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Agora débats/jeunesses

2016/4 (N° Hors série)


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Introduction

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Le taux d’équipement des ménages en appareils électroniques munis d’écrans et offrant un accès à Internet a quasiment doublé ces dix dernières années en France [1][1] INSEE, 2014 : www.insee.fr/fr/themes/document.asp?.... Ces supports, pour la plupart nomades, sont devenus omniprésents dans le quotidien des individus, et plus particulièrement des adolescents. Si 23 % des adolescents âgés de 16 ans déclaraient surfer quotidiennement sur Internet en 1999, ils étaient 71 % dans ce cas en 2011 (Le Nezet, Spilka, 2014). Au-delà du temps que les adolescents peuvent consacrer aux « écrans », c’est peut-être avant tout la possibilité que leur offrent ces supports de se confronter à une « infinité » de contenus (images ou sons) qui « ferait peur » aux adultes, pour reprendre le titre d’un rapport d’étude d’Élodie Kredens et Barbara Fontar (2010). Qu’il s’agisse de la télévision, des jeux vidéo ou d’Internet, de nombreux travaux ont questionné ces idées reçues, mais aussi les difficultés rencontrées par les adolescents dans leurs pratiques des écrans. Xavier Molénat (2003), par exemple, s’est interrogé sur l’impact de l’exposition à des images violentes et sur son lien éventuel avec des comportements agressifs. D’autres chercheurs se sont intéressés à l’association entre télévision et réussite scolaire (Caille, de Montfort, 1999). Dans une perspective épidémiologique, nombre d’auteurs se sont penchés sur les liens entre l’augmentation du temps passé devant les écrans (notamment la télévision) et les déterminants de la santé tels que le surpoids ou l’activité physique (Iannotti et al., 2009) ou sur le lien avec l’expérimentation et la consommation de substances psychoactives (Kowalewska, Mazur, 2012 ; Gommans et al., 2015 ; Gutschoven, Van den Bulck, 2004). Selon d’autres travaux enfin, l’allongement du temps passé devant les écrans entraînerait une réduction du temps de sommeil, indispensable à la santé des adolescents (Léger et al., 2012).

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Dans le prolongement de ces recherches, notre étude s’attachera plus particulièrement à quantifier les modes d’utilisation des écrans. Elle visera ensuite à identifier certaines associations entre l’usage intensif d’écrans et des variables sociodémographiques comme le sexe [2][2] Cette perspective s’inscrit dans la lignée de nombreux..., l’âge, le milieu social, ainsi que le redoublement, les brimades infligées, les relations entretenues avec la famille et certaines formes de sociabilité comme les rencontres avec les pairs le soir.

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Mesurer le temps passé devant ces appareils (dans le cas de la télévision) ou celui consacré à leur utilisation (dans le cas de la console, de la tablette, de l’ordinateur et du smartphone) est une première étape nécessaire pour appréhender leur place dans le quotidien des plus jeunes. Plusieurs études se sont déjà efforcées d’évaluer la durée moyenne que des personnes peuvent consacrer aux diverses activités liées aux écrans : le département des études de la prospective et des statistiques (DEPS) du ministère de la culture situe le temps global consacré aux écrans autour de 31 heures par semaine en population adulte (Donnat, 2009). L’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), à travers une première enquête conduite en région parisienne chez des adolescents scolarisés de 15 ans et plus (PELLEAS [3][3] Programme d’étude sur les liens et l’impact des écrans...), a révélé des durées pouvant aller jusqu’à 5 ou 6 heures par jour chez certains élèves (Obradovic et al., 2014).

Méthode

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L’enquête Health Behaviour in School-aged Children (HBSC), si elle permet une mesure du temps passé devant un écran, offre également une opportunité inédite de décrire certains des facteurs associés aux différentes durées consacrées aux écrans chez les collégiens dans un échantillon nationalement représentatif. Elle a, dans son édition 2014, intégré un nouveau module permettant d’étudier la question de la durée passée devant les appareils munis d’écran comprenant trois questions : 1- « Combien d’heures par jour regardes-tu habituellement la télévision, des vidéos (y compris YouTube et des services comparables) ? » 2- « Combien d’heures par jour environ, pendant ton temps libre, joues-tu habituellement à des jeux sur un ordinateur, sur une console, sur une tablette ou sur un smartphone ? » 3- « Combien d’heures par jour environ, pendant ton temps libre, utilises-tu habituellement des appareils électroniques tels que ordinateur, tablette, ou smartphone pour faire d’autres choses, par exemple, faire tes devoirs, envoyer des mails, aller sur Facebook, tchatter, surfer sur Internet ? » À travers ces usages des écrans, plusieurs activités ou pratiques peuvent être clairement distinguées, chacune avec ses caractéristiques propres : tout d’abord, la télévision qui se regarde de manière complètement passive pour l’essentiel du temps ; ensuite, l’activité « jeux vidéo » qui, en fonction du type de jeu, réclame de la part de l’adolescent un investissement plus ou moins important tant sur un plan cognitif que psychomoteur ; enfin, la pratique d’Internet, qui permet à la fois de communiquer, de faire ses devoirs, de regarder des vidéos, d’écouter de la musique, etc., et qui mobilise ou réclame une indiscutable interactivité. Les réponses aux questions étaient différenciées selon les jours de semaine (lundi à vendredi) et de weekend (samedi et dimanche) et permettaient de renseigner une durée d’usage allant de 0 à 7 heures par jour. Dans le cadre de ce travail, le choix a été fait de considérer séparément les trois types d’écrans. La durée moyenne hebdomadaire a été calculée puis utilisée pour effectuer le calcul du temps quotidien moyen passé devant les différents types d’écran. En proposer une somme n’aurait pas beaucoup de sens puisque les questions posées ne permettent pas d’apprécier les usages concomitants d’écrans, pourtant fréquents.

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De nombreux chercheurs se sont interrogés par ailleurs sur l’existence d’un « seuil » à partir duquel la pratique (en termes de durée) serait susceptible d’engendrer des difficultés, notamment pour la santé. Ainsi, la Société américaine de pédiatrie a répondu à cette préoccupation pour le temps passé devant la télévision en définissant un seuil de 2 heures par jour (AAP, CPE, 2001), au-delà duquel cette pratique peut être associée à un risque d’obésité. Ce seuil, défini il y a maintenant quinze ans, a depuis été généralisé pour différents types d’écrans (Marshall et al., 2006), et reste à ce jour la référence. Il sera mobilisé ici afin de faciliter la comparaison avec les travaux internationaux. Il n’en demeure pas moins que les résultats obtenus interrogent la pertinence de ce seuil, au regard notamment des durées déclarées par les élèves et de la multiplication des modalités d’usage actuelles.

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La relation entre ces usages et la situation socio-économique a déjà été analysée (Tandon et al., 2012). Elle sera abordée ici à l’aide du Family Affluence Scale (FAS), échelle permettant d’appréhender le capital socio-économique du ménage du répondant en opérant une distinction entre trois catégories : ménages modestes, moyens et aisés (Currie et al., 2008). De même, les relations entretenues avec les membres de la famille influent sur le développement de l’adolescent. Le soutien des parents sera étudié à travers l’aide et l’affection apportées à l’adolescent, la capacité d’échange sur les problèmes et les difficultés de l’adolescent, ou encore l’aide dans la prise de décision.

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Aux États-Unis, Iman Sharif et James Sargent (2006) ont établi un lien entre le temps passé devant la télévision et les performances scolaires. Le redoublement apparaît comme un indicateur permettant de mesurer les difficultés cumulées à l’école, souvent consécutives à des performances académiques faibles au cours de l’année. C’est pourquoi il a été retenu pour rendre compte du parcours académique de l’adolescent. Les durées passées devant les écrans par les collégiens qui ont redoublé au cours de leur parcours scolaire seront comparées à celles des collégiens n’ayant jamais redoublé au sein de l’échantillon national.

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Enfin, Ian Janssen et ses collègues ont montré une association entre les brimades (deux ou trois fois par mois) et un temps prolongé d’utilisation des jeux vidéo chez les jeunes Canadiens âgés de 10 à 16 ans à partir des résultats de l’enquête HBSC de 2011 (Janssen et al., 2012). L’exercice 2014 constitue une occasion de réinterroger ces associations dans le cadre français. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) définit la violence comme une série d’actes allant du harcèlement aux violences physiques, violences sexuelles et jusqu’à l’homicide ; l’enquête HBSC quant à elle l’aborde principalement sous l’angle des brimades [4][4] Les brimades sont définies dans le questionnaire par... (Olweus, 1993).

Collégiens et collégiennes de milieux différents face aux écrans

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D’après les résultats de l’enquête PELLEAS, en 2014, les adolescents parisiens, issus de ménages aux profils sociaux plutôt favorisés, avaient accès en moyenne à onze écrans, en cumulant l’ensemble des appareils électroniques en possession de leur famille (Obradovic et al., 2014). Les écrans sont donc omniprésents dans la vie des jeunes. Les résultats de l’enquête HBSC montrent en effet des durées cumulées passées devant les différents types d’écrans pris en compte allant jusqu’à 5,8 heures en moyenne par jour à 11 ans et 8,5 heures à 15 ans. Les usages diffèrent selon les centres d’intérêt et le sexe des répondants (voir figure 1). La pratique opposant le plus nettement les filles et les garçons concerne les consoles de jeu, particulièrement prisées par ces derniers qui déclarent y jouer chaque jour en moyenne une heure de plus que les filles. Dans les deux cas, après une légère augmentation entre l’âge de 11 et 13 ans, le nombre d’heures passées à jouer sur une console baisse au profit des autres pratiques d’écran.

Figure 1 - Moyennes quotidiennes des heures passées devant différents types d’écrans selon l’âgeFigure 1

Lecture : les garçons à 11 ans passent en moyenne 2,5 heures devant la télévision, 2,4 heures sur la console et 1,6 heure devant les autres écrans chaque jour.

Source : enquête HBSC 2014.
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À l’inverse, l’utilisation d’un écran d’ordinateur pour faire des devoirs, envoyer des mails, communiquer sur des réseaux sociaux et surfer sur Internet progresse fortement avec l’âge, passant de 1,6 heure par jour chez les 11 ans en moyenne à 3,3 heures par jour chez les élèves de 15 ans. Cet accroissement est moins marqué chez les garçons (+ 1,4 heure) que chez les filles (+ 2 heures), lesquelles ont un usage supérieur à celui des garçons dès 12 ans. Le temps passé devant la télévision, quant à lui, ne se différencie que très peu en fonction du sexe. Il augmente progressivement entre 11 et 13 ans (14 ans chez les garçons) puis plafonne autour de 3 heures par jour.

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Les collégiens appartenant à des foyers aux conditions socio-économiques modestes sont plus nombreux à regarder la télévision au-delà de 4 heures par jour, mais sont moins souvent utilisateurs d’ordinateurs pour communiquer ou faire leurs devoirs que les enfants des familles « aisées ». Ce résultat illustre l’importance de la place occupée par la télévision dans les classes « modestes » et s’expliquerait par un accès moins important ou moins facile à des activités ou des loisirs alternatifs (cinéma, sport, pratiques artistiques, etc.) et par un contrôle parental moins strict que dans les familles des classes « aisées » (Tandon et al., 2012). Par ailleurs, Dina L. G. Borzekowski et Thomas N. Robinson (2005) ont montré que les difficultés scolaires sont d’autant plus importantes que les jeunes disposent d’un accès non contrôlé à certains programmes télévisés, en particulier lorsque l’écran est directement installé dans la chambre de l’adolescent.

Tableau 1 - Durées moyennes par jour passées sur un écran selon différentes caractéristiques sociodémographiques et activités parmi les collégiens (en %)Tableau 1

Lecture : 37,3 % des adolescentes déclarent passer moins de 2 heures par jour devant la télévision. Ils sont 32,9 % chez les garçons. * Indique qu’il y a significativement plus de filles (37,3 %) que de garçons (32,9 %) à passer moins de 2 heures devant la télévision (test de Chi2 corrigé par la méthode de Rao-Scott prenant en compte la structure d’échantillonnage significatif au seuil 0,05). Cas particulier de la FAS : ici le test de Rao-Scott compare la proportion des collégiens appartenant à un type de foyer relativement aux deux autres types de foyer.

Source: enquête HBSC 2014.

Conditions de vie et associations négatives avec l’utilisation des écrans

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La notion de difficulté scolaire intègre de nombreuses dimensions (retard scolaire, absentéisme, résultats insuffisants…). Dans notre pays, le redoublement apparaît comme un indicateur synthétique à même d’appréhender cette problématique. Cette étude montre que les redoublants sont plus nombreux à passer plus de 4 heures par jour devant la télévision, à jouer sur une console ou à utiliser un ordinateur. Ce temps consacré aux écrans pour le divertissement et le loisir est susceptible de réduire substantiellement celui consacré à l’apprentissage scolaire et par ce mécanisme d’engendrer des difficultés scolaires pouvant dans certains cas déboucher sur du redoublement.

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L’augmentation de la durée passée devant un écran se révèle aussi associée à un risque accru de brimades infligées aux pairs, quel que soit le type d’écran considéré. Ainsi, 34,6 % des auteurs de brimades déclarent avoir passé plus de 4 heures par jour devant la télévision et 27,1 % devant une console, alors que ces taux sont respectivement de 25,4 % et 18,7 % chez les élèves n’ayant pas brimé leurs pairs. En outre, les collégiens n’ayant pas déclaré infliger de brimades à leurs pairs sont plus nombreux à passer moins de 2 heures quotidiennes devant les trois différents types d’écrans. Si certains auteurs soutiennent que les contenus faisant l’apologie de la violence sont susceptibles d’induire des comportements violents (Janssen et al., 2012), nos données transversales malgré les liens statistiques observés ne permettent pas toutefois d’établir de causalité entre temps passé devant un écran et violence, d’autant plus que les contenus consultés demeurent inconnus.

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Au cours de l’adolescence, le cadre, le soutien familial tout comme les relations avec les parents constituent des éléments importants. Ceux qui estiment avoir de l’aide et de l’affection de la part de leur famille sont plus nombreux à déclarer une durée inférieure à 2 heures devant chacun des écrans étudiés. Ces résultats sont identiques pour les collégiens déclarant pouvoir parler de leurs problèmes ou difficultés avec leur famille ou qui se sentent accompagnés par celle-ci dans leurs prises de décision. Ces associations soulignent l’importance chez les collégiens de l’environnement familial dans l’exposition aux écrans. En résumé, les répondants comptant sur un support familial fort déclarent généralement un temps-écran moins important que ceux qui ne bénéficient pas du même soutien.

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Au-delà du cadre familial, l’omniprésence des écrans au quotidien a un impact sur la sociabilité des adolescents. En effet, le temps consacré aux écrans croît aussi en fonction des occasions de rencontres tardives, une pratique encore rare au collège puisque seuls 17 % des collégiens disent passer du temps avec leurs amis le soir après 20 h. Ce gradient est visible quel que soit le type d’écran considéré, le différentiel le plus marqué concernant la fréquentation des réseaux sociaux : 39,5 % des élèves déclarant consacrer plus de 4 heures par jour à communiquer sur les réseaux sociaux rencontrent également leurs pairs après 20 h, alors que seuls 23,5 % des adolescents ne sortant pas le soir sont dans ce cas. Ce résultat fait écho aux travaux de Rob Gommans et ses collègues (2015) qui soulignent que les échanges numériques, loin de couper les adolescents du monde extérieur, viennent prolonger et renforcer leur sociabilité. En d’autres termes, les activités liées aux écrans n’enferment pas nécessairement l’adolescent dans un monde virtuel, puisque ceux qui sortent « beaucoup » peuvent également déclarer une pratique intense des supports numériques munis d’écrans.

Discussion et conclusion

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Selon les déclarations d’usage des collégiens ayant participé à l’enquête HBSC en 2014, l’exposition cumulée aux différents écrans au cours de la journée serait en moyenne de 5,8 heures à 11 ans et de 8,5 heures à 15 ans. Même si ces durées sont artificiellement élevées, du fait de la non-prise en compte des usages simultanés dans notre enquête (regarder la télévision en chattant sur son téléphone, faire ses devoirs avec Internet en écoutant de la musique en ligne tout en surveillant sa page Facebook sur son téléphone, etc.), cet état des lieux illustre l’omniprésence des écrans dans le quotidien des adolescents, quelle qu’en soit l’utilisation, et témoigne du temps important qu’ils mobilisent au cours d’une même journée. Les usages d’écrans se différencient fortement selon le sexe. En effet, si les garçons sont attirés par les consoles de jeu, les filles quant à elles restent fortement attachées à l’utilisation des ordinateurs notamment pour la communication (autres écrans). Ce résultat était déjà montré chez les adolescents de 16 ans dans l’enquête ESPAD (Le Nezet et Spilka 2014). Par ailleurs, les associations statistiquement établies entre les difficultés scolaires (redoublement) et la violence (brimades) d’une part, et les temps consacrés aux différentes pratiques d’écrans d’autre part, ne sauraient résumer cet usage à ces corrélats négatifs. Certains usages d’écrans peuvent également être vecteurs de socialisation, comme en témoigne l’association que nous retrouvons entre usage élevé des ordinateurs pour communiquer notamment sur des réseaux sociaux et sorties avec les amis le soir. Par ailleurs, l’utilisation d’appareils tels que les smartphones, les tablettes et les ordinateurs ayant un accès à Internet requiert des compétences, notamment cognitives, nécessaires à la manipulation des nouvelles technologies. Les adolescents s’estiment ainsi plus compétents que leurs parents dans 58 % des cas en ce qui concerne la maîtrise de leur smartphone, ou dans 38 % des cas pour la navigation sur Internet (enquête conduite auprès de jeunes de 9 à 16 ans vivant dans sept pays européens) (Mascheroni, Cuman, 2014).

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Bien que l’enquête HBSC ait envisagé un module permettant d’appréhender de manière inédite la question des écrans, il conviendrait de pouvoir mieux tenir compte des pratiques concomitantes, de mieux différencier les activités effectivement menées sur les différents supports numériques, l’absence de cloisonnement entre les différentes pratiques constituant une difficulté majeure de mesure. En outre, la question d’un seuil critique « d’exposition » reste entière. Le seuil de 2 heures défini par la Société américaine de pédiatrie (AAP, CPE, 2001) et utilisé de manière intensive dans la littérature (il figure par exemple dans le rapport international de la dernière enquête HBSC) (Inchley et al., 2016), semble devenu obsolète. En effet, ce seuil a été établi au début des années 2000 dans un contexte où les écrans, dominés par la télévision, étaient largement moins présents qu’aujourd’hui et leurs usages très différents (Donnat, 2009). De plus, ces recommandations intervenaient dans une perspective gouvernée par la lutte contre l’obésité via la diminution de la sédentarité. L’existence d’un tel seuil doit aujourd’hui être questionnée au regard des modifications profondes que les nouvelles technologies ont pu provoquer dans notre quotidien, sauf à risquer que les messages d’alerte ou de prévention deviennent inopérants, voire contre-productifs. Ainsi en 2014, trois cinquièmes des élèves de 13 et 15 ans dans les quarante-deux nations ayant participé à l’enquête HBSC déclarent regarder la télévision 2 heures ou plus chaque jour (Inchley et al., 2016).


Bibliographie

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Notes

[2]

Cette perspective s’inscrit dans la lignée de nombreux travaux qui ont montré que les utilisations des supports numériques variaient selon le sexe (Costigan et al., 2013 ; Iannotti et al., 2009 ; McCauley Ohannessian, 2009).

[3]

Programme d’étude sur les liens et l’impact des écrans sur les adolescents scolarisés, enquête menée entre 2013 et 2014 chez 2 000 adolescents de la région parisienne entre la quatrième et la première.

[4]

Les brimades sont définies dans le questionnaire par le fait qu’un élève ou un groupe d’élèves disent ou font des choses méchantes ou qui ne plaisent pas à un de leurs pairs. Les brimades concernent aussi les moqueries répétées à l’égard d’un élève ou sa mise à l’écart délibérée.

Résumé

Français

Les nouvelles technologies (ordinateur, smartphone, tablette et console de jeux...) se sont ajoutées à la télévision et permettent de plus en plus aux adolescents d’être connectés sur Internet qui leur donne accès à divers contenus en tout lieu et quasiment sans interruption. Cette contribution vise à mieux quantifier le temps que les collégiens passent devant les divers types d’écrans et à interroger d’éventuelles associations entre la durée d’exposition et certaines pratiques ou comportements.

English

Screen practices among high school studentsThe complexity of measuring useNew technologies (computers, smartphones, tablets and video games) have been added to the television as a source of screen-time. They increasingly allow adolescents to be connected to the internet, giving them access to a range of contents in any situation and almost without interruption. This article aims to better quantify the time that high school students spend with different kinds of screens and to question the possible associations between the duration of exposure and certain practices or behaviour.

Plan de l'article

  1. Introduction
  2. Méthode
  3. Collégiens et collégiennes de milieux différents face aux écrans
  4. Conditions de vie et associations négatives avec l’utilisation des écrans
  5. Discussion et conclusion

Pour citer cet article

Ngantcha Marcus, Janssen Éric, Godeau Emmanuelle, Spilka Stanislas, « Les pratiques d’écrans chez les collégiens. De la complexité de mesurer les usages », Agora débats/jeunesses, 4/2016 (N° Hors série), p. 117-128.

URL : http://www.cairn.info/revue-agora-debats-jeunesses-2016-4-page-117.htm
DOI : 10.3917/agora.hs01.0117


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