2004
Analyse freudienne presse
Avant-propos
Chantal Simon Hagué
Après les tables rondes, présentées dans le numéro précédent, sur le thème « Le refoulement, c’est l’inconscient », voici aujourd’hui notre compilation d’articles sur le même thème.
« Le refoulement est le retour du refoulé », dit Lacan. Dans un lapsus, par exemple embarrassé au lieu d’embrasser, le mécanisme du refoulement consiste en la substitution d’un signifiant incongru en place du signifiant attendu. Il y a également refoulement lorsqu’il y a oublie de nom et, dans ce cas, il s’agit d’une substitution d’un signifiant zéro au signifiant refoulé. Le refoulement d’un signifiant est ce que Freud a appelé le refoulement secondaire et qu’il a décrit comme un refoulement défensif.
Mais Freud a été amené à poser la nécessité d’un refoulement originaire qui ne serait pas un mécanisme de défense mais plutôt un mécanisme à la racine de la division du sujet et qui interviendrait dans la mise en place de l’inconscient. Son opération s’identifie à celle de la métaphore paternelle.
Dire que refoulement et retour du refoulé sont identiques offre l’intérêt de nous empêcher de considérer le refoulement comme un sac duquel des contenus pourraient être ensuite ressortis. Cela nous ramène à la différence entre parler et dire : parler, c’est refouler, et dire, c’est du côté de la levée du refoulement, selon le principe de la bande de Möbius. Le dire fait tomber sur ce point où le signifiant manque.
C’est, du point de vue clinique, ce qui constitue une perspective ouverte à l’acte analytique. Le psychanalyste est là pour faire face à l’érosion de la parole.
Lorsque Lacan énonce : « Je dis la vérité mais pas toute », l’écart entre la vérité et pas toute invite à réfléchir sur la nature de ce pas toute qui renvoie au signifiant manquant et aux tableaux de la sexuation.
La question du refoulement peut être abordée aussi par cette voie-là : la différence entre ce qu’il en est de la vérité et ce qu’en produit le discours implique un pas toute, c’est-à-dire la perte de quelque chose. En ce qui concerne le rêve – cette fameuse voie royale d’accès à l’inconscient –, il existe aussi, dans cet écart entre le contenu manifeste et le contenu latent, quelque chose qui manque, qui est irréductiblement absent. Cet écart relève du refoulement défensif. Se pourrait-il qu’il s’agisse, dans l’écart entre le contenu manifeste et le récit que le sujet fait de son rêve, d’un refoulement actif ?
Souvent existe, dans une cure, un signifiant commun au patient et à l’analyste, le signifiant qui entraîne un imaginaire et une jouissance partagés. C’est là la difficulté du transfert qui invite à un certain type d’amour jusqu’à ce point de rencontre autour du signifiant commun. Le cas ne se présente pas dans toutes les cures, mais lorsqu’il se produit, il peut affecter l’analyste et, s’il reste refoulé, l’analyse peut s’arrêter. C’est seulement si le psychanalyste arrive à se maintenir, dans ce point de rencontre, à une place où le patient ne pourra le trouver comme désirant, c’est seulement s’il arrive à tenir cet écart le plus large possible entre l’identification et l’objet qu’il y aura, comme le dit Lacan, la possibilité que se glisse de la différence absolue.
Un psychanalyste ne peut donc faire avancer l’analyse qu’en levant, lui aussi, son propre refoulement, y compris par rapport à la théorie.
« Il n’y a pas d’inconscient collectif, disait Freud, puisque tout inconscient est aussi un inconscient collectif. » Il n’y a pas d’inconscient qui ne puise son signifiant aussi dans le collectif et, si nous nous distinguons très clairement des jungiens par notre refus d’un inconscient collectif, nous devons néanmoins nous interroger sur la notion de refoulement collectif. Là encore ce signifiant commun avec lequel tout leader peut faire communauté, chacun s’en trouvant identifié à ce leader et partageant ainsi quelque chose du même amour.
Soulignons, à propos de ces « ruptures de l’histoire », l’écart entre d’une part la mémoire et l’oubli, à titre collectif, et d’autre part la levée du refoulement, à titre personnel.