2007
Afrique contemporaine
Réformes des finances publiques africaines et nouveaux dispositifs de l’aide et d’allégement de la dette : risques et opportunités
Aide budgétaire : le cas du Burkina Faso
[*]
Florence de Lucca
[**]
Marc Raffinot
[***]
L’accroissement de l’aide budgétaire globale devrait redonner son sens aux arbitrages budgétaires, un processus dévoyé par la multiplication des projets. En étudiant le cas du Burkina Faso, cet article montre que les avancées dans ce sens, qui sont réelles, se heurtent à de nombreux obstacles, tels que l’insuffisance des capacités dans le domaine de la définition, du suivi et de l’évaluation des politiques. Le lien entre les stratégies et la budgétisation axée sur les résultats reste faible, en raison notamment du dualisme budgétaire. Enfin, le ministère des Finances, qui est la principale cheville ouvrière de ces réformes, ne dispose pas toujours d’un statut lui permettant de coordonner efficacement les politiques sectorielles. Toutefois, la montée en puissance de l’aide budgétaire et la fusion récente de deux ministères dans un unique ministère de l’Économie et des Finances est en train de changer la donne au Burkina Faso.
Global Budget Support should contribute to give some sense to the national process of budget allocation. The case of Burkina Faso shows that progress has been made in this direction. Nevertheless, the links between strategies and budgetisation remain weak, namely because of budget dualism. The policy dialogue is mainly limited to the Ministry of Finance, which is not entitled to coordinate the reform process. However, the rise of budgetary assistance and the recent fusion of two ministries in a single ministry of Economy and Finance is making a change in Burkina Faso.
Pendant ces dix dernières années, les économies des pays africains à faible revenu (PAFR) ont évolué dans un contexte qui s’est profondément modifié. En 1996, la réduction de dette au titre de l’initiative des pays pauvres très endettés (PPTE) a apporté un élément nouveau, en réduisant les charges, mais en ajoutant l’obligation d’affecter les sommes libérées par l’initiative PPTE à des dépenses « réductrices de pauvreté ». Cette initiative a renforcé les e-fforts déjà entamés pour réorganiser la gestion budgétaire en fonction d’o-bjectifs, au niveau sectoriel ou général (Mesplé-Somps et Raffinot, 2003). Une inflexion sensible est intervenue en 1999, date à partir de laquelle l’a-ccent a été mis sur l’idée que les gouvernements devaient désormais être responsables des politiques mises en Å“uvre, l’élaboration d’un Cadre Stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP) devenant une condition pour b-énéficier de la réduction de dette au titre de l’initiative PPTE renforcée, et, au-delà, pour obtenir de nouveaux financements des Institutions de Bretton Woods (IBW). La priorité accordée à la lutte contre la pauvreté a été précisée par l’engagement pris en 2000 d’atteindre des objectifs du millénaire pour le développement (OMD).
L’annulation de la dette multilatérale (IADM) décidée par le G7 en 2005 a encore modifié le dispositif en accordant à certains pays des réductions de dette au-delà de la soutenabilité. À ceci est venu s’ajouter l’engagement des institutions d’aide à plus d’harmonisation, à plus d’alignement sur les politiques nationales et à l’accroissement de la proportion des appuis budgétaires pour une plus grande efficacité de l’aide (Déclaration de Paris, 2005).
Ces innovations ouvrent un nouvel « espace budgétaire », tout en modifiant les procédures et les rôles respectifs des acteurs responsables de la définition et de la mise en Å“uvre de la politique économique. Elles mettent notamment l’accent sur la « bonne gouvernance ». Elles se situent dans un contexte marqué par un engagement à doubler l’aide, ce qui pose en soi de redoutables défis pour la gestion des économies nationales en termes de capacité d’absorption et de formation de l’administration (Heller, 2005). Cet écheveau de réformes est destiné à simplifier la tâche des responsables gouvernementaux des pays récipiendaires de l’aide, notamment en ce qui concerne leurs relations avec les partenaires extérieurs, mais elle la complexifie à court terme du fait du changement des règles du jeu.
Cette complexité nouvelle est d’autant plus difficile à gérer que ces nouvelles approches ne sont pas exemptes de contradictions. Par exemple l’insistance des IBW pour que les sommes libérées par les réductions de dette soient affectées à des dépenses spécifiques morcelle le processus budgétaire au lieu de l’unifier comme le voudrait l’approche de l’aide budgétaire. La multiplication des diagnostics, évaluations et audits nécessaires demandés par les partenaires techniques et financiers (PTF, dorénavant « partenaires » pour simplifier) pour bénéficier de ces aides va à l’encontre de la volonté a-ffichée de responsabiliser les gestionnaires des budgets publics. Enfin, la pression au décaissement du côté des partenaires peut interférer avec l’élaboration d’un diagnostic de qualité et une évaluation sereine des résultats des politiques mises en Å“uvre.
Ces modifications du contexte de la politique économique dans les PAFR constituent donc un véritable défi, qui engendre des espoirs, mais aussi un certain scepticisme. L’aide budgétaire est sans doute le domaine dans lequel les engagements politiques pris dans les réunions internationales ont suscité le plus d’incompréhension, voire d’appréhensions de la part des praticiens et acteurs de la vie économique, tant dans les institutions d’aide que dans les pays récipiendaires.
Cet article vise à faire le point sur les attentes créées par l’aide budgétaire, sur les modalités de mise en Å“uvre utilisées jusqu’à présent, sur les problèmes rencontrés et sur certaines conditions pour les dépasser. Le cas du Burkina Faso, pays pilote en la matière, sera pris comme base pour analyser la façon dont ces différents problèmes se posent en pratique.
Les attentes créées par l’aide budgétaire
L’engagement pris en 2005 dans la déclaration de Paris de « réduire d’ici 2010 de deux tiers la part des apports au secteur public qui ne fait pas appel aux systèmes de gestion des finances publiques des pays partenaires » répond avant tout à un souci d’accroître l’efficacité de l’aide.
Les principales motivations qui ont été avancées pour accroître l’aide budgétaire par rapport aux autres modalités possibles de l’aide (notamment l’aide projet) sont :
- Augmenter l’appropriation des politiques en inscrivant l’aide des partenaires dans les stratégies nationales.
- Renforcer la maîtrise des gouvernements sur le processus budgétaire, n-otamment en évitant que les choix d’allocation budgétaire soient pré-pr-ogrammés par les partenaires. Ceci supposerait logiquement d’abandonner progressivement l’aide par projets mais aussi l’aide budgétaire sectorielle qui empêche les réallocations sectorielles en fonction des urgences ou des modifications de priorités, au bénéfice de l’aide budgétaire globale non affectée.
- Réduire les coûts de transaction (induits par les procédures des bailleurs non harmonisées) particulièrement élevés dans le cas des projets.
- Recentrer le dialogue autour des résultats (avancées des réformes) plutôt que sur les moyens.
- Accroître la pérennité des activités soutenues par l’aide en évitant que ces activités ne disparaissent dès que le financement extérieur s’arrête.
- Accélérer les décaissements. On sait en effet qu’un des problèmes récurrents de l’aide est la faiblesse des décaissements, faiblesse qui renvoie à la faible « capacité d’absorption » des administrations locales, éventuellement au non-respect des conditions associées à l’aide, mais aussi à la lourdeur des procédures administratives des partenaires.
La volonté ainsi affichée constitue dans bien des domaines une inflexion majeure par rapport aux pratiques passées. Comme tout changement institutionnel profond, elle devrait donc se heurter à l’inertie bureaucratique et probablement rencontrer de fortes oppositions, exprimées ou non, aussi bien du côté des gouvernements bénéficiaires que des partenaires. De plus, ces attentes ne reposent pas toujours sur des analyses empiriques solides. Killick (2004) montre notamment que l’utilisation dans ce cadre du terme « coûts de transaction » est généralement très vague. En affinant l’analyse, il montre que certains coûts de transactions risquent d’être élevés dans le cas de l’aide budgétaire, en particulier les coûts liés au suivi, à l’utilisation de la conditionnalité, ainsi qu’en termes de déstabilisation du fait de la volatilité et/ou de l’imprévisibilité de l’aide budgétaire. Au Burkina Faso, seulement la moitié de l’aide passe par les procédures nationales pour les décaissements d’après l’enquête de la Déclaration de Paris (DP) en 2006. L’aide projet est encore largement décaissée à travers les procédures des bailleurs. Une grande majorité d’entre eux continuent à passer par des unités parallèles de gestion ou des bureaux d’études pour gérer les projets. Cent trente-deux structures de ce type existent au Burkina Faso sans qu’aucun outil ne permette de faire le lien entre ces structures et le budget. Cette situation particulièrement accentuée au Burkina par rapport aux autres pays de l’enquête de la DP entraîne une sous-comptabilisation des flux d’aide et un suivi très imparfait des dépenses d’investissement sur financements extérieurs.
Modalités de mise en Å“uvre
L’expérience de l’aide budgétaire est ancienne au Burkina Faso, si l’on comprend par là les financements qui passent par le budget national et ne sont pas affectées à des dépenses pré-programmées. Dès le début des programmes d’ajustement structurel (en 1991 au Burkina Faso), les prêts du FMI, de l’Association Internationale pour le Développement (AID) et les aides budgétaires de l’Union européenne entrent dans cette catégorie. La différence avec l’approche récente est que ces apports faisaient l’objet d’une conditionnalité a priori, et n’avaient pas pour objet de développer un dialogue centré sur les politiques élaborées nationalement. C’est pourquoi dans leur évaluation de l’aide budgétaire au Burkina Faso, Lanser et al. (2006) distinguent cette aide budgétaire « de première génération » de ce qu’ils appellent « l’aide budgétaire dans le cadre d’un partenariat » (Partnership Global Budget Support). Le gouvernement français distingue dans le même sens l’aide budgétaire qui vise à combler un écart de financement (gap) de l’aide budgétaire accordée dans un cadre macro-économique bouclé, et destinée à financer les stratégies de lutte contre la pauvreté, comme c’est actuellement le cas au Burkina Faso. Cet article porte sur cette aide budgétaire « de seconde génération » ou aide budgétaire globale destinée à financer les stratégies de lutte contre la pauvreté.
Dans la plupart des pays où l’aide budgétaire est devenue importante, les partenaires qui en fournissent se sont regroupés pour mieux se coordonner, simplifier le dialogue sur les politiques avec le gouvernement, suivre les actions entreprises et en évaluer les résultats. Les premiers groupes de ce type ont été constitués en Tanzanie et au Mozambique. Leur façon de procéder est formalisée par un accord (en anglais
memorandum of understanding ou MoU). Ces MoU intègrent des processus de redevabilité
[1] croisée, fondés sur une évaluation indépendante de la façon dont les PTF tiennent leurs engagements en termes d’alignement, d’harmonisation et de prévisibilité de leurs décaissements. Killick
et al. (2005) présentent un exercice de ce type dans le cas du Mozambique.
Après une première expérience de coordination autour du Cadre Stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP) en 2001-2002 (Soutien Budgétaire Conjoint au CSLP, qui regroupait la Belgique, la Commission européenne, le Danemark, les Pays-Bas la Suède et la Suisse et auquel le Canada et la France s’étaient associés), le Burkina Faso a mis en place en 2005 un Cadre Général d’organisation des Appuis Budgétaires (CGAB) en soutien au CSLP. Le CGAB-CSLP est un dispositif de coordination des partenaires qui octroient des aides budgétaires globales (ABG) pour financer le CSLP. Le CGAB-CSLP regroupe actuellement le gouvernement et neuf partenaires : la Banque mondiale, la Banque africaine de Développement, la Commission européenne, la France, la Suède, la Suisse, les Pays-Bas, le Danemark et l’Allemagne. Cette seconde version est donc élargie par rapport à la première, notamment vers les multilatéraux. La présence de la Banque mondiale réduit encore la distinction qui pouvait être faite entre partenaires bilatéraux et multilatéraux, quoique le FMI continue à se placer « au-dessus de la mêlée », n’intervenant dans le CGAB que comme observateur.
Néanmoins, comme le montre le Tableau 1, l’aide budgétaire, sous forme de financement de programmes (dons et prêts) ne progresse pas vraiment au Burkina Faso sur le plan quantitatif. En pourcentage du total des ressources extérieures, elle a plutôt tendance à stagner, passant de 38,4 % en 2003 (45 % si l’on inclut les réductions de dette dans l’aide budgétaire) à 32,5 % en 2006 (36 % avec les réductions de dette).
L’aide budgétaire devrait favoriser une moindre variabilité de l’aide, car elle constitue une sorte de mise en commun des fonds autour d’un programme établi en commun. En fait, le Tableau 1 montre que l’aide budgétaire est plus instable que l’aide projet sur la période 2000-2007. Les coefficients de variation (rapport entre l’écart-type et la moyenne) sont de 0,38 pour l’aide budgétaire (0,31 si l’on y inclut les réductions de dette) et 0,20 seulement pour l’aide projet. Toutefois, sur la période récente (2003-2007), c’est l’aide budgétaire (avec ou sans réductions de dette) qui est plus stable que l’aide projet et surtout qui présente un meilleur taux d’exécution.
Tableau 1
Ressources intérieures et extérieures du Tableau des Opérations Financières de l’État du Burkina Faso (milliards de francs CFA)
2000 2001 2002 2003 2004 2005 (est.) 2006 (est.) 2007 (proj) Recettes fiscales 203 213 241 270 318 337 362 414 Dons projets 112 121 89 62 70 74 120 109 programmes 23 27 30 72 47 58 58 70 Prêts (tirages) projets 67 56 55 73 80 101 90 133 programmes 0 33 46 12 40 36 43 57 Réduction de dette 7 27 21 25 25 24 15 0 Financement projets 179 177 144 135 150 175 210 242 Financement programmes 30 87 97 109 112 118 116 127 Aide budgétaire en pourcentage des apports extérieurs hors réductions de dette 11,4 25,3 34,5 38,4 36,7 34,9 32,5 34,4 Aide budgétaire en pourcentage des apports extérieurs avec les réductions de dette 14,4 33,0 40,2 44,7 42,7 40,3 35,6 34,4 Source : FMI, (IMF 2005, 2006 et 2007), hors IADM (les réductions de dette au titre de l’IADM ont été enregistrées en une seule fois en 2006 et comprennent les annulations au titre de PPTE, qui étaient auparavant enregistrées année par année).
Sur le plan qualitatif, la volonté de mobiliser de l’aide budgétaire a encouragé le gouvernement burkinabè à élaborer de plus en plus des stratégies sectorielles assorties de plans d’actions et de cadres de résultats. L’aide budgétaire a sans aucun doute intensifié et amélioré la qualité du dialogue au Burkina Faso entre partenaires et gouvernement mais a aussi permis de responsabiliser davantage le gouvernement, une plus grande appropriation des politiques et un renouveau du dialogue budgétaire interne. Le rôle du ministère de l’Économie et des Finances se trouve ainsi renforcé comme celui d’institutions comme la Cour des comptes dont les rapports publics sont désormais attendus. De même, le passage de l’approche projet à l’approche programme dans le secteur Éducation a également permis une meilleure coordination entre bailleurs, a intensifié le dialogue entre partenaires et gouvernement et a amélioré le suivi évaluation du secteur.
Ces évolutions concernent la période de l’aide budgétaire « de seconde génération », dans le cadre d’un partenariat.
Il peut cependant être intéressant de retracer les tendances à plus long terme, incluant l’aide budgétaire « de première génération », ne serait-ce que parce que cette dernière représente toujours une référence pour les d-ifférents acteurs. L’aide budgétaire a pris son essor après 1991, lorsque le Burkina Faso est entré dans un processus d’ajustement structurel avec les institutions de Bretton Woods – tardivement donc par rapport à beaucoup de pays africains, en raison notamment des épisodes d’auto-ajustement (Zagré, 1994).
L’aide budgétaire a connu un accroissement spectaculaire après la dévaluation de 1994 (cf. graphique 1). Elle s’est réduite ensuite, au fur et à mesure que le déficit public se réduisait (la logique de ces apports étant en effet de « boucler le gap », ils diminuent mécaniquement lorsque le gap se réduit). La reprise observée après 2000 s’est effectuée sur une logique d’accroissement des dépenses publiques prioritaires, diamétralement opposée à la logique antérieure.
Graphique I
Aide budgétaire et aide projet en pourcentage des recettes fiscales du TOFE (Burkina Faso)
Source : Ministère des Finances, Burkina Faso.
Le graphique 1 montre qu’il existe une tendance à la progression du pourcentage des financements extérieurs accordés sous forme d’appui budgétaire – si l’on écarte la situation exceptionnelle qui a prévalu dans les années qui ont suivi la dévaluation. Toutefois, le rapport entre appuis budgétaires et aide projet semble s’être stabilisé depuis 2000 aux alentours de 55 % des recettes fiscales.
Il aurait été naïf de penser que la mise en Å“uvre de l’aide budgétaire fondée sur le partenariat allait bouleverser les choses du jour au lendemain. Des réformes aussi profondes s’inscrivent nécessairement dans la durée, et leur mise en Å“uvre rencontre nécessairement de nombreux obstacles. Comme on pouvait s’y attendre, il y a pour commencer un problème de capacités (humaines, matérielles et institutionnelles). L’aide budgétaire, plus que l’aide projet, met une forte pression en termes de responsabilité et de redevabilité sur les administrations chargées de définir des politiques, de les suivre et d’en évaluer les résultats (un problème symétrique existe pour les partenaires, dont l’organisation et les personnels sont plutôt orientés vers la gestion de projets classiques décidés et gérés en interne). En second lieu, le fait d’utiliser les procédures financières nationales pose le difficile problème de la lutte contre la corruption et plus spécifiquement, en ce qui concerne la gouvernance économique de la fiabilité de la chaîne de dépenses publiques – un problème auquel de nombreux projets et programmes appuyés par les partenaires ont tenté de porter remède dans le passé. Du côté des partenaires, l’aide budgétaire met la pression sur la prévisibilité. L’accent mis sur le caractère participatif des processus d’élaboration est une orientation imposée par les partenaires dont visiblement toutes les conséquences n’avaient pas été envisagées au départ, et qui pose bien des difficultés de mise en Å“uvre du fait des contours mouvants de ce qu’on décrit par « société civile » et des faibles capacités de ce secteur à participer à l’élaboration de stratégies et à leur évaluation de manière autonome. C’est l’un des aspects du problème plus général qui consiste pour des partenaires à vouloir essayer de promouvoir la maîtrise des politiques nationales, tout en évitant ce qu’ils perçoivent comme des dérapages. Enfin, l’option inverse, qui consisterait à considérer l’aide budgétaire comme un simple instrument favorisant les décaissements rapides, peut aussi constituer une dérive dangereuse. La crainte a parfois été exprimée que l’aide budgétaire, en fournissant des ressources facilement accessibles ne conduise les gouvernements bénéficiaires à relâcher la pression fiscale.
Capacités
Jusqu’ici l’aide (de substitution ou l’aide hors des procédures nationales) a eu certainement un impact négatif sur les capacités administratives, en particulier (mais pas seulement) du fait du fractionnement des partenaires (Knack et Rahman, 2004). Ceci est particulièrement vrai de l’aide par projets, qui s’accompagne souvent de la mise en place de cellules de gestion de projet en dehors de l’administration publique (Naudet, 1999). D’après l’enquête 2006 de suivi de la mise en Å“uvre de la Déclaration de Paris, il existerait 131 unités parallèles de mise en Å“uvre des projets au Burkina Faso en 2005. L’aide programme permet d’utiliser de plus en plus les procédures nationales (même pour la gestion de projets) mais c’est l’aide budgétaire qui élimine réellement ce type de fractionnement. En contrepartie, elle rend d’autant plus aigus les problèmes d’élaboration des politiques (Dante et al., 2003). Les limites des capacités d’élaboration autonomes des politiques ont été bien mises en lumière lors de l’élaboration des Documents de Stratégies de Réduction de la Pauvreté (DSRP). D’abord parce que les premiers DSRP ont souvent été rédigés à la hâte, pour obtenir rapidement les réductions de dette. La préoccupation centrale était donc de renvoyer aux institutions de Bretton Woods (IBW) les discours qu’elles voulaient entendre. Mais plus profondément, la difficulté tient au fait que les administrations publiques des PAFR sont peu motivées et d’une efficacité collective réduite, et que le capacity building appuyé par les PTF s’est révélé décevant. Ces administrations restent souvent surchargées par les interventions désordonnées des PTF. De manière contradictoire, les PTF qui se plaignent de la faible capacité des administrations, voire ceux qui financent des projets de renforcement des capacités, sont parfois aussi ceux qui recrutent des experts de l’administration pour leur représentation locale ou les sollicitent fréquemment pour des études et évaluations, contribuant ainsi à l’affaiblissement de l’administration. Le Burkina FASO a reçu par exemple près de 375 missions tous bailleurs confondus en 2005, dont seulement 63 étaient coordonnées (OCDE 2006). Surtout, ces missions signifient généralement plusieurs ateliers (présentation, démarrage, validation, restitution…) qui mobilisent l’administration et débouchent sur des « plans d’action » à mettre en Å“uvre par les mêmes administrations. Certains PTF comme la Banque mondiale ont beaucoup de mal à s’aligner et continuent d’envoyer de nombreuses missions de leur siège sans coordination avec les autres PTF.
Corruption et fiabilité de la chaîne de dépenses
Le risque que l’aide budgétaire soit mal utilisée, utilisée de manière peu transparente ou détournée, est un fondement majeur du scepticisme des praticiens. C’est pourquoi beaucoup de PTF préconisent de ne développer l’aide budgétaire que dans les pays où la chaîne de dépenses est plus ou moins sécurisée. L’exercice Public Expenditure and Financial Accountability (PEFA) est destiné entre autres à leur donner cette assurance. Le Burkina Faso vient d’achever son premier PEFA qui malgré un résultat relativement correct par rapport aux autres pays de la zone UEMOA a identifié trois faiblesses principales : l’insuffisance des recettes fiscales (un des plus faibles taux de pression fiscale de la zone), le manque d’efficacité du contrôle de la dépense publique et du système de passation des marchés publics. Cela explique sans doute en partie la faible croissance de l’aide budgétaire.
Certains bailleurs comme DFID considèrent l’aide budgétaire comme un instrument d’amélioration de la gestion des finances publiques. En accroissant progressivement l’aide budgétaire et en appuyant le contrôle de la dépense publique, le suivi et l’évaluation des politiques publiques, ils espèrent que le passage à l’aide budgétaire se traduira aussi par une amélioration de la qualité de la dépense publique. C’est ainsi qu’au Mozambique, un pays qui constitue une sorte de laboratoire de l’aide budgétaire malgré un niveau de corruption généralement considéré comme assez élevé, le groupe des PTF qui fournit de l’aide budgétaire a appuyé la mise en place d’un système automatisé de suivi des dépenses publiques (SYSTAFE). Le défi est de faire en sorte que l’aide budgétaire soit un levier assez puissant pour éviter que la mise en place de ces procédures informatisées soit aussi peu efficace que lors des tentatives précédentes.
Toutefois, il faut faire remarquer que la « protection » de l’argent des PTF dans le cadre de l’aide par projets est souvent illusoire. La mise en Å“uvre de projets s’est parfois accompagnée de détournements, tant au niveau des États bénéficiaires qu’au niveau des PTF. A contrario, l’excès de « protection » a pu avoir des effets pervers comme la non-utilisation des ressources. Au -Cameroun, dans la période intérimaire de l’initiative PPTE, plus de 100 milliards de Francs CFA s’étaient accumulés sur un compte à la Banque centrale officiellement par manque de projets satisfaisants et pour éviter tout gaspillage de l’argent public. La moindre incitation à décaisser ces fonds, dont la traçabilité était très forte et donc la quasi-impossibilité de les détourner, a probablement ralenti également leur utilisation.
Au Burkina Faso, il est difficile d’affirmer que le nouveau dispositif de l’aide a pu avoir un impact significatif sur la corruption (cf. l’article de Clara Delavallade dans ce même numéro). Toutefois, il donne une bonne raison d’aborder la question et d’en débattre ouvertement.
Prévisibilité de l’aide
La prévisibilité de l’aide est un enjeu majeur dans le cadre de l’aide budgétaire. En effet, si l’aide continue à être très volatile, le passage à l’aide budgétaire comporte un risque. Si le financement d’un projet s’arrête, les conséquences en sont généralement limitées (ce n’est pas vrai pour l’aide programme). Par contre, si l’aide budgétaire devient une composante essentielle de la dépense publique, le risque en cas de fluctuation atteint le fonctionnement même de l’État. Ce risque est toutefois limité si l’aide budgétaire (de seconde génération) est versée dans un pays où le cadre macro-économique est stable et ne comporte pas de déséquilibres financiers importants. Dans ce cas, l’aide budgétaire finance des dépenses additionnelles de lutte contre la pauvreté qui peuvent en principe être réduites sans déséquilibrer les finances publiques. C’est le cas au Burkina Faso où l’aide budgétaire globale vient en appui au CSLP. Dans ce cas, les aides budgétaires ne viennent plus combler un gap de financement après compression des dépenses publiques comme dans l’aide budgétaire de première génération, mais interviennent une fois le cadrage bouclé, en tenant compte (plus ou moins complètement) des dépenses nécessaires pour atteindre les OMD.
Il faut toutefois bien distinguer la prévisibilité de l’aide qui intervient dans la phase de conception du budget et consiste à annoncer ses intentions en termes d’appui suffisamment tôt pour qu’elles soient intégrées au budget de la réalisation des décaissements qui est fonction des critères ou indicateurs atteints ou non ou des procédures plus ou moins complexes des bailleurs et, ensuite, de décaisser conformément à ses annonces. Toutefois, il est important au risque de détériorer la prévisibilité en termes de réalisation de rester crédible, en refusant de décaisser si les déclencheurs éventuels ne sont pas atteints ou si l’appréciation globale des performances du pays n’est pas satisfaisante. Ainsi, en 2005, la France n’a pas pu décaisser son aide parce que l’un des critères issus de la matrice du gouvernement n’avait pas été atteint, et ne l’a repris en 2006 que lorsque ce critère a été satisfait. Il en va de même pour les tranches variables de l’Union européenne. Ceci conduit à interpréter la prévisibilité en termes de transparence des règles du jeu, et non d’absence totale d’incertitude sur le niveau des décaissements.
Dans le cas du Burkina Faso, le Tableau 2 présente les différences entre les montants de financement prévus lors des programmes FMI avant le début de l’année et les réalisations (notées ici estimations car les données ne sont pas validées officiellement). On voit ainsi qu’au Burkina Faso la prévisibilité de l’aide budgétaire est bien supérieure à celle des financements de projets, qu’elle soit accordée sous forme de dons ou de prêts. La prévisibilité de l’aide budgétaire s’est nettement améliorée avec l’alignement du processus CGAB sur le calendrier budgétaire. Les annonces des bailleurs se font en principe en avril, avant l’élaboration du budget et les prévisions sont inscrites dans la loi de finances initiales. Plusieurs bailleurs bilatéraux font de l’aide budgétaire pluriannuelle (Pays Bas, Danemark, France, Suisse, Suède). La France a mis en place par exemple une aide budgétaire globale (ABG) de 14,5 millions d’euros sur la période 2006-2008 au Burkina Faso.
Tableau 2
Programme et estimation des réalisations (Burkina Faso, milliards de francs CFA)
2004 2005 2006 programme réalisation programme initial réalisation programme réalisation Dons projets 130 70 93 74 102 120 programmes 37 47 59 58 54 58 Tirages projets 34 80 87 101 93 90 programmes 24 40 35 36 44 43 Réduction de dette 35 25 40 24 27 20 Source : FMI, (IMF 2005 ; 2006 et 2007), hors IADM.
Au Burkina Faso, les décaissements d’aide budgétaire en 2006 ont été légèrement supérieurs aux prévisions. Si la grande majorité des engagements a été complètement honorée, une minorité n’a pu être décaissée faute de satisfaction des engagements pris par le bénéficiaire (envoi d’une requête pour un appui européen, satisfaction d’un critère concernant la Cour des comptes pour un appui français), alors que certains décaissements ont été effectués en dehors de toute programmation. Si les critères de décaissement sont respectés, la marge de manÅ“uvre pour améliorer la prévisibilité consisterait à simplifier les procédures de bailleurs.
Participation de la société civile
Dans la nouvelle approche, les politiques et stratégies doivent être élaborées, suivies et évaluées avec la participation de la société civile. Cette approche est très ambiguë, car la notion de « société civile » est une notion à géométrie variable qui a conduit au début à marginaliser les corps démocratiquement élus. Même si ces distorsions initiales ont été plus ou moins corrigées, les objectifs et les modalités souhaitées pour cette participation ne sont pas très clairs. Cela renvoie aussi au fait qu’en Afrique, la notion d’« opposition » aux gouvernements en place est encore floue.
L’implication de la société civile est cependant une réalité depuis l’élaboration de façon participative des CSLP (avec les limites que l’on connaît dans les pays où cette société civile n’est pas structurée ou est peu représentative). Au Burkina Faso, le gouvernement a invité depuis 2002 la société c-ivile à participer au processus de revue du CSLP dans le cadre des comités consultatifs de suivi sectoriel (CST) qui font le lien entre les ministères sectoriels et la direction générale des études et des politiques (DGEP) chargée de la coordination du CSLP. Certes, cette participation de la société civile (et du Parlement) reste assez formelle. Elle serait sans doute plus efficace si l’on veillait au renforcement de ses capacités (cf. Thieba), mais aussi si l’on précisait le rôle que peuvent jouer les différentes institutions de la société civile. Celles qui interviennent comme opérateurs risquent d’avoir un conflit d’intérêt lors de la définition des politiques. En revanche, les associations peuvent sans doute être utilisées efficacement en ce qui concerne le suivi des politiques sur le terrain, leur évaluation et, de manière plus générale, l’évaluation de la qualité des services publics. Au Burkina Faso, la société civile est impliquée directement dans le dispositif de suivi du CSLP.
La maîtrise des politiques (ownership)
Il est très difficile pour les PTF de favoriser véritablement la maîtrise des politiques
[2], notamment lorsque ceux-ci cherchent à promouvoir par ailleurs de « bonnes pratiques » (censées pouvoir s’appliquer dans n’importe quel contexte). Le cas de CSLP dits de première génération est emblématique de la contradiction entre la maîtrise des politiques et le fait qu’en dernière instance, les PTF détiennent les cordons de la bourse. Depuis, les signes les plus voyants de cette contradiction ont été éliminés. Par exemple, la Banque mondiale et le FMI ne font plus des
Joint Staff Assessments de la mise en
œuvre des DSRP, mais seulement des
Joint Staff Advisory Notes. On peut douter que la réalité ait vraiment changé. Le recours massif aux consultants internationaux ou locaux qui s’étend de l’élaboration de termes de référence à la définition de plans d’actions voire de stratégies « clés en mains » risque d’aggraver dans un premier temps la faible maîtrise des stratégies par les administrations nationales si elles n’ont pas été correctement associées.
Il existe de plus un risque que la meilleure coordination des PTF ne réduise les marges de manÅ“uvre des gouvernements. Le fait qu’ils parlent désormais d’une seule voix dans le cadre du suivi de l’aide budgétaire rend cette menace encore plus précise. Cela risque de réduire l’avantage attendu d’un meilleur dialogue sur les politiques, qui pourrait permettre au gouvernement de renforcer sa position.
Le Burkina Faso n’a pas échappé à cette difficulté à maîtriser les politiques. La mise en Å“uvre du CSLP relève depuis quelques années du ministère de l’Économie et du Développement (ainsi que la budgétisation du Programme d’Investissements Publics) alors que les aides budgétaires sont coordonnées par le ministère des Finances et du Budget. Le cadre opérationnel du CSLP est décliné dans un programme d’actions prioritaires (PAP) sorte de « méga matrice » présentant un nombre élevé de mesures et d’indicateurs couvrant tout le champ du CSLP et qui devrait constituer la base des évaluations annuelles. Cependant, comme le CSLP, le PAP reste un fourre-tout inutilisable en pratique. Les produits de la revue CSLP de faible qualité ne permettant pas une évaluation sérieuse des progrès de mise en Å“uvre du CSLP, A, le CGAB a traduit le PAP-CSLP sous forme d’une matrice de critères de performance et de décaissement, qui sert en pratique au suivi des réformes, réalisé conjointement avec le ministère des Finances mais pas seulement plus facile à renseigner. Aujourd’hui avec la fusion des deux ministères, les processus CSLP et CGAB devraient être de nouveau alignés pour un suivi conjoint et unique.
Les appuis budgétaires qui financent le CSLP sont décaissés sur la base des performances macro-économiques du pays, de la mise en Å“uvre du CSLP et des progrès réalisés en matière de réformes des finances publiques. Certains PTF (UE, BM, BAD, France) choisissent également des déclencheurs spécifiques issus de la matrice pour renforcer le dialogue sur certaines réformes (r-éformes budgétaires et éducation par exemple pour la France). L’existence de deux matrices CGAB et PAP a eu pour conséquence dans un premier temps la tenue de deux exercices parallèles et non conjoints en raison de la faible qualité de la revue CSLP et du manque d’implication des sectoriels au processus CSLP. Toutefois, il faut distinguer le processus de revue du CSLP et le travail qui est fait au niveau sectoriel. Certains secteurs comme l’éducation de base, les finances publiques sont très performants. La multiplicité des cadres de concertation, le nombre de ministères et d’acteurs privés concernés par un secteur et la faiblesse de la coordination empêche quelquefois de faire remonter l’information au niveau du CSLP et de renseigner par conséquent la matrice de façon complète et qualitative. Contrairement à ce qui est souhaité, celle-ci devient alors davantage un outil de décaissement pour les bailleurs qu’un véritable outil de dialogue sur le processus de développement. Ces difficultés ont été relevées depuis 2006 lors d’un voyage d’échange d’expérience au Mozambique et ensuite d’un atelier de travail en novembre à Kaya qui a donné lieu à des recommandations.
Accélération de l’aide budgétaire et pression fiscale
L’engagement à développer l’aide budgétaire a souvent fait craindre que la pression au décaissement qui caractérise la plupart des institutions d’aide ne fasse passer au second plan les préoccupations de développement et de lutte contre la pauvreté. Pourtant, si l’aide budgétaire favorise le dialogue sur les politiques, elle devrait permettre d’améliorer la discussion sur les stratégies, chaque PTF étant incité à sortir du cadre étroit des préoccupations liées à « ses » projets. Évidemment, cela suppose que les PTF considèrent l’aide budgétaire non comme un moyen pour décaisser rapidement, mais comme un outil pour soutenir ou même promouvoir de véritables actions de développement.
En fournissant des ressources utilisables de manière fongible, l’aide budgétaire comporte un risque d’éviction des recettes publiques : il se pourrait que l’État soit ainsi incité à réduire la pression fiscale, ou du moins à ne pas faire trop d’efforts pour l’accroître. Ce risque est d’autant plus probable que les PTF se sont engagés à participer au financement des OMD sans que la répartition des coûts entre l’État et les PTF ait été clairement déterminée. Au Burkina Faso, ce risque est imité car toute action OMD implique un financement sur ressources propres variable selon l’action à réaliser. Ce financement local doit être proportionné à la capacité contributive de l’État. La croissance de la pression fiscale intégrée dans la stratégie de renforcement des finances publiques (SRFP) permet de prendre en compte cette dimension. La capacité contributive dépend du coût de mesures additionnelles à mettre en Å“uvre au sein du processus CSLP qui peuvent être variables dans le temps.
Au Burkina Faso, la pression fiscale s’est très lentement accrue depuis vingt ans. Depuis 1999, elle n’a pas vraiment progressé, stagnant aux alentours de 11 % du PIB. Les efforts de réforme fiscale n’ont pas donné de résultats spectaculaires, et ils ont été contrecarrés par les efforts d’intégration régionale (réduction des droits de douane en 2000 du fait de l’adoption du Tarif Extérieur Commun de l’UEMOA). Les nouveaux dispositifs n’ont pas modifié cette tendance, mais n’ont pas non plus contribué à l’aggraver.
La logique des nouvelles approches suppose que les gouvernements soient effectivement en mesure de jouer un rôle moteur dans la définition des politiques, mais aussi dans la gestion des économies nationales, tant à court qu’à moyen terme. Jusqu’à présent, l’accent a été mis surtout sur la définition des politiques, à travers l’élaboration des Documents de Stratégie de Réduction de la Pauvreté (DSRP) et sur la gestion des finances publiques. Les nouvelles approches supposent que les PTF puissent agir de manière coordonnée pour favoriser l’amélioration des politiques de développement et de façon générale respectent les engagements pris dans le cadre de la D-éclaration de Paris. Nous examinons ci-dessous quelques domaines clés pour assurer le succès du dispositif.
La promotion du débat budgétaire interne
Le passage à l’aide budgétaire modifie en profondeur les règles du jeu entre les administrations publiques du pays bénéficiaire. Les ministères techniques étaient habitués à discuter « en bilatéral » de « leurs » projets avec leurs PTF préférés. Si l’aide budgétaire se généralisait, ils devraient désormais discuter avant tout avec leur propre ministère des Finances. Ceci pose le problème de l’unification budgétaire, mais aussi de la façon dont peuvent être élaborés les Cadres de dépenses à moyen terme (CDMT) et de la mise en pratique de budgets par objectifs. Les ministères sectoriels doivent se structurer et se donner les moyens (humains, matériels et en outils) avec l’aide des PTF de dialogue avec le budget.
Au Burkina Faso, la façon dont est organisé le processus CLSP fait que les ministères sectoriels n’ont pas conscience que leur action peut aider à financer le budget de l’État, ou à obtenir les aides budgétaires globales en permettant d’atteindre les critères posés pour le décaissement. Le statut du ministère des Finances à ce niveau n’est pas suffisant pour assurer une coordination des ministères sectoriels, problème qui avait déjà marqué la gestion de l’économie durant la phase d’ajustement structurel. De plus, contrairement à ce qui se passe dans le cadre de la gestion par projets, les ministères sectoriels ne sont nullement assurés que le gain de ressources résultant de leurs efforts leur bénéficiera en propre. On peut voir ceci comme un avantage, puisque cela peut contribuer à renforcer la discussion interne autour des priorités, et à pousser les ministères techniques à mieux argumenter leurs demandes d’allocations budgétaires. Le problème d’incitation n’en d-emeure pas moins.
L’unification budgétaire et l’amélioration de la gestion budgétaire
L’unification budgétaire est la condition d’une amélioration de l’allocation des dépenses, notamment en favorisant les arbitrages et en accroissant l’impact de ces dépenses sur les pauvres. Comme nous l’avons vu, les projets, souvent gérés en dehors des procédures budgétaires (même s’ils sont formellement inscrits au budget) sont loin d’avoir disparu. De plus, les dépenses PPTE demeurent gérées de manière séparée, mais il n’en va pas de même pour l’IADM. Il était en effet assez absurde de la part des IBW de se polariser ainsi sur des dépenses qui représentent à peine 10 % des dépenses totales au Burkina Faso. Les problèmes classiques de fongibilité des ressources publiques, auraient pourtant dû inciter à la prudence : le fait de classer certaines dépenses comme « prioritaires », et de les financer par un mécanisme spécial ne garantit nullement un usage « vertueux » du reste du budget. Le résultat est d’ailleurs que les fonds n’arrivent pas à être décaissés, et que ces dépenses, gérées hors budget, échappent au contrôle parlementaire. L’évaluation de l’aide budgétaire (Lanser et al., 2006) fait ressortir l’idée que la création d’un fonds PPTE a permis de mieux utiliser l’aide budgétaire, car ces ressources étaient ainsi convenablement budgétisées et protégées pour financer les dépenses prioritaires. Le dialogue serait ainsi plus facile puisque les domaines potentiellement les plus conflictuels sont ainsi éliminés. Mais l’argument est discutable (sauf en cas de gel des dépenses sur le budget général), puisque précisément, la définition des priorités et l’affectation des ressources ne devraient pas dépendre d’un mécanisme particulier, mais pouvoir se réaliser à travers le processus budgétaire ordinaire. De manière analogue, le fait de chercher à identifier certaines dépenses comme « réductrices de pauvreté » conduit à des choix difficiles et plus ou moins arbitraires, sans réelle signification et a déjà conduit à une certaine saturation des secteurs sociaux en termes de capacités d’absorption. Les dépenses en matière d’infrastructure, de développement rural, voire de sécurité, peuvent aussi bien être considérées comme « réductrices de pauvreté ».
En ce qui concerne la gestion budgétaire elle-même, Lanser et al. (2006) montrent que la réforme est loin d’être achevée. Le dualisme budgétaire (budget d’investissement/budget de fonctionnement) demeure. En partie, c’est une conséquence de la faible croissance du pourcentage de l’aide versée sous forme d’aide budgétaire, car le ministère des Finances aurait sans doute beaucoup plus de légitimité à gérer un budget d’investissement réalisé sur ressources générales du budget, plutôt que sous la forme de projets. Ceci reste toutefois surprenant car, pratiquement, le processus budgétaire n’a cessé d’être transformé sous la pression des PTF depuis les débuts mêmes de l’ajustement structurel. La Banque mondiale et la France (PAFIE) ont été particulièrement actifs dans ce domaine, plaçant de grands espoirs dans les diverses tentatives d’informatisation de la gestion des recettes fiscales et des dépenses budgétaires. De nombreuses modifications de la nomenclature budgétaire ont été imposées ou réalisées dans le cadre de l’UEMOA, et pendant un moment les ministères des Finances et du Plan ont été fusionnés, sans que cela débouche sur une unification du processus budgétaire.
L’aide budgétaire ne semble pas non plus avoir donné un nouvel élan aux tentatives antérieures, lancées dès 1997, pour construire des budgets par objectifs. Pourtant, à travers le test sur la nouvelle approche de la conditionnalité, le Burkina Faso dispose d’une expérience relativement ancienne en matière de mise en relation des moyens et des objectifs - même si les capacités en matière de suivi des réalisations, et surtout d’analyse des résultats restaient limités (Malgoubri et al., 2003). La promotion des budgets par o-bjectifs dans les pays receveurs de l’aide est le résultat d’initiatives locales (notamment des Parlements) aussi bien que de pressions extérieures. Les réductions de dette et les réformes de la conditionnalité (débutée en 1997 au Burkina Faso à l’initiative de l’Union européenne) ont accentué la tendance à l’utilisation d’objectifs pour suivre et évaluer les politiques. L’utilisation d’indicateurs donne des repères au dialogue, qui risque sans cela de se perdre dans des affirmations vagues et invérifiables. Néanmoins, ceci pose plusieurs problèmes. En premier lieu, il est sans doute inconséquent de mettre trop l’accent sur des résultats, alors que les fonctionnements de base des finances publiques ne sont pas toujours bien assurés. En second lieu, la polarisation sur les indicateurs quantitatifs peut déboucher sur une discussion purement stérile sur le niveau atteint (au détriment de la discussion sur le processus) et pousser les États receveurs à rechercher des façons d’atteindre formellement les niveaux d’indicateurs fixés comme objectifs (notamment pour éviter la réduction des flux extérieurs) par des manipulations. Il est très difficile en fait de choisir des indicateurs qui permettent de déterminer de manière non ambiguë que des activités vont dans le sens souhaité tant à court terme qu’à long terme. L’autre écueil étant de se fixer des objectifs trop peu ambitieux et des résultats « faciles » à atteindre. De plus, le respect formel des critères peut occulter la finalité du processus et la dynamique des réformes.
Le processus budgétaire et les cadres de dépenses à moyen terme (CDMT)
La demande des PTF que les DSRP soient traduits en CDMT vise à ce que les coûts des politiques préconisées soient chiffrés et qu’un pont soit lancé entre les stratégies de long terme et la gestion budgétaire annuelle. Cette approche est certainement louable, mais elle devrait viser à renforcer plutôt qu’affaiblir le processus interne de négociation des enveloppes budgétaires. Ce processus doit être renforcé au niveau des techniciens (notamment dans les cellules de programmation des ministères) mais aussi au niveau politique (rôle du Parlement dans les allocations budgétaires, la Cour des comptes, etc.). Les ministères sectoriels sont jusqu’ici incités à négocier directement projets et programmes avec leurs partenaires extérieurs plutôt qu’à préparer sérieusement des demandes argumentées d’augmentation de leurs allocations budgétaires pour les soumettre à l’arbitrage budgétaire, et, au-delà, à la discussion démocratique
[3]. Les CDMT pourraient devenir l’instrument technique de ces arbitrages, ce qui suppose de tenir compte de la contrainte budgétaire et de modifier les arbitrages budgétaires en fonction de la qualité des politiques retracées par le CDMT (Raffinot et Samuel, 2006). Cela signifie que les directions du budget et les cellules de programmation et budgétisation jouent un rôle décisif dans le nouveau processus. Si la direction du budget ne joue pas le jeu, et répartit les dotations budgétaires sans tenir compte des arguments techniques développés, en fonction du poids politique des différents ministres, tout le processus risque de s’enliser.
L’engagement pris par les différents partenaires d’atteindre les objectifs du millénaire pour le développement en 2015 est sans doute un bon moyen d’inciter l’ensemble des acteurs à se mobiliser. Toutefois, cette approche brouille un peu la logique des choix budgétaires puisque la volonté d’atteindre les OMD devrait conduire à une logique inverse : calculer les coûts de leur réalisation et partager le financement entre PTF et États récipiendaires. Pour que ceci soit opérationnel, il faut se mettre d’accord au préalable sur un niveau de ressources (politique d’appui à la croissance, pression fiscale) et de dépenses soutenable et réaliste, tout en restant ambitieux, ce qui n’est pas aisé à faire sur le plan technique.
Au Burkina Faso, les CDMT tiennent compte de la contrainte budgétaire, le CDMT global est même annexé à la loi de finances et plusieurs ministères sectoriels ont déjà préparé leur CDMT. Pour autant, la mise en Å“uvre des activités destinées à atteindre les OMD a eu pour conséquence un gonflement des dépenses mais aussi une surestimation des recettes de l’État (la collecte de impôts et taxes étant généralement inférieure aux prévisions) et une réallocation a posteriori très fortes des dépenses sectorielles entraînant une moindre lisibilité du budget de l’État comme diagnostiqué dans le rapport PEFA.
Promouvoir le dialogue sur les politiques
C’est sans doute l’aspect le plus important des nouvelles orientations, et l’un des enjeux majeurs du passage à l’aide budgétaire. Comme le notaient déjà Hirschman et Bird (1968), c’est une différence sensible par rapport à l’aide projet : du fait de la fongibilité des ressources publiques, l’aide projet porte en fait sur des aspects marginaux de la politique du gouvernement (si le PTF finance un projet important, mais qui fait déjà partie des préférences du gouvernement, il lui permet en fait de réaliser son « plus mauvais projet ».) Cette situation est forcément paréto-améliorante, au sens où l’on rajoute seulement quelques bénéficiaires sans réduire quoi que ce soit. Il en va tout à fait différemment avec l’aide budgétaire, qui porte sur les politiques centrales du gouvernement, et risque de faire des gagnants et des perdants. C’est pourquoi un élément clé du dialogue entre le gouvernement et les PTF concerne le suivi et l’évaluation des politiques, de manière à modifier celles qui ne sont pas efficientes.
Le Burkina Faso a joué un rôle novateur en ce domaine, ayant été un pays pilote pour la réforme des conditionnalités. Il s’agissait alors de dépasser la conditionnalité classique (conditionnalité ex ante, essentiellement fondée sur des critères macro-économiques), pour passer à un suivi fondé sur les résultats en termes de réalisation ou d’impact. Même si le processus s’est révélé assez ardu, il a été une première occasion de dialogue sur les politiques et sur les indicateurs souhaitables pour leur évaluation. De plus, ceci a été une des premières occasions pour les PTF d’échanger sur leurs interventions et de travailler de manière coordonnée à travers différents cadres de concertation sectoriels. Par rapport au projet initial, les modifications restent un peu limitées, puisque le processus n’a pas réussi à modifier en profondeur le dualisme résultant d’une conditionnalité classique au niveau des programmes avec le FMI (qui incluent maintenant une section assez formelle sur le suivi des OMD) et d’un système de suivi du CSLP qui porte essentiellement sur les aspects sectoriels.
Au Burkina Faso, l’outil essentiel du dialogue devrait être la matrice qui définit les programme d’actions prioritaires (PAP) pour les trois années à venir et donc le cadre opérationnel du CSLP. Pour cela, la qualité des critères retenus dans la matrice est cruciale. Ces derniers doivent refléter les priorités stratégiques du gouvernement, être réalistes et aussi dépourvus d’ambiguïté que possible en ce qui concerne leur interprétation. Pour ne pas alourdir le système, les indicateurs retenus devraient être issus d’enquêtes existantes et disponibles régulièrement. Enfin, les critères doivent être le reflet de la discussion antérieure sur les politiques pour que le débat sur les réalisations se fasse au niveau de la dynamique des réformes et non de manière étroitement quantitative.
Le ministère de l’Économie et du Développement, qui pilote le CSLP et le ministère des Finances et du Budget qui pilote des appuis budgétaires viennent de fusionner en un seul ministère de l’Économie et des Finances. On attend de cette fusion une harmonisation des processus et une rationalisation du pilotage avec la mise en place prochainement d’un dispositif unique pour le suivi des performances du pays pour les décaissements des appuis budgétaires et de la mise en Å“uvre du CSLP. La prudence est de mise, car la fusion des deux ministères a déjà été tentée, et n’avait pas conduit à des résultats spectaculaires. En particulier, elle n’avait pas mis fin au dualisme budgétaire (budget de fonctionnement/budget d’investissement), dualisme qui est souvent identifié comme une cause majeure de dysfonctionnement. La fusion récente de ces deux ministères devrait changer la donne et permettre un dispositif de suivi du CSLP conjoint avec les décaissements des appuis budgétaires qui financent le CSLP. Déjà, le CGAB avait contribué à rapprocher les deux ministères.
De manière générale, un problème qui subsiste fréquemment est que le dialogue tend à se limiter en pratique au ministère des Finances, qui ne dispose pas d’une légitimité pour coordonner le travail interministériel. Il est difficile de lui demander de superviser les politiques ou même seulement les critères et autres déclencheurs qui relèvent d’autres départements ministériels. Toutefois, le ministère de l’Économie et du Développement (ex-ministère du Plan) n’est pas non plus une solution optimale, car le dialogue doit absolument inclure la dimension budgétaire.
Décentraliser la gestion de l’aide et adapter le personnel
Le dialogue sur les politiques peut difficilement se faire à distance. Il s’agit d’un processus continu, qui nécessite une grande réactivité de la part des PTF. Ce dialogue suppose un personnel des PTF formé à ce difficile exercice, et donc des compétences au niveau macro-économique et macro-social aussi bien qu’au niveau sectoriel, ainsi qu’une capacité à convaincre. Cela suppose donc une réorganisation des PTF pour que les agences locales reçoivent une compétence plus étendue, tout en étant mieux dotées en personnel adapté. De plus, les représentants locaux des PTF peuvent difficilement avoir une compétence universelle. Dans de nombreux domaines, ils ne disposent pas des connaissances nécessaires et ne peuvent au mieux que s’en remettre à des assistants techniques, lorsqu’il en existe dans le domaine discuté. Dans ces conditions, les cadres locaux connaissent souvent mieux qu’eux les questions et les particularités locales. Il paraîtrait donc utile que les agences locales des PTF soient dotées en personnel expérimenté dans les domaines où ils ont concentré leurs appuis (c’est une des raisons pour lesquelles des projets peuvent être utiles en complément de l’aide budgétaire), et que les PTF confient le dialogue sectoriel à celui d’entre eux qui paraît le plus compétent. De plus, il serait utile que les sièges des PTF soient en mesure de fournir une assistance rapide et ciblée à leur personnel sur le terrain.
Renforcer la maîtrise nationale des stratégies
L’appropriation des politiques doit être un processus dynamique, qui tient compte des résultats obtenus et modifie les politiques qui n’ont pas eu un impact satisfaisant. Lanser et al. (2006) notent que le processus semble en fait assez figé. L’accent mis dans le CSLP sur l’éducation et la santé comme secteurs prioritaires pour la lutte contre la pauvreté n’est pas modifié, même s’il apparaît de plus en plus que d’autres secteurs devraient recevoir une attention plus soutenue (notamment l’appui au développement du secteur privé). De plus, Lanser et al. (2006) pointent certains domaines dans lesquels la réflexion est insuffisante, notamment en ce qui concerne le recouvrement des coûts qui peut freiner l’accès des plus pauvres aux services sociaux.
Sur le plan technique, l’appropriation du processus passe à bien des égards par la maîtrise de cadrages macro-économiques liés avec les stratégies sectorielles, intégrant l’analyse de la réduction de la pauvreté. Ces instruments sont difficiles à mettre en place, et les pratiques des institutions de Bretton Woods n’ont pas vraiment aidé à valoriser les travaux des statisticiens et des macro-économistes locaux, sapant ainsi les tentatives de renforcement des capacités (Meier et Raffinot, 2005).
Renforcer le contrôle a posteriori
Lanser et al. (2006) notent encore que les PTF jugent que les systèmes de lutte contre la corruption manquent d’efficacité. Ils suggèrent qu’il serait utile de renforcer les mécanismes de contrôle, tant en matière de régularité de la dépense (la fonction traditionnelle de la Cour des comptes) qu’en matière d’analyse de l’efficacité et de l’efficience de la dépense publique. En ce domaine, ils soulignent que les revues de dépenses publiques ne semblent avoir aucun impact, ce qui était déjà le cas avant l’introduction du nouveau dispositif d’aide budgétaire. Dans ce domaine aussi, la situation est préoccupante, car de nombreuses actions ont été menées par les PTF pour renforcer cet aspect de la gestion publique. La société civile pourrait jouer un plus grand rôle à ce niveau, comme le montre le travail du RENLAC.
Assurer la prévisibilité de l’aide
Les pratiques budgétaires des PTF rendent difficile d’assurer une prévisibilité à moyen terme des financements. Le passage à une budgétisation par objectifs comme la LOLF française pourrait aller dans ce sens, mais la clarification des objectifs ne se traduit pas forcément par une meilleure visibilité en termes de crédits de paiement. On peut donc se demander si le dispositif fondé sur l’aide budgétaire peut améliorer la prévisibilité de l’aide. Pour améliorer la prévisibilité de l’aide, certains PTF ont proposé au Burkina Faso de décaisser les aides budgétaires de l’année « N » engagées en année « N-1 » sur la base de l’évaluation des performances « N-2 ». Cela laisserait le temps au gouvernement de mettre en Å“uvre des mesures correctrices pour les réformes moins performantes. L’Union européenne applique ce rythme mais a introduit un élément d’incertitude supplémentaire avec la pratique des tranches variables dont les montants dépendent des résultats obtenus.
La mise en place d’un dispositif formel pour l’aide budgétaire globale en 2005 a été précédée d’un grand nombre de modifications dans les relations entre le gouvernement et les PTF, à commencer par le choix du Burkina Faso comme pays pilote pour la réforme de la conditionnalité (1997). Pour autant, l’aide budgétaire n’est pas devenue la modalité dominante des apports extérieurs, en termes financiers. Néanmoins, quelques résultats positifs ont été enregistrés. La prévisibilité de l’aide s’est accrue. Le dialogue sur les politiques a progressé, mais il reste essentiellement focalisé sur les secteurs sociaux, et ne s’étend que difficilement à l’analyse des résultats et des impacts. Les stratégies pour rendre globalement la croissance plus favorable aux pauvres restent faibles, notamment du fait d’une capacité limitée des administrations locales en matière de programmation et de budgétisation. L’amélioration du lien entre les stratégies et le processus budgétaire apparaît crucial, mais le nouveau dispositif n’a pas réussi à surmonter les problèmes structurels que sont le dualisme budgétaire et la faible préparation des discussions autour des priorités et de leur traduction en termes d’allocations budgétaires, tant sur le plan technique que sur celui du contrôle démocratique.
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[*]
Les auteurs remercient un rapporteur anonyme pour ses remarques constructives sur une version antérieure de cet article. Nous restons néanmoins responsables des erreurs qui pourraient subsister.
[**]
Pseudonyme d’un fonctionnaire tenu au devoir de réserve.
[***]
Université Paris Dauphine, EURIsCO, DIAL.
[1]
La redevabilité est le fait de devoir rendre des comptes, ce néologisme est destiné à rendre en français le terme anglais
accountability.
[2]
Nous employons ce terme pour traduire
ownership car le terme d’« appropriation » couramment utilisé est un contre-sens absolu.
[3]
En ce sens, P. Ali Napo (2002) regrette que les choix d’investissements publics dans le Togo d’aujourd’hui fassent a-pparaître un déficit démocratique par rapport aux débats qui eurent lieu au Reichstag lors de la construction du chemin de fer central togolais au début du XX
e siècle.