2007
Afrique contemporaine
Éditorial
Jean-Bernard Véron
Ce numéro d’
Afrique contemporaine est bâti autour d’un dossier consacré à la gestion des ressources naturelles et de la biodiversité dans les pays en développement. Les six articles et l’introduction thématique qui le composent examinent successivement l’impact du tourisme, soit cynégétique, soit écologique, la gestion communautaire des ressources naturelles en Afrique australe, les évolutions institutionnelles et politiques de la filière bois-énergie au Sénégal ainsi qu’un exemple de partenariat multi-acteurs en Bolivie
[1].
L’angle d’approche retenu est celui du jeu des différentes catégories d’acteurs concernées, principalement l’État et ses administrations, les communautés locales géographiquement positionnées sur les bassins de ressources considérées et les intérêts privés et, partant, de leurs interactions ainsi que des « lois » qui régulent ces dernières.
Cette approche s’appuie sur le constat, assez largement partagé hors des sphères de conservation « pure et dure », que ces ressources, dont la biodiversité, sont porteuses de valeurs économiques, soit dès aujourd’hui, soit à un horizon plus ou moins rapproché. C’est d’ailleurs sans doute ce constat qui fait que les ressources en question reçoivent une attention croissante depuis le Sommet de Rio de Janeiro en 1992, en particulier de la part des agences d’aide au développement.
Le recentrage sur les enjeux économiques entraine toutefois trois séries de conséquences. Les premières, du fait du processus de marchandisation de ces ressources, sont d’une part l’intrusion du marché, et donc de sa logique qui n’est pas spontanément en phase avec une approche en termes de conservation, d’autre part la tendance à la privatisation, à tout le moins de leur gestion.
Les deuxièmes, qui découlent directement des premières, ont trait au partage des valeurs économiques produites par l’exploitation de ces ressources entre les différentes parties prenantes.
Les troisièmes, enfin, touchent au positionnement des agences d’aide au développement qui s’efforcent de concilier dans leurs interventions un triple objectif d’exploitation non destructrice de ces ressources, de lutte contre la pauvreté et de promotion de l’autonomie économique des communautés de base.
Plus généralement, la question posée par ce dossier est celle de la construction d’une cohérence, si faire se peut, entre la logique du marché et les finalités de protection de la biodiversité et de développement durable. De ce point de vue et bien que traitant un petit nombre de cas très spécifiques, il s’inscrit dans une réflexion beaucoup plus ample relative à la gouvernance de la gestion des ressources naturelles.
Outre ce dossier, ce numéro comprend quatre articles isolés. Deux d’entre eux explorent ces thématiques économiques que sont l’effet frontière monétaire et les interrelations entre la croissance et les dépenses publiques. Le point qui mérite ici d’être souligné est que ces articles ont été l’un et l’autre rédigés par des auteurs du sud, conformément au souhait de la revue d’aider à la diffusion des travaux intellectuels réalisés dans les pays en développement.
Un troisième article clôt l’analyse entamée dans un précédent numéro sur les bouleversements des normes et comportements chez le peuple sahraoui du fait des hostilités et de sa sédentarisation forcée, notamment dans des camps de réfugiés.
Le quatrième article aborde la question de la rivalité entre la Chine et l’Inde en Afrique australe et nourrit donc le débat sur la montée en puissance, commerciale mais pas exclusivement, des pays émergents sur le continent africain, et ce aux dépens des pays développés occidentaux.
Enfin, une note bibliographique contribue à la démystification de l’action du Docteur Schweitzer au Gabon.
Les prochains dossiers d’Afrique contemporaine porteront d’une part sur les finances publiques africaines, notamment sous l’angle de la dette et de l’aide extérieure et, d’autre part, sur la situation de la République démocratique du Congo entre reconstruction et persistance de l’instabilité.
[1]
Plusieurs articles de ce dossier ont été présentés dans des versions antérieures lors du colloque GECOREV, organisé du 26 au 28 juin 2006 par l’IRD, le GRET et l’Université de Versailles Saint-Quentin avec le soutien de l’AFD, du Fonds Français pour l’environnement mondial, du Ministère des Affaires étrangères et du Ministère de l’écologie et du développement durable. Pour plus d’informations sur ce colloque, consultez le site du GECOREV :
wwww. c3ed. uvsq. fr/ gecorev/