Agora débats/jeunesses 2009/1
Agora débats/jeunesses
2009/1 (N° 51)
132 pages
Editeur
Revue précédemment éditée par L'Harmattan

DOI 10.3917/agora.051.0029
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Vous consultezL’engagement bénévole des jeunes sportifs : crise ou mutation ?

AuteurJean-Michel Peter du même auteur

Docteur en sciences de l’éducation, enseignant PRAG/UFR STAPS Paris Descartes ; membre du CERLIS/université Paris Descartes, UMR 8070.
Thèmes de recherche : sociologie des sociétés du savoir et de l’autoformation ; organisations sportives, associationnisme, lien social ; sociologie des temps sociaux et sport.
A notamment publié
Peter J.-M., « Temps sociaux et autoformation : les implications dans l’intervention sportive et en éducation physique », in Dugas É. (coord.), Jeu, sport et éducation physique : les différentes formes sociales de pratiques physiques, Association francophone pour la recherche en APS, Montpellier, 2008, pp. 71-84.
Peter J.-M., coordination de l’interview de François de Singly, « EPS interroge un sociologue », Revue EPS, n˚ 333, septembre-octobre 2008, pp. 5-10.
Peter J.-M., « Convergence et spécificité de l’opinion des jeunes bénévoles », in Malet J. (dir.), La France bénévole, 5e édition, mars 2008, pp. 51-53, voir le site du Centre d’études et de recherches sur la philanthropie (www.cerphi.org).
Jean-michel.peter@parisdescartes.fr

On a parlé au cours des vingt dernières années du « boom associatif » auquel a participé de manière active le secteur sportif[1][1] Tchernonog, 2007. ...
suite
. De douze à treize millions de Françaises et de Français exercent aujourd’hui une activité bénévole. Le maintien du bénévolat et son développement constituent un enjeu considérable pour les associations elles-mêmes, mais plus profondément pour l’équilibre et le dynamisme de la société. Dans ce cadre général, les associations sportives ont pris une place importante dans notre société et plus particulièrement chez les jeunes dont elles contribuent pour une large part à la construction identitaire[2][2] Duret, 2008. ...
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.

2 Avec 12 500 créations supplémentaires d’associations sportives en 2006, cette dynamique a accru les tensions sur le « marché du bénévolat » palpables dans les enquêtes d’opinion auprès des dirigeants[3][3] Bazin, Malet, 2000. ...
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. C’est ainsi que nombre d’associations sont en manque de bénévoles, alors que d’autres assistent au vieillissement de leurs dirigeants. La relève sur des postes de responsabilité ne s’effectue que très difficilement. Peut-on parler de crise de recrutement des bénévoles chez les jeunes ?

3 Les jeunes ne sont pas pour autant absents de l’engagement bénévole et ont même été les principaux acteurs de la genèse de l’organisation du sport à la fin du xixe siècle.

4 La réalité de l’engagement bénévole des jeunes doit donc être analysée attentivement. Les renseignements sur les motivations de l’engagement en fonction de l’âge qui ressortent de la dernière enquête dirigée par le CERPHI[4][4] Centre d’étude et de recherche sur la philanthropie. ...
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sont instructifs à cet égard, et permettent de relever une spécificité de l’engagement bénévole des jeunes âgés de 18 à 25 ans annonciatrice de mutation dans la sociabilité associative[5][5] Peter, 2008. ...
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. L’idée selon laquelle les jeunes s’engageraient moins que leurs aînés serait à relativiser : ils se mobiliseraient au sein de groupes ponctuels plus difficiles à cerner par les statistiques et ils pourraient être à l’origine d’un nouveau type de « contrat associatif » liant l’individu et le libre engagement social[6][6] Sue, 2008. ...
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.

5 Il nous est apparu intéressant de retracer ici la sociogenèse de l’engagement des jeunes dans l’émergence du modèle associatif sportif, afin de nous interroger au regard de la transformation du bénévolat dans nos sociétés sur la place que pourraient prendre les jeunes aujourd’hui dans les mutations d’un nouveau type d’engagement associatif.

Genèse du modèle associatif sportif et place historique des jeunes

6 Georges Vigarello a bien observé comment, à la fin du xixe siècle, l’organisation du sport répond d’abord à une formule clairement individuelle : libre adhésion d’égaux à un club et monde de l’entre-soi, élection de mandataires, self-government, hiérarchie et sélection progressive des compétitions[7][7] Vigarello, 2000. ...
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. Des initiatives de jeunes lycéens constituent une autre originalité de la création des premiers clubs sportifs. On a affaire à un nouveau modèle de sociabilité qui sera amplifié par la loi 1901, c’est-à-dire la valorisation d’initiatives indépendantes fondée sur l’organisation démocratique du club. Cette loi a permis d’assurer le développement du sport en le faisant sortir du cadre scolaire et universitaire, et a permis de préciser le statut du bénévole et des dirigeants.

7 Comme le rappelle Tocqueville, en observant la société américaine à la fin du xixe siècle, le fait associatif traduit cette propension des personnes à se regrouper pour défendre leurs droits à pratiquer une activité de leur choix, diffuser des idées et des valeurs, et réaliser en commun un projet collectif. L’adhésion à un club sportif, la prise d’une licence pour participer aux compétitions, l’engagement dans des tâches bénévoles s’apparentent à autant de gestes contractuels formalistes et solennels. Cette notion de contrat associatif, explicite ou tacite, tend à délimiter une réciprocité, que chacun des contractants s’engage à respecter. Les associations sportives constituent un espace organisé qui se double d’un espace de liberté et d’initiative. Le modèle culturel et social qu’est le sport s’impose aux sportifs et aux acteurs bénévoles, comme les dirigeants acquis à cette cause, de même que la relation entre un engagement individuel émancipateur et une réponse adaptée au processus de désolidarisation sociétale[8][8] Callède, 2007. ...
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. L’« esprit sportif » évoque à la fois un idéal, une morale en acte et une disposition personnelle[9][9] Ibid, 1987. ...
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.

8 Cette vie associative sportive a permis à des dirigeants volontaires et autonomes de participer à l’action sociale en choisissant leurs modalités d’action et a eu une influence capitale dans la structuration du sport en France.

9 On peut considérer que le sport naît véritablement en France, avec un type d’organisation associatif et fédératif, avec des clubs regroupant démocratiquement les adhérents, relayés par des instances plus larges les réunissant pour gérer et garantir les compétitions. Pour Alain Ehrenberg, les dimensions sociales du sport se comprennent selon un imaginaire dans lequel individualisme et égalité s’accorderaient et seraient les vecteurs de l’idéologie démocratique actuelle[10][10] Ehrenberg, 2004. ...
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.

10 Ce dynamisme associatif ne s’est pas démenti de la fin du xixe siècle à aujourd’hui. Si l’on peut estimer en 1909 à 900 000 le nombre de personnes adhérant à des sociétés spécialisées, aujourd’hui on dénombre plus de 14 millions d’adhérents possesseurs d’une licence sportive[11][11] Stat-info, 2004. ...
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. L’expansion séculaire s’effectue de façon presque continue, avec un infléchissement dans les années 1980. Les premiers convertis sont majoritairement urbains, jeunes, issus des classes aisées. À mesure que les clubs se forment, les chances de connaître et d’apprécier les activités sportives et d’y accéder deviennent plus élevées.

11 La structure actuelle de l’organisation associative du sport français est le produit de l’histoire des relations sociales. Ainsi, la masculinité marquée dès son origine perdure encore aujourd’hui. Le secteur sportif a toujours été le plus fort utilisateur de bénévoles, les besoins ayant crû avec une demande de services grandissante émanant de la population, voire des pouvoirs publics. Les associations sportives avec 200 000 associations, et une croissance continue de 2 à 3 % par an, constituent un important vivier de bénévoles. Outre des présidents, des secrétaires et des trésoriers que l’on retrouve dans la quasi-totalité des associations, d’autres adhérents participent à la gestion et à l’organisation. Une enquête de la mission statistique du ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative menée en 2005 a estimé qu’il y avait un effectif moyen de 13 bénévoles par association sportive[12][12] Beretti, Calatayud, 2006. ...
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. On peut alors estimer à environ 3,6 millions les bénévoles sportifs, à comparer aux 12 millions de bénévoles tous secteurs confondus[13][13] Febvre, Muller, 2004. ...
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.

12 En ce qui concerne l’âge, le secteur sportif est celui où l’on trouve le plus grand nombre de présidents jeunes (32 % ont moins de 46 ans), au contraire des associations humanitaires où ils sont plus âgés (47 % ont plus de 65 ans[14][14] Halba, 2003. ...
suite
).

Les mutations du bénévolat dans le secteur sportif

13 Historiquement, la gestion et l’organisation du sport ont reposé essentiellement sur le modèle associatif et le bénévolat. Le bénévole sportif « historique », par son action désintéressée, a eu la charge, en partie encore aujourd’hui, de gérer les activités sportives, dont l’État, les collectivités locales et le secteur privé ne jugeaient pas opportun de prendre la totale tutelle. Cette vie associative sportive a permis à des dirigeants volontaires et autonomes de participer à l’action sociale en choisissant leurs modalités. Influence qui sera remise en question dans les années 1980, avec l’émergence de professionnels de plus en plus nombreux dans le système sportif et le réaménagement de la place des uns et des autres.

14 Aujourd’hui, le modèle associatif de la pratique sportive est concerné directement par le processus de professionnalisation et de marchandisation des services produits[15][15] Chantelat, 2001. ...
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. Le bénévole est pris en tenaille entre les exigences d’une société fondée sur le profit et l’efficacité, et l’idéal de l’engagement fondé sur l’altruisme et la gratuité. En outre, le désengagement de l’État de plus en plus constaté sur le terrain, la création d’emplois salariés aidés, des charges plus lourdes pour les associations en termes juridique et de gestion rendent délicates les tâches de responsabilité des dirigeants bénévoles.

15 Dans les petites associations, les bénévoles supportent mieux de pouvoir travailler sans contraintes organisationnelles. Pour les associations plus importantes, la cohabitation est plus difficile avec les salariés et les partenaires institutionnels. Le système d’échange est complexe entre activité salariée et activité sans échange marchand, car le sport est devenu un secteur économique à part entière[16][16] Halba, 1997. ...
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. Avant 1914, le sport était essentiellement financé par ses pratiquants. Aujourd’hui, le système sportif génère 2 % de la création de la richesse en France[17][17] Andreff, Nys, 1997. ...
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. Le budget cumulé des associations sportives en 2003 représente environ 6,2 milliards d’euros, soit un quart de la dépense nationale sportive, avec un budget moyen par association de 31 300 euros, environ 85 % d’entre elles reçoivent des financements publics, 31 % emploient au moins un salarié[18][18] Beretti, Calatayud, 2006. ...
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.

16 L’enjeu ne se réduit pas à la seule question de l’exercice du pouvoir entre dirigeants élus et cadres salariés ou entre bénévoles et agents rémunérés, comme a pu le montrer Gildas Loirand en parlant de crise ou d’ambiguïtés[19][19] Loirand, 2001. ...
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. L’enjeu est global et exige de porter une attention particulière à la reconfiguration des liens sociaux et de la sociabilité sportive à dominante associative. Cette reconfiguration s’opère sous l’influence de nouvelles politiques publiques, voire de bureaucratisation, et de formes émergentes de marchandisation de services sportifs. D’une autoadministration par les pratiquants eux-mêmes à la naissance de l’institution sportive, l’organisation actuelle, avec un système de redistribution de tâches plus complexe, transforme peu à peu les relations contractuelles entre le club, animé par un grand nombre de bénévoles, et des structures proches des logiques managériales et marchandes[20][20] Gasparini, 2000. ...
suite
. Aujourd’hui, la diversité des offres sportives et leur concurrence, l’intervention croissante des professionnels rémunérés, les problématiques juridiques, fiscales, économiques et financières posent de manière nouvelle la problématique de l’engagement bénévole, notamment chez les plus jeunes.

17 Déjà, il y a une vingtaine d’années, des chercheurs engagés sur des recherches sur le bénévolat sportif notaient des transformations liées au développement du temps libre, à l’importance grandissante du poids économique dans la sphère sportive et à l’augmentation de l’emploi salarié dans ces associations[21][21] Chazeaud, 1980 ; Malet, 1982 ; Malenfant, 1983. ...
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. De ces constats des années 1980, deux types d’analyse pouvaient être formulés : soit on parlait d’une crise réelle de l’engagement bénévole avec une emprise grandissante des professionnels du sport[22][22] Loirand, 1995. ...
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, soit on préférait insister sur les transformations possibles d’un nouveau type de bénévolat nécessitant plus d’attention en termes de formation et de compétences nécessaires pour faciliter un engagement durable[23][23] Lambin, 1981. ...
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.

18 Aujourd’hui la mutation de l’organisation sportive est caractérisée par cette double dynamique, celle de la crise de l’ancien bénévolat fondé sur le dévouement, et celle de la naissance d’un nouveau bénévolat encore mal analysé. Le malaise du monde sportif, celui des dirigeants et des bénévoles, s’exprime par des inquiétudes bien mises en exergue par les dernières enquêtes menées par différentes institutions comme Recherches et solidarité ou France bénévolat. Les associations sportives recherchent de plus en plus non seulement des bénévoles désirant donner de leur temps, mais aussi des hommes et des femmes ayant des compétences techniques voire quasi professionnelles. Dans tous les secteurs, le montage de projets avec recherche de financements correspondants est le domaine de compétence le plus demandé. Un bon savoir-faire en matière de communication avec les technologies informatiques est fortement attendu, ainsi qu’une demande en matière de gestion et de comptabilité. Concernant Internet, les associations sont très conscientes de l’intérêt de communiquer par ce vecteur, et, sans moyens financiers importants, recherchent des compétences bénévoles. La recherche de cette compétence est plus ou moins marquée selon la taille de l’association. On peut remarquer aussi que le besoin de financement lié au fonctionnement est notable dans les grandes associations, et qu’il devient indispensable de se doter de capacités comptables et juridiques pour rechercher les budgets nécessaires pour mener à bien les projets.

19 D’où des appels pressants des dirigeants associatifs en faveur de la formation pour faciliter le recrutement et une meilleure reconnaissance des bénévoles.

Les opportunités d’engagement pour les jeunes dans le secteur sportif

20 L’opinion des jeunes bénévoles sur leur motivation à s’engager est intéressante à observer, car elle permet de mieux comprendre les mutations à l’œuvre aujourd’hui. (Voir tableau 1.)

Tableau 1 - Quelles étaient vos motivations à ce moment-là ?


Données CERPHI 2008 : enquête BOB, 2007.

21 Contre l’idée reçue que les jeunes se désintéresseraient de l’engagement bénévole et des valeurs fondatrices de l’associationnisme plus que leurs aînés, on peut constater qu’il existe un tronc commun que l’on retrouve dans toutes les tranches d’âge. Quel que soit l’âge, on s’engage d’abord « pour soi », par « besoin de reconnaissance » et pour donner un sens à sa vie ; puis « pour les autres ». L’altruisme se conjugue avec le désir de reconnaissance ; et enfin « avec les autres », pour être dans le lien social et s’insérer dans une sociabilité. Selon l’enquête d’opinion du CERPHI réalisée à partir de plus de 7 000 réponses obtenues sur un questionnaire en ligne, les jeunes bénévoles mettent davantage en avant les gratifications personnelles qu’ils retirent de leur engagement que les responsables plus âgés. Les sentiments d’« épanouissement personnel », d’« acquérir des compétences » dans des « tâches de responsabilité » sont le plus souvent évoqués. Incontestablement, les plus jeunes trouvent dans les lieux associatifs des opportunités pour développer des compétences et des responsabilités, plus difficiles à acquérir et à exercer ailleurs. On peut faire l’hypothèse que l’engagement des plus jeunes peut être compris comme un moyen de s’insérer professionnellement et économiquement, mais aussi d’affirmer une trajectoire personnelle identitaire individualisée, fondée sur l’épanouissement.

22 Ils bénéficient d’une expérience que l’action bénévole peut leur donner, mais en même temps ils sont souvent en recherche d’un véritable emploi ou d’une véritable expérience professionnelle. Les jeunes ont tendance à s’investir dans les associations pour se doter d’un premier bagage professionnel, en sachant que ce type d’expérience est de plus en plus valorisé sur le marché du travail. L’engagement associatif s’avère être un substitut à l’activité professionnelle, ainsi qu’une façon de rester dans le tissu social actif. Le bénévolat des jeunes se présente comme une porte d’entrée dans la vie professionnelle pour ceux qui ont besoin de faire la preuve sur le terrain qu’ils ont acquis des compétences, voire d’acquérir un capital humain adapté à une société du savoir en développement. Tant que la société et les associations n’abusent pas de cette offre gratuite et consentent à donner une formation pratique et un encadrement utile en échange de cette main-d’œuvre, l’échange est loyal.

23 Le statut social du bénévole peut être valorisé, précise Pierre Chazeaud, par l’image d’un citoyen dévoué et utile, disponible, désintéressé et responsable[24][24] Chazeaud, 1978. ...
suite
. Mais la réalité du bénévolat ne se limite pas à ces seuls aspects. Une enquête récente menée par l’INSEE a montré que, s’il est très difficile de connaître les véritables motivations des bénévoles, qui mériteraient des analyses psychologiques et psychosociologiques approfondies, la volonté de pratiquer un sport va assez souvent de pair avec la recherche d’épanouissement, un souci relationnel et l’acquisition de compétences[25][25] Prouteau, Wolff, 2005 ; Peter, 2008. ...
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. Le premier motif exprime un intérêt porté à soi-même, à la construction de soi et à son bien-être, le deuxième étant davantage tourné vers autrui et l’espace public. Le motif d’investissement en capital humain n’est pas absent chez les jeunes. Ce motif d’investissement de type « utilitariste », que l’on peut retrouver dans la notion de capital humain ou de « production de soi », est difficile à tester, et mériterait de plus amples investigations.

24 La participation à la vie associative des jeunes bénévoles repose de plus en plus sur la recherche d’une satisfaction personnelle de type hédoniste, pouvant s’allier à une utilité sociale. Ne peut-on pas y voir la montée d’une nouvelle forme de citoyenneté, remplaçant peu à peu une citoyenneté traditionnelle qui était tournée vers le devoir, le sacrifice et le militantisme[26][26] Havard-Duclos, Nicourd, 2005. ...
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? On peut envisager le futur sous la forme d’un néobénévolat, ni dame patronnesse, ni militant engagé dans une cause, mais un citoyen actif et « professionnel », fondé sur des solidarités nouvelles et la construction de soi par l’acquisition de compétences multiples. Ce néobénévolat est une création culturelle coextensive de la montée de l’individu et du déclin des liens communautaires anciens. Ce processus s’accompagne de sociabilités nouvelles que le sociologue est invité à déchiffrer par des études complémentaires sur les nouvelles formes d’individualisation des parcours de vie[27][27] Singly, 2003 ; Sue, 2003. Axes de recherche que nous...
suite
.

Être un jeune bénévole aujourd’hui, quels « intérêts » ?

25 Ne peut-on pas alors aller plus loin dans l’observation de ces nouveaux parcours inédits des jeunes bénévoles sportifs ?

26 Si la société progresse de plus en plus par la valorisation économique et sociale des compétences et du capital humain, on doit aussi poser la question des lieux de production de ces compétences tant recherchées. Hors institutions éducatives, chaque individu aspire au développement et à l’expression de ses potentialités et talents propres. Les associations sont le plus souvent des espaces possibles de créativité où les gens se retrouvent, gratuitement, pour faire valoir ces qualités, tout en créant des activités pour eux-mêmes ou d’autres. Les associations sont un lieu d’expression, de manifestation des potentialités de chacun dans un cadre commun. Une société sans gratuité, sans créativité libre de citoyens autoorganisés, est une société dans laquelle le lien social se délite, les rapports se durcissent. D’où l’importance de l’engagement volontaire, gratuit et bénévole dans le cadre d’un projet commun dégagé de tout objectif mercantile. L’engagement bénévole reste une dimension cachée mais importante de notre société car il articule l’individuel et le collectif, l’action personnelle et l’action organisée, le travail et le loisir, le militant et le citoyen[28][28] Fonda, 2009. ...
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.

27 À l’évidence, il y a aujourd’hui des aspirations nouvelles qui peuvent favoriser la pratique du bénévolat, notamment autour de la notion de projet personnel. Ce qui implique de nouvelles approches du bénévolat et la prise en compte de la diversité des profils et des histoires de vie de ceux qui s’engagent. Mais, surtout, ce type d’engagement reste encore à analyser plus finement dans ses conséquences, avantages, difficultés et inconvénients pour l’individu. Tel est le sens de notre projet de recherche en cours de traitement fondé sur une quarantaine d’analyses qualitatives de parcours de bénévoles.

28 Nous ferons l’hypothèse que les jeunes bénévoles de 18-25 ans cherchent plus volontiers à acquérir des compétences variées, notamment des compétences dites transversales, plus riches que celles qu’ils acquièrent dans leur emploi, pendant leur temps de formation professionnelle et formelle, comme avoir confiance en soi, savoir gérer ses émotions, se fixer des objectifs, savoir communiquer et prendre des décisions, etc. Ils fonctionnent en réseaux, ce qui n’est pas sans lien avec leur engouement pour Internet, dont le fonctionnement est proche de celui du modèle associatif. Enfin, ils privilégient le plus souvent les structures informelles, en partie par refus des formes traditionnelles d’organisation et de militance politique. Ainsi, une part importante de ces engagements polymorphes échappe aux enquêtes uniquement focalisées sur les associations existantes. Ce type d’engagement qui reste encore à analyser plus finement est en définitive très proche de l’esprit associatif fondé sur la liberté et l’initiative.

29 L’individu de la seconde modernité « veut être reconnu pour les revendications identitaires qu’il fait siennes » et résoudre la difficile équation de devenir « soi-même » tout en maintenant un lien social par le « don de soi »… « Narcisse ne peut donc pas se réaliser s’il vit comme Robinson[29][29] Singly, 2003. ...
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. » Surtout, on devrait accorder une importance toute particulière à l’étude des « réinvestissements » des activités de bénévolat dans les différentes sphères de l’existence : la vie privée, familiale, amicale, professionnelle mais aussi les loisirs et l’action civique au sens le plus général. Au total, il s’agit de renseigner les réponses à « ce que le bénévolat fait à l’individu ».

30 Mais nous avons aussi conscience que l’engagement bénévole est soumis à des contraintes qui peuvent apparaître comme autant de freins. Un investissement temporel jugé important par rapport à d’autres activités, la non-satisfaction d’aspirations personnelles comme la formation et l’expression de soi, la qualité de l’insertion sociale sont autant de dimensions à prendre en compte dans les observations de parcours de bénévoles[30][30] Ferrand-Bechmann, 2000. ...
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. Les moins de 25 ans avancent souvent le problème du temps libre comme un handicap majeur à leur participation[31][31] Fourel, Loisel, 1999. ...
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. Enfin, la montée en puissance des salariés au sein des associations, une professionnalisation et une spécialisation accrues exigées des bénévoles peuvent être ressenties comme des obstacles à l’engagement ou à sa poursuite.

Conclusion : statut du bénévole et sociétés hypermodernes

31 Si l’on supprimait les milliers de bénévoles dans le domaine sportif, l’activité des clubs ne s’arrêterait sans doute pas. Mais nul doute que si l’on abandonnait cet héritage historique fondé sur la liberté du lien d’association, ce serait dommageable pour la vie démocratique[32][32] Sue, 2003. ...
suite
. Le risque majeur, parmi les dérives constatées dans un cri d’alarme par les dirigeants associatifs, serait d’abuser de l’action des bénévoles en leur ajoutant sans cesse de nouvelles tâches ou en les sollicitant de plus en plus et de perdre cette précieuse offre gratuite que nul ne pourrait remplacer[33][33] Hely, 2009. ...
suite
. Le monde associatif semble en crise dans une société où les hommes veulent être des hommes de solidarité et non pas seulement de compétition et de concurrence. Il est la marque indélébile du lien social libre. Il est certes paradoxal par rapport au monde du travail dont il conserve des valeurs. Il est proche du loisir, et du développement individuel cher à Joffre Dumazedier[34][34] Dumazedier, 1986. ...
suite
. Il est cohérent avec le retour au niveau local et aux solidarités de réseaux. Il est cohérent comme réponse aux multiples besoins créés par la société actuelle qui doit réparer, adapter, insérer. La participation à la vie associative repose de plus en plus sur la recherche d’une satisfaction personnelle de type hédoniste, pouvant parfois s’allier à une utilité sociale.

32 On peut envisager le futur sous la forme d’un néobénévolat fondé sur des solidarités nouvelles et la construction de soi par l’acquisition de compétences multiples. Le travail n’est plus la mesure de toutes choses, et le bénévolat peut trouver une place comme occupation ou activité. La vie est plus longue, comme les périodes de non-travail, ce qui laisse du temps pour être bénévole. Dans un monde de communications à distance et de relations virtuelles, le bénévolat peut apporter une autre proximité fraternelle. Mais il faut aussi un travail d’éducation des générations futures pour les aider à construire ce nouveau type d’engagement, entre individualisme et lien social. L’engagement associatif peut être une réponse démocratique pour proposer des modes alternatifs au délitement social alimenté par la seule logique libérale du marché. À ce sujet, Roger Sue est optimiste quant au développement associatif. L’élévation générale du développement culturel et de l’information, le développement d’une économie des services et du capital humain, la mobilité sont autant de facteurs qui vont continuer de peser très fortement en faveur de la diffusion du lien associatif. Le sentiment d’une crise du bénévolat n’est en fait qu’une transformation sociale à l’œuvre dont nous avons tracé ici quelques tendances générales à l’aide d’observations d’enquêtes statistiques. Le bénévolat contribue au déploiement de la sociabilité sportive. Il est une création culturelle coextensive de la montée de l’individu et du déclin des liens communautaires anciens. Ce processus s’accompagne de sociabilités nouvelles que le sociologue est invité à déchiffrer et où les réponses apportées par les jeunes bénévoles sportifs peuvent être source d’intérêt[35][35] Sue, 2006. ...
suite
. À l’image des premiers lycéens parisiens qui fondèrent les premières sociétés athlétiques à la fin du xixe siècle, les jeunes bénévoles sportifs d’aujourd’hui sont peut-être en train de réinventer les formes d’associations de demain.

Bibliographie

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Vigarello G., Passion sport : histoire d’une culture, Textuel, coll. « Passion », Paris, 2000.

 

Notes

[1] Tchernonog, 2007. Retour

[2] Duret, 2008. Retour

[3] Bazin, Malet, 2000. Retour

[4] Centre d’étude et de recherche sur la philanthropie. Retour

[5] Peter, 2008. Retour

[6] Sue, 2008. Retour

[7] Vigarello, 2000. Retour

[8] Callède, 2007. Retour

[9] Ibid, 1987. Retour

[10] Ehrenberg, 2004. Retour

[11] Stat-info, 2004. Retour

[12] Beretti, Calatayud, 2006. Retour

[13] Febvre, Muller, 2004. Retour

[14] Halba, 2003. Retour

[15] Chantelat, 2001. Retour

[16] Halba, 1997. Retour

[17] Andreff, Nys, 1997. Retour

[18] Beretti, Calatayud, 2006. Retour

[19] Loirand, 2001. Retour

[20] Gasparini, 2000. Retour

[21] Chazeaud, 1980 ; Malet, 1982 ; Malenfant, 1983. Retour

[22] Loirand, 1995. Retour

[23] Lambin, 1981. Retour

[24] Chazeaud, 1978. Retour

[25] Prouteau, Wolff, 2005 ; Peter, 2008. Retour

[26] Havard-Duclos, Nicourd, 2005. Retour

[27] Singly, 2003 ; Sue, 2003. Axes de recherche que nous développons aujourd’hui au sein du CERLIS à l’université René-Descartes, laboratoire de recherche dirigé par François de Singly autour de thématiques sur le lien social en contrat avec le CNRS. Dans ce laboratoire, une équipe de recherche dirigée par Roger Sue s’intéresse au « Lien d’association et d’éducation populaire » (http://moodle.univ-paris5.fr, puis rubrique « Sciences humaines et sociales », « CERLIS » et « Séminaire Roger Sue »). Retour

[28] Fonda, 2009. Retour

[29] Singly, 2003. Retour

[30] Ferrand-Bechmann, 2000. Retour

[31] Fourel, Loisel, 1999. Retour

[32] Sue, 2003. Retour

[33] Hely, 2009. Retour

[34] Dumazedier, 1986. Retour

[35] Sue, 2006.Retour

Résumé

Aux dires de certains dirigeants, il serait de plus en plus difficile d’attirer des jeunes bénévoles au sein des clubs sportifs. Comment peut-on justifier ce sentiment de crise ? Une piste explorée par l’équipe du CERLIS de l’université Paris-Descartes est le constat du déclin historique d’un certain type d’engagement bénévole « militant » au profit d’engagements où les intérêts personnels et sociaux ne sont plus dans le même rapport. À l’image des premiers lycéens parisiens qui fondèrent les premières sociétés athlétiques à la fin du xixe siècle, les jeunes bénévoles sportifs d’aujourd’hui sont peut-être en train de réinventer les formes d’association de demain.



The voluntary commitment of young athletes : crisis or mutation ?
According to some leaders, it seems that it is getting more and more difficult to convince young people to commit as volunteers in sports clubs. How can this feeling of crisis be explained? The team from CERLIS at Paris-Descartes University have noticed the historical decline of a certain type of “militant” voluntary commitment in favour of a type of involvement in which the proportion of social and personal motivations has changed. It may be that today’s young voluntary athletes are reinventing tomorrow’s forms of associations in the same way that the first Parisian lycee students founded the first athletic clubs at the end of the 19th century.


Zusammenfassung
Laut einiger Leiter wird es immer schwieriger, ehrenamtlich tätige junge Leute innerhalb von Sportvereinen zu gewinnen. Wie kann man dieses Krisengefühl rechtfertigen ? Eine Spur, die vom Cerlis Team der Universität Paris-Descartes untersucht wird, liegt in der Feststellung des historischen Rückgangs einer bestimmten Art des « militanten » ehrenamtlichen Engagements zugunsten eines Engagements, wo die persönlichen und sozialen Interessen nicht im gleichen Verhältnis stehen. Nach dem Vorbild der ersten Pariser Gymnasien, die die ersten Athletikgesellschaften Ende des XIX Jahrhunderts gründeten, sind die heutigen jungen Sport Freiwilligen vielleicht dabei, die Vereinsarten von morgen neu zu erfinden.


Resumen
Al decir de algunos dirigentes, sería cada vez más difícil atraer unos jóvenes benévolos en el seno de los clubs deportivos. ¿Cómo puede justificarse este sentimiento de crisis? Una pista explorada por el equipo del Cerlis de la universidad Paris-Descartes es el atestado del declive histórico de un cierto tipo de compromiso benévolo “militante” a favor de compromiso donde los intereses personales y sociales ya no están en la misma relación. A imagen de los primeros alumnos parisinos de institutos que fundaron las primeras sociedades atléticas a finales del siglo XIX, los jóvenes benévolos deportistas de hoy tal vez estén reinventando las formas de asociación del mañana.

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Jean-Michel Peter « L'engagement bénévole des jeunes sportifs : crise ou mutation ? », Agora débats/jeunesses 1/2009 (N° 51), p. 29-42.
URL :
www.cairn.info/revue-agora-debats-jeunesses-2009-1-page-29.htm.
DOI : 10.3917/agora.051.0029.