Afrique contemporaine
De Boeck Université

I.S.B.N.9782804154189
278 pages

p. 19 à 23
doi: en cours

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Dossier « Ressources naturelles »

n° 222 2007/2

2007 Afrique contemporaine Dossier « Ressources naturelles »

Introduction thématique

« Ressources naturelles »

Christophe Du Castel  [1]
En adaptant la Convention sur les changements climatiques et la Convention sur la diversité biologique, les pays participant au Sommet de la Terre (Rio, 1992), s’ils accouchaient de deux beaux bébés, ne se doutaient probablement pas des multiples crises de croissance auxquelles ils auraient à faire face pour chacun d’eux.
La Convention sur les changements climatiques est aujourd’hui sur le devant de toutes les scènes médiatiques. L’opinion publique mondiale est, au moins pour partie, sensibilisée aux risques induits par l’accroissement de la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.
L’attention que porte l’opinion aux humeurs du climat et la perception qu’elle a d’un risque imminent n’y sont probablement pas étrangers. Mais surtout, le débat sur le changement climatique a été institutionnalisé et approprié par les États et le secteur industriel. L’émergence de ce dialogue a permis de construire l’esquisse d’un processus vertueux qui, même s’ils restent aujourd’hui bien en deçà des enjeux, permet de voir émerger une volonté de répondre aux défis posés par les changements climatiques.
Il n’en est pas de même en ce qui concerne la dégradation de la diversité biologique, dont la perception par l’opinion publique se limite souvent à la protection d’espèces emblématiques ou à la préservation des modes de vie des peuples premiers.
Cette « folklorisation » de la biodiversité vient probablement, au moins pour partie, d’une perception superficielle par l’opinion des coûts de la dégradation de la diversité biologique et, à l’inverse, d’une extrême sensibilité aux avantages induits par des processus qui dégradent la biodiversité : l’essor de l’agriculture, de la pêche, de la sylviculture et, dans une moindre mesure, de l’urbanisation ont été et restent les principaux fossoyeurs de la diversité biologique. Mais ils sont avant tout les piliers du développement économique, et restent perçus comme tels par les opinions publiques.
De surcroît, les acteurs de la dégradation de la diversité biologique forment un peuple diffus et multiforme où le paysan et le pêcheur côtoient les multinationales et les promoteurs immobiliers. N’ayant pas de représentants institutionnels constitués, le dialogue n’en est que plus difficile à mettre en place pour construire une stratégie globale à l’échelle des enjeux.
Face à cette carence institutionnelle, les ONG internationales se sont approprié le rôle de représentation de la société civile pour la préservation de la diversité biologique. Mais cette dernière ne peut se suffire d’un dialogue entre État et ONG qui évince souvent les enjeux économiques entre les mains d’acteurs non impliqués dans ce dialogue.
Et pourtant, il est établi que nous assistons à l’échelle de la planète à une réduction drastique de la variabilité des organismes vivants, autrement dit une diminution de la biodiversité. Cette dégradation de la biodiversité s’observe aussi bien en termes de nombre d’espèces ayant disparu ou étant en voie d’extinction qu’en termes de diversité des écosystèmes. Les scénarii esquissés (Millenium Ecosystem Assessment, 2005) ne laissent pas présager une amélioration de ces tendances. Plus de 20 % des espèces connues sont menacées d’extinction.
En outre, la disparition des espèces s’accompagne d’une homogénéisation des groupes taxonomiques sous la double influence d’une disparition plus rapide des espèces les moins représentées et d’une introduction massive d’espèces exotiques. Si l’on perçoit dans certaines situations une tendance au ralentissement du processus de dégradation, il s’agit essentiellement d’écosystèmes fortement dégradés pour lesquels le processus d’érosion a atteint un seuil critique permettant d’envisager une relative amélioration.
Ces tendances devraient se poursuivre, voire s’accélérer, sous l’effet de l’accroissement démographique, de l’expansion du commerce international, vecteur de standardisation des modes d’usage des milieux naturels, et des menaces liées aux changements climatiques.
Néanmoins, sous la pression croissante des ONG, le regard de l’opinion publique sur la diversité biologique évolue : au-delà des avantages économiques induits par la dégradation de la biodiversité, le maintien de la diversité biologique commence à être perçu comme créateur de valeurs économiques, culturelles ou patrimoniales, mais aussi de valeurs latentes qui seraient susceptibles de s’exprimer dans un futur plus ou moins lointain.
C’est cet exercice d’évaluation des avantages induits par la diversité biologique qu’il convient de construire avec les acteurs impliqués et la société civile.
Une partie du débat a déjà été posée : il est acquis que les écosystèmes sont le support des conditions indispensables au maintien de la vie sur terre à travers leur contribution à la formation des sols, à la régulation des cycles de l’eau et de l’air, à la création et au maintien des espèces indispensables à la couverture alimentaire, à l’habitat, au chauffage, à la santé. En outre, au-delà de leurs fonctionnalités biologiques, les écosystèmes sont un espace de production de valeurs culturelles, spirituelles ou religieuses. Enfin, les écosystèmes sont susceptibles de fournir des services dont la nécessité n’est pas perceptible à l’heure actuelle et de garantir une certaine stabilité aux systèmes biologiques en évolution.
C’est la diversité et la multiplicité de ces fonctionnalités passées, présentes et futures qui rend l’évaluation de la valeur des écosystèmes extrêmement délicate. Difficulté accrue par le fait que l’humain est partie intégrante de ces écosystèmes et que, partant, la tentation est forte d’évaluer la valeur des écosystèmes à la seule aune du développement ou, à l’inverse, d’inscrire la conservation de la nature comme une finalité.
Dans ce débat, les pays du Sud sont aujourd’hui au premier rang. Ils abritent les écosystèmes les plus riches en termes de nombre d’espèces, les plus variés et les moins affectés par l’activité humaine. Mais ils hébergent aussi le tiers le plus pauvre de l’humanité, qui généralement ne peut compter que sur les ressources naturelles de son environnement pour assurer sa subsistance et préserver ses valeurs.
Depuis le Sommet de la terre et l’approbation de la Convention sur la diversité biologique, il est convenu de considérer que la protection de la nature s’articule autour de trois objectifs centraux : la conservation de la biodiversité, l’utilisation durable des ressources naturelles et le partage équitable des bénéfices provenant de leur exploitation.
C’est sur l’articulation de ces trois objectifs que se penche le présent dossier : peut-on concilier conservation et exploitation des ressources naturelles ? Quelle place peuvent tenir les acteurs locaux face à des enjeux largement planétaires ? Les logiques de marché sont-elles compatibles avec la préservation des écosystèmes ? Quels liens peut-on faire entre préservation des ressources naturelles et lutte contre la pauvreté ?
Un premier niveau de questionnement porte sur la gouvernance de la gestion des ressources naturelles. Il est communément admis depuis le Sommet de la terre que les populations locales ont un rôle éminent dans la gestion des ressources naturelles. Ce paradigme a été largement exploré, en particulier en Afrique australe, à travers la mise en Å“uvre de nombreux programmes de gestion des ressources naturelles par les populations locales. En s’appuyant sur les projets conduits au Zimbabwe et au Botswana, les auteurs pointent les limites d’une telle approche en termes de gouvernance des ressources naturelles et la nécessité d’une articulation institutionnalisée entre les différents niveaux de responsabilité.
Sur cette même problématique d’appropriation de la gestion des ressources naturelles par les populations locales, l’exemple de la filière charbon de bois au Sénégal propose une approche radicalement différente, dans laquelle la volonté de réforme institutionnelle de la filière a été privilégiée. La comparaison de ces deux modes d’intervention met en exergue les difficultés et les contraintes à l’établissement d’un dialogue structuré et équilibré entre les acteurs. Mais elle offre également la possibilité de construire une démarche proactive à l’interface entre responsabilisation des populations locales et enjeux économiques.
Un second niveau de questionnement porte sur les outils de valorisation des ressources naturelles. Si, comme évoqué plus haut, les écosystèmes sont porteurs de valeurs économiques, sociales et culturelles, leur valorisation amène à devoir faire face à des logiques de marchés auxquelles les acteurs locaux sont rarement préparés.
Dans cette perspective, l’analyse du tourisme cynégétique en Afrique sub-saharienne est éclairante sur l’intérêt et les limites d’un mode original de valorisation des ressources naturelles. On pourra en outre comparer avec l’analyse faite des filières d’écotourisme mises en place à Madagascar et en Namibie. Bien que portant sur des écosystèmes très différents et inscrites dans des contextes sociaux fort dissemblables, ces deux revues mises en parallèle permettent de cerner au niveau local la dichotomie récurrente entre conservation des écosystèmes et valorisation économique. Elle permet en outre de jeter un regard critique sur les modes de répartition de la valeur ajoutée induite par la valorisation des ressources naturelles.
Dans un contexte institutionnel et biogéographique différent, on lira avec intérêt l’approche retenue en Bolivie en matière de valorisation des ressources végétales. La démarche proposée présente l’originalité d’avoir été construite autour de la volonté de contribuer à la mise en place d’un système de gouvernance des ressources naturelles associant les acteurs locaux à la construction d’un partenariat entre acteurs publics et privés.
Enfin, la réflexion sur les parcs naturels régionaux pourra être lue comme une contribution à la recherche d’un compromis à la croisée des chemins entre valorisation économique des ressources naturelles, préservation de la diversité biologique des écosystèmes et gouvernance locale. Elle renvoie aux questionnements sur les niveaux de protection de la nature et propose, à travers un système de protection aux coûts relativement bas, une intégration sociétale des problématiques environnementales. Une esquisse de développement durable ?
 
NOTES
 
[1]Chargé de mission au Secrétariat général du Fonds français pour l’environnement mondial (FFEM), il est spécialisé dans la gestion des ressources naturelles en zones tropicales. Il a travaillé notamment sur les écosystèmes forestiers du bassin du Congo (dducastelc@ afd. fr).
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