2006
Afrique contemporaine
Dossier « Sécurité et développement »
La réforme du secteur de sécurité dans les États et sociétés fragiles
Préalable indispensable au développement, ou dernière des illusions néocoloniales ?
Jean-Marc Châtaigner
[1]
Depuis le début des années 1990, les fondements sécuritaires de l’aide ont gagné du terrain. Si l’aide finance rarement directement des budgets de sécurité, elle participe toujours à leur financement indirect au travers des règles de fongibilité, et elle ne peut donc, sauf à faire preuve d’une coupable négligence, s’en désintéresser : selon une estimation avancée en 2004, 16 % de l’aide internationale servirait ainsi à accroître les dépenses militaires.
Quelles peuvent être les conditions clés de réussite d’un programme de réforme du secteur de la sécurité dans un pays en situation fragile ? Cet article tente d’y répondre, en s’intéressant aux réflexions de la communauté internationale et en s’appuyant sur plusieurs exemples d’interventions passées.
Since the early 1990s, security considerations have increasingly been used to justify foreign economic aid. While aid is rarely used directly to finance security and defense budgets, it frees up governments to spend more on security and less on domestic programs. This is a fact that cannot be disregarded. According to 2004 figures, 16% of international aid contributed to the expansion in military spending.
What are the key conditions for a successful security reform program in fragile countries? This article attempts to provide answers by drawing on debates in the international community and relying on several examples of past interventions.
Les questions de sécurité n’ont cessé de prendre, depuis le début des années 1990, une place grandissante dans les interventions, puis dans les discours de l’Aide Publique au Développement (APD) et des bailleurs de fonds. D’abord abordées sous la thématique de la protection des personnes dans leurs droits les plus fondamentaux et l’approche dite « de la sécurité humaine » (Rapport sur le développement humain, 1994), les fondements sécuritaires de l’aide se sont élargis pour prendre en compte les risques de déstabilisation qui pouvaient menacer certains États ou certaines régions du monde comme l’Afrique et, in fine, la nécessité d’assurer la sécurité des États donateurs eux-mêmes (Châtaigner, 2004). Dans son document cadre pour l’aide extérieure bilatérale (USAID, 2006), l’agence de coopération américaine peut ainsi affirmer sans aucune ambiguïté et sans faire l’objet de critiques particulières – des États partenaires, de la société civile ou du secteur privé – qu’elle essayera « d’utiliser son aide [...] pour construire un monde moins dangereux et plus sûr, plus démocratique, plus prospère, apte à renforcer notre sécurité nationale ».
Au même titre que les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) ou que les interventions conduites au nom du développement durable, la sécurité constitue désormais un des axes structurants de l’engagement des bailleurs de fonds et évidemment un enjeu pour la mobilisation des ressources de l’aide. Dans une recherche récente sur les grandes évolutions de l’APD, conduite pour le compte de l’Agence Française de Développement (AFD), les auteurs (Contamin et al., 2006) distinguent ainsi quatre dimensions majeures de l’aide et placent en premier, aux côtés de l’« APD de solidarité internationale », de l’« APD de développement » et de l’« APD de régulation de la mondialisation », l’« APD géostratégique » proposée comme une « solution aux problèmes de paix et de sécurité ». À l’instar des politiques de lutte contre la pauvreté ou de préservation de l’environnement, cette APD géostratégique n’échappe pas à la définition de normes et de bonnes pratiques. Elle fait régulièrement l’objet de travaux et de recommandations du Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE (OCDE, 2006), avec la constitution de réseaux dédiés (comme le CPDC – réseau sur les conflits, la paix et la coopération pour le développement – ou le groupe « États fragiles »), et voit se multiplier les conférences, colloques et autres ateliers internationaux. De nombreux bailleurs de fonds, comme le Department for International Development du Royaume-Uni (DFID, 2005), ont également rédigé et diffusé des documents stratégiques appliqués à cette problématique qui font ressortir l’importance cruciale de cette question de la sécurité dans leurs approches.
APD et questions de sécurité : un jeu dangereux ?
Cependant, la détermination d’une frontière claire et publique entre ce qui relève, d’une part, de l’APD dans une démarche de prévention de conflits ou de sortie de crise et ce qui ressort, d’autre part, d’une coopération de défense bilatérale ou multilatérale apparaît essentielle pour maintenir la légitimité et la crédibilité de l’aide au développement. Les risques de confusion ne semblent pas très loin lorsque le plan d’action pour l’Afrique adopté en 2002, lors du sommet du G8 de Kananaskis, mentionne la possibilité d’inclure dans l’APD « une plus large gamme d’aides visant à renforcer les capacités pour mener des opérations de maintien de la paix et des activités connexes » (Wiltzer, 2004). Même s’il ne s’agit pas ici de nier, bien au contraire, l’importance d’une bonne coordination des démarches entreprises en matière de sécurité par les différents acteurs sur le terrain (militaires, diplomates, spécialistes de l’urgence et de l’action humanitaire, développeurs…) et si la promotion d’un dialogue entre eux – hélas parfois trop souvent absent
[2] – est nécessaire, il paraît aussi important de veiller à la différenciation des métiers, des modes d’intervention, des pas de temps et des crédits. On ne saurait trop insister sur l’idée, en particulier, que le choix des programmes d’aide, leur cahier des charges, leur évaluation et leur comptabilisation en APD doivent demeurer sous la responsabilité directe et exclusive de responsables civils. Tout autre choix ne pourrait être que troublant et porteur de critiques et interrogations légitimes.
Ce serait en effet affaiblir l’action de développement que de la subordonner, de la militariser ou de la faire apparaître comme une composante de programmes de maintien de la paix ou de rétablissement de l’ordre public. Afin de prévenir les crises, l’action de développement doit traiter de causes plus structurelles, comme la lutte contre les inégalités sociales, la promotion de l’investissement et de l’emploi, la gestion des ressources foncières, la lutte contre la corruption et les exclusions ethniques, la gestion des migrations internes et régionales. Pour gérer ces crises et dégager des solutions, elle doit promouvoir de nouveaux modes de médiation (politiques, caritatifs, humanitaires, voire religieux…), fournir des alternatives aux économies de guerre, appuyer le rôle de la société civile dans les processus démocratiques. Au niveau local, un trop grand alignement de l’action de développement sur l’action de sécurité ne pourrait manquer d’être perçu par les partenaires locaux comme un soutien aux mécanismes répressifs du gouvernement local ou des factions, exposer les assistants techniques et les personnels civils à de nouveaux dangers (prises d’otages par exemple) ; surtout, réduire le degré d’indépendance nécessaire pour conduire des projets ou programmes crédibles, et limiter de façon appauvrissante le développement au seul concept de stabilité (alors que le développement peut être aussi catalyseur de changement social). Au niveau international, une gestion de l’APD trop orientée vers les questions de sécurité pourrait également susciter des réactions négatives des opinions publiques des pays donateurs, notamment si leurs gouvernements cherchaient à inclure dans celle-ci des dépenses militaires pour atteindre les engagements pris en faveur d’une augmentation de l’aide, ou s’ils diminuaient au profit du secteur de la sécurité les dépenses liées au développement économique et social (Châtaigner, 2004).
Une fois ces limites clairement énoncées, il n’en reste pas moins que l’APD ne peut pas fermer ses yeux sur ces questions de sécurité, et qu’elle doit même en traiter. On a pu même parler à cet égard de « véritable obligation » (Véron, 2004) reposant sur des considérations de légitimité, d’efficacité, d’éthique et d’intérêt mutuel bien compris. Il ne nous semble pas non plus injustifié de reprendre l’idée selon laquelle l’APD peut, et doit contribuer à la « production d’un bien public mondial, la stabilité, […] et à la construction d’une architecture internationale de sécurité » (Severino et Charnoz, 2005). La production d’un tel bien public repose alors nécessairement sur l’interaction de deux piliers complémentaires : celle d’un « pilier global » visant à la poursuite d’une action coordonnée et le plus souvent multilatérale
[3], en vue de neutraliser les causes d’instabilité qui menacent les États ou les populations (luttes contre le terrorisme, les grands trafics, la criminalité organisée, les circuits financiers illicites…) ; celle d’un « pilier local » dotant au niveau national ou régional tous les États (à l’exception des plus faillis d’entre eux comme la Somalie) d’une capacité d’intervention sécuritaire leur permettant de coopérer au meilleur fonctionnement possible du système global (et d’en retirer également les bénéfices en termes de stabilité interne).
Cette approche ne répond certes pas à toutes les questions que l’on peut se poser dans la mise en œuvre de cette aide : en premier lieu, celles relatives à l’efficacité des dépenses militaires, leur augmentation pouvant en effet être une cause d’instabilité croissante (Collier, 2004) ; en second lieu, celles liées à l’existence présupposée par les pays donateurs de modèles réplicables de structures de sécurité utilisables d’un pays à un autre, qu’il soit déjà développé ou en voie de développement
[4] ; en troisième et dernier lieu, celles qui portent sur l’appui apporté, au nom de la sécurité internationale, à des régimes contestables, corrompus et/ou violateurs des droits de l’homme (des garde-fous doivent alors être trouvés). Mais elle nous semble malgré tout la plus transparente et la plus logique pour légitimer et justifier l’usage de l’aide dans le soutien aux systèmes de sécurité des États partenaires et, le cas échéant, à leur réforme (ce que des politiques d’aide exclusivement fondées sur des principes de lutte contre la pauvreté ou de développement durable ne permettent pas). On n’oubliera pas non plus que même si l’aide finance rarement directement des budgets de sécurité, elle participe toujours à leur financement indirect au travers des règles de fongibilité, et qu’elle ne peut donc, sauf à faire preuve d’une coupable négligence, s’en désintéresser
[5] : selon une estimation avancée en 2004, 16 % de l’aide internationale servirait ainsi à accroître les dépenses militaires (Collier et Hoeffler, 2004).
Le développement de la problématique sécuritaire dans les discours de l’aide s’est traduit par l’apparition de nouveaux concepts qui émaillent désormais les discours de nombreux bailleurs, y compris ceux considérés parmi les moins bellicistes, comme les pays nordiques ou les plus neutres à l’échelon multilatéral, comme le Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD) ou la Commission européenne. Deux concepts ont en particulier connu un succès d’usage rapide dans le monde du développement : celui, d’une part, de « la réforme du secteur de la sécurité » et celui, d’autre part, « d’État fragile ». En dépit des critiques qui leur ont été adressées (à propos, entre autres, de leur caractère flou et ambigu, techniciste, idéologiquement marqué par les intérêts des pays donateurs avec le recours à des jugements de valeurs…), ces concepts nous semblent présenter le double intérêt, d’une part de replacer l’État et le renforcement de sa fonction régulatrice au cœur de l’action de développement (Châtaigner et Gaulme, 2005), d’autre part de pousser à la mise en place de programmes d’aide tenant compte au moins de façon minimale des réalités locales de gouvernance, contrebalançant aussi des logiques discutables de performance pour l’allocation de l’aide
[6]… En outre, de par leurs limites mêmes, leurs faiblesses théoriques, les contradictions qu’ils exposent, les réflexions induites en termes de responsabilités partagées des donateurs et des pays partenaires, ces concepts offrent aussi un espace de débat plutôt rare dans le monde souvent caricatural de l’APD « reconfigurée » des OMD, généralement « présentes sous les traits d’un grand récit positif et positiviste, évitant tout questionnement politique » (Egil, 2005).
Les enjeux de la réforme du secteur de la sécurité
La thématique de la réforme du secteur de la sécurité (Security Sector Reform) a été officiellement développée pour la première fois par le DFID en 1998 (Brzoska, 2003) et mise en avant publiquement dans plusieurs discours de Clare Short, ministre de la Coopération du gouvernement de Tony Blair entre 1997 et 2003. L’utilisation de cette thématique a même pu être considérée comme un des vecteurs principaux de la montée en puissance du DFID au sein de l’appareil institutionnel britannique pour assurer sa légitimité dans ses rapports avec le ministère des Affaires étrangères du Commonwealth (FCO) et le ministère de la Défense, voire affirmer un leadership international dans « un domaine central et très médiatique » (Lebœuf, 2005). Le concept a été officiellement défini et endossé par le CAD en 2004 : « La réforme du secteur de la sécurité cherche à accroître la capacité des pays partenaires à satisfaire les besoins en sécurité de leurs sociétés d’une façon consistante avec les normes démocratiques et les principes fondamentaux de gouvernance, de transparence et d’État de droit. », (OCDE-CAD, 2006).
« En termes opérationnels, les bailleurs de fonds et les pays partenaires sont appelés à développer trois types d’actions :
- définir un cadre institutionnel clair pour assurer la sécurité, qui permette d’intégrer la politique de sécurité et celle du développement, et fasse appel à tous les acteurs concernés ;
- renforcer la gestion des institutions chargées de la sécurité ;
- construire des forces de sécurité compétentes et professionnalisées qui soient responsables devant les instances civiles. » (OCDE/CAD, 2006).
De façon assez curieuse, alors que la France a une tradition d’intervention dans ce domaine en Afrique francophone depuis les indépendances (Sartre, 2005), cette question de la réforme du secteur de la sécurité ne paraît pratiquement jamais abordée dans les discours ministériels français. Seul un discours prononcé par Dominique de Villepin en juin 2003 devant le 4
e forum des hautes études nationales sur le continent africain y fait référence de façon indirecte et incidente
[7] et on en trouve mention très exceptionnellement dans des documents d’orientation stratégique (DGCID, 2003). Contrairement au Royaume-Uni, aucun document ne fait état d’une doctrine détaillée et bien établie en la matière. On peut sans doute trouver plusieurs raisons à cette réserve ou timidité. Ce secteur reste caractérisé en France par un fort éclatement institutionnel (ministères des Affaires étrangères, de la Défense, de l’Intérieur, de la Justice, des Finances (…) et non-compétence de principe de l’Agence Française de Développement sur les questions de gouvernance au sens régulier du terme
[8]) : chacun de ces acteurs développe des actions de coopération internationale avec des logiques administratives indépendantes et introverties, sans pratiquement jamais faire référence aux recommandations du CAD ou chercher à les influencer. La réforme de la coopération de 1998 a aussi fait le choix de placer la direction de Coopération militaire et de Défense (DCMD – ancienne Mission militaire de Coopération de la rue Monsieur) au sein de la direction générale des Affaires politiques du ministère des Affaires étrangères, et non de la direction générale de la Coopération et du Développement, ce qui, là encore, contribue à la fragmentation des approches et à l’absence d’une vision développementale unifiée de la question de la sécurité. Subsiste enfin probablement la persistance d’un sentiment latent de culpabilité par rapport aux échecs de réforme des systèmes de sécurité appuyés par la France au début des années 1990 au Tchad, au Zaïre et au Rwanda, et le souci subséquent de ne pas mettre en valeur ou théoriser sur la place publique des actions dont on pense qu’elles pourraient être mal comprises, ou défavorablement accueillies par la société civile française.
Le concept d’« État fragile » a, quant à lui, connu un essor encore plus fulgurant dans le monde de l’aide publique au développement. S’inscrivant dans un courant d’analyse très largement anglo-saxon (qui avait mis en avant dans les années 1990 avec Zartman l’existence d’« États effondrés », puis celle d’« États faillis »), mais dont on peut aussi retrouver certaines filiations indirectes dans des recherches d’auteurs français et continentaux (notamment Bayart, Ellis et Hibou, 1999), son usage s’est généralisé avec la publication quasi simultanée de deux policy papers, l’un américain (USAID) et l’autre britannique (DFID), et avec l’organisation à Londres par le DFID en janvier 2005 d’une conférence internationale sur le sujet (Châtaigner et Gaulme, 2005). Malgré le flou des références théoriques et l’impossibilité manifeste d’établir une liste précise de ces pays (le DFID introduit à cet égard l’idée d’une proxy list), il n’est pratiquement plus aucun débat sur l’aide (en premier lieu ceux bien évidemment liés à l’efficacité et l’harmonisation) qui ne fasse aujourd’hui référence à la situation particulière des « États fragiles ». Significativement, le CAD de l’OCDE a ainsi décidé en juin 2005 de transformer le nom de son groupe de travail LAP (Learning and Advisory Process on Difficult Partnerships) pour lui donner celui de « Groupe États fragiles ». Sous de nombreux aspects (cf. conception ambitieuse d’une action totale, militaire et de développement, telle qu’elle ressort notamment du National Security Strategy des États-Unis de septembre 2002), cette approche exclusive par les États paraît restrictive et fait peser le risque d’une instrumentalisation politique de l’APD : on pourra donc lui préférer une approche plus générale en termes de « fragilités », de « situations fragiles », voire de « sociétés fragiles » pour caractériser des contextes locaux ou régionaux, sociaux, politiques ou culturels délicats (Châtaigner et Gaulme, 2005).
L’observation de différentes situations de terrain montre que dans un certain nombre de pays où les États sont faibles et où les fragilités et tensions sont souvent extrêmement fortes (la liste n’est pas exhaustive, mais on retiendra dans cet article, à titre d’illustration, le Liberia, la Sierra Leone, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo, Haïti
[9]…), les bailleurs de fonds ont décidé de consacrer des ressources financières souvent massives pour réformer les appareils sécuritaires (armée, police, appareil judiciaire, douane) et y rétablir les capacités répressives. Souvent, cette action a pris le pas sur toute autre considération et peut être considérée comme le préalable à toute autre approche de développement. Dans une certaine mesure, on peut d’ailleurs se demander si, aux yeux de certains bailleurs et pour quelques-uns de ces États, un paradigme sécuritaire n’est pas parfois en train de se substituer au paradigme des équilibres financiers qui prédominait du temps de l’ajustement structurel : sécurité d’abord ; sécurité et stabilité de court terme au détriment, comme au Népal de 2002 à 2006, des aspirations de la population et du corps social ; sécurité, facteur à terme d’instabilité. On ne peut aussi que relever le caractère relativement décevant des résultats obtenus par les bailleurs de fonds en République démocratique du Congo (avec notamment l’exacerbation des phénomènes de corruption) où la communauté internationale a voulu conduire la réforme du système de sécurité avant la réinstallation d’un gouvernement démocratiquement élu ; l’erreur conceptuelle a été de croire que l’on pouvait, à travers la réforme du système de sécurité, jeter des bases solides pour l’État de droit ou, en d’autres termes, imaginer que l’on pouvait mettre en place une armée nationale unifiée avant de procéder à une unification politique effective du pays
[10]…
Faute de pouvoir traiter les inégalités ou les problèmes économiques ou sociaux de fond ou les rapports ethniques (parfois uniquement cristallisés lors du « moment colonial », Bayart et al., 2006), les bailleurs de fonds paraissent parfois tentés de privilégier des réformes purement formelles qui donnent l’illusion du changement ou du progrès, sans rien modifier de la nature préexistante des rapports de force (ainsi, la suppression de l’armée à Haïti et la création d’une police civile par les Nations unies dans les années 1990 n’ont pas nécessairement rendu moins violent ce pays ni résolu ses problèmes de gouvernance). Il nous semble donc légitime de pouvoir nous interroger sur la pertinence de ces actions de réforme des systèmes de sécurité, au regard tout d’abord des réalités économiques et sociales des pays et des institutions concernés ; ensuite, de la soutenabilité sociale et financière de ces actions sur le long terme ; enfin, du jeu des priorités à mettre en œuvre entre rétablissement du contrat social d’une part, à travers la refondation de la légitimité de l’État, et d’autre part l’exercice du monopole de la violence légitime. On constatera en fait que ces réformes des appareils de sécurité ont été trop souvent guidées par des principes technocratiques et l’organisation des bureaucraties occidentales (ou celle de l’ONU) ; qu’elles n’ont pas cherché à identifier les menaces réelles, mais ont épousé les menaces supposées ou fantasmées (cf. l’exemple classique de la mise en place planifiée par l’état-major centrafricain de la Marine de l’Oubangui, cité par Vitalis, 2004), ont été imposées plutôt que réellement négociées avec les pays partenaires, et ne sont pas inscrites comme une composante générale des programmes de développement des pays eux-mêmes (toutes caractéristiques qui ne sont pas là non plus sans rappeler les programmes d’ajustement structurel). L’évaluation de ces actions de réforme demeure aussi bien souvent une évaluation des moyens mis en œuvre et prend rarement en compte les impacts finaux. Nous plaiderons donc pour que ce secteur, encore plus que d’autres, fasse l’objet d’un véritable débat public, associant dans chaque pays partis politiques, médias et société civile, aboutissant à l’élaboration d’un document stratégique national ou d’un livre blanc dont les résultats soient régulièrement soumis à évaluation ; qui ne soit pas réservé aux spécialistes militaires et dans lequel l’action des bailleurs de fonds en matière de sécurité s’insère obligatoirement, à l’instar de leurs projets ou programmes de croissance économique, qui s’inscrivent dans les documents stratégiques de réduction de la pauvreté et les budgets nationaux.
À cet égard, un exemple intéressant d’ouverture et de consultation est, pour l’Afrique de l’Ouest, la tenue à Cotonou du 28 juin au 1er juillet 2005 d’un forum des partis politiques, des médias et de la société civile, organisé conjointement par le Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest et le Club de veille pour la paix en Afrique de l’Ouest, portant sur la « construction de la paix et de la démocratie », qui a ouvert un débat franc sur les liens entre mauvaise gouvernance et insécurité, avec des questions trop rarement posées par les bailleurs de fonds (mais sans doute seraient-ils alors accusés de remettre en cause le principe de souveraineté nationale). Pour le professeur sénégalais Abdoulaye Bathily, à rebours de maintes idées reçues sur les lendemains chantants des mouvements de démocratisation des années 1990, « presque partout (en Afrique), une minorité s’arroge le pouvoir et s’y maintient par des formes plus ou moins violentes (manipulations de la Constitution, fraudes électorales massives, coups d’États, exacerbation des particularismes). Il en résulte des formes de réaction multiples qui vont de la résistance passive aux insurrections périodiques, voire à la révolte armée » (Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest, 2005). Trop souvent, par crainte du changement, les bailleurs de fonds sont souvent parmi les derniers à reconnaître le caractère indispensable de certaines évolutions sociales.
Quelques pistes pratiques pour un système de sécurité répondant aux besoins des pays et des populations
Quelques solutions envisageables…
L’analyse des besoins de sécurité dans les situations fragiles doit tenir compte en premier lieu des menaces réelles pour les pays et pour leurs populations. Comme le relève Joseph Vitalis (2004), il est paradoxal que « la sécurité intérieure des États ne soit pas mieux soutenue par les donateurs », tandis que « les besoins de défense extérieure sont souvent surévalués ». Les principales menaces à l’encontre de la sécurité intérieure des États sont souvent placées sous le boisseau, parce qu’elles impliquent à la fois des intérêts légaux et illégaux des pays donateurs et des pays récipiendaires (développement par exemple de trafics mafieux et illicites, comme celui du coltan dans la région des grands lacs à la fin des années 1990), ou qu’ils impliquent directement des responsables gouvernementaux proches des premiers cercles de pouvoir. Parmi les principales menaces, souvent peu citées, contre la sécurité intérieure des États, figurent ainsi le rôle potentiellement déstabilisateur des gardes présidentielles (aux effectifs souvent pléthoriques, avec un encadrement essentiellement politique et caractérisé par le manque d’expérience du commandement des officiers…), le manque chronique de moyens et de motivation des forces armées et de sécurité (nombre de coups d’État sont ainsi la résultante de questions non réglées de versement de soldes et de primes promises ou de coupes budgétaires opérées à la demande des institutions financières internationales
[11]), le développement du banditisme de grand chemin (avec le double phénomène des coupeurs de routes et des braconniers, qui bénéficient souvent de la complicité active ou passive des forces de l’ordre officielles), la circulation et la détention incontrôlée de petites armes qui attentent beaucoup plus sûrement à la sécurité humaine (500 000 morts par an d’après le
Small Arms Survey, dont 200 000 dans des situations dites « pacifiques ») que toutes les armes de destruction massive…
Face à ces menaces bien réelles, les bailleurs de fonds concernés paraissent se tenir sur la défensive et, selon Vitalis (2004), « tourmentent souvent les responsables africains avec une question anachronique : le statut des forces de sécurité doit-il être civil ou militaire ? » Le document de référence du CAD déjà mentionné (OCDE-CAD, 2006) appelle de façon somme toute assez technocratique les donateurs « à aider les partenaires à développer et mettre en œuvre une stratégie de réforme du système de sécurité » en prenant en compte dans une logique revendiquée de boîte à outils les éléments suivants : « Le cadre légal, les mécanismes de contrôle et de responsabilité (oversight and accountability), le renforcement des capacités de management, le développement des capacités techniques et de leur effectivité, la capacité de mise en œuvre… Les arbitrages délicats qui doivent être nécessairement opérés entre objectifs de court et de long terme, appropriation et efficacité (Aline Lebœuf cite l’exemple en Sierra Leone du programme Safety, Security and Access to Justice, dont la consultation trop bien menée aboutit à la dilution des procédures : « fin 2004, ce programme n’avait toujours pas commencé, alors qu’il était présenté comme imminent à l’été 2003 »), la détermination de la taille optimale et de l’organisation des forces armées (faut-il maintenir en République centrafricaine une gendarmerie nationale, dont deux tiers des effectifs se retrouvent localisés à Bangui, en parallèle et concurrence avec la Police nationale ?) sont passés sous silence. De façon assez caractéristique, les recommandations du CAD, qui portent sur les situations de « démocratisation et de conflit violent » font ainsi référence au modèle de l’appui apporté par les bailleurs, et la coopération suédoise en particulier, au programme Démocratie et paix à travers l’éducation au Guatemala, certes structurant, mais dont les effets de stabilisation à court terme ne sont peut être pas forcément les plus évidents…
En fait, les projets d’appui en matière de sécurité catalysent souvent les difficultés que l’on retrouve dans l’ensemble des programmes d’aide et posent toute la question de la pérennité du transfert de compétences, alors que les méthodes et les expertises utilisées sont souvent contraires aux objectifs poursuivis : recours par exemple à la contractualisation privée pour la restructuration des forces armées libériennes (Ebo, 2005) suivant le « clonage » des procédures opérationnelles de l’armée américaine (à travers DynCorp, filiale de la société Veritas, qui conduit aussi la formation des forces de police en Afghanistan et en Irak) ou encore difficultés rencontrées par le DFID en Sierra Leone pour identifier « des professionnels du développement ayant une connaissance approfondie des fonctionnements des institutions militaires et policières », d’où le recours par défaut à « d’anciens policiers et militaires réinsérés dans le monde de l’aide au développement » qui eux-mêmes ont dû mal à « abandonner leurs fonctions souvent exécutives » et à exercer leur rôle de conseillers (Lebœuf, 2005). La question même de la légitimité de la projection d’un « ordre juridique occidental », à travers « l’écueil de la neutralité de la force publique » dans un État failli peut être posée (Vircoulon, 2004). Le recours très courant par certains bailleurs (États-Unis et Royaume-Uni notamment) au secteur privé dans la fourniture de prestations sécuritaires (formation, management, planification des opérations…) peut aussi conduire, si l’on n’y prend garde, à de solides désillusions quant à la réalité des transferts de compétences au profit des nationaux (Mancini, 2005).
Afin de renforcer la sécurité des populations et répondre à leurs attentes en la matière, quelques mesures simples gagneraient à être systématisées dans les situations les plus fragiles par les bailleurs de fonds, en liaison avec les autorités nationales. En s’appuyant sur les éléments les plus sûrs des armées, voire des forces internationales lorsqu’elles sont présentes, il faudrait effectuer une véritable fouille des quartiers (notamment des domiciles des militaires) pour confisquer les milliers d’armes détenues illégalement, afin d’éviter des affrontements violents, voire, dans certaines situations, de nouvelles mutineries (les mécanismes volontaires de Démobilisation, Désarmement et Réinsertion – DDR – obtiennent souvent des résultats très mitigés dans la remise des armes). Ensuite, il convient de déterminer la taille optimale des forces armées, en fonction certes des besoins mais aussi des capacités (il ne semble pas réaliste que dans certains pays, comme la Centrafrique, les salaires des forces armées représentent jusqu’à un tiers des salaires de la fonction publique) et aussi de l’adage selon lequel trop de forces de sécurité peuvent créer l’insécurité (y compris en s’affrontant dans leurs capacités de prédation)… Mieux vaut parfois pour un État, avec l’appui de ses bailleurs de fonds, organiser un schéma de sécurité qui ne soit pas complet, mais qui affiche clairement ses priorités d’action (en termes par exemple de sécurité de certains axes routiers), que d’entretenir des régiments militaires au sous-équipement chronique, aux effectifs incomplets, à l’armement obsolète, aux casernes en très mauvais état ou inexistantes, qui représenteront eux-mêmes une menace supplémentaire. Enfin, il paraît important de bâtir des programmes de sécurité qui soient véritablement intégrés, reposant sur des analyses économiques (à travers, par exemple, le calcul du taux de rentabilité économique de certains projets de sécurité) et sociales, en prenant bien en compte, d’une part la question des droits de l’homme, et d’autre part celle de la sécurité juridique (ce qu’avait fait par exemple la coopération française en soutenant de façon étonnamment prémonitoire dans la première moitié des années 1990 le traité OHADA, relatif à l’harmonisation et à la sécurisation du droit des affaires dans un certain nombre d’États africains).
Trop souvent également les programmes de réforme des systèmes judiciaires, pourtant indispensables au rétablissement de la sécurité et de la stabilité (en cela qu’ils permettent d’établir un contre-pouvoir relatif à l’arbitraire de l’exécutif), ne sont pas conduits au même diapason que les réformes des forces armées et de police, ce qui ne peut que susciter des réactions critiques et des interrogations des populations. Toute réforme du système de sécurité doit aussi inclure l’ensemble des « corps habillés », comme les douaniers par exemple, afin d’éviter des sentiments d’exclusion ou de concurrence et bien clarifier les responsabilités respectives. Là-encore, les origines administratives des différents experts mis en place par les bailleurs de fonds, leurs rivalités plus ou moins traditionnelles, peuvent conduire si l’on n’y prend pas garde à l’émergence de guerres administratives picrocholines, dont les États aidés n’ont certainement pas besoin pour renforcer leur propre sécurité…
Quelles conditions de réussite ?
Au regard de ce panorama, quelles peuvent être les conditions clés de réussite d’un programme de réforme du secteur de la sécurité dans un pays en situation fragile ? À nos yeux, on peut les résumer en quatre grandes rubriques :
- La reconnaissance du fait rappelé par Vitalis (2004) que chaque situation de sécurité est unique et qu’il serait vain de rechercher des modèles (les « modèles » de sécurité offerts par un certain nombre de pays occidentaux, pour ne citer que la France, le Royaume-Uni ou les États-Unis, sont eux-mêmes profondément divergents et ouvrent de très nombreuses réflexions sur un certain nombre de mauvaises pratiques ou de choses à ne pas faire).
- L’acceptation du principe que l’enjeu de sécurité n’est pas un enjeu en soi, mais qu’il est au service des intérêts d’une population, d’un pays, d’une nation et le cas échéant d’un projet social à construire (lorsque ce projet social ne semble pas exister, comme dans le sud de la Somalie, on peut d’ailleurs s’interroger sur le réalisme de pouvoir mettre en place ou développer un secteur de la sécurité performant). Une des conséquences négatives du 11 septembre 2001 pour les États fragiles serait de favoriser l’application de clés de lecture inadaptées, en favorisant par exemple l’appui à des régimes non légitimes aux yeux de leurs populations, mais les plus à même aux yeux des bailleurs de promouvoir la sécurité, ou en liant à l’inverse systématiquement la question de la sécurité à celle de la démocratie électorale (les élections peuvent être aussi facteur d’insécurité lorsqu’elles conduisent au non-respect des droits des oppositions et minorités).
- La différenciation plus claire, dans ce secteur de la sécurité comme dans d’autres secteurs, de ce qui paraît relever de l’aide d’urgence (aider au désarmement, réinsérer dans la société civile les anciens combattants…) par rapport à l’aide au développement sur le long terme (organiser des forces armées fiables et efficaces), la détermination des engagements récurrents que peuvent prendre ou non les bailleurs de fonds (à l’instar de ceux qu’ils peuvent prendre pour les secteurs sociaux, par exemple) pour la fourniture de carburants et de munitions permettant aux forces armées de conserver leur caractère opérationnel… La répartition des rôles entre opérateurs multilatéraux (notamment dans le cadre des opérations de maintien de la paix des Nations unies) et bilatéraux n’apparaît pas toujours clairement établie, notamment dans les conditions de prise de relais des uns par les autres.
- Enfin, l’établissement d’un diagnostic partagé et d’un programme de réforme aussi librement négocié que possible entre le gouvernement national et ses partenaires extérieurs. Dans ce secteur, encore moins que dans d’autres, rien ne peut véritablement être imposé par la force ou des conditionnalités non transparentes. Les bailleurs de fonds ne peuvent espérer imposer des changements qui ne seraient pas voulus (à charge pour eux aussi de fixer les conditions et limites de leurs interventions) et les rapports de force entre gouvernements faibles et bailleurs forts se révèlent infiniment plus complexes que ceux que l’on pourrait supposer (ce qu’illustre par exemple la décision prise en 1992 par le président Mitterrand – à la demande du président Idriss Deby – d’interrompre le processus de réforme des forces armées tchadiennes, qui remettait en cause le pouvoir de ce dernier).
·
Bayart, J.-F., Ellis, S. et B. Hibou (1999), The Criminalisation of the State in Africa, James Currey, Oxford.
·
Bayart, J.-F., Bertrand, R., Gordadze, T., Hibou, B. et F. Mengin (2006), Legs colonial et gouvernance contemporaine – Note de synthèse, Fonds d’analyse des sociétés publiques (FASOPO), Agence Française de Développement, mars, document de travail n° 13, 22 pages. www. afd. fr
·
Brzoska, M. (2003), “Development Donors and the Concept of Security Sector Reform”, Center for the Democratic Control of Armed Forces (DCAF), Genève, occasional paper, n° 4, novembre, 55 pages. www. dcaf. ch.
·
Châtaigner, J.-M. (2004), « Aide publique au développement et réformes des systèmes de sécurité : l’improbable rencontre du Dr Jekyll et de Mr Hyde », Afrique contemporaine, n° 209, p. 39-49.
·
Châtaigner, J.-M. (2005), L’ONU dans la crise en Sierra Leone – Les méandres d’une négociation, Cean-Karthala, Paris, février.
·
Châtaigner, J.-M. et F. Gaulme (2005), Agir en faveur des acteurs et des sociétés fragiles – Pour une vision renouvelée des enjeux de développement dans la prévention et la gestion de crises, AFD, septembre, document de travail n° 4, 25 pages. www. afd. fr
·
Club du Sahel et d’Afrique de l’Ouest (2005), La construction de la paix et de la démocratie en Afrique de l’Ouest, Forum des partis politiques, des médias et de la société civile en Afrique de l’Ouest, Actes, novembre, 161 pages. www. oecd. org/ sah
·
Collier, P. (2004), Peace and Security, International Task Force on Global Public Goods, septembre, 34 pages. www. gpgtaskforce. org
·
Collier, P. et A. Hoeffler (2004), Unintended Consequences: Does AID promote Arms Races?, CSAE, Oxford University, juillet.
·
Contamin, B., Milanesi, J. et J.-M. Montaud (2006), Vers une aide plurielle au développement ? Entre rationalisation, pragmatisme et logiques institutionnelles. http:// ced. u-bordeaux4. fr/ ceddt127. pdf.
·
DGCID (2003), Pour une gouvernance démocratique : Document d’Orientation de la politique française de coopération, Ministère des Affaires étrangères, série « Repères », Paris. www. diplomatie. gouv. fr
·
DFID (2005), Why we Need to Work More Effectively in Fragile States, Londres, janvier, 28 pages.
·
DFID (2005), Fighting Poverty to build a Safer World – A Strategy for Security and Development, Londres, mars, 28 pages.
·
Ebo, A. (2005), “The Challenges and Opportunities of Security Sector Reform in Post-Conflict Liberia”, Center for the Democratic Control of Armed Forces (DCAF), Genève, décembre, occasional paper n° 9, 71 pages. www. dcaf. ch
·
Egil, F. (2005), « Les éléphants de papier – Réflexions impies pour le Ve anniversaire des objectifs de développement du millénaire », Politique africaine, n° 99, p. 97-115.
·
Leboeuf, A. (2005), « La réforme britannique du secteur de la sécurité en Sierra Leone : vers un nouveau paradigme ? », Politique africaine, n° 98, p. 63-78.
·
OCDE-CAD (2006), Réforme des systèmes de sécurité et gouvernance : principes et bonnes pratiques, Les Éditions de l’OCDE, mars, 172 pages. www. oecd. org
·
Mancini, F. (2005), In Good Company? The role of business in security sector reform, Demos International Peace Academy, Londres. www. demos. co. uk
·
PNUD (1994), Rapport sur le développement humain : nouvelles dimensions de la sécurité humaine. www. undp. org
·
Sartre, P. (2005), « De la coopération militaire à la réforme du secteur de la sécurité en Afrique », L’ENA hors les murs, n° 350, p. 24-26.
·
Severino, J.-M. et O. Charnoz, « Les mutations impromptues, état des lieux de l’aide publique au développement », Afrique contemporaine, n° 213, 2005, p. 13-119.
·
USAID, Policy Framework for Bilateral Foreign Aid: Implementing Transformational Diplomacy through Development, janvier 2006, 27 pages.
·
Veron, J.-B., « La délicate mais indispensable implication de l’aide dans les conflits », Afrique contemporaine, n° 209, p. 51-64.
·
Vircoulon, T. (2004), « Transposer l’État de droit dans les Failed States ? Réflexions à partir d’une expérience africaine », Les Cahiers de la Sécurité Intérieure, n° 55, p. 205-208.
·
Vitalis, J. (2004), « La réforme du secteur de sécurité en Afrique : contrôle démocratique de la force publique et adaptation aux réalités du continent », Afrique contemporaine, n° 209, p. 65-78.
·
Wiltzer, P.-A. (2004), « Vers une paix et un développement durables en Afrique », Afrique contemporaine, n° 209, p. 23-37.
·
Zartman, I.-W. (1995), Collapsed States – The Disintegration and Restoration of Legitimate Authority, Boulder, Lynne Rienner Publishers.
[1]
Directeur du département du Pilotage et des relations stratégiques de l’Agence Française de Développement.
[2]
Pèse en particulier dans le cas français l’absence d’une véritable instance permanente de coordination interministérielle pour traiter des questions de sécurité. Les mécanismes
ad hoc mis en place sous la responsabilité du ministère des Affaires étrangères lors de l’éclatement des crises ou lors des urgences humanitaires sont plutôt efficaces, mais ne sont pas conçus dans une optique de longue durée et de capitalisation. Ils ne permettent pas, en particulier, de coordonner l’action lorsque la crise ne s’est pas cristallisée, ou lorsque celle-ci est trop larvée pour générer une attention suffisante des décideurs politiques.
[3]
Dans le cadre d’organisations ou de démarches aussi variées que celles d’Interpol, du Groupe d’action financière sur le blanchiment des capitaux (Gafi) ou encore celle mise en œuvre spécifiquement pour les diamants dans le cadre du processus de Kimberley… Dans une logique de cohérence multilatérale, il ne serait pas illogique que ces différentes instances rapportent à l’ONU (Secrétaire général ou Conseil de sécurité) pour leurs activités.
[4]
La même question peut être posée dans tous les champs d’intervention de l’aide. Même s’il cherche à s’en défendre, un bailleur de fonds offre toujours un modèle de gouvernance, marqué par sa propre culture institutionnelle et ses valeurs, qui a peu de chances de correspondre dans la pratique à la culture ou aux valeurs des sociétés aidées.
[5]
Du point de vue de l’auteur, certaines agences d’aide mériteraient d’être poursuivies devant des tribunaux internationaux pour complicité active de soutien à la guerre, dès lors qu’il serait établi qu’elles ont apporté des soutiens budgétaires à des régimes impliqués dans des conflits externes (comme le Rwanda et l’Ouganda en RDC à la fin des années 1990 ou l’Éthiopie dans son affrontement avec l’Érythrée).
[6]
« Le problème de toutes ces démarches (d’allocation par la performance) tient au fait qu’elles reposent sur l’hypothèse que l’on connait le bon modèle de développement, les bonnes institutions à mettre en place et que l’on sait, en outre, les mesurer » (Severino et Charnoz, 2005).
[7]
« Cette détermination de la France (en faveur du continent africain) s’exprime de façon concrète […] par la réorientation immédiate de notre coopération civile et militaire pour appuyer les processus de sortie de crise : restructuration des forces armées, soutien aux administrations financières, réinsertion des éléments rebelles, des enfants soldats et des populations déplacées et réfugiées. Mais encore le rétablissement de l’administration et des circuits de communication sur l’ensemble du territoire […] ».
[8]
Suite à la décision prise par le CICID (Comité interministériel pour la Coopération et le Développement) le 20 juillet 2004, le domaine de la gouvernance demeure en effet de la compétence du ministère des Affaires étrangères, et n’est pas transféré pour sa gestion, contrairement aux secteurs liés aux OMD, à l’Agence Française de Développement.
[9]
Pour les analystes qui seraient encore réticents à l’usage du terme « État fragile », compte-tenu de ses ambiguïtés possibles dans les relations internationales et de l’affichage d’une gestion politique de l’APD, une autre clé lecture de la liste ici mentionnée pourrait être aussi que tous ces pays ont « bénéficié » dans les années récentes ou « bénéficient » encore de la présence d’une opération de maintien de la paix décidée par le Conseil de sécurité des Nations unies. Leur situation a donc affecté d’une façon ou d’une autre la paix ou la sécurité régionale ou internationale : l’action des bailleurs de fonds ne peut objectivement y être identique à celle de pays qui ne sont pas entrés dans de tels cycles de violences.
[10]
Des dysfonctionnements similaires ne manqueront pas d’être mis à jour lorsque l’on procédera à l’évaluation d’aides budgétaires versées à des « États fragiles » par des bailleurs inconscients, alors que les indispensables réformes budgétaires et comptables n’ont pas été préalablement mises en place.
[11]
Ainsi, en Sierra Leone, à la demande du FMI, le Président Kabbah décide de réduire, sans aucun accompagnement social, l’approvisionnement en riz de l’armée de 40 000 à 30 000 sacs, ce qui est une des causes du coup d’Etat du 25 mai 1997 (Châtaigner, 2005).