Varia
L’évolution du « leader indigène » aux yeux des administrateurs français : Léon M’Ba et le changement des modalités de participation au pouvoir local au Gabon, 1922-1967
Alexander Keese
Cet article étudie les idées des administrateurs français en Afrique noire, à partir des années 1930, quant au rôle de leurs collaborateurs indigènes. À partir de l’exemple du futur président du Gabon, Léon M’Ba, on montre que les fonctionnaires français étaient tellement méfiants à l’égard de leurs subordonnés « évolués » présents dans l’administration, qu’ils essayèrent de les intégrer comme « chefs traditionnels ». Quand ces alliés se montraient abusifs face à « leurs » populations, les responsables français les destituaient. Ce n’est qu’après la Deuxième Guerre mondiale que les leaders indigènes connurent un regain de prestige et une amélioration de leur position.
Le fait que l’administration française commence alors à interpréter leurs actions dans l’optique de la Guerre froide, a permis à ces élites noires, en passant dans le camp anti-communiste, de retrouver de très hautes positions, et d’accéder, dans le cas abordé, à la présidence d’un État africain post-colonial.
This article analyses the concepts developed by French Administrators in Black Africa since the 1930s, concerning the role of their native collaborators. By utilising the case of Léon M’Ba, future President of Gabon, it is possible to show how the mistrust of French Administrators faced with their educated African subordinates motivated them to attempt to integrate this personnel as “indigenous chiefs”. When these allies committed abuses against “their populations”, the French responsible functionaries de-stooled them, only to see them emerge again after World War II in order to re-demand their positions and their prestige. The fact that the French Administration started to interpret their action from a Cold War viewpoint after 1946 permitted to this Black African elite to “change” ostensibly into the anti-Communist camp and by this move to return into high positions, including the Presidency of a post-colonial African state.
Der vorliegende Aufsatz betrachtet die Konzepte, welche die französischen Verwaltungsbeamten in Schwarzafrika ab den 1930er Jahren über die Rolle ihrer indigenen Helfer entwickelten. Das Beispiel des zukünftigen Präsidenten des Gabun, Léon M’Ba, ermöglicht es zu zeigen, dass die französischen Funktionäre ein derartig starkes Misstrauen gegenüber ihren westlich gebildeten schwarzen Untergebenen in der Verwaltung entwickelten, dass sie versuchten, diese als traditionelle chefs zu integrieren. Wenn solche Verbündeten verbrecherische Akte gegenüber “ihren” Bevölkerungen begingen, wurden sie von den französischen Verantwortlichen abgesetzt, doch sollte der gleiche Personenkreis nach dem Ende des Zweiten Weltkriegs erneut auf der Bildfläche erscheinen, um sein Prestige und seine Positionen zurückzufordern. Die Tatsache, dass die französische Verwaltung derartige Forderungen ab 1946 aus der Perspektive des Kalten Krieges zu interpretieren begann, erlaubte es schließlich den betroffenen schwarzen Eliten, demonstrativ die Seite zu ”wechseln” und so in die höchsten Positionen zurückzukehren, bis hin zu jener des Präsidenten eines postkolonialen afrikanischen Staates.
• Penser le « tribalisme » : Léon M’Ba, commis et chef indigène (1922-1931)
• Communisme et sorcellerie : disgrâce et exil d’un chef indigène trop engagé (1932-1947)
• Partisan de Moscou ? Léon M’Ba et la panique anticommuniste en Afrique noire française (1947-1952)
• Lier un réseau évolué : Léon M’Ba, un politicien ambitieux coopté (1953-1960)
• Un ami de la France : Léon M’Ba, le tyran partenaire (1960-1967)
• Conclusion
• Bibliographie