 11,406 9,043 Kaduna 13,490 9,426 Kano 16,679 19,351 Katsina 12,828 13,328 Kebbi 10,758 9,037 Kogi 11,369 9,296 Kwara 9,880 3,621 Lagos 15,347 9,686 Nassarawa 9,119 5,688 Niger 12,165 9,656 Ogun 10,830 8,256 Ondo 15,114 7,580 Osun 10,088 10,735 Oyo 12,890 10,672 Plateau 10,482 6,084 Rivers 41,984 10,214 Sokoto 11,303 8,789 Taraba 10,477 7,613 Yobe 11,127 7,629 Zamfara 10,358 4,195 Total 535,179 289,631

Quant aux critères respectifs de répartition entre d’une part les États, d’autre part les LGAs, ils devraient être à l’avenir, si la proposition de la RMAFC de septembre 2004 figurant plus haut est adoptée, les suivants :

Tableau 4
Les critères de répartition de la rente entre les États et les LGAs
IMGIMGCritères	États	LGAs	1	Égalité	45,23	...IMGIMF
Critères États LGAs 1 Égalité 45,23 0 2 Population 25,60 30,83 3 Densité de population 1,45 6,45 4 Effort pour générer des revenus propres 8,31 13,31 5 Superficie globale 5,35 10,35 6 Terrain utile 5,35 10,35 7 Route rurales et canaux intérieurs 1,21 6,21 8 Eau potable 1,50 6,50 9 Education 3,00 8,00 10 Santé 3,00 8,00 Rappel du % de l’allocation statutaire alloué par le Gouvernement fédéral 31,10 15,21 Total 100,00 100,00

On constate que, pour les LGAs, les critères insistent sur les réalisations individuelles en termes de développement, bien plus que dans le cas des États. Ce système, s’il constitue une prime au développement des LGAs, risque néanmoins d’accentuer les disparités. Il est en outre un peu paradoxal puisque les LGAs reçoivent moitié moins de fonds du gouvernement fédéral que les États. Cependant, la faible pondération de ces critères ne devrait pas freiner le processus des demandes de création de nouveaux LGAs. Leur limitation était pourtant l’un des objectifs affichés de la réforme.
Le tableau suivant permet de bien voir l’apport du principe de dérivation pour les États pétroliers du Delta. Il concerne le mois d’août 2004, qui était parfaitement en ligne avec la production sur l’année. Chaque mois, les comptes de l’allocation statutaire sont publiés par le ministère nigérian des Finances, dans certains organes de presse. Tous les États et tous les LGAs peuvent ainsi voir en temps réel ce que le gouvernement fédéral leur verse via l’allocation statutaire [28].

Tableau 5
Les neuf États pétroliers du Nigeria en chiffres
IMGIMGBayelsa	Delta	Rivers	Imo	Akwa-ibom	O...IMGIMF
Bayelsa Delta Rivers Imo Akwa-ibom Ondo Cross River Abia Edo Superficie en km2 10 873 17 698 11 077 5 530 7 081 14 606 20 156 6.320 17.802 Population 1991 en millions* 1,121 2,590 3,187 2,485 2,409 2,249 1,911 2,238 2,177 Population 2004 estimations 1,795 4,001 5,395 4,339 4,68 3,878 2,974 4,086 3,356 Capitale Yenogoa Asaba Port Harcourt Owerri Uyo Akure Calabar Umuahia Benin City Montant allocation statutaire 6,94 8,95 9,63 8,83 8,84 8,37 8,38 8,02 8,90 Montant 13 % dérivation 25,1 30 21,15 2,62 20,2 4,44 1,78 2,14 1,27 * Le gouvernement fédéral doit organiser, au quatrième trimestre 2005, un recensement, qui sera le premier depuis 1991. Compte tenu des flux de migrants vers les États pétroliers, ces dernières années et de l’importance du critère de la population dans l’allocation statutaire, les résultats seront suivis de très près.

Dans un souci de simplification, le montant de l’allocation statutaire des États non pétroliers ne figure pas ici. En effet, les principaux critères de l’allocation statutaire (égalité, population, superficie, etc.) favorisent aussi une certaine homogénéisation entre États pétroliers et non pétroliers. On notera toutefois que sans les 13 %, l’État de Bayelsa, situé au centre du delta du Niger, donc peu peuplé, qui est le deuxième État producteur de pétrole de la fédération, se situe au dernier rang des trente-six États pour l’allocation statutaire. Pour les quatre grands États pétroliers, la dérivation leur permet de tripler, voire quadrupler leur allocation statutaire.
Quant à la répartition des 13 %, si la ventilation est arrêtée entre les différents niveaux, elle devra s’effectuer, sous l’autorité d’un Conseil du Fonds de dérivation [29] dans chacun des neuf États à condition que l’Assemblée nationale ratifie la proposition de la RMAFC de septembre 2004. Des critères devront toutefois être trouvés pour les deux derniers niveaux.

Tableau 6
Critères de partage selon les niveaux institutionnels
IMGIMGNiveaux	% alloué	Critères de partage...IMGIMF
Niveaux % alloué Critères de partage selon les niveaux 9 États pétroliers 60,00 Critère actuel maintenu : prorata des quotas de production LGAs des États pétroliers 30,00 Critères mixtes possibles à définir : 50 % quota production ; 20 % égalité 20 % population ; 10 % autoprojets, etc. Communautés locales 10,00 Critères à définir devant les Assemblées compétentes (aux niveaux local, fédéré voire fédéral)

La redistribution est par nature une question clé et il bien difficile de modifier l’équilibre précaire des paramètres dans le sens d’une accroissement effectif de la dérivation vers les LGAs et les communautés du Delta. La responsabilité des gouverneurs des États du Delta, qui continuent de capter l’essentiel des fonds dérivés, est donc plus que jamais engagée. Car si le gouvernement fédéral détient du fait des différents textes en vigueur, tous les droits sur la ressource pétrolière et sa gestion, il les délègue sur le terrain aux gouverneurs et aux compagnies.
L’encadrement des activités pétrolières s’appuie aussi sur des lois et décrets fédéraux, qui introduisent des discriminations entre les différentes communautés du Delta, notamment à partir du statut de host communities. Ce dernier permet aux communautés ayant sur leur sol des installations pétrolières au sens large (puits, terminal, station de pompage, pipeline, raffinerie, siège ou bureaux des compagnies…), d’accéder de plein droit et en direct à des royalties et contrats de services auprès des compagnies. Ce statut génère des emplois et des retombées financières, qui exacerbent la compétition et parfois les conflits entre hosts communities, voire à l’intérieur des host communities lorsque les chefs traditionnels ou les personnes en charge de l’attribution de ces dividendes les détournent à leur profit. Ce statut crée en outre des jalousies avec les communautés voisines qui n’ont rien et dépendent encore plus de leur gouvernement local, lui aussi bien souvent démuni. C’est cette compétition, sur la base de lois fédérales perçues comme injustes par tous les exclus de ces prébendes, qui est à l’origine des troubles entre communautés dans le Delta. Quant à l’explication qui tend à faire de ces affrontements des conflits inter-ethniques, elle s’efface devant les rivalités entre voisins d’une même ethnie, entre villages d’un même clan, ou entre factions d’un même village. De plus, de nombreuses host communities, faute de représentativité et/ou de moyens d’action, sont exclues de toute redistribution, directe ou indirecte, alors que des entreprises contractantes appartenant à d’autres communautés extérieures au Delta, et notamment aux groupes ethniques majoritaires [30], obtiennent des contrats auprès des compagnies pétrolières. Cette pluralité de traitements entre les différentes communautés, dans leurs droits comme dans leur application, accentue bien sûr les inégalités, augmente les frustrations et alimente la violence dans le Delta. Il appartiendra aux gouverneurs d’utiliser les fonds dérivés pour réduire prioritairement ces inégalités. Mais peut-on leur faire confiance ? Même la NDDC [31], énième organe autonome en charge du développement du Delta, malgré des moyens renforcés, ne reçoit pas l’intégralité des financements spécifiques de l’exécutif fédéral et des États, alors que les compagnies s’acquittent de leurs contributions.
Si la corruption entrave effectivement le développement du Nigeria, il faut cependant admettre que bien peu de pays producteurs de pétrole, surtout en Afrique, font preuve de la même transparence en matière de redistribution de la rente pétrolière. C’est déjà un premier pas dans la bonne direction. Mais pour transformer l’essai, certains gouverneurs, surtout dans le Delta, devront assurément faire des progrès dans la gestion et l’utilisation des fonds qui leur sont confiés. Enfin, il n’est pas certain que la complexité des nouvelles modalités de partage favorise dans la pratique, une meilleure redistribution effective de la rente et donc, à terme, le développement.
Quant à la sécurité dans le Delta, elle ne pourra dépendre exclusivement de l’armée et de la police. Elle passe plus que jamais par une redistribution plus large, plus juste, et une meilleure coordination des projets de développement entre les différents acteurs : État fédéral, États fédérés, LGAs, NDDC, ONG, compagnies pétrolières et l’ensemble des communautés, quel que soit leur statut. Faute d’une telle réforme et malgré ou peut-être à cause de la montée en puissance des flux financiers, les tensions dans le Delta risquent de perdurer, voire de s’amplifier.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Tamuno Takena N. et J.A. Atanda (1989). Nigeria since Independence: the first 25 years, Volume IV, Government and Public Policy, Nigeria, Heinemann Educational Books limited.
·  Ekeh Peter P. et E. Osaghae Eghosa (1989). Federal Character and Federalism in Nigeria, Nigeria, Heinemann Educational Books limited.
·  Benjamin S.A. (1999). The 1996 State and Local Government Reorganizations in Nigeria, Ibadan, Nigerian Institute of Social and Economic Research.
·  Roberts F. et Nyemutu O. (2004). Federalism, Hegemony & Petroleum in Nigeria’s Political Economy, Ibadan, Nigerian Institute of Social & Economic Research.
·  Osaghae Eghosa E. (2002). Crippled Giant : Nigeria since Independence, Program on Ethnic and Federal Studies, University of Ibadan, Ibadan, John Archers publishers limited.
·  Ouvrage collectif (2004). The Niger Delta Question : Background to Constitutional Reform, Program on Ethnic and Federal Studies, University of Ibadan, Ibadan, John Archers publishers limited.
 
NOTES
 
[1]Philippe Sébille-Lopez est doctorant en géopolitique (Institut Français de Géopolitique) et consultant au sein du cabinet Géopolia.
[2]L’importance de la rente pétrolière et de ses modalités de partage pour l’économie du pays et des régions lui a valu le surnom, auprès des Nigérians, de national cake.
[3]Local Government Authorities (LGAs ou LGs). Les gouvernements locaux correspondent plus ou moins aux comtés états-uniens. Pour simplifier, on reprendra ici cet acronyme qui est aussi utilisé au Nigeria.
[4]Les premières revendications des minorités envers les compagnies ayant entraîné une répression violente du gouvernement fédéral ont eu lieu à Umuechem, contre la communauté etche en octobre 1990 : bilan 80 morts. C’est aussi en octobre 1990, que fut créé le MOSOP (Mouvement pour la survie du peuple ogoni), fer de lance de la lutte beaucoup plus médiatisée du peuple ogoni.
[5]Source : BP statistical Review of World Energy, juin 2005.
[6]This Day, Lagos, 19 janvier 2005, déclaration de Funsho Kupolokun, directeur général de la NNPC.
[7]Ibid.
[8]Nigeria Oil & Gas, conférence annuelle organisée conjointement par la NNPC, le Département des Ressources Pétrolières (DPR) et la Présidence de la République.
[9]World Development Indicators Database, Banque mondiale, juillet 2005.
[10]En 2004, alors que l’État nigérian s’est engagé à faire cesser le brûlage par les compagnies en 2008, voire 2009, la proportion de gaz brûlé était encore de 42,6 %, soit un record mondial, d’après Funsho Kupolokun, qui estimait la perte financière à plus de 2 milliards de dollars (Vanguard, Lagos, 24 juillet 2004).
[11]La National Electric Power Authority est la compagnie nationale d’électricité. Son incapacité notoire à améliorer les problèmes récurrents en matière de coupures d’électricité lui a valu le surnom de « Never Expect Power Again ».
[12]Cette mesure intervint en représailles aux relations que le gouvernement britannique entretenait avec le régime d’apartheid sud-africain. BP était alors une compagnie publique contrôlée par l’État.
[13]Les six compagnies en joint-venture avec la NNPC sont : Shell, Mobil, Chevron, Agip, Elf et Texaco.
[14]Source : Annual Report & Statement of Account, Central Bank of Nigeria, 2004.
[15]Selon Funsho Kupolokun, la part des cash call dans les joint-ventures représentait à elle seule 3 milliards de dollars, dont 700 millions pour le gaz.
[16]Le World Fact Book 2004 de la CIA semble plutôt optimiste lorsqu’il estime la production raffinée en 2004 à 275 000 barils par jour.
[17]La plus récente, la deuxième raffinerie de Port Harcourt date de 1992.
[18]Monnaie nigériane. Le cours du naira contre l’euro a évolué de la manière suivante : au 1er janvier 2003, 1 euro valait 137 nairas. En 2003, le naira s’est déprécié de 25 %, un euro valant 172 nairas au 1er janvier 2004. Après une stabilisation en 2004, le cours atteignant 176 nairas pour un euro début 2005, ce cours s’est redressé de 12 % en 2005 si bien qu’un euro valait 155 nairas au 1er janvier 2006.
[19]Environ 40 centimes d’euro.
[20]Traductions de l’auteur : les intitulés originaux sont successivement : Mineral Producing Areas, General Ecology, Federal Capital Territory. Abuja, Derivation, Statutory Stabilization.
[21]Revenue Mobilisation Allocation and Fiscal Commission (RMAFC).
[22]Le premier coup d’État militaire post-indépendance de janvier 1966, qui entraîna la mort du Premier ministre nordiste Abubakar Tafawa Balewa, porta au pouvoir un Ibo, le major-général Johnson Aguiyi-Ironsi. Ce dernier décida d’abolir le système des régions pour créer un État unitaire. La réaction des Nordistes à cette future domination du Sud se traduisit par un contre-coup d’État en juillet 1966, organisé par de jeunes officiers nordistes, qui amena au pouvoir le lieutenant-général Yakubu Gowon, un chrétien, originaire de l’État de Plateau dans le centre du Nigeria. Dès février 1967, face au retour des Nordistes, le gouverneur de la région-Est, un Ibo, le lieutenant-colonel Odumegwu Ojukwu, fit passer un édit sur la collecte des revenus, qui stipulait que tous les revenus pétroliers collectés par le gouvernement central devraient être reversés au Trésor du gouvernement de la région-Est.La réponse globale du gouvernement central vint en mai 1967. Gowon annonce alors l’abolition des quatre régions et leur remplacement par un nouveau système fédéral basé sur douze États (six au Nord, six au Sud) avec trois États en lieu et place de la région-Est. Cette initiative avait pour but d’obtenir le soutien des minorités productrices de pétrole du Delta, qui se verraient ainsi accorder une autonomie et une part des revenus pétroliers. Gowon espérait en outre augmenter d’autant leur soutien à l’idée de fédération, tout en brisant le pouvoir des régions.Si l’on ne peut pas dire que la guerre du Biafra fut causée par la découverte du pétrole dans la région-Est, on peut affirmer que le contrôle des revenus pétroliers et les divergences qu’il véhiculait en termes de système politique, pour ne pas dire de partage, fut bel et bien la cause qui transforma la crise politique en conflit militaire.
[23]Six geo-political zones (dénomination exacte au Nigeria).
[24]Elles posent avec acuité la question récurrente d’un président issu du Sud pétrolier, cette zone étant la seule désormais à n’avoir jamais eu de représentant à la fonction suprême.
[25]The Niger Delta: no democratic dividend, HRW, octobre 2002.
[26]Ibid.
[27]Source : Annual Report and Statement of Account for 2003, Banque centrale du Nigeria, 2004. Ces dernières années, le cours du naira ressortait à environ 135 nairas pour 1 US dollar.
[28]Les deux dernières lignes du tableau sont extraites du quotidien This Day, Lagos, 30 septembre 2004. Les montants, exprimés ici en millions de dollars, ont été convertis par l’auteur (parité 1 dollar pour 135 nairas).
[29]States Derivation Fund Boards.
[30]Dans l’ordre : Haoussa/Foulani, Yoruba, Ibo.
[31]La Niger Delta Development Commission a remplacé l’Ompadec. Elle gère les projets de développement en faveur des communautés du Delta.
© Cairn.info 2009 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
Cairn.info | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis
[1]
Philippe Sébille-Lopez est doctorant en géopolitique (Insti...
[suite] Suite de la note...
[2]
L’importance de la rente pétrolière et de ses modalités de ...
[suite] Suite de la note...
[3]
Local Government Authorities (LGAs ou LGs). Les gouvernemen...
[suite] Suite de la note...
[4]
Les premières revendications des minorités envers les compa...
[suite] Suite de la note...
[5]
Source : BP statistical Review of World Energy, juin 2005. Suite de la note...
[6]
This Day, Lagos, 19 janvier 2005, déclaration de Funsho Kup...
[suite] Suite de la note...
[7]
Ibid. Suite de la note...
[8]
Nigeria Oil & Gas, conférence annuelle organisée conjointem...
[suite] Suite de la note...
[9]
World Development Indicators Database, Banque mondiale, jui...
[suite] Suite de la note...
[10]
En 2004, alors que l’État nigérian s’est engagé à faire ces...
[suite] Suite de la note...
[11]
La National Electric Power Authority est la compagnie natio...
[suite] Suite de la note...
[12]
Cette mesure intervint en représailles aux relations que le...
[suite] Suite de la note...
[13]
Les six compagnies en joint-venture avec la NNPC sont : She...
[suite] Suite de la note...
[14]
Source : Annual Report & Statement of Account, Central Bank...
[suite] Suite de la note...
[15]
Selon Funsho Kupolokun, la part des cash call dans les join...
[suite] Suite de la note...
[16]
Le World Fact Book 2004 de la CIA semble plutôt optimiste l...
[suite] Suite de la note...
[17]
La plus récente, la deuxième raffinerie de Port Harcourt da...
[suite] Suite de la note...
[18]
Monnaie nigériane. Le cours du naira contre l’euro a évolué...
[suite] Suite de la note...
[19]
Environ 40 centimes d’euro. Suite de la note...
[20]
Traductions de l’auteur : les intitulés originaux sont succ...
[suite] Suite de la note...
[21]
Revenue Mobilisation Allocation and Fiscal Commission (RMAF...
[suite] Suite de la note...
[22]
Le premier coup d’État militaire post-indépendance de janvi...
[suite] Suite de la note...
[23]
Six geo-political zones (dénomination exacte au Nigeria). Suite de la note...
[24]
Elles posent avec acuité la question récurrente d’un présid...
[suite] Suite de la note...
[25]
The Niger Delta: no democratic dividend, HRW, octobre 2002. Suite de la note...
[26]
Ibid. Suite de la note...
[27]
Source : Annual Report and Statement of Account for 2003, B...
[suite] Suite de la note...
[28]
Les deux dernières lignes du tableau sont extraites du quot...
[suite] Suite de la note...
[29]
States Derivation Fund Boards. Suite de la note...
[30]
Dans l’ordre : Haoussa/Foulani, Yoruba, Ibo. Suite de la note...
[31]
La Niger Delta Development Commission a remplacé l’Ompadec....
[suite] Suite de la note...
Les trois régions nigérianes en 1960
Les six zones géo-politiques nigérianes