L’extension du domaine du chamanisme à l’art rupestre sud-africain
Jean-Loïc Le Quellec
L’interprétation chamanique des images rupestres du monde entier constitue désormais une vulgate systématiquement entonnée tant par les médias que par les spécialistes en mal de grille de lecture. Cette interprétation, qui croise aussi bien l’intérêt du public pour l’art des grottes que la mode actuelle du néo-chamanisme, résulte de la généralisation au monde entier d’une théorie qui avait été établie à l’origine pour comprendre les arts rupestres d’Afrique du Sud. Quelque vingt-cinq ans après son élaboration, on examine ici les bases ethnographiques et méthodologiques d’une façon de voir qui s’avère être d’une grande fragilité dans le domaine africain auquel elle est supposée s’appliquer en premier. Il en résulte que son élargissement à d’autres zones ne devrait plus être de saison.
The shamanic interpretation of rock paintings is today used by the media as well as by many specialists world wide. The public’s interest for cave art meets today’s fashion on neo-shamanism. The theory was elaborated originally to explain South African rock art and then extended to the rest of the world. The ethnographical and methodological basis of this approach is examined here 25 years after its elaboration. This paper reveals the very fragile construction of the evidence in the area it was meant for in the first place (Africa). In consequence the application to other zones appears quite out of place.
• Petite histoire de la lecture chamanique de l’art préhistorique
• Transe et chamanisme
• La question du chamanisme africain en général
• Le cas des San ou Bushmen
• Néo-chamanisme et mythe moderne
• Mais au fait, qu’est-ce que le chamanisme ?
• L’excuse de « l’hypothèse la plus apte »
• Du chamanisme pan-San au pan-chamanisme San
• L’ethnographie
• Conclusion
• Bibliographie