Afrique contemporaine
De Boeck Université

I.S.B.N.9782804157845
192 pages

p. 5 à 7
doi: 10.3917/afco.227.0005

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n° 227 2008/3

2008 Afrique contemporaine

Éditorial

Jean-Bernard Véron
Ce numéro d’Afrique contemporaine est bâti autour d’un dossier sur le thème de la reconstruction de la République démocratique du Congo (RDC). Cette reconstruction, en cours, est d’autant plus complexe qu’elle vient au terme d’une période d’hostilités, mêlant guerres civiles et interventions extérieures, qui fait elle-même suite à trois décennies de délitement progressif du pays, de la nation et de l’État sous la présidence du maréchal Mobutu.
Cette complexité est reflétée par la diversité des articles composant le dossier. Du fait même de la complexité de la crise traversée par ce pays et de son caractère multidimensionnel, il ne saurait être question d’aborder ici tous les problèmes auxquels est simultanément confrontée la RDC, mais ces articles pointent certains défis de poids que la reconstruction doit relever.
Tel est notamment le cas de l’aménagement du territoire. C’est là une thématique centrale dans la (re-)construction d’un pays oscillant depuis l’origine entre une solution de type fédéral – qui prendrait acte de la nature fragmentée de la RDC sur deux plans essentiels : la répartition des hommes dans l’espace et les dynamiques économiques géographiquement centrifuges – et un système d’État centralisé, afin de tenir ensemble ces provinces préférentiellement tournées vers les pays frontaliers.
Un autre défi majeur est la réforme administrative, projet vital mais extrêmement délicat dans un pays où la mauvaise gouvernance de l’appareil d’État est devenue légendaire.
La question minière, qui valut au pays d’être qualifié de « véritable scandale géologique » au vu des richesses de son sous-sol, est cruciale, non seulement parce que ces ressources sont potentiellement un des fondements du développement économique de la RDC, mais aussi en raison de cet autre scandale que constitue le fait qu’à ce jour ni les populations ni les finances publiques n’en ont vraiment tiré profit.
L’exploitation de la forêt, une autre des richesses, achoppe sur la même problématique du fait de la faiblesse institutionnelle des dispositifs qui sont supposés en partager les fruits entre les exploitants privés, l’État et les populations.
La pénétration chinoise en RDC, qui frappe les esprits par son ampleur et inquiète les partenaires traditionnels du pays, est abordée de façon nuancée et permet de pointer les difficultés auxquelles commence à être confronté ce nouvel arrivant.
L’article portant sur le développement des médias a ceci d’intéressant que, par-delà les faits rapportés, il illustre tout à la fois l’énergie et le désordre, les avancées et les manques d’un pays en transition entre une longue crise et un certain retour à la normale.
Enfin, l’article sur les violences sexuelles développe un point de vue fort original, qui dépasse les analyses habituelles faisant de ces violences exclusivement une arme de guerre contre les populations civiles, pour les intégrer à l’analyse d’un système de valeurs profondément vicié par les inégalités socio-économiques et la marginalisation résultante d’une partie de la population.
On le voit donc, le dossier dresse un bilan contrasté de cette période charnière, entre la fin des hostilités généralisées et le début de la reconstruction. Ce bilan correspond bien à la bigarrure de ce pays immense et renvoie à cette complexité de la reconstruction, déjà mentionnée, et qui, même à supposer la fin définitive des affrontements résiduels dans le Nord-Est de la RDC, ne saura se mesurer qu’à l’aune de la remise en état de tout ce qui a pâti tant des affrontements à proprement parler que du défaut d’entretien généralisé, ou encore de décennies d’incurie de l’État : cela va des infrastructures économiques (principalement dans les secteurs des transports et de l’énergie) aux services sociaux (santé et éducation), et des politiques publiques au fonctionnement des administrations.
Mais il convient également de faire en sorte que cet effort de reconstruction conforte un pays éclaté et une unité nationale fragile, pour des raisons diverses où se mêlent l’inégale dotation des provinces congolaises en ressources naturelles, les affrontements à coloration ethnique autour de certaines de ces ressources – telles que les terres agricoles – et le partage très inéquitable de la richesse entre catégories socio-économiques. Il convient aussi que cet effort permette de retisser les liens entre l’État et des populations qui ont pris le pli de vivre dans une large mesure à côté de cet État sans en attendre grand-chose.
Enfin, il serait très souhaitable que la reconstruction de la RDC n’omette pas de traiter les causes structurelles de tension, d’instabilité et de fragilité qui ont mené le pays à la guerre.
Les défis sont donc nombreux et de taille, et il serait étonnant qu’ils soient tous relevés, sinon dans le long terme. Ceci ne doit cependant pas nourrir un pessimisme excessif sur le devenir de la RDC.
En effet, sauf dans le cas peu probable d’une reprise généralisée des conflits, il est assez vraisemblable d’une part, que l’ambitieuse stratégie de reconstruction du pays devienne, au moins partiellement, effective, bien qu’il faille pour ce faire que l’appareil d’État retrouve un minimum de fonctionnalité et que les flux de financement étrangers – aide, investissements directs et échanges commerciaux – restent à un niveau élevé ; et d’autre part, que la combinaison de la « débrouille » forgée par les populations et les acteurs économiques pendant les périodes antérieures, et de la volonté d’encaisser enfin les « dividendes de la paix », permettra un vrai essor de l’activité économique.
Au bout du compte, l’évolution la plus plausible et, somme toute, la plus heureuse serait un développement vigoureux de l’économie informelle, vivant assez largement en marge d’un État qui se reconstruirait très lentement.
Une telle évolution serait assez conforme à l’informalisation croissante de nombre d’autres économies africaines, en particulier dans ces périodes de crise ou de sortie de crise, qui s’accommodent plutôt bien d’un État peinant à assumer ses missions pour cause d’insuffisantes capacités techniques et financières.
Le cas le plus extrême est évidemment celui de la Somalie, pays sans État, au sens où nous l’entendons habituellement, depuis une quinzaine d’années, mais non sans activités économiques, parfois raisonnablement performantes, comme dans les domaines des télécommunications, des liaisons aériennes, de la finance et des relations commerciales extérieures, en particulier avec les pays du Golfe. À un degré ou à un autre, divers pays d’Afrique subsaharienne survivent, voire vivent assez correctement, dans ce genre de situation qui peut paraître scabreuse et très peu satisfaisante vue de l’extérieur mais qui constitue un moindre mal.
Le dossier est complété par deux articles indépendants du dossier. Le premier explore la question du financement des PME et le second développe les vertus de l’intégration régionale.
Le prochain numéro d’Afrique contemporaine sera consacré aux relations multiples et variées développées entre la Chine et le continent africain.
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