L’impérialisme, un débat manqué de l’histoire contemporaine
française ?
Pour une relecture des travaux d’Yvon Thébert dans la
perspective de la colonisation
François Dumasy
Bien qu’il ne concerne directement que l’histoire antique, le
travail de Thébert participe d’un débat plus large sur la nature de
l’impérialisme et des liens entre un centre politique et ses périphéries. Par
la méthode d’abord, puisque l’étude de la romanisation le conduit à repenser
les catégories historiques nécessaires à l’analyse de la pénétration romaine en
Afrique, en s’opposant au poids idéologique de l’héritage colonial le plus
récent. Mais par la substance surtout, en faisant des alliances de classes un
des moteurs les plus puissants de l’expansion romaine. Cette approche, qui
dépasse le cadre de l’antiquité et pose la question de la lecture de la
relation coloniale, se retrouve aujourd’hui reprise et discutée dans certains
courants historiographiques comme les Subaltern Studies. Pourtant ces
tentatives de « décolonisation » de l’histoire n’ont eu que peu d’influence
dans l’histoire contemporaine française.
Although Thébert’s work only concerns ancient history, it
participates in a wider debate concerning the nature of imperialism and the
links between a political centre and its periphery. By its method first, since
the study of romanisation, leads him to think anew the historical categories
necessary to analyse Roman penetration in Africa, by opposing the influence of
the recent colonial ideological heritage. He achieves this mostly by its
substance, by making class alliances the strongest drive in the roman
expansion. This approach goes beyond ancient history’s frame work and questions
the understanding of colonial relations practised by some historical schools of
thought like in that of ‘Subaltern Studies’. However these attempts to
“de-colonise” history have had little impact on French contemporary historical
thought.