2002
Analyse freudienne presse
« Avant de n’être »
Bernard Brémond
[*]
Si l’appellation « parlêtre » inventée par Jacques Lacan a une portée
[1], c’est bien de rappeler que, dans l’espèce humaine, il n’est pas d’être qui ne soit écorné du fait du langage ; dès sa naissance, le petit humain, « organisme », selon le mot de Freud et aussi bien de Lacan
[2], reçoit de l’Autre, « par première intention
[3] », cette marque langagière qui va à tout jamais le priver de cette part-d’être qu’on pourra plus tard nommer objet perdu, et qui dès l’aube de la vie se signale comme jouissance, jouissance perdue, si l’on veut, jamais rencontrée parce qu’elle n’aurait pu être que celle de la mort.
Il est commode de se représenter d’abord les choses dans la dimension historique
[4] : à son expulsion de la matrice, le petit humain pousse un cri, dit asémantique, décharge énergétique prescrite par le principe homéostatique ou de constance. Mais c’est raté : la décharge n’aboutira pas au repos de la pierre, parce que l’Autre, malencontreusement en ce qui concerne l’organisme, vient s’interposer en volant au secours de l’humain, c’est-à-dire en humanisant ce qui ne cherchait qu’à être mort
[5].
C’est ainsi d’entrée de jeu que joue l’alternative : « La parole ou la mort
[6] », et que s’offre au futur sujet, déjà subjectivé dans l’Autre, le choix : « L’être ou le langage ». À ce choix, dit-on, l’autiste répond : « l’être » ; il ne semble pas qu’il en tire grand profit, ni qu’il puisse changer grand-chose au fait qu’il est toujours déjà trop tard pour ne pas avoir été choisi par le langage : à l’organisme humain tombé sur la planète, il sera toujours impossible de tomber hors du monde… du langage : «
Ça tombe sous le sens ! » C’est probablement l’une des formulations possibles de ce que nous appelons le Réel, et particulièrement le Réel de la castration.
L’Autre s’interpose, donc, en qualité d’empêcheur de jouir en rond, et propulse hors monde cette jouissance qui ne se constitue qu’au moment même où elle est interdite : interdite du fait de cette inaugurale « rencontre », donc impossible, et donc réelle. Le cri du nouveau-né, « sémantisé » par la réponse de l’Autre
[7], rate, et c’est pour toujours, le trajet le plus court de la matrice au minéral. Au passage, et avec le temps, la matrice se changera en paradis, et le minéral en or ; au passage aussi s’est produite cette opération déterminante que Freud n’a pas manqué de noter avec précision : « La voie de décharge acquiert ainsi une fonction secondaire d’une extrême importance : celle de la compréhension mutuelle. L’impuissance originelle de l’être humain devient ainsi la source première de tous les motifs moraux
[8] ». En tenant compte du moment où Freud théorise ceci, on pourra y repérer, comme le font les traducteurs, l’expression du passage du principe de plaisir au principe de réalité ; mais rien n’interdit, me semble-t-il, et même si Freud n’a pas encore « inventé
[9] » la pulsion de mort, d’y repérer la limite imposée par l’Autre du langage au principe de nirvâna, d’où découlent à la fois la pulsion de mort et sa limite comme principe de plaisir, du fait de cette « fonction secondaire » greffée sur la voie de décharge, par laquelle l’Autre « aliène » la jouissance en plaisir.
D’où la pulsion, au sens freudien, comme une poussée, un mouvement, induit par l’Autre, par lequel un organisme, tentant de récupérer sa part-d’être perdue dans l’Autre et du fait de l’Autre, redouble la perte qu’il a subie par la perte consentie qui le fait parlêtre.
Et ici, il est en réalité encore trop tôt pour parler de pulsions de vie et de pulsions de mort. C’est la portée métapsychologique de la construction historique qui précède. Peut-être Freud ne s’est-il pas rendu compte tout de suite de ceci, que son « invention » de la pulsion de mort dénonçait l’insuffisance du dualisme « freudien » auquel il ne voulait pas renoncer : la pulsion est d’abord cette « poussée constante
[10] », de vie ou de mort qu’importe, puisque ce mouvement est aussi bien de mort, en ce qu’il vise une jouissance, que de vie, en ce que le ratage de cette jouissance, qui n’existe que depuis qu’elle manque, réitère l’exclusion du lieu et du temps où le parlêtre pourrait retourner à l’organisme. Pulsion de mort – et à moindre titre pulsion de vie – est une appellation insatisfaisante de ce dont il s’agit, mais sans doute n’en est-il pas de meilleure. Reconnaissons-lui l’intérêt de donner place à « la mort », soit, ce dont nous ne savons rien, ce qui n’a pas de signification, ce qui ne saurait tomber sous le sens, « le maître absolu », disait Lacan, soit, un signifiant – S1.
Ceci nécessite dès lors une précision supplémentaire. Si au départ il y a « la » pulsion, il vaut mieux la nommer pulsion de mort : car la force ici en jeu est orientée par une tentative de retrouvailles de ce qui n’a jamais « eu lieu », jamais eu de lieu. « Ce que J’étais avant de n’être » (il vaudrait d’ailleurs mieux écrire : « ce que J’était avant… »).
Je nomme pulsion la réponse de l’organisme à l’intervention première du signifiant qui le barre. La jouissance de l’être, perdue avant même d’avoir été trouvée – c’est-à-dire manquante d’entrée de jeu – motive un mouvement de retrouvailles avec ce que Freud appelle aussi bien « l’anorganique », lequel n’existait que dans cet avant mythique que l’entrée dans le monde « invente » en même temps qu’elle en instaure l’impossible réalisation.
Poussée constante donc. Comme le précise Lacan, « toute pulsion est virtuellement pulsion de mort
[11]. » La pulsion est d’abord pulsion de mort, et ce n’est que pour autant que cette dimension structurale reste « virtuelle » qu’il sera possible de parler de pulsion de vie.
Prendre les choses ainsi impose de rendre compte de l’insuffisance du dualisme « freudien » tel qu’il est généralement présenté, celui d’un conflit entre deux forces antagonistes qui s’intriquent ou se désintriquent comme dans un combat entre deux adversaires de même catégorie. N’oublions pas que c’est seulement après avoir nommé « Thanatos » que Freud commence à parler d’Éros.
Il y a d’abord la pulsion comme pulsion de mort, réponse « limite entre le somatique et le psychique » à la marque que le signifiant impose à l’organisme. Privé par cette opération d’une part-d’être, l’organisme « total », c’est-à-dire mû par cette poussée constante à se réaliser comme totalité anorganique, ne peut échapper au statut de parlêtre auquel l’Autre l’a définitivement aliéné, qu’il l’accepte ou non. Cette pulsion n’est motivée par rien d’autre que par cela même qu’elle cherche à éliminer : « La lettre tue, mais nous l’apprenons de la lettre même
[12]. » La pulsion de mort, c’est l’effet somatopsychique de l’inscription, par la voie du signifiant, de la lettre sur le corps. À chaque nouveau tour pulsionnel, le retour à l’anorganique est manqué, et l’organisme « parlettré » s’en trouve dés-organisé, c’est-à-dire, aussi bien, pourvu d’organes. « Le cri fut un instant appel à l’impossibilité d’un tout. Tout fut demandé en criant, et ce qui fut donné en prive. Le don prive du Tout
[13]. »
On peut ainsi passer, de cette conception de la pulsion comme pure pulsion de mort, à la mise en jeu des pulsions partielles et de la libido sans laquelle aucune sexualité psychique n’est d’un point de vue psychanalytique envisageable : de ce que la jouissance qu’il aurait fallu a été manquée du fait de l’Autre, l’organisme s’en trouve déjà « dé-totalisé », partiellisé en organes qui, toujours du fait de l’Autre, deviendront autant de zones « virtuellement » érogènes. Et ici prend place le mythe lacanien de « la lamelle » par quoi Lacan désigne la libido, « cet organe de l’incorporel », « qui représente cette part du vivant qui se perd à ce qu’il se produise par les voies du sexe » ; « la libido est cette lamelle que glisse l’être de l’organisme à sa véritable limite, qui va plus loin que celle du corps
[14] ».
Par l’opération que nous venons d’indiquer, « le signifiant comme tel a, en barrant le sujet par première intention, fait entrer en lui le sens de la mort
[15] ». Le sens de la mort, précisément, et non pas la mort ! Si le sens de la mort est entré dans l’organisme dans ce temps même où il passe au sujet, c’est la vie qui lui a été inoculée avec la parole et le langage : le cri a été transformé en appel, il n’est plus possible de sortir de la compréhension (incompréhension !…) mutuelle. Le sens de la mort, entré dans le sujet par l’opération même qui le constitue, le prive… de la mort, puisque, précisément, la mort n’a pas de sens
[16].
J’envisage donc les rapports de la pulsion de mort et de la sexualité sous la forme d’une succession, bien sûr logique plutôt que chronologique. Les pulsions partielles – seules à représenter « partiellement » la sexualité dans le psychisme
[17] – comme succédant logiquement à l’insatisfaction originelle de la pulsion de mort du fait du langage. En interdisant la jouissance et en introduisant ainsi dans l’organisme le sens de la mort avec la pulsion de mort, l’Autre a fait de l’organisme un corps.
C’est à mon sens ce que précise J. Lacan lorsqu’il décrit, dans « Les complexes familiaux », le complexe du sevrage, dont il fait pour l’être humain la source première de l’appétit de la mort : c’est le sevrage qui constitue le sein comme objet sexuel, non sans réactualiser, sous la forme de l’imago maternelle – « parfaite assimilation de la totalité à l’être
[18] », totalité
inventée-perdue – ce mouvement de la pulsion de mort qui demande le Tout et va s’échouer sur la partie
[19]. Le sevrage constitue ainsi, après « la première intention » mentionnée plus haut, ce deuxième coup, qui selon la logique freudienne de l’après-coup « active » le traumatisme : la « part-d’être » perdue vient à être symbolisée sous la forme de l’objet perdu (le sein, l’imago maternelle), non sans que cette symbolisation, comme toutes les symbolisations à venir, ne mobilise les pulsions de mort. C’est logiquement « après coup », par le complexe du sevrage, que « le sens de la mort » introduit au temps précédent, devient la source de cette « tendance à la mort qui spécifie le psychisme de l’homme ». Admettant, avec J. Lacan, que « traumatisant ou non, le sevrage laisse dans le psychisme humain la trace permanente de la relation biologique qu’il interrompt », on peut soutenir que la naissance (« n’essence ») introduit dans l’organisme la marque permanente de la jouissance qu’elle interdit. Cette marque permanente est la poussée constante de la pulsion de mort.
Que le complexe du sevrage donne « sa forme originelle » à cette « tendance psychique à la mort » – ce qui est manifeste dans ces cas
[20] où, « dans son abandon à la mort, le sujet cherche à retrouver l’imago de la mère » – témoigne de sa place comme « complexe le plus primitif du développement psychique », « celui qui se compose avec tous les complexes ultérieurs ». Le complexe reste pour autant lié à une étape donnée du développement psychique, et il est déjà l’effet, de par le rôle fondamental qu’y joue l’imago, de la liaison d’un certain nombre d’éléments. Donnant une forme originelle à « l’appétit de la mort », le complexe de sevrage lie la pulsion de mort à l’imago maternelle ; comment définir plus précisément, comme nous tentons ici de le faire, la pulsion de mort, en deçà du complexe ?
En deçà du complexe, ce n’est pas l’imago maternelle que le sujet cherche à retrouver. Que cet en-deçà soit historique, logique ou topologique, l’imago n’y est pas encore constituée, tout au moins dans sa fonction de liaison.
Si l’on convient que la pulsion de mort est cette force, de poussée constante, qui s’empare de l’organisme qui vient d’être parlettré/parlêtré, et que donc cet organisme ainsi devenu corps y a perdu la totalité qu’il n’a pas même eu le temps d’éprouver, la question de la représentabilité ou non de cette perte se trouve posée.
Moustapha Safouan a proposé une formulation de cette question en définissant la pulsion de mort comme « le vœu de non-être sauf à être le phallus », vœu orienté par la tentative de retrouvailles avec « l’inanimé que le sujet était comme signifiant avant de naître
[21] ». Je reprends à mon compte cette formulation qui, pour difficile qu’elle soit à déployer, n’en touche pas moins à l’essentiel, et permet de passer de la dimension historique à la fonction structurale de la pulsion.
Ce signifiant que le sujet était avant de naître peut en première approximation être désigné comme signifiant dans le désir et le fantasme du ou des parents. En ce sens, il fournit déjà une première représentation possible de l’être avant toute perte
[22]. Mais, plus précisément, c’est la possibilité d’une identification sans reste qui se trouve suspendue à la retrouvaille avec ce signifiant, supposé unique, et que le sujet « aurait été » : s’il fut un temps où le sujet était un signifiant
[23], le retour à ce temps pourrait être obtenu, et obtenue avec lui la seule annulation véritable de toute signification le concernant. Si le sujet s’égale au signifiant (qu’il était avant de naître), il y disparaît comme fait-de-langage, et disparaît du même coup l’ordre du langage lui-même, puisque le langage nécessite au moins deux signifiants, dont l’un ne fait que représenter le sujet pour l’autre. Rejoindre le signifiant que
Je étai
t avant de naître serait ainsi la seule voie pour faire disparaître et l’aliénant (l’ordre symbolique) et l’aliéné (le sujet), seule voie pour tomber hors du monde sans reste : retrouvailles avec ce temps mythique, il ne serait pas toujours-déjà-trop-tard pour ne pas être né.
« Vœu de non-être sauf à être le phallus », la pulsion de mort aurait ainsi pour cible ce point « en deçà
[24] » du phallus, au sens où le phallus y serait tout à la fois et indistinctement sujet, objet, et signifiant, ce qui annule toute distinction entre ces trois termes. Serait-ce ce que Freud appelait le retour au minéral, au repos des pierres ?
Dès lors, si la pulsion de mort vise la mort, ce n’est pas tant la mort du sujet que la disparition des conditions nécessaires à ce qu’il y ait du sujet, et à ce qu’il y en ait eu. Le signifiant a fait entrer dans le sujet le sens de la mort, disions-nous plus haut avec J. Lacan. Nous pouvons poursuivre : le sens de la mort forclôt la mort. Seule l’annulation de tout sens, de toute signification, permettrait de remonter en deçà.
Deux voies s’ouvrent désormais : la première est progrédiente, elle est celle de l’institution incessante du sujet par les voies du désir comme sexuel : à partir de la pulsion comme pulsion de mort, poussée constante, et de la limite imposée à celle-ci par l’Autre du langage (l’interdit de jouissance), c’est le circuit des pulsions partielles, au service du principe de plaisir, en tant qu’il organise une sexualité. Cette sexualité, qu’elle soit sublimée ou non, ne rencontre la déliaison – le réel du sexuel – que comme occasion, pour la libido, d’une « pratique de la liaison » : expérience de satisfaction dans le vocabulaire freudien.
L’autre voie est régrédiente, elle correspond au procès d’une analyse en tant qu’il accomplit un parcours inverse de celui de la constitution du sujet, des pulsions partielles aux pulsions de mort : c’est la voie du désir d’analyste. Dire, en séance, est tout autre chose que parler. Parler, c’est toujours produire du sens, de la signification, des significations qui s’additionnent et se renforcent ou se soustraient et se contredisent. En-deçà du « parler » mais par les voies de la parole, se creuse dans la séance un dire qui va vers le manque de signifiant, vers ce point où le signifiant vient à manquer au dire. Le désir d’analyste, en prise directe sur la pulsion de mort, oriente le dire vers ce point de manque radical, de déliaison, point où s’annulent toutes les significations, point d’au-delà (en deçà) de la chaîne signifiante, « l’
ex nihilo sur lequel elle se fonde et s’articule comme telle
[25] ». C’est bien la pulsion de mort qui est mobilisée en ce point, à la fois sur son versant de destruction, d’annulation de tous les sens, et sur son versant « volonté d’Autre-chose », « volonté de création à partir de rien, volonté de recommencement
[26] ».
Ici se séparent pulsion de mort et désir d’analyste : alors que la pulsion de mort vise à faire se rejoindre le sujet et ce signifiant (manquant) qu’il était avant de naître, pour qu’y disparaissent et le sujet et ce dont il est issu, effaçant ainsi et la cause et l’effet. Alors que la pulsion de mort, parce qu’elle reste toujours pour partie liée à la libido dont elle ne se « désintrique » jamais totalement (du fait de la fonction du phallus), relancera toujours « l’avidité de la première impasse
[27] », le désir d’analyste vise également ce signifiant qui le cause, mais comme signifiant forclos, pour « obtenir la différence absolue
[28] » : le sujet ne sera jamais et n’aura jamais été que représenté par un signifiant pour un autre.
Ceci autorise à définir le désir d’analyste comme désir de La (barré) Mort, La (barré) Mort étant ce signifiant forclos du fait du sens. C’est ici rejoindre Freud, dans ses « Considérations actuelles sur la guerre et la mort » : après avoir rappelé qu’il n’y a aucune place pour la mort dans l’inconscient, que « l’inconscient ne croit pas à la mort personnelle », et que « rien de pulsionnel en nous ne favorise la croyance en la mort
[29] », Freud conclura qu’il vaudrait mieux « faire à la mort, dans la réalité
et dans nos pensées, la place qui lui revient
[30] ». S’il s’agit des pensées conscientes, cette remarque ne présente guère d’autre intérêt que celui d’un vœu pieux ; mais s’il s’agit des pensées inconscientes, alors il s’agit bien ici de la tâche assignée à l’analyse, du désir d’analyste et de l’éthique de la psychanalyse comme éthique de la déliaison
[31].
Et c’est le « pas de sens » en jeu dans l’analyse du fait du désir d’analyste qui permet de briser la symétrie des opposés « pulsions de vie/pulsions de mort », et ainsi de substituer au nécessaire mais insuffisant dualisme « freudien » une logique à quatre termes : Pulsions de mort (poussée constante)/Pulsions partielles (sexuel)/Désir/Éthique.
[*]
Bernard Brémond, psychanalyste, Nantes, membre d’Analyse freudienne.
[1]
Version revue et augmentée d’une intervention faite au congrès d’Analyse freudienne, à Paris, les 5 et 6 octobre 2002 « Sexualité et pulsion de mort ».
[2]
Cf. Jacques Lacan, « Position de l’inconscient », dans
Écrits, p. 849. Cette dimension est particulièrement à l’œuvre dans l’ouvrage, toujours à redécouvrir, de René Spitz, « De la naissance à la parole », dont la démarche, à la fois expérimentale, psychologique et psychanalytique, ce qui lui fixe sa limite, dessine en creux les questions essentielles ici abordées.
[3]
J. Lacan,
ibid., p. 848.
[4]
Cf. J. Lacan : « La pulsion de mort est à situer dans le domaine historique, pour autant qu’elle s’articule à un niveau qui n’est définissable qu’en fonction de la chaîne signifiante… », Séminaire sur l’Éthique de la psychanalyse, Le Seuil, p. 250.
[5]
Ce qui ne cherchait qu’à « moujouir »…
[6]
Selon le titre de l’ouvrage de Moustapha Safouan.
[7]
Au cri asémantique, spécifié par l’absence d’adresse, répond contre toute attente un : « Présent ! »
[8]
S. Freud, « Esquisse d’une psychologie scientifique »,
puf, p. 336.
[9]
Il ne l’a pas « inventée », mais elle est là repérable dès cette « Esquisse » de 1895.
[10]
Lors de ma communication au congrès d’Analyse freudienne à Paris, j’avais ici repris la proposition de Danielle Treton de nommer la pulsion de mort « pulsion totale ». Le terme avait l’intérêt du jeu d’opposition avec les pulsions « partielles » ; mais il pose problème, car bien sûr ce n’est pas la pulsion qui est « totale », même s’il s’agit d’indiquer le mouvement pulsionnel vers la totalisation et la dimension « totalitaire » des pulsions de mort. Il serait peu élégant et imprécis de parler de « pulsion du total » ou « pulsion de totalisation » (bien que cela comporte une sorte de translittération de la «
todestrieb »). Restons-en donc à la formule freudienne de « poussée constante ».
[11]
J. Lacan,
ibid., p. 848.
[12]
J. Lacan,
ibid., p. 848.
[13]
Gérard Pommier, dans « Naissance et renaissance de l’écriture »,
puf, p. 244.
[14]
J. Lacan,
ibid., p. 846-848.
[15]
J. Lacan,
ibid., p. 848.
[16]
La mort n’a pas de sens, c’est elle qui le donne…
[17]
Sur ce point, cf. tout particulièrement l’ouvrage de Claude Conté,
Le réel et le sexuel, érès.
[18]
J. Lacan, « Les complexes familiaux », dans
Autres écrits, Le Seuil, p. 30 à 36.
[19]
« … il ne faut pas hésiter à reconnaître au premier âge une déficience biologique positive, et à considérer l’homme comme un animal à naissance prématurée. Cette conception explique la généralité du complexe, et qu’il soit indépendant des accidents de l’ablactation. Celle-ci - sevrage au sens étroit - donne son expression psychique, la première et aussi la plus adéquate, à
l’imago plus obscure d’un sevrage plus ancien, plus pénible et d’une plus grande ampleur vitale : celui qui, à la naissance, sépare l’enfant de la matrice, séparation prématurée d’où provient
un malaise que nul soin maternel ne peut compenser », J. Lacan, art. cit., p. 34, c’est moi qui souligne.
[20]
Lacan cite ici ces « suicides non violents » : … « grève de la faim de l’anorexie mentale, empoisonnement lent de certaines toxicomanies par la bouche… », art. cit., p. 35.
[21]
M. Safouan,
L’échec du principe de plaisir, Le Seuil, p. 81-82.
[22]
Cf. Cioran : « Une idée, un être, n’importe quoi qui s’incarne, perd sa figure, tourne au grotesque », Gallimard, Folio Essais, p. 17.
[23]
Un signifiant sous lequel un sujet pourrait disparaître, cela n’existe pas, puisqu’il faut au moins deux signifiants pour qu’il y ait un sujet.
[24]
J’emprunte cette formulation à Hector Yankelevitch qui, au cours de ce même congrès, a développé ce point par ses propres voies, en s’appuyant lui aussi sur les mêmes mots de M. Safouan ; et je le remercie d’avoir aussi indiqué que, dans la langue allemande, « jenseits » (« au-delà… du principe de plaisir) signifie aussi bien « en deçà ». Toute mon argumentation s’appuie sur cette idée que l’au-delà du principe de plaisir est autant un en deçà.
[25]
J. Lacan, Séminaire sur
L’éthique de la psychanalyse, Le Seuil, p. 252.
[26]
J. Lacan,
ibid., p. 250.
[27]
Cf Cioran,
L’inconvénient d’être né, Gallimard, Folio Essais, p. 29 : « L’obsession de la naissance procède d’une exacerbation de la mémoire, d’une omniprésence du passé, ainsi que d’une avidité de l’impasse, de la
première impasse. »
[28]
J. Lacan, Séminaire
Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Le Seuil, p. 248 ; comment ne pas citer ici ce passage fulgurant du séminaire : « Le désir de l’analyse n’est pas un désir pur. C’est un désir d’obtenir la différence absolue, celle qui intervient quand,
confronté au signifiant primordial, le sujet vient pour la première fois en position de s’y assujettir. Là seulement peut surgir la signification d’un amour sans limite, parce qu’il est hors des limites de la loi, où seulement il peut vivre » (c’est moi qui souligne). Bien sûr, le signifiant primordial ne saurait être le signifiant que le sujet était avant de naître. Question à développer ultérieurement.
[29]
S. Freud, « Considérations actuelles sur la guerre et la mort », dans
Essais de psychanalyse, Paris, Payot, p. 26 à 40.
[30]
C’est moi qui souligne.
[31]
Sur cette nomination de l’éthique de la psychanalyse, cf. les travaux d’Analyse freudienne, dans le n° 16-17, 1998, d’
Analyse freudienne presse.