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Agone

2013/2 (n° 51)

  • Pages : 224
  • ISBN : 9782748901795
  • Éditeur : Agone

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« Pour la première fois depuis l’institution du suffrage universel, une majorité s’est constituée sans – c’est-à-dire contre – à la fois les ouvriers et les paysans. [...] Cet événement revêt une signification. D’une part, il signifie la défaite politique des “perdants” sociaux, qui cessent d’être les arbitres de la légitimation des grands courants politiques. [...] Les patrons dynamiques, innovateurs et exportateurs n’ont plus besoin de traîner les BOF, qui, eux, cèdent plus ardemment que jamais à l’idéologie beauf. [...] Riches et cultivés se sont donc retrouvés, pour des raisons différentes mais convergentes, en faveur de l’Europe. Marché et culture, finance et communication ont en commun de se penser et de s’organiser en réseau, à plusieurs échelles, du local au mondial, sans donner à une seule l’exclusivité. C’est justement l’inverse qui unit la “France qui perd” : la crispation ethnique, géopolitique et socio-économique sur un échelon unique, celui de l’État-nation. [...] La victoire de l’urbanité et l’alliance des grandes villes qu’elle suppose constitueraient, si elles se confirmaient, une rupture spectaculaire. [...] La culture, la ville, l’Europe : ce ne sont pas là des rencontres de circonstance. Chacun des termes constitue en somme une métaphore des deux autres. »

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Le 25 septembre 1992, au lendemain du référendum français portant sur le traité de Maastricht, paraissait dans Libération cette tribune du géographe Jacques Lévy qui en dit long sur l’urbanocentrisme irriguant certains commentaires savants sur les choix électoraux des habitants des mondes ruraux, et par extension de tous ceux dont le lieu de résidence n’est pas localisé au centre d’une grande métropole [1][1] Sur cette question, lire Fabrice Ripoll et Jean Rivière,.... Si ces propos expriment un mépris de classe d’une violence qui ne constitue heureusement pas la norme, ils témoignent toutefois d’une tendance latente à la dévalorisation – voire à la stigmatisation – des populations rurales dans la presse en période électorale, en particulier depuis l’élection présidentielle de 2002. Or les classements symboliques véhiculés pendant les campagnes politiques, qui sont des moments particuliers de cristallisation des rapports sociaux, participent durablement à la production des représentations collectives liées aux différents types d’espaces résidentiels, représentations qui rejaillissent sur celles et ceux qui y vivent, et réciproquement.

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Pour explorer la production de ces représentations, cet article se penche sur la manière dont les espaces ruraux – entendus ici au sens large en y incluant les espaces dits périurbains – ont été présentés dans la presse lors des deux derniers scrutins présidentiels. Il s’agit plus précisément de se pencher sur les rapports entre les catégories utilisées pour décrire ces mondes ruraux, les groupes sociaux qui y habitent et les attitudes politiques associées à ces groupes, tout en accordant une attention particulière aux mots et aux illustrations employés, ainsi qu’à leur charge normative. Bien que ce texte soit centré sur les mondes ruraux et périurbains, il convient cependant de garder à l’esprit que la construction de l’image des espaces résidentiels est relative, au sens où l’image de ces espaces prend aussi son sens, en négatif ou de manière réciproque, au regard de l’image d’autres types d’espaces, et notamment de celle des mondes urbains centraux [2][2] Pour une analyse des quartiers populaires de grands....

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Après l’exploitation quantitative d’un corpus d’articles parus lors de la campagne présidentielle de 2007 et issus de quatre titres de la presse écrite nationale aux lignes éditoriales contrastées (L’Humanité, Libération, Le Monde, Le Figaro), nous analyserons certains textes d’universitaires publiés pendant la campagne de 2012 qui ont en commun de mettre en avant la localisation résidentielle comme un principe explicatif du vote de même importance que les appartenances sociales des électeurs, contribuant ainsi à la légitimation et à la circulation dans le champ médiatique d’un certain type de discours sur les votes des ruraux et des périurbains.

La campagne de 2007 : des ruraux entre permanence & arriération

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À partir du corpus d’articles de la presse nationale, que peut-on dire de la place occupée par les mondes ruraux lors de la campagne de 2007 [3][3] Cette première partie reprend et prolonge des travaux... ? Le tableau ci-dessous montre que les espaces ruraux représentent, avec environ 30 % des articles, le deuxième type de lieu de résidence présent dans le corpus, ce qui est loin d’être négligeable au regard de leur poids démographique.

Tableau 1 - Une présence décroissante des mondes ruraux pendant la campagneTableau 1
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Toutefois, si l’on observe les choses dans le temps, il apparaît que c’est entre le 22 février et le 16 mars – autrement dit lors de la phase de collecte des « parrainages » nécessaires pour pouvoir concourir à l’élection – que le traitement médiatique est le plus orienté vers les espaces ruraux, avec un tiers des articles. À cette période, une part importante des articles relate justement les nombreuses sollicitations dont les maires ruraux font l’objet de la part des candidats dont la présence à l’élection est alors considérée comme incertaine, notamment Jean-Marie Le Pen, Philippe de Villiers et Frédéric Nihous. C’est notamment le cas dans Libération, qui multiplie les articles où le monde rural est avant tout présenté comme un réservoir de parrainages : « Des élus lassés d’être trop pourchassés » (24/02/2007), « Parrainages : l’UMP ne sait pas comment aider Le Pen » (03/03/2007), « Le Pen : les signatures » (05/03/2007), « Les parrainages, un piège qui se referme sur nous tous les cinq ans » (16/03/2007).

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La caricature ci-contre est exemplaire de cette tendance. Sous ses différentes facettes poussées à l’extrême, le monde rural y est présenté sur le mode de l’arriération : le candidat qui sollicite le parrainage du maire appartient au mouvement « La France des vraies gens », et le maire – au fort accent du cru et évidemment analphabète – lui propose de faire une croix à la place d’une signature ; la commune, au bout d’une voie sans issue, s’appelle « Prozac », les habitants font sécher leurs slips sur les fils électriques, trois sont armés, l’un est idiot et l’autre zoophile.

Fig. 1 - Caricature sur la collecte rurale des parrainages, Libération, 23 février 2007Fig. 1
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L’image véhiculée ici participe de la construction d’une vision figée et passéiste d’espaces et de groupes sociaux qui n’auraient pas évolué depuis des décennies, image renforcée par les attitudes politiques très à droite associées aux mondes ruraux, considérées comme dévalorisantes au regard des lignes éditoriales de centre-gauche de quotidiens comme Libération et Le Monde. Juste avant le premier tour, la place consacrée aux espaces ruraux diminue ensuite progressivement (27 %), puis tombe à 20 % après le 6 mai. Dans le même temps, c’est la part des articles traitant des espaces urbains centraux (43 %) qui augmente brutalement, comme si le poids des urbains dans le lectorat de la presse quotidienne nationale jouait à plein au moment des commentaires postélectoraux, le déplacement de la focale journalistique s’opérant en concentrant l’attention sur l’espace légitime du point de vue de sa clientèle urbaine [4][4] Précisons qu’un travail sur la presse quotidienne régionale,.... Des différences notables existent toutefois selon les journaux, puisque la part des articles consacrée aux espaces ruraux varie de seulement 14 % dans L’Humanité (dont les colonnes sont fortement tournées vers les quartiers populaires de grands ensembles) à un peu plus de 40 % dans Le Monde et Libération.

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L’étude des termes utilisés pour décrire les espaces ruraux, leurs habitants et leurs orientations politiques confirme cette idée. Après les mots de « petites communes », « ruralité », « campagne » et « rural », c’est celui de « village » qui est le plus utilisé comme catégorisation résidentielle. De plus, Libération insiste régulièrement sur l’isolement et le calme qui caractériseraient les espaces ruraux avec les termes de « bourgade », « paisible bourgade », « hameau », « le coin », « mas isolé », « trou paumé ». Le terme de « village » n’apparaît au contraire que très peu dans Le Figaro, où l’on retrouve plutôt des catégorisations esthétisantes comme « campagne », ou essentialistes comme « ruralité ».

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Dans cette « France rurale », où ils sont pourtant largement minoritaires depuis plusieurs dizaines d’années, les « agriculteurs » constituent la catégorie sociale la plus évoquée, plus encore si on y ajoute les autres catégorisations qui renvoient aux exploitants agricoles plus ou moins spécialisés : « éleveur », « exploitant », « paysan », « fermier », « vigneron », « viticulteur », « berger », « apiculteur », auxquels il faut encore ajouter le « monde agricole » et le « monde paysan ». Cette omniprésence des catégorisations liées au monde agricole est renforcée par les descriptions paysagères qui insistent sur les types de cultures et les terroirs agricoles, en particulier dans Libération, qui propose régulièrement des articles-reportages dans des régions considérées comme reculées : « La présidentielle vue de Lozère » (06/04/2007), « La présidentielle vu de la vallée d’Aspe » (23/03/2007), « Avec Marie-George Buffet en rase campagne » (01/04/2007). On retrouve tout de même la catégorie « ouvrier » au deuxième rang des catégories sociales employées, ce qui vient rappeler utilement que les ouvriers – et plus généralement les classes populaires – sont depuis longtemps majoritaires dans les espaces ruraux, bien qu’invisibles dans les médias quand ils évoquent ces univers géographiques [5][5] Lire les contributions de Julian Mischi et Nicolas.... Cinq des onze occurrences du mot sont toutefois extraites de L’Humanité, qui propose plusieurs articles autour de l’identité industrielle et ouvrière de certains contextes ruraux, comme dans les Mauges à l’occasion d’une série d’articles sur le Choletais (L’Humanité du 12/02 au 15/02/2007).

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Dans les articles de presse dépouillés, les populations des espaces ruraux sont aussi des « gens » ou des « ruraux » plus que des « habitants » ; et on retrouve aussi des « gens du cru », des « gens du pays », des « gens du village », des « villageois ». Ces habitants sont aussi des « bons français », des « français de seconde zone », des « blancs », des « petits », des « petites gens », ou des « gens vrais », certains étant aussi des « gens qui travaillent » ou des « gens qui bossent pour le SMIC ». À l’inverse, ils peuvent être des « bénéficiaires abusant de la CMU » ou des « assistés sociaux », même si ces derniers n’ont rien de spécifiquement ruraux, puisqu’ils vivent aussi dans les quartiers populaires de grands ensembles si l’on en croit la plupart des titres de presse analysés. Certaines des catégories employées renvoient en revanche spécifiquement aux pratiques supposées des habitants de ces mondes ruraux, à commencer par leurs orientations religieuses, qui affleurent à travers la présence d’un « paroissien », d’un « catholique », d’un « catho », d’un « chrétien », d’un « religieux », d’une « carmélite » ou encore d’un « bambin en catéchèse ». Parmi les registres de catégorisation du social liés aux appartenances religieuses, la part du christianisme est écrasante, puisque seize des dix-neuf occurrences de termes y renvoient dans des articles sur les espaces ruraux – comme « La présidentielle vue de ma paroisse » (Le Monde, 17/03/2007) –, alors que les quartiers de grands ensembles sont médiatiquement construits comme figure inverse, avec les multiples catégorisations liées à l’islam.

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Autre type de pratique – dont on ne sait pas si elle est exclusivement dominicale –, les habitants des mondes ruraux comptent aussi parmi eux un « patron du café », un « gérant de bar », un « cafetier », un « barman », et bien sûr un « buveur du Café de la Poste ». Dans ce registre, le quotidien Libération s’est d’ailleurs distingué par un portrait de Gérard Schivardi intitulé « Taupe-là » (31/03/2007), où le candidat soutenu par le Parti des travailleurs – maçon et élu local d’une région rurale et viticole – « goûte les bons coups de rouge qui colorent ses joues et le bout de son nez ». Enfin, toujours au chapitre des pratiques, les « chasseurs » et autres « amateurs de gibier d’eau » sont aussi présents dans le corpus d’articles, tout comme leurs attitudes politiques supposées : « Frédéric Nihous », « CPNT » (Chasse, pêche, nature et traditions), « vrai écologiste ». Les articles du Monde et du Figaro qui abordent la question de la chasse restent souvent assez descriptifs : « Les présidentiables convoitent les voix des amateurs de chasse » (Le Monde, 20/02/2007), « Les candidats font la cour aux chasseurs » (Le Figaro, 21/02/2007), « Nihous entend mener la campagne des campagnes » (Le Figaro, 25/03/2007). À l’inverse, les jeux de mots présents dans les titres de Libération contiennent souvent une charge normative stigmatisante, en particulier à l’occasion d’un portrait du candidat CPNT intitulé « La raison du plouc fier » (27/02/2007) ou de l’article « Nihous et Saint-Josse, battue électorale en duo » (09/04/2007).

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Politiquement, les noms les plus présents sont « Nicolas Sarkozy », « Jean-Marie Le Pen » et « FN ». « Ségolène Royal » n’apparaît qu’en quatrième position et on compte huit catégorisations politiques renvoyant à la droite parmi les douze plus fréquentes, contre cinq dans l’ensemble du corpus. Au-delà des noms de candidats et de partis, les expressions désignant les attitudes politiques renvoient aussi à la droite et à l’extrême droite : « très à droite » (deux des trois occurrences du corpus), « extrême droite » (trois sur six) ; avec une surreprésentation des adjectifs à charge normative dans les articles traitant des espaces ruraux : « frontiste » (deux sur trois), « lepéniste » (deux sur trois), « populiste » (deux sur trois) ou un plus inclassable « ancien de la guerre d’Algérie ». À ces catégorisations électorales renvoyant à la droite vient s’ajouter la présence régulière de termes liés aux organisations syndicales agricoles de droite : « FNSEA », « Coordination rurale », « Jeunes agriculteurs ». Là encore, seules les catégorisations politiques issues de L’Humanité divergent en plaçant en tête les occurrences de « Marie-George Buffet » à égalité avec celles de « Nicolas Sarkozy »…

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Au total, ce tableau apparaît peu reluisant au regard des valeurs portées par une presse quotidienne nationale majoritairement urbanocentrée, les ruraux étant tour à tour présentés comme dépendant des activités agricoles (quand ce n’est pas des prestations sociales), aliénés par un catholicisme d’un autre âge, tendanciellement alcooliques, parfois chasseurs et surtout politiquement ancrés très à droite. L’impression qui se dégage des articles confirme donc une tendance à présenter médiatiquement ces groupes sur le mode de la permanence, de l’arriération et de l’autoritarisme, comme s’ils incarnaient les derniers représentants d’une France éternelle dont on ne trouve plus les traces qu’« à la campagne » [6][6] Selon Julian Mischi et Nicolas Renahy, « ces univers....

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Au sein des univers ruraux médiatiquement construits comme réactionnaires subsistent un certain nombre d’expressions qui permettent de déceler des changements en cours, dont la périurbanisation. Çà et là, on trouve ainsi une « zone pavillonnaire », une « zone de pavillons assez modestes », voire des « villages avalés par l’urbanisation » – cette dernière expression traduisant bien l’idée de l’irrémédiable disparition d’un passé avec l’arrivée de la ville. Le changement social, qui ne se limite pas à la périurbanisation, est parfois relié dans les articles aux transformations politiques qu’il induit, à l’image d’une « commune [qui] se gauchise doucement », des « villes sans OGM », d’un « village bio », voire d’une « campagne réserve d’Indiens ». Parallèlement, les acteurs de ces changements que sont les « nouveaux habitants » ou les « nouveaux arrivants » sont décrits sur un mode tout aussi caricatural : un « ancien du Larzac », un « laïc anticlérical », des « néoruraux chevriers », des « yé-yé du plateau » ou des « citoyens du monde » auxquels certains articles font jouer le rôle de « socialistes du coin » ou de citoyens d’« extrême gauche » proches de la « Confédération paysanne » et de son leader « José Bové », autant de catégories certes présentes très ponctuellement mais qui tranchent d’autant plus avec la vision très droitière qui nourrit la majorité des articles.

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Mais où sont donc allés les journalistes pour rencontrer ces ruraux ? Relevons les noms propres de lieux (départements, communes) cités dans les articles. Dans l’ensemble et sur les dix-neuf départements, la moitié figurent ainsi parmi les dix départements comptant les plus fortes proportions d’agriculteurs (Creuse, Lozère, Aveyron, Côtes-d’Armor) ou d’ouvriers (Ardennes, Aisne, Haute-Marne) dans leurs populations actives lors du recensement de 2009. En ce sens, les espaces géographiques évoqués correspondent assez bien à la réalité sociale que les journalistes tentent d’appréhender ; même si, là encore, des différences existent entre les quotidiens, Libération et Le Figaro traitant plutôt des mondes ruraux agricoles tandis que L’Humanité met l’accent sur des mondes ruraux industriels et ouvriers. À une échelle plus fine, la localisation des soixante et une communes du corpus révèle qu’une majorité d’entre elles (36) considérées comme rurales appartiennent en fait aux espaces périurbains ou en cours de périurbanisation [7][7] Les communes de notre corpus sont toutes présentes.... Et, même quand ces communes appartiennent à l’espace « à dominante rurale » défini par l’INSEE, leur cartographie souligne qu’elles sont souvent situées en périphérie immédiate d’aires urbaines et rarement disséminées dans le « rural profond » – pour reprendre une ancienne terminologie de l’INSEE. Ce qui permet aussi d’avancer l’idée qu’une partie des journalistes ont choisi, pour incarner les mondes ruraux, de se rendre dans ces communes situées à moindre distance (et donc à moindre coût) des grandes villes, où sont justement localisées les rédactions et parfois les journalistes eux-mêmes.

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Ce dernier constat rejoint le fait que, lors de la campagne présidentielle de 2012, la plupart des reportages construits pour illustrer la montée du vote en faveur de Marine Le Pen dans les communes périurbaines ont été conduits dans des communes du département de Seine-et-Marne, choisies sans doute par commodité par les journalistes parisiens – comme l’a relevé une sociologue [8][8] Violaine Girard, « Les votes à droite en périurbain :.... Or c’est précisément sur ces espaces périurbains et/ou pavillonnaires que s’est focalisée l’attention de la presse lors de cette campagne présidentielle, marquée notamment par un score très élevé de la candidate du FN.

La campagne de 2012 : les périurbains sous les projecteurs médiatiques

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La lecture des articles et des tribunes de presse parus pendant la campagne présidentielle de 2012 permet de repérer plusieurs groupes de chercheurs dont les interventions ont participé à installer les votes des périurbains dans le paysage médiatique. Si ces prises de position universitaires convergent sur le constat d’une montée de l’extrême droite dans les espaces périurbains, elles varient toutefois entre deux pôles sur le plan des registres explicatifs mobilisés. De manière assez classique, l’accent est tantôt mis sur le poids des contraintes sociales dans les stratégies résidentielles des ménages (prix des logements, temps de transport pour aller travailler, etc.), tantôt sur la liberté (ou la marge de manœuvre) dont ils disposent.

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La question (ré)apparaît dans la presse durant les premiers jours de l’année 2012, notamment sous l’effet d’un entretien de Mediapart avec Christophe Guilluy, géographe extérieur au champ académique et consultant très médiatique dans un bureau d’études [9][9] Joseph Confavreux, Mathieu Magnaudeix et Hugo Vitrani,.... Ce dernier y développe une thèse présente en filigrane dans son Atlas des nouvelles fractures sociales et affinée dans Fractures françaises[10][10] Christophe Guilluy et Christophe Noyé, Atlas des nouvelles..., ouvrage qui a joué un rôle prescripteur important dans les stratégies des campagnes présidentielles du PS comme de l’UMP [11][11] Lire Grégoire Biseau, « Le livre de gauche qui inspire.... Cette thèse est dérivée du modèle idéal-typique de la « ville à trois vitesses », qui repose sur un découpage ternaire de l’espace urbain comme de la stratification sociale, en insistant sur l’importance de la gentrification des centres-villes par les classes supérieures, de la relégation des classes populaires dans les quartiers de grands ensembles d’habitat social et du départ des classes moyennes vers les espaces périurbains [12][12] Jacques Donzelot, « La ville à trois vitesses : relégation,....

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Pour Guilluy, les votes à l’extrême droite de cette « France périphérique » sont à mettre en relation avec de profonds sentiments d’« insécurité sociale et culturelle » vécus par les classes populaires dans un contexte de mondialisation. Ces choix électoraux se construiraient en opposition d’une part à la France des centres-villes devenus inaccessibles financièrement et peuplés de « bobos », et d’autre part à celle des « banlieues » dont il faut à tout prix s’extraire mais qui monopoliseraient l’attention des élites en matière de politiques publiques territorialisées : « Toutes les élections confirment désormais une fracture culturelle forte entre les métropoles et les autres territoires. […] Toutes les thématiques abordées dans les campagnes électorales sont clivantes : mondialisation, environnement, construction européenne, immigration, multiculturalisme. Sur tous ces sujets, les catégories populaires des espaces périurbains et ruraux se situent à l’exact opposé des catégories moyennes et supérieures des métropoles. Si les habitants des métropoles s’inscrivent dans une logique d’ouverture, les catégories populaires ne cessent au contraire de hurler leur besoin de protection [13][13] Christophe Guilluy, Fractures françaises, op. cit.,.... »

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Peu de temps après, la première page du Monde du 29 février relance le débat avec deux sous-titres annonçant qu’« une étude exclusive de l’IFOP établit un lien entre l’éloignement des centres urbains et le vote » en précisant que « le FN enregistre ses meilleurs scores dans les grandes couronnes périurbaines » [voir fig. 2]. Dans son article, « Dans la France périurbaine, le “survote” pour le FN exprime une colère sourde », le journaliste Thomas Wieder présente les résultats d’une collaboration entre le sondeur Jérôme Fourquet et le géographe Michel Bussi. La surreprésentation des intentions de vote pour le FN dans les auréoles situées entre 30 et 50 km des grandes villes [voir fig. 3] y est expliquée par un « mélange d’éloignement choisi et de relégation subie » des ménages modestes qui exprimeraient leur « ascension sociale inachevée » via des votes « protestataires ». Tout en insistant sur les contraintes financières qui pèsent sur ces ménages, le journaliste précise que « l’isolement, qui peut être le fruit de stratégies individualistes, a aussi ses revers : le repli sur soi et le rejet de l’autre ». Un tel discours est problématique : on ne peut considérer que les périurbains et les ruraux fuient la ville seulement parce qu’ils n’y habitent pas, et inversement que les citadins l’ont adoptée au nom du seul fait qu’ils y habitent [14][14] Lire ces arguments développés par Fabrice Ripoll et.... Dès les travaux pionniers sur les pavillonnaires, le sociologue Henri Lefebvre avait d’ailleurs mis en garde contre cette logique qui consiste à inférer des comportements (résidentiels ou politiques) à partir du seul lieu de résidence : « Ce désir d’appropriation ne signifie pas que les êtres humains, individus et groupes, aspirent à se soustraire aux exigences de la pratique sociale et à se fixer dans l’isolement de ce qui leur est “propre” [15][15] Henri Lefebvre, « Introduction à l’étude de l’habitat.... »

Fig. 2 - En une du Monde, le 29 février 2012Fig. 2
Fig. 3 - Intentions de vote et distance par rapport aux villes, Le Monde, 29 février 2012Fig. 3
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Quelques semaines plus tard, en s’appuyant cette fois sur les votes effectifs – toujours envisagés selon la seule distance kilométrique aux grandes villes, ce qui correspond à des réalités sociales très différentes lorsqu’il s’agit d’une métropole de 200 000 ou de 10 millions d’habitants, et qui gomme les oppositions sectorielles essentielles dans la division sociale de l’espace, par exemple entre l’ouest et l’est de nombreuses métropoles –, Jérôme Fourquet développe le même type de registre explicatif : « Des pans entiers des catégories populaires ont progressivement quitté les grandes agglomérations pour s’installer dans les zones pavillonnaires du périurbain par un phénomène de relégation subie (la hausse des prix de l’immobilier dans les métropoles les conduisant à s’installer ou à devenir propriétaires dans des zones plus abordables et donc toujours plus éloignées des centres) ou choisie (on fuit la grande ville, sa banlieue et ses nuisances, notamment la délinquance) [16][16] Jérôme Fourquet, Le Sens des cartes. Analyse sur la.... » Ce discours oscille entre, d’un côté, un vote de protestation lié aux craintes de déclassement de ménages mis à l’écart des centres-villes par les coûts croissants du foncier, et, d’un autre, des votes qui expriment une adhésion aux thématiques xénophobes et sécuritaires portées par le FN, adhésion qui expliquerait la volonté de fuir les population immigrées des cités sur le mode du « vote avec les pieds ».

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Sans surprise, c’est cette dernière grille de lecture qui sera proposée par le géographe Jacques Lévy dans ses tribunes médiatiques en avril 2012 [17][17] Jacques Lévy, « La France des marges s’est fait entendre.... Il y développe le même registre analytique qu’à l’occasion de chaque grand scrutin depuis 2002, plaçant le « degré d’urbanité » comme principe explicatif premier, devant les appartenances sociales : « En somme, plus encore que les distinctions socio-économiques ou socioculturelles classiques, c’est la localisation de l’habitat qui apparaît comme l’élément le plus prédictif de l’orientation politique. » C’est ainsi que les choix résidentiels et les choix électoraux sont placés sur le même plan et considérés comme deux types d’expressions équivalentes liées à la recherche de cohérence politique de la part des individus, de sorte que « la signification politique des gradients, autrement dit des degrés d’urbanité, est maximal lorsqu’il s’agit de l’extrême droite » ou que « l’urbanité, ce mélange de densité et de diversité, se comporte vis-à-vis du Front national comme un bouclier renforcé ». Quand Lévy met ponctuellement l’accent sur les déterminants sociaux qui pèsent sur le vote (le périurbain serait l’espace du retrait, « imposé ou volontaire », vis-à-vis de l’espace public ; les périurbains auraient choisi leur lieu de résidence « parfois au prix d’arbitrages financiers douloureux »), c’est toujours pour réaffirmer ensuite le rôle décisif des « gradients d’urbanité » [18][18] Lire Fabrice Ripoll et Jean Rivière, « La ville dense.... Et, quand il concède par exemple que le soutien apporté à Nicolas Sarkozy par les habitants des « quartiers bourgeois » de l’Ouest parisien a quelque chose à voir avec leur niveau de revenu (et donc avec la défense d’intérêts de classe), c’est pour mieux relativiser ce dernier, qu’il conviendrait de pondérer au regard du coût de la vie locale : « Il faudrait d’ailleurs nuancer l’analyse par une prise en compte du foncier, qui, directement et par son impact sur l’ensemble du coût de la vie, pèse lourdement sur le pouvoir d’achat effectif des urbains. » On aimerait que les périurbains et les ruraux soient traités avec autant d’empathie en matière de prise en compte des conditions matérielles d’existence sur la production du vote…

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Cette position défendue dans les deux analyses du Monde, qui a influencé d’autres articles de presse, a joué un rôle important dans la production de l’image stigmatisante des espaces périurbains, qui rejaillit immanquablement sur ses habitants, comme le montre l’extrait suivant : « Selon Jacques Lévy, c’est le défaut d’“urbanité” qui engendre les votes extrémistes. Ce que fuit le “périurbain”, c’est ce qui caractérise la ville : l’exposition à une densité particulière, mais aussi à une certaine altérité. Il s’est replié derrière des haies de thuyas, des portails opaques, des panneaux “chiens méchants” – bien à l’abri dans sa “citadelle domestique”, comme l’appelle le géographe Michel Lussault [19][19] Raphaëlle Rérolle, « Le Français, cet “Homo periurbanus” »,.... » Le même article relatant les propos de Lussault, qui évoque une « manière d’être au monde périurbaine », on en vient à se demander si tous les amateurs de thuyas et les propriétaires de chiens ont basculé à l’extrême droite depuis qu’ils vivent reclus dans leurs pavillons.

Dépasser les lectures homogénéisant l’espace, les groupes sociaux & le vote

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Face à ces discours savants, à leur réception médiatique et à leurs effets sociaux, il est nécessaire de corriger un certain nombre de simplifications et d’erreurs d’analyse en s’appuyant notamment sur les clarifications apportées par plusieurs chercheurs [20][20] Lire notamment Violaine Girard, « Les votes à droite.... Il ne s’agit pas de nier qu’il existe, dans nombre de secteurs périurbains et ruraux, des surreprésentations importantes du vote en faveur du FN. Mais, sous l’effet de la multiplication des articles de presse se focalisant sur cette question, on glisse d’une partie (les fractions d’habitants qui ont voté pour Marine Le Pen) au tout (les espaces ruraux et périurbains pris de manière indifférenciée), de sorte qu’on en vient à considérer certains symboles paysagers de ces espaces (l’agriculteur dans son champ ou le pavillon en lotissement) comme une incarnation de l’extrême droite [voir fig. 4]. Il est donc essentiel, pour sortir des lectures surplombantes et des catégories simplistes, de réintroduire de l’hétérogénéité dans l’analyse d’un double point de vue : d’une part au niveau de l’espace périurbain et/ou rural perçu comme sociologiquement indifférencié ; d’autre part sur le plan de la diversité de ce qu’on nomme « classes populaires ».

Fig. 4 - Les mondes ruraux et périurbains devenus des incarnations du vote FN, Libération, 28-29 avril 2012Fig. 4
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Ce qui est souvent qualifié (au singulier) d’espace « périurbain » ou d’espace « rural » correspond en fait à une mosaïque de communes sociologiquement très contrastées. Au-delà du point commun qu’est la maison individuelle située hors de la ville dense, les espaces périurbains ne se résument pas à une simple opposition entre un périurbain « choisi » (celui des premières couronnes investies par certaines fractions des couches moyennes et supérieures) et un périurbain « subi » (celui des couronnes plus éloignées où les groupes populaires sont surreprésentés [21][21] Laurent Chalard, « Le vote d’extrême droite dans l’aire...) mais regroupent des profils sociopolitiques communaux beaucoup plus variés [22][22] Lire Jean Rivière, « La division sociale des espaces.... De la même manière, les espaces ruraux présentent une grande diversité de configurations sociopolitiques. Or c’est justement en investissant ces contextes qu’on parvient à mieux comprendre le vote FN par l’étude des sociabilités locales et de la structuration des collectifs traditionnels [23][23] Sébastien Vignon, « Le FN en campagne. Les ressorts.... D’ailleurs, si les communes périurbaines et/ou rurales sont caractérisées par une importante hétérogénéité, même au niveau interne celles-ci sont loin d’être homogènes puisqu’elles sont peuplées de différentes vagues d’arrivants, elles-mêmes socialement différenciées. Ainsi, alors que ce sont souvent les périurbains des dernières vagues d’arrivants qui sont suspectés de voter très à droite – ce qui est fréquent dans les analyses dominantes, qui y voient une concordance entre leur choix électoral (censé exprimer leur système de valeurs fermé) et leur choix résidentiel (supposé tout aussi fermé parce que loin de l’urbanité), des analyses localisées permettent au contraire d’établir que ce sont parfois les fractions d’habitants les plus anciennement installées qui observent avec inquiétude les transformations de leur environnement social et peuvent voter pour le FN [24][24] Jean Rivière, « Trajectoires résidentielles et choix....

Fig. 5 - Les mondes ruraux et périurbains devenus des incarnations du vote FN, Libération, 28-29 avril 2012Fig. 5
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Un certain nombre de « catégories statistiques » fréquemment utilisées dans les articles de presse mériteraient d’être déconstruites, à commencer par celles des « ouvriers » ou des « employés », dont les orientations électorales à droite et à l’extrême droite sont souvent évoquées. Or, comme le rappellent régulièrement certains sociologues, ces groupes socioprofessionnels correspondent à des agrégats statistiques caractérisés par une grande hétérogénéité. Pour produire une sociologie électorale fine de ces groupes, il conviendrait d’avoir des éléments précis sur leur niveau de qualification, leur secteur d’activité professionnel ; en particulier le statut de leur contrat de travail, à commencer par l’opposition public-privé (qui est aujourd’hui un puissant clivage dans la construction des opinions politiques), mais aussi entre les fonctionnaires titulaires et les contractuels du secteur public, entre les salariés « stables » en CDI et les plus précaires employés en CDD ou en intérim au sein du secteur privé. Il faudrait aussi prêter une plus grande attention aux trajectoires sociales et résidentielles (notamment au statut d’occupation des logements en distinguant locataires, propriétaires accédants et propriétaires) tout en veillant à les resituer dans l’espace social des contextes sociaux où ils évoluent [25][25] Lire Jean Rivière, « Le vote pavillonnaire existe-t-il ?.... Sans quoi, c’est l’ensemble des habitants des mondes populaires, qu’ils soient ruraux ou périurbains, qui risquent de continuer à incarner la droite et l’extrême droite dans les représentations produites par la presse.

Notes

[1]

Sur cette question, lire Fabrice Ripoll et Jean Rivière, « La ville dense comme seul espace légitime ? Analyse critique d’un discours dominant sur le vote et l’urbain », Les Annales de la recherche urbaine, 2007, n° 102, p. 121-130, et Jacques Lévy, « Regarder, voir. Un discours informé par la cartographie », Les Annales de la recherche urbaine, 2007, n° 102, p. 131-140.

[2]

Pour une analyse des quartiers populaires de grands ensembles, lire Jean Rivière et Sylvie Tissot, « La construction médiatique de l’image des banlieues. Retour sur la campagne présidentielle de 2007 », Métropolitiques, mars 2012 ; également Jérôme Berthaut, La Banlieue du « 20 heures », Agone, 2013, à paraître.

[3]

Cette première partie reprend et prolonge des travaux déjà publiés dans : Jean Rivière, « Catégorisations résidentielles et (dé)valorisation des habitants. La campagne présidentielle française de 2007 dans la presse écrite », in Isabelle Backouche, Fabrice Ripoll, Sylvie Tissot et Vincent Veschambre (dir.), La Dimension spatiale des inégalités. Regards croisés des sciences sociales, Presses universitaires de Rennes, 2011, p. 35-50.

[4]

Précisons qu’un travail sur la presse quotidienne régionale, au lectorat sociologiquement différent, donnerait probablement d’autres résultats en matière d’image des mondes ruraux.

[5]

Lire les contributions de Julian Mischi et Nicolas Renahy, resp. p. 7-25 et 85-100. Également Nicolas Renahy, Les Gars du coin. Enquête sur une jeunesse rurale [2005], La Découverte, 2010 ; Stéphane Beaud, Joseph Confavreux et Jade Lindgaard (dir.), La France invisible, La Découverte, 2006.

[6]

Selon Julian Mischi et Nicolas Renahy, « ces univers sociaux sont essentiellement présentés dans l’espace public, mais aussi dans une certaine littérature scientifique, comme des reliquats d’un “avant” (un temps ancien, dépassé, prémoderne, traditionnel, etc.), prompts à voir resurgir les réflexes les plus “archaïques” dont les campagnes seraient le réservoir. En milieu rural, les idées et pratiques sont forcément “enracinées”, les groupes sociaux “en déclin” ou “en crise”, les acteurs essentiellement “agricoles” et en proie au “malaise”. […] Disqualification sociale des populations rurales et stigmatisation de leurs attitudes politiques vont souvent de pair » (« Pour une sociologie politique des mondes ruraux », Politix, 2008, n° 83, p. 9-21).

[7]

Les communes de notre corpus sont toutes présentes une seule fois, alors que les noms associés à la catégorisation résidentielle des quartiers de grands ensembles sont très concentrés sur certaines communes franciliennes et sur le département emblématique de Seine-Saint-Denis.

[8]

Violaine Girard, « Les votes à droite en périurbain : “frustrations sociales” des ménages modestes ou recompositions des classes populaires ? », Métropolitiques, 30 avril 2012.

[9]

Joseph Confavreux, Mathieu Magnaudeix et Hugo Vitrani, « Il faut parler des classes populaires. Entretien avec Christophe Guilluy », Mediapart, 21 janvier 2012.

[10]

Christophe Guilluy et Christophe Noyé, Atlas des nouvelles fractures sociales en France. Les classes moyennes oubliées et précarisées, Autrement, 2004 ; Christophe Guilluy, Fractures françaises, François Bourin Éditeur, 2010.

[11]

Lire Grégoire Biseau, « Le livre de gauche qui inspire la droite », Libération, 30 mars 2012.

[12]

Jacques Donzelot, « La ville à trois vitesses : relégation, périurbanisation, gentrification », Esprit, mars-avril 2004, p. 14-39.

[13]

Christophe Guilluy, Fractures françaises, op. cit., p. 168 – plusieurs articles de presse feront écho à cette analyse pendant la campagne de 2012.

[14]

Lire ces arguments développés par Fabrice Ripoll et Jean Rivière, « La ville dense comme seul espace légitime ?… », op. cit., p. 127-128.

[15]

Henri Lefebvre, « Introduction à l’étude de l’habitat pavillonnaire », Du rural à l’urbain, Anthropos, 2001, p. 159-181.

[16]

Jérôme Fourquet, Le Sens des cartes. Analyse sur la géographie des votes à la présidentielle, Fondation Jean-Jaurès, 2012, p. 43-44. Cette étude sera reprise à l’issue des deux tours du scrutin présidentiel dans de nombreux articles de la presse écrite (notamment au Figaro) et de la presse en ligne (dont Le Monde.fr et Slate.fr).

[17]

Jacques Lévy, « La France des marges s’est fait entendre le 22 avril », Le Monde, 25 avril 2012 ; Jacques Lévy, « Riches, étrangers, ouvriers… un vote loin des clichés », Le Monde, 26 avril 2012.

[18]

Lire Fabrice Ripoll et Jean Rivière, « La ville dense comme seul espace légitime ?… », op. cit., p. 121-130.

[19]

Raphaëlle Rérolle, « Le Français, cet “Homo periurbanus” », Le Monde, supplément « Culture & idées », 2 juin 2012.

[20]

Lire notamment Violaine Girard, « Les votes à droite en périurbain : “frustrations sociales” des ménages modestes ou recompositions des classes populaires ? », Métropolitiques, 30 avril 2012 ; Annie Collovald, « La zone périurbaine n’est pas homogène », Regards, 20 avril 2012 ; et Éric Charmes, « La vie périurbaine favorise-t-elle le Front national ? », Études foncières, mars-avril 2012, n° 156, p. 8-10.

[21]

Laurent Chalard, « Le vote d’extrême droite dans l’aire métropolitaine marseillaise », EspacesTemps.net, 11 octobre 2006.

[22]

Lire Jean Rivière, « La division sociale des espaces périurbains français et ses effets électoraux », in Marie-Flore Mattéi et Denise Pumain (dir.), Données urbaines 6, Anthropos, 2011, p. 11-20.

[23]

Sébastien Vignon, « Le FN en campagne. Les ressorts sociaux des votes frontistes en milieu rural », Métropolitiques, 9 mai 2012.

[24]

Jean Rivière, « Trajectoires résidentielles et choix électoraux chez les couches moyennes périurbaines », Espaces et Sociétés, 2012, n° 148-149, p. 73-90.

[25]

Lire Jean Rivière, « Le vote pavillonnaire existe-t-il ? Comportements électoraux et positions sociales locales dans une commune rurale en cours de périurbanisation », Politix, 2008, vol. 21, n° 83, p. 23-48.

Résumé

Français

Les classements symboliques véhiculés pendant les campagnes politiques participent durablement à la production des représentations collectives. Cet article se penche sur la manière dont les espaces ruraux et périurbains ont été présentés dans la presse lors des deux derniers scrutins présidentiels ; insistant sur les rapports entre les catégories utilisées pour décrire ces mondes ruraux, les groupes sociaux qui y habitent et les attitudes politiques associées à ces groupes, tout en accordant une attention particulière aux mots et aux illustrations employés, ainsi qu’à leur charge normative.

Plan de l'article

  1. La campagne de 2007 : des ruraux entre permanence & arriération
  2. La campagne de 2012 : les périurbains sous les projecteurs médiatiques
  3. Dépasser les lectures homogénéisant l’espace, les groupes sociaux & le vote

Pour citer cet article

Rivière Jean, « Des ploucs de droite aux pavillonnaires lepénistes. Sur la construction médiatique du vote des ruraux », Agone, 2/2013 (n° 51), p. 65-83.

URL : http://www.cairn.info/revue-agone-2013-2-page-65.htm


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