Analyse Freudienne Presse
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I.S.B.N.2749200180
98 pages

p. 29 à 40
doi: en cours

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no 6 2002/2

La pulsion de mort n’est pas seulement agissante dans le travail psychique ; étant donné la complicité qu’elle entretient avec le silence, on peut s’attendre à la voir à l’œuvre dans la théorisation elle-même. Elle y est productrice d’effets de leurre, de masquage.
 
Le premier masque : l’assimilation du plaisir à un processus d’extinction
 
 
L’introduction de l’expression pulsion de mort est tardive – on la rattache à l’infléchissement pessimiste qui gagne Freud en 1920 avec Au-delà du principe de plaisir – ; néanmoins le thème est annoncé dès les premières hypothèses théoriques. Au début de l’Esquisse, l’ensemble du « système neuronique » est placé sous la dépendance du « principe de l’inertie des neurones » ; la finalité attribuée à un tel principe, dans sa fonction primaire, est de « se débarrasser des excitations », d’opérer une « fuite devant l’excitation (Reizflucht) ». Or cette excitation posée comme agresseur potentiel n’est autre que ce qu’on nomme le stimulus. Il semblerait donc, d’après l’hypothèse freudienne, que la réaction faite de préhension soit étrangère au dispositif neurologique, comme si la notion de stimulus agréable était une contradiction dans les termes.
Cette tendance à l’éjection de toute stimulation va néanmoins se trouver partiellement enrayée par l’adjonction d’une « fonction secondaire ». Les stimuli endogènes, pulsionnels, ne pourront trouver une solution grâce à la fuite. « En conséquence, ajoute Freud, le système neuronique se voit obligé de renoncer à sa tendance originelle à l’inertie (c’est-à-dire à un abaissement du niveau de tension à zéro) [1]. »
Or cette aimantation par le degré zéro de l’excitation revient bien à attribuer au système nerveux une tendance faite d’aspiration à la mort. Le terme de mort n’est néanmoins pas prononcé et lorsque, parlant du psychisme et non plus du « système neuronique », Freud aura de nouveau recours à l’énonciation de cette tendance funèbre, il la baptisera, dans « Pulsions et destins des pulsions », « principe de plaisir (Lustprinzip) ». Le principe de plaisir est donc l’héritier direct du principe d’inertie : « Le système nerveux est l’appareil auquel est impartie la fonction d’écarter les excitations à chaque fois qu’elles l’atteignent, de les ramener à un niveau aussi bas que possible ; il voudrait même, si cela était faisable, se maintenir rigoureusement dans un état de non-excitation.[…] Attribuons au système nerveux la tâche de maîtriser les excitations (Reizbewältigung [2]). »
L’excitation est donc assimilée à un agresseur qu’il faut « réduire » ou « terrasser » (bewältigen) et doit sa qualification de menace au fait qu’elle est imposée par le monde extérieur. Elle constitue en effet le premier temps de l’arc réflexe, temps qui sera suivi d’une riposte motrice, centrée sur l’abréaction, la décharge. Une telle lecture nous reconduit à la première hypothèse clinique freudienne. Dès le début des Études sur l’hystérie, l’agent pathogène est défini comme le « corps étranger (Fremdkörper) » – notons au passage que ce terme qualifie le juif dans la propagande antisémite – qui a fait effraction dans le psychisme. Or la thérapeutique va « débarrasser le tissu vivant de ce corps ». C’est seulement à la fin des Études sur l’hystérie que ce thème d’un salut par l’expulsion va se trouver remanié ; il s’agira alors, non plus d’expulser, mais d’« admettre » (annehmen ou aufnehmen) ce qu’on a d’abord tenté de refouler.
 
La féminité comme aporie
 
 
La théorisation concernant la visée mortuaire attribuée au principe de plaisir se trouvera toutefois battue en brèche, non au niveau de la spéculation, mais lorsque, dans les Trois essais sur la théorie sexuelle, Freud se heurtera à l’« éprouvé » du plaisir. La rencontre avec la réaction féminine à l’excitation constituera alors le grain de sable venant gripper l’approche théorique du plaisir :
« Malgré toutes les divergences d’opinion qui règnent en psychologie sur la question, je dois maintenir qu’un sentiment de tension comporte nécessairement un caractère de déplaisir. […] Mais, si l’on range la tension de l’état d’excitation sexuelle parmi les sentiments de déplaisir, on se heurte au fait que cette tension est indubitablement ressentie (empfunden) comme plaisir.[…] Comment dès lors accorder cette tension déplaisante et ce sentiment de plaisir (Lustgefühl) [3]. »
Nous assistons ainsi à une lutte entre le diktat théorique, fidèle à un principe de plaisir orienté vers le degré zéro de l’excitation, et la lecture s’ébauchant au niveau de l’« éprouvé » de plaisir. L’exemple mettant en scène un tel éprouvé sera emprunté à la réaction provoquée chez une femme par le toucher de « la peau des seins » : « Cet attouchement provoque à lui seul un sentiment de plaisir, mais, en même temps, il est plus que tout autre propre à éveiller l’excitation sexuelle, laquelle réclame un supplément de plaisir (ein Mehr von Lust). Comment le plaisir ressenti peut-il engendrer le besoin d’un plus grand plaisir ? »
La réaction féminine est donc rencontrée par Freud comme transgressant la législation imposée par la lecture funèbre du principe de plaisir. L’excitation, au lieu de constituer une perturbation qu’il faudrait bewältigen – terrasser –, provoque l’attente d’autres excitations et d’autres tensions. Il est vrai que, dans les pages qui précèdent, la sexualité masculine a été présentée comme konsequentere – « plus conséquente » ou « plus logique » : elle respecte la législation imposée par le principe de plaisir, dans la mesure où elle répond à la montée de l’excitation par une « décharge » qui y met fin. Par contraste, la sexualité féminine mettrait sur la voie d’une Rückbildung, d’une « involution », d’une tendance à revenir en arrière, du côté de cette excitation. Les deux vecteurs s’opposent : le masculin, pris dans le modèle paternel, privilégie le Fort – début du signifiant Fortschritt corrélé au « progrès de la civilisation » qu’entraîne le tournant vers le père – tandis que le féminin revient en arrière, Rück, du côté de cette excitation dans laquelle le psychisme, commandé par le principe de plaisir-mort, devrait voir un agresseur. Cette réaction prêtée à la femme va dans le même sens que l’opération valorisée à la fin des Études, l’Aufnahme : laisser pénétrer en soi l’élément étranger, s’ouvrir à la perturbation. L’homme, quant à lui, resterait du côté de la Selbstherrlichkeit – autarcie, souveraineté de soi-même –, dont Freud a fait l’un des principaux obstacles au traitement.
À la réponse masculine, allant dans le sens de la décharge et de l’autodéfense, s’opposerait ainsi la réaction éventuellement imputable à la femme. Je dis « éventuellement », dans la mesure où cette ouverture au corps étranger ne constitue que l’une des réponses possibles ; les patientes présentées dans les Études, de même que les « jeunes mères » disant, dans le chapitre iv de L’interprétation des rêves, leur peur devant l’arrivée de l’enfant, campent une féminité essentiellement centrée sur la négation. L’accès à l’Annahme-Aufnahme ne constitue souvent que le dernier temps d’un processus animé par la protestation.
Par rapport à cette question qui traverse toute l’œuvre – comment répondre à l’excitation : s’y ouvrir ou la terrasser ? Au-delà du principe de plaisir va se livrer, dans l’un de ses mouvements, à une surenchère dans le recours à un protectionnisme psychique. La notion d’Aufnahme fait retour, mais accolée à une menace de danger radical :
« Ce petit fragment de substance vivante est plongé dans un monde extérieur chargé des énergies les plus fortes et il succomberait sous le coup des excitations qui en proviennent s’il n’était pourvu d’un pare-excitations qu’il acquiert ainsi : sa couche la plus superficielle abandonne la structure propre au vivant, devient dans une certaine mesure anorganique et fonctionne désormais comme une enveloppe qui tient l’excitation à l’écart […]. Pour l’organisme vivant, la fonction de pare-excitations est presque plus importante que la réception d’excitations (Reizaufnahme [4]). »
En cela consiste sans doute, chez Freud, le tournant vers le pessimisme. Pessimisme qui s’exprime, non dans la découverte de la pulsion de mort – celle-ci a seulement changé de nom –, mais dans la nouvelle place attribuée à l’excitation. Il semble que la perspective d’une ouverture, d’une Aufnahme visant l’extérieur, soit relativement abandonnée ou reléguée au second plan. La priorité va passer du côté de la défense : protéger l’enceinte organo-psychique en la rendant « anorganique », donc non vivante. On construirait ainsi une membrane fortifiée, une ceinture de chasteté visant à protéger contre « l’influence nivelante et donc destructrice des énergies démesurément fortes qui sont à l’œuvre au dehors [5] ». La substance restée vivante s’est donc réfugiée, comme dans un ghetto, dans les profondeurs de l’individu. La complicité avec la mort – rendre « anorganique » le vivant – s’est donc trouvée intégrée à un processus de défense de soi.
 
La sexualité comme défi
 
 
Or c’est au moment où le pessimisme est à son comble, puisqu’il s’exprime dans une opération défensive campant le non-vivant comme refuge – on pense au Nichtseinwollen de Ferenczi –, qu’un revirement advient. Revirement qui n’est pas imposé par la logique inhérente à la progression spéculative, mais qui intervient comme un refus : « Mais ressaisissons-nous (besinnen wir uns), il ne peut en être ainsi [6]. » La négation entre alors en action, en tant que décision. C’est au moment où Freud refuse de se laisser enfermer dans ce ghetto funèbre qu’il en appelle à la sexualité, pour que se dessine un autre chemin. Alors qu’une force de répétition domine l’ensemble du parcours, une tentative d’insurrection se fait jour, partant de la sexualité : « Les pulsions sexuelles […] apparaissent sous une tout autre lumière (in ein ganz anderes Licht). » Je propose de souligner l’émergence du ander, du surgissement d’altérité.
Une telle ressaisie n’est possible que parce que le masque qui cachait la pulsion de mort derrière le principe de plaisir est tombé. Et ceci grâce à l’effet de la nomination, équivalant ici à une dénonciation. En ce sens, Au-delà représente certainement un tournant, mais non en direction du pessimisme ; c’est au contraire la fascination létale attribuée au psychisme qui se voit mise à nu. D’où la possibilité que s’énonce une protestation, exigeant qu’advienne une « autre » direction. Dans « Le problème économique du masochisme », Freud reconnaît d’ailleurs le phénomène de leurre dont sa réflexion a été victime : « Nous avons, on s’en souvient […], attribué à l’appareil psychique le dessein de réduire à rien la somme d’excitations qui afflue en lui ou du moins de la maintenir basse autant qu’il est possible. Pour cette tendance supposée, Barbara Low a proposé le nom de principe de Nirvâna et nous l’acceptons. Mais c’est inconsidérément (unbedenklich) que nous avons identifié le principe de plaisir-déplaisir avec le principe de Nirvâna [7]. »
Unbedenklich, littéralement « sans y penser ». Une étourderie fondamentale présiderait ainsi à la théorisation conduite jusqu’à Au-delà. Avec ce texte intervient une ressaisie. Curieusement, c’est dans ce texte généralement considéré comme funèbre qu’on assiste à une étonnante célébration de la fête sexuelle. Fête qui se déroulera toutefois, non entre individus, mais entre cellules germinales : « Ces cellules travaillent en opposition au mouvement vers la mort de la substante vivante et réussissent à obtenir pour elles une immortalité potentielle […]. La cellule germinale doit trouver des forces – ou même la condition nécessaire – pour s’acquitter de cette fonction, dans sa fusion avec une autre cellule à la fois semblable à elle et différente d’elle [8]. »
Le thème de la différence fait ici l’objet d’une mise en abîme : d’une part, Freud recourt à la différence pour déjouer la contrainte de la pulsion de mort ; d’autre part, il met en pratique ce thème de la différence en proposant une version elle-même différente de celle qu’on rencontre dans ses autres lectures du partage sexué. On échappe à la logique binaire, corrélée à la célébration phallique – avoir ou n’avoir pas – pour poser les partenaires de la rencontre sexuelle comme à la fois différents et ressemblants. Freud provoque ainsi une sorte de turbulence théorique. Turbulence qui n’est pas sans rapport avec l’efficience attribuée à Éros : perturber, être un facteur de trouble. Grâce à la dimension perturbatrice de la sexualité, l’effet de la rencontre sexuelle ne consistera plus dans l’abolition d’une tension, donc dans une Befriedigung (satisfaction, apaisement), mais dans un renouvellement des « animalcules » (Tierchen) devenant partenaires : « Si deux animalcules, à un moment où ils ne montrent encore aucun signe de vieillissement, peuvent fusionner l’un avec l’autre, la vieillesse les épargne, ils ont été “rajeunis”. […] Mais l’influence rénovatrice (auffrischende Einfluss) de la copulation peut aussi être remplacée par certains agents d’excitation [9]. »
Texte lui-même pourvu d’une remarquable auffrischende Einfluss, influence rénovatrice ou rafraîchissante. La charge de danger liée, dans le début du texte, à l’excitation se trouve déjouée, puisque ces mêmes excitations – du moins quand elles naissent d’une rencontre avec un autre animalcule et non pas du monde extérieur chargé des énergies les plus fortes – sont devenues sources de rajeunissement. La marche funèbre que représente l’écriture d’Au-delà s’est ainsi transformée en fête furtive ; le passage d’une tonalité à l’autre est peut-être inhérent au processus de deuil, si on suit la démarche de Maria Torok dans « Maladie du deuil et fantasme du cadavre exquis [10] ». Moment de bascule sans doute essentiel, interdisant qu’on hypostasie la pulsion de mort pour lui attribuer une finalité univoque. Dans la mesure où elle a partie liée avec la négation, elle semble inclure, en une sorte de cellule rythmique, la tendance vers l’extinction et le refus de cette tendance ; refus dont l’une des expressions privilégiées serait la rencontre sexuelle avec un élément « semblable et différent ».
 
L’enjeu théorique
 
 
Où situer cette perturbation : se limite-t-elle au jeu sexuel ? Il semble qu’elle puisse aussi s’emparer du jeu théorique. D’une part – Lacan a mis l’accent sur cette dimension – l’agencement symbolique peut être conçu sur le modèle du monument funéraire, de l’écriture sur pierre tombale : « Il y a en effet quelque chose de radicalement inassimilable au signifiant. C’est tout simplement l’existence singulière du sujet. Pourquoi est-il là ? […] Le signifiant est incapable de lui donner la réponse, pour la bonne raison qu’il le met justement au-delà de la mort. Le signifiant le considère déjà comme mort, il l’immortalise par essence [11]. »
Or cette connivence entre le signifiant et la pulsion de mort est particulièrement manifeste lorsque l’ordre symbolique est envisagé comme ensemble fini de signifiants. L’étreinte mortuaire peut au contraire se desserrer si on analyse le signifiant dans son rapport à l’énonciation, à l’acte du dire, et dans son contexte. D’où l’invitation à distinguer deux rapports au texte : il lui est parfois demandé de fonctionner sur le mode oraculaire, mais on peut se faire attentif à la diversité des contextes. Je prendrai l’exemple du traitement, par Freud, de l’emblème masculin. Dans les textes qui font la leçon, les textes énonçant la doctrine analytique – Die Lehre sagt (la doctrine dit) –, c’est la comparaison qu’effectue le regard du garçon avec la « région génitale » de la petite fille qui impose la différence conçue en termes d’alternative : avoir ou n’avoir pas. Signalons au passage que, contrairement à Lacan, Freud se gardera de faire de l’érection un critère différentiel et d’évoquer par là même le phénomène de la détumescence. La fierté phallique a essentiellement besoin, chez Freud, de la comparaison avec le Defekt féminin ; stratégie que Lacan déjouera dans son séminaire sur L’angoisse.
En revanche, dans la perspective freudienne, on assistera à un tout autre éclairage quand la sexualité masculine sera envisagée en dehors de la mise en scène comparative. Par exemple, dans « Pour introduire le narcissisme », l’organe viril est appréhendé, non dans sa globalité – avoir ou n’avoir pas le « morceau » –, mais dans son expérience de transformation corporelle. Le contexte peut surprendre, puisque l’advenue de l’érection est insérée dans le passage où sont traitées les perturbations causées par la maladie. Une page après l’évocation des maux de dents – « son âme se resserre au trou étroit de la molaire » –, prend place un autre exemple : « Nous connaissons le modèle d’un organe douloureusement sensible, modifié (veränderten) en quelque façon sans être pourtant malade au sens habituel ; c’est l’organe génital en état d’excitation. Il est alors congestionné (blutdurchströmt), turgescent, humide, et le siège de sensations multiples [12]. »
Blutdurchströmt : littéralement, traversé (durch) par un fleuve (Strom) de sang (Blut). Nous sommes très loin de l’exhibition triomphante évoquée dans « La tête de Méduse » : « Je te défie, j’ai un pénis. » Lorsque la proximité féminine est absente et que le regard comparatif est congédié, la « modification » masculine est évoquée dans des termes qui jouxtent ceux auxquels est référée la sexualité féminine. L’autre sexe est à la fois, comme le dira Au-delà, « semblable et différent ». J’ai évoqué d’autres ancrages textuels dans Généalogie du masculin [13], entre autres la note de Malaise, où le membre érigé est dit schutzbedürftig (ayant besoin de protection).
C’est sans doute parce que le texte d’Au-delà multiplie les confrontations avec la mort qu’il fait surgir, dans le sillage de la mort, une série de ripostes, arc-boutées sur les pulsions sexuelles et mettant en avant diverses lectures de la différence. J’inviterai, pour finir, à relever la texture signifiante des termes allemands disant la différence : Unterschied, Verschiedenheit s’organisent autour du radical présent dans scheiden et qui est Scheide, signifiant le vagin et également la limite, la ligne de partage. Scheide qui resurgira, Granoff l’a relevé, dans l’Entscheidung du Moïse, où se dit la « décision » en faveur du père. Dans cette série de signifiants, la Scheide féminine est moins corrélée au trou qu’à ce qui instaure un partage entre deux régions.
Si nous recevons le signifiant Scheide dans sa portée iconique, nous nous trouvons en présence d’une version non binaire de la différence : non pas le 0 et le 1, mais deux territoires séparés par une ligne de partage. Si la fonction dévolue à Éros – bousculer l’ordre, perturber – était confiée au travail de théorisation, on pourrait alors recueillir comme précieuse – comme protection et protestation contre le monument théorique – la diversité, chez Freud, des versions de la différence ; diversité qui permet d’échapper au culte de l’Un. Dans les dernières lignes de « L’organisation génitale infantile », Freud nous montre la difficulté à sortir de la logique phallique, ne connaissant qu’un seul sexe. Les linéaments d’un féminin métaphorisé par l’Herberge, le logis, ne seront furtivement indiqués que sur la ligne de frontière qui clôt le texte : « Au stade […] de l’organisation génitale infantile, il y a bien un masculin, mais pas de féminin ; l’opposition s’énonce ici : organe génital masculin ou châtré. C’est seulement quand le développement, à l’époque de la puberté, s’achève, que la polarité sexuelle coïncide avec féminin et masculin. Le masculin rassemble le sujet, l’activité et la possession du pénis ; le féminin perpétue l’objet et la passivité. Le vagin prend maintenant valeur comme logis du pénis, il recueille l’héritage du corps maternel. »
Une dimension nouvelle s’est trouvée introduite avec le féminin, celle de l’étendue de la spatialité. Spatialité qui a permis à Freud de fonder la topique psychique sur le paradigme féminin de la pénétration dans la « fente (Spalt) étroite ».
 
NOTES
 
[*]Monique Schneider, psychanalyste, Paris.
[1]« Esquisse d’une psychanalyse scientifique », 1895, dans La naissance de la psychanalyse, puf, 1956, p. 317.
[2]« Pulsions et destins des pulsions », dans Métapsychologie, Gallimard, 1968, p. 15-17.
[3]Trois essais sur la théorie sexuelle, Gallimard, 1987, p. 146-147. GW, V, p. 110.
[4]« Au-delà du principe de plaisir », dans Essais de psychanalyse, Payot, 1981, p. 69, GW, XIII, p. 26-27.
[5]Ibid., p. 69, GW, XIII, p. 27.
[6]Ibid., p. 84, GW, XIII, p. 41.
[7]« Le problème économique du masochisme », dans Névrose, psychose et perversion, puf, 1973, p. 287, GW, XIII, p. 371-372.
[8]Ibid., p. 84-85, GW, XIII, p. 42.
[9]Ibid., p. 95, GW, XIII, p. 51.
[10]N. Abraham et M. Torok, L’écorce et le noyau, Paris, Aubier-Flammarion, p. 229-251.
[11]Le Séminaire, livre III, Les psychoses, Paris, Le Seuil, 1981, p. 202.
[12]La vie sexuelle, Paris, puf, 1969, p. 90. GW, X, p. 150.
[13]Paris, Aubier, 2000.
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« Esquisse d’une psychanalyse scientifique », 1895, dans La...
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[2]
« Pulsions et destins des pulsions », dans Métapsychologie,...
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[3]
Trois essais sur la théorie sexuelle, Gallimard, 1987, p. 1...
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[4]
« Au-delà du principe de plaisir », dans Essais de psychana...
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[5]
Ibid., p. 69, GW, XIII, p. 27. Suite de la note...
[6]
Ibid., p. 84, GW, XIII, p. 41. Suite de la note...
[7]
« Le problème économique du masochisme », dans Névrose, psy...
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[8]
Ibid., p. 84-85, GW, XIII, p. 42. Suite de la note...
[9]
Ibid., p. 95, GW, XIII, p. 51. Suite de la note...
[10]
N. Abraham et M. Torok, L’écorce et le noyau, Paris, Aubier...
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[11]
Le Séminaire, livre III, Les psychoses, Paris, Le Seuil, 19...
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[12]
La vie sexuelle, Paris, puf, 1969, p. 90. GW, X, p. 150. Suite de la note...
[13]
Paris, Aubier, 2000. Suite de la note...