Afrique contemporaine
De Boeck Université

I.S.B.N.9782804151195
278 pages

p. 225 à 246
doi: 10.3917/afco.220.0225

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Dossier « Gouvernance, démocratie et opinion publique en Afrique »

n° 220 2006/4

2006 Afrique contemporaine Dossier « Gouvernance, démocratie et opinion publique en Afrique »

Électeurs, contribuables, partenaires : l’aide au développement face au public des pays riches  [1]

Henri-Bernard Solignac Lecomte  [2] Ida Mc Donnell  [2]
Faute d’opinions publiques suffisamment sensibilisées, la lutte pour le développement et contre la pauvreté dans le monde n’est pas un enjeu politique national dans les pays de l’OCDE. Les engagements pris par leurs gouvernements afin d’améliorer leurs politiques de coopération internationale pour le développement en sont d’autant plus fragiles. Pour y remédier, et aider la formation d’une base démocratique solide, il faut que les citoyens aient l’opportunité de participer à un véritable débat sur ces questions. Sensibiliser davantage l’opinion publique est donc un des défis essentiels de l’initiative mondiale pour les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). L’expérience des pays du Comité d’Aide au Développement (CAD) de l’OCDE en la matière fait émerger un certain nombre de « bonnes pratiques » : faire de la sensibilisation une priorité, définir une stratégie interministérielle, améliorer les données par la recherche et les sondages, travailler en partenariat avec les acteurs de la société civile et mobiliser des ressources financières et humaines adéquates. Pour beaucoup de bailleurs, la marge de progression est importante. Leurs ambitions renouvelées en matière d’efficacité de l’aide au développement leur donnent l’occasion d’expliquer – enfin – à leurs citoyens les enjeux qui s’y rattachent. À défaut, ils courent le risque de voir le scepticisme croissant des contribuables entamer le soutien, constant depuis des décennies mais fragile, qu’ils témoignent à l’égard des politiques de coopération internationale au développement. Pour les décideurs, c’est un risque, car la pression de l’opinion publique introduirait une contrainte nouvelle, celle de démontrer l’efficacité de ces politiques ; mais c’est aussi une opportunité, car cette pression peut précisément être l’aiguillon qui manque aux réformateurs pour renforcer significativement tant l’efficacité de l’aide publique au développement que la cohérence de l’ensemble des politiques publiques pour les OMD, et ainsi tenter d’atteindre ces Objectifs dans tous les pays pauvres. Due to insufficient awareness, public opinion in OECD countries does not rank international development and poverty reduction assistance as important national political issues. As a result, official commitments to international economic development programs remain tenuous. In this context, improving public awareness in developed countries is a key challenge to achieving the Millennium Development Goals (MDGs). Fortunately, the collective experience of member countries of the OECD Development Assistance Committee (DAC) has produced several “good practices”, such as giving priority to public awareness, developing inter-ministerial strategies, using research and surveys to improve data, partnering with key actors in civil society and mobilizing appropriate financial and human resources. For many donors, more progress is needed on all these fronts. Efforts to improve the effectiveness of development assistance are an opportunity to give a long overdue explanation to the public of why development is important. This is also an opportunity to mitigate the risk of deepening skepticism among taxpayers, which could erode decades of support –albeit fragile– for international cooperation for assisting developing nations. While this may be a difficult challenge for policy makers, public pressure is a strong incentive for reformers to significantly strengthen the effectiveness of public development assistance and the consistency of MDG-related public policies. In turn, this would improve the chances of achieving MDGs in poor countries.
 
La coopération au développement dans les pays de l’OCDE est-elle l’affaire des citoyens ?
 
 
L’adoption en 2000 par 189 pays membres des Nations unies des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) signale trois grands changements du discours sur la coopération au développement :
  1. l’introduction d’une forme de transparence inconnue jusqu’alors dans le secteur de l’aide publique au développement (APD). On passe de la mesure des intrants (volume d’APD) à la mesure des résultats. Les gouvernements deviennent comptables de leurs efforts dans ce domaine ;
  2. les OMD soulignent également qu’« il faut être deux pour danser » : les atteindre est une responsabilité partagée par les récipiendaires et les bailleurs, d’où l’accent nouvellement mis sur la « bonne gouvernance » chez les premiers ;
  3. enfin, l’Objectif 8 des OMD appelant à un « partenariat global pour le développement » établit clairement que l’APD seule ne suffira pas et qu’une approche combinée et cohérente de différentes politiques est nécessaire : aide, commerce, investissement, migrations, politiques macro-économiques, etc.
En écho à ces nouveaux principes, plusieurs réunions internationales, dont les sommets du G7/G8 et des Nations unies en 2005, ont été l’occasion de promesses d’efforts sans précédents pour améliorer la coopération internationale au développement : réduction ou annulation de la dette de plusieurs pays pauvres très endettés (PPTE) ; hausse de l’APD des pays membres du Comité d’Aide au Développement (CAD) de l’OCDE, qui devrait passer d’environ 80 milliards de USD en 2004 à près de 130 milliards en 2010, soit 0,36 % de leur revenu national brut (RNB) agrégé ; adoption de la Déclaration de Paris (2005) qui fixe aux pays bailleurs – et dans une moindre mesure à leurs partenaires – des objectifs précis en matière d’amélioration de l’efficacité de l’aide, autour de principes consensuels comme la priorité à la lutte contre la pauvreté, l’appropriation par les bénéficiaires, l’approche partenariale et l’alignement des bailleurs derrière les priorités des pays récipiendaires (au moyen notamment des Documents Stratégiques de Réduction de la Pauvreté adoptés par ces derniers), l’harmonisation des pratiques et la coordination entre bailleurs, la bonne gouvernance et la qualité des institutions ; enfin, dans le cadre de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), le cycle de négociations commerciales de Doha, censé mettre l’accent sur les bénéfices en termes de développement pour les pays ou les populations les plus pauvres.
Voilà pour le discours et les engagements officiels. Dans la pratique, les progrès sont pour le moins inégaux. Certes, d’importantes annulations de dettes ont été confirmées en 2005, notamment pour plusieurs pays africains et l’Irak. En revanche, concernant la hausse de l’APD, l’avenir reste incertain. La part de celle-ci dans le RNB des pays du CAD a bien retrouvé son niveau de 1990, à 0,33 %, mais lesdites annulations y sont pour beaucoup. Une fois ce « soufflé » de la dette retombé (ce qui devrait entraîner une baisse du niveau de l’APD en 2006), atteindre l’objectif de 0,36 % en 2010 exigera des gouvernements des pays membres du CAD, au nom de leurs contribuables, un effort budgétaire très important, au détriment d’autres priorités. Le risque existe donc, surtout en cas de détérioration de la conjoncture économique, que certains gouvernements soient tentés à un moment donné de différer ces efforts.
En matière d’efficacité de l’aide, les moyens mis en œuvre restent pour le moment en deçà des objectifs et les pratiques éloignées du modèle de « consensus » : les bailleurs sont toujours les décideurs, l’appropriation des objectifs de développement par les récipiendaires reste souvent faible, l’harmonisation progresse très lentement et les progrès durables vers la « bonne gouvernance » sont mitigés. En considérant les incitations auxquelles font face les donateurs et leurs appareils administratifs, on peut même penser que les progrès de leurs côté seront nécessairement lents (Zimmermann, 2005). Les efforts pour atteindre l’Objectif 8 n’en sont qu’à leurs débuts. Enfin, au moment d’écrire cet article, l’agenda pour le développement de Doha semble condamné, au moins temporairement.
Les défis restent donc considérables : pour tenter d’atteindre les OMD, y compris dans les pays les plus pauvres, les volumes d’APD devront être effectivement augmentés, l’efficacité de l’aide réellement améliorée et la cohérence des politiques des pays de l’OCDE pour le développement des pays tiers renforcée, y compris dans le domaine du commerce. Ces exigences appellent un soutien démocratique fort et renouvelé pour trois raisons :
  1. Une opinion publique sensibilisée et mieux au fait des politiques publiques est un objectif désirable en tant que tel dans les pays démocratiques, mais dans le cas du développement international, ce souci va au-delà de la nécessité de rendre des comptes aux contribuables. En effet, le bien-être et la sécurité des citoyens des pays de l’OCDE sont en jeu : « […] dans un monde de plus en plus interdépendant, ce ne sont pas seulement les destinataires de l’aide dans les pays en développement et en transition qui bénéficient des actions visant à résoudre des problèmes environnementaux, sociaux, culturels et politiques que les frontières, au bout du compte, n’arrêteront pas. Le public est “partenaire” en ce sens que ce sont ses impôts qui financent les programmes d’aide, et ses représentants élus qui sont en charge des politiques d’aide, de leur gestion et de leur mise en œuvre. Le “retour sur investissement” se mesure en termes de prospérité et de sécurité accrues à l’échelle de la planète » (Chang, Fell & Laird, 1999).
  2. L’information, la consultation et la participation active des citoyens, en tant que partenaires des gouvernements, peuvent améliorer tant la légitimité que l’efficacité des politiques publiques en général. La capacité des pouvoirs publics à tirer parti de l’expertise et des idées de la société civile peut contribuer à accroître la confiance du public à son égard (OCDE, 2002 et OECD, 2004). Les organisations non gouvernementales (ONG) humanitaires et de développement jouent déjà un rôle important dans la mise en œuvre des politiques publiques de développement international, mais elles pourraient être impliquées davantage, tout comme le secteur privé et les collectivités locales.
  3. La « communauté du développement » dans les pays membres du CAD – ministères, agences d’aide, ONG, etc. – ne réussira pas à mobiliser des financements nouveaux, ni à augmenter la cohérence des politiques publiques pour le développement et la lutte contre la pauvreté si l’opinion publique n’est pas convaincue du bien-fondé de ces actions, si les décideurs politiques ne peuvent trouver une réelle légitimité auprès de leur électorat pour véritablement mener à bien les réformes et effectuer les arbitrages nécessaires. Pour cela, le développement des pays pauvres doit devenir – sous une dénomination ou une autre – un enjeu de politique nationale, ce qui n’est pas le cas dans la plupart des pays de l’OCDE.
Certes, dans tous les pays du CAD – et même dans les nouveaux pays donateurs qui n’en font pas encore partie, comme les nouveaux membres de l’Union européenne – le soutien de principe est bien là, mais il reste précaire.
 
Développement, réduction de la pauvreté : qu’en pensent les citoyens des pays riches ?
 
 
Un soutien de principe qui ne se dément pas depuis des années…
Le soutien du public à l’aide aux pays pauvres se maintient à un niveau élevé depuis plus de deux décennies, et cette tendance n’est pas affectée par les variations de court terme (Mc Donnell et al, 2003 ; Fransman et Solignac Lecomte, 2004 ; Mc Donnell & Solignac Lecomte, 2005). Les résultats du dernier sondage Eurobaromètre (2005) dans les 25 pays de l’Union européenne confirment en particulier le maintien ou la hausse du soutien des Européens à l’aide au développement : en 2004, la coopération au développement était « très » ou « plutôt » importante pour 91 % d’entre eux, contre 85,5 % en 2002 et 75,8 % en 1998 ; la réponse « très importante » est passée à elle seule de 28,1 % en 1998 à 45,7 % en 2002 et 53 % en 2004. La figure 1 présente ces résultats en y incluant ceux d’autres sondages d’opinion dans les pays non européens de l’OCDE.
L’argument principal de la minorité de personnes interrogées qui se déclarent hostiles à l’APD est que « nous devrions résoudre nos propres problèmes de pauvreté, de chômage et de croissance économique ». Elles sont également nombreuses à douter que l’aide permette de réduire la pauvreté ou aille à ceux qui en ont le plus besoin et à penser qu’au contraire elle bénéficie à des élites corrompues. Toutefois, la plupart des personnes interrogées, dans une majorité de pays membres du CAD, sont favorables à une hausse de l’APD.
Figure 1
Soutien de l’opinion publique au principe de l’aide au développement dans les pays du CAD et de l’Union européenne (2004 ; en %) *
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Ces résultats des sondages d’opinion doivent bien sûr être interprétés avec prudence. Les enquêtes disponibles se contentent encore largement de mesurer le soutien du public au principe de l’aide en général, ainsi que le degré de satisfaction par rapport au niveau de l’aide publique, ce qui ne permet pas d’analyse très fine. Elles confirment cependant, et ce n’est pas négligeable, qu’il n’y a pas de « lassitude » à l’égard de l’aide au développement dans l’opinion publique : son soutien reste constant depuis deux décennies, et dément un des principaux arguments utilisés au milieu des années 1990 pour justifier la baisse de l’APD (Helmich et Smillie, 1998).
… mais qui reste fragile
« Le soutien du public est aussi étendu qu’il est superficiel. » Ce constat de Smillie et al. (1999) reste d’actualité. En dépit d’un sentiment fort de solidarité, la compréhension des problèmes de pauvreté et de développement dans les pays hors OCDE reste très superficielle. L’APD et les politiques de coopération pour le développement sont également très mal connus.
C’est manifeste à propos des OMD : six ans après le sommet du Millénaire, peu de gens les connaissent et rares sont les gouvernements ou les ONG qui les utilisent comme outils de communication et de sensibilisation. D’après les derniers sondages d’opinion réalisés au Canada, aux États-Unis, en Norvège et dans l’Union européenne, une minorité de citoyens des pays de l’OCDE – 12 % en moyenne – a effectivement entendu parler des OMD (Eurobaromètre, 2005 ; Focus Canada, 2004 ; pour une liste exhaustive des différents sondages, voir en fin de document).
La sensibilisation « réelle » est probablement encore plus faible : au Canada par exemple, 62 % des personnes ayant entendu parler des OMD (soit 13 % des personnes interrogées) étaient incapables de dire à quoi ils se rapportaient. Bien entendu, la notoriété des OMD ne doit pas être considérée comme un indicateur de l’engagement des citoyens contre la pauvreté dans le monde ni de l’importance qu’ils attachent à cette question. Si dans certains cas la proportion de ceux qui reconnaissent avoir entendu parler des OMD est inférieure ou proche de la moyenne (comme au Royaume-Uni [8 %] et aux Pays-Bas [13 %]), c’est que les différentes campagnes de sensibilisation ont mis l’accent sur les problèmes sous-jacents aux OMD, plutôt que sur les OMD eux-mêmes (cf. encadré 1). Quoi qu’il en soit, les OMD et les efforts politiques pour les atteindre sont encore loin de figurer dans les programmes électoraux des pays bailleurs.
Encadré 1 – Royaume-Uni 2005 – mobilisation massive contre la pauvreté dans le monde
La campagne « Abolissons la pauvreté » (Make Poverty History), qui appelle au commerce équitable, à l’annulation de la dette ainsi qu’à un accroissement et une optimisation de l’aide aux pays les plus pauvres du monde, a largement contribué au débat public sur les OMD et à une mobilisation massive. Près de 250 000 personnes ont ainsi manifesté à Édimbourg le 2 juillet 2005, pendant le sommet du G8 (wwww. makepovertyhistory. org/ ).
De plus, alors que les OMD présentent l’APD comme une solution parmi d’autres pour réduire la pauvreté, avec les échanges commerciaux, les annulations de dette, etc., les citoyens de l’OCDE continuent d’associer les politiques de développement principalement à l’aide, qu’ils sont en moyenne 80 % à appuyer depuis des décennies mais qu’ils confondent avec l’action humanitaire (Mc Donnell et al., 2003 ; Eurobaromètre, ibid. ; Synovate, 2005). Seule une minorité – en général des citadins cosmopolites, jeunes et éduqués – est effectivement au courant et se sent concernée. Même si l’on constate parmi les « engagés passifs » une sensibilisation croissante aux questions de la dette et des échanges, la plupart n’en comprennent pas les enjeux (Synovate, ibid.).
Plus généralement, la majorité des individus surestime considérablement l’effort d’aide de leur gouvernement. Interrogés sur les dépenses publiques d’aide extérieure, environ un tiers des Européens avouent leur ignorance. Un autre tiers évalue les volumes d’aide entre 1 et 10 % du RNB. Une minorité donne une réponse inférieure à 1 % (Eurobaromètre). En réalité, les taux varient entre 0,20 et 0,96 %. De même, une majorité d’Américains croit que l’aide extérieure représente 20 % ou plus du budget fédéral, alors qu’il est inférieur à 1 % (enquête du Washington Post, d’après PIPA, 2001). La même enquête établit le budget « idéal » selon le public américain à 10 % du budget fédéral. Le montant réel, soit moins de 1 %, ne semble excessif qu’à une petite minorité (13 % des personnes interrogées).
Plus fondamentalement, dans la très grande majorité des cas, le soutien à l’aide extérieure repose sur un malentendu : la confusion entre aide au développement et aide humanitaire d’urgence. La plupart croient ainsi que « l’aide » traduit en actions leurs sentiments de compassion et de solidarité à l’égard des victimes de crises humanitaires, ignorant que les professionnels désignent en fait sous ce nom un ensemble d’instruments et de processus bien moins médiatiques par lesquels ils s’efforcent de contribuer au développement à long terme des pays pauvres.
Or les « développeurs » ont besoin du soutien des citoyens
Après tout, qu’importe que le public ne comprenne pas grand-chose aux enjeux des OMD, puisque cela ne l’empêche pas d’apporter un soutien de principe sans faille à la politique de coopération pour le développement ? Et même, n’est-il pas permis de penser que les promesses successives d’augmenter l’aide publique seront d’autant mieux acceptées par l’opinion qu’elle ne réalise pas vraiment de quoi il s’agit ?
Tabler ainsi avec cynisme sur le statu quo pour relever les défis décrits plus haut ne serait pourtant pas sans risque : les déficits budgétaires tenaces et la croissance économique atone dans plusieurs pays de l’OCDE peuvent à tout moment remettre en cause les promesses de hausse de l’APD, surtout avec l’éclatement prévisible de la « bulle » des allégements de dette. Étayée par le fragile soutien des contribuables des pays de l’OCDE, l’APD est un des postes les moins difficiles à sacrifier en cas de difficultés.
Dans ce contexte, il n’y a qu’une opinion publique mieux informée et plus sensible aux enjeux du développement des pays pauvres qui puisse faire des OMD et de leurs problématiques des enjeux politiques nationaux. Les engagements pris au titre de l’APD seraient ainsi plus facilement préservés. Sensibiliser davantage l’opinion publique est donc un des défis essentiels de l’initiative mondiale pour les OMD et de la Déclaration de Paris pour l’amélioration de l’efficacité de l’APD. Relever ce défi nécessite des politiques publiques vigoureuses, des stratégies de sensibilisation à long terme susceptibles d’atteindre un public déjà submergé d’informations. Or les politiques publiques de coopération au développement des pays de l’OCDE font traditionnellement peu de cas de la sensibilisation de l’opinion publique.
 
Des politiques publiques de sensibilisation souvent frileuses
 
 
Les politiques de sensibilisation de l’opinion publique aux enjeux du développement – comprises au sens large comme l’ensemble des actions d’information, de communication et d’éducation – prennent une variété de formes : information et publications institutionnelles, consultations lors de forums publics sur la politique d’aide et de coopération ou pour la préparation des livres blancs, éducation au développement (EAD), campagnes ponctuelles (comme Make Poverty History ou Stand Up Against Poverty [3]), ou régulières (comme la Semaine de la solidarité internationale organisée chaque année en France [4], etc.).
La nature et l’ampleur des actions gouvernementales dans ce domaine diffèrent considérablement d’un pays du CAD à l’autre. Les différences culturelles et historiques y sont pour beaucoup, qui façonnent autant les perceptions du public que la place du développement international parmi les autres politiques publiques. Tous les ministères ou agences nationales pour la coopération au développement ont certes un organe chargé de la communication, mais ses attributions varient considérablement, du porte-parole/attaché de presse du ministre à l’agence semi-indépendante qui gère des actions de communication lourdes et un programme structuré d’EAD. Les objectifs diffèrent également : les uns ont une vision à long terme et se font une priorité de favoriser l’émergence d’une conscience et d’un soutien fort dans leurs sociétés pour la réduction de la pauvreté dans le monde ; les autres y voient seulement une forme de relations publiques.
Néanmoins, un trait commun à la grande majorité des pays de l’OCDE est qu’en dehors des rapports annuels et des déclarations officielles, les administrations et les organismes de coopération investissent peu dans la communication et l’information des citoyens, les débats publics étant bien plus souvent à l’initiative des ONG que des gouvernements. Bien que les dépenses publiques en matière de sensibilisation ne soient pas recensées de manière systématique dans le Système Harmonisé du CAD, le tableau 1 révèle, sur la base de sondages auprès des pays membres, des budgets faibles dans l’ensemble. On estime ainsi à environ 200 millions d’euros, soit 0,26 % de leur APD, le budget annuel que les 22 pays membres du CAD de l’OCDE et la Commission européenne consacrent ensemble à l’information du public, à la communication et à l’EAD. À titre de comparaison, la seule campagne de recrutement militaire en 2002-2003 aux États-Unis a coûté USD 1,2 milliard. En mai 2005, une conférence européenne proposait de fixer à 3 % de l’APD le niveau minimum de dépenses pour la sensibilisation et l’EAD de l’opinion publique (Conclusion B-5 de la Conférence européenne sur la sensibilisation à la solidarité Nord-Sud, 2005).
Le tableau 1 montre que trois bailleurs – Suède, Royaume-Uni et Pays Bas – sur les 23 que compte le CAD représentent la moitié des dépenses totales. En pourcentage de l’APD, l’écart entre les États-Unis et la Belgique est pratiquement de 1 à 90. Par tête, les Pays-Bas dépensent pratiquement 4 euros par habitant pour ces questions, la Norvège 2,50 euros et la Belgique 2 euros, mais l’Allemagne 0,12 euro, la France 0,08 et le Japon 0,04.

Tableau 1
Budgets des bailleurs du CAD/OCDE pour l’information et l’éducation au développement
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Pourquoi cette frilosité en matière de sensibilisation du public aux enjeux du développement et de la lutte contre la pauvreté dans le monde ? Une manière de l’expliquer est de considérer la coopération au développement comme sous-ensemble de la politique étrangère. Affaire d’États, la diplomatie est traditionnellement un des domaines de l’action publique les moins transparents aux yeux des citoyens, pour au moins deux raisons :
  • D’abord la discrétion est nécessaire à une action efficace dans les relations et les négociations internationales. D’autant plus que cette action des États hors de leur territoire est parfois amenée, plus ou moins malgré eux, à s’affranchir des contraintes juridiques et déontologiques domestiques. L’action des pays donateurs dans les pays en développement durant la décolonisation et la guerre froide, soit pendant les trois premières décennies de l’APD, ne se prêtait pas à une action en faveur de la formation d’une opinion publique informée, critique et engagée, mais plutôt au secret d’État ou à la propagande.
  • Ensuite, dans la mesure où les citoyens des pays donateurs ne sont pas considérés comme les bénéficiaires directs, ni des parties prenantes de la politique étrangère ou de coopération au développement –alors qu’ils le sont évidemment dans le cas des politiques de santé publique, d’éducation, etc. – nul besoin de leur engagement ni de leur adhésion.
La fin de la guerre froide ainsi que l’atténuation progressive de la frontière entre politiques étrangère et intérieures dans le contexte de la mondialisation ont changé la donne : davantage sensibles aux enjeux des échanges commerciaux, des migrations, des dommages causés à l’environnement, etc., les citoyens des démocraties industrialisées se sentent concernés, dans leur vie quotidienne, par les évolutions des pays « du Sud », et prennent conscience de leur propre influence sur ces sociétés. Au même moment, l’érosion de la confiance de ces citoyens dans leur gouvernement et leur demande d’une plus grande transparence stimulent des approches plus ouvertes en matière de politiques publiques (Pechtold, 2005). La coopération au développement n’est plus un simple sous-ensemble de la politique étrangère, mais devient un « instrument majeur de gestion de la mondialisation » (Severino et Charnoz, 2005), dont les citoyens sont à la fois bénéficiaires, parties prenantes et « actionnaires ». La compréhension des enjeux de la mondialisation et de la lutte contre la pauvreté s’inscrit alors dans le cadre d’une action publique d’éducation à la citoyenneté mondiale, et la recherche d’un soutien démocratique fort pour l’action gouvernementale en matière de coopération au développement devient un aspect stratégique. Dans ce contexte, en comparant les chiffres du tableau 1 avec ceux recueillis par Mc Donnell et Solignac Lecomte (2005), on constate une légère augmentation d’une année sur l’autre des ressources consacrées par les pays du CAD à la sensibilisation du public. L’adoption des OMD et l’ouverture du chantier de la réforme de l’APD ont probablement favorisé cette évolution. Les efforts des gouvernements restent toutefois timorés, la majorité des pays n’ayant pas de lignes directrices claires en matière de sensibilisation de l’opinion publique sur les questions de développement.
 
Quels enseignements tirer des « bonnes pratiques » ?
 
 
En observant les pratiques des Pays Bas, de la Suède et du Royaume-Uni, plusieurs facteurs de succès peuvent être identifiés : une stratégie cohérente, interministérielle, couvrant le long terme et le court terme, dotée de moyens financiers prévisibles et associant la société civile au-delà de la stricte communauté du développement et de l’humanitaire. On retrouve certains de ces éléments dans les politiques d’autres pays du CAD – notamment en Finlande, en Suisse ou en Belgique.
La sensibilisation comme priorité
Que ce soit aux Pays Bas, au Royaume-Uni ou en Suède, la sensibilisation de l’opinion publique est une priorité pour l’administration, au plus haut niveau de l’agence ou du ministère. Dans les trois cas, le ministre pour le développement (avec portefeuille) effectue une tournée nationale d’information et/ou de consultation des citoyens, par exemple dans le contexte de la préparation des Livres blancs pour le développement. Celui du Royaume-Uni sur la réduction de la pauvreté dans le monde (DfID, 1997) fait d’ailleurs de la sensibilisation du public un de ses 12 principes : « Nous nous engageons à accroître la compréhension qu’a le public de l’interdépendance mondiale et de l’impératif du développement international » (p. 7, notre traduction).
En Suède comme aux Pays-Bas, les origines de la politique de coopération au développement dans les années 1960 sont liées à la demande forte des citoyens d’aider les plus défavorisés dans le monde – d’où une priorité traditionnellement accordée à la transparence et la responsabilité des autorités devant l’opinion publique (Mc Donnell et al., 2003).
Une approche stratégique
Les trois pays cadrent explicitement leurs actions de coopération et de communication sur une même rationalité : la réduction de la pauvreté au niveau mondial et la poursuite des OMD. Cette unicité d’objectif facilite considérablement la définition et la mise en œuvre d’une stratégie cohérente autour de messages clairs ainsi que la mobilisation de moyens importants. La situation est différente lorsque l’appareil politique et administratif en charge de la coopération au développement a pour mission de poursuivre plusieurs objectifs, comme en France.
Les groupes cibles sont précisément définis et comprennent, au-delà des ONG et des associations actives dans le domaine du développement, une pluralité d’acteurs : les syndicats, les paroisses, le secteur privé, le secteur éducatif (notamment le secteur formel), les médias, etc. Les documents de stratégie sont disponibles publiquement et ont une perspective pluriannuelle. Ainsi, en Suède, un groupe de travail interministériel a été institué pour mieux garantir la cohérence de la communication et définir et superviser la stratégie jusqu’à… 2015. Toutes les actions entreprises sont testées et basées sur un travail approfondi de recherche auprès de l’opinion publique (sondages, recherche qualitative). Les activités de communication sont planifiées autour d’étapes concrètes. Depuis 2003, le programme du gouvernement démarre chaque année en octobre par une conférence sur le développement précédée d’une campagne nationale d’information d’une semaine. Des activités de sensibilisation et d’éducation sont ensuite planifiées jusqu’à juin.
Les données
L’adage « Apprenez à connaître votre public » est pris très sérieusement dans ces trois pays. Tous commandent des sondages annuels d’opinion chez les adultes et les jeunes au niveau national. Des activités de recherche spécifiques servent à tester les messages avant de les utiliser, ainsi qu’à évaluer l’efficacité des actions de communication. Les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la Suède ont aussi financé des projets d’harmonisation des sondages à l’échelle des pays du CAD afin de pouvoir mieux comparer les opinions en Europe et dans les autres pays riches. Ils font partie du Réseau européen d’éducation à la citoyenneté mondiale (Global Education Network Europe, GENE) coordonné par le Centre Nord-Sud du Conseil de l’Europe qui, à l’échelle européenne, s’efforce d’améliorer les pratiques, l’échange d’expériences et l’évaluation de l’impact de l’EAD.
Les partenariats
L’approche partenariale est un composant essentiel de la stratégie de communication, notamment dans le cadre de l’EAD. Au Royaume-Uni par exemple, le ministère pour le Développement international (DfID) a des accords particuliers avec ses partenaires (autres ministères, associations, organisations, syndicats, etc.) : il finance une grande partie de leurs programmes d’EAD, mais les consulte également de manière approfondie dans le processus de développement de sa propre stratégie de communication. Ce dialogue permet à DfID de poursuivre son objectif de sensibilisation parmi ces différents groupes de la société. C’est plus particulièrement vrai de sa relation avec le ministère de l’Éducation, l’Association de l’Éducation au Développement [5] et les grandes ONG comme Oxfam, qui ont tous collaboré à la réforme du cursus scolaire britannique sur « l’éducation pour la citoyenneté mondiale » [6]. Les ONG jouent un rôle d’autant plus essentiel comme partenaires qu’elles bénéficient d’un niveau de notoriété mais aussi de confiance presque systématiquement plus élevé que les gouvernements auprès du public. Au Royaume-Uni et aux Pays-Bas, où une « culture » de l’EAD existe dans l’administration, elles disposent des moyens de jouer un rôle actif dans la mise en œuvre de projets d’EAD, alors que dans d’autres pays leur rôle est plus tourné vers le lobbying (Espagne, Italie, France).
Les ressources
Les trois pays sont dotés d’institutions dûment mandatées – le Comité national pour la coopération internationale et le développement durable (NCDO [7]) aux Pays-Bas, la DEA au Royaume-Uni, l’Agence suédoise pour le développement international (SIDA) en Suède –, de moyens budgétaires supérieurs à la moyenne des autres pays membres du CAD, et de plusieurs années d’expérience.
Les institutions comme NCDO, fondation indépendante établie en 1970, et la DEA instituée en 1993, sont les garantes d’un niveau élevé de qualité et de professionnalisme, et défendent la nécessité d’une opinion publique sensibilisée au niveau national. NCDO réunit un grand nombre de représentants de la société civile néerlandaise, bien qu’elle soit financée intégralement par l’État. Son budget pour 2005 s’élève ainsi à environ 60 millions d’euros ! Elle joue un rôle d’interface entre les autorités et la société civile en allouant les fonds publics à un large éventail d’organisations (environ la moitié de son budget, soit quelque 30 millions d’euros). NCDO forme par ailleurs des spécialistes de l’EAD et entretient aux Pays-Bas un débat public très vivant sur la coopération internationale pour le développement.
 
Devoir de transparence, aiguillon de la réforme
 
 
Le besoin d’un soutien démocratique renouvelé pour tenir les promesses d’une coopération renforcée au service d’objectifs de développement ambitieux se fait sentir au moment où la communauté des bailleurs s’est elle-même promise, par la Déclaration de Paris, de réformer ses pratiques pour améliorer l’efficacité de l’APD. Un aspect essentiel de cette réforme est l’adoption d’un mode de gestion de l’aide centré sur les résultats en termes de développement et non plus sur la bonne exécution des projets et le déboursement des lignes budgétaires. Cette double évolution met les « développeurs », les professionnels de la coopération au développement des pays du CAD, face à une difficulté sans précédent : on leur demande de façon de plus en plus pressante de démontrer l’efficacité de leur action, et celle de l’APD en particulier, alors même que l’adoption des OMD risque d’accréditer l’idée que, d’une part, résoudre le problème de la pauvreté dans le monde pourrait n’être qu’une question d’années et que, d’autre part, il suffirait d’augmenter les financements et de réduire la dette pour y parvenir. Or l’horizon dépasse en réalité celui de plusieurs générations, et une pluralité de politiques plus cohérentes et plus exigeantes avec les sociétés du Nord comme du Sud, seront nécessaires pour réduire significativement la pauvreté dans toutes les régions du monde. La nécessité d’adopter de nouvelles stratégies pour communiquer sur les réalités et les difficultés du développement et de la coopération est donc évidente. À cette fin, les ministères et agences d’aide ont entrepris d’améliorer leur collaboration, tant entre eux qu’avec les ONG (cf. encadré 2). Pour la plupart néanmoins, des efforts importants restent à faire pour se rapprocher des bonnes pratiques décrites plus haut.
Encadré 2 – Mieux sensibiliser l’opinion publique dans les pays de l’OCDE : les actions en cours
  • Le Réseau informel des responsables d’information et de communication du CAD coordonne les activités visant à faire de la communication pour le développement une priorité dans les pays de l’OCDE. Ses membres s’efforcent de promouvoir le partage des connaissances et des bonnes pratiques en la matière. Leurs activités en 2005/2006 ont porté sur l’évaluation d’impact et sur le rôle des actions de communication en appui à la Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide : wwww. oecd. org/ dev/ opinion.
  • La campagne des Nations unies en faveur des Objectifs du Millénaire est menée aux niveaux national et international pour lancer un mouvement mondial de soutien à la réalisation des OMD et à l’éradication de l’extrême pauvreté d’ici 2015 : wwww. millenniumcampaign. org/ .
  • Le Réseau européen d’éducation à la citoyenneté mondiale (Global Education Network Europe, GENE), coordonné par le Centre Nord-Sud du Conseil de l’Europe, conduit un examen par les pairs des actions d’éducation au développement en Europe : wwww. coe. int/ T/ E/ North-South_Centre/ .
  • Les ONG européennes se sont associées pour œuvrer à l’amélioration de la qualité de leurs actions dans le cadre du forum CONCORD sur l’éducation au développement et du Projet pour l’éducation au développement en Europe (DEEEP) : wwww. deeep. org/ .
  • L’Action mondiale contre la pauvreté fait pression sur les dirigeants politiques du monde entier afin qu’ils tiennent leurs promesses et que des résultats concrets dans la lutte contre la pauvreté soient enregistrés : wwww. whiteband. org/ .
Autre impératif : écouter les citoyens avant de mettre au point les messages qu’on leur destine. À la lecture des derniers sondages, un obstacle apparaît immédiatement : le scepticisme généralisé du public (cf. encadré 3). Même parmi les défenseurs de l’aide, la plupart doutent qu’elle parvienne vraiment aux populations démunies, ses premiers destinataires. Ils mettent en cause les gouvernements corrompus des pays en développement et déplorent une mauvaise gestion, aussi bien chez les bailleurs que chez les bénéficiaires. C’est là assurément un défi pour les responsables de la communication et de l’éducation au développement.
Pour autant, ce scepticisme n’est pas nécessairement un mauvais signe. D’abord, n’y a-t-il pas matière à se rassurer quant à la sagesse populaire alors que la mauvaise gouvernance et l’efficacité insuffisante de l’APD sont précisément deux des fronts sur lesquels la communauté de l’aide est le plus engagée ? Ensuite, le fait que d’après les enquêtes même les sceptiques restent convaincus de la nécessité d’augmenter l’aide montre qu’à condition de l’attaquer de front, ce scepticisme peut être combattu. Car il s’agit bien de lui apporter une réponse, en montrant comment l’aide contribue à combattre ces mauvaises pratiques, et non de tenter de faire diversion en embellissant la réalité de l’APD. Par exemple, l’engagement des autorités des pays en développement à lutter contre la pauvreté pourrait être mesuré en fonction de leurs efforts pour endiguer la corruption et le détournement de l’aide, mettre en œuvre les stratégies de réduction de la pauvreté et promouvoir des réformes politiques. Les résultats de ces efforts soutenus par la coopération internationale seraient ensuite communiqués de manière innovatrice aux publics cibles : parlementaires, journalistes, organismes et ministères partenaires, etc.
Encadré 3 – L’efficacité de l’aide vue par les citoyens
  • 51 % des Européens pensent que l’aide fournie par leur gouvernement contribue à améliorer la vie des populations démunies des pays en développement (Eurobaromètre, ibid.).
  • En moyenne, 17 % déclarent ne pas savoir si l’aide fait vraiment une différence, proportion qui atteint 34 % au Portugal, 24 % en Italie, 23 % en Irlande et 22 % en Espagne (ibid.).
  • 58 % des leaders d’opinion dans les pays industrialisées sont « tout à fait d’accord » et « plutôt d’accord » avec l’idée que la corruption entraîne un gaspillage de l’aide étrangère (Banque mondiale, 2003).
  • Au Danemark, 52 % des personnes interrogées pensent que l’essentiel de l’APD passe en dépenses d’administration et ne bénéficie donc pas aux pauvres, alors que 49 % croient qu’elle n’atterrit pas dans les bonnes poches (ministère danois des Affaires étrangères, 2004).
  • Au Japon, plus de la moitié des personnes interrogées n’approuve pas la qualité de l’aide (JICA, 2001).
  • Huit Canadiens sur dix (82 %) estiment qu’une grande partie de l’aide accordée aux pays pauvres ne parvient jamais aux personnes qui en ont le plus besoin. Ils sont 45 % à estimer que la corruption ou la prévarication des dirigeants et des hommes politiques des pays en développement en est la cause (Focus Canada, Environics Research Group, 2004).
  • En 2001, 57 % des Norvégiens pensaient que l’aide d’urgence était efficace contre 40 % pour l’assistance à long terme. Ils étaient 67 % à estimer que l’octroi de l’aide devait être conditionné, notamment au respect des droits de l’homme (Statistics Norway, 2002).
Bien entendu, la condition essentielle du succès d’une telle approche, c’est de rendre l’aide et la coopération réellement plus efficaces. Ainsi, au-delà de l’enjeu externe – le devoir de transparence et de responsabilité devant les électeurs, les contribuables et les partenaires –, la sensibilisation du public représente un enjeu interne stratégique pour la communauté des développeurs. Faire l’effort d’être plus transparent et plus convaincant à l’égard des citoyens est en effet un risque, car la pression de l’opinion publique introduira une contrainte nouvelle, celle de démontrer l’efficacité des politiques de coopération au développement ; mais pour cette raison précise c’est aussi une opportunité, car une telle pression peut précisément être l’aiguillon qui manque aux réformateurs pour renforcer l’efficacité de cette coopération.
En effet, les premiers diagnostics de la difficulté des bailleurs à réformer leurs pratiques pour rendre l’APD plus efficace dans le sens préconisé par le CAD pointent la permanence d’incitations inadéquates : multiplicité d’objectifs plus ou moins liés à la réduction de la pauvreté, pression de groupes d’intérêts, inertie bureaucratique, etc. Par exemple, l’ambition exprimée par les membres du CAD dans la Déclaration de Paris d’améliorer la coordination entre eux se heurte souvent sur le terrain à l’incitation à défendre le drapeau face aux bailleurs bilatéraux « concurrents ». Mais si ces difficultés liées aux incitations commencent à faire l’objet d’études, la littérature est en revanche quasi muette sur la façon de les surmonter – en fait sur la question du management au sein des agences et des ministères – afin de mettre en œuvre les nouveaux principes de la « bonne gouvernance » de l’aide (voir en particulier De Renzio et al., 2004, ainsi que Rogerson et al., 2004 ; Zimmermann, ibid.).
Or une plus grande transparence à l’égard du public, une stratégie de communication plus systématique et la pression explicite qu’elles exerceraient sur les décideurs politiques et leurs administrations créeraient de nouvelles incitations à mettre en œuvre la Déclaration de Paris et favoriseraient l’émergence d’une culture du résultat. Pour cela, la fonction de communication, souvent perçue comme l’art superficiel des relations publiques, bien en aval des actions de coopération, doit être élevée à un niveau stratégique, en amont de la programmation, et être considérée comme partie intégrante de la mission des « développeurs ».
 
Conclusion
 
 
Avec les Objectifs du Millénaire pour le Développement et des ambitions renouvelées en matière d’efficacité, les pays membres du CAD de l’OCDE ont l’occasion de prendre leurs citoyens à témoin de leurs efforts contre la pauvreté et pour le développement dans le monde. À défaut, ils courent le risque de voir le scepticisme croissant des contribuables entamer leur soutien. Une plus grande transparence vis-à-vis du public dans les pays donateurs viendrait étayer la volonté politique de tenir les promesses faites en 2005 et consolider leurs efforts pour améliorer l’efficacité de l’APD et mettre en œuvre la Déclaration de Paris. À cette fin, les responsables de communication et de l’EAD doivent trouver de nouvelles idées pour prouver aux citoyens, non pas que l’aide est la solution au développement, mais que les bailleurs et les pays bénéficiaires œuvrent effectivement et efficacement en ce sens dans le cadre d’un effort international concerté de lutte contre la pauvreté. De telles initiatives ne prennent leur sens que dans le cadre d’une action pédagogique plus large, inscrite dans la durée, sur les enjeux de la mondialisation, de l’interdépendance et de la lutte mondiale contre la pauvreté. Les exemples des grandes campagnes d’information et de communication sur la santé publique, la citoyenneté ou l’environnement offrent en la matière des références utiles.
Mais les idées ne suffiront pas. L’élan doit venir du plus haut niveau : les décideurs politiques des pays de l’OCDE ont beau être les premiers à souligner l’importance d’un soutien démocratique fort pour la coopération au développement, très peu ont fait jusqu’à présent le choix d’une politique active de sensibilisation du public. Les exemples ci-dessus montrent pourtant qu’une telle action est possible, tout en tenant compte des spécificités de chaque pays.
 
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Ressources Internet

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·  Déclaration De Paris Sur L’efficacité De L’aide (2005) : wwww. aidharmonization. org/ .
·  Eurobaromètre : hhttp:// europa. eu. int/ comm/ public_opinion/ .
·  Program On International Policy Attitudes (États Unis) : wwww. pipa. org.
 
NOTES
 
[1]Une version antérieure a été publiée sous le titre « La Solidarité internationale : opinions et politiques publiques dans les pays de l’OCDE » dans les actes du colloque « L’Éducation au développement et à la solidarité internationale : un enjeu pour l’Université, un enjeu pour les collectivités », organisé les 16-17 novembre 2005 par l’Université de Besançon dans le cadre de la Semaine de la Solidarité Internationale.
[2]Centre de développement de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Les opinions exprimées dans cet article sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles de l’OCDE, du Centre de développement ou de leurs pays membres. hhbsl@ oecd. org et ida. mmcdonnell@ oecd. org,Centre de Développement de l’OCDE, wwww. oecd. org/ dev/ opinion.
[3]Cf. wwww. whiteband. org.
[4]Cf. wwww. lasemaine. org.
[5]wwww. dea. org. uk/ .
[6]wwww. globaldimension. org. uk/ .
[7]wwww. ncdo. nl.
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[3]
Cf. wwww. whiteband. org. Suite de la note...
[4]
Cf. wwww. lasemaine. org. Suite de la note...
[5]
wwww. dea. org. uk/ . Suite de la note...
[6]
wwww. globaldimension. org. uk/ . Suite de la note...
[7]
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Soutien de l’opinion publique au principe de l’aide au développement dans les pays du CAD et de l’U...
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