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Agone

2015/2 (n° 57)

  • Pages : 238
  • ISBN : 9782748902334
  • Éditeur : Agone

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Né en Équateur en 1941, spécialiste et traducteur de l'œuvre de Marx, fondateur et éditeur des Cuadernos politicos (1974-1990), Bolívar Echeverría a enseigné la philosophie à l'université de Mexico de 1968 à sa mort. Ce texte, l'un des derniers qu'il ait écrits, s'appuie sur les idées développées dans plusieurs essais à propos de la modernité latino-américaine. Selon lui, celle-ci se définit par un « ethos baroque » bien particulier, distinct de l'« ethos réaliste » des pays capitalistes avancés, et qui aurait émergé au xvii e siècle parmi les populations indigènes contraintes d'adopter (ou d'imiter) les formes culturelles du colonisateur après la destruction de leurs propres civilisations. Pour Echeverría, ce « long siècle baroque » aurait été à l'origine d'un « métissage [mestizaje] culturel » entre les formes victorieuses et les formes vaincues dont les effets sont encore aujourd'hui majeurs dans les sociétés sud-américaines, malgré les choix rigoureusement contraires opérés par les élites continentales à partir du xviii e siècle.

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C'est la tension entre ces deux orientations que ces « réflexions sur le bicentenaire latino-américain » mettent en exergue. En 2010, l'année même de la mort d'Echeverría, les différents États du continent commémoraient en effet le début du grand mouvement général d'indépendance intervenu deux siècles plus tôt. Dans le contexte d'une monarchie espagnole affaiblie par l'invasion napoléonienne, 1810 avait marqué le début d'un cycle de révoltes et de guerres civiles au Venezuela, en Nouvelle Grenade (Panama, Colombie, Équateur), au Chili, en Argentine et jusqu'au Mexique. Une dizaine d'années plus tard, vers 1821-1823, après des péripéties où s'illustrèrent entre autres Simón Bolívar et José de San Martín, la plupart des républiques aujourd'hui existantes étaient créées. Alors qu'en 2010 on fêtait officiellement un acte fondateur de l'Amérique latine moderne, Echeverría rappelait avec virulence le caractère durablement factice de ces républiques.

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Le fait que les républiques nationales établies en Amérique latine au xix e siècle aient fini, à leur corps défendant, par se conformer exactement au modèle qu'elles disaient abhorrer ne manque pas d'ironie. Ce modèle est celui de leur propre modernité, une modernité baroque qui prit forme aux Amériques au cours des xvii e et xviii e siècles. C'est celui que les élites continentales, pour « se moderniser », avaient prétendu troquer contre un autre – sinon la version anglo-saxonne de la modernité, du moins celle d'abord née en France avant d'être imposée à la péninsule ibérique par le despotisme éclairé. Ainsi, en Amérique latine, les dominants ne purent faire autrement que construire des républiques ou des États-nations incapables de devenir ce qu'ils auraient pourtant souhaité : les copies ou les imitations des États capitalistes européens. Ces républiques étaient vouées à n'être que les représentations, les versions scéniques ou les répétitions mimétiques de ce modèle ; des constructions dans lesquelles, d'une façon toute baroque, l'imaginaire tend à supplanter le réel.

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Ces tentatives d'imitation du productivisme capitaliste furent constamment contrecarrées et rejetées par la « main invisible du marché », qui semblait décidée à cantonner les « entreprises-États »  [1][1] Le terme « empresas estatales » n'est pas ici utilisé... de l'Amérique latine dans un rôle accessoire au sein de la reproduction capitaliste mondiale. Dans la composition conflictuelle du taux de profit capitaliste, le rôle des États latino-américains fut de réduire systématiquement la part attribuée à la rente foncière, redirigeant ainsi vers le capital productif une partie de la plus-value générée par ce même capital, « détournée » pour rétribuer l'exploitation des espaces naturels que les seigneurs locaux – qu'ils soient privés comme les hacendados, ou publics – occupaient par la violence. Grâce à ces « entreprises-États » et à leurs « forces vives », les prix du marché mondial des matières premières et de l'énergie – qui, avec la main-d’œuvre bon marché, constituaient la base de la richesse latino-américaine – baissèrent fortement. Dans des États comme les États latino-américains, les maîtres de la terre – publics ou privés – furent forcés « par les circonstances » de diminuer leur rente, et par ricochet la rente foncière dans son ensemble à travers toute l'économie-monde occidentale – et ce, au bénéfice du capital productif concentré en Europe et en Amérique du Nord. De la sorte, ils condamnèrent la masse de rente monétaire existant dans leurs propres républiques à demeurer une forme de capital marchand, sans jamais atteindre le seuil critique de capital monétaire nécessaire pour accéder au statut de capital productif. Les propriétaires terriens demeurèrent donc, malgré les quelques exemples de « grands capitaines d'industrie et d'hommes de progrès », de simples rentiers déguisés en marchands et en usuriers, vouant leurs républiques à l'existence subordonnée qui avait toujours été la leur.

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Mais même sous cette forme réduite, la masse d'argent que le marché mettait à disposition des entreprises latino-américaines et de leurs États, qui n'était qu'un minuscule morceau prélevé sur la rente foncière dévaluée, était suffisante pour financer la vitalité de ces forces vives et le gaspillage « discrètement coupable » des happy few qui les entouraient. La survie des autres – la population plus ou moins « native », les demi-membres de l'État et les demi-citoyens de la république – fut confiée à la nature sauvage et à la magnanimité de « ceux d'en haut » – c'est-à-dire abandonnée à une volonté divine avare. Mais surtout, les profits de ces entreprises et de leurs États étaient suffisants pour donner vraisemblance à la pâle imitation qui permettait à ces derniers de jouer à être ce qu'ils n'étaient pas, à se comporter comme s'ils étaient des États instaurés par le capital productif et non des regroupements de propriétaires et de marchands à son service.

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Privées de cette phase ou de ce moment-clé où la reproduction capitaliste de la richesse nationale passe par la reproduction de la structure technique de ses moyens de production, c'est-à-dire par son expansion, sa consolidation et son renouvellement, les républiques qui furent érigées sur les territoires d'Amérique latine et imposées à leurs populations ont toujours été contraintes d'entretenir une relation ouvertement médiate ou indirecte au capital, ce « sujet réel » de l'histoire moderne, produit de l'aliénation de la subjectivité humaine. Depuis les « révolutions d'indépendance », ces républiques restent sous la dépendance d'États plus forts, plus proches de ce sujet historique déterminant – ce qui réduit fortement la réalité de leur pouvoir et, par conséquent, de leur souveraineté. La vie politique qui s'est développée en Amérique latine est ainsi plus symbolique qu'effective ; rien ou presque de ce qui y est en jeu n'a de conséquences véritablement décisives et n'est autre chose qu'un pur vernis. Étant donnée leur subordination économique, les républiques nationales latino-américaines ont seulement été autorisées à retraduire dans la langue de la politique intérieure les décisions prises par le capital après que celles-ci ont été filtrées puis interprétées dans les États où il préfère résider. Les républiques latino-américaines constituent des États capitalistes qui n'ont été adoubés par le capital que du bout des doigts, des entités fictives coupées de la « réalité »  [2][2] La nature illusoire de la vie politique effective dans....

Des bourgeoisies néo-classiques ?

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Pour autant, une question demeure : les conséquences de la fondation, il y a de cela deux siècles, des États-nations dans lesquels vivent aujourd'hui les Latino-américains et qui les définissent tels qu'ils sont ne suffisent-elles pas à justifier les festivités du moment ? Les Argentins, les Brésiliens, les Mexicains, les Équatoriens, etc. ne peuvent-ils être fiers de ce qu'ils sont, ou simplement d'être des latinos ?

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Il ne fait aucun doute que, même au milieu de la plus accablante perte d'estime de soi, il est impossible de vivre sans un minimum d'auto-affirmation, d'auto-satisfaction, ou encore de fierté d'être ce que l'on est, quand bien même cette fierté serait tellement discrète qu'elle en serait imperceptible. Or, affirmation de soi suppose réaffirmation de son identité. Nous sommes donc en droit de nous demander si l'identité dont pourraient être fiers les Latino-américains, au beau milieu des célébrations du bicentenaire, n'est pas précisément cette identité factice, capable en apparence de réconcilier les insurmontables contradictions entre oppresseurs et opprimés, cette identité qui fut taillée sur mesure par les créateurs des républiques « post-coloniales » après la chute de l'Empire espagnol et les « révolutions », ou « guerres d'indépendance », qui l'accompagnèrent. À en juger par la rhétorique ouvertement bolivarienne des médias de masse qui ces jours-ci en font l'exaltation, cette même identité semble en outre se fondre dans une autre, d'une nature similaire mais à l'échelle de tout le continent : celle d'une nation englobante, la nación latina que pourrait faire exister un méga-État capitaliste latino-américain en devenir. À y regarder de plus près, pourtant, cette fierté ne cesse d'être menacée de faillite tant l'identité qu'elle concerne est chargée de vices qui inspirent plutôt la honte et poussent au contraire à prendre ses distances.

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La « révolution » d'indépendance, événement fondateur pour les républiques latino-américaines qui célébrèrent leur existence en 2010, fut la réédition « revue et augmentée » de l'abandon déjà opéré par le despotisme éclairé du métissage (mestizaje), une pratique du vivre ensemble qui avait prévalu dans les sociétés américaines au cours du long « siècle baroque ». Bien que soumise aux effets fortement hiérarchisants des institutions monarchiques auxquelles elle était subordonnée, cette pratique tendait à intégrer de manière relativement ouverte tout le corps social des habitants du continent. Puis vint le despotisme éclairé, importé de la France des Bourbons. Chaudement accueilli par la moitié hispanisée des créoles, rejeté par l'autre, la moitié « indianisée », le despotisme éclairé charriait avec lui la distinction entre métropole et colonie, la première étant consacrée comme seule légitime à apporter la civilisation à ses possessions d'outre-mer. Pour garder toute sa cohérence, le mode de vie métropolitain devait d'abord être distingué et séparé des modes de vie des populations natives et colonisées, pour pouvoir ensuite les soumettre et les exterminer. C'est cet abandon du métissage – l'introduction d'un apartheid latino qui non seulement hiérarchisait le corps social mais le coupait en deux, une moitié étant invitée à participer tandis que l'autre était exclue – qui est au fondement de la création et de la perpétuation des républiques d'Amérique latine.

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Dans ces républiques, la dimension oligarchique, propre à tout État capitaliste, est poussée jusqu'à l'absurde, voire jusqu'à l'automutilation. N'y a toujours pas droit de cité la masse des indigènes qui ont survécu au « cosmocide » de la Conquête, des noirs réduits en esclavage et amenés d'Afrique, et des métisses et autres mulâtres « de basse extraction ». Les mêmes créoles franco-ibérianisés qui, depuis la première moitié du xviii e siècle, s'étaient imposés au détriment de leurs homologues « indianisés », dans une opposition entre « néoclassiques » et « baroques », constituèrent un siècle plus tard, après avoir coupé le cordon ombilical avec la mère patrie et s'être débarrassés de la présence pesante des Espagnols, la classe dominante des républiques qui se délectent aujourd'hui de leur éternelle jouvence.

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Au xix e siècle, les républiques nationales commencèrent à flotter au-dessus du corps social du continent, tels d'arrogants îlots. Le projet implicite qui sous-tendait leur établissement comportait une tâche essentielle : reprendre et terminer le processus de conquête entamé au xvi e siècle mais qui avait ensuite été détourné pendant le long siècle baroque. Définie par l'exclusion, héritée des créoles enorgueillis d'être « éclairés », c'est cette identité qui, légèrement transformée par deux cents ans d'histoire et par la conversion de la modernité européenne en modernité « américaine », était célébrée en grande pompe en 2010 – mais sous mesures de sécurité renforcées. Voilà une identité qui ne pourrait être perçue comme une source de fierté qu'à grand renfort de cynisme. À moins que – par un acte de puissant wishful thinking[3][3] En anglais dans le texte original en espagnol. [nd... semblable à celui qui flotte actuellement dans l'air sud-américain (qui s'accompagne d'une volonté désespérée de semer le trouble dans les esprits) – on ne considère qu'elle a déjà été remplacée par une autre identité à venir, radicalement transformée et démocratisée.

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On ne peut qu'être surpris par l'insistance avec laquelle ceux qui prétendent aujourd'hui construire la nouvelle république latino-américaine continuent d'imaginer, sous le nom de « patrie », un prétendu continuum entre l'État-nation marmoréen, néoclassique, et la « nation native [nación natural] » elle-même, à l'identité dynamique, diverse et évanescente. Pour le dire de manière sarcastique, le continuum en question n'est rien d'autre que la répression de celle-ci par celui-là. Tout se passe comme si ces bonimenteurs souhaitaient occulter toute reconnaissance de la sempiternelle et incessante guerre civile (même si elle est tue et réprimée), qui continue d'avoir lieu entre l'État-nation des républiques capitalistes et la communauté latino-américaine en tant que telle, marginalisée, opprimée par ces États et partant opposée à eux. Ce quiproquo qui pose une identité transhistorique commune entre oppresseurs et opprimés, exploiteurs et exploités, inclus et exclus, exige qu'on le prenne pour une illusion « productive », nécessaire au maintien de l'unité et de la continuité indispensables à toute communauté prétendant à la transcendance. Le rejeter serait un crime de lèse-patrie.

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D'une certaine manière, les célébrations du bicentenaire ne sont pas tant des cérémonies de commémoration que de protection contre le repentir. Au moment où elles furent fondées, les nouvelles républiques avaient une opportunité historique : rompre avec le despotisme éclairé du passé et recomposer ce corps social qu'il avait scindé en deux. Au contraire, elles préférèrent exacerber cette division – « Le despotisme est mort, vive le despotisme », pouvait-on lire à l'époque sur un mur de Quito –, abandonnant la possibilité d'intégrer à la communauté des citoyens ceux qu'un productivisme éclairé avait rejetés comme des « anormaux ». À cette exclusion, elles décidèrent par ailleurs d'ajouter une parcellisation de la totalité organique de la population des Amériques, qui était une réalité indéniable malgré les obstacles géographiques qu'on évoque si souvent.

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Aujourd'hui, face aux résultats catastrophiques de leur histoire bicentenaire, la moindre des choses qu'on pourrait attendre de ces républiques est qu'elles fassent montre de remords et de contrition. Mais elles se sont engagées dans une entreprise de déni et de « transformation du vice en vertu ». Cet aveuglement volontaire devant l'inutile souffrance dont elles furent pendant si longtemps la cause les éloigne de toute attitude d'autocritique ; il les force, au contraire, à ériger des arcs de triomphe et à encourager chercheurs et artistes à rivaliser dans l'apologie historique. Pourtant, au milieu de toutes les manifestations d'autosatisfaction, les célébrations de 2010 ne peuvent dissimuler le caractère assez pathétique de la situation ; ces cérémonies ne sont que des reniements d'elles-mêmes, que sous-tendent des incantations magiques contre une mort annoncée. Dans un contexte d'incertitude face à leur avenir, les républiques oligarchiques latino-américaines cherchent aujourd'hui à se reconstituer et à se restaurer, même si cela implique cyniquement de continuer à faire exactement la même chose, dilapidant les miettes de souveraineté qui leur restent dans les mains. Elles célèbrent le bicentenaire de leur existence et, en même temps, sans jamais le reconnaître, elles usent de ces célébrations comme d'amulettes pour conjurer la menace de disparition qui plane au-dessus d'elles.

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L'identité nationale de chaque république oligarchique a été conçue sur la base des caractéristiques en apparence « uniques » du patrimoine humain de chaque État, avec les us et coutumes particuliers de chaque territoire. Le caractère indéniablement arbitraire, voire inutile, de l'artifice national se donne à voir bien plus fréquemment et explicitement en Amérique latine que dans d'autres situations historico-géographiques de la modernité capitaliste. Mais il s'agit d'un arbitraire dont les effets ne se limitent pas à l'affaiblissement de l'État. En effet, cet arbitraire est l'instrument d'un projet civilisateur moderne, qui demeure réprimé dans la modernité existante et dont l'objet n'est autre que l'affirmation de soi identitaire des êtres humains. Non seulement la « nation native » mexicaine ou brésilienne n'a pas été remplacée, dans ces pays-là, par des États-nations, mais c'est bien plutôt ceux-ci qui ont été débordés et progressivement absorbés par celle-là.

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Pour les nations latino-américaines, la fragilité même de l'imposition de l'État-nation fournissait la preuve de la nature arbitraire, infondée, de toute affirmation identitaire. C'était le moyen idéal pour dépasser la tendance au régionalisme substantialiste qui est propre à toute nation moderne bien tenue. En Équateur, par exemple – république conçue sur les genoux du Libertardor Bolívar –, il n'existe que peu de traits communs à toute la population, qu'ils soient tirés de l'histoire ou inventés au présent, qui étayeraient l'idée que l'État-nation équatorien est solide et inébranlable. On ne peut toutefois pas nier l'existence d'une « équatorianité » – flottant en l'air, pour ainsi dire, artificielle, évanescente, aux multiples visages – que les Équatoriens reconnaissent et revendiquent comme un trait identitaire important de ce qu'ils font et de ce qu'ils sont, mais qui dans le même temps les ouvre, par la rude expérience de la migration surtout, au métissage cosmopolite.

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Cette disposition à la transformation de soi, cette acceptation dialogique de l'identité des autres – qui n'est pas que pure tolérance –, vient justement du présupposé qu'il y a du contingent dans toute identité, que les identités sont fondées par un acte de pure volonté politique et non par quelque héritage ancestral mythique qui, même s'il est présenté comme un legs très séculier, finit toujours par revêtir une dimension surnaturelle et métaphysique. C'est cette disposition qui donne à l'affirmation identitaire d'une grande partie des populations d'Amérique latine, concentrée dans quelque chose de très subtil, presque comme une fidélité arbitraire à la « préférence pour les formes », le dynamisme et la capacité de se métamorphoser qui seront nécessaires à une modernité imaginée pour dépasser la stagnation capitaliste.

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Texte original « Potemkin Republics. Reflections on Latin America's Bicentenary », NLR II-70, juillet-août 2011

Notes

[1]

Le terme « empresas estatales » n'est pas ici utilisé pour désigner des entreprises possédées par l'État mais les États latino-américains eux-mêmes. Ailleurs, Echeverría décrit ces mêmes États comme des « entreprises collectives privées d'accumulation du capital » (lire Vuelta de siglo, Mexico, 2006, p. 147). [NLR]

[2]

La nature illusoire de la vie politique effective dans ces républiques est parfaitement illustrée par la facilité avec laquelle certains artistes ou hommes politiques circulent entre la politique et l'art : on trouve des romanciers qui étaient de bons dirigeants (Rómulo Gallegos), des révolutionnaires qui étaient de grands poètes (Pablo Neruda), tandis que d'autres étaient de bons hommes politiques quand ils étaient peintres, et de bons peintres quand ils étaient hommes politiques.

[3]

En anglais dans le texte original en espagnol. [ndt]

Résumé

Français

Les célébrations du bicentenaire de 1810 ne sont pas tant des cérémonies de commémoration que de protection contre le repentir. Au moment où elles furent fondées, les nouvelles républiques avaient une opportunité historique : rompre avec le despotisme éclairé du passé et recomposer ce corps social qu'il avait scindé en deux. Au contraire, elles préférèrent exacerber cette division, abandonnant la possibilité d'intégrer à la communauté des citoyens ceux qu'un productivisme éclairé avait rejetés comme des « anormaux ».

Plan de l'article

  1. Des bourgeoisies néo-classiques ?
  2. Rites de déni

Pour citer cet article

Echeverría Bolívar, Traduit de l'anglais par  Petitjean Clément, « Des républiques Potemkine : réflexions sur le bicentenaire latino-américain », Agone, 2/2015 (n° 57), p. 11-20.

URL : http://www.cairn.info/revue-agone-2015-2-page-11.htm


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