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Agone

2013/2 (n° 51)

  • Pages : 224
  • ISBN : 9782748901795
  • Éditeur : Agone

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Les images communes comme les représentations savantes donnent une vision plutôt misérabiliste des agriculteurs et des paysans. En effet, de la fin du xixe siècle aux années 1980, l’ethnologie de la France n’a cessé de prendre pour objet la fin d’une civilisation paysanne cherchant à collecter les derniers soubresauts d’une culture en voie de disparition, mettant littéralement la paysannerie au musée. Ce rapport aux mondes paysans est aujourd’hui largement réapproprié dans une vision culturelle et résidentielle des campagnes qu’exprime la notion de « patrimoine rural », rapport à la campagne particulièrement visible, par exemple, dans les maisons campagnardes rénovées de style néorustique. Emboîtant le pas à cette vision repoussant les paysans vers la société d’hier, des sociologues ont parlé de la « fin des paysans » ou de la « crise de la société paysanne » [1][1] Henri Mendras. La Fin des paysans [1967], Actes Sud,.... Bien sûr, ces chercheurs ont rendu justice à un processus programmé qui exclut de l’agriculture moderne en gestation les fractions populaires de la paysannerie. Par ailleurs, ils ont saisi le regard urbain sur le rural, dépassant pour le coup les travaux antérieurs principalement ethnologiques isolant jusqu’alors les campagnes de la modernité et de la ville. Mais quand ces travaux font de « la paysannerie une classe objet », ils renforcent la représentation misérabiliste : « Entre tous les groupes dominés, la classe paysanne, sans doute parce qu’elle ne s’est jamais donné ou qu’on ne lui a jamais donné le contre-discours capable de la constituer en sujet de sa propre vérité, est l’exemple par excellence de la classe objet, contrainte de former sa propre subjectivité à partir de son objectivation (et très proche en cela des victimes du racisme). De ces membres d’une classe dépossédée du pouvoir de définir sa propre identité, on ne peut même pas dire qu’ils ont ce qu’ils sont puisque le mot le plus ordinaire pour désigner [les paysans] peut fonctionner, à leurs yeux mêmes, comme une injure. [...] Dominées jusque dans la production de leur image du monde social et par conséquent de leur identité sociale, les classes dominées ne parlent pas, elles sont parlées [2][2] Pierre Bourdieu, « Une classe objet », Actes de la.... »

Fig. 1 - La demeure du nouveau notable : l’appropriation d’éléments de l’architecture de château dans le langage pavillonnaire contemporain des agriculteurs du ChâtillonnaisFig. 1
Photo Dominique Geoffroy
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Pour beaucoup, les agriculteurs finissent par incarner la figure par excellence du populaire, un milieu populaire dominé économiquement en raison de ses faibles revenus et de sa dépendance croissante à l’égard de l’industrie agroalimentaire et du système bancaire. Mais c’est un monde tout autant dominé culturellement, avec le faible niveau de formation scolaire qui a longtemps relégué la paysannerie au dernier rang des classes sociales, tandis que le célibat des hommes agriculteurs attesterait leur perte de valeur sur le marché matrimonial. Enfin, les agriculteurs sont dominés symboliquement, incarnant des valeurs et un mode de vie stigmatisés par l’affirmation des loisirs et de la consommation du salariat urbain. Le sur-suicide observé chez les agriculteurs depuis la fin du xixe siècle, alors que le taux de suicide était jusque-là plus élevé en ville, témoignerait de cette misère sociale et économique.

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On doit aujourd’hui doublement s’interroger sur cette représentation misérabiliste. Tout d’abord en se demandant si, par le passé, la question de l’exode rural n’a pas masqué d’autres évolutions plus discrètes. Ensuite en ne se focalisant pas sur les contrastes les plus saisissants que présentent les mondes agricoles les plus en difficulté, ceux de la petite polyculture d’élevage. Il convient de prendre en compte la diversité agricole : les céréaliers, les viticulteurs et plus généralement l’agriculture productiviste et de luxe ont été sous-enquêtés, laissant la petite paysannerie au cœur des travaux scientifiques et des représentations sociales et culturelles [3][3] La trilogie La Vie moderne du cinéaste Raymond Depardon.... Le caractère d’urgence de la domination et de l’extinction paysanne a occulté une autre évolution, et les petits paysans condamnés ne représentaient certainement pas l’ensemble des mondes agricoles.

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On peut aussi s’interroger sur le présent. S’il n’y a plus de paysans, de civilisation paysanne, qui sont alors les agriculteurs qui peuplent les campagnes des pays européens pris depuis des décennies dans une course productiviste de l’agriculture ? Pour tenter de répondre à ces questions, nous sommes partis enquêter dans le Châtillonnais [4][4] À l’exception du nom de la région, le Châtillonnais,..., une zone agricole de Bourgogne majoritairement céréalière et secondairement d’élevage, en reprenant le fil de l’entre-deux-guerres jusqu’à nos jours. On découvre alors une agriculture riche, à rebours de l’image misérabiliste née de l’exode rural et des difficultés financières, et des agriculteurs, pour beaucoup, depuis les années 1950, en plein embourgeoisement.

La modernisation agricole & ses revenus

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Le Châtillonnais a très tôt été une terre abandonnée, expérimentant, d’une certaine manière, la fin des paysans avant les autres régions agricoles. Il n’y a déjà plus que 15,4 habitants au kilomètre carré en 1921, une densité proche des cantons alpins les plus désertés. Le constat établi par une géographe en 1928 est alors sans appel : « Ce pays n’a pas de vocation agricole. Il en est de tout le Châtillonnais comme dans ce village de Planay, dont les habitants écrivent en 1793 “qu’il n’y a ni vigne, ni prés, ni eau, et qu’il est le plus ingrat pays de la République” [5][5] Marie-Louise Debesse-Arviset, « Le Chatillonnais »,.... » Or, partant de ce territoire pauvre et déserté, il est saisissant de voir comment cette terre à moutons s’est valorisée tout au long du xxe siècle.

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Après la Première Guerre mondiale et la saignée causée dans le monde paysan, la terre ne vaut plus rien. Jusqu’aux années 1950, la terre châtillonnaise est restée l’une des moins chères de France. Les grands propriétaires, ces notables ruraux du xixe siècle devenus bourgeois à la ville, se dessaisissent de leurs terres, ne trouvant plus de fermiers. Les exploitants les mieux dotés accèdent alors à de grandes surfaces. Des propriétaires de petites exploitations mais de zones agricoles riches, des migrants belges, luxembourgeois, suisses, alsaciens, lorrains, vendent leurs terres et rachètent, via des réseaux de marchands de biens, ces grandes fermes châtillonnaises. Cette « élite migrante » de l’agriculture, en opposition aux migrants prolétaires ouvriers agricoles souvent d’origine polonaise, multiplient par dix ou vingt la taille de leurs exploitations. Par exemple en 1932, Antoine Meyer a vendu sept hectares et son cheptel pour 80 000 francs en Alsace. Il a pu racheter, pour 40 000 francs, une ferme de 40 ha et son capital d’exploitation (petit matériel et cheptel) dans le Châtillonnais [6][6] Données collectées en entretien avec Antoine Meyer,.... L’écart des prix est tel que la migration permet à ces petits exploitants propriétaires de zones agricoles riches de devenir de gros exploitants de zones agricoles pauvres.

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En 1950, date à laquelle commencent les séries statistiques, le prix des terres châtillonnaises reste en moyenne dans un rapport de un à vingt avec le prix moyen des terres labourables des départements les plus disputés, le Nord, le Pas-de-Calais, et dans un rapport de un à dix avec les prix moyens de la Somme, de l’Alsace ou du Bassin parisien. Ces exploitants migrants importent leur technique : la culture mécanisée des céréales pour les Belges, la production d’emmenthal pour les Suisses, remplaçant tout le cheptel ovin par un cheptel bovin. Les plus établis des exploitants propriétaires locaux, par achats successifs aux notables d’hier et aux petits qui partent, concentrent progressivement la terre. L’impossible reproduction sociale des petits et moyens agriculteurs châtillonnais garantit la reproduction sociale agricole des plus gros et des migrants non châtillonnais.

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La modernisation agricole des années 1950 et 1960 révolutionne l’agriculture châtillonnaise. Comme pour la Champagne pouilleuse voisine, ces très grandes surfaces sont particulièrement bien adaptées à la mécanisation. La fertilisation rend productive une terre très peu profonde, hier pauvre. Même si les rendements restent inférieurs à ceux de la plaine, cette terre de plateau, longtemps juste bonne pour les moutons, est devenue propre à la culture des céréales. Chacun se spécialise toujours plus en céréaliculture. L’augmentation de la productivité (grâce notamment au développement des fongicides dans les années 1970) puis la mise en culture du colza au début des années 1980 (permettant une rotation céréales-oléagineux profitable) ont contré l’effet de ciseaux sur les prix, marqué par la baisse du prix des céréales et l’augmentation de celui des intrants des années 1980 et 1990.

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Plus l’exploitation est importante, plus elle est profitable. La taille permet de rentabiliser d’autant les investissements dans le capital d’exploitation, les machines, tracteurs, moissonneuses-batteuses et autres matériels particulièrement onéreux, liés à des endettements lourds, constamment renouvelés. Dans les deux dernières décennies, la réforme de la PAC (Politique agricole commune) en 1992, basée non plus sur un soutien des prix mais sur des subventions directes aux agriculteurs calculées sur la surface exploitée quel que soit le rendement, a été très favorable pour ces grandes structures. L’extrême volatilité des cours des céréales depuis 2006 rend cette machine économique très dépendante à court terme des marchés agricoles et financiers mondiaux, hors de contrôle vu du Châtillonnais. Mais, jusqu’à nos jours, l’augmentation tendancielle des cours sur la décennie 2000 (triplement des prix de 2001 à 2010) profite à ces exploitants.

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Pour beaucoup des agriculteurs de la zone, ces deux dernières décennies ont été marquées par une diversification patrimoniale. Après l’immobilier local – les anciennes fermes désertées transformées en gîte ou vendues à des résidents secondaires –, beaucoup ont investi dans le marché immobilier dijonnais, acquérant un puis des appartements à louer pour des étudiants, voire une maison périurbaine pour la retraite. Alors que le Châtillonnais se situe en moyenne entre une heure et une heure trente de Dijon, certains, devenus purs céréaliers et donc travaillant principalement de juin à octobre, se sont même installés à Dijon, facilitant la vie quotidienne d’une épouse salariée dans l’agglomération, profitant des services et de l’offre culturelle de la grande ville. Ce modèle de résidence est très certainement appelé à se développer dans l’avenir, rompant avec la résidence auprès de la famille du mari, qui est généralement la norme liée à la transmission père-fils des exploitations.

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L’ensemble des innovations techniques, politiques et économiques depuis la Libération a lancé les agriculteurs de la zone dans une course à la terre, emballant le marché foncier agricole. La taille moyenne de l’ensemble des exploitations passe de 64 ha en 1970 à 161 ha en 2010 (55 ha pour l’ensemble de la France). De 1950 à aujourd’hui, la valeur des terres châtillonnaises a augmenté plus de trois fois plus vite que la moyenne de la valeur vénale des terres en France, et plus de deux fois plus vite que le salaire médian. Aujourd’hui, la valeur de l’hectare de terre est un peu supérieure à 3 000 euros, immobilisant donc en moyenne près de 600 000 euros par exploitation, uniquement pour le foncier. Face à de telles sommes, un agriculteur ne peut plus acheter la terre qu’il exploite au cours de sa vie active. Il loue la plupart de ses terres à ses parents, frères, oncles et voisins, devenant le fermier de sa famille. Au foncier, le jeune agriculteur doit en plus acquérir le capital d’exploitation (machines agricoles), qu’on peut estimer à 250 000 euros en moyenne sur les fermes châtillonnaises. Par exemple, une exploitation de 500 ha dans les meilleures terres châtillonnaises, avec les bâtiments et le capital d’exploitation, vient de se vendre trois millions d’euros, permettant à l’heureux acquéreur de doubler sa surface, portant à 1 000 ha son exploitation.

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Il est compliqué de raisonner sur les revenus des agriculteurs, qui restent très difficilement objectivables face à l’ensemble des niches fiscales permettant de minimiser les revenus déclarés aux impôts, revenus fiscaux qui sont la base des données statistiques. Par ailleurs, ce revenu est très fluctuant lors du cycle de la vie active, avec de lourds endettements à l’installation et des revenus plus confortables en fin de carrière. Mais, en moyenne, on peut estimer que les agriculteurs de la zone disposent d’un revenu comparable aux cadres et d’un patrimoine supérieur aux cadres. Dans le Châtillonnais, la misère paysanne décrite par les ethnologues et constatée par les géographes dans l’entre-deux-guerres s’est bien transformée en une richesse agricole.

La réussite économique de Jean Schmitt

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Pour mieux saisir comment toutes ces transformations s’enchaînent et ce qu’elles impliquent dans une vie, arrêtons-nous sur une trajectoire pionnière dans la transformation de la paysannerie en bourgeoisie agricole. Cette trajectoire, celle d’un agriculteur aujourd’hui âgé de soixante-dix ans, à la retraite mais toujours actif sur l’exploitation, concentre sur une génération ce que beaucoup de familles châtillonnaises ont mis plutôt deux générations à réaliser.

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Très classiquement pour la région, Jean Schmitt est le fils d’un agriculteur alsacien qui arrive dans le Châtillonnais en 1938 via des réseaux de marchands de biens strasbourgeois. Il s’installe avec sa mère et sa sœur. Les conditions de l’arrivée sont précaires, le père de Jean a dû dormir deux mois dans la grange avant que la ferme ne se libère. Le grand-père de Jean, agriculteur sur 3 ha, est décédé jeune, à son retour de la Première Guerre mondiale en 1919. En 1938, à l’âge de trente ans, ne pouvant vivre sur la toute petite exploitation alsacienne, n’ayant cumulé que des petits boulots (chauffeur de bus notamment), le père de Jean tente le départ avec les biens de la ferme (trois vaches, deux chevaux et une charrue transités par camion) et s’installe initialement en fermage sur 80 ha. En 1941, il épouse une fille de grands propriétaires exploitants agricoles locaux, mais issue d’une famille nombreuse, divisant d’autant les terres, dont il retire finalement peu par héritage. Cependant, il s’associe à un nom très utile auprès des institutions de crédit et sur le marché foncier. En effet, avoir un nom, être doté d’un patrimoine familial, offre autant de garanties économiques et sociales dans un temps où le crédit, contrôlé par la caisse locale du Crédit agricole, et la terre, contrôlée par les réseaux des notaires, se vendent avant tout grâce à sa bonne réputation familiale. Jean naît en 1942. Son père loue puis achète par emprunts successifs au Crédit agricole de plus en plus de terres autour de son exploitation, la portant à 220 ha dès 1953. Les achats de terres ont été réalisés soit auprès de grands propriétaires terriens (industriel à Troyes, gros commerçant à Besançon), soit auprès d’agriculteurs locaux sans repreneurs. Enfant, Jean se souvient de la maison sans eau courante et des trajets à la fontaine, ou encore des toilettes au fond de la cour jusqu’aux années 1970 : « À cette époque, on vivait avec pas grand-chose, quoi. La partie alimentation, d’abord, elle était entièrement produite par la ferme. Alors vous imaginez, vous n’avez pas de frais d’alimentation, naturellement pas de frais de loyer non plus… On vivait en autarcie. Moi, je me souviens, quand j’étais à l’école et quand après ma sœur était pensionnaire à Dijon, maman en profitait pour, parce qu’on avait quelques poules, et puis on vendait… On connaissait un ami épicier. On emmenait des œufs, on emmenait trois, quatre, cinq douzaines, ou dix douzaines d’œufs à l’épicier à Dijon. Ce n’était pas grand-chose, mais un petit quelque chose là et puis un petit quelque chose ailleurs [7][7] Entretien avec Jean Schmitt, 29 octobre 2011, fonds...… »

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Quand Jean s’installe, en 1959, il récupère également 40 ha de la ferme du voisin, puis 80 ha en 1972, portant à 340 ha la surface qu’ils exploitent à deux. Cette exploitation est donc de taille conséquente, avec beaucoup d’investissements dans la mécanisation, toujours en amont des innovations.

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Au-delà de cette réussite économique agricole, la trajectoire de Jean est marquée par deux dispositions distinctives déterminantes. La première touche au capital culturel, la seconde à la structure importante de son exploitation.

Un petit capital culturel distinctif pour cette génération

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En effet, comparativement aux autres agriculteurs, Jean dispose d’un petit capital culturel distinctif. Tout d’abord, la somme d’expériences sociales engendrées par la migration ouvre les possibles sociaux, forme une connaissance pratique. Comme en écho à cette expérience migratoire, fait exceptionnel pour sa génération, son père, bien que gros travailleur marqué par l’« ethos du faire » des paysans et agriculteurs – cette constante suractivité productive liée au statut d’indépendant n’ayant que le patrimoine pour se protéger socialement, à la différence des salariés –, a toujours tenu à faire un ou deux voyages par an. Ils partaient quatre ou cinq jours pour sillonner la France en voiture.

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Par ailleurs, pour sa génération, Jean a fait des études, dans un établissement catholique à Dijon. Ces études ont certes été écourtées par son père, qui lui a demandé de revenir à la ferme, mais il a eu le temps d’obtenir un certificat d’études, ce qui, dans les années 1950, n’était pas rien. Fait plutôt rare dans sa génération, il bénéficie donc d’une formation, qu’il a reçue à l’école catholique d’agriculture de Malroy (Haute-Marne), d’un bon niveau à l’époque. Jean n’a pas choisi d’être agriculteur. Sa réussite scolaire n’a pu aboutir, il a été arraché des filières générales et rappelé à son destin agricole par l’autorité paternelle. Jean confesse qu’il ne s’est jamais senti véritablement à l’aise avec les autres enfants d’agriculteurs, marquant implicitement sa petite supériorité sociale. Adulte, il n’a par exemple que très peu chassé. En revanche, la sœur de Jean, née en 1953, a pu poursuivre ses études et elle est devenue pharmacienne, mariée à un vétérinaire parisien. Les parents, au moment du partage de l’héritage, ont ainsi donné un peu plus de terres et surtout l’exploitation à Jean. Ils ont ainsi souhaité égaliser par le patrimoine économique les chances sociales données par les études à la sœur. La réussite scolaire des autres membres de la fratrie est souvent un bien meilleur indicateur du niveau culturel d’un agriculteur, de sa famille d’origine, que ses propres diplômes, tant les agriculteurs étaient hier rapidement sortis des études et, aujourd’hui, sont tôt orientés vers les filières professionnelles et techniques.

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L’épouse de Jean n’est pas issue du monde agricole, fait minoritaire dans sa génération, devenu aujourd’hui modèle général. Fille de boulangers dijonnais, elle a rencontré son futur époux à l’occasion des visites chez ses grands-parents, qui habitaient un village voisin. Les commerçants dijonnais, à l’inverse des agriculteurs châtillonnais, ont embrassé plus tôt la société de loisirs. Pour Jean, bien que fils d’agriculteurs, et à l’inverse de ses confrères, il est naturel de se dégager du temps de loisir. Pour ses dix-huit ans, son père lui avait payé une 2CV, signe d’émancipation accordée à son fils : « Je me souviens qu’en 1961, j’ai pris ma 2CV et je suis parti huit jours en vacances, au mois de septembre, tout seul sur la Côte d’Azur… Ah ! Je voulais aller voir Saint-Tropez ce qui se passait. Les années 1960, c’était extraordinaire, et ça j’avais envie de ça. Et puis après, quand je suis revenu, je me suis toujours arrangé pour avoir des petites vacances, toujours, ça c’est un truc qui m’a quand même… Ben c’était la façon, c’était tellement extraordinaire après, à cette époque-là, de pouvoir vivre ça, comme tout le monde. Parce que j’avais envie de vivre comme tout le monde, c’est sûr, comme les autres. »

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Dès son entrée dans la carrière d’agriculteur, Jean veut « vivre comme tout le monde », c’est-à-dire comme les salariés, les classes moyennes, pour bénéficier de la société de loisirs qui se dessine dans les années 1960, autour des vacances, de la musique, de la culture jeune de l’époque. Pour un agriculteur, sortir de la condition d’isolement et d’acharnement au travail, c’était « tellement extraordinaire ». Jean Schmitt a organisé la production agricole pour se dégager du temps, malgré ou plutôt grâce à la taille exceptionnelle de l’exploitation.

Le débordement entrepreneurial de l’agriculture & les loisirs bourgeois

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Les dispositions de Jean Schmitt, devancières pour sa génération, nécessitent du temps hors travail pour pouvoir pleinement se concrétiser dans des pratiques sociales. C’est bien là la seconde singularité de la trajectoire de Jean Schmitt. La ferme a toujours compté des salariés, des ouvriers agricoles italiens, puis portugais dans les années 1950 et 1960, puis exclusivement des Français. L’abandon du lait en 1972 est une étape qui dégage du temps. Le retrait de son père de l’exploitation en 1978 conduit à une réorganisation du travail. Suite à la mécanisation, à la fin des années 1970, l’exploitation ne compte plus qu’un seul salarié.

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Contrairement au modèle de l’exploitation agricole à deux unités de travail, le couple agricole – modèle promu par les politiques de modernisation de l’agriculture (1962) qui programment l’éviction généralisée des ouvriers agricoles dans la plupart des exploitations de grandes cultures –, Jean décide, avec le départ de son père, d’embaucher un deuxième salarié et de développer un atelier de taurillons pour être sûr de pouvoir l’employer à l’année. L’ensemble des activités agricoles se développant bien, il embauche un troisième salarié en 1981 pour être « plus tranquille ». Les trois salariés fonctionnent sur une rotation qui le dégage personnellement de la contrainte de présence continue sur l’exploitation. Dans ce schéma de travail, son épouse, présente sur l’exploitation, ne contribue pas directement au travail agricole mais fait « tout ce qui ne se voit pas », comme les repas pour les ouvriers agricoles, en particulier pendant les moissons, l’accueil des fournisseurs et des collecteurs, la permanence du bureau, etc. Son fils s’installe avec lui en 1986. Jean a alors quarante-quatre ans et ils acquièrent les 230 ha de la ferme du voisin. La présence du fils ouvre encore les possibles non strictement agricoles offerts à Jean.

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Situation très classique pour cette bourgeoisie agricole, le temps dégagé par l’organisation du travail sur une grosse exploitation a permis à Jean de mener une carrière de dirigeant paysan [8][8] Lire Sylvain Maresca, Les Dirigeants paysans, Seuil,.... Dans cette notabilisation agricole, sa fonction la plus significative a été l’implication dans la plus importante coopérative céréalière du département, la Paysanne. Il en devient administrateur à vingt-cinq ans pour finir vice-président et abandonne ses fonctions au milieu des années 1980, au moment de la fusion des coopératives du département à l’origine du grand groupe coopératif Dijon Céréales. Par ailleurs, il a été administrateur de la Mutualité sociale agricole pendant six ans, fonction qui ne l’intéresse pas, n’ayant pas la « fibre sociale ». De même, « comme tout le monde » – entendu, comme tous les agriculteurs visibles qui acceptent de l’être –, il a été administrateur du Crédit agricole. Il a aussi été deux fois conseiller municipal. Mais, comme la plupart de ces gros agriculteurs entrepreneuriaux, il a eu du mal à être élu et s’intéresse plus à son entreprise qu’aux fonctions électives. Par ailleurs, il s’est retrouvé bloqué dans sa notabilisation politique, en porte-à-faux par rapport à la figure politique du village, un sénateur maire et avocat dijonnais [9][9] Profession anonymisée, prise dans la même PCS en quarante-deux..., qui a beaucoup développé les équipements culturels, que Jean juge démesurés et qu’il accuse de creuser l’endettement du village. Enfin, Jean a toujours été syndiqué à la FNSEA mais a rapidement pris ses distances idéologiques, se sentant « trop libéral » pour la scène syndicale.

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Initialement très investi dans les organismes agricoles, mais finalement pas assez « social », trop « libéral », bloqué dans l’évolution politique locale, Jean abandonne sa carrière de dirigeant paysan, de notable agricole. Dans un second temps de sa vie active, il décale alors ses investissements sociaux sur d’autres scènes. À la fin des années 1980, moment à la fois de désinvestissement de la coopérative et de l’installation de son fils sur l’exploitation qui le libère un peu plus du travail agricole, Jean développe ses activités entrepreneuriales extra-agricoles. En 1986, il arrête l’activité de taurillons, jugée pas assez rentable. Pour recycler la paille et occuper le personnel, il se lance dans une activité de revente puis de collecte de paille traitée par une grosse presse ; et valorise ensuite cette paille dans la chaufferie d’un site industriel limitrophe, qui fonctionne depuis 2005 avec pour seul combustible la paille issue des fermes alentours. Par ces divers investissements, Jean déborde de sa carrière d’agriculteur sur l’entrepreneuriat. Cette trajectoire est courante chez ce type d’agriculteurs, qui créent en parallèle des sociétés de transports, des entreprises de travail à façon, une activité bois, la gestion de chambres d’hôtes et de gîtes, des sociétés immobilières, voire occupent ailleurs un poste salarié à mi-temps… Beaucoup d’agriculteurs contemporains redéveloppent ainsi plusieurs activités, destinées à prendre de l’importance à mesure que ces céréaliers se libèrent des tâches agricoles durant les mois d’hiver. Toutefois, Jean Schmitt se distingue là aussi par un investissement particulièrement osé, mais qui s’est révélé rémunérateur.

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De manière symptomatique du rapport à la suractivité et au travail des agriculteurs, Jean développe une autre activité en lien avec un des loisirs qu’il découvre en vacances : « Une fois, je suis parti avec mon épouse en vacances, en Espagne, et il y avait un golf. Il y avait des stages de golf. Alors je me suis dis “Qu’est ce que je fais ? Je vais essayer”. J’avais fait, quelques années avant, quand les enfants étaient petits, j’avais fait un stage de voile. J’étais jamais foutu d’être du bon côté [rires]. Enfin bref… Zéro, zéro, j’étais vraiment pas doué. Et au golf, franchement ce truc-là, jouer au golf, ah, je me suis dit : “Ça c’est un truc génial.” Et j’ai trouvé ça tellement génial que je me suis dit : “Ça c’est un truc qui va se développer, c’est obligé.” »

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Contrairement aux observations sur les pratiques de plage, le week-end des petits paysans polyculteurs mayennais, paysans aux corps lourds qui ne savent ni marcher dans le sable, ni nager dans l’eau et qui restent spectateurs d’un monde dont ils sont étrangers [10][10] Lire Patrick Champagne, « Les paysans à la plage »,..., en vacances en club dans les années 1970, Jean Schmitt, agriculteur mieux doté économiquement et culturellement, s’essaie directement à des sports qui mettent en scène le corps et son élégance. Il n’est pas un visiteur décalé des vacances bourgeoises mais un précurseur se socialisant au monde des loisirs, à l’égal des classes moyennes de l’époque, qui accèdent aux vacances grâce à l’augmentation de leurs revenus.

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Avec le golf, Jean découvre une pratique qui, quelques années plus tard, en 1988, en entrepreneur persuadé que ce secteur allait se développer – contrairement à un salarié qui en aurait fait une activité strictement de loisirs –, il crée un golf de neuf trous sur des terres de son exploitation impropres à la culture des céréales parce que trop marécageuses ou pentues. La période était à la « démocratisation » de la pratique, avec la création de cinq golfs dans le département des années 1970 à 1990. Même si le golf n’a pas été une affaire, Jean en retire un bilan très positif : « Avant le golf, mes copains, c’étaient tous des administrateurs de coop’. Mes relations c’était surtout ça, des relations professionnelles. Mes relations personnelles, c’étaient uniquement des relations professionnelles. Et quand il y a eu le golf, ça m’a ouvert un monde très différent quand même. Et ça a été quand même sur le point de vue humain extrêmement agréable. […] Ça pouvait être aussi bien quelqu’un qui travaillait au CEA [le Commissariat à l’énergie atomique, situé dans le Châtillonnais, draine des ingénieurs très diplômés] que Gérard qu’est un industriel dans le bois, que Gustave, ben sa femme était pharmacienne… Que des gens qui travaillaient à Dijon à l’hôpital… Après j’ai vendu… Oui, c’est moi qui l’avais acheté, j’ai vendu une ruine, que j’avais acheté à Barton, à un Parisien. Parisien, enfin, un Suisse parisien, un Suisse qui vit à Paris. Qui est devenu un de nos meilleurs copains d’ailleurs et que j’aurais jamais connu sans le golf, qui est plutôt avocat, enfin bref, bon, un gars qu’est super-doué. Et c’est très intéressant de côtoyer des gens de milieux différents. Et ça, ça m’a beaucoup changé… »

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Outre l’entrée sur la scène de loisirs, le golf est l’occasion d’une sociabilité bourgeoise locale, avec les « notables du coin », les professions libérales, la pharmacienne et le notaire du chef-lieu de canton, des artisans et des patrons des grosses PME de la région, quelques gros commerçants dijonnais, les cadres du CEA ou de l’hôpital, y compris un artiste de renommée mondiale, résidant dans la région, qui fait partie des plus fidèles des soixante-dix licenciés (dont quarante joueurs réguliers) de ce tout petit club de golf, auxquels s’ajoutent des résidents secondaires, généralement de grandes familles qui ont gardé leur maison familiale et occupent des positions sociales élevées à Paris. À ce tout petit monde se mélangent quelques agriculteurs passés au golf, ceux qui disposent du plus fort capital culturel, comme par exemple le frère du député de la circonscription. Se regroupent ici pas seulement une élite locale économique, comme les gros agriculteurs champions du productivisme et les entrepreneurs locaux, mais également les professions à diplôme, les détenteurs du capital culturel le plus légitime et certifié, fréquentations centrales, honorantes, pour un quasi-sans-diplôme qui se perçoit sorti des mondes agricoles populaires, fréquentations tellement distinctives qu’elles lui ont « changé la vie ».

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Le golf structure les vacances de Jean Schmitt, qui part de temps en temps faire des compétitions en France et des stages à l’étranger, situations où il retrouve en grand, au-delà des frontières de la notabilité locale, un monde social élevé, qui, à mesure que s’accomplit sa socialisation tardive à la bourgeoisie, finit par lui ressembler. Un séjour de vacances sur deux, Jean s’offre des « visites culturelles ». En 2011, avec son épouse, ils sont allés au Maroc pour le golf, et en Chine pour visiter le pays.

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Issu d’une migration de petits exploitants alsaciens, Jean Schmitt est aujourd’hui un entrepreneur très à l’aise dans le monde de la bourgeoisie locale. Son phrasé est totalement « dépaysannisé » et son hexis corporelle proche du cadre supérieur. Le jour de l’entretien, revenant de vacances, accompagné d’une épouse au maquillage et à la tenue impeccable, il est habillé d’un polo de golf, le visage bronzé. Cet entrepreneur est doté de tous les biens de consommation correspondant à sa classe, notamment d’une Mercedes noire, garée sur un parking en gravillon, d’une maison rénovée aux volets de couleurs, agrémentée d’un salon décoré d’un tableau d’art contemporain acheté dans une galerie dijonnaise. Il est désormais à forte distance sociale du paysan-migrant qu’était son père.

L’embourgeoisement des modes de vie agricole

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Si le cas de Jean Schmitt pratiquant des loisirs bourgeois est singulier, c’est principalement parce qu’il est précurseur dans sa génération. Il est moins isolé lorsqu’on le compare aux plus jeunes générations d’agriculteurs. À côté du football, de la chasse en déclin ou encore du motocross et du quad, les piscines, les pratiques du ski ou de la voile et les chasses en Afrique se sont largement développées au sein des mondes agricoles châtillonnais dans les dernières décennies. Golf, piscine, ski sont par excellence des sports bourgeois, non seulement en raison de leur coût, mais tout autant par la sociabilité et la mise en scène du corps qu’ils engagent, plaçant l’élégance du swing ou du plongeon, le parallélisme des skis et le buste droit du skieur au cœur de l’excellence, à complet rebours des représentations communes du corps des agriculteurs, toujours décrit sur le modèle du physique lourd des travailleurs. Les loisirs bourgeois ne sont pas hérités des positions sociales acquises mais arrivent progressivement dans des trajectoires de mobilités ascendantes. Les modes de vie des agriculteurs bougent avec leur sociabilité. L’impératif des loisirs, du temps libre, d’une manière d’être à son corps, le souhait d’entrer dans un monde qui n’est plus guidé par la seule production s’imposent progressivement. Si les agriculteurs restent un groupe social profondément marqué par le surtravail, la suractivité, les céréaliers incarnent l’avant-garde d’une classe nouvelle, à son tour acquise à la société de consommation et aux loisirs à la hauteur de ses moyens.

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Ainsi l’évolution des résidences des agriculteurs du Châtillonnais souligne-t-elle on ne peut mieux cet embourgeoisement. Les résidences contemporaines des agriculteurs châtillonnais sont de deux types, qui distinguent généralement les agriculteurs selon la génération et le capital culturel. Le plus courant est désormais le pavillon. Les premiers pavillons apparaissent dans les années 1950 et 1960, et sont de facture classique pour la période : balcon haut perché, chambre individuelle pour les enfants, garage en rez-de-chaussée sous l’habitat. Les pavillons sont séparés de la ferme, bâtie dans une architecture à base de matériaux industriels. Ces deux langages figurent la séparation grandissante entre l’espace domestique et l’espace professionnel – à la manière dont les quartiers résidentiels et les lotissements sont coupés des zones industrielles et d’activité dans les centres urbains.

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Depuis les années 1980 se sont développés de très grands pavillons, certains rehaussés d’attributs de château : tourelles, ailes, porche en pierre, grille d’entrée, sol dallé de pierres de Bourgogne, lustre de cristal, fenêtres et portes entourées de pierres, escalier en pierre, plafond à la française, salon imposant, etc. Ces gros pavillons font la part belle aux matériaux nobles et classiques : grosses poutres en bois, pierres au sol, fenêtres en bois, cuisine en chêne, etc. Il s’agit par excellence d’une maison de famille, faite pour durer, bien souvent une maison patrimoniale, largement auto-construite ou réalisée par des artisans locaux, à mille lieues du pavillonnaire populaire industriel.

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L’autre modèle, minoritaire mais en développement chez les plus dotés culturellement et les plus jeunes, croise plus directement les pratiques des gentrificateurs ruraux, qui rénovent les anciennes fermes. Suivant un goût « rustique » dans la rénovation, il s’agit désormais de valoriser les poutres en bois et le parquet, d’employer des couleurs anciennes sur les volets, de mettre en scène ses meubles anciens stylisant le passé plus que de chercher à le reproduire. Les agriculteurs rattrapent ainsi le goût décoratif le plus légitime, celui de la bourgeoisie cultivée de résidents secondaires qui vient jouir d’une campagne décorative, dévitalisée, et s’offrir une « belle maison », c’est-à-dire une maison ancienne rénovée dans une campagne improductive, une campagne paysage.

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D’autres groupes agricoles sont pris, en France, dans une logique de paupérisation [11][11] Arnaud Chandivert, « Marginalisation agricole et classe.... Selon les filières, les régions et les autres groupes sociaux qui peuplent les campagnes, la figure de l’agriculteur prendra les traits du petit prolétaire empaysanné ou du bourgeois argenté. Dans le Châtillonnais, ce groupe est très certainement en haut des mondes agricoles français contemporains : de grands céréaliers installés dans un territoire marqué par un formidable rattrapage productif, des Trente Glorieuses à nos jours. Mais, de fait, une partie des acteurs des mondes agricoles qui n’étaient pas des héritiers à la veille des années de la modernisation, ont su tirer profit, à rebours du misérabilisme des représentations savantes et communes, de la modernisation agricole pour développer un modèle économique productiviste leur permettant de s’embourgeoiser comme leurs contemporains urbains. Il importe ainsi de complexifier et d’actualiser l’image des agriculteurs, qui, pour nombre d’entre eux et depuis plusieurs décennies, ont quitté la condition paysanne tout en restant agriculteurs.

Notes

[1]

Henri Mendras. La Fin des paysans [1967], Actes Sud, 1992 ; Patrick Champagne, L’Héritage refusé. La crise de la reproduction sociale de la paysannerie française, 1950-2000, Seuil, 2002.

[2]

Pierre Bourdieu, « Une classe objet », Actes de la recherche en sciences sociales, 1977, n° 17-18, p. 3-4.

[3]

La trilogie La Vie moderne du cinéaste Raymond Depardon satisfait pleinement ces représentations misérabilistes des agriculteurs – lire Céline Bessière et Ivan Bruneau, « La Vie moderne de Raymond Depardon : la beauté de la mort paysanne », Revue de synthèse, 2011, vol. 136, n° 3, p. 448-454.

[4]

À l’exception du nom de la région, le Châtillonnais, situé à une heure au nord de Dijon et formant le gros tiers nord du département de la Côte-d’Or, l’ensemble des lieux et des noms de personnes est anonymisé.

[5]

Marie-Louise Debesse-Arviset, « Le Chatillonnais », Annales de géographie, 1928, vol. 37, n° 209, p. 444.

[6]

Données collectées en entretien avec Antoine Meyer, nom anonymisé, 13 juin 2011, fonds Laferté Gilles, archives MSH Dijon.

[7]

Entretien avec Jean Schmitt, 29 octobre 2011, fonds Laferté Gilles, archives MSH Dijon.

[8]

Lire Sylvain Maresca, Les Dirigeants paysans, Seuil, coll. « Le sens commun », 1983.

[9]

Profession anonymisée, prise dans la même PCS en quarante-deux postes.

[10]

Lire Patrick Champagne, « Les paysans à la plage », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 1, n° 2, mars 1975, p. 21-24.

[11]

Arnaud Chandivert, « Marginalisation agricole et classe objet ? Espace des pratiques professionnelles, styles de vie et représentations sociales des agriculteurs dans une “zone rurale fragile” », communication aux journées d’études « Les agriculteurs dans la France contemporaine : groupes sociaux agricoles et représentations professionnelles », Dijon, 7-8 septembre 2012.

Résumé

Français

On doit s’interroger sur la représentation misérabiliste de la paysannerie. D’un côté, la question de l’exode rural n’a-t-il pas masqué d’autres évolutions plus discrètes ? De l’autre, le caractère d’urgence de la domination et de l’extinction paysanne a occulté une autre évolution : les petits paysans condamnés ne représentaient certainement pas l’ensemble des mondes agricoles. Qui sont les agriculteurs qui peuplent les campagnes des pays européens pris depuis des décennies dans une course productiviste de l’agriculture ? Notre enquête dans le Châtillonnais montre, à rebours de l’image misérabiliste née de l’exode rural et des difficultés financières, une agriculture riche et des agriculteurs, pour beaucoup, depuis les années 1950, en plein embourgeoisement.

Plan de l'article

  1. La modernisation agricole & ses revenus
  2. La réussite économique de Jean Schmitt
  3. Un petit capital culturel distinctif pour cette génération
  4. Le débordement entrepreneurial de l’agriculture & les loisirs bourgeois
  5. L’embourgeoisement des modes de vie agricole

Pour citer cet article

Laferté Gilles, « Trajectoires de l’embourgeoisement agricole », Agone, 2/2013 (n° 51), p. 101-116.

URL : http://www.cairn.info/revue-agone-2013-2-page-101.htm


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