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Afrique & histoire

2009/1 (vol. 7)

  • Pages : 352
  • ISBN : 9782864325826
  • Éditeur : Verdier

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J’ai donné en mai 2004 un cycle de cours à l’université Agostinho-Neto en Angola. Ce fut pour moi une occasion de connaître le milieu des historiens angolais et un pays que je n’avais jamais visité auparavant. Parmi mes lectures faites avant le voyage, figuraient, entre autres, des fragments de l’Histoire générale de l’Afrique publiée par l’unesco. J’ai surtout été impressionné par les illustrations du tome 5 [1][1] B.A. Ogot (1999). Voir en particulier le chapitre 19... reproduisant des photographies de deux panneaux réalisés en azulejos qui se trouvent dans l’église Notre-Dame de Nazareth à Luanda. Le premier panneau représente le déroulement de la bataille d’Ambuila (Mbwila) en 1665, livrée entre l’armée du royaume de Congo et les Portugais d’Angola. Le second représente la tête coupée du roi congolais Antonio 1er (r. 1661-1665), qui avait perdu la bataille et y avait péri. La tête du roi fut enterrée précisément dans l’église où se trouvent les azulejos qui nous intéressent.

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Je décidai naturellement d’aller voir ces deux panneaux. Mais visiter Luanda n’est pas chose facile. Se déplacer dans cette ville énorme comptant plusieurs millions d’habitants, encombrée de milliers de voitures, est difficile et prend beaucoup de temps. Cependant, grâce à l’extraordinaire hospitalité du président de l’université, le professeur João Sebastião Teta (qui avait effectué maîtrise et doctorat en Pologne, parlant ainsi parfaitement polonais), et celle de l’ambassadeur polonais en Angola, le Dr Eugeniusz Rzewuski, j’ai pu visiter l’église Notre-Dame de Nazareth à trois reprises. Je ne me suis heurté à aucun obstacle pour y entrer et y prendre des photos. Les fidèles présents à l’intérieur étaient bien disposés, m’ont apporté des explications et m’ont aidé à déplacer quelques meubles pour faciliter la prise des photos.

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Les panneaux réalisés en azulejos sont nombreux dans cette église ; ils couvrent les murs des bas-côtés ainsi que le mur qui ferme la nef et la sépare du chœur. Quant aux deux scènes de la bataille d’Ambuila, elles se trouvent dans le chœur même. Le panneau de la bataille figure du côté nord, celui de la tête du roi coupée du côté sud.

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Les azulejos sont caractéristiques de l’art portugais et de l’art espagnol. Ce sont des carreaux de céramique recouverts d’émail, traditionnellement de couleur bleue, servant à tapisser des murs et à composer des panneaux. Les débuts de cet art remontent au Moyen Âge tardif, son éclosion date des Temps modernes [2][2] J.H. Saraiva (1978) ; “talha dourada e azulejo”.. Les Portugais l’ont apporté à Luanda, ville qu’ils avaient créée en 1576, pour décorer surtout les principaux édifices de la capitale d’Angola. Parmi les azulejos conservés, il faut citer les panneaux que l’on peut trouver dans les salles du bâtiment principal du fort São Miguel de Luanda, bien qu’ils soient abîmés. Ils représentent l’histoire de l’État de Congo, de sa christianisation et de l’activité des missionnaires au Congo et en Angola. La construction du fort avait commencé en 1648 et son extension a duré jusqu’au xxe siècle. Aujourd’hui, il abrite le Musée de l’armée. Les panneaux en azulejos conservés sont inspirés des gravures sur bois des œuvres de F. Pigafetta (xvie siècle), G.A. Cavazzi (seconde moitié du xviie siècle) et d’autres ouvrages historiques et géographiques des Temps modernes consacrés aux pays africains, dont l’Angola [3][3] F. Pigafetta (1591) ; G.A. Cavazzi (1687).. Ils datent donc de la période postérieure à la parution de ces œuvres, sans doute du xviiie, voire du xixe siècle. Cependant, leur forme, inspirée des gravures modernes, reste baroque.

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Le second cycle des azulejos à caractère historique a trouvé sa place dans l’église Notre-Dame de Nazareth. Cette église a été fondée par André Vidal de Negreiros, gouverneur de l’Angola dans les années 1661-1666. Sa construction a commencé en 1664, ce dont témoigne une plaque de fondation conservée et apposée sur la façade. L’année suivante, la tête du roi tué, Antonio 1er, fut enterrée dans cette église. C’était donc une première raison pour placer les azulejos relatifs à la bataille et à la mort du roi dans cet édifice. Une deuxième raison tenait à l’importance de la bataille d’Ambuila pour l’histoire de l’Angola, du Congo et de toute la région du sud-ouest africain.

1 - Façade de l’église Notre-Dame de Nazareth de Luanda1
2 - Plaque de fondation de l’église Notre-Dame de Nazareth de Luanda2
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Cette bataille décida en effet du rapport de forces dans cette partie de l’Afrique, de la désintégration du royaume de Congo et des possibilités d’expansion de la colonie portugaise d’Angola. En 1648, au terme de sept ans de suprématie sur Luanda, les Néerlandais en furent chassés par les Portugais. Le roi du Congo Garcia II (1641-1661) perdait ainsi la possibilité de jouer sur les contradictions entre les Portugais et les Néerlandais [4][4] W.G.L. Randles (1968 : 105-118) ; J. Vansina (1999 :.... Les Portugais, plus forts, intensifièrent leur expansion et l’élargissement de la colonie. De nombreux conflits les opposèrent à Anna Nzinga – à l’époque reine de Ndongo, et, au milieu du xviie siècle, reine de Matamba [5][5] J. Vansina (1999 : 653-654) ; B. Heintze (1977 : 749-805) ;... – et au royaume de Congo. En 1656, l’Angola conclut un traité de paix, certes avantageux, mais peu durable, avec le royaume de Congo [6][6] W.G.L. Randles (1968 : 118) ; texte du traité préparé.... Il faut dire que la déstabilisation de la région était surtout due au commerce des esclaves qui nécessitait des livraisons constantes de marchandise humaine et entraînait des luttes continuelles, ainsi qu’à la concurrence entre les ports par où transitaient les esclaves : le port de Mpinda, contrôlé par le royaume de Congo, et le port de Luanda qui gagnait de l’importance. Les autres objets du litige concernaient d’une part l’accès du Congo à l’île de Luanda d’où provenaient les coquillages nzimbu, le plus important moyen de paiement dans cette partie de l’Afrique, et d’autre part, l’incessante volonté des Portugais d’Angola d’accéder et de contrôler les (véritables ou légendaires) mines de métaux précieux qui se seraient trouvées dans l’État de Congo [7][7] W.G.L. Randles (1968) : p. 71-73, nzimbu (zimbu) ;....

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À la suite de ces conflits, Antonio 1er, qui régnait au Congo depuis 1661, appela ses sujets à lutter contre l’Angola. Le manifeste du 13 juin 1665 appelait au combat :

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« Toute personne, qu’elle soit noble ou artisan, riche ou pauvre, toute personne capable de porter une arme, venant de tous les villages et bourgs… [sera] obligée de se présenter dans les dix jours qui suivent auprès de [ses] commandants, gouverneurs, princes, comtes, marquis, etc. […] et de partir défendre nos terres, biens, enfants et femmes, vie et liberté que les Portugais veulent s’accaparer et assujettir [8][8] V. de Paiva Manso (1877 : 244-245). La titulature traditionnelle.... »

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La teneur de ce manifeste prouve qu’Antonio 1er avait regroupé toutes ses forces, résolu à en finir avec le conflit. L’armée congolaise partit vers le sud, dans la direction de la rivière Dande qui séparait les territoires congolais et angolais. La partie angolaise rassembla également son armée et franchit la rivière Dande en direction du royaume de Congo. Selon des sources portugaises, l’armée angolaise aurait compté 360 Portugais et 7 000 soldats noirs [9][9] G.S. Dias (1942 : 49).. Les forces congolaises sont estimées par ces sources à 100 000 hommes, avec 190 métis armés de mousquets et un détachement de 29 habitants blancs de la capitale congolaise, São Salvador (M’Banza Kongo). Le nombre de 100 000 est bien sûr exagéré et ne fait que désigner de manière symbolique une armée très nombreuse [10][10] Les informations sur la bataille se trouvent dans Mercúrio.... Compte tenu de la mobilisation annoncée au Congo et des pertes subies dans la bataille (ce dont nous parlerons plus loin), il s’agissait certainement d’une armée plus nombreuse que l’armée angolaise, qui ne comptait que quelques milliers de soldats.

Le Congo et l’Angola (fin xvie – début xviie siècle). D’après: Historia Afryki do pocz?tku xix wieku
(Histoire de l’Afrique jusqu’au début du xixe siècle), sous la rédaction de M. Tymowski, Wroc?aw 1996, p. 608.
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La confrontation décisive eut lieu le 29 octobre 1665 près du village d’Oulanga à côté d’Ambuila (Mbwila), au nord du haut Lifune. Le combat fut acharné et dura plusieurs heures [11][11] Notes 9 et 10 ; C.R. Boxer (1960 : 65 -73).. À ces informations provenant de sources écrites, notre source iconographique ajoute quelques précisions importantes. Les Portugais d’Angola étaient, pendant la bataille, disposés selon la forme d’un carré régulier, ordre caractéristique de leur tactique de combat en Afrique, comme le démontrent des documents iconographiques concernant d’autres batailles livrées au xviie siècle en Angola [12][12] A. de Oliveira de Cadornegas (1680). Exemples d’ordres.... Les soldats d’Angola étaient équipés de mousquets ; une partie de l’armée congolaise possédait un armement similaire. Les autres Congolais étaient équipés d’arcs, de javelots et d’épées. À leur avantage, les Portugais d’Angola disposaient de deux canons, inexistants dans l’armée congolaise. Cette dernière entoura le carré de l’ennemi par trois côtés ; on échangea des tirs de mousquets qui firent des morts, plus nombreux du côté congolais. Les Congolais attaquaient le carré du côté le plus faible, en disposant leur armée non en ligne, mais par groupes. Cependant, les Portugais avaient mis deux canons sur la diagonale du carré et leur feu contint les attaques et ne permit pas aux Congolais de rompre le carré.

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Sur le panneau de cette bataille réalisé en azulejos, on ne distingue pas de commandement portugais, à l’exception d’un commandant à l’épée qui, se tenant près du canon en bas, ne doit probablement diriger que le feu du canon. En revanche, on aperçoit des porte-drapeaux et des structures provisoires à l’intérieur du carré : c’est vraisemblablement là qu’était commandée l’armée. À la tête de l’armée congolaise se trouve le roi Antonio 1er, qui prend part à la bataille : la couronne sur la tête, l’épée à la main, vêtu du manteau royal, il encourage ses hommes à se battre. C’est bien dans sa direction que tire un des canons. Sur cette image, la victoire revient aux Portugais d’Angola grâce à l’aide et à l’intervention de Notre-Dame qui surgit derrière les nuages, entourée de rayons, au coin droit supérieur du panneau.

3 - Panneau de la bataille d’Ambuila (Mbwila) Azulejos de l’église Notre-Dame de Nazareth de Luanda, vue de l’original3
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D’après un récit publié dans une revue portugaise du xviie siècle, la bataille fit, hormis le roi Antonio 1er, de nombreux morts : 400 nobles congolais, dont 98 dignitaires d’État, et à peu près 5 000 soldats. La mort du roi et d’une grande partie du groupe au pouvoir montre l’ampleur de cette catastrophe [13][13] Mercúrio Portugués com as nóvas de mês de Julho de.... Les Portugais d’Angola firent un immense butin, dont l’objet – et le symbole – le plus important fut la couronne royale que le pape Innocent X avait bénite en 1648 et envoyée à Garcia II [14][14] V. de Paiva Manso (1877 : 200) ; W.G.L. Randles (1968 :.... Le roi tué fut décapité. Sa tête, transportée à Luanda, fut solennellement enterrée dans l’église Notre-Dame de Nazareth [15][15] Mercúrio Portugués com as nóvas de mês de Julho de....

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La perception de ces événements fut différente dans la colonie et dans la métropole. Au Portugal, la victoire angolaise ne fut pas accueillie favorablement et la mort d’Antonio 1er fut considérée – à juste titre, cela s’est avéré plus tard – comme un événement qui aurait pu déstabiliser toute la région. C’est peut-être pour cette raison que l’Angola ne conquit pas le Congo vaincu, que le gouverneur fut révoqué et qu’un traité de paix fut finalement signé en 1667 avec le roi du Congo Alvaro VIII. Ceci ne sauva pas pour autant le royaume de Congo qui, suite à des luttes pour le trône, à des révoltes de gouverneurs de provinces et à leur sécession, éclata en plusieurs petits États [16][16] W.G.L. Randles (1968 : 120-122) ; J. Vansina (1999 :....

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Gastão Suza Dias, l’auteur de la plus importante monographie sur la bataille d’Ambuila, avait déjà relevé l’importance des azulejos de l’église Notre-Dame de Nazareth en tant que source d’informations. Il a publié dans son livre une photographie du panneau de la bataille, accompagné d’un commentaire. Selon lui, après la victoire portugaise, la fondation de l’église par le gouverneur André Vidal de Negreiros revêtit un caractère d’action de grâce ; c’était un ex-voto en remerciement pour la victoire. C’est pourquoi l’auteur pense que les azulejos représentant des scènes de la bataille et la tête du roi furent fabriqués peu de temps après la bataille [17][17] G.S. Dias (1942 : 9, photographie, et 61, commenta....

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La photo du panneau de la bataille publiée par G.S. Dias dans son travail en 1942 est la même que celle qui se trouve dans le tome 5 de l’Histoire Générale de l’Afrique publié par l’unesco. La légende diffère un peu entre la version française parue en 1999 et la version anglaise de 1992. La légende française, la plus développée des deux, indique : « Panneau décoratif en carreaux de céramique de l’église Notre-Dame de Nazareth, à Luanda, représentant la bataille de Mbwila ». Sous la reproduction du second panneau, celui de la tête coupée du roi Antonio 1er et de ses insignes, le texte est le suivant : « Panneau décoratif en carreaux de céramique de la façade principale de l’église Notre-Dame de Nazareth, à Luanda, 1665 ». Les deux photos, tout comme la troisième, c’est-à-dire le fragment du panneau avec la tête du roi, sont munies de la note : « c. Museum national de l’Angola, Luanda. Photo : D. Wade [18][18] Note 1. ».

4a - Tête du roi Antonio 1er et ses insignes sur fond de paysage Azulejos de l’église Notre-Dame de Nazareth de Luanda, vue de l’original4a
4b - Détail de l’illustration 4a4b
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Comme la photographie de la bataille reproduite dans l’Histoire Générale de l’Afrique est identique à celle publiée dans la monographie de G.S. Dias, il ne fait aucun doute que le panneau qui nous intéresse se présentait ainsi, de même que le second (avec la tête du roi). Malheureusement, ces panneaux n’existent plus aujourd’hui dans l’église Notre-Dame de Nazareth de Luanda. Ceux que j’y ai vus et pris en photo ne sont que des copies très simplifiées des originaux ; ils sont beaucoup plus modestes d’un point de vue artistique. L’extraordinaire encadrement baroque a disparu, de même que le superbe dessin des personnages. Les personnages actuels sont schématisés et une partie des éléments du panneau originel est absente de la copie. Il reste le plan général de la bataille, mais le roi commandant son armée, présent sur les photos de l’original, a disparu. Le canon, en bas à droite, est représenté si maladroitement qu’il tire depuis la ligne de l’armée congolaise sur un autre groupement de l’armée congolaise. Il est clair que le copiste n’a pas compris le rôle de l’artillerie dans cette bataille. De surcroît, à la place du second canon, dans le coin gauche supérieur du carré, seul un nuage figure sur la copie.

5 - Copie du panneau de la bataille d’Ambuila (Mbwila)5
Les azulejos se trouvent aujourd’hui dans l’église Notre-Dame de Nazareth de Luanda.
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La copie du panneau de la tête du roi et de ses insignes perdus se présente aussi de manière très simplifiée. Le beau cadre a disparu, le fond végétal et architectural a été réduit, un paysage dynamique et plein de tension a été remplacé par un espace vide. La tête du roi a perdu les traits caractéristiques de l’original. Les mêmes insignes – la couronne, la lance et le blason – ont été représentés mais d’une manière plus modeste. On peut cependant noter que, dans le cas de ce panneau, la copie a certes perdu la valeur artistique de l’original, mais pas sa valeur documentaire, contrairement à la copie du panneau de la bataille.

6a - Copie du panneau de la tête du roi Antonio 1er et ses insignes sur fond de paysage6a
Les azulejos se trouvent aujourd’hui dans l’église Notre-Dame de Nazareth de Luanda.
6b - Détail de l’illustration 6a6b
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Après avoir constaté la différence entre les photos des originaux et les copies des panneaux qui se trouvent aujourd’hui dans l’église Notre-Dame de Nazareth, j’ai cherché à établir si les originaux existaient toujours et, en ce cas, à savoir où ils se trouvaient. Il résulte du travail de G.S. Dias qu’en 1942 les originaux se trouvaient encore dans l’église. Les photos et les légendes figurant dans l’Histoire Générale de l’Afrique pourraient constituer une clé pour expliquer ce problème. Les légendes ne sont pourtant pas précises et elles contiennent des erreurs. Par exemple, l’information selon laquelle le panneau représentant la tête du roi se trouvait sur la façade de l’église pose problème. En effet la façade, connue grâce à de nombreuses photographies et prise en photo par moi-même (voir l’illustration 1), est trop petite et coupée par trop d’ouvertures (portails et fenêtres) pour que ce panneau puisse avoir été placé où que ce soit. L’erreur est donc indiscutable et il faut considérer que les originaux se trouvaient au même endroit que les copies actuelles, c’est-à-dire sur les murs sud et nord du chœur. Il résulte du plan et de l’architecture de l’église que les dimensions des originaux devaient être les mêmes que celles des copies d’aujourd’hui.

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Des problèmes plus complexes apparaissent à la lecture des autres éléments de la légende. À Luanda, en dépit du copyright figurant dans le tome 5, il n’y a pas à proprement parler de « Musée national ». Il existe par contre un Museu National de Antropologia, créé en 1976, que j’ai visité et où je n’ai pas trouvé les azulejos originaux qui m’intéressaient. Il existe également, à Luanda, un Museu Nacional de Historia Natural, mais ses collections ont un caractère différent. Il en va de même pour le Museu Nacional de Escravatura, créé en 1977, dans une villa située à dix-sept kilomètres au sud de la ville [19][19] A. Kwononoka (sans date) ; M.K. Kavula (2002) ; M.K..... Quel est donc le musée auquel renvoie la légende sous les photos de l’Histoire Générale de l’Afrique ? Je n’ai pas pu l’établir. Grâce à l’aide fournie par la représentation polonaise auprès de l’unesco, j’ai transmis au service iconographique des questions au sujet des photos et de leurs légendes, ainsi qu’une demande d’informations supplémentaires au cas où celles-ci existeraient dans le fichier. J’ai reçu une réponse laconique, qui ne contenait que les informations du tome 5, figurant parmi les légendes des photos concernées [20][20] M. Tanaka, communication personnelle ; E. Usidus, communication....

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À Luanda, je n’ai pas résolu le mystère non plus, ni sur place, ni par courrier. Il semble que la mémoire des originaux se soit perdue. Je n’ai trouvé, dans un article du magazine Kulonga – émanation de l’Instituto Superior de Ciéncias da Educação publié à Luanda – qu’une reproduction de la forme actuelle du panneau, telle qu’elle se trouve aujourd’hui dans l’église, c’est-à-dire de la copie simplifiée [21][21] M.J. Fernandes (2002 : 119-137), reproduction de la....

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Ainsi, de l’enquête menée pour répondre à ma fascination pour les panneaux représentant la bataille d’Ambuila et la tête d’Antonio 1er et ses insignes, on peut tirer la conclusion que l’église ne possède aujourd’hui que des copies des panneaux originaux. La date de la réalisation de ces copies n’a pas pu être fixée, mais elles ont sans aucun doute été faites après 1942. Je ne suis pas parvenu non plus à déterminer si les originaux existent toujours ni où ils se trouvent. Peut-être les Portugais les ont-ils emmenés en quittant l’Angola ? Pourtant, les azulejos du fort Saint-Michel (São Miguel), eux aussi extrêmement beaux, n’ont pas été emportés. Les Angolais ne les ont certainement pas détruits, car, sinon, pourquoi aurait-on exécuté et placé les copies actuelles dans l’église ? Je n’ai même pas réussi à préciser d’où proviennent les photos de l’Histoire Générale de l’Afrique ni à quelle période elles ont été prises. Par un heureux concours de circonstances, ce sont les photographies des originaux qui subsistent et qui sont conservées par l’unesco. Par cet article, j’espère susciter un nouvel intérêt pour ces précieuses œuvres d’art et pour la recherche des originaux.

Note complémentaire

22

Après avoir écrit cet article en mars 2006, j’ai continué à suivre le destin des azulejos originaux. Grâce à l’aide de l’ambassadeur de la République de Pologne en l’Angola, le docteur Eugeniusz Rzewuski, j’ai pris contact avec M. Paulo de Carvalho, docteur et professeur associé à l’Université Agostinho Neto de Luanda.

23

M. Paulo de Carvalho a demandé des renseignements à l’ancien directeur du Patrimonio Nacional, le docteur Emmanuel Esteves, et au professeur Aurora Ferreira, ancienne directrice des Archives Nationales de Luanda. Il s’est également entretenu avec le curé de la paroisse Notre-Dame de Nazareth, l’abbé Rufino, et avec une sœur travaillant dans cette église depuis des années.

24

Grâce à ces renseignements, j’ai pu établir qu’entre les années 1996 et 1998, l’église Notre-Dame de Nazareth a fait l’objet d’une rénovation financée par la Banque Nationale d’Angola. La tentative de contacter l’entreprise responsable des travaux a échoué. Cela ne signifie cependant pas que les azulejos originaux aient disparu au cours des travaux de rénovation. De toute évidence, l’abbé Rufina et d’autres interlocuteurs ignoraient, jusqu’à l’entretien avec M. Paulo de Carvalho, que les azulejos originaux avaient été remplacés par des copies. La date où les copies ont remplacé les originaux – ou celle de la disparition de ces derniers – reste donc encore inconnue. L’amabilité du docteur Emmanuel Esteves m’a permis de recevoir, par l’intermédiaire du professeur Paulo de Carvalho et pour les besoins de cet article, les photos des originaux conservées parmi les collections de l’office du Patrimonio Nacional. L’ensemble de la correspondance électronique, échangée entre juin et octobre 2006, est conservée dans mes archives privées.

25

Je souhaite remercier vivement toutes les personnes précitées pour l’aide qu’elles m’ont apportée au cours de mes recherches.

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Michal Tymowski

27

Varsovie, le 5 février 2007


Annexe

Illustrations

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Illustration 3 – Panneau de la bataille d’Ambuila (Mbwila) (azulejos de l’église Notre-Dame de Nazareth de Luanda, vue de l’original), Histoire Générale de l’Afrique, tome 5, p. 661 [22][22] J’ai pu obtenir les photos 3, 4a et 4b grâce à l’amabilité....

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Illustration 4a – Tête du roi Antonio 1er et ses insignes sur fond de paysage (azulejos de l’église Notre-Dame de Nazareth de Luanda, vue de l’original), Histoire Générale de l’Afrique, tome 5, p. 659 en haut.

30

Illustration 4b – Détail de l’illustration 4a, Histoire Générale de l’Afrique, tome 5, p. 659 en bas.

31

Illustration 5 – Copie du panneau de la bataille d’Ambuila (Mbwila) (les azulejos se trouvent aujourd’hui dans l’église Notre-Dame de Nazareth de Luanda), photo M. Tymowski, 2004.

32

Illustration 6a – Copie du panneau de la tête du roi Antonio 1er et ses insignes sur fond de paysage (les azulejos se trouvent aujourd’hui dans l’église Notre-Dame de Nazareth de Luanda), photo M. Tymowski, 2004.

33

Illustration 6b – Détail de l’illustration 6a.


Références

  • Almeida (de) Antonio, « Subsídios para a História dos Reis do Congo », Congresso do Mundo Português, Lisbonne, vol. VIII, 1940.
  • Boxer Charles Ralph, « Uma Relação inédita e contemporânea de Batalha de Ambuíla em 1665 », Boletim Cultural do Museu de Angola, n° 22, Luanda : Museu de Angola, 1960.
  • Cavazzi Giovanni Antonio, Istorica descrizione de’ tre’ regni Congo, Matamba et Angola: sitvati nell’ Etiopia inferiore occidentale e della missioni apostoliche esercitateui da religiosi Capuccini, Bologna, Per Giacomo Monti, 1687.
  • Cruz e Silva Rosa, Luanda e seus lugares de memoria, Luanda, sans date.
  • Dias Gastão Sousa, A batalha de Ambuila, Lisboa, Museu de Angola, 1942.
  • Fernandes Mavinga João, « Portugal e o fim das independências políticas do Ndongo e do Kongo », Kulonga. Revista das Ciências de Educação e Estudos Multidisciplinares, n° 1, 2002. Heintze Beatrix, « Unbekanntes Angola : der Staat Ndongo im 16 Jahrhundert », Anthropos, 72, 1977.
  • Kavula M.K., Edificios históricos sec. xvi – sec. xx, Luanda, 2002 (texte polycopié).
  • Kavula M.K., Luanda. À la découverte de la vieille ville, Luanda, sans date (texte polycopié).
  • Kwononoka Américo, Museu Nacional de Antropologia, Luanda, sans date.
  • Martin Phyllis M., The External Trade of Loango Coast 1576 – 1870: the Effects of Changing Commercial Relations on the Vili Kingdom of Loango, Oxford, Clarendon Press, 1972.
  • Mercúrio Portugués com as nóvas de mês de Julho de ano de 1666, reproduites dans la revue Diogo Cão. Revísta Illustrada de Assúntos Historicos Angolanos, IIIe série, n° 6, 1936.
  • Miller Joseph Calder, « Nzinga of Matamba in a new perspective », Journal of African History, 13, 1975.
  • Miller Joseph Calder, Kings and Kinsmen : early Mbundu states in Angola, Oxford, Clarendon Press, 1976.
  • Nowak Bronislaw, « Ekspansja europejska w Afryce w xvii – xviii w. Jej etapy, przejawy I skutki » (« Expansion européenne en Afrique aux xviie et xviiie siècles. Ses phases, manifestations et conséquences »), Michal Tymowski (ed.), Historia Afryki do poczatku xix wieku (Histoire de l’Afrique jusqu’au début du xixe siècle), Wroclaw Warszawa/Kraków, 1996.
  • Ogot Bethwell A. (ed.), General History of Africa, vol. 5, Africa from the Sixteenth to the Eighteenth Century, Portsmouth/Paris/Berkeley, Heinemann/unesco/University of California press, 1992. – Histoire générale de l’Afrique, 8 volumes, tome 5, L’Afrique du xvie au xviiie siècle, Paris, Présence africaine/Edicef/unesco, 1999.
  • Oliveira de Cadornegas (de) Antonio, História General das Guerras Angolanas, Luanda, 1680-1681 ; réédité par José Maria Delgado et Manuel Alves da Cunha, volume 1 à 3, Lisboa, Agência Geral das Colónias, 1940-1942.
  • Paiva Menso (de) Visconde, História do Congo (Documentos), Lisboa, typographia de Academia Real das Sciencias, 1877.
  • Pigafetta Filippo, Relatione del Realme di congo e delle Circonvicine Contrade, Roma, Bartolomeo Grassi, 1591 – de nombreuses éditions existent, et ce, en plusieurs langues (dont une en latin, Rome, 1598).
  • Randles William G.L., L’ancien royaume du Congo, des origines à la fin du xixe siècle, Paris/La Haye, Mouton et Co., 1968.
  • Saraiva José Hermano, História concisa de Portugal, Lisbonne, Publicaçõ Europa-América, 1978.
  • Thornton John K., The Kingdom of Congo: Civil War and Transition, 1641-1718, Madison, University of Wisconsin press, 1983.
  • Tymowski Michal, « Basen Konga i sawanny poludnia w xvii i xviii w » (« Le Bassin du Congo et les savanes sud aux xviie et xviiie siècles »), Michal Tymowski (ed.), Historia Afryki do poczatku xix wieku (Histoire de l’Afrique jusqu’au début du xixe siècle), Wroclaw Warszawa/Kraków, 1996.
  • Vansina Jan, « Le royaume du Congo et ses voisins », chap. 19, Histoire générale de l’Afrique, tome 5 : L’Afrique du xvie au xviiie siècle, Paris, Présence africaine/Edicef/unesco, 1999.

Notes

[*]

Michal Tymowski est professeur titulaire à l’Institut d’histoire de l’université de Varsovie, institut qu’il dirige depuis 2002. Auteur de nombreuses publications universitaires et d’ouvrages de vulgarisation – entre autres Histoire du Mali et Histoire de Tombouctou – il a publié, en collaboration avec Jan Kienewicz et Jerzy Holzer, une Histoire de la Pologne (1986) qui a fait l’objet de cinq rééditions en polonais. Il est également l’auteur d’Une Histoire de la Pologne, publiée en France en 1993 et 2003.

[1]

B.A. Ogot (1999). Voir en particulier le chapitre 19 par J. Vansina (à partir d’une contribution de Théophile Obenga), « Le Royaume du Congo et ses voisins », p. 659, ill. 19.11 et 19.12 – la tête d’Antonio 1er et ses insignes, ainsi qu’un détail de ce panneau – et p. 661, ill. 19.13 – scène de la bataille d’Ambuila (Mbwila). On trouve les mêmes illustrations dans la version anglaise du volume, p. 565, ill. 19.8 et 19.9, et p. 567, ill. 19.10 ; B.A. Ogot (1992).

[2]

J.H. Saraiva (1978) ; “talha dourada e azulejo”.

[3]

F. Pigafetta (1591) ; G.A. Cavazzi (1687).

[4]

W.G.L. Randles (1968 : 105-118) ; J. Vansina (1999 : 658 et suivantes) ; J.K. Thornton (1983 : 70 et suivantes) ; B. Nowak (1996 : 1080-1167), sur les Néerlandais en Angola et au Congo et leur alliance avec Garcia II, voir p. 1107.

[5]

J. Vansina (1999 : 653-654) ; B. Heintze (1977 : 749-805) ; J.C. Miller (1975 : 201-216) ; J.C. Miller (1976 : 151-260).

[6]

W.G.L. Randles (1968 : 118) ; texte du traité préparé depuis 1649 mais signé seulement en 1656, G.S. Dias (1942 : 84-95).

[7]

W.G.L. Randles (1968) : p. 71-73, nzimbu (zimbu) ; p. 80-81, 178-179, les mines de cuivre et la volonté des Portugais de les conquérir ; p. 136-138, une concurrence commerciale ; p. 175, la carte des routes commerciales. P.M. Martin (1972 : 68-70) ; J. Vansina (1999 : 656).

[8]

V. de Paiva Manso (1877 : 244-245). La titulature traditionnelle des dignitaires congolais a été remplacée dans ce document, tout comme dans les autres documents délivrés par les rois congolais, par une titulature empruntée à l’Europe. W.G.L. Randles (1968 : 119).

[9]

G.S. Dias (1942 : 49).

[10]

Les informations sur la bataille se trouvent dans Mercúrio Portugués com as nóvas de mês de Julho de ano de 1666 (1936 : 164-172) ; pour les effectifs de l’armée : p. 169.

[11]

Notes 9 et 10 ; C.R. Boxer (1960 : 65 -73).

[12]

A. de Oliveira de Cadornegas (1680). Exemples d’ordres et gravures reproduites dans G.S. Dias (1942 : 48 et suivantes).

[13]

Mercúrio Portugués com as nóvas de mês de Julho de ano de 1666 (1936 : 170) ; G.S. Dias (1942 : 152) (document de 1667 r.).

[14]

V. de Paiva Manso (1877 : 200) ; W.G.L. Randles (1968 : 112-113, n. 2, et 119, n. 3). D’après W.G.L. Randles, les Portugais auraient rendu cette couronne qui, par la suite, a été conservée à São Salvador, ancienne capitale du royaume de Congo située sur le territoire angolais. La date de sa restitution n’a pas été donnée, probablement avait-elle eu lieu au cours des premières décennies du xxe siècle. La couronne a été vue en 1940 à São Salvador par A. de Almeida (1940 : 485-511), sur la couronne : p. 491. En 2004, quand je visitais São Salvador et son musée, la couronne n’y était plus.

[15]

Mercúrio Portugués com as nóvas de mês de Julho de ano de 1666 (1936 : 171).

[16]

W.G.L. Randles (1968 : 120-122) ; J. Vansina (1999 : 660-662) ; J.K. Thornton (1983) ; M. Tymowski (1996 : 960-984), sur la décomposition du Congo : p. 962-964.

[17]

G.S. Dias (1942 : 9, photographie, et 61, commentaire).

[18]

Note 1.

[19]

A. Kwononoka (sans date) ; M.K. Kavula (2002) ; M.K. Kavula (sans date) ; R. Cruz e Silva (sans date).

[20]

M. Tanaka, communication personnelle ; E. Usidus, communication personnelle.

[21]

M.J. Fernandes (2002 : 119-137), reproduction de la copie du panneau de la bataille, p. 136.

[22]

J’ai pu obtenir les photos 3, 4a et 4b grâce à l’amabilité du docteur Emmanuel Esteves.

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  1. Note complémentaire

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