Afrique contemporaine
De Boeck Université

I.S.B.N.2804151182
210 pages

p. 173 à 201
doi: 10.3917/afco.219.0173

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Actualité africaine

no 219 2006/3

2006 Afrique contemporaine Actualité africaine

Le mythe des 0,7 % : origines et pertinence de la cible fixée pour l’aide internationale au développement

Michael A. Clemens Todd J. Moss  [1]
Comment quantifier l’aide internationale ? L’objectif de 0,7 % du RNB assigné aux pays riches est devenu la réponse standard de nombreux milieux officiels et une cause célèbre pour les activistes de l’aide. Les origines de cette cible soulèvent cependant des questions importantes quant à sa pertinence. Originellement, la cible des 0,7 % a été calculée en utilisant différentes hypothèses qui ne sont aujourd’hui plus valables et était justifiée par un modèle qui n’est plus considéré comme crédible. En utilisant essentiellement la méthode d’alors, adaptée aux conditions actuelles, on atteindrait un objectif d’à peine 0,01 %. Les auteurs ne prétendent en aucune façon qu’il s’agit là du taux « adéquat » de l’aide mais cet exercice montre la folie de cette méthode et des discours irréfléchis en faveur d’une aide s’élevant à 0,7 % du RNB, auxquels elle a conduit. Deuxièmement, ils montrent, preuves à l’appui, qu’en dépit de mauvaises interprétations fréquentes, aucun gouvernement n’a jamais formellement promis dans un forum des Nations unies d’atteindre cet objectif de 0,7 % – même si beaucoup se sont engagés à faire des efforts dans ce sens. Troisièmement, ils font valoir que le ratio APD/RNB ne constitue pas un facteur significatif permettant de déterminer l’adéquation de l’aide à apporter. La cible de 0,7 % était au départ un instrument de lobbying. Qu’elle ait ou non été efficace, l’utiliser pour en faire une cible fonctionnelle n’a plus aucun sens, si toutefois cela en a jamais eu. What is the right amount of aid? The international aim for rich countries to devote 0.7% of GNI to aid has become the accepted answer in many official quarters and a cause célèbre for aid activists. The origins of the target, however, raise serious questions about its relevance. First, the 0.7% target was calculated using a series of assumptions that are no longer true, and justified by a model that is no longer considered credible. Using essentially the same method but with today’s conditions yields a goal of just 0.01%. We do not claim in any way that this is the “right” amount of aid, but only that this exercise lays bare the folly of the initial method and the subsequent unreflective commitment to the 0.7% aid goal. Second, we document that, despite frequent misinterpretation, no government ever agreed in a UN forum to actually reach 0.7% –though many pledged to move toward it. Third, we argue that ODA/GNI does not constitute a meaningful metric for the adequacy of aid flows. The 0.7% target began life as a lobbying tool, and effective or not, stretching it to become a functional target no longer makes any sense, if it ever did.
 
Introduction
 
 
L’objectif international, fixé aux pays riches, de consacrer 0,7 % de leur revenu national à l’assistance au développement est devenu aujourd’hui une cause célèbre pour les activistes de l’aide, et, tout dernièrement, pour les hommes politiques. Toute omniprésente et durable qu’elle soit, la cible de 0,7 % n’a cependant jamais été déterminée dans l’intention de représenter le niveau « adéquat » de l’aide dont ont besoin les pays pauvres. Son historique montre qu’elle a été calculée en utilisant des méthodes qui n’ont que très peu de liens avec la compréhension actuelle du processus de développement. En fait, avant 2005, aucun gouvernement ou organisme international n’a jamais accepté de consacrer 0,7 % de son revenu à l’aide. Prévu au départ comme un outil politique destiné à encourager les pays riches à accroître modestement leur budget d’aide au développement, le chiffre de 0,7 % était un compromis entre diverses conjectures plus ou moins éclairées, fondées sur les conditions économiques du début des années 1960, et sur un modèle de croissance rudimentaire et très imparfait. En dépit de leurs origines, les « 0,7 % » ont acquis une vie propre pour devenir le cri de ralliement des partisans de l’aide au développement. En 2005, ceux-ci ont en effet plaidé une nouvelle fois (avec un certain succès) pour que les pays riches atteignent cette cible spécifique. Très peu de réflexion a toutefois été accordée au fait de savoir si ce chiffre de « 0,7 % » était adéquat, à la manière dont il avait été obtenu, et à sa réalité dans les accords internationaux.
Avec le temps, le chiffre de 0,7 % a pris une importance qui dépasse de loin sa légitimité initiale comme cible fixée pour l’aide. La section suivante résume ses origines, montre comment cette cible a émergé d’une confluence de tendances politiques et académiques pour devenir une norme politique. Dans la troisième section de ce document, nous nous posons la question de savoir si elle est toujours applicable dans le monde contemporain, en soulevant trois points relatifs à sa pertinence. Tout d’abord, en appliquant aux conditions actuelles les hypothèses utilisées pour sa formulation initiale, nous arrivons à une nouvelle cible de 0,01 % du revenu des pays riches – bien inférieure aux niveaux d’aide actuels de tous les principaux bailleurs de fonds. Ensuite, nous remettons en question le modèle dit du « gap de financement », utilisé pour déterminer les cibles d’aide en montrant que ce modèle n’a de base ni théorique ni empirique. Et finalement, nous ferons valoir que fonder les niveaux d’aide sur la « taille » économique des pays bailleurs de fonds plutôt que sur la situation des économies bénéficiaires est une inversion de raisonnement. Nous ne cherchons pas à démontrer que le montant de l’aide doit être augmenté ou diminué mais plutôt à exposer la faiblesse des bases sur lesquelles repose la cible de 0,7 %, et à nous demander si celle-ci est effectivement la norme adéquate par rapport à laquelle les bailleurs de fonds d’aujourd’hui peuvent être jugés.
 
Aux origines du « mantra » des 0,7 %
 
 
La cible de 0,7 % du revenu national brut (RNB) a une longue histoire qui remonte à plus d’un demi-siècle [2]. Comme nous l’expliquerons plus loin, cette cible était essentiellement arbitraire. Elle était fondée sur une série d’hypothèses qui ne se vérifient plus aujourd’hui, et était justifiée par un modèle qui n’est plus considéré comme crédible. Malgré ses origines, sa popularité n’a fait que croître et le chiffre est devenu un « mantra » politique. Malgré les évolutions intervenues dans l’économie mondiale au cours de la seconde moitié du XXe siècle, la cible est restée, elle, remarquablement inchangée.
Base politique
Le Conseil mondial des Églises est une organisation basée à Genève qui a encouragé la coopération entre différentes obédiences chrétiennes depuis 1948, et qui affirme représenter 400 millions de personnes dans 100 pays. Depuis ses débuts, le Conseil a servi d’intermédiaire au transfert de dons en liquide provenant des paroisses des pays riches vers celles des pays pauvres. Au cours de la réunion de son Comité central de 1955 à Davos, le Conseil a demandé à l’économiste agricole hollandais, Egbert de Vries, un cadre supérieur de la Banque mondiale et un chrétien convaincu, de conseiller ses efforts en matière d’aide. De Vries a démontré qu’aucun montant venant des Églises ne pourrait raisonnablement suffire à la tâche, et que « d’importants capitaux venus des pays riches seront nécessaires pour réaliser ne fût-ce qu’une modeste augmentation des conditions de vie des pays plus pauvres » [3].
En 1955, le total des flux de capitaux publics et privés destinés aux pays pauvres représentait environ 0,5 % du RNB des pays riches [4]. Le Comité central du Conseil réuni au Danemark en 1958 avait adopté la déclaration suivante : « Seule une aide extérieure substantielle provenant des pays économiquement plus développés […] pourra aider les pays qui disposent de solides plans de développement à les mettre en œuvre et à éviter les désastres humains qui résulteraient de leur échec. […] Il est essentiel d’obtenir beaucoup plus de dons et de prêts à des conditions favorables. […] Si au moins 1 % du revenu national des pays était consacré à cette fin, le tableau serait beaucoup plus encourageant [5] ». Bien que le Conseil n’ait pas fourni de détail sur la façon dont il avait établi ce pourcentage, il est probable que la seule raison pour laquelle il ait été déterminé était d’arriver à un chiffre rond représentant environ le double des flux de capitaux du milieu des années 1950. La requête du Conseil avait été transmise aux représentations de plusieurs pays développés auprès des Nations unies.
Les flux de capitaux publics et privés destinés à l’ensemble des pays en développement ont augmenté jusqu’à la fin des années 1950 et ont atteint, en 1960, 0,83 % du RNB des pays riches [6]. Cette année-là, l’Assemblée générale des Nations unies a qualifié ce niveau d’« inadéquat » et a adopté (sans vote) une résolution qui « exprime l’espoir que les flux d’assistance internationale et de capitaux soient augmentés de façon substantielle jusqu’à atteindre aussi rapidement que possible 1 % des revenus nationaux combinés des pays économiquement avancés » [7].
Le chiffre de 1 % est devenu bien plus qu’un simple vœu pieu des Nations unies. Il a été appuyé de façon directe et explicite, bien que non publique, par les gouvernements des pays riches. Des notes internes du Département d’État des États-Unis, datant du début de 1961, montrent que le sous-secrétaire d’État aux Affaires économiques et agricoles « estimait que les Allemands pourraient être d’accord sur 1 % du PNB. Ceci a semblé satisfaisant à M. Rusk (le secrétaire d’État Dean Rusk). » Selon ces mêmes notes internes, le Département d’État avait fait savoir à toutes ses missions en Europe que « nous pouvons peut-être fixer comme cible collective le chiffre de 1 % de nos revenus cumulés » [8].
Approbation du monde académique
Par coïncidence, des recherches entreprises au même moment par un groupe d’économistes très influents sont venues confirmer la validité du chiffre de 1 % du RNB des pays riches. Ces économistes comprenaient Paul Rosenstein-Rodan et Hollis Chenery, deux des premiers à occuper le poste connu aujourd’hui sous le nom de chef économiste de la Banque mondiale. Tous deux s’étaient livrés séparément à des approximations sophistiquées du montant des capitaux étrangers dont les pays à faible revenu avaient besoin pour leur développement au début des années 1960 [9]. Ils avaient fondé leurs estimations sur les travaux théoriques entrepris au cours des années 1940 et 1950 par Sir Roy Harrod d’Oxford et Evsey Domar du MIT, tout en s’inspirant également des travaux de W.W. Rostow, un professeur du MIT qui allait devenir conseiller principal dans les administrations Kennedy et Johnson.
Les travaux de Harrod et Domar [10] ont donné lieu au premier modèle moderne de croissance et ont étudié les conséquences pour l’emploi et pour d’autres variables économiques, de changements dans le capital social, en prenant pour hypothèse un lien simple et mécanique entre capital et croissance qui paraissait approprié pour leurs besoins. Les enquêtes de Rostow sur l’expérience historique des pays développés [11] concluaient qu’une condition nécessaire (mais non suffisante) du « décollage vers une croissance autosuffisante » était « une augmentation du taux d’investissement productif d’un niveau de (disons) 5 % ou moins, à plus de 10 % du revenu national ». Chacun de leur côté, Rosenstein-Rodan et Chenery ont utilisé une relation mécanique entre capital et croissance dans les pays en développement, liée à celle d’Harod et Domar, pour déterminer l’accumulation de capital nécessaire à ces pays pour atteindre un point de décollage semblable à celui identifié par Rostow.
Bien que certainement plus nuancé, leur travail n’en estimait pas moins, pour les pays pauvres, le besoin de capital extérieur comme la différence entre l’épargne nationale et le montant de l’investissement nécessaire à la réalisation d’un certain taux de croissance dans le modèle de Harrod et Domar. Pour prendre un exemple simplifié : si un capital de 4 dollars produit annuellement 1 dollar de revenu national, et qu’une croissance annuelle des résultats de 5 % est exigée, le capital devra lui aussi croître de 5 %. Si le RNB est de 100 millions de dollars (soit un stock de capital de 400 millions de dollars), l’investissement de l’année doit s’élever à 5 % de 100 millions de dollars, soit 20 millions de dollars. Si l’épargne nationale est seulement de 15 millions de dollars, le montant des capitaux extérieurs requis sera de 5 millions de dollars.
En utilisant des techniques plus sophistiquées mais fondamentalement semblables, Rosenstein-Rodan est arrivé à une estimation du besoin de capital des pays en développement de l’ordre de 5,7 milliards de dollars par an au début des années 1960, en augmentation sur la décennie. En utilisant un modèle amélioré pour prendre en compte non seulement l’écart entre l’épargne et l’investissement mais aussi celui entre les exportations et un « niveau d’importation minimum » prédéfini, Chenery a estimé le besoin de capital étranger à 7,4 milliards de dollars EU en 1962, et entre 10 et 17 milliards de dollars à partir de 1970 [12]. Cela impliquait pour les pays en développement d’arriver à un taux de croissance du RNB d’environ 5 %, précisément l’objectif de croissance fixé en 1960 dans la déclaration de la Première décennie du développement des Nations unies [13]. Les documents des Nations unies de l’époque font spécifiquement référence à ces estimations académiques du besoin de capital [14].
Le total des revenus nationaux des pays à haut revenu de l’OCDE se montait en 1961 à 1,03 trillion de dollars [15], ce qui voulait dire que les besoins de capital des pays en développement, estimés par le monde académique à environ 10 milliards de dollars, correspondaient à 1 % du revenu des pays à haut revenu. Du coup, ce chiffre de 1 % recevait à la fois l’aval de l’Assemblée générale et l’imprimatur de certains des économistes les plus cotés de l’époque, un palmarès politique et académique né d’une conjonction de coïncidences et d’évolutions parallèles.
De la cible de 1 % de capital à la cible de 0,7 % d’aide
Une dernière étape restait à franchir pour que cet objectif de 1 % des flux cumulés de capitaux devienne la cible de 0,7 % de l’aide moderne. La première réunion de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) de 1964 notait que les flux de capitaux vers les pays en développement avaient atteint 0,8 % du revenu des pays riches en 1961 et qu’environ les trois quarts correspondaient à l’aide bilatérale officielle [16]. La réunion suggérait donc une cible d’aide, mais ne l’adoptait pas. Les Actes de la conférence « recommandaient » à « chaque pays économiquement avancé de s’efforcer de fournir […] des ressources financières aux pays en développement pour un montant net minimal approchant d’aussi près que possible 1 % de son revenu national […] » [17]. Toute cible fixée à l’aide internationale était non seulement absente de cette formulation mais aussi clairement et explicitement écartée : « [cette mesure] n’a pas pour objectif de constituer un plafond ou une méthode appropriée de comparaison quantitative ou qualitative des efforts d’assistance au développement consentis par les pays économiquement avancés » [18].
La deuxième réunion de la CNUCED, à New Delhi en 1968, a accompli un pas supplémentaire, mais sans aller jusqu’à fixer une cible officielle pour l’aide. Les études techniques entreprises par le secrétariat de la CNUCED notaient un recul des flux combinés des capitaux publics et privés de 0,87 % à 0,62 % du RNB des pays riches au cours de la période 1961 à 1966 [19]. Ces études techniques – qui n’ont pas été avalisées par les délégués – suggéraient que, pour atteindre la cible de 1 % fixée par l’Assemblée générale pour le total des flux de financement, « il serait souhaitable de disposer, pour l’aide publique au développement, d’une cible qui soit une mesure de l’engagement des gouvernements vis-à-vis du développement international » et « pour être cohérents avec la cible de 1 % […] les pays dont l’aide publique nette est actuellement inférieure à 0,75 % de leur PNB devraient envisager de l’augmenter jusqu’à ce niveau en 1971 » [20]. Pour arriver à ce chiffre, l’étude fait explicitement l’hypothèse que les flux d’aide publique continueront à représenter environ deux tiers à trois quarts des flux totaux de capitaux jusqu’à la moitié des années 1970 [21].
Bien que la Conférence ait réitéré son appui à la cible de 1 % des flux totaux de capitaux, elle n’a pas accepté de fixer une cible pour l’aide comme le suggérait le secrétariat. La « décision » de la Conférence à propos d’« une cible pour le volume de l’aide » se lit comme suit : « Un certain nombre de pays développés ont déclaré que dans le cadre de la cible de 1 % définie ci-dessus, ils étaient prêts à tenter de fournir un minimum de 0,75 % de leur PNB sous la forme d’un transfert de ressources financières publiques nettes. Un pays développé a fait valoir que cette proportion devrait être au moins de la moitié de la cible de 1 %. Pour les autres pays développés, qui n’étaient pas prêts à accepter la définition précise d’un ratio, des efforts devaient être entrepris pour assurer que les flux d’aide bilatérale et multilatérale publique représentent une part substantielle de la totalité des ressources financières fournies [22]. » L’anonymat de ces références est l’indice de divisions profondes sur des sujets sensibles au sein de cette réunion.
La communauté de l’aide en voulait plus. Le président de la Banque mondiale, Robert McNamara, auquel s’était joint le ministre britannique du Overseas Development, Lord Reginald Prentice, a été à l’origine de la Commission sur le développement international, plus connue sous le nom de « Commission Pearson », du nom de son président, l’ex-premier ministre du Canada et prix Nobel, Lester Pearson. L’objectif principal de ce groupe était d’utiliser la visibilité politique des membres de la commission pour attirer l’attention des gouvernements sur la cible de la CNUCED, en particulier aux Etats-Unis [23]. Depuis ses débuts, la Commission Pearson a été conçue pour « redynamiser l’engagement vis-à-vis de la cible de la CNUCED […]. Les membres de la Commission étaient des personnes jouissant d’une grande influence politique et des économistes reconnus qui pouvaient aider à persuader les pouvoirs législatifs, avec les États-Unis comme cible principale », explique Ernest Stern, qui était directeur adjoint de la commission [24]. Le chiffre de 0,7 % était également le résultat d’un compromis arbitraire basé sur ce qu’on pensait politiquement faisable à l’époque [25]. Le rapport final, remis à McNamara en septembre 1969, dit ainsi : « Nous recommandons par conséquent que chacun des pourvoyeurs d’aide augmente ses engagements d’aide publique au développement de façon à ce que les décaissements nets atteignent 0,70 % de son produit national brut en 1975 ou peu après, mais en tout cas pas plus tard que 1980 [26]. »
Les Nations unies ont repris ce chiffre de 0,7 %, mais ont convenu qu’il valait mieux que les gouvernements fassent des « efforts » pour s’en rapprocher plutôt que d’accepter de l’atteindre vraiment. Le 19 novembre 1970, l’Assemblée générale a adopté (sans vote) la déclaration de la Deuxième décennie du développement, exhortant les pays en développement à atteindre une croissance de 6 % du RNB et établissant que « chaque pays économiquement avancé accroîtra progressivement son aide officielle au développement des pays en voie de développement, et s’efforcera particulièrement d’atteindre, au milieu de la décennie au plus tard, un montant minimum en valeur nette de 0,70 p. 100 de son produit national brut […] » [27]. Il n’était cependant pas précisé ce qui permettait de dire que ces efforts étaient suffisants.
La déclaration de l’Assemblée générale de la Troisième décennie du développement en 1980 (à nouveau adoptée sans vote) appelait les pays en développement à atteindre une croissance moyenne du RNB encore plus élevée (7 %) et déclarait que : « Tous les pays développés accroîtront rapidement et sensiblement leur aide publique au développement en vue d’atteindre et, si possible, de dépasser l’objectif international de 0,7 p. 100 de leur produit national brut [28]. » La déclaration de la IVe décennie du développement de 1990 conservait l’objectif de croissance de 7 % et déclarait que : « au cours des années 1990, les pays donateurs doivent honorer les engagements qu’ils ont pris pour atteindre ou dépasser… l’objectif de 0,7 p. 100 du produit national brut » [29]. À partir de là, le chiffre de 0,7 % se retrouve dans toute une série de déclarations : celles des Nations unies à la conférence de 1992 sur l’environnement et le développement, du « Sommet planète terre » de Rio de Janeiro, du Sommet mondial pour le développement social de 1995 à Copenhague, du Sommet mondial pour le développement durable de Johannesburg en 2002 [30], et d’autres réunions internationales.
La déclaration la plus récente et la plus visible parlant d’une cible pour l’aide a été faite à la Conférence internationale des Nations unies de 2002 sur le financement du développement, qui s’est tenue à Monterrey au Mexique. Sa déclaration de consensus déclarait : « nous invitons instamment les pays développés qui ne l’ont pas encore fait à prendre des mesures concrètes pour atteindre les objectifs consistant à consacrer 0,7 % de leur produit national brut (PNB) à l’APD en faveur des pays en développement […] » [31]. Cette déclaration a été considérée comme donnant plus de poids que les précédentes à l’acceptation de la cible. Contrairement aux réunions précédentes, réservées aux représentants aux Nations unies, la conférence de Monterrey réunissait cinquante chefs d’État ou de gouvernement, incluant ceux de la Belgique, du Canada, de la Finlande, de la France, de la Norvège, de l’Espagne et des États-Unis.
 
Engagements des pays riches
 
 
Il est intéressant de constater qu’aucune de ces déclarations internationales parlant de la cible de 0,7 % n’ait promis de l’atteindre. En 1960, l’Assemblée générale exprimait « l’espoir » que les flux de capitaux atteindraient 1 % du revenu des pays riches. En 1964, la CNUCED I déclarait de façon explicite que l’expression de cet espoir « n’avait pas pour objectif de constituer […] une méthode appropriée de comparaison […] des efforts d’assistance au développement consentis par les pays économiquement avancés ». En 1968, CNUCED II déclarait que plusieurs pays développés « n’étaient pas préparés à accepter un pourcentage précis ». En 1970, l’Assemblée générale s’engageait à « accroître progressivement » l’aide, et à « s’efforcer » pour atteindre l’objectif – mais pas véritablement à l’atteindre. En 1980, l’Assemblée générale promettait une augmentation « rapide et sensible » de l’aide, mais qui ne dépasserait les 0,7 % du RNB des bailleurs de fonds que là où c’était « possible ». Tout récemment, les chefs d’État réunis à Monterrey en 2002 promettaient de « prendre des mesures concrètes » en vue de cet objectif sans promettre de l’atteindre.
Aversion des États-Unis pour le « ciblage »
Il est également clair que, tandis que la recommandation de la Commission Pearson relative aux 0,7 % était de plus en plus prise au sérieux par les Nations unies, et avec le temps par certains gouvernements européens, elle n’a jamais été capable de convaincre les États-Unis. Le président Richard Nixon avait mis en place, en 1969, sa propre task force en matière de développement international, conduite par le président directeur général de la Bank of America, Rudolph Peterson, et avec pour objectif de réexaminer l’aide internationale consentie par les États-Unis. Une des principales questions à étudier par la task force était la suivante : « Les États-Unis doivent-ils appuyer la cible officielle de 1 % du PIB consacrée à l’aide internationale ? » [32]. En fin de compte, la task force a recommandé une augmentation de l’aide et plusieurs améliorations qualitatives (telles qu’un plus grand usage des canaux multilatéraux), mais n’a pris aucune position sur la cible quantitative de l’aide.
L’administration a suivi les avis de Peterson et ne s’est pas explicitement engagée en faveur de la cible recommandée par la Commission Pearson pour des raisons à la fois de fond et politiques [33]. C. Fred Bergsten, assistant spécial aux Affaires économiques internationales auprès du Conseil national de sécurité (en fait, le principal conseiller de Nixon en matière d’aide pendant la durée de la Commission Pearson) déclare :
– « Je n’ai jamais été convaincu de la justification intellectuelle de la cible de 0,7 %. De plus, nous étions tout à fait certains qu’il ne serait pas très utile d’aller devant le Congrès pour l’exhorter à atteindre une cible de 0,7 %. […] En fait, je voulais faire preuve de prudence et éviter de m’engager sur cette cible parce que je pensais qu’elle serait contreproductive au Congrès […] Nous l’avons donc soigneusement évitée [34]. »
Des documents de la même époque suggèrent que cette cible de l’aide a été sérieusement débattue à la Maison-Blanche mais finalement rejetée. Un des mémorandums du Conseil national de sécurité au président Nixon résume de la façon suivante les discussions internes :
– « Le rapport [de la task force Peterson] ne donne son aval à aucune des cibles de l’aide. Nous pensons que l’approche Peterson, qui met l’accent sur les besoins et la performance des PMA [pays les moins avancés], est la seule qui soit jouable au Congrès. Néanmoins, notre incapacité à avaliser une cible pourrait soulever des problèmes politiques sérieux au sein des Nations unies, et être utilisée comme justification d’une diminution du soutien d’autres bailleurs de fonds. Par conséquent, il faut que nous envisagions s’il est faisable pour nous d’appuyer le principe d’une cible mondiale pour l’aide, tout en indiquant en même temps que nous ne pouvons souscrire à aucune date spécifique pour l’atteindre. De façon alternative, nous pourrions accepter l’approche implicite de Peterson et souligner notre intention de chercher à atteindre des niveaux plus élevés mais sans souscrire à des cibles qu’il serait impossible d’atteindre. Ceci pourrait plaire à la fois sur le plan intérieur à certains membres du Congrès et faire preuve, vis-à-vis des autres pays, d’une politique réaliste qui montre que nous ne nous engageons pas vis-à-vis de promesses impossibles à tenir [35]. »
Le secrétaire d’État William Rogers et l’ambassadeur des États-Unis auprès des Nations unies Charles Yost semblent être les principaux partisans de cette approche. Au cours des mois qui ont précédé le sommet des Nations unies d’octobre 1970, tous deux ont engagé le président des États-Unis à donner son accord à une cible de 1 % pour le total des flux publics et privés. Cependant, le conseiller national pour la Sécurité, Henry Kissinger, a adopté le point de vue que « les États-Unis éviteront toute promesse d’atteindre les cibles internationales liant leur aide au PNB, tout en faisant en sorte de ne nuire qu’au minimum à l’utilité de ces cibles pour les autres pays donateurs » [36]. Il tente ainsi « de trouver un compromis entre notre aversion pour l’établissement de cibles et l’importance pour la politique étrangère d’éviter d’adopter une position négative vis-à-vis de la Deuxième décennie du développement des Nations unies, et vis-à-vis du niveau de l’aide en général » [37]. Plus important encore en fin de compte, le président Nixon « a rejeté l’idée de s’engager par rapport à des cibles impossibles à atteindre » [38]. L’administration Nixon ne s’est, par conséquent, pas officiellement engagée vis-à-vis de la cible de 0,7 % ou sur un quelconque calendrier – et aucune des neuf administrations des États-Unis qui ont suivi n’a adopté une position officielle différente, ni directement, ni à travers les Nations unies.
Poursuite de l’influence
Aucun pays riche n’a, dans aucun des forums internationaux antérieurs à 2005, promis de consacrer réellement 0,7 % de son revenu à l’aide au développement. Dans tous les documents de l’époque, ils promettent l’effort mais en aucun cas le résultat. En 2005, pour la toute première fois, des bailleurs de fonds individuels se sont engagés de façon unilatérale à atteindre l’objectif de 0,7 % du PIB en 2015 [39]. Le Royaume-Uni, la France, la Finlande, l’Irlande, la Belgique et l’Espagne ont fait cette promesse. L’Allemagne, l’Italie et le Portugal se sont engagés, avec quelques réserves, vis-à-vis de cet objectif, à condition que leur processus budgétaire national le leur permette, et sans calendrier ferme [40]. Cinq pays – dont le ministre néerlandais de la Coopération au développement a fait leur éloge en les qualifiant de « G 0.7 » [41] – ont dépassé cet objectif : la Norvège, la Suède, le Danemark, le Luxembourg et les Pays Bas.
Les Européens se sont peut-être rangés à ce chiffre largement « accepté » parce que la presse et les acteurs non gouvernementaux étaient complètement focalisés sur la valeur de 0,7 %. En à peine douze mois, jusqu’en juin 2005, la cible d’aide de 0,7 % a été mentionnée 407 fois dans les 50 principaux journaux en langue anglaise du monde [42]. Avec le temps, ce chiffre a été de plus en plus souvent cité dans la presse : à peine 45 mentions au cours de la période 1980 à 1984, mais 381 entre 1990 et 1994, et 584 de 2000 à 2004. Oxfam la qualifie actuellement de « cible d’aide longtemps promise des Nations unies » [43], tandis qu’InterAction y fait référence comme à « un engagement pris par la communauté internationale en 1969 ! » [44] Cette cible a aussi inspiré un certain nombre de « campagnes 0,7 », par exemple celles d’ActionAid ou du réseau des British Overseas NGO for Development (BOND) [45].
Les organisations internationales les ont rejoints : James Wolfensohn, président de la Banque mondiale de 1995 à 2005, a appelé à de nombreuses reprises les gouvernements des pays riches à s’acquitter de leur « engagement » vis-à-vis de la cible des 0,7 % [46]. Le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan a également exhorté les pays développés à « s’engager à porter, pour 2015, le niveau de leurs dépenses en faveur de l’aide publique au développement à 0,7 % de leur produit national brut » [47].
 
La cible de 0,7 % a-t-elle du sens ? En a-t-elle jamais eu ?
 
 
Malgré sa longévité et son apparente simplicité, la cible de 0,7 % fixée pour l’aide n’a plus aucun sens aujourd’hui en tant qu’étalon déterminant le niveau des ressources que les pays riches devraient consacrer à aider les pays pauvres. Il y a à cela trois raisons essentielles : le monde a radicalement changé depuis que cette cible a été initialement définie ; la méthode utilisée pour arriver à cette cible n’est plus considérée comme crédible ; et la soi-disant détermination de la taille des flux d’aide destinés aux pays pauvres, basée sur la taille des économies riches, est considérée comme une inversion de raisonnement.
Injecter les chiffres d’aujourd’hui dans le modèle utilisé naguère pour calculer la cible initiale
Les modèles académiques de croissance des années 1950 utilisaient les conditions mondiales du moment – les niveaux de revenu, les taux d’épargne et les flux mondiaux de capitaux – pour estimer le « gap de financement » total à combler par l’aide internationale pour permettre aux pays pauvres d’atteindre un taux désirable de croissance économique. Sans préjuger à ce stade de la validité de cette approche (un point qui sera traité plus tard), il est bien évident que ces conditions ont radicalement changé au cours du demi-siècle passé.
La figure 1 montre ce qui se passe lorsque, pour estimer le besoin de capital, on se sert de la même méthode que celle utilisée dans les années 1960 et qu’on l’applique aux chiffres d’aujourd’hui. Nous avons utilisé une cible de croissance du PIB de 6 % (celle fixée par les Nations unies pour la Deuxième décennie du développement) en ne considérant que les cinquante-huit pays les plus pauvres (classés comme « à faible revenu » par la Banque mondiale) [48], et en prenant pour hypothèse que 3,50 dollars EU de capital investi produisent un résultat de 1 dollar EU en termes de PIB (les chercheurs des années 1960 utilisaient 3 ou 4 dollars EU). Au début des années 1960 – nous prendrons ici 1963 comme année de référence –, le PIB total de ces pays était de 98,5 milliards de dollars en dollars de l’époque (1963) [49]. Si chaque dollar de PIB nécessite 3,50 dollars de capital, une croissance de 6 % aurait donc nécessité 98,5 milliards de dollars x 3,5 x 0,06 = 20,6 milliards de dollars d’investissement. En 1963, l’épargne brute intérieure de ces pays atteignait 13,1 % du PIB, soit 12,9 milliards de dollars. Dans ce cadre simpliste, cela signifie que le besoin de capital extérieur devait être de 7,8 milliards de dollars (obtenus en retranchant des 20,6 milliards de dollars d’épargne nécessaires les 12,9 milliards de dollars effectivement épargnés par les pays en développement). En 1963, le PIB total des pays de l’OCDE à haut revenu était de 1,23 trillions de dollars et le « besoin » en capital des pays à faible revenu représentait donc, dans les années 1960, 0,64 % du PIB des pays riches. L’application de ce même raisonnement à l’ensemble des pays en développement, y compris les pays à revenu intermédiaire, débouche sur un chiffre d’environ 1 % pour le début des années 1960 (cf. tableau 1). Ce résultat est donc parfaitement cohérent avec les estimations initiales qui ont conduit à la définition actuelle de la cible.
Figure 1
Pays à faible revenu uniquement
IMGIMGPays à faible revenu uniquementIMGIMF
Source : Michael A. Clemens et Todd J. Moss.
Figure 2
Pays à faible revenu et à revenu intermédiaire
IMGIMGPays à faible revenu et à revenu intermédiaireIMGIMF
Source : Michael A. Clemens et Todd J. Moss.
Remarque : En utilisant la technique employée pour calculer la cible initiale de l’aide, nous arrivons à un besoin de capital dans les pays en voie de développement qui est inférieur aux flux actuels.
Pendant les quatre décennies suivantes, toutes ces conditions ont changé. Tout d’abord, l’épargne intérieure brute dans les pays à faible revenu a augmenté pour atteindre 20,3 % en 2003. Pour les pays en développement dans leur ensemble, elle est passée d’environ 18 % à 28 %. Deuxièmement, les pays riches sont devenus « plus riches » – leur PIB collectif en termes réels a été multiplié par 3,7 entre 1960 et 2003 [50]. Aujourd’hui, même les pays les plus pauvres disposent de plus de capitaux intérieurs qu’ils n’en avaient en 1960. Dans ces conditions, l’aide extérieure nécessaire pour combler le gap entre le capital intérieur et tout « besoin » de capital de ces pays représente une fraction plus faible des biens des pays riches, qui ont eux-mêmes considérablement augmenté. C’est pourquoi, en 2003, le « gap de financement » des pays à faible revenu ne correspondait plus qu’à 0,03 % du revenu total des pays riches – bien moins que les flux de capitaux nets (tant publics que privés) effectivement consacrés aux pays à faible revenu cette année-là [51]. Suivant cette méthode un peu étrange, le « besoin » total de capital des pays en développement est négatif. Le tableau 1 résume ce calcul. En d’autres termes, si on utilisait aujourd’hui les mêmes techniques que celles utilisées pour arriver à la cible de 1 % en matière de capitaux, et par conséquent à la cible de 0,7 % pour l’aide, nous arriverions à la conclusion que cette cible a été atteinte il y a déjà plusieurs années. Nous relevons ce fait, non pour prétendre que les flux actuels de capitaux sont suffisants, mais pour mettre en évidence la vacuité de la méthode utilisée et, par conséquent, de la cible elle-même. Dans l’annexe, nous montrons que cette conclusion résiste à une série raisonnable d’hypothèses.

Tableau 1
Insertion des chiffres actuels dans le modèle utilisé pour définir la cible d’aide initiale [52], [53], [54], [55], [56], [57]
IMGIMG	Faible revenu uniquement 	Revenu fa...IMGIMF
Faible revenu uniquement Revenu faible et intermédiaire 1963 2003 1963 2003 Données réelles 52 PIB, trillion de dollars actuels 0,098 1,103 0,407 7,125 PIB des pays de l’OCDE à haut revenu, trillion de dollars actuels 1,226 28,370 1,226 28,370 Épargne intérieure brute, % du PIB 13,1 % 20,3 % 17,8 % 28,0 % Aide, en fraction des flux de capitaux 53 0,75 0,36 0,75 0,08 Flux de capitaux nets totaux, % du PIB des pays riches 54 0,1–0,2 % 0,17 % 0,83 % 0,81 % Première approche Coefficient de capital présumé 3,5 3,5 3,5 3,5 Croissance présumée 6% 6% 6% 6 % →Besoin de capital, % du PIB des pays riches 55 0,64 % 0,03 % 1,07 % –1,76 % Fraction constante du capital consacrée à l’aide →Besoin d’aide, % du PIB des pays riches 56 0,48 % 0,01 % 0,80 % –0,14 % Seconde approche 0,7 % du PIB des pays riches consacrée à l’aide Flux d’aide totaux impliqués 8,6 198,6 8,6 198,6 →Croissance annuelle du PIB impliquée 57 6,2 % 10,9 % 5,7 % 8,8 % Source : Michael A. Clemens et Todd J. Moss.

Les pays à « faible revenu » sont les 61 pays repris par la Banque mondiale comme ayant, en 2003, un RNB par habitant inférieur à 765 dollars EU. Les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire sont les 154 pays ayant, en 2003, un RNB par habitant inférieur à 9 385 dollars EU. Les données sur l’épargne intérieure brute et le PIB proviennent des Indicateurs pour le développement 2005 de la Banque mondiale, et le total des flux nets de ressources provient du Global Development Finance 2005. Le total des flux nets de ressources est égal à la somme des flux nets de ressources sur la dette à long terme (à l’exclusion du FMI), plus les investissements directs étrangers nets, les flux des portefeuilles de participation et les dons officiels (à l’exclusion de la coopération technique). Les flux nets (ou prêts nets, ou décaissements nets) sont égaux aux décaissements moins les remboursements du principal.
Le tableau 1 conduit l’exercice une étape plus loin. La CNUCED et la Commission Pearson sont passées d’une cible des Nations unies de 1 % pour les capitaux à une cible de 0,7 % pour l’aide, en prenant pour hypothèse que – comme c’était le cas au début des années 1960 – l’aide publique continuerait à représenter entre deux tiers et trois quarts de tous les flux de capitaux destinés aux pays en développement. Aux alentour de 1970, cette hypothèse n’était pas déraisonnable à court terme. Cependant, les chiffres récents montrent que la part des flux de capitaux privés a considérablement changé. Entre 1998 et 2002, les flux bruts de capitaux privés représentaient en moyenne 48 % du PIB des pays à faible revenu, contre 2,7 % pour l’aide publique [58]. Alors qu’en 1960 les capitaux privés ne constituaient qu’un tiers des flux de capitaux destinés aux pays les plus pauvres, aujourd’hui c’est l’aide publique qui n’en représente plus qu’un tiers. Par conséquent, pour déterminer une cible pour l’aide correspondant aux conditions actuelles en utilisant la même méthode que la CNUCED et la Commission Pearson, nous devrions prendre le chiffre repris dans la figure 1 pour le besoin total de capital des pays à faible revenu – 0,03 % du PIB des pays riches – et le diviser environ par trois. La « cible pour l’aide » résultante est de 0,01 % du PIB des pays donateurs à consacrer aux pays à faible revenu, et correspond à des flux d’aide négatifs destinés aux pays en développement dans leur ensemble. À nouveau, nous ne prétendons en aucun cas qu’il s’agit là du montant « adéquat » de l’aide mais seulement que cela montre la sottise d’un engagement irréfléchi en faveur de la cible d’aide de 0,7 %, qui a été calculée de façon pratiquement identique il y a de cela quatre décennies.
La seconde approche du tableau 1 part d’une hypothèse inverse de celle exposée ci-dessus. Nous avons, d’une part, considéré comme adéquat le modèle utilisé pour calculer la cible originale pour l’aide, et d’autre part, que la croissance des pays pauvres dépend de la façon dont l’aide extérieure arrive à combler l’écart de capital. Suivant une telle hypothèse, quelle serait la croissance des pays pauvres si 0,7 % du PIB des pays riches étaient consacrés à l’aide ? Ces 0,7 % se traduisent en 8,6 milliards de dollars de 1963, ce qui, ramené à des dollars de 2003, se monterait à près de 200 milliards de dollars. En 1963, le modèle suggérait qu’une aide de 8,6 milliards de dollars, ajoutée à la faible épargne intérieure, engendrerait une croissance du PIB de l’ordre de 6 % dans les pays en développement. Ce taux était d’ailleurs plausible : au cours des années 1960, la croissance du PIB a atteint 5,0 % dans l’ensemble des pays en développement, et 4,2 % dans les pays à faible revenu [59].
Mais, si on prend le taux d’épargne intérieure, aujourd’hui plus élevé dans les pays pauvres – tout en continuant à supposer que 3,50 dollars d’investissement produisent une augmentation du PIB de 1 dollar –, on constate que 200 milliards de dollars par an affectés à l’aide aux pays à faible revenu devraient se traduire par une augmentation annuelle de 11 % du PIB total de ces derniers. Dans les faits, cependant, pas un seul des 154 pays à faible ou moyen revenu repris dans la banque de données de la Banque mondiale n’a atteint une telle croissance moyenne du PIB entre 1980 et 2003. (Le pays dont la croissance se rapprochait le plus de ce résultat était la Chine avec 9,52 %, suivie du Botswana avec 7,6 % et du Bhoutan avec 6,9 %.) Le modèle suggère de même que ces mêmes 200 milliards de dollars EU destinés à l’ensemble des pays en développement, y compris ceux à revenu intermédiaire, devraient générer une croissance du PIB collectif de 8,8 %. En réalité, le PIB moyen des pays en développement a augmenté de 2,7 % au cours de cette période. Nous ne prétendons pas ici qu’une telle croissance pourrait se produire. Nous tenons simplement à souligner le manque de pertinence par rapport à la situation d’aujourd’hui d’un modèle fondé sur des hypothèses impliquant que les flux d’aide pourraient à eux seuls entraîner, dans l’ensemble du monde en développement, des taux de croissance comparables à ceux de la Chine, voire meilleurs.
Problèmes soulevés par le modèle du gap de financement
Le problème fondamental est que le modèle décrit ci-dessus, même s’il convenait aux objectifs originels de Harrod et Domar, ne fournit en aucun cas un portrait efficace du processus du développement économique à long terme. Le concept même de « l’écart de financement » est problématique et a, depuis des décennies, perdu toute crédibilité auprès de l’intelligentsia de l’économie du développement. Une quelconque version du modèle de Harrod et Domar ou du « two-gap » qui lui est associé (modèle impliquant deux écarts : écart de l’épargne et écart des devises), n’en est pas moins couramment utilisée par les agences d’aide comme technique de calcul approximatif du montant de l’aide qui est nécessaire pour atteindre des cibles de croissance données. Ces estimations partent de la différence entre la croissance actuelle et le taux de croissance désiré, c’est-à-dire de « l’écart de croissance ». L’approche utilise ensuite le coefficient de capital (baptisé ICOR, pour incremental capital-output ratio, égal au taux de croissance du stock de capital divisé par le taux de croissance de la production) pour calculer le niveau d’investissement nécessaire pour atteindre un niveau de croissance donné (dans l’exemple donné plus haut, nous utilisions un ICOR de 3,5). De ce niveau d’investissement est ensuite soustrait l’épargne nationale afin de déterminer l’écart de financement, c’est-à-dire le montant de l’aide extérieure requise. Le problème est que, dans la pratique, le modèle de l’écart de financement ne marche pas. L’économiste Bill Easterly démontre que, dans les pays en développement, la chaîne reliant l’aide à l’investissement et à la croissance souffrant de différentes faiblesses [60], une augmentation de l’aide ne va pas nécessairement se traduire par un niveau plus élevé d’investissement (en fait Easterly constate que le résultat pourrait même être, en moyenne, inverse). Il montre également que la relation entre l’investissement et la croissance est beaucoup plus compliquée que ne le laisse supposer le modèle du gap de financement. En effet, si le modèle du gap de financement avait fonctionné comme prévu au cours de la période de 1960 à 1994, Easterly calcule que le revenu par habitant de la Zambie aurait dû être de 20 000 dollars, soit 33 fois le chiffre actuel d’environ 600 dollars [61]. En dépit du fait que l’approche basée sur l’écart de financement « n’est corroborée par aucune vérification théorique ni aucun test empirique » [62], elle continue d’influencer aujourd’hui la valorisation et la justification des cibles de l’aide.
Calcul du niveau « adéquat » d’aide à partir du donateur et non du bénéficiaire
Finalement, malgré ses imperfections et l’obsolescence de ses hypothèses, cette méthode a au moins le mérite de prendre comme point de départ les pays bénéficiaires. Ce qui n’est pas le cas de la cible de 0,7 % qui prend pour acquis que le baromètre adéquat du niveau d’aide repose sur une fraction statique de l’économie des pays riches. Quel sens le calcul des besoins d’un groupe de pays peut-il bien avoir s’il est basé sur un indicateur (presque entièrement) dénué de rapport avec la question et appliqué à un ensemble complètement différent de pays ? Plus précisément, pourquoi vouloir déterminer le niveau « adéquat » de l’aide destinée aux pays pauvres en se basant sur la taille des économies riches ? Déterminé sur la base de ses besoins, d’une estimation de son écart de financement ou d’une quelconque autre mesure, le montant de l’aide dont a réellement besoin un pays pauvre n’a probablement rien à voir avec une économie complètement différente, peut-être située de l’autre côté de la planète et avec laquelle ce pays pauvre pourrait n’avoir que très peu de liens directs.
Si nous prenons un pays particulier, disons le Ghana, et essayons de déterminer quel serait le niveau d’aide adéquat et désirable à lui apporter, il serait logique de commencer par s’interroger sur les conditions qui prévalent dans le pays. Les questions importantes à se poser seraient : quels sont les besoins en matière de développement du Ghana ? Où y a-t-il pénurie de capital ? Quelles interventions peuvent-elles raisonnablement être financées de l’extérieur ? Quels seraient les effets de ces interventions sur les institutions, les politiques et la technologie ghanéennes ? Cela ne ferait, par contre, pas progresser l’analyse de se demander quelle est la taille de l’économie française. La « capacité de payer » pour une certaine politique n’est jamais qu’un des critères que les pays riches appliquent à la dépense intérieure de leurs fonds publics, alors que les effets de cette politique ont pour eux une importance vitale. Il devrait en être de même dans les débats sur les dépenses internationales.
De récentes tentatives de calcul du « besoin » total d’aide à l’échelle mondiale n’ont marqué aucun progrès par rapport à l’inversion du raisonnement commise par les techniques utilisées pour calculer la cible de 0,7 % au cours des années 1960. On donne très souvent, par exemple, une estimation de l’ordre de 50 milliards de dollars pour l’aide additionnelle nécessaire à la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Ce chiffre est largement basé sur deux études : l’une de la Commission Zedillo, et l’autre de Shanta Devarajan et de ses collègues de la Banque mondiale [63]. Dans l’étude de la Commission Zedillo, l’estimation du capital nécessaire pour entraîner une croissance capable de réduire de moitié la pauvreté au cours des vingt-cinq prochaines années – le premier des OMD – est essentiellement basée sur une étude de la CNUCED qui utilise un modèle mécanique d’écart de financement [64]. L’hypothèse de cette étude de la CNUCED est que, si les flux de capitaux sont d’une manière ou d’une autre suffisants pour élever le niveau de l’investissement à 22 % du PIB en Afrique sub-saharienne, la croissance du PIB réel dans la région atteindra nécessairement 6 % par an. Malheureusement, il n’existe aucune preuve empirique qui justifie les hypothèses des modèles de ce type, qui présument que : (a) toutes les aides se transforment en investissement, et (b) que tous les investissements se transforment en croissance. Il y a des preuves évidentes que la médiocre performance de l’Afrique en matière de croissance provient non d’un manque de capital mais de la faible productivité du capital [65]. Ce modèle estime à, approximativement, 10 milliards de dollars le « besoin » de capital de l’Afrique, et le rapport Zedillo multiplie tout simplement ce montant par deux pour prendre en compte les autres régions en développement. Quant aux autres OMD, le rapport s’en lave les mains : « il est clair que l’état actuel de nos connaissances est insuffisant pour pouvoir donner de façon convaincante une idée du coût, même approximatif, de la réalisation des objectifs de développement humain » [66]. L’étude avance néanmoins le chiffre de 30 milliards de dollars pour le reste des objectifs, soit un total de 50 milliards de dollars, et utilise ce chiffre final dans l’ensemble de son rapport.
L’étude de Devarajan et al. utilise deux techniques pour déterminer sa cible d’aide. La première est un modèle très simple de « gap de financement », très semblable à celui utilisé dans l’étude de la CNUCED. La seconde tente de calculer le coût de la réalisation des objectifs d’éducation et de santé en prenant pour hypothèse que, si le niveau des dépenses consenties pour la population actuellement desservie était augmenté jusqu’aux montants requis pour satisfaire les besoins d’une population beaucoup plus vaste, on pourrait effectivement assurer une prestation universelle des services aux populations cibles. Les auteurs notent qu’une telle analyse se heurte en permanence à « des preuves faibles et parfois contradictoires de l’existence d’une relation entre dépenses publiques [et résultats] ; des difficultés à séparer les rôles complémentaires de l’offre et de la demande [de services] ; et la mauvaise qualité des données ». Ils concluent en soulignant que « [leurs] estimations sont extrêmement grossières et basées sur un ensemble d’hypothèses très audacieuses dont plusieurs pourraient s’avérer erronées dans l’avenir [… ;] nous ne pouvons assez souligner le fait que l’aide financière n’est qu’un seul des facteurs requis pour atteindre ces objectifs » [67]. En dépit de la confiance accordée au modèle imparfait du gap de financement à la fois par Zedillo et Devarajan et al. – et malgré les avertissements, souvent oubliés, de Devarajan et al. rappelant que leurs estimations étaient extrêmement grossières, pouvaient être contredites par l’histoire et que rien ne permettait de croire qu’elles permettraient, à elles seules, d’atteindre les objectifs du millénaire –, le chiffre de 50 milliards de dollars auquel ils sont parvenus, chacun de leur côté, a été largement cité en tant que nouveau « besoin » d’aide [68].
Ces nouvelles estimations n’apportent pas non plus de justification moderne au chiffre de 0,7 % attribué à la cible de l’aide, pour deux raisons. Premièrement, leur calcul utilise des techniques imparfaites, remarquablement semblables à celles utilisées au début des années 1960. Deuxièmement, à supposer qu’elles soient correctes, ces estimations porteraient le besoin total d’aide, au niveau mondial, à 110 milliards de dollars – résultant d’un ajout de 50 milliards de dollars – qui ne représenteraient que 0,35 % du PIB des pays OCDE à haut revenu. En d’autres termes, ces nouvelles estimations démontrent que la cible de 0,7 % surestime de 100 % les besoins en matière d’aide au développement.
Le Millenium Project fournit une estimation récente qui prend comme point de départ les « besoins » des bénéficiaires et ajoute les coûts [69]. En supposant qu’on accepte sa méthodologie et sa longue liste d’interventions recommandées (dont plusieurs sont problématiques), il arrive à un besoin total d’aide de seulement 0,54 % du RNI des pays riches. Ce qui, à nouveau, tend à souligner que même les estimations les plus ambitieuses suggèrent que le chiffre de 0,7 % est largement surestimé.
Notre scepticisme envers la cible de 0,7 % ne veut pas dire que déterminer un budget de l’aide en fonction de la situation économique du bailleur de fonds soit un exercice absolument futile. Le ratio APD/RNB est un indicateur équitable mesurant la part de budget qu’un pays consacre à l’aide par rapport à ses autres priorités de dépense. Il pourrait raisonnablement être considéré comme une mesure relative de la « générosité » d’un pays à l’égard du développement international. Cependant, il ne nous dit rien à propos de la valeur absolue « adéquate » des flux destinés à un ensemble spécifique de pays.
 
La cible en tant qu’instrument de lobbying
 
 
Toute la question est là. Presque dès le départ, l’intention sous-tendant la cible de 0,7 % a été d’en faire un outil destiné à encourager les gouvernements des pays riches à augmenter leur budget d’aide. L’idée n’a jamais été d’en faire « la cible » pour le niveau adéquat d’APD. Son histoire montre qu’elle est un chiffre arbitraire, basé sur une série d’hypothèses dépassées, injectées dans un modèle de qualité douteuse utilisant de mauvais paramètres. Sur le plan analytique, le chiffre de 0,7 % ne peut donc être considéré comme le montant « adéquat » de l’aide parce qu’une telle chose est impossible.
Dans ces conditions, que dire de son intérêt en tant qu’instrument destiné à inciter les gouvernements à augmenter leur budget d’aide ? Même si cette cible est une pure fiction, si elle permet de réaliser l’intention initiale de ses créateurs, ne serait-elle pas justifiée ? Peut-être, mais les tendances actuelles ne viennent pas non plus à l’appui de cette thèse. En fait, parmi les principaux bailleurs de fonds, environ la moitié a vu son ratio APD/RNB augmenter entre 1970 et 2004, tandis que l’autre moitié l’a vu décliner. La figure 2 montre l’évolution de ce ratio pour les cinq pays, petits pour la plupart, qui ont fait en sorte d’atteindre le seuil de 0,7 %. On pourrait arguer du fait que les différentes déclarations faites au cours des années 1960 ont aidé ces pays à justifier l’augmentation de leur aide, bien qu’il soit difficile de discerner un redressement notable à partir de la publication du rapport de la Commission Pearson en 1970. La figure 3 montre les tendances de cinq des plus importants bailleurs de fonds de taille moyenne. À l’exception de la France, qui affiche un déclin important au cours de la Première décennie, la tendance générale reste plus ou moins inchangée. À nouveau, il est extrêmement difficile d’identifier un changement significatif à partir de la publication du rapport Pearson de 1970. La figure 4 est peut-être la plus parlante dans la mesure où elle montre la tendance des trois bailleurs de fonds bilatéraux les plus importants sur lesquels les Nations unies et la Commission Pearson espéraient avoir le plus d’influence. Malheureusement, ceux-ci non plus ne semblent pas avoir réussi à produire des ratios APD/RNB plus élevés. Il est concevable que les flux d’aide actuels auraient été plus faibles sans la cible de 0,7 % mais, pour être prouvée, cette assertion requiert une démonstration contrefactuelle impossible à réaliser. Notre analyse suggère qu’il est peu probable qu’elle se serait vérifiée.
Figure 3
APD/RNB pour le « G 0,7 », 1960-2004
IMGIMGAPD/RNB pour le « G 0,7 », 1960-2004IMGIMF
Source : OCDE.
Figure 4
APD/RNB pour un ensemble choisi de bailleurs de fonds de taille moyenne, 1960-2004
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Source : OCDE.
Figure 5
APD/RNB pour les bailleurs de fonds bilatéraux les plus importants, 1960-2004
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Source : OCDE.
Finalement, il reste la question de l’utilisation d’une cible d’aide en tant que mesure du partage des obligations entre les bailleurs de fonds [70]. On pourrait avancer que l’utilisation d’un ratio du revenu national – quel qu’en soit le chiffre adéquat – maintient tous les bailleurs de fonds sur le même pied. Cependant, le concept du partage des obligations entre les bailleurs de fonds dépend du fait que tous les participants soient d’accord sur un objectif commun et une façon commune de le mesurer. Notre lecture des textes originaux révèle également que dans aucun des forums des Nations unies, aucun gouvernement ne s’est jamais engagé à véritablement atteindre la cible de 0,7 % – même s’il y a eu beaucoup de promesses de faire des efforts dans cette direction. Les administrations des États-Unis successives ont en fait explicitement évité de prendre un tel engagement, au moins en partie à cause du fait qu’elles ne partageaient pas cet objectif précis et voyaient le rôle joué par les États-Unis dans la promotion de la prospérité mondiale, essentiellement à travers le prisme de la sécurité, et accessoirement dans une perspective d’aide internationale [71].
 
Conclusions
 
 
Est-il vraiment mauvais de promouvoir des cibles irréalistes ? Pour qu’une cible d’aide internationale soit utile en tant que cible pratique, il faut qu’elle tienne compte des besoins et conditions des bénéficiaires mais aussi des priorités des processus politiques et budgétaires des bailleurs de fonds. Notre interprétation est que la cible de 0,7 % ne satisfait aucun de ces critères. Évaluer le besoin de financement du point de vue des bénéficiaires est extrêmement difficile. La Commission Zedillo avait averti que chiffrer ce besoin, même de façon très approximative, était probablement impossible. En fait, le chiffre de 0,7 % ne nous apprend absolument rien sur les besoins financiers réels des pays pauvres. Forcer 0,7 % à devenir, pour les budgets d’aide, une cible fonctionnelle applicable à l’ensemble des bailleurs de fonds – comme il semble que les Nations unies, les activistes de l’aide et même certains gouvernements ont commencé à le croire – revient à donner à cette cible une vie et un objectif qui n’ont jamais été conçus comme tels. Cela n’a aujourd’hui plus aucun sens, si cela en a jamais eu.
Peut-être encore plus important, une cible déconnectée des réalités politiques pourrait en fait être contre-productive en tant qu’instrument de lobbying. De nombreuses ONG et partisans de l’aide au développement considèrent que la cible de 0,7 % est un bon moyen d’exhorter leurs propres gouvernements à dynamiser leurs dépenses en faveur de l’aide au développement. Dans cette dynamique politique, il n’est pas évident que cette cible ait atteint ses objectifs, même s’il est possible qu’elle ait rencontré un certain succès en Europe du Nord.
La cible de 0,7 % visait, presque depuis ses débuts, les États-Unis d’Amérique. L’administration Nixon, même au moment où elle envisageait une refonte majeure de son programme d’aide internationale, avait estimé qu’accepter cette cible pourrait empoisonner ses relations avec le véritable maître du budget, le Congrès des États-Unis. Ceci s’avère encore plus vrai aujourd’hui qu’il y a 35 ans. Une cible statique mondiale basée sur les revenus des pays riches peut fonctionner en Europe et apporter une motivation politique à l’augmentation du budget de l’aide. Elle aura cependant l’effet inverse aux États-Unis où les administrations successives ont marqué, comme Kissinger l’a fait remarquer, une « aversion pour le ciblage ». La cible de 0,7 % est non seulement imparfaite sur le plan conceptuel et inapplicable, mais son utilisation continuelle pour faire honte aux États-Unis et les forcer à presque quintupler leur budget d’aide pourrait très bien nuire à son objectif initial.
 
Annexe
 
 
Variantes avec modification des hypothèses
Nous allons tester ici la sensibilité des résultats du tableau 1 par rapport à différentes hypothèses de coefficient de capital et de croissance voulue pour les pays bénéficiaires.

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Faible revenu uniquement Revenu faible et intermédiaire 1963 2003 1963 2003 Coefficient de capital présumé 2 2 2 2 Croissance présumée 6% 6% 6% 6% →Besoin de capital, % du PIB des pays riches -0,08% -0,32% -1,92% -4,02% →Besoin d’aide, % du PIB des pays riches -0,06% -0,12% -1,44% -0,32% Coefficient de capital présumé 3 3 3 3 Croissance présumée 6% 6% 6% 6% →Besoin de capital, % du PIB des pays riches 0,40 % -0,09 % 0,07 % -2,51 % →Besoin d’aide, % du PIB des pays riches 0,30 % -0,03 % 0,05 % -0,20 % Coefficient de capital présumé 4 4 4 4 Croissance présumée 6% 6% 6% 6% →Besoin de capital, % du PIB des pays riches 0,88 % 0,14 % 2,06 % -1,00 % →Besoin d’aide, % du PIB des pays riches 0,66 % 0,05 % 1,55 % -0,08 % Coefficient de capital présumé 3,5 3,5 3,5 3,5 Croissance présumée 5% 5% 5% 5% →Besoin de capital, % du PIB des pays riches 0,36 % -0,11 % -0,10 % -2,64 % →Besoin d’aide, % du PIB des pays riches 0,27 % -0,04 % -0,07 % -0,21 % Source : Michael A. Clemens et Todd J. Moss.

Dans les travaux qu’il a réalisés au cours des années 1960, Chenery a trouvé une valeur médiane du coefficient de capital de 3,52 (Hollis B. Chenery et Alan M. Strout [1966]. « Foreign Assistance and Economic Development », American Economic Review 56 [4] : 679-733, p. 684), bien que cet ICOR ait plus ou moins varié dans un intervalle de 3 à 4, selon les pays de son échantillon. D’autres études datant de la même époque (par exemple, P.N. Rosenstein-Rodan [1961], « International Aid for underdeveloped Countries », Review of Economics and Statistics 43 [2] : 107-138) ont utilisé un coefficient de capital de 3. Certaines des recherches contemporaines estiment qu’au cours des années 1990, le coefficient de capital devrait être plus proche de 2 dans de nombreux pays en développement. Nous incluons donc cette hypothèse.
Nous avons inclus, ci-dessous, une cible de croissance de 5 % du PIB, qui est celle apparaissant explicitement dans la déclaration de la Première décennie du développement des Nations unies de 1960 (résolution de l’Assemblée générale 1710 [XVI], 19 décembre 1961).
 
NOTES
 
[1]Michael Clemens (mclemens@ cgdev. org) et Todd Moss (tmoss@ cgdev. org) sont chargés de recherche au Center for Global Development. Les auteurs tiennent à remercier Ernest Stern, C. Fred Bergsten et Sartaj Aziz pour les informations sur la Commission Pearson, Scott Standley pour son assistance dans les recherches, et Nancy Birdsall, Kemal Dervis, Charles Kenny, Carol Lancaster et David Roodman pour leurs commentaires sur une version antérieure de ce document, publiée en anglais sous le titre “Ghost of 0.7%: Origins and Relevance of the International Aid Target” (CGDEV, Working Paper 68). Tous les jugements, opinions et erreurs éventuellement commises resteraient ceux des seuls auteurs.
[2]Plusieurs des ratios utilisés dans le passé utilisaient le PNB (équivalent au RNB) comme dénominateur. Par la suite, le PIB a été utilisé. Nous utilisons ces termes de façon interchangeable. En 2003, le RNB et le PIB dans les pays à hauts revenus de l’OCDE ne différaient que de 0,2 %.
[3]Darrill Hudson (1977), The World Council of Churches in International Affairs (Leighton Buzzard, UK: Faith Press for the Royal Institute of International Affairs), p. 172.
[4]Selon un rapport des Nations unies, le total des flux de capitaux publics et privés des pays développés vers les pays en développement se montait en moyenne à 2,6 milliards de dollars EU par an au cours de la période 1951 à 1955, et à 4,7 milliards de dollars EU par an de 1956 à 1959 (Proceeding of the United Nations Conference on Trade and Development, Genève, 23 mars-13 juin 1964, volume V, Financing and Invisibles : Institutional Arrangements, tableau 1-1, p. 6). Nous prenons pour hypothèse que le total se montait à environ 3,5 milliards de dollars EU en 1955. La croissance du PIB réel dans les pays à haut revenu de l’OCDE était en moyenne de 4,5 % entre 1955 et 1959 (Angus Maddison [2003], International Historical Statistics [Paris : OCDE]), et l’inflation était d’environ 2 % par an (US Bureau of Labor Statistics, ftp://ftp.gls.gov/pub/special.requests/cpi/cpiai.txt). Selon le CD-rom contenant les Indicateurs de développement dans le monde 2005, de la Banque mondiale, le RNB des pays à hauts revenus de l’OCDE en 1960 était de 972 milliards de dollars EU en dollars nominaux courants. En prenant pour hypothèse un taux de croissance réel de 4,5 % par an et une inflation de 2 %, le RNB pour les pays à hauts revenus de l’OCDE en 1955 serait d’environ 710 milliards de dollars EU. 3,5 milliards de dollars EU/710 milliards de dollars EU représente donc approximativement 0,5 %.
[5]Conseil mondial des Églises (1958), Minutes and Reports of the Eleventh Meeting of the Central Committee of the World Council of Churches : Nyborg Strand, Denmark, 21-29 août 1958 (Genève: Conseil mondial des Églises), Annexe XIV, p. 124-125.
[6]Proceeding of the United Nations Conference on Trade and Development, Second Session, New Delhi, 1er février – 29 mars 1968, Volume IV, Problems and Policies of Financing, tableau 8, p. 26.
[7]Résolution 1522 de l’Assemblée générale des Nations unies, 15 décembre 1960. Cette résolution a été réaffirmée dans des termes similaires dans la résolution 1711 de l’Assemblée générale du 19 décembre 1961.
[8]Le sous-secrétaire d’État aux Affaires économiques et agricoles, George Ball, et le secrétaire d’État, Dean Rusk, ont discuté une cible de 1 % du PIB. Selon un mémorandum de la Maison-Blanche daté du 17 mars 1961, « M. Ball a examiné la problématique d’un partage des obligations et a indiqué que, selon lui, les Allemands pourraient accepter 1 % du PNB. Ceci paraissait satisfaisant à M. Rusk ». Source : Département d’État des États-Unis, FRUS, 1961-1963, Volume IX : Foreign Economic Policy, Office of the Historian, Document No. 97, http:// dosfan. lib. uic. edu/ ERC/ frus/ frus61-63ix/ 06_Section_6. html, accessed June 30, 2005. Plus tard, ce même 17 mars 1961, James C. Lobenstine du Département d’État des États-Unis préparait un télégramme circulaire qui devait être transmis aux missions diplomatiques des États-Unis à Bonn, Bruxelles, La Haye, Lisbonne, Londres, Ottawa, Paris, Rome, Berne, Dublin, Madrid, Stockholm, Tokyo et Vienne. Ce télégramme circulaire était approuvé par George Ball. Il discute les préparatifs de la réunion du 27 au 29 mars du Groupe d’assistance au développement de l’OCDE (DAG), la première réunion de ce groupe depuis que les États-Unis étaient devenus membres de l’OCDE. La section (c) (2) du télégramme dit : « Il est indispensable d’avoir un effort conjoint de plus grande envergure et à long terme pour pouvoir satisfaire les besoins des pays en développement. À cette fin, nous pouvons peut-être fixer comme cible collective une somme d’1 % de nos revenus cumulés ». (Source : Département d’État des États-Unis, FRUS, 1961-1963, Volume IX : Foreign Economic Policy, Office of the Historian, Document No. 98. http:// dosfan. lib. uic. ecu/ ERC/ frus/ frus61-63ix/ 06_Section_6. html, accessed June 30, 2005.
[9]P.N. Rosenstein-Rodan (1961), “International aid for undeveloped countries”, Review of Economics and Statistics 43 (2): 107-138, Hollis B. Chenery and Alan M. Strout (1966), “Foreign Assistance and Economic Development”, American Economic Review 56 (4): 679-733.
[10]Inter alia Evsey D. Domar (1946), “Capital expansion, rate of growth, and employment”, Econometrica 14 (2): 137-147.
[11]W.W. Rostow (1956), “The take-off into self-sustained growth”, Economic Journal 66 (261): 25-48. W.W. Rostow (1959), “The stages of economic growth” Economic History Review 12 (1): 1-16.
[12]Chenery and Strout, op. cit. p. 722.
[13]Résolution 1710 (XVI) de l’Assemblée générale des Nations unies, 19 décembre 1961.
[14]Par exemple, l’estimation de Rosenstein-Rodan est citée en p. 15, note de bas de p. 10, dans UNCTAD proceedings at Geneva 1964, Vol. V, op. cit.
[15]RNB, dollars EU courants. Banque mondiale (2005), CD-Rom Indicateurs de développement dans le monde 2005, (Washington, DC : Banque mondiale).
[16]UNCTAD proceedings at Geneva 1964, Vol. V, op. cit., p. 15.
[17]Proceedings of the United Nations Conference on Trade and Development, Geneva, 23, March 16 June 1964, Volume I, Final Act and Report, Annex A.IV.2, Section III.4, p. 44.
[18]Ibid., Annex A.IV.2, Section III.5, p. 44.
[19]UNCTAD proceedings at New Delhi 1968, Vol. IV, op. cit., “Growth and external development finance: study by the secretariat of UNCTAD”, TD/7/Supp.1, p. 13.
[20]Ibid., “Growth, development financing, and aid: issues and proposals. Study by the UNCTAD secretariat”, TD/7, p. 3-4.
[21]Ibid., paragraphe 9, p. 2.
[22]Proceedings of the United Nations Conference on Trade and Development, Second Session, New Delhi, 1 February–29 March 1968, Volume I, Report and Annexes, Agenda item 12, Section 27 (II), paragraph 7, p. 39. Dated March 28, 1968.
[23]Les membres de la commission, en plus de Pearson, comprenaient Sir Edward Boyle (Royaume-Uni), Roberto de Oliviera Campos (Brésil), C. Douglas Dillon (États-Unis), Wilfried Guth (Allemagne), W. Arthur Lewis (Jamaïque), Robert Marjolin (France) et Saburo Okita (Japon).
[24]Communication personnelle avec les auteurs, juillet 2005. M. Stern devait devenir par la suite Senior Vice-President de la Banque mondiale.
[25]Sur base d’interviews avec des membres de la commission. Voir “Minutes of the Meeting of the Peterson Task Force, 16 octobre 1969” pour confirmation de ce point de vue par Douglas Dillon, membre de la Commission Pearson.
[26]Lester B. Pearson and others (1969), Partners in Development: Report of the Commission on International Development (New York: Praeger Publishers), p. 148-149.
[27]Résolution de l’Assemblée générale des Nations unies 2626 (XXV), paragraphe 43, 19 novembre 1970.
[28]Résolution de l’Assemblée générale des Nations unies A/RES/35/56, paragraphes 20 et 24, 5 décembre 1980.
[29]Résolution de l’Assemblée générale des Nations unies A/RES/45/199, paragraphes 17 et 40, 21 décembre 1990.
[30]Documents des Nations unies A/CONF.151/26/REV.1 ; A/CONF.166/9 et A/CONF.199/20.
[31]UN document A/CONF.198/11.
[32]Compte rendu de la première réunion de la task force Peterson, 24 septembre 1969, p. 3.
[33]L’administration avait préparé une nouvelle loi portant sur l’aide étrangère basée sur les recommandations de la task force Peterson, mais cette loi n’a jamais été votée étant donné que l’attention du Congrès s’était déplacée vers l’Asie du Sud-Est suite à l’invasion du Cambodge par les États-Unis.
[34]Communication personnelle avec les auteurs, juillet 2005. Bergsten faisait partie de la NSC de 1969 à 1971, et du Département du Trésor des États-Unis de 1977 à 1981.
[35]Mémorandum du président du Conseil national de sécurité et du Comité des sous-secrétaires au président Nixon, Washington, 25 mars 1970.
[36]Mémorandum sur la décision sur la sécurité nationale 76, Washington, 10 août 1970 (signé par Henry Kissinger).
[37]Mémorandum pour Action de l’assistant aux affaires de sécurité nationale du président Nixon, Washington, non daté (joint au mémorandum du 5 octobre 1970).
[38]Mémorandum du 28 mai de Bergsten à Kissinger, cité dans la note de la rédaction de Foreign Relations, 1969-1976, Volume IV, Foreign Assistance, International Development, Trade Policies, 1967-1972. Département d’État des États-Unis, Office of the Historian (2002).
[39]Conseil de l’Union européenne (2005), Communiqué de presse 8817/05 (Presse 112), 2660e réunion du Conseil, Bruxelles, 23 et 24 mai 2005, p. 22. http:// ue. eu. int/ ueDocs/ cms_Data/ docs/ pressData/ en/ gena/ 85008. pdf, du 1er juillet 2005.
[40]Inter-Press service (2005), « Development: EU to increase aid », 24 mai.
[41]Eveline Herfkens (2002), « Speaking points », United Nations Financing for Development Conference, Monterrey, Mexico, 22 mars 2002, http:// www. un. org/ ffd/ statements/ netherlandse. htm, du 1er juillet 2005.
[42]Recherche dans Lexis-Nexis Academic Universe database, recherche sur les termes « 0,7 % » et « développement » et « aide » sous forme de texte, catégorie « Nouvelles générales », Source : « Principaux journaux », période « année précédente », accédé le 1er juillet 2005.
[43]Oxfam (2005), “Global Anti-Poverty Coalition challenges EU heads of state to do more for the world’s poorest”, press release, June 15. http:// www. oxfam. org/ eng/ pr050615_eu_gcap. htm, accessed July 1, 2005.
[44]Emira Woods (2002), “Reflections on Monterrey”, Committee on Development Policy and Practice, InterAction. http:// www. interaction. org/ development/ reflections. html, accessed July 1, 2005.
[45]www. actionaid. org et www. bond. org. uk; voir également www. one. org. Peut-être symptomatique de leur éveil politique, la plupart des ONG américaines (en particulier celles basées à Washington, DC) qui militent pour une augmentation de l’aide évitent d’utiliser la cible de 0,7 % dans le cadre de leurs efforts.
[46]Inter alia James Wolfensohn (2004), “Statement at Africa Development Forum”, Addis Ababa, Ethiopia, October 15, 2004, www. worldbank. org/ news, accessed July 1, 2005.
[47]Kofi Annan, Statement to the UN General Assembly, New York, 21 March 2005 ; voir aussi http:// www. unmillenniumproject. org/ press/ 0_7. htm pour plus de références à la cible de 0,7%.
[48]La classe « à faible revenu » de la Banque mondiale comprend en fait soixante et un pays, mais les données pour la République démocratique de Corée, le Libéria et le Timor Leste sont insuffisantes.
[49]Chiffres tirés de la Banque mondiale (2005), CD Indicateurs du développement dans le monde 2005 (Washington, DC : Banque mondiale).
[50]Le tableau 1 montre le PIB nominal en dollars courants, non le PIB réel. Le PIB nominal des pays OCDE à haut revenu s’est multiplié par 23,1 entre 1963 et 2003.
[51]Tiré de Banque mondiale (2005), CD-ROM Global Development Finance 2005 (Washington, DC : Banque mondiale). Voir l’Annexe pour des résultats utilisant différentes hypothèses.
[52]Sauf notation de notre part, tous les chiffres sont tirés du CD Rom Indicateurs de développement dans le monde 2005 de la Banque mondiale et du CD Rom Global Development Finance 2005.
[53]Les chiffres de 2003 correspondent à « l’aide (% du RNB) » divisée par la somme de l’aide et « des flux bruts de capitaux privés (% du PIB) », tirés du CD Rom Indicateurs de développement dans le monde 2005. Le chiffre de 1963 est une estimation de la CNUCED.
[54]Total des flux nets de ressources. Le chiffre de 1963 pour les pays à faible revenu est estimé à partir de la figure 1. Le chiffre de 1963 pour les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire est tiré des actes de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, 2e session, New Delhi, 1er février au 29 mars 1968, volume IV, Problems and Policies of Financing, tableau 8, p. 26.
[55]Le besoin de capital est calculé par : F = Yl(kr – s)/Yh, où F est le flux de capital, Yl est le PBI agrégé des pays à faible revenu définis par la Banque mondiale, exprimé en dollars EU actuels, k est le coefficient de capital, r est le taux de croissance exprimé sous forme d’une fraction, s est l’épargne intérieure brute exprimée sous forme d’une fraction du PIB, et Yh est le PIB agrégé des pays à haut revenu de l’OCDE. Voir en annexe les résultats obtenus en appliquant les paramètres de différentes hypothèses.
[56]Part de l’hypothèse, comme c’est le cas dans l’analyse originale de la CNUCED, selon laquelle la fraction des besoins en capitaux constituant les besoins d’aide est égale à la fraction des flux actuels de capitaux destinés aux pays à faible revenu.
[57]En utilisant la même notation que dans la note ci-dessus, r = ((F/Yl) + s)/k. Le coefficient de capital présumé est de 3,5. Les présentes conclusions qualitatives sont robustes par rapport à des hypothèses alternatives de 3 ou 4, qui étaient la norme dans les analyses des années 1960.
[58]World Development Indicators 2005 CD-ROM.
[59]Ibid.
[60]William Easterly (1999), “The Ghost of Financing Gap: Testing the Growth Model Used in the International Financial Institutions,” Journal of Development Economics, 60 (2): 423-438.
[61]William Easterly (2001), The Elusive Quest for Growth, MIT Press, Cambridge, MA, p. 43.
[62]Easterly (1999), op. cit., p. 437.
[63]Report of the High-Level Panel on Financing for Development”, commandé par le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, et réalisé par un groupe de onze experts financiers sous la conduite de l’ancien président du Mexique, Ernesto Zedillo, et présenté à Annan le 28 juin 2001. Accessible depuis le 7 juillet 2005 sur le site www. un. org/ reports/ financing ; Shantayanan Devarajan, Margaret J. Miller, and Eric V. Swanson (2002), “Goals for Development: History, Prospects, and Costs”, Policy Research Working Paper 2819, World Bank, Washington, DC.
[64]Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (2000), Capital Flows and Growth in Africa (New York : Nations Unies). Le “Report of the High-Level Panel” mentionné ci-dessus cite cette étude CNUCED à la p. 30.
[65]Shantayanan Devarajan, William R. Easterly, and Howard Pack (2003), “Low investment is not the constraint on African development”, Economic Development and Cultural Change 51 (3): 547-571.
[66]“Report of the High-Level Panel” op. cit. p. 31.
[67]Devarajan et al. (2002), p. 22-23 et 30.
[68]Pour une analyse supplémentaire des études de coûts associés aux OMD et des problèmes associés avec l’estimation des coûts des résultats en matière de développement, se référer à Michael Clemens, Charles Kenny, et Todd Moss (2004), “The Trouble with the MDGs : Confronting expectations of aid and development success”, Working paper 40, Center for Global Development, Washington DC, mai.
[69]Millenium Project (2005), Investing in Development: A Practical Plan to Achieve the Millenium Development Goals, Rapport au secrétaire général des Nations unies.
[70]Les auteurs tiennent à remercier Kemal Dervis pour avoir abordé ce point avec eux.
[71]Il est ironique de constater que les États-Unis ont utilisé l’argument du partage des obligations pour tenter d’obtenir des Européens qu’ils augmentent leurs propres dépenses en matière de défense.
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Shantayanan Devarajan, William R. Easterly, and Howard Pack...
[suite] Suite de la note...
[66]
“Report of the High-Level Panel” op. cit. p. 31. Suite de la note...
[67]
Devarajan et al. (2002), p. 22-23 et 30. Suite de la note...
[68]
Pour une analyse supplémentaire des études de coûts associé...
[suite] Suite de la note...
[69]
Millenium Project (2005), Investing in Development: A Pract...
[suite] Suite de la note...
[70]
Les auteurs tiennent à remercier Kemal Dervis pour avoir ab...
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[71]
Il est ironique de constater que les États-Unis ont utilisé...
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Pays à faible revenu uniquement
Pays à faible revenu et à revenu intermédiaire
APD/RNB pour le « G 0,7 », 1960-2004
APD/RNB pour un ensemble choisi de bailleurs de fonds de taille moyenne, 1960-2004
APD/RNB pour les bailleurs de fonds bilatéraux les plus importants, 1960-2004