2006
Afrique contemporaine
Dossier « Agricultures familiales en Afrique sub-saharienne »
Nomadisme et transhumance, chronique d’une mort annoncée ou voie d’un développement porteur ?
Enjeux, défis et enseignements tirés de l’expérience des projets d’hydraulique pastorale au Tchad
François Jullien
[1]
L’élevage (presque exclusivement nomade ou transhumant), qui regroupe l’essentiel du cheptel du pays, joue un rôle capital dans l’économie tchadienne. Contrairement à certains présupposés, les systèmes ancestraux centrés sur la mobilité des parcours font la preuve de leur efficacité environnementale et économique, tout en contribuant à la réduction des risques dans un contexte de très grande incertitude, notamment sur le plan des précipitations. Les projets d’« hydraulique pastorale » appuyés par l’Agence Française de Développement dans le Nord et l’Est du Tchad démontrent que des aides bien ciblées permettent d’accroître les performances économiques (augmentation du cheptel grâce à l’ouverture de pâturage autour des nouveaux points d’eau) tout en contribuant à améliorer l’environnement (diminution du surpâturage par l’amélioration de la mobilité). Enfin, les appuis apportés en matière organisationnelle, reposant pour une large part sur des organisations traditionnelles et non sur la création de structures institutionnelles nouvelles, ont fait la preuve de leur pertinence et de leur capacité à réduire les conflits.
Stock breeding (essentially by nomadic or migratory groups), which accounts for the majority of the livestock in the country, plays an important role in the Chadian economy.
Contrary to certain preconceived ideas, ancestral systems based on wide-ranging herding have shown their merit in terms of economic and environmental efficiency and at the same time have also contributed to risk reduction in a context of major uncertainty concerning precipitation.
“Pasture hydration” programs, supported by the Agence Française de Développement in the north and east of Chad show that well-targeted aid can enhance economic performance (increasing the amount of livestock by creating new pastureland around water points); while contributing to improving the environment (reducing over-grazing by increasing mobility). Lastly, providing organizational aid to existing traditional structures, as opposed to creating new institutional ones, has shown its relevance and its ability to reduce conflicts.
Le contexte des zones d’élevage du Tchad est aléatoire et peu prévisible sur le plan tant environnemental (irrégularité des précipitations et occurrences de sécheresses dramatiques) que sociopolitique (rivalités ethniques, instabilité du pouvoir). Dans cet environnement d’« économie de la survie », les éleveurs ont développé « une politique de la survie
[2] » centrée sur la mobilité des hommes et des troupeaux.
Contrairement à certaines idées reçues et à la pratique des projets de développement qui promeuvent la sédentarisation « modernisante », les systèmes ancestraux centrés sur la mobilité des parcours font la preuve de leur très grande efficacité environnementale et économique, tout en contribuant à la réduction des risques dans un contexte où cet aspect est loin d’être négligeable.
Les projets d’« hydraulique pastorale » appuyés par l’Agence Française de Développement dans le Nord et l’Est du Tchad démontrent que des aides bien ciblées dans le domaine des réalisations physiques (puits traditionnels et aménagements des parcours) ou des appuis organisationnels (mise en place de mécanismes de concertation et d’arbitrage centrés sur les organisations traditionnelles) permettent d’accroître leurs performances économiques (augmentation du cheptel grâce à l’ouverture de pâturage autour des nouveaux points d’eau) tout en contribuant à améliorer l’environnement (diminution du surpâturage grâce à l’amélioration de la mobilité).
Les modes d’organisation non institutionnels qui sont promus dans le cadre de ces projets se situent dans une « logique de survivance » et relèvent de la « dimension pastorale du pouvoir
[3] » vers lesquelles, selon les ethnologues modernes
[4], se déplace le « politique » dans la société « post 11 septembre » qui est de plus en plus une société de l’incertitude. Ce type d’organisation fluide qui se départit de l’organisation politique « institutionnelle » en intégrant les opposants
[5] et les contre-pouvoirs répond aux préoccupations de l’homme moderne centrées sur la pérennité de l’espèce : interrogation sur les problèmes environnementaux (ici la désertification), sur l’instabilité générée par la globalisation (ici les migrations). Paradoxalement, le système pastoral ancestral des éleveurs tchadiens revisité avec l’appui de techniques d’ONG assistant le projet pourrait en ce sens préfigurer un mode d’organisation postmoderne !
Les grands traits des systèmes d’élevage au Tchad
L’essentiel du cheptel tchadien est concentré dans les zones arides et semi-arides du pays. Dans ce type d’écosystème dit « en déséquilibre », la distribution temporelle et spatiale des précipitations varie de façon spectaculaire et le couvert végétal peut s’étendre ou se contracter alternativement au gré de l’intensité des précipitations
[6]. Plus que tout autre facteur, la variabilité climatique conditionne en réalité la quantité (biomasse) et la qualité (composition) des pâturages, ces deux caractéristiques étant extrêmement variables, et la population animale, qui peut séjourner sur des parcours soumis à des tels aléas, est limitée (en raisonnant en charge moyenne d’animaux à l’hectare).
Tableau 1
Répartition des effectifs au Tchad par zone géoclimatique (hypothèse basse)
Zones Bovins Ovins Caprins Équins Asins Camelins Porcins Total Saharienne 663 109 950 66 564 1 623 10 824 222 915 0 412 539 Sahélienne 4 342 740 1 530 800 3 676 609 296 013 331 003 946 888 1 240 11 122 000 Soudanienne 1 508 311 733 266 1 427 467 41 131 15 153 0 60 194 3 787 000 Ensemble 5 851 714 2 374 016 5 170 640 338 767 356 980 1 169 803 61 434 15 321 000 Source : François Jullien.
Tableau 2
Répartition des effectifs par zone géo-climatique (hypothèse haute)
Zones Bovins Ovins Caprins Équins Asins Camelins Porcins Total arrondi Saharienne 995 109 950 66 564 1 623 10 824 668 745 0 1 853 000 Sahélienne 6 514 110 1 530 800 3 676 609 296 013 331 003 2 840 664 1 240 15 200 000 Soudanienne 2 262 467 733 266 1 427 467 41 131 15 153 0 60 194 4 518 000 Ensemble 8 777 571 2 374 016 5 170 640 338 980 356 980 3 509 409 61 434 26 109 000 Source : François Jullien.
La gestion opportuniste par des systèmes d’élevage mobile permet de maximiser l’utilisation des pâturages en tirant un parti optimal d’une ressource agrostologique et d’une ressource en eau qui varie rapidement en fonction des précipitations.
Au Tchad, les logiques de transhumance et de nomadisme sont globalement fondées sur cette stratégie de valorisation de la ressource pastorale (eau et pâturage), dont la disponibilité varie très fortement au cours de l’année. Elles reposent dans le cas le plus fréquent, celui de la grande transhumance qui représente environ la moitié du cheptel, sur un parcours nord-sud menant des pâturages « d’hivernage » des régions sahélo-sahariennes en saison des pluies aux zones soudaniennes en saison sèche. Cependant, la transhumance peut connaître des amplitudes et des parcours très diversifiés (il existe une petite transhumance autour des points d’eau dont l’amplitude ne dépasse pas 100 kilomètres) et certains éleveurs pratiquent une mobilité sans point d’attache (nomadisme).
Dans le cas le plus général, celui de la transhumance, les zones sahariennes et sahéliennes sont exploitées en saison des pluies (juillet à septembre). L’eau y est disponible (mares et puisards) et les pâturages offrent une alimentation de qualité en graminées annuelles dans un environnement sanitaire hospitalier (absence de parasites et de glossines). Les éleveurs peuvent se disperser sur de vastes surfaces dans des conditions alimentaires très propices à la croissance des jeunes et à la production laitière.
En saison sèche, les zones sud de climat soudanien offrent la ressource en eau qui n’est plus disponible au nord et une ressource en pâturages, surtout des graminées pérennes, qui bien que moins riche que celle du Nord peut être complétée par des résidus de culture.
La diversité dans la composition des troupeaux (bovins, ovins, camelins) permet à la fois de maximiser l’utilisation du couvert végétal, chaque espèce appétant généralement des fourrages différents, et d’espacer les cycles de transhumance : la descente des camelins dont l’abreuvement peut être espacé peut être beaucoup plus tardive que celle des autres animaux.
La mobilité de l’élevage : enjeux et défis
Les enjeux
Les systèmes d’élevage mobile (transhumance et nomadisme), dont on estime qu’ils représentent 80 à 90 % de la production animale, jouent un rôle capital dans l’économie du pays. L’élevage est, en effet, hors pétrole mais avant le coton, la principale ressource du Tchad, mais cette ressource est difficile à quantifier du fait de la dispersion des activités pastorales sur un vaste territoire (1,3 million de km
2) et de la faiblesse de l’outil statistique
[7] du pays. Les données les plus plausibles
[8] évaluaient le cheptel en 2001 dans une fourchette s’établissant entre 9,6 et 16 millions d’Unités de Bétail Tropical
[9], soit un total de plus de 25 millions de têtes dont plus de 80 % en zone subaride (saharienne et sahélienne). Bien qu’assez mal cerné, le secteur de l’élevage représenterait au Tchad de 11 à 16 % du PIB hors pétrole et de 30 à 50 % de la valeur FOB
[10] des exportations déclarées, hors pétrole.
L’élevage mobile (transhumance et nomadisme) est le système le plus productif dans les écologies saharo-sahéliennes
L’intérêt économique de l’élevage, longtemps décrié comme une activité contemplative ou de prestige, est maintenant démontré par des études récentes. Des données collectées au Mali et au Botswana démontrent que l’élevage mobile tel qu’il est pratiqué au Sahel permet d’obtenir deux à trois fois plus de protéines à l’hectare et à un bien moindre coût que les méthodes modernes d’élevage pratiquées en Australie ou aux États-Unis dans des zones similaires
[11] dans le cadre de systèmes sédentaires ou de
ranching.
Les résultats de travaux menés au Niger vont dans le même sens (Colin de Verdière, 1995)
[12] puisqu’ils démontrent également que les indices de productivité et les paramètres de production des troupeaux se hiérarchisent en faveur des systèmes les plus mobiles : la productivité des systèmes d’élevage sédentaire est inférieure de 20 % à celle des troupeaux nomades et l’élevage mobile permet de dégager des revenus six fois supérieurs à ceux de l’agriculture pratiquée dans les mêmes zones. L’objectif des éleveurs nomades est, en effet, de maintenir en permanence les animaux dans les meilleures conditions possibles, au regard des contraintes du milieu.
Aucune étude de ce type n’a été menée dans le contexte tchadien mais tout conduit à penser que les résultats seraient similaires. Outre la meilleure utilisation de la ressource en pâturage, la très grande résistance des animaux sahéliens à la variation des régimes alimentaires et leur adaptation à de très longs parcours sans perte de poids sont également des facteurs explicatifs importants de l’avantage comparatif de l’élevage mobile par rapport à l’élevage sédentaire.
Grâce à des changements intervenant au niveau des mécanismes de métabolisme, les races locales peuvent, en effet, résister à des parcours prolongés et à des variations importantes de leur diète et de leur niveau d’alimentation en eau (l’un et l’autre étant d’ailleurs liés) : des études réalisées au Kenya démontrent qu’une diminution de 30 % de la consommation fourragère est sans conséquence sur le poids des animaux et qu’il en est de même de l’importance des distances parcourues.
La mobilité permet de sécuriser les éleveurs face aux aléas climatiques
La mobilité est un élément capital de stratégie de survie des systèmes pastoraux : en cas de sécheresse, une descente rapide des troupeaux vers le sud soudanien permet de limiter les pertes et de sauvegarder un noyau dur de reproduction.
Une étude économique réalisée sur les conséquences de la sécheresse au Sahel en 1984 a démontré que, grâce à une fuite très rapide vers le sud, les éleveurs les plus mobiles avaient réussi beaucoup mieux que les éleveurs sédentaires (Bonnet, Beidou, Keita, Marty, 1989)
[13] à limiter les pertes. Il en a été de même au Tchad au Kanem, selon une étude menée postérieurement à la sécheresse de 1973
[14].
La mobilité contribue de façon décisive à la préservation de l’environnement
Un consensus s’est établi depuis une dizaine d’années sur le fait que l’ampleur des dégradations écologiques des zones arides avait été surestimée de même que le rôle de la pâture animale dans cette dégradation. En fait, l’élément déterminant sur la qualité d’un pâturage en milieu aride est l’abondance des précipitations.
Il n’en demeure pas moins que les modes de pratique de l’élevage sont loin d’avoir un rôle négligeable dans la qualité du pâturage :
- Les systèmes mobiles ont un avantage très important par rapport aux systèmes sédentaires ou au système de ranching. En effet, en permettant d’adapter de façon permanente et avec une grande souplesse la charge en animaux à la capacité des pâturages, ils contribuent à éviter la dégradation dont s’assortit un séjour prolongé d’animaux sur la même parcelle (cas de l’élevage sédentaire). L’élevage sédentaire, qui risque de mener à un acharnement sur les espèces les plus appétées, peut conduire, même avec des charges modérées, à une dégradation de la composition des pâturages aussi bien en zone sèche qu’en zone plus arrosée (phénomène de dégradation verte par extension de l’herbe du Laos chromolaena odorata peu comestible).
- Les systèmes mobiles permettent d’exploiter de façon opportuniste de vastes surfaces avec une charge généralement forte mais de courte durée : dès que la production laitière baisse, les éleveurs nomades ou transhumants changent de pâturage. Ce système de charge instantanée intense est reconnu bénéfique pour l’environnement et la qualité des pâturages car il permet d’alterner les périodes d’exploitation et de repos, ce qui favorise la durabilité des pâturages tout en évitant le piétinement prolongé et la sélectivité du broutage. De plus, en éliminant les pailles, il permet de favoriser la germination des semences aux cycles suivants.
- Enfin, en milieu sahélien, il favorise le transport de semences par les animaux transhumants (le Cenchrus biflorus ou « cram cram » par exemple) – ce qui contribue à l’enrichissement des pâturages en espèces appétées.
Les dégradations dues à un surpâturage sont généralement concentrées sur des zones limitées : abords de lacs (lac Fitri), de fleuves (Barh Azoum dans le Batha) et de points d’eau. Dans ce dernier cas, on constate que la dégradation est limitée aux abords immédiats des puits manuels ou mares artificielles (quelques centaines de mètres de rayon). Il n’en est pas de même des forages mécanisés de grande capacité qui, favorisant de grandes concentrations de bétail, ont un impact dégradant sur de vastes zones.
Les défis et menaces à la mobilité
Des menaces importantes pèsent sur le maintien de la mobilité de l’élevage
La principale menace est la progression du front agricole. Du fait notamment de la croissance démographique et du phénomène de colonisation agricole (notamment dans le Salamat), le front de mise en valeur agricole a tendance à se développer dans des régions de plus en plus septentrionales du pays : il en résulte des phénomènes fréquents de blocage des couloirs de transhumance et de conflits qui peuvent menacer l’essence même du système transhumant. Les cultures au milieu des pâturages, à côté des points d’eau ou même sur les pistes de transhumance, entravent la mobilité des troupeaux pourtant essentielle au développement de l’élevage.
Ce phénomène est d’autant plus préoccupant qu’il est concomitant d’une tendance des éleveurs mobiles à accroître l’importance et la durée de leur pénétration en zone soudanienne. Cette dernière tendance a des causes multiples :
- enseignements tirés des périodes de grande sécheresse (1969-1974 et 1984-1985) où les animaux s’étant repliés tôt au sud ont mieux résisté ;
- baisse de pression de la trypanosomiase avec le développement de l’agriculture
[15] ;
- meilleurs prix des céréales ;
- développement de l’agro-pastoralisme (une partie des familles des éleveurs, notamment les femmes, pouvant s’établir de façon permanente dans le sud comme agriculteurs).
Mais la mobilité peut également être menacée par l’appropriation de certaines ressources rares (pâturages de replis, points d’eau) par certaines catégories d’éleveurs au détriment d’autres : ce phénomène est particulièrement marqué au Niger (Nord Zinder) où certaines ethnies arabes s’approprient des points d’eau au détriment des M’bororos en voie de marginalisation, mais elle n’est pas absente dans certaines régions du Tchad : rivalités meurtrières entre Ouled Rachid et Khosam dans le Nord Batha, appropriation de points d’eau par les sédentaires dans le Nord du Chari Baguirmi.
Par ailleurs, des modifications intervenant dans le mode d’appropriation du troupeau (troupeaux appartenant à des commerçants ou à des fonctionnaires sédentaires et confiés à des bergers) peuvent contribuer à diminuer la mobilité, car ces bergers qui pratiquent généralement une gestion à court terme ont tendance à réduire les parcours.
Le phénomène peut être exacerbé par la persistance d’orientations inadaptées au niveau de certains projets de développement ou de la politique gouvernementale en matière d’élevage. Dans les années 1980 et 1990, le contexte de politique en matière d’élevage a été fortement marqué au Tchad par le Programme National d’Élevage (PNE) financé par la Banque mondiale. Il visait à augmenter de façon durable la production animale et les revenus des éleveurs et de l’État, tout en insistant sur l’organisation du monde pastoral, la privatisation des soins et des ouvrages hydrauliques. Entre 1989 et 1999, le PNE a notamment promu la création d’un grand nombre de groupements d’intérêt pastoral (GIP). Les puits ont été pour une large part appropriés par des sédentaires (agriculteurs ou éleveurs sédentaires) membres majoritaires des groupements au détriment des pasteurs qui en ont été exclus.
Dans le sillage du PNE, le Programme Pilote Pastoral a appuyé la création de trois périmètres pastoraux (PP) visant l’expérimentation d’une gestion fondée sur une exploitation tournante du pâturage à partir de périmètres préalablement clôturés. Les enclosures établies à la limite des périmètres semblent avoir souvent été perçues par les éleveurs transhumants comme des barrières à la mobilité avec un risque d’appropriation de ces espaces par les populations sédentaires. De plus, la pérennité de ces systèmes semble difficile à assurer du fait de la complexité de la gestion dont ils s’assortissent.
Une orientation proche de celle du PNE est celle du Programme d’Appui au Système d’Elevage Pastoral (PASEP) financé par la Banque Africaine de Développement. Celui-ci vise notamment la généralisation de l’approche du PNE, notamment la création de GIP et la vulgarisation des Périmètres Pastoraux ; il serait douteux que ces résultats soient très différents. De plus, sur financement de fonds arabes, la poursuite du financement de stations d’exhaure mécanisées de grande taille est prévue, nonobstant les piètres résultats enregistrés dans les interventions similaires en la matière.
Il convient néanmoins de souligner que la nouvelle stratégie du Gouvernement du Tchad, telle qu’elle transparaît dans le « Schéma Directeur de l’Eau et de l’Assainissement » et dans le Plan d’Intervention pour le Développement Rural (PIDR), se démarque de ces approches en mettant nettement l’accent sur l’importance de la mobilité. De plus, un programme en cours financé par le ministère français des Affaires étrangères, le Projet de Sécurisation des Systèmes Pastoraux, conforte cette approche favorable à la mobilité. Il en est de même des projets d’hydraulique pastorale financés par l’Agence Française de Développement au Tchad, dont les résultats valident de façon spectaculaire le bien-fondé de la mobilité et sont dans une large mesure à l’origine de l’inflexion en cours de la politique tchadienne en matière d’élevage.
Carte 1
Projet d’hydraulique pastorale de l’AFD au Tchad
Source : Agence Française de Développement, Paris.
Les enseignements et l’impact des projets d’hydraulique pastorale financés par l’Agence Française de Développement au Tchad
Les idées sous-jacentes aux projets
Convaincue de l’intérêt d’appuyer la pérennité et le développement de l’élevage mobile au Tchad, l’Agence Française de Développement intervient depuis 1990 dans le financement de projets d’hydraulique pastorale. Ces interventions couvrent l’essentiel du pays (à l’exception de la zone cotonnière et du Chari Baguirmi. Au total, 50 millions d’euros ont été investis dans ces projets
[16], ce qui représente 60 % de l’investissement total des bailleurs de fonds dans le secteur.
Ces projets ont permis la réalisation ou la réhabilitation d’un millier de points d’eau et de plus de 500 kilomètres de pistes de transhumance. Ils s’appuient dans une large mesure sur l’analyse de la problématique de l’élevage mobile développée ci-dessus. Ils reposent sur deux idées fondatrices :
- La ressource pastorale des vastes zones soudano-sahéliennes du pays étant abondante
[17] et largement sous-utilisée faute d’une desserte suffisante en points d’eau, le développement raisonné d’ouvrages hydrauliques permet en desserrant cette contrainte d’accroître la production animale et partant le revenu des éleveurs.
- La multiplication des points d’eau permet de sécuriser la mobilité des éleveurs en multipliant les opportunités de pâturage et en retardant leur descente vers le sud soudanien où ils peuvent entrer en conflit avec les agriculteurs sédentaires.
Les principaux enseignements de l’expérience acquise
- Les actions d’accompagnement revêtent un caractère essentiel. Elles sont confiées à des opérateurs spécialisés, connaissant parfaitement la problématique de l’élevage mobile et associant des compétences sociologiques aux compétences en matière d’élevage et d’hydraulique. La part du financement qui doit leur être consacrée est d’au moins 40 % du coût total du projet. La qualité de l’opérateur retenu est un paramètre essentiel du succès du projet.
- Le choix de la localisation des ouvrages est une opération stratégique et complexe : un puits mal situé peut générer des conflits sanglants entre clans et tribus et ne pas être utilisé
[18]. Il est essentiel que ce choix soit réalisé par les bénéficiaires avec l’appui de l’opérateur, ce dernier devant concevoir des mécanismes de sensibilisation et de concertation permettant d’organiser cette sélection. L’expérience montre que le recours aux structures traditionnelles (chefs de clan, de lignage, chefs de point d’eau) doit être privilégié dans cet exercice, le rôle des autorités administratives étant focalisé sur l’officialisation des décisions prises. La nécessité d’un consensus étant un préalable incontournable à la réalisation d’un ouvrage, le programme de réalisations physiques d’ouvrages initialement prévues peut être très sensiblement modifié en cours de projet.
- Les ouvrages hydrauliques privilégiés sont des puits à exhaure manuelle ou animale ou encore des mares (en l’absence de nappe souterraine). Les forages mécanisés sont exclus car, outre les problèmes de maintenance qu’ils posent dans des zones isolées, ils favorisent, du fait de leur débit élevé, des concentrations importantes de bétail qui peuvent mener à du surpâturage et à une dégradation de l’environnement. Pour des raisons similaires, les mares de trop grande taille (supérieures à 7 000 m3) et permanentes sont également à proscrire : elles peuvent être utilisées à des fins agricoles et appropriées par les paysans au détriment des éleveurs mobiles, alors que des petites mares non permanentes facilitent la mobilité des troupeaux.
- L’expérience a mis en lumière la nécessité de compléter les réalisations hydrauliques par des investissements de balisage des parcours et d’aires de stationnement du bétail. Ce balisage négocié entre éleveurs et agriculteurs permet de délimiter les parcours de transhumance et d’éviter les affrontements, les contestations et le blocage des couloirs par des activités agricoles ; il contribue également à éviter la dégradation des champs paysans par les troupeaux transhumants.
- Le système de gestion des ouvrages est conçu de façon à ne pas aboutir à leur appropriation par un groupe d’usagers au détriment d’un autre : dans cette perspective, la mise en place de systèmes de cotisations préconisés en hydraulique villageoise est dangereuse car, outre les difficultés pratiques de l’organiser, elle risque d’exclure les transhumants de l’accès aux ouvrages. Dans la pratique, le système traditionnel utilisé (gestion par un chef de puits organisant les tours d’eau) est le système le mieux adapté. En ce qui concerne les couloirs de transhumance, la constitution de commissions mixtes
[19] (éleveurs-agriculteurs associant autorités traditionnelles et administration) au niveau départemental permet d’aboutir à un consensus sur leur tracé et d’en gérer la bonne utilisation.
- En l’absence d’un système de droit foncier pastoral stabilisé, la gestion de l’utilisation des pâturages et des points d’eau est génératrice de conflits nombreux et parfois dévastateurs. L’expérience montre toutefois que l’adoption de codes fonciers ou pastoraux rigides serait inadaptée car les droits coutumiers en matière pastorale sont multiples, se chevauchent souvent et évoluent dans le temps et dans l’espace en fonction de la variabilité de la valeur du bien concerné (les droits pastoraux sont généralement beaucoup plus exclusifs en zone humide qu’en zone sub-désertique peu productive et à production aléatoire).
- Dans ce contexte fluctuant, les projets doivent encourager à la mise en place d’institutions diversifiées permettant la résolution des conflits à l’échelle où ils se posent en privilégiant l’échelon le plus local et en ne faisant remonter que les arbitrages les plus délicats au niveau de l’administration départementale. Ces institutions, pour être reconnues et légitimées, doivent laisser une place clé aux structures traditionnelles (chefferies, imams, chefs de clans et de tribus) mais en y associant si possible des organisations d’éleveurs.
- L’échelle pertinente d’intervention doit être suffisamment vaste pour recouper la totalité d’un circuit de transhumance – ce qui permet d’appréhender la problématique globale d’un système d’élevage et de suivre les éleveurs sur l’ensemble du parcours : le projet Almy Bahaim par exemple couvre une zone de 300 000 km2, peuplée d’environ 150 000 éleveurs
[20] et contient un cheptel estimé à 3,7 millions d’UBT
[21].
- Dans un contexte complexe, aléatoire et peu prévisible, qui est celui du pastoralisme au Tchad, toute démarche de planification trop précise et rigide s’avère contre-performante. Aussi, la démarche retenue dans les projets d’hydraulique pastorale laisse-t-elle une grande initiative à l’opérateur responsable de la mise en œuvre du projet. Les projets se sont construits et affinés « en marchant », au fur et à mesure de l’approfondissement de la connaissance du milieu et des réactions des diverses parties prenantes. Ainsi, les programmes en matière de réalisations physiques ont-ils été sensiblement modifiés en cours de projet
[22] et la méthodologie s’est construite de façon pragmatique mais en respectant la stratégie de base définie dans un « cadre logique » dessiné au démarrage de l’opération. L’existence d’un système de suivi-évaluation opérationnel performant intégré au projet et géré par l’équipe de l’opérateur s’est révélée être un instrument de base indispensable dans cette approche.
- Enfin, les actions d’hydraulique pastorale doivent être appuyées sur la durée (au minimum 15 ans) pour avoir des perspectives crédibles de pérennisation, et le bailleur de fonds doit en conséquence prendre l’engagement moral d’une intervention longue : le projet Almy Bahaim « de l’eau pour le bétail » dans l’Est du Tchad, qui en est à sa troisième phase, a ainsi démarré il y a plus de 10 ans et se poursuit actuellement.
Les impacts
Une étude d’évaluation externe
[23] a été réalisée récemment pour tenter d’apprécier les impacts des projets d’hydraulique pastorale financés par l’AFD au Tchad, en distinguant impact sur la production animale, impact sur l’environnement et impact sur la prévention des conflits.
L’évaluation de l’impact du projet sur la production animale
Elle repose essentiellement sur l’examen des documents internes élaborés par les projets et sur des entretiens avec les éleveurs. En effet, le recueil de données quantitatives sur l’évolution des effectifs et de la productivité des troupeaux (taux de fécondité, mortalité, poids, cheptel) aurait nécessité des enquêtes dont le coût demeure hors de portée de ce type de projet.
Les impacts des projets sur la productivité des troupeaux sont ressentis à différents niveaux
À l’échelle des ouvrages, la réhabilitation et la création de points d’eau permettent, grâce à l’augmentation des débits, de réduire sensiblement les temps d’attente à l’abreuvement, augmentant d’autant le temps de pâture – ce qui contribue à l’amélioration de la production en viande et en lait.
À l’échelle du système dans son ensemble (réseau de puits, de mares et de pistes balisées) et de la mobilité pastorale, la diversification des points d’abreuvement réduit la longueur des étapes en limitant les pertes et la mortalité des animaux (notamment les plus fragiles). De plus, l’ouverture de nouveaux pâturages, grâce à la création de points d’eau, permet aux éleveurs d’accroître la taille de leurs troupeaux et d’améliorer de façon sensible leur alimentation – ceci d’autant plus qu’il s’agit généralement de pâturages de saison sèche très riches. Les revenus s’en trouvent très sensiblement accrus : le prix d’un animal bien conformé et en bonne santé est de 50 % supérieur à celui d’un animal chétif sur le marché d’Abéché ou d’Ati.
Comme indiqué dans la première partie, l’accroissement et la sécurisation de la mobilité, qui est la finalité première des interventions, ont globalement un impact favorable sur l’environnement. Cependant, les projets se sont préoccupés de maximiser ces impacts : le choix de localisation des points d’eau a pris en compte les possibilités de surpâturage localisé en renonçant à construire des puits dans des zones déjà bien dotées et en évitant les zones à risques de sur-fréquentation (abords du fleuve Batha par exemple) ou déjà dégradées (Nord et Nord-Est Kanem). La limitation de la taille des mares creusées par les projets s’inscrit dans la même démarche car elle vise à éviter les concentrations importantes de bétail sur un même lieu.
Cependant, les dispositifs de mesure de l’évolution des pâturages mis en place sur les projets Almy Bahaim et Kanem n’ont pas été faits sur une durée suffisante pour que des enseignements scientifiques puissent en être tirés et il est très difficile de déterminer l’origine d’un changement de qualité des pâturages, les précipitations jouant un rôle beaucoup plus déterminant que la fréquentation animale.
Il n’en demeure pas moins que les entretiens avec les transhumants, très fins connaisseurs en la matière, concluent à une absence de dégradation et même à une amélioration sur certains sites du fait d’un transfert de bétail vers de nouvelles zones rendues accessibles autour des nouveaux points d’eau.
De plus, dans certaines zones (comme le Kanem), la construction de puits en ciment se substituant à des puits traditionnels dont le cuvelage est en branchage permet de réaliser une économie sensible en ressource ligneuse et de limiter en conséquence le déboisement dans des zones sensibles : la consommation annuelle d’un puits traditionnel (dont le cuvelage doit être refait tous les ans) est en effet équivalente à 2,5 hectares de couvert boisé par an, soit 75 hectares sur la durée de vie moyenne d’un puits.
Les interventions d’hydraulique pastorale ont eu de plus un impact très important et sans doute décisif sur la prévention et la diminution des conflits dans les zones concernées. Aucun conflit majeur ou violent n’a été enregistré autour des nouveaux points d’eau – ce qui tend à démontrer que les précautions prises dans la démarche de sélection des implantations a été payante, même si elles ont contribué à ralentir le rythme et la taille du programme de réalisation.
L’expérience de balisage des pistes de transhumance, même si elle ne couvre encore qu’une faible part des couloirs existants (10 % au maximum pour les trois phases du projet Almy Bahaim), est très positive : les couloirs sont respectés à condition d’avoir été mis en place à l’issue d’un exercice de concertation prolongé associant non seulement les autorités administratives et traditionnelles mais un nombre suffisant d’éleveurs et d’agriculteurs concernés. Ces actions qui ne représentent qu’une faible part du coût des projets sont placées en toute première priorité par les éleveurs. Elles ont permis, outre la sécurisation de certains couloirs existants, la réouverture de couloirs tombés en désuétude du fait de l’extension des activités agricoles. Une très forte amélioration des conditions de sécurité est enregistrée sur les zones balisées des parcours : les parcours autour d’Abéché qui avaient été dans le passé le lieu de multiples affrontements avec morts d’hommes sont désormais considérés comme sécurisés par les éleveurs.
Ces effets importants et multiples mais non quantifiables recueillent l’unanimité des éleveurs interrogés et sont relayés au niveau des autorités par le biais des diverses instances de concertation qui se mettent en place avec l’appui des projets : la nécessité de préserver et de renforcer la mobilité fait maintenant l’unanimité au niveau départemental, régional et national. Elle est retenue comme axe prioritaire de la politique en matière d’élevage.
Une analyse économique modélisée
Une analyse économique modélisée de la rentabilité des projets d’hydraulique pastorale au Tchad a été menée dans le cadre de l’étude précitée à la fois pour le projet Almy Bahaim et dans une perspective macro-économique d’ensemble.
Dans le cas du projet Almy Bahaim (Est du Tchad), le raisonnement est fondé sur l’impact de l’accroissement de la production d’eau sur l’augmentation du cheptel et l’amélioration de sa productivité. Il part de l’hypothèse (vérifiée sur le terrain) qu’une meilleure desserte en eau et en pistes de transhumance permet une augmentation de la taille du cheptel
[24] du fait de l’ouverture de nouveaux pâturages et d’une hausse du taux de rendement numérique des troupeaux
[25] en raison de l’amélioration des conditions de parcours et d’abreuvement. L’évaluation prend en outre en compte une analyse fine de la situation sans projet qui aurait mené à une sédentarisation en ville des éleveurs en surnombre et des revenus alternatifs qu’ils auraient dégagé dans cette situation (emplois non qualifiés). Elle fait ressortir un taux de rentabilité économique qui s’élève à 11 %.
Une analyse macro-économique d’ensemble a également été réalisée pour quantifier l’impact économique global d’un développement généralisé à l’échelle du pays des interventions d’hydraulique pastorale menées en fonction du potentiel en pâturages (soit la construction de 2 500 points d’eau pour un investissement estimé à 80 millions d’euros).
Elle part des hypothèses suivantes :
- les investissements permettront pour un période de trente ans de mettre fin au mouvement de sédentarisation des éleveurs (taux actuel estimé à 6 % dans les zones non touchées par les projets) ;
- le cheptel mobile possède des taux de rendement nettement supérieurs à celui de l’élevage sédentaire ;
- il résiste beaucoup mieux aux occurrences de grande sécheresse que le cheptel sédentaire (taux de survie respectifs de 70 et 30 % constatés).
Le taux de rentabilité économique évalué dans ces conditions varie entre 14 % (hypothèse sans sécheresse) et 17 % (sécheresse grave intervenant au bout de 10 ans).
Ces analyses, menées à partir d’hypothèses sommaires (faute de données quantifiées) mais plausibles et fondées sur l’expérience des projets et l’analyse de la littérature spécialisée, font ressortir la bonne rentabilité économique des investissements en matière de sécurisation des systèmes pastoraux dans un contexte tchadien où les alternatives de revenus pour les populations sédentarisées sont peu attractives.
Il n’en serait pas de même dans le cas, peu probable, où un développement rapide de nouvelles activités productives à haute productivité viendrait à se dégager dans les trente années à venir à un niveau important et apporterait une rémunération intéressante aux migrants.
Même dans cette hypothèse, ce type d’interventions pourrait être socialement et culturellement justifié par le fait que le maintien d’un mode de vie ancestral pourrait être estimé préférable par les éleveurs, en particulier pour protéger diversité culturelle et sédentarisation. Il convient de plus de souligner que ces exercices de modélisation économique n’ont pas pris en compte les impacts de projets sur l’environnement et sur la sécurité qui sont loin d’être négligeables, même si leur quantification est à ce stade difficilement envisageable.
Les programmes d’hydraulique pastorale ont contribué de façon très significative à sécuriser la mobilité de l’élevage et à prévenir les conflits. Mais la progression des activités agricoles en zone soudanienne est une tendance lourde, liée à la pression démographique, et potentiellement explosive. Le contre-exemple du conflit du Darfour limitrophe est là pour en témoigner : il est, en effet, fondé sur un affrontement entre éleveurs arabes, agriculteurs et agro-pasteurs (notamment Four, Massalit et Zaghawa) avivés par l’ingérence d’un État incapable et sans doute non désireux de jouer son rôle d’arbitre.
Un blocage des accès aux pâturages des zones soudaniennes en saison sèche fait peser une lourde menace sur la pérennité du système transhumant dans son ensemble. La rationalité économique et technique milite en faveur d’une complémentarité organisée entre les deux systèmes.
- L’élevage mobile est le seul mode de production susceptible de mettre en valeur de façon durable et rentable les vastes espaces saharo-sahéliens, mais il suppose un séjour en saison sèche des éleveurs en zone soudanienne.
- Le mode de production le plus approprié dans les zones soudaniennes concernées par les projets d’hydraulique pastorale est un système agro-pastoral laissant une large place à l’agriculture vivrière, mais en étroite relation d’échange et de complémentarité avec les éleveurs transhumants (vente de céréales, gardiennage du bétail, fumure des parcelles).
- De plus, l’évolution constatée depuis une vingtaine d’années va dans le sens de l’approfondissement de cette complémentarité : développement du confiage de troupeaux appartenant à des sédentaires à des bergers transhumants, séjour parfois permanent des femmes et des enfants de transhumants dans les zones agricoles.
Cependant, la mise en place d’un équilibre coopératif entre agriculteurs, agro-pasteurs et éleveurs mobiles est une œuvre de longue haleine et particulièrement délicate pour laquelle les projets de développement ont un avantage comparatif (principe de subsidiarité) du fait de leur neutralité par rapport aux parties prenantes. Ces projets devront appuyer dans la durée un exercice concerté de planification de l’aménagement de l’espace en zone soudanienne ayant pour objectif l’optimisation de l’utilisation des ressources (pâturages, terres agricoles, réserves cynégétiques).
Une des retombées principale des interventions est d’avoir, par les dynamiques de terrain développées, convaincu les éleveurs, les agro-pasteurs ainsi que les autorités administratives traditionnelles et gouvernementales du bien-fondé de cette approche.
Il conviendrait à l’avenir de conforter cette dynamique en mettant l’accent sur la pérennisation des structures décentralisées de concertation mises en place et sur les appuis à la gestion concertée de l’espace et des pâturages. L’importance des connaissances acquises sur les systèmes d’élevage et les dynamiques sociales par les projets est un gage de succès pour la poursuite de ces interventions dans ce secteur.
Par ailleurs, le maintien à long terme de l’élevage transhumant ne peut s’envisager sans que des efforts importants soient consentis en matière d’éducation et de santé en faveur des populations concernées, qui sont actuellement totalement laissées à l’écart dans ce domaine. Mais ces appuis devront être consentis avec une approche originale compatible avec la mobilité des populations transhumantes (écoles et centres de santé mobiles).
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[1]
Économiste et « Sciences po » de formation, F. Jullien a passé l’essentiel de sa carrière dans la promotion de projets de développement rural et d’environnement dans le tiers monde (à la Société d’Aide Technique et de Coopération (SATEC), à la Banque Asiatique de Développement et à l’Agence Française de Développement).
[2]
Pour reprendre le titre du livre de l’ethnologue Marc Abélès,
Politique de la survie, Paris, Flammarion, 2006.
[3]
Voir sur ces deux points M. Foucault, « Le sujet et le pouvoir », dans
Dits et écrits 2, Paris, Gallimard, 2001, p. 1056.
[4]
Op. cit. en note 2.
[5]
Au Tchad, dans le cadre des mécanismes de concertation et d’arbitrage intégrant « les ennemis ».
[6]
I. Scoones (éd.),
Nouvelles orientations du développement pastoral en Afrique. Vivre dans un environnement incertain. Paris-Wageningen, Karthala-CTA, 1994 ; J. Ellis, « La variabilité climatique et la dynamique des écosystèmes complexes : implication pour le développement pastoral », dans le même ouvrage.
[7]
Selon les sources, les paramètres varient dans des fourchettes de 1 à 2.
[8]
Données fournies par le Schéma directeur de l’eau et de l’assainissement 2001, qui ont intégré les résultats d’enquêtes de comptage réalisées dans l’Est du Tchad.
[9]
Unité de Bétail Tropical. En appliquant les coefficients classiques suivants : un bovin de 250 kg = 1 UBT, un caprin ou un ovin = 0,2 UBT, un asin = 0,3 UBT, un équin = 1,2 UBT et un camelin = 1,5 UBT.
[10]
Free on Board, ou Franco à Bord. Le montant des exportations FOB est égal au prix payé par l’acheteur hors transport depuis le port d’origine, assurances et droits de douane étant également non compris.
[11]
Source : I. Scoones,
op. cit.
[12]
P. Colin de Verdière,
Les conséquences de la sédentarisation de l’élevage au Sahel. Étude comparée de trois systèmes agro-pastoraux dans la région de Filingué – Niger, thèse présentée pour l’obtention du titre de docteur de l’Institut National Agronomique, Paris-Grignon, juin 1995, 220 p.
[13]
BONNET B., BEIDOU H., KEITA M., MARTY A., Etude de la diversité et diagnostic de l’économie pastorale sur l’axe Abalak –
in: Gall, PSN-FIDA, mai 1989, 85 p.
[14]
CLANET J., « Les conséquences des années sèches 1969-1973 sur la mobilité des éleveurs du Kanem »,
in: Travaux et documents de géographie tropicale, sous la direction de Jean Galais, septembre 1977, p. 239-259.
[15]
Les glossines insectes transmetteurs de la trypanosomiase aux animaux et de la maladie du sommeil à l’homme ne peuvent se développer en milieu déboisé.
[16]
Projet BET 1 et 2, Almy Bahaim 1, 2 et 3, Ennedy-Biltine, Kanem, Tchad central.
[17]
Une cartographie des pâturages réalisée par le CIRAD dans l’Est du Tchad en 1998 apporte la démonstration de l’importance du potentiel agrostologique sous-utilisé.
[18]
Le cas du puits de Derbé 2 dans le Batha, situé à la limite de deux cantons rivaux (Missirié et Ouled Rachid) est particulièrement significatif à cet égard.
[19]
Les commissions mixtes d’Abéché au Ouaddai et d’Am Timan au Salamat ou de Mangalmé dans le Guéra sont particulièrement actives en la matière.
[20]
Moyenne entre les fourchettes haute et basse des estimations.
[21]
Source : comptage effectué par le projet ASETO en 2000.
[22]
Par exemple, aucune mare n’avait été prévue au démarrage du projet Almy Bahaim, alors qu’elles ont représenté une part importante des réalisations.
[23]
« Étude des impacts économiques, sociaux et environnementaux des projets d’hydraulique pastorale financés par l’Agence Française de Développement au Tchad », réalisée par l’IRAM en collaboration avec le CERNA (laboratoire d’économie de l’École des mines de Paris).
[24]
Un puits d’ouverture dans le Nord permet en moyenne de desservir 2000 UBT.
[25]
Taux de croissance naturelle du troupeau avant exploitation.