Accueil Discipline (Sciences politiques) Revue Numéro Article

Afrique contemporaine

2006/4 (n° 220)



Article précédent Pages 247 - 261 Article suivant
1

La politique africaine de la France a longtemps été perçue comme une dimension fondamentale mais aussi singulière et spécifique de la politique étrangère française. Fondamentale car, d’un point de vue géopolitique, l’Afrique est resté le seul continent [3]  Dans d’autres régions du monde, la présence française... [3] où la France a pu espérer après la Seconde Guerre mondiale et le mouvement de décolonisation préserver un leadership fort et une influence réelle, à la hauteur de ses ambitions gaulliennes de grande puissance, de possesseur de l’arme nucléaire et de membre permanent du Conseil de sécurité. Singulière et spécifique, car la politique africaine de la France ne s’est jamais totalement fondue à sa politique étrangère, avec la persistance jusqu’en 1999 d’un ministère de la Coopération distinct du ministère des Affaires étrangères (avec une réelle autonomie politique), le maintien encore aujourd’hui d’une cellule africaine à la Présidence de la République (qui ne dépend pas du conseiller diplomatique du président), autrefois dirigée par Jacques Foccart, l’organisation tous les deux ans de sommets Afrique France réunissant les chefs de l’État africains et français et la pérennité d’accords de défense conclus dans les années 1960 avec un certain nombre de pays africains francophones.

2

Cependant, la politique africaine de la France a connu un tournant depuis une dizaine d’années [4]  Dont on peut certainement dater les origines au discours... [4] , « un bouleversement radical » selon certains (Bourmaud, 2005), marqué par une profonde évolution de ses modalités et de ses principes d’intervention. En ce qui concerne ses modalités d’intervention, la France n’entend plus, comme elle le faisait auparavant, intervenir seule, mais souhaite s’assurer des appuis régionaux (l’Union africaine (UA) ; la Communauté Économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ; les autres organisations sous-régionales pertinentes) et internationaux (l’Union européenne (UE) ; les Nations unies). Les principes d’intervention ne visent plus quant à eux à soutenir en priorité des « régimes clients », mais à promouvoir des principes d’action universels comme la défense de l’intégrité territoriale, le soutien aux autorités élues et la défense des droits de l’homme… Ce tournant ne s’est pas fait sans à-coups et a pu connaître des exceptions (soutien contesté aux régimes togolais et tchadien notamment), voire comme en Côte d’Ivoire, ce que certains ont considéré comme un véritable échec (Tournemire, 2004). Il semble néanmoins irréversible pour plusieurs raisons :

  • Le contexte international a changé avec la fin de la guerre froide, une présence américaine concurrente plus visible dans les pays africains (liée à des intérêts énergétiques ou commerciaux, voire religieux), l’accélération de la mondialisation atteint également l’Afrique, comme le montre Erik Orsenna dans son dernier ouvrage sur le coton (Orsenna, 2006), et l’ouvre à de nouvelles influences (chinoise, indienne, brésilienne…).

  • La politique africaine française doit s’insérer dans la fondation d’une politique européenne à vocation intégratrice, prenant donc en compte les vues des autres pays membres de l’Union. Ces derniers n’ont ni les mêmes liens historiques avec l’Afrique que la France ni les mêmes intérêts et poussent donc vers une approche davantage banalisée et « normalisée ». Les nouvelles modalités de financement mises en œuvre dans le cadre du Fonds Européen de Développement (FED), comme les aides budgétaires globales ou les initiatives/appels à propositions (eau, énergie…), s’inscrivent dans une connotation plus administrative et technocratique que politique.

  • Le contexte national a lui-même évolué avec un intérêt décroissant de la population française pour l’Afrique. L’Afrique sub-saharienne est désormais souvent perçue sous le prisme négatif du risque migratoire. Les nouvelles catégories dirigeantes n’ont plus les rapports étroits, voire affectifs, avec les élites africaines entretenus par leurs prédécesseurs.

  • Ce changement de génération politique en France est aussi accompagné d’un changement de génération dans les pays africains, avec des responsables politiques et des hauts fonctionnaires qui ont souvent fait leurs études ou une partie de leur carrière en dehors du monde francophone. Certains d’entre eux comme le président Kagamé au Rwanda ou le président Gbagbo en Côte d’Ivoire sont arrivés ou se maintiennent au pouvoir en dépit de leurs relations plutôt froides avec Paris. La jeunesse de l’Afrique (plus de 60 % de la population africaine a moins de 25 ans) la conduit également à développer des dynamiques propres, bien éloignées des modèles coloniaux.

  • En dépit de discours officiels toujours très allants en faveur de l’Aide Publique au Développement (APD), les impératifs budgétaires conduisent en fait la France à en limiter les volumes pour l’Afrique. Après prise en compte des annulations de dette, les rares marges de manœuvre sont en priorité affectées à des canaux multilatéraux comme le Fonds Mondial Sida, Tuberculose et Paludisme. Significativement, le produit de la nouvelle taxe sur les billets d’avion n’est pas affecté à des besoins particuliers de développement africains, mais à un fonds médicaments à vocation universelle.

  • Même dans le domaine de la coopération bilatérale, la priorité en faveur de l’Afrique paraît moins nette. La réforme de la coopération décidée en 1998 a établi une Zone de Solidarité Prioritaire (ZSP) qui n’est plus exclusivement africaine (elle inclut le Liban, l’Indochine, le Yémen, l’Afghanistan…). Le communiqué de juin 2006 du Comité Interministériel pour la Coopération Internationale et le Développement (CICID), qui assure la coordination interministérielle en matière de coopération depuis la réforme de 1999, met l’accent sur la priorité africaine de la France, mais sans annoncer de moyens réellement nouveaux, et confirme parallèlement l’importance d’une implication active dans les pays émergents (Chine, Inde, Brésil…).

Les principaux fondements : entre ruptures et continuités

3

L’examen de la nature de l’évolution dans laquelle se trouve la politique africaine de la France, faite de ruptures et de continuités, donne généralement lieu à deux interprétations qui peuvent sembler contradictoires.

4

Pour les uns, la tendance au désengagement de la France en Afrique (baisse continue des effectifs d’assistance technique, réduction du dispositif militaire, baisse de l’APD hors annulation de dette) ne cesserait de se confirmer, quelles que soient les tendances politiques des gouvernements en place. L’Afrique ne serait plus le continent convoité qu’elle a été, ni pour ses matières premières, ni pour ses intérêts stratégique ou économique, et la France n’aurait plus l’ambition ni les moyens de sa politique africaine, d’où une certaine indifférence (Marchesin, 1998). Ce désengagement se manifesterait par, d’une part, une « banalisation » de la politique africaine soumise aux mêmes contraintes que l’ensemble de la politique étrangère française et, d’autre part, un appel à la responsabilité des dirigeants africains, appelés à prendre en main leurs affaires et à ne plus se reposer sur les décisions de l’ancienne puissance coloniale. Assez paradoxalement, l’idée d’un tel désengagement est récusée à la fois par les cercles officiels qui ne cessent, au moins dans leurs discours, de répéter leur attachement à l’Afrique, mais aussi par les analystes les plus contempteurs de la politique africaine de la France (Verschave, 1998), parce qu’elle n’entre pas dans les grilles d’analyse d’une politique qui serait, selon ces derniers, guidée par des motivations mercantiles et mafieuses.

5

Pour les autres au contraire, la logique du maintien du statu quo tendrait à prévaloir malgré quelques ajustements (la nouvelle politique africaine de la France se veut de toute façon plus continentale, d’où son ouverture à de nouveaux partenaires, notamment anglophones). L’absence de véritable réforme de la politique africaine de la France se traduirait par une approche conservatoire dans les relations bilatérales (amitiés avec des régimes contestables, pratiques clientélistes, préservation des intérêts économiques français) et déclamatoire sur les questions multilatérales (appelé simplement à intervenir lorsque plus aucune autre solution ne serait efficace). Économiquement, politiquement et militairement, la France aurait ainsi préservé l’essentiel de ses capacités en Afrique (Chaigneau, 2001), et les interventions extérieures de son armée auraient permis de mettre en évidence la renaissance, parmi les officiers et soldats déployés sur le terrain, d’une nouvelle « culture coloniale ».

6

Ces analyses tendent à mettre l’accent sur le bilatéralisme pour des raisons historiques et sur la nature « familiale » ou sentimentale des relations entre la France et les pays africains francophones, où la rationalité serait en fait difficile à identifier. Mais elles paraissent surannées et relever d’une autre époque (lorsque par exemple François Mitterrand se sépare en 1982 de son ministre de la Coopération, Jean-Pierre Cot, à la demande d’un chef d’État africain). Comme l’écrit le directeur d’Afrique du ministère français des Affaires étrangères (Joubert, 2005), « ces deux critiques […] se fondent toutes deux sur une vision passéiste et figée de l’Afrique. Nostalgiques d’un ordre ancien ou pourfendeurs du néocolonialisme ne reconnaissent plus la politique conduite par la France parce qu’ils ne reconnaissent plus l’Afrique telle qu’elle est aujourd’hui ». De fait, la politique africaine de la France a connu une évolution profonde depuis la réforme décidée en 1998 par le gouvernement de Lionel Jospin, évolution qui n’a pas été remise en cause par l’alternance de 2002, même si certains analystes (Bourmaud, 2005) avancent que la politique conduite depuis lors aurait une nuance plus volontariste en faveur de l’Afrique, « une relance sans provincialisme » (Gouttebrune, 2002). On nuancera peut-être le caractère positif de ce dernier jugement en notant que cette « relance » a parfois pu aussi donner l’impression d’un flottement organisationnel et décisionnel lorsque les réformes administratives, notamment celles annoncées par le CICID en 2004 et 2005, n’ont pas toujours été arbitrées dans le détail (flou de certains transferts de compétences à l’Agence Française de Développement (AFD [5]  « Opérateur pivot » de la coopération française suivant... [5] ), incertitudes initiales quant aux conditions de gestion de l’assistance technique…) ou donné lieu à des explications suffisamment claires.

7

Cette évolution reste cependant structurellement caractérisée (1) par un intérêt croissant pour des pays situés hors du champ classique francophone (l’Afrique du Sud et le Kenya sont deux des principaux partenaires de l’AFD en Afrique ; le développement des relations avec le Nigeria, longtemps freiné par des préoccupations de lutte anti-blanchiment, devrait connaître un essor avec la sortie cette année de ce pays de la liste noire du GAFI [6]  Groupe d’Action Financière sur les capitaux. [6] ), (2) et par la volonté d’inscrire les relations franco-africaines dans un cadre multilatéral (avec notamment l’affirmation d’un soutien politique et technique, voire financier, aux organisations régionales africaines, y compris celles qui comme la CEDEAO ou la Communauté de Développement de l’Afrique australe – SADEC – étaient considérées comme d’influence plus anglo-saxonne, le soutien aux interventions politiques et le cas échéant militaires de l’UE et de l’ONU). Ce mouvement vers le multilatéralisme (qui complète plutôt qu’il ne se substitue à la logique traditionnelle) et l’appui à l’émergence de capacités interafricaines de gestion des crises, ne constitue pas en lui-même un désengagement (tout dépendant du maintien ou non des volumes d’engagements financiers mis en œuvre). Il devrait au contraire permettre la responsabilisation des pays africains, processus positif à terme.

8

Si on reprend les trois piliers autour desquels la politique africaine de la France se structure (le pilier économique et financier, le pilier politique, le pilier militaire et de sécurité), on peut constater qu’aucun des trois n’échappe à cette modernisation.

9

En ce qui concerne le pilier économique et financier, s’il demeure organisé autour de la zone franc, force est de constater que la France y a largement perdu son influence au bénéfice des institutions de Bretton Woods, depuis qu’elle a officiellement récusé tout soutien financier direct pour les pays ne bénéficiant pas d’un programme du Fonds Monétaire International (FMI). Cette doctrine, dite Balladur, du nom du Premier ministre qui l’a théorisée à Abidjan en 1994, n’a jamais été remise en cause, en dépit des rigidités qu’elle peut induire, notamment pour le cas de pays post-conflit. La dévaluation de 50 % du franc CFA la même année a également marqué une rupture importante et a rendu les pays africains francophones, à quelques exceptions près, moins dépendants du soutien financier de Paris. Si la France s’est engagée à l’instar d’autres bailleurs de fonds (mais plus prudemment par exemple que l’UE ou le Royaume-Uni) dans des mécanismes d’aide budgétaire globale, on constate qu’elle semble mettre en œuvre ce type d’appui non par souci de clientélisme, mais en tenant surtout compte de la qualité des circuits budgétaires et financiers locaux. Les trois premiers pays à avoir bénéficié d’aides budgétaires globales de la part de la France sont de façon significative (deux d’entre eux ne sont pas des partenaires « historiques » de la France) : le Mozambique, le Ghana et le Burkina Faso. La part des échanges commerciaux entre la France et les pays africains n’a par ailleurs cessé de se réduire (la zone franc représente 0,96 % des exportations de la balance commerciale française), et l’Afrique représente aujourd’hui un marché marginal pour les entreprises françaises (de plus en plus concurrencées par les opérateurs locaux et surtout par les entreprises chinoises [7]  Cette pénétration des intérêts chinois en Afrique suscite... [7] ).

10

Pour le pilier politique, la France s’appuie sur les principes de partenariat, d’africanisation et de mutualisation des efforts (en particulier européens). Elle se réfère dans toutes ses interventions aux positions prises par l’UA, les organisations sous-régionales et le Conseil de sécurité. Tout comme le Royaume-Uni, elle se fait d’ailleurs l’avocat des situations africaines au Conseil de sécurité, qui n’intéressent qu’épisodiquement les autres membres permanents, et cherche à favoriser l’implication politique des Nations unies. Parfois, comme ce fut le cas en République centrafricaine (RCA) pour la mise en place en 1998 de la MINURCA ou en Côte d’Ivoire en mai 2003 pour celle de la MINUCI, on peut soupçonner derrière cette volonté de multilatéraliser un souci de transférer la responsabilité et les charges humaine et financière de la crise à d’autres. La France met aussi en avant dans ses discours les principes de l’État de droit et de la gouvernance démocratique. Elle le fait avec une certaine prudence et peut-être avec moins de vigueur que le Royaume-Uni au sein du Commonwealth. Comme le précise Bruno Joubert (Joubert, 2005), « la France souhaite accompagner le mouvement des pays d’Afrique vers la démocratie et non pas l’imposer ». Mais ses actes ne sont pas éloignés de ses discours, comme lorsqu’elle promeut en RDC avec ses partenaires européens, des élections aussi ouvertes, transparentes et libres que possible.

11

Enfin, pour ce qui est du pilier militaire, on assiste à une référence de moins en moins affirmée aux accords de défense (le président Gbagbo cherche en vain en septembre 2002 à demander leur application pour mettre au pas la rébellion en Côte d’Ivoire) et à la réforme des accords de coopération militaire technique (réduction du nombre des coopérants, des stagiaires militaires africains, passage d’une coopération de présence à une coopération de projet). À travers le programme Recamp (Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix), la politique française en matière de sécurité en Afrique prend désormais en compte le maintien de la paix et de la sécurité régionale. Conçu en interopérabilité avec d’autres pays occidentaux (Royaume-Uni, États-Unis), Recamp doit permettre aux armées africaines de participer elles-mêmes aux opérations de maintien de la paix. En matière de gestion des conflits, les interventions françaises (du type de l’opération d’interposition « Licorne » en Côte d’Ivoire) posent la question de la capacité de la France à ne pas devenir, contre son gré, partie prenante aux conflits. Bien que réduite (avec une forte diminution des effectifs à la fin des années 1990 et la fermeture de la base de Bouar en RCA), la présence militaire française en Afrique ne saurait être négligée. Le dispositif militaire vient d’être réorganisé autour de quatre commandements : Djibouti, Dakar, Libreville et la Réunion (les bases d’Abidjan et Ndjamena ont donc un statut moindre). La nature géostratégique de ces implantations n’est pas négligeable. Elles servent aussi, en cas de nécessité, à l’évacuation des communautés étrangères.

Les prises de position dans les crises africaines récentes : entre échecs patents et succès indéniables

12

La France reste mise en cause tantôt pour son « ingérence », tantôt pour son « abandon » de l’Afrique. En effet, la nouvelle doctrine française, mise en pratique à l’égard de pays comme Madagascar (où la France a su faire fi en 2002, suite à la décision de son ministre des Affaires étrangères d’alors, Dominique de Villepin, de son approche traditionnellement légitimiste en faveur des pouvoirs en place), le Bénin ou le Sénégal, a plus de mal à s’appliquer au Tchad ou au Congo-Brazzaville… Les relèves démocratiques ne sont pas toujours présentes au rendez-vous. Entre indifférence et ingérence, l’équilibre reste difficile à trouver, en témoignent les difficultés de gestion rencontrées dans plusieurs crises, notamment dans le cœur du « pré-carré », en Afrique de l’Ouest. Le pourrissement du conflit ivoirien et l’irrésolution de la crise togolaise (tout au moins jusqu’à la fin du mois d’août 2006) en sont les exemples les plus frappants. A contrario, la France a su redresser en une dizaine d’années en Afrique centrale et dans la région des grands lacs une image de marque qui semblait pour elle compromise et détruite après le génocide rwandais en 1994 et le soutien apporté au régime du président Habyarimana. On relèvera enfin que la France ne fait entendre qu’une voix discrète, lorsque les crises ou conflits sortent de son champ traditionnel d’influence (Sierra Leone, Liberia, Zimbabwe, Sud-Soudan).

Côte d’Ivoire : la fin d’une relation particulière

13

Les événements survenus en Côte d’Ivoire depuis 2002, en particulier l’évacuation de la communauté française décidée en novembre 2004 (même si de nombreux Français, présents sur place depuis plusieurs générations ou employés de grandes entreprises, sont depuis revenus en Côte d’Ivoire et ont repris leurs activités), marque la fin de la relation particulière que la France entretenait avec ce pays depuis son indépendance. Dans un continent fragile, traversé par les guerres civiles et les crises humanitaires, « la Côte d’Ivoire constituait un modèle réussi de partenariat entre un pays nouvellement indépendant et son ancienne métropole, assistants techniques et chefs d’entreprises français ayant au cours des ans œuvré pour le succès de ce partenariat exceptionnel » (Michailof, 2005). Le déraillement de la « locomotive » ivoirienne se révèle donc à ce titre comme un échec durement ressenti par toute la classe politique française et au-delà par tous les Français qui ont des liens avec l’Afrique. L’échec est d’autant plus important pour la France qu’elle avait mis tout son poids pour la signature des accords de paix de Linas-Marcoussis début 2003. Si les efforts français ont pour l’instant permis d’éviter qu’une guerre civile ouverte éclate (sans pour autant que le pays ne recouvre la paix), l’installation de la Côte d’Ivoire dans une situation d’attente, où le risque de dérapage est permanent et le processus de paix en danger, fait peser une hypothèque sur les évolutions à venir de la politique africaine de la France.

14

Il s’agira en effet d’un enjeu lourd de conséquences pour les nouveaux présidents et gouvernements français en 2007, quels qu’ils soient. Trois scénarii sont à ce stade envisageables (Serequeberhan, 2005) : (1) le pays s’enfonce dans les massacres et la crise, et l’intervention française se révèle un échec complet (dans ce cas, il y a de fortes chances que la France limite à l’avenir son engagement en Afrique) ; (2) la seconde possibilité est celle de l’enlisement, l’absence à la fois de conflit ouvert et d’accord politique (une telle option pourrait immobiliser la France dans le bourbier ivoirien plusieurs années, en limitant ses capacités d’intervention et de médiation dans d’autres pays africains) ; (3) dans un troisième scénario plus porteur d’espoir, mais qui suppose de véritables concessions entre les parties, le pays connaît une sortie de crise démocratique avec l’organisation réussie d’élections (dans ce cas, la France ne devrait pas renoncer à ses rôles politique et militaire de recours et de stabilisation régionale dans d’autres crises).

Les ambiguïtés de la position de la France au Togo

15

Les événements intervenus au Togo depuis le décès en début d’année 2005 du président Gnassingbé Eyadema ont suscité des réactions embarrassées des autorités françaises qui se sont à plusieurs reprises trouvées en décalage par rapport aux positions plus tranchées prises par les organisations régionales (avec des nuances entre l’UA et la CEDEAO) et internationales. Par ses prises de positions plus que modérées dans les différentes étapes de l’évolution de la crise, la France s’est vue accusée de soutenir le mode de succession héréditaire du régime, en faveur du fils du président défunt, Faure Gnassingbé. Comi Toulabor juge que le régime « a su préserver les intérêts d’une caste militaro-affairiste où la France joue un des tout premiers rôles » (Toulabor, 2005).

16

En fait, même si on ne peut exclure certains liens personnels, la position française semble avoir été dictée par deux considérations : en premier lieu, le souci d’éviter que la situation de crise ne devienne irréversible, ne fasse miroir avec la crise ivoirienne ou ne produise des massacres de grande ampleur (rappelons que 40 000 Togolais ont dû s’exiler de leur pays après l’élection présidentielle de 2005) ; en second lieu, la reconnaissance du leadership des pays de la sous-région et de la CEDEAO, dans la gestion de la crise. Cette position aurait sans doute été plus légitime si elle n’avait pas été accompagnée depuis de nombreuses années par une défense assez systématique des intérêts du pouvoir togolais dans les enceintes de l’UE ou de l’ONU (lorsque par exemple le président Gnassingbé Eyadema avait été personnellement mis en cause pour son implication dans les violations de l’embargo angolais). La France se retrouve dans une position intenable (Ayad, 2005) en fonction de l’historique d’une relation qui, aux yeux de l’opposition, lui fait perdre sa crédibilité. Malgré tout, l’émergence d’une solution politique, à travers la signature d’un accord le 20 août 2006 entre le gouvernement togolais et les partis de l’opposition, s’opère grâce à une médiation africaine opérée par un président considéré comme proche de Paris, celui du Burkina Faso.

Région des Grands Lacs : un véritable retour d’influence

17

Depuis 1998, la grande continuité de la diplomatie française a permis à la France de retrouver un rôle de premier plan dans cette région, rôle précédemment mis à mal par les soupçons d’accointance avec le régime génocidaire au Rwanda et le pouvoir mobutiste au Zaïre. La France a soutenu avec succès les accords de paix au Burundi et a activement appuyé l’implication de l’Afrique du Sud et des Nations unies dans la résolution de cette crise. En ce qui concerne la République Démocratique du Congo (RDC), les positions françaises en faveur de l’arrêt des ingérences extérieures (Rwanda et Ouganda), de la lutte contre l’exploitation illégale des ressources du pays et les violations des droits de l’homme, du déploiement d’une mission significative des Nations unies, la MONUC, du rétablissement de l’ordre constitutionnel et de l’organisation d’élections ont joué un rôle moteur dans la détermination des positions de la communauté internationale et de l’UE. La France a su utiliser le Conseil de sécurité pour rallier progressivement à ses vues, ce qui n’était pas gagné d’avance, les États-Unis et surtout le Royaume-Uni. Cette implication politique est toutefois limitée par la faiblesse des moyens de l’aide bilatérale (hors annulation de dette pour la RDC) que la France apporte à la reconstruction de ces pays. Un point délicat reste enfin celui de la relation entre la France et le Rwanda, dont le processus de réconciliation est régulièrement compliqué par des révélations diverses et variées sur les responsabilités des uns et des autres (Péan, 2005) dans les événements qui ont conduit au génocide de 1994.

Convergences et divergences entre la politique africaine de la France et celles de l’UE, du Royaume-Uni et de l’Allemagne

Le maintien de l’influence française sur la politique africaine de l’UE

18

De par son histoire et son implication dans la construction de l’appareil européen de développement, la France a longtemps joué un rôle déterminant dans la philosophie et les axes d’intervention de l’UE en Afrique. En dépit de l’engagement financier français dans le FED, ce rôle a tendu à décroître dans les années récentes, jusqu’à la prise de fonction en 2004 du nouveau commissaire européen au développement, Louis Michel, dont la vision africaine semble assez proche de celle de Paris. Les positions de l’UE sont en adéquation avec la nouvelle dynamique de la politique africaine de la France, notamment en ce qui concerne les questions politiques (références à la légalité constitutionnelle et au respect du suffrage universel). On relèvera aussi le lancement, par la Commission européenne, de la Nouvelle stratégie pour l’Afrique pour la décennie 2005-2015. Cette stratégie définit un cadre d’action pour les 25 États membres et la Commission européenne afin d’appuyer les efforts africains pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), objectif auquel souscrit naturellement Paris.

19

Au sein de l’UE, les questions de sécurité font l’objet de la PESC (prévention et règlement des conflits). Une coopération très avancée a été mise sur pied avec la CEDEAO, dont le mécanisme de prévention, de gestion et de règlement des conflits a déjà bénéficié d’une contribution de 1,9 million d’euros. La SADEC bénéficie aussi d’une coopération directe avec l’UE, qui donne lieu à des réunions régulières entre les deux organisations. La PESC permet des prises de position commune des États de l’UE, sur lesquelles la France, compte tenu de sa connaissance des dossiers et de l’ampleur de son réseau diplomatique, cherche à faire prévaloir ses points de vue. L’UE, à travers les articles 96 et 97 de l’accord de Cotonou, signé le 20 juin 2000 et entré en vigueur le 1er avril 2003, dispose d’un mécanisme efficace de sanctions et de dialogue politique avec les pays partenaires (beaucoup plus élaboré que celui prévu dans la convention de Lomé). L’influence française se fait sentir soit pour durcir les dispositions prévues (avant la guerre en Irak en 2003, la France était ainsi des pays qui réclamait avec l’Allemagne une politique plus ferme à l’encontre de la Guinée [8]  La Guinée a bénéficié de sa présence au Conseil de... [8] ), soit au contraire pour atténuer les sanctions et limiter les conditionnalités.

20

L’avenir d’une éventuelle européanisation de la politique africaine de la France n’a pas été longtemps à l’ordre du jour en raison :

  1. des hésitations de certains pays européens à s’investir sur le continent (débat entre les priorités géographiques Est et Sud de l’UE) ;

  2. de l’absence d’une vision commune (opposition traditionnelle de la France avec les vues des pays nordiques perçues comme dogmatiques et inadaptées aux réalités africaines) ;

  3. des difficultés rencontrées pour mettre en place la politique européenne de sécurité et de défense (PESD) ;

  4. des freins au sein même de l’appareil décisionnel français pour le contrôle des opérations extérieures (Bagayoko-Penone, 2003). Néanmoins, le succès de l’opération Artémis en Ituri en juin/août 2003, avec la mise en place d’une force européenne franco-allemande, pour lutter contre les exactions des milices et pallier l’inefficacité de la MONUC [9]  « Sauver les sauveurs », note ironiquement Thierry... [9] , conduit à redonner de la crédibilité à cette perspective. La Force de l’UE (EUFOR) joue en 2006 un rôle décisif de protection rapide pour la MONUC.

Les chemins parallèles de la France et du Royaume-Uni en Afrique

21

Par bien des égards, l’évolution de la politique africaine du Royaume-Uni peut paraître aller en sens inverse de celle de la France :

  • Le Royaume-Uni se réengage fortement en Afrique en 1997, après plusieurs décennies de relatif désintérêt, au moment même où la France paraît sur le recul. Le gouvernement de Tony Blair fait du Department for International Development (DFID) un ministère autonome et fort, préservé dans ses moyens budgétaires, tandis que le ministère français de la Coopération est entièrement absorbé par le Quai d’Orsay. « Le gouvernement travailliste a su insuffler au sein de l’administration britannique un esprit nouveau dans la prise en compte et l’analyse des réalités africaines », synthétise François Gaulme (Gaulme, 2003).

  • Le gouvernement britannique met en avant des préoccupations de diplomatie éthique, d’éradication de la pauvreté, de transparence de gestion des ressources minières (lancement du processus de Kimberley) et pétrolières (“Publish what you pay”), qui paraissent aux antipodes de la vision française de l’Afrique, à la fois plus géostratégique et plus culturelle.

  • Le lancement de la Commission pour l’Afrique et l’élaboration du plan d’action pour le sommet du G8 de Gleaneagles marquent le souci d’apporter un regard neuf sur l’Afrique et sur le rôle de la communauté internationale dans la trajectoire de développement du continent.

Un écart semble néanmoins perceptible dans cette nouvelle politique africaine du Royaume-Uni entre la rhétorique et la réalité, faisant apparaître certaines incohérences, et la rapprochant par là même des difficultés rencontrées par la France :

  1. l’Afrique peut paraître aux yeux de certains analystes de la politique britannique comme une opportunité de communication politique pour un gouvernement devenu impopulaire après la crise irakienne ;

  2. les approches du Royaume-Uni ont souvent été assez idéologiques, avec des objectifs exclusifs de lutte contre la pauvreté, voire humanitaires, et ont négligé les réalités politiques locales (ce qui a pu amener à de solides désillusions comme en Éthiopie) ;

  3. la gestion a été maladroite et parfois arrogante (au Zimbabwe notamment où le président Mugabé apparaît paradoxalement, aux yeux de nombreux Africains, comme une victime).

En outre, alors même que Londres affirmait faire de l’Afrique une priorité, les capacités d’action du Royaume-Uni ont été affectées par les coupes budgétaires découlant de l’engagement en Irak et de la réforme de la sécurité des missions diplomatiques et de coopération (fermeture des ambassades au Lesotho et au Swaziland, fermeture des programmes du DFID en Gambie et en Angola en 2005). De plus, les objectifs développementaux du DFID se sont parfois trouvés en porte-à-faux par rapport aux objectifs stratégiques et commerciaux du Royaume-Uni.

22

Dans la réalité des rapports de terrain, les politiques africaines de la France et du Royaume-Uni évoluent en fait en parallèle et se croisent peu. Les priorités géographiques sont distinctes (à la seule exception de la RDC) et chaque pays se reconnaît une certaine prééminence dans sa sphère d’influence : les soutiens croisés de la France et du Royaume-Uni en 2000/2001 pour la Sierra Leone et la RCA au Conseil de sécurité en furent une illustration (Châtaigner, 2005). Paris et Londres se retrouvent en revanche dans la proclamation de la nécessité de l’augmentation de l’aide en faveur de l’Afrique.

L’enjeu « gagnant-gagnant » d’un rapprochement des politiques africaines de la France et de l’Allemagne

23

La France souhaiterait à l’évidence que l’Allemagne s’investisse davantage sur le continent africain, à la fois sur les plans politique, financier et, le cas échéant, militaire comme en RDC. L’évolution durable de la position française dans le sens d’un soutien aux initiatives africaines et d’un engagement en faveur de l’action multilatérale rend à l’évidence un rapprochement plus significatif possible. Les principaux objectifs de la coopération allemande en Afrique (la promotion de la gouvernance, l’appui au secteur de l’eau, la lutte contre le SIDA et le soutien des initiatives et entreprises privées) sont convergents avec les objectifs mis en avant par Paris. Les deux pays ont aussi entamé une démarche comparable de sélectivité et de concentration de leur aide. L’AFD et la KFW entretiennent des liens étroits à travers des échanges de personnel, des délégations réciproques de crédits et la promotion de positions concertées dans leurs discussions avec la Commission européenne.

24

On peut penser que les deux pays gagneraient à partager davantage leurs analyses politiques (des situations comme la Guinée ou la RDC ont confirmé qu’elles pouvaient être proches) et à intervenir ensemble plus systématiquement (une mission d’identification conjointe au Soudan en février 2004 semble être restée sans lendemain). Les deux pays ont tout à gagner à développer des initiatives communes permettant sans doute à la France de ne pas être, compte tenu de ses liens historiques avec le continent, constamment soupçonnée d’arrière-pensées et à l’Allemagne de faire valoir que l’Afrique représente effectivement un enjeu pour elle, à la hauteur de l’ambition qu’elle a d’obtenir un siège permanent au Conseil de sécurité. Cela nécessiterait sans doute aussi pour les deux pays de dégager des ressources budgétaires nouvelles en faveur de l’Afrique sub-saharienne.

En guise de brève conclusion…

25

On insistera sur l’idée que les déterminants de la politique africaine de la France ne sont définitivement plus liés par des rapports de puissance politiques ou économiques que certains qualifieraient de « néocoloniaux ». Le caractère partenarial de cette politique semble irréversible (Chafer, 2002) et la France n’a plus les capacités, ni l’ambition de « gendarmer » l’Afrique. Le risque ne doit cependant pas être écarté que cette politique ne soit au final guidée par de nouvelles préoccupations qui auraient peu à voir avec les besoins réels de l’Afrique, comme le souci exclusif de contrôler les flux d’immigration vers la France, ou d’afficher une aide avant tout humanitaire ne permettant pas un réel développement économique. La priorité africaine de la France ne pourra aussi être réellement jugée qu’à l’aune des moyens financiers, pour l’instant budgétairement très contraints, mis en place pour la soutenir et lui donner une réalité. La France doit aussi compter désormais en Afrique sur la présence de nouveaux partenaires/concurrents étatiques (Chine) et non étatiques (grandes fondations américaines) qui peuvent définitivement remettre en cause, si elle n’y prend garde, sa capacité d’influence.


Bibliographie

  • Ayad, C. (2005), « L’intenable position de la France au Togo », Libération, 5 juillet.
  • Bagayoko-Penone, N. (2003), « La France et la gestion militaire des crises africaines », Géopolitique africaine.
  • Bourmaud, D. (2005), « La nouvelle politique africaine de la France à l’épreuve », Esprit, août-septembre.
  • Chafer, T. (2002), “Franco-African Relations: No Longer so Exceptional?”, African Affairs, n° 101.
  • Chaigneau, P. (2001), « La France, ex-puissance africaine ? », Centre d’études diplomatiques et stratégiques.
  • Châtaigner, J.-M. (2005), L’ONU et la Sierra Leone – les méandres d’une négociation, Paris, Karthala.
  • Gaulme, F. (2003), « Le sursaut africain du New Labour », Afrique contemporaine, n° 207.
  • Gouttebrune, F. (2002), « La France et l’Afrique : le crépuscule d’une ambition stratégique ? », Politique étrangère, 4/2002.
  • Joubert, B. (2005), « Quelle politique de la France en Afrique ? », L’ENA hors les murs, Magazine des anciens élèves de l’ENA, n° 350, avril.
  • Marchesin, P. (1998), « La politique africaine de la France en transition », Politique africaine, n° 71, octobre.
  • Michailof, S. (2005), « Côte d’Ivoire 2005 : bienvenue sur le Titanic », Commentaire, n° 110.
  • Orsenna, E. (2006), Voyage aux pays du coton. Petit précis de mondialisation, Paris, Fayard.
  • Péan, P. (2005), Noires fureurs, blancs menteurs. Rwanda 1990-1994, Paris, Éditions Mille et une nuits.
  • Serequeberhan, H. (2005), « Le réengagement français dans les conflits africains et le défi ivoirien », Annuaire français de relations internationales.
  • Toulabor, C. (2005), « Élection à haut risque dans un Togo déchiré », Le Monde diplomatique.
  • Tournemire, M.-E. (2004), « La politique africaine de la France s’enlise dans le bourbier ivoirien », Revue Républicaine, 16 novembre.
  • Verschave, F.-X. (1998), La « Françafrique », le plus long scandale de la République, Paris, Stock.
  • Vircoulon, T. (2005), « Ambiguïtés de l’intervention internationale en République Démocratique du Congo », Politique africaine, n° 98.

Notes

[1]

Cet article est la traduction française adaptée d’un papier de l’auteur originellement publié en allemand par la fondation Friedrich-Ebert-Stiftung (wwww. fes. de).

[2]

Directeur du département du pilotage et des relations stratégiques à l’AFD. Les vues exprimées ici le sont à titre purement personnel.

[3]

Dans d’autres régions du monde, la présence française a pu et peut jouer un rôle (cf. le Liban au Moyen-Orient, l’Indochine en Asie…), mais son influence y est limitée par la politique d’autres grandes puissances.

[4]

Dont on peut certainement dater les origines au discours prononcé en 1990 par le président Mitterrand à la conférence de La Baule engageant les pays africains dans la voie de la démocratisation, mais qui ne se traduit en implications concrètes, en termes de modernisation de la coopération, que quelques années plus tard.

[5]

« Opérateur pivot » de la coopération française suivant les termes employés par le CICID en 2004.

[6]

Groupe d’Action Financière sur les capitaux.

[7]

Cette pénétration des intérêts chinois en Afrique suscite des réactions inquiètes au sein de l’administration française qui se demande si elle doit réagir et comment (édiction par exemple de règles de responsabilité sociale et environnementale sur les marchés publics).

[8]

La Guinée a bénéficié de sa présence au Conseil de sécurité en 2003/2004 pour « négocier » sa position sur la guerre en Irak et alléger la pression internationale qui pesait sur elle.

[9]

« Sauver les sauveurs », note ironiquement Thierry Vircoulon (Vircoulon, 2005).

Résumé

Français

Après avoir rappelé les principaux fondements de la politique africaine de la France et les évolutions structurelles qu’elle a connues ces dernières années, cet article fait un bilan des interventions françaises dans un certain nombre de crises africaines dans les années récentes et les leçons qui doivent en être tirées. Il essaye de préciser les convergences et les divergences qui peuvent exister entre la politique africaine de la France et les politiques africaines de l’UE, du Royaume-Uni et de l’Allemagne.

English

This article summarizes the key foundations of France’s African policy and its structural evolution over recent decades. It then assesses the outcome of French interventions in several African crises in recent years, as well as lessons that can be learned. It also attempts to clarify African policy convergence and divergence in France, the European Union, the United Kingdom and Germany.

Plan de l'article

  1. Les principaux fondements : entre ruptures et continuités
  2. Les prises de position dans les crises africaines récentes : entre échecs patents et succès indéniables
    1. Côte d’Ivoire : la fin d’une relation particulière
    2. Les ambiguïtés de la position de la France au Togo
    3. Région des Grands Lacs : un véritable retour d’influence
  3. Convergences et divergences entre la politique africaine de la France et celles de l’UE, du Royaume-Uni et de l’Allemagne
    1. Le maintien de l’influence française sur la politique africaine de l’UE
    2. Les chemins parallèles de la France et du Royaume-Uni en Afrique
    3. L’enjeu « gagnant-gagnant » d’un rapprochement des politiques africaines de la France et de l’Allemagne
  4. En guise de brève conclusion…

Pour citer cet article

Châtaignier Jean-Marc, « Principes et réalités de la politique africaine de la France », Afrique contemporaine 4/ 2006 (n° 220), p. 247-261
URL : www.cairn.info/revue-afrique-contemporaine-2006-4-page-247.htm.
DOI : 10.3917/afco.220.0247

© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback