Annales. Histoire, Sciences Sociales
Editions de l’E.H.E.S.S.

I.S.B.N.9782713213847
292 pages

p. 153 à 176
doi: en cours

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Questions d'histoire économique france, XIXe siècle

56e année 2001/1

2001 Annales. Histoire, Sciences Sociales Questions d’histoire économique france, XIXe siècle

Marseille (1831-1865)

Une révolution industrielle entre europe du nord et méditerranée

Xavier Daumalin CNRS-UMR TELEMME/Université de Provence Olivier Raveux CNRS-UMR TELEMME/Université de Provence
Le processus d’industrialisation de la région marseillaise au cours de la première moitié du XIXe siècle a longtemps été sous-estimé dans son ampleur comme dans sa précocité. Depuis maintenant dix ans, de nombreuses publications ont permis de combler cette lacune de l’historiographie française et européenne. Atypique et diversifiée, l’industrie marseillaise a su saisir les opportunités offertes par sa double inscription dans les espaces économiques méditerranéen et européen, et offre un remarquable exemple de révolution industrielle durant les années 1831-1865. Le cas marseillais permet de souligner l’importance de la demande comme facteur préalable à la modernisation des industries traditionnelles et met en valeur la nécessaire mise en place de combinaisons entre dynamisme intrinsèque et ouvertures sur l’extérieur afin d’accomplir une profonde transformation industrielle. The process of industrialization in the Marseille area during the first half of the nineteenth century has long been underrated in extent as well as in precocity. For about ten years now, publications by numerous economic historians have been filling this gap in French and European historiography. Being atypical and diversified, the industry of Marseille has taken advantage of the opportunities arising from its double insertion in the European and Mediterranean economic spaces and gives a remarkable example of industrial revolution in the 1831-1865 period. The case of Marseille allows to underline the importance of demand as a preliminary factor in modernization of traditional industries and brings out the necessary implementation of combinations between intrinsic dynamisms and openness to the outside in order to accomplish a deep industrial transformation.
L’industrialisation marseillaise a toujours été perçue et décrite par les historiens français comme un phénomène rapide qui se serait produit sous le Second Empire. Une « époque extraordinaire », écrit Louis Girard en 1961, où Marseille, « immobile depuis des siècles », attire les hommes, les capitaux, démultiplie ses compétences, repousse les limites de son horizon commercial et entre dans l’ère contemporaine grâce à la « confluence, très rare dans l’histoire, des conjonctures techniques, économiques et politiques [1] ». En 1975, Louis Pierrein confirme que la fonction industrielle du port de Marseille n’est pas apparue avant 1855 [2]. Dans l’imaginaire collectif comme dans les faits, cette date ne doit rien au hasard. Elle correspond à la mise en service des premiers hauts fourneaux marseillais. Pas d’industrie sans sidérurgie. Le modèle anglo-saxon, qui demeure le mètre-étalon de l’analyse historique des processus d’industrialisation, offre une vision réductrice de la géographie industrielle de l’Europe de la première moitié du XIXe siècle [3]. Avant les années 1850, l’économie marseillaise souffre de son appartenance à un espace méditerranéen jugé essentiellement agricole, commercial, et dont l’industrie peine à surmonter ses problèmes techniques ou financiers et à trouver des débouchés. Fondamentalement, elle reste à la périphérie d’une Europe industrielle du Nord-Ouest qui seule peut lui fournir les moyens de sa modernisation et de son essor.
Cette interprétation n’est plus admise aujourd’hui. Au cours des années 1990, les historiens français ont rouvert le dossier et sont parvenus à une vision entièrement renouvelée du cas marseillais. Les racines de ce changement ne se trouvent pas uniquement au sein d’une dynamique propre à la recherche hexagonale. À dire vrai, tout s’est d’abord joué dans les pays voisins de la Méditerranée. Depuis la fin des années 1960, les chercheurs italiens, espagnols et grecs se sont lancés dans un mouvement de relecture de leurs histoires industrielles, sur la base d’une remise en cause des cadres traditionnels de l’analyse. Leurs recherches ont débouché sur un constat sans appel en ce qui concerne les pays du nord de la Méditerranée : la variété des activités de production, les différences de rythme dans les processus d’industrialisation, la présence de logiques de fonctionnement atypiques, aussi bien pour la gestion des marchés que pour celle des facteurs de production, et l’importance des dynamiques internes entraînent la nécessité de s’affranchir du modèle anglo-saxon pour prendre la mesure de mouvements différents de ceux de l’Europe du Nord-Ouest [4]. Si longtemps présente dans les analyses, la notion de périphérie apparaît réductrice [5]. Avant tout, l’é conomie méditerranéenne doit être étudiée pour elle-même. Les modèles de référence doivent permettre des comparaisons porteuses d’explications et non pas constituer les cadres rigides d’une recherche centrée sur les déclinaisons du « retard » et sur les conséquences des liens de dépendance entre les différentes zones européennes.
Les historiens français ont tardé à adopter une telle approche mais, profitant de cette dynamique de la recherche en Méditerranée, ils ont fini par se lancer dans une relecture de l’histoire industrielle de la façade méditerranéenne. S’appuyant sur les travaux de quelques devanciers comme l’historien américain William Sewell [6], plusieurs publications proposent désormais une image différente de la chronologie et de la nature de l’industrialisation marseillaise. En 1990, dans L’imaginaire de Marseille, Marcel Roncayolo lance le débat en attirant l’attention sur la « densité exceptionnelle [7] » des années 1830, lorsque le « modèle libéral » impose à la ville une nouvelle définition de ses fonctions économiques. La même année, Michel Lescure démontre que « la croissance économique qui eut lieu à Marseille après 1860, marquait une seconde phase dans le processus d’industrialisation plutôt qu’un point de démarrage [8] ». Peu après, Gérard Chastagnaret met en valeur l’importance du travail des minerais et métaux non ferreux à Marseille au cours du deuxième tiers du XIXe siècle [9]. Toujours en 1991-1992, la grande exposition « Marseille au XIXe siècle [10] » accélère la prise de conscience, oriente les historiens vers de nouvelles approches [11] et suscite deux synthèses, les premières depuis l’Å“uvre inégalée de Paul Masson [12].
Loin d’enfermer leurs analyses dans un cadre régional trop limité, ces différents travaux ont souvent fondé leurs problématiques sur des comparaisons avec les espaces français, européen et méditerranéen, et permettent ainsi de s’interroger sur plusieurs points fondamentaux des processus d’industrialisation. Si la notion de révolution industrielle a perdu sa valeur explicative générale, ne reste-t-elle pas un des outils pertinents pour la compréhension de certains mouvements d’industrialisation ? Quels sont les facteurs déterminants des réussites nées de stratégies industrielles fonctionnant sur des emboîtements d’espaces économiques et politiques, de natures et d’échelles diverses ? Comment s’articulent les dynamismes endogènes et exogènes dans les processus de modernisation industrielle ? Doit-on attribuer une spécificité au développement de villes et de régions inscrites dans des espaces nationaux marqués parfois par l’insuffisance des débouchés et, souvent, par la fragmentation des marchés ? Le cas marseillais ne permet certes pas d’élucider l’ensemble de ces problèmes, mais il offre, aussi bien par sa spécificité que par sa richesse, des pistes de réflexion et quelques éléments de réponse pour l’espace européen comme pour l’espace méditerranéen.
 
Un exemple de révolution industrielle
 
 
Que l’industrialisation marseillaise ait été brutale, et donc en complète contradiction avec le schéma graduel qui caractérise l’industrialisation française [13], est un fait indéniable : les derniers travaux ne font que confirmer les analyses plus anciennes et ils rejoignent celles qui portent sur d’autres cas méditerranéens désormais bien connus, comme Barcelone et Le Pirée [14]. Le seul changement important concerne la périodisation du phénomène. Ce n’est pas pendant le Second Empire ni grâce à lui que Marseille s’industrialise, mais dès les années 1830. S’il s’agit d’une découverte pour les historiens, la mise en lumière de la précocité du phénomène est aussi, et peut-être surtout, une réhabilitation de la mémoire des contemporains. Au cours des années 1830-1840, les économistes marseillais et français, tout comme leurs collègues catalans, étaient en effet pleinement conscients de l’importance des changements en cours [15].
La mesure des changements
Il est relativement difficile de réunir des séries de données permettant de mesurer l’évolution de l’industrie marseillaise entre 1831 et 1865. Quelques chiffres, toutefois, concernent le nombre des ouvriers, la valeur de la production industrielle, l’équipement des usines en machines à vapeur et les capitaux affectés à la modernisation des structures de la production. Ces quatre indicateurs sont partiels, mais, pris ensemble, ils permettent de saisir l’ampleur et la rapidité du processus d’industrialisation par les ordres de grandeur qu’ils fournissent.
L’emploi est le premier élément qui donne une bonne vision de ces transformations radicales. Vers 1830, l’industrie marseillaise (manufactures et usines à vapeur) occupe près de 18 000 ouvriers ; ils sont 21 500 dix ans plus tard et 35 à 40 000 en 1850 [16]. Sous la Restauration, le négoce et l’artisanat représentent la part dominante des emplois. Dès l’avènement du Second Empire, l’industrie prédomine. En moins de trois décennies, Marseille est devenue une cité ouvrière, comme Barcelone à la même époque ou Le Pirée dans le dernier tiers du XIXe siècle.
L’évolution de la valeur de la production industrielle offre les mêmes caractères de rapidité et d’intensité. Si cette donnée est lacunaire en raison de l’absence de renseignements précis sur les valeurs ajoutées, elle a toutefois le mérite de souligner les modifications de l’échelle des productions. En 1830, la valeur des produits fabriqués par les industries marseillaises s’élève à 136,5 millions de francs ; en 1841, le montant dépasse 190 millions, soit une augmentation d’environ 40 % en douze ans seulement et une croissance annuelle moyenne de presque 3 % [17]. Au cours des deux décennies suivantes, la progression se poursuit avec la même vigueur pour culminer à près de 272 millions de francs en 1861 et représenter une valeur commerciale de 422 millions de francs [18]. En trente ans, le montant de la production industrielle a doublé. Ville du négoce, Marseille est aussi devenue une cité industrielle.
Afin de changer les échelles de fabrication, l’industrie marseillaise a fait appel à de nouveaux équipements. Cette modification dans l’équilibre des facteurs de production témoigne également de la vigueur du mouvement d’industrialisation de la ville. Il faut attendre 1818 pour que Marseille reçoive sa première machine de type Watt. Entre 1818 et 1830, malgré l’installation de quelques unités, l’industrie marseillaise se refuse à entrer dans l’ère de la vapeur et n’utilise l’énergie hydraulique qu’avec parcimonie. En 1835, seulement 14 machines à vapeur tournent dans une dizaine d’établissements. C’est à ce moment précis que Marseille adopte de manière massive et régulière l’énergie vapeur. En 1843, au moins 80 machines fonctionnent dans les arrondissements d’Aix-en-Provence et de Marseille ; le chiffre passe à environ 200 en 1855, et, dix années plus tard, plus de 450 machines à vapeur actionnent les mécanismes des usines des BouchesduRhône. Toutes les branches industrielles ont été touchées par ce mouvement d’adoption. Marseille, devenue une ville de la vapeur, ne recourt quasiment pas à l’énergie hydraulique. Ce cas de figure peut sembler paradoxal alors que le rôle de la machine à vapeur, durant la première révolution industrielle, a été revu à la baisse depuis les travaux pionniers de Nick von Tunzelmann, et ceux de Louis Bergeron et Serge Benoît [19]. Marseille ne constitue pourtant pas un cas original en Méditerranée. Même si la densité est moindre, la ville du Pirée connaît une situation globalement similaire entre le début des années 1860 et 1900 [20]. Barcelone fait mieux encore et plus rapidement au cours de sa première période de développement industriel, fondée sur la coal fuel technology [21]. Bien que polluante et coûteuse, la vapeur s’est imposée en Méditerranée lors des phases initiales d’industrialisation. Seule énergie adaptée aux rythmes des processus d’industrialisation, elle offrait une réponse au problème de l’absence de cours d’eau utilisables tout au long de l’année et permettait de surmonter les difficultés pour établir rapidement des canaux de distribution d’eau à l’intérieur de grands centres urbains [22]. L’adoption d’un type d’énergie motrice ne s’explique pas uniquement par la recherche du coût de fonctionnement le moins élevé et par les conditions géologiques et hydrographiques au niveau local. La nécessité d’établir au plus vite des structures de production performantes se pose en impératif absolu face à une brusque croissance des marchés.
Le dernier grand indicateur est l’évolution de la part des capitaux investis dans les sociétés qui utilisent la vapeur comme source d’énergie par rapport au total des fonds investis dans les entreprises marseillaises au cours de la première moitié du XIXe siècle. Après avoir stagné en deçà de 3 % jusqu’en 1829, elle passe à 5 % en 1830-1834,12 % en 1835-1839,50 % en 1840-1844 pour retomber à 30 % entre 1845 et 1849 [23]. En moins de vingt ans, au prix d’un investissement global d’environ cinquante millions de francs, les Marseillais se sont dotés de structures industrielles solides qui vont alimenter la prospérité de la ville pendant tout le XIXe siècle. Rapide et important, cet effort financier dans la modernisation des structures de production n’est pas sans rappeler l’action menée par les patrons catalans du coton en faveur de la mécanisation de leurs filatures et de leurs ateliers de tissage [24] ou, toute proportion gardée, celle des entrepreneurs grecs des années 1868-1875 [25]. Ces trois cas invitent à formuler une hypothèse radicale : en Méditerranée, lors du démarrage des processus d’industrialisation, l’investissement productif n’est pas le fruit d’une lente accumulation au sein d’entreprises déjà anciennes. Il se fait massivement, dans l’« urgence », et à l’intérieur de structures de production le plus souvent neuves.
N’en déplaise à tous ceux qui trouvent l’expression « un peu trop commode », voire « flatteuse pour un esprit un peu simplificateur ou paresseux [26] », quantitativement et qualitativement, c’est une vraie révolution industrielle. À l’instar des travaux de Maxine Berg et Pat Hudson sur la Grande-Bretagne des années 1760-1820 [27], la notion de rupture radicale dans les processus de développement industriel est remise à l’honneur. Il ne s’agit pas de réhabiliter cette notion comme modèle exclusif d’interprétation et de relancer le débat — désormais dénué d’intérêt — entre partisans de la rupture et « gradualistes », mais de souligner plus simplement que le concept de révolution industrielle est une clé de lecture qui se révèle encore pleinement opératoire. Les voies qui mènent à l’industrialisation sont multiples ; il convient de n’en négliger aucune.
Les facteurs du démarrage
S’interroger sur les caractéristiques de cet essor marseillais si soudain et si rapide, c’est, bien entendu, se poser les questions controversées des facteurs et des conditions nécessaires au développement industriel. L’attitude des entrepreneurs pose problème [28]. Pourquoi attendirent-ils le début des années 1830 pour « vaporiser » leurs moyens de transport et leur système de production, et pourquoi, d’un seul coup, se mettent-ils tous à utiliser l’énergie vapeur ? Plusieurs facteurs, en effet, auraient dû entraîner cette conversion dès la Restauration et d’une façon plus graduelle : l’extrême faiblesse du potentiel hydraulique local; l’existence d’un gisement de charbon à proximité de la ville [29]; une connaissance, une maîtrise et une certaine facilité d’accès à la technologie de la vapeur dès 1818 ; la reprise des échanges après les troubles de la période napoléonienne ; l’efficacité des réseaux commerciaux locaux qui permettent à Marseille d’être en contact constant avec toutes les grandes places d’Europe et de la Méditerranée ; l’abondance des capitaux et la performance des structures juridiques de financement des entreprises.
Si ces facteurs n’ont pas joué le rôle qui aurait pu être le leur, c’est qu’ils ont été neutralisés par un élément autrement plus important aux yeux des entrepreneurs marseillais : les marchés. Tant que ceux dans lesquels ils évoluent ne sont pas libérés des différents obstacles qui entravent leur essor, les chefs d’entreprises s’abstiennent de faire évoluer leur système de production. Ils préfèrent s’en tenir à des structures, à des méthodes ou à des matériels éprouvés par le temps et déjà largement amortis. Cette stratégie est une constante du capitalisme local. Elle est aussi et surtout une des clés de la réussite économique et sociale de cette révolution industrielle. L’innovation se produisant au meilleur moment possible — lorsque les marchés s’ouvrent —, elle est alors durable et créatrice d’emplois, y compris dans les branches qui utilisent traditionnellement une main-d’Å“uvre abondante. L’exemple du raffinage du sucre est, de ce point de vue, particulièrement révélateur. Entre 1829, date à laquelle les raffineries de sucre ne recourent pas encore à la vapeur, et 1850, où elles sont toutes converties à cette énergie, le nombre des établissements passe de 20 à 6 et celui des emplois de 600 à 1 000 personnes. Le même constat vaut pour la chimie de la soude : entre 1828 et 1844, la « vaporisation » du système de production se traduit par une concentration des usines et une augmentation de près de 480 emplois. Si on ajoute à cela les 2 600 emplois créés par l’émergence de nouvelles activités qui, dès le début, misent sur la vapeur (huileries de graines oléagineuses et métallurgie), on comprend mieux pourquoi il n’y a pas eu à Marseille, dans ces années-là, de violentes manifestations pour protester contre l’introduction des machines à vapeur. Lorsque l’innovation technologique n’est pas subie, lorsqu’elle est anticipée au cours d’une phase de croissance, elle n’est pas synonyme de chômage technologique. Une telle rapidité dans la modernisation des structures de production sous l’impulsion du marché se retrouve avec le cas du textile catalan. Tout se joue en quelques années seulement, quand le retour de la paix civile et l’action de l’État permettent la naissance et le développement d’un marché national unifié et protégé de la concurrence étrangère [30]. En Méditerranée, l’industrie ne se développe qu’avec l’existence de marchés suffisamment importants pour être à même de rassurer les entrepreneurs sur les possibilités d’amortir assez vite leurs investissements dans la modernisation des moyens de production ou dans la création de nouvelles unités de production. L’échec de Mohammed Ali en Égypte et les difficultés du développement de l’industrie dans les États de l’Italie pré-unitaire ne font que souligner l’inadéquation d’une politique de l’offre dans le cadre de marchés fragmentés, étriqués et difficilement capables de constituer un socle ferme pour la croissance économique [31].
Ce rôle prépondérant des marchés est d’autant plus intéressant dans le cas de Marseille qu’il ne se limite pas à une seule branche d’activités. La simultanéité avec laquelle des productions parfois indépendantes les unes des autres connaissent une forte croissance doit retenir l’attention. Deux grands facteurs explicatifs peuvent être avancés. On retrouve, tout d’abord, l’impact du politique sur l’économique. L’économie marseillaise puise sa dynamique de sa large ouverture internationale, mais possède aussi la chance d’être insérée dans un espace national doté d’un appareil étatique suffisamment puissant pour peser sur les questions de développement économique. En se lançant à la conquête de l’Algérie et du Sénégal, en participant au financement d’une compagnie de chemin de fer qui intéresse directement les Marseillais (Société des Mines de la Grand’Combe et des Chemins de fer du Gard), puis en adoptant une politique d’économie mixte pour la construction ferroviaire, en lançant ses propres vapeurs au départ de Marseille (ligne postale du Levant) ou en protégeant plus ou moins fortement telle ou telle production, l’État français a incontestablement favorisé l’expansion de certains marchés ou orienté les flux commerciaux. Le port de Marseille ne serait jamais devenu le principal entrepôt français du sucre de canne d’origine coloniale, si le sucre de betterave ne s’était pas imposé dans les raffineries du Nord ou du Bassin parisien grâce à la protection douanière dont il bénéficiait depuis le Premier Empire. La construction et la réparation navales n’auraient pas non plus connu un tel essor sur le littoral provençal si la monarchie de Juillet ne s’était pas investie à ce point dans la navigation à vapeur à Marseille et à Toulon, si elle n’avait pas fait le choix de conquérir le Sénégal et l’Algérie ou si le gouvernement n’avait pas établi des tarifs douaniers permettant aux Marseillais d’éviter la redoutable concurrence anglaise. Inversement, l’État a parfois freiné l’essor industriel. Le maintien du système de l’échelle mobile a longtemps bloqué la croissance des minoteries marseillaises en freinant les importations de blés étrangers. Sur d’autres marchés, comme celui des oléagineux, une branche très importante puisqu’elle déterminera la croissance de la savonnerie, de la chimie de la soude et de l’acide sulfurique, l’État intervient peu et c’est cette fois le dynamisme des entrepreneurs marseillais qui joue un rôle fondamental, aussi bien dans la création d’unités de production que dans la mise en place de réseaux commerciaux internationaux qui drainent vers le port provençal des matières premières brutes à transformer. Comme le souligne un consul de Belgique en 1860, « il n’y a pas de doute que la France et Marseille en particulier doivent en très grande partie la prospérité et l’extension de leur commerce à l’établissement soit de maisons françaises à l’étranger, soit de maisons étrangères en France [32] ». L’essentiel, en fin de compte, est que la combinaison entre facteurs exogènes et endogènes suscite une dynamique de croissance, tant dans les sources d’approvisionnement que dans les débouchés.
Fluctuations conjoncturelles et recompositions structurelles
Si les années 1830-1865 sont marquées par des changements intenses et profonds, il ne faut toutefois pas en conclure que le mouvement d’industrialisation de la région marseillaise s’articule autour d’une progression parfaitement linéaire. Au cours de cette période, quatre crises affectent durement la régularité du processus de croissance. Celles des années 1837 et 1857, brèves, relèvent plutôt du conjoncturel.
Caractérisée par une grande activité jusque vers 1835, l’économie marseillaise est touchée par une première crise en 1837 qui entraîne bon nombre de faillites de sociétés industrielles et plonge les activités commerciales dans le marasme. Liée essentiellement au secteur du textile et aux difficultés financières de l’Angleterre et des États-Unis, la crise de 1837 est toutefois de courte durée et ne casse pas durablement la courbe de la croissance industrielle marseillaise. Dès 1838, la prospérité est de retour et les initiatives reprennent à un rythme soutenu. La période 1838-1847 constitue même très certainement le moment le plus important du processus d’industrialisation de la ville. C’est durant cette décennie que les entrepreneurs lancent définitivement le mouvement amorcé au début de la monarchie de Juillet. La crise de l’année 1857, un peu de même nature, voit ses répercussions limitées à quelques secteurs d’activités [33]. Seules les entreprises sidérurgiques naissantes sont véritablement atteintes avec la faillite des Hauts Fourneaux de Cassis et les problèmes rencontrés par ceux de Saint-Louis [34]. En revanche, les difficultés de la période 1847-1851 et du milieu des années 1860 diffèrent totalement des précédentes, aussi bien par leur nature que par les effets qu’elles provoquent.
Malgré quelques originalités par rapport aux autres centres industriels français, Marseille n’échappe pas à la récession qui s’installe à partir de 1847-1848 [35]. Le commerce et la grande majorité des branches de production sont gravement touchés. Certaines difficultés sont internes à l’économie marseillaise et la récession n’est que le révélateur des difficultés qu’éprouvent les nouvelles activités industrielles à s’enraciner profondément au niveau local. La récession des années 1847-1851 met donc à l’épreuve la solidité des branches récemment créées ou modernisées. Les problèmes externes posent des questions plus inquiétantes. Ils démontrent la vulnérabilité des industries marseillaises sur la question des marchés. Désormais fortement liée à la fois à l’économie nationale et aux courants d’échanges internationaux, Marseille se trouve atteinte dans ses espaces de fonctionnement, et surtout dans ses débouchés. Pour faire face aux répercussions de la crise, qui prend fin en 1851, l’économie marseillaise voit se développer une série d’initiatives financières qui modifient le profil des grands secteurs industriels. La première consiste en une montée en puissance d’un mouvement de concentration au sein de plusieurs branches d’activités. Ce phénomène s’observe notamment dans la construction navale et la mécanique marine avec le rachat des chantiers navals de La Ciotat par les Messageries Nationales en 1851 et la création, deux ans plus tard, de la Société des Forges et Chantiers de la Méditerranée. Le financement de ces restructurations provoque la seconde grande initiative du milieu du XIXe siècle : l’arrivée en force des capitaux parisiens. Convaincus par l’essor des années 1830-1840 et conscients des opportunités offertes par la métropole provençale, les entrepreneurs et financiers de la capitale se lancent à partir de 1851 dans une politique d’investissement de grande envergure. Dans les conseils d’administration des grandes sociétés, la prédominance des locaux disparaît au profit d’hommes extérieurs à la ville [36].
Les difficultés du milieu des années 1860 marquent l’entrée de l’économie française dans la grande dépression du dernier tiers du XIXe siècle. Si Marseille fut relativement épargnée pendant cette longue période de trois décennies [37], les années 1866-1867 symbolisent la fin de la première phase de l’industrialisation de la ville, tant par la redéfinition des espaces économiques que par les grandes modifications sectorielles qui s’opèrent. Trois facteurs expliquent l’importance de cette crise. Le premier concerne les transports. Le développement du réseau ferroviaire français entraîne l’émergence d’un véritable espace économique national [38]. Il décloisonne les marchés régionaux et institue une féroce compétition entre les entreprises françaises. Le deuxième élément d’explication est douanier. Si l’instauration du libreéchange permet quelques nouvelles réussites comme la minoterie, qui ne souffre désormais plus de ses problèmes chroniques d’approvisionnements en grains (disparition du système de l’échelle mobile), elle cause de profonds dégâts dans l’industrie chimique, la construction navale et la mécanique marine, trois branches désormais sans protection face à la concurrence des entreprises britanniques. La levée du protectionnisme dans les années 1860 est d’ailleurs un problème plus largement français et méditerranéen. En Catalogne, les tarifs Figuerola de 1869 affectent durement l’industrie textile au cours d’une période déjà rendue difficile par les effets de la guerre de Sécession (« el hambre de algodó n »). Enfin, dernier facteur, conséquence des larges ouvertures vers les espaces maritimes, les entrepreneurs marseillais doivent faire face à des recompositions importantes dans certains circuits du commerce international. C’est le cas notamment de l’industrie du plomb qui, court-circuitée par sa rivale britannique [39], n’arrive plus à trouver les matières premières espagnoles nécessaires à son activité. Dans le domaine des oléagineux, la montée en puissance de la concurrence anglaise et allemande conduira les entrepreneurs marseillais à réclamer (et à obtenir) la colonisation de certains de leurs fiefs traditionnels, comme le Dahomey [40]. Par son effet de recomposition des structures et des espaces de fonctionnement, la crise du milieu des années 1860 perturbe durablement le système industriel qui s’était constitué à partir de 1830.
 
Les branches emblématiques
 
 
La spécificité de la révolution industrielle marseillaise ne se limite pas à un processus d’industrialisation ramassé dans le temps, antérieur au Second Empire et presque uniquement fondé sur l’énergie vapeur. Elle se manifeste encore dans ses branches motrices, et c’est sans aucun doute en raison de cette caractéristique que le phénomène est longtemps passé inaperçu. Contrairement aux régions du nord-ouest de l’Europe, qui demeurent toujours les références obligées de l’industrialisation, l’essor industriel méditerranéen — mis à part le cas exceptionnel de la Catalogne — ne repose ni sur le textile ni sur les activités minières ou sidérurgiques, mais « sur un très large éventail d’activités » [41] que l’on retrouve aussi bien à Naples que dans les Cyclades [42]. L’exemple marseillais symbolise parfaitement la multiplicité des cheminements industriels. Ses leading branches sont centrées sur le transport maritime et sur la transformation de produits agricoles qui proviennent principalement du bassin méditerranéen ou d’espaces coloniaux tels que l’Inde, les Antilles, les îles de l’océan Indien et les franges côtières de l’Ouest africain. La navigation à vapeur, l’huilerie de graines oléagineuses et le raffinage du sucre sont les trois branches emblématiques de la révolution industrielle marseillaise. Dans leur sillage, ces branches motrices vont entraîner plusieurs autres activités qui prendront à leur tour une part très active dans l’essor industriel de la ville (savonnerie, stéarinerie, extraction minière, fabrication des produits chimiques, métallurgie, industries mécaniques, etc.). Laissant de côté la question du transport maritime, le propos se limitera aux trois activités de production les plus importantes des années 1830-1860 : le raffinage du sucre, l’huilerie et la métallurgie [43].
Le raffinage du sucre
Jusque vers 1830, les raffineurs de sucre marseillais manquent de matières premières. Le sucre de canne est rare, il est cher — 50 francs les 100 kilogrammes à l’entrepôt, en 1828 — et sa consommation reste limitée [44]. Avec leurs chaudières à feu nu, les raffineurs ont une capacité de fonte d’environ 18 000 tonnes de sucre brut par an. Mais, en raison du système du Pacte colonial qui limite, en les surtaxant, les importations de sucre brut d’Amérique ou des Indes, en raison aussi de la concurrence très active des ports du Havre et de Nantes, qui attirent la majeure partie de la récolte coloniale, ils ne reçoivent jamais plus de 10 000 tonnes de sucre brut en moyenne annuelle. Les Marseillais ont beau essayer de compenser la faiblesse des arrivages coloniaux par des achats, d’ailleurs très coûteux, dans les autres ports de France, leur capacité de fonte demeure toujours supérieure aux possibilités d’approvisionnement. Chaque année, ils sont ainsi obligés d’éteindre leurs chaudières pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois. L’appareil de production est trop largement dimensionné par rapport aux possibilités d’approvisionnement et aux capacités de consommation. Dans ces conditions, à quoi bon engager des frais supplémentaires dans l’achat d’une machine ou d’une chaudière à vapeur, même si ces appareils permettent de meilleurs rendements ? Le marché ne s’y prête pas et cela ne ferait qu’aggraver une situation financière déjà bien compromise par la rareté et la cherté du sucre de canne, ou par l’intermittence du travail.
Tout change, en revanche, au tournant des années 1830. Le Pacte colonial limite toujours les importations de sucre brut étranger mais, à l’intérieur même du marché national, on assiste à une profonde évolution structurelle avec l’apparition d’une nouvelle matière première : le sucre de betterave. Ce sucre indigène, comme on disait alors, dont la culture a débuté sous le Premier Empire dans le cadre de la politique du blocus continental, ne supporte aucune taxe. Protégé par le Pacte colonial, sa culture a constamment progressé : 4 835 tonnes en 1828,7 296 tonnes en 1833,30 350 tonnes en 1835,50 000 tonnes en 1838, avant d’être à son tour taxé par l’État. Dès 1832, le sucre de betterave fait son entrée dans la plupart des raffineries parisiennes et du nord de la France ; en 1837, il représente déjà près de la moitié de leur fonte [45]. Cette nouvelle donne constitue une véritable aubaine pour les Marseillais. D’un prix inférieur à celui du sucre de canne, le sucre de betterave finit par peser à la baisse sur l’ensemble du marché. En 1838, le sucre de canne ne vaut plus, à Marseille, que 32 francs les 100 kilogrammes à l’entrepôt. Par ailleurs, en s’imposant dans les raffineries de la région parisienne et du Nord, le sucre de betterave repousse le sucre de canne vers les ports du Sud. En moins de dix ans, Marseille en devient le principal entrepôt : 10 343 tonnes en 1827,26 412 tonnes en 1839, près de 30 000 tonnes en 1844. Le sucre colonial n’étant plus une denrée rare, son prix a baissé; l’offre et la demande ont été simultanément libérées. C’est dans ce contexte que les raffineurs commencent à introduire des chaudières et des machines à vapeur dans leurs fabriques. Joseph Grandval est le premier à franchir le pas, en 1832. Il est bientôt imité par la plupart des autres entrepreneurs de la branche. En 1844, douze ans seulement après l’initiative de Joseph Grandval, plus de 70 % des raffineries de sucre fonctionnent à la vapeur. Les principaux débouchés de ces usines sont alors le Midi de la France, l’Italie (29 % des sucres exportés entre 1839 et 1841, l’Algérie 20 % et la Suisse 20 %).
L’huilerie de graines oléagineuses
L’essor des huileries de graines oléagineuses s’inscrit dans la même logique de marché. Depuis le début du XIXe siècle, la croissance de la savonnerie marseillaise est bloquée. L’huile d’olive, matière première de base dans la fabrication du savon de Marseille et symbole de qualité aux yeux des consommateurs [46], devient de plus en plus onéreuse en raison de la sous-production des régions oléicoles méditerranéennes et de l’augmentation de la demande européenne. Manquant de matière première, les savonniers ne parviennent plus à satisfaire la demande européenne, notamment dans l’industrie textile où le savon est utilisé pour l’apprêt et le blanchissage des cotonnades. Leur situation est d’autant plus préoccupante que, dans le même temps, les savonniers de Londres, Bristol et Liverpool ne cessent d’augmenter leurs ventes grâce à la mise au point d’un savon bon marché — mais d’une qualité inférieure à celle du savon de Marseille —, fabriqué avec des mélanges d’huiles de graines oléagineuses (huile de lin, d’Å“illette, de palme et d’arachides). Les Marseillais n’ont guère le choix. S’ils veulent sauver leur activité et retrouver une certaine compétitivité, ils doivent faire évoluer leur procédé de fabrication : les savons exclusivement composés d’huile d’olive ont vécu. Les savonniers n’entendent pas pour autant imiter servilement les Anglais en ne produisant que des savons à base d’huiles de graines oléagineuses et en renonçant, du même coup, aux qualités traditionnelles — au « capital image » — de leur produit [47]. Entre les savons exclusivement composés d’huile d’olive et les savons anglais à base d’huiles de graines oléagineuses, ils choisissent donc une troisième voie, celle des mélanges, des savons mixtes.
Des essais sont d’abord réalisés avec des graines de coton, d’Å“illette, de ravison et de lin, sans grand succès. Ces expériences peu concluantes donnent néanmoins naissance à une nouvelle activité, l’huilerie de graines oléagineuses. En 1834, Marseille compte quatre huileries, mais aucun de ces établissements n’utilise encore la vapeur. Le déclic se produit au cours de la décennie suivante, quand les négociants Nicolas Reggio et Victor Régis rapportent des échantillons de graines de sésame et d’arachide de leurs expéditions commerciales dans le Levant et le long de la côte occidentale d’Afrique. Après de nouveaux essais, les huiliers constatent que les huiles obtenues se marient très bien avec l’huile d’olive sans altérer la qualité du savon de Marseille, et il s’ensuit aussitôt un véritable « boom » agricole (le Sénégal et la Guinée se couvrirent de champs d’arachide) et commercial : entre 1832 et 1842, les arrivages d’oléagineux passent de 430 à 36 700 tonnes pour atteindre 65 700 tonnes dix ans plus tard, et 118 200 tonnes en 1862 [48]. La pénurie des matières grasses n’est plus qu’un mauvais souvenir. Dès 1844, vingt huileries fonctionnent à plein régime et emploient plus de 550 ouvriers. Dix-neuf d’entre elles utilisent la vapeur, la première ayant sans doute été installée par Louis Euzière en 1835, avec l’assistance d’un technicien local, Jean-Baptiste Falguière.
Il est intéressant de comparer le raffinage du sucre et de l’huilerie car, à partir d’un même processus d’industrialisation, on débouche sur des structures micro-économiques différentes. Dans l’huilerie, activité nouvelle, les établissements sont plus nombreux, éphémères, et le nombre d’ouvriers par usine tourne autour de trente personnes (moyenne de l’année 1844) ; dans le raffinage du sucre, la tendance à la concentration de la production est au contraire très forte (20 établissements en 1830,3 en 1860) et le nombre moyen des ouvriers s’élève à un peu plus de 160 personnes par usine. De la même manière, la demande technologique est plus forte dans les raffineries de sucre (deux à trois machines par établissement) que dans les huileries (une seule machine, généralement). Bien entendu, toutes ces différences se répercutent dans la taille des usines et les structures financières des sociétés.
Une métallurgie puissante et diversifiée
Parmi les nombreuses activités stimulées par la croissance des branches motrices de la révolution industrielle marseillaise, l’une d’elles, la métallurgie, connaît un essor sans précédent et devient un des principaux piliers de l’industrie locale au cours des années 1830-1865. C’est très certainement sur ce secteur que la recherche a effectué les avancées les plus importantes [49]. Amorcée par les intuitions de Marcel Roncayolo et de Gérard Chastagnaret [50], une série d’études récentes est venue combler une des grandes lacunes de l’historiographie industrielle marseillaise [51]. En prêtant attention au traitement des métaux non ferreux et aux industries d’assemblage et de transformation de produits semi-finis, plusieurs de ces travaux ont permis de redécouvrir l’histoire oubliée d’un secteur puissant et diversifié, capable de pallier la pauvreté du sous-sol provençal par la capacité de ses entrepreneurs à s’insérer dans des circuits commerciaux et à se spécialiser dans les fabrications les plus favorables en termes de coûts de production et de concurrences nationale et internationale.
Inexistante sous la Restauration, la métallurgie marseillaise apparaît vers 1830 avec la création de la fonderie des frères Puy. L’année suivante, Jean-Baptiste Falguière installe une usine de construction d’appareils à vapeur. Dès lors, la demande en biens d’équipement ne cessant de croître, les créations d’entreprises se multiplient et entraînent la constitution d’une branche composée essentiellement de petites unités dans laquelle fonderies et ateliers de mécanique fonctionnent en parfaite complémentarité. L’apparition de la métallurgie est d’abord conséquence puis moteur du développement industriel. Éléments centraux d’un système industriel qui est né au début des années 1830, les fonderies et ateliers de mécanique sont liés aux commandes passées par les raffineries de sucre, les huileries, les compagnies de navigation et les minoteries, et permettent à ces industries d’accroître leur productivité par une offre de biens de production parfaitement adaptée à leurs besoins.
Le début des années 1840 est marqué par une diversification des productions et la croissance de la taille des entreprises. À la demande industrielle s’ajoutent celles du transport ferroviaire et des grands aménagements urbains et portuaires. Outre les appareils à vapeur fixes et les machines marines, les pièces de fonte ou de fer, les presses hydrauliques et les cylindres d’écrasement, l’industrie marseillaise fabrique désormais des moteurs pour les locomotives et des produits laminés en cuivre et en plomb. Près de 2 000 ouvriers travaillent alors dans le secteur, à La Ciotat ou dans les différents établissements de Marseille. Pénalisée par l’absence d’une sidérurgie locale, la métallurgie marseillaise se trouve confrontée au problème du coût d’approvisionnement en matières premières. De nombreux avantages, telles les aides de l’État et l’insuffisance des réseaux de transport français, lui permettent toutefois de surmonter cette difficulté. Les entreprises sont protégées des concurrents britanniques par une législation douanière très protectionniste et des constructeurs français par le prix élevé du transport des machines. Les débouchés sont donc surtout locaux mais quelques exportations ont lieu dans le bassin méditerranéen où des entrepreneurs marseillais comme Louis Benet ou Philip Taylor ont commencé à concurrencer les grandes entreprises britanniques. Le faible coût des transports maritimes et les primes accordées par l’État à la construction de machines pour la navigation internationale offrent quelques débouchés vers les États italiens, l’Espagne ou l’Empire ottoman. Le rôle de l’État est donc déterminant. Sur ce point, le cas marseillais s’oppose à ceux de l’Espagne et du royaume de Piémont-Sardaigne, dont les industries mécaniques sont pénalisées par des choix de politique économique radicalement différents. Dans ces deux États, la modernisation des industries de biens de consommation et des sociétés de transport sont prioritaires [52]. Les entrepreneurs des branches motrices — notamment ceux engagés dans les industries textiles et les chemins de fer — ont pu importer des machines étrangères, faiblement taxées. La construction mécanique nationale, jeune et engagée dans une stratégie de diversification des productions pour remédier à l’insuffisance des débouchés, ne pouvait lutter contre les entreprises britanniques, belges ou françaises. Cette absence de protection constituait un handicap d’autant plus lourd qu’elle touchait, par ricochet, une autre branche essentielle : une sidérurgie protégée par des tarifs douaniers mais coupée de son principal débouché. Comme l’a souligné Maurice Aymard, les problèmes de l’industrie méditerranéenne du XIXe siècle ne sont donc, en aucune manière, provoqués par un protectionnisme paralysant [53]. Les exemples marseillais et espagnols en sont les contre-exemples les plus évidents. Le débat ne doit pas se porter sur la validité des choix entre libre-échange et protectionnisme ou entre industries de biens de consommation et de biens d’équipement, mais sur le juste équilibre entre les deux, calculé en fonction des possibilités du marché, de la marge de manÅ“uvre des entreprises en matière d’investissements et de l’appréciation d’une phase de maturité pour des secteurs susceptibles de résister à la concurrence internationale.
La politique de l’État français a permis à la métallurgie marseillaise de gagner en ampleur et en diversité à partir de 1846. Le développement de l’industrie du plomb, la création de forges et de hauts fourneaux sont venus s’ajouter aux activités de la période précédente pour placer les Bouches-du-Rhône à la tête du classement métallurgique des départements français lors de la grande enquête industrielle du début des années 1860 [54]. Deux activités sont alors les symboles de cette réussite : l’industrie du plomb et la construction mécanique. La première activité est née en 1846 sous l’impulsion de l’Espagnol Luis Figueroa [55]. En drainant vers la Provence les galènes de plomb argentifère de la Sierra de Carthagène et en introduisant en France le procédé de désargentation mis au point par l’Anglais Pattinson, cet afrancesado inaugure un cycle d’une ampleur exceptionnelle [56]. Entre 1846 et 1853, huit usines marseillaises se lancent dans ce type d’activité. En 1859, le port provençal est devenu la principale zone française de production des métaux non ferreux. Alors à son apogée, la valeur des productions représente, avec trente millions de francs, plus de la moitié du total national. La construction mécanique connaît une réussite aussi brillante en se spécialisant dans les travaux pour la navigation. La maîtrise technologique, la moindre importance du prix des matières premières dans les coûts de fabrication, les aides de l’État et la bonne insertion dans des réseaux politiques et financiers sont les quatre clés du succès des entreprises de mécanique marine. Les chantiers navals de La Ciotat et l’atelier de Menpenti étaient les seuls à travailler dans cette spécialité à la fin des années 1840. Lors de la décennie suivante, près d’une dizaine d’établissements s’engagent dans la même voie et participent ainsi à l’essor de cette activité.
Toutes ces branches, motrices ou induites, débordent largement le terroir marseillais. Dès le début, la croissance industrielle de Marseille s’inscrit dans l’espace régional. Des rives de l’étang de Berre à Toulon, avec un arrière-pays qui s’étend aux bassins de l’Arc et de l’Huveaune, les Marseillais organisent l’espace provençal en créant des poches d’activités spécialisées, à la fois complémentaires et dépendantes de leur propre industrie : la chimie du sel autour de l’étang de Berre et à Septèmes (soude, acide sulfurique), l’exploitation du charbon dans le triangle Gardanne-Saint-Savournin-Peypin, la construction navale à La Ciotat et à La SeynesurMer. Marseille a façonné son arrière-pays, et ses relations avec l’espace national sont donc loin de se limiter au seul couloir commercial rhodanien.
 
Des hommes et des réseaux
 
 
Au cours de cette révolution industrielle, les entrepreneurs marseillais ont su constituer ou s’insérer dans des réseaux de natures et de niveaux très divers. Ce phénomène, particulièrement flagrant dans deux domaines déterminants, la technologie et les moyens de financement, est important à double titre. Il démontre d’abord que le retard technique ne constitue en rien un obstacle insurmontable pendant la première révolution industrielle [57]. La Méditerranée n’a jamais été ce désert technologique supposé de l’Europe du XIXe siècle. Comme Barcelone ou Naples, Marseille a su acquérir, quand il le fallait, les technologies qui lui faisaient défaut. Le second point important est que les capitaux ne manquent pas quand les opportunités du marché sont réelles. En s’appuyant sur les dynamismes locaux et en s’ouvrant sur l’extérieur, les industriels marseillais ont souvent trouvé les solutions les plus efficaces pour régler le problème du financement de la croissance et assimiler rapidement les techniques de production les plus complexes.
Les filières technologiques
Pour rendre possible la mise en place de nouvelles activités et favoriser le changement d’échelle des productions, Marseille a su emprunter les deux voies possibles qui s’offraient à elle pour acquérir ou élaborer les compétences techniques nécessaires. Les entreprises créées au cours des années 1830-1840 ont d’abord puisé dans le vivier constitué par les hommes issus de l’artisanat. L’exemple le plus significatif est ici celui de la construction mécanique. Les artisans, machinistes et contremaîtres de la Restauration, tels Jean-Baptiste Falguière, Elzéar Degrand, Étienne Chambovet ou Dominique Demange, ont su se transformer en constructeurs d’appareils à vapeur ou de presses hydrauliques quand la croissance des secteurs industriels a suscité une véritable demande en biens d’équipements. Ces techniciens ne se sont pas contentés d’imiter les modèles d’appareils auparavant importés de Paris ou de Londres. Très vite, ils ont acquis les connaissances et les compétences suffisantes pour innover et proposer des appareils performants et parfaitement adaptés aux besoins des usines locales. Ainsi, Marseille a-t-elle grandement participé aux améliorations techniques dans l’huilerie et le raffinage du sucre pour devenir, dès la fin des années 1830, le pôle français de modernisation dans ces deux secteurs [58]. En somme, rien n’a empêché les artisans locaux les plus habiles de participer activement au mouvement général de modernisation des structures de production [59], d’autant plus que les techniques appliquées aux différents secteurs industriels, relativement simples avant les années 1870-1880, ne demandaient pas de compétences scientifiques particulières, même dans le cas des machines à vapeur [60].
Le problème est totalement différent pour la réalisation de moteurs pour les transports. Les machines marines et les locomotives sont très certainement les deux éléments les plus complexes du système technique de la première révolution industrielle. Quand les entrepreneurs marseillais souhaitent se lancer dans ces types de fabrication à la fin des années 1830, ils sont pleinement conscients de l’impossibilité de s’appuyer sur les compétences des mécaniciens locaux. La fabrication des machines marines et des locomotives relève de la technologie britannique. La solution s’impose d’elle-même. Pour que l’industrie marseillaise soit capable de franchir l’obstacle, il faut nécessairement avoir recours à des Anglais ou à des Écossais. Entre 1835 et 1845, plus d’une quinzaine de techniciens et plusieurs dizaines d’ouvriers qualifiés britanniques viennent à Marseille afin de mettre en route la production des machines pour la navigation et les chemins de fer [61]. Il s’agit d’un vaste mouvement touchant l’ensemble de l’aire méditerranéenne : de l’Égypte de Mohammed Ali à la Grèce des années 1860-1870, de la Catalogne des années 1830-1840 au royaume des Deux-Siciles de Ferdinand II, toutes les régions méditerranéennes ont eu recours aux techniciens britanniques dans ces secteurs d’activités spécifiques [62]. Leur arrivée s’effectue selon des modalités différentes. Certains sont engagés dans un cadre précis, comme les ouvriers recrutés en Angleterre par Luis Figueroa pour mettre en place le procédé Pattinson de désargentation des plombs argentifères. Quelques-uns, attirés par les opportunités de réussite offertes par Marseille, s’installent de manière individuelle pour tenter leur chance en tant que dirigeants d’entreprises. C’est notamment le cas de Philip Taylor, inventeur de la machine à vapeur horizontale, propriétaire d’un atelier de mécanique dans le quartier de Menpenti à partir de 1835 et fondateur de la Société des forges et chantiers de la Méditerranée en 1853. D’autres, enfin, trouvent à s’employer par le jeu d’une collaboration poussée entre entreprises et réseaux d’entrepreneurs. C’est grâce aux liens tissés entre un groupe d’hommes d’affaires marseillais, les Talabot, et le baron James de Rothschild que Stephenson dépêche des ouvriers de Newcastle à La Ciotat en 1839 pour la construction de locomotives et persuade John Barnes, filleul de James Watt, de rejoindre la même entreprise, en 1841, pour construire la première machine marseillaise destinée à la navigation internationale.
La présence de ces techniciens ne doit pas être uniquement perçue dans l’optique du concept réducteur de dépendance technique à l’égard de la Grande-Bretagne. La venue des Britanniques s’explique avant tout par le dynamisme marseillais et la réussite de ces hommes dépend au moins autant des caractéristiques économiques de la ville que de leurs compétences techniques. Plus qu’un rapport de dépendance, l’histoire des techniciens britanniques à Marseille est celle d’une rencontre entre deux dynamismes. Cette association se retrouve d’ailleurs dans tous les cas méditerranéens. Ce sont les développements industriels de Séville, de Barcelone, de Gênes, de Naples, du Pirée, du Caire et d’Alexandrie qui rendent possible, et expliquent la venue des techniciens britanniques comme salariés ou entrepreneurs. Le mouvement des arrivées cesse vers 1845 pour Marseille. Les ingénieurs britanniques disparaissent petit à petit, mais cela ne provoque aucune répercussion négative sur l’industrie marseillaise. Les plus importants, devenus entrepreneurs, sont restés, et les établissements marseillais ont trouvé une relève efficace et compétente auprès des techniciens français. Le plus bel exemple de cette relève nationale est celui de François Bourdon, ancien ingénieur des ateliers Schneider du Creusot et chef de l’établissement de mécanique marine de Philip Taylor à partir de 1852 [63]. L’inversion des rôles montre bien qu’une page est définitivement tournée. Dans l’atelier de Menpenti, l’entrepreneur marseillais est britannique et l’ingénieur français. Au cours de la même période, le mouvement est similaire à Barcelone. Dans les ateliers de la Maquinista Terrestre y Marítima, le technicien d’outre-Manche a cessé d’être indispensable [64].
Les modes de financement
Cette réussite, née d’une alchimie subtile et toujours évolutive entre dynamismes internes et ouvertures sur un extérieur national ou international, se retrouve dans un autre domaine clé de la croissance industrielle, celui des modes de financement. Suivant l’activité dans laquelle ils se trouvent, selon l’époque et la taille de l’entreprise, les Marseillais ont privilégié telle ou telle source d’investissement. Dans les premiers temps, les industriels n’ont pas vraiment eu besoin des banques. Celles-ci, d’ailleurs, délaissent complètement l’industrie pour les délices de l’escompte. Sur la soixantaine d’établissements bancaires fondés entre 1809 et 1848, le mariage entre la banque et l’industrie n’est officiellement annoncé que dans les statuts de trois sociétés [65] et, autant qu’on puisse en juger dans les actes notariés, leurs investissements dans l’industrie sont plutôt rares et toujours modestes. Si les premiers industriels marseillais n’ont pas vraiment besoin des banques, c’est qu’en dépit du coût des matières premières, des machines et des frais d’entretien ou de réparation, le « seuil d’entrée [66] » dans l’industrie est moins élevé à Marseille qu’ailleurs : 250 000 francs, en moyenne, pour une huilerie ou une raffinerie de sucre à vapeur dans les années 1830-1844; 550 000 francs pour une compagnie de navigation à vapeur. On est donc loin des 50 millions de la Compagnie d’Anzin (1840) ou des 4 millions de l’usine sidérurgique du Creusot (1836). Ainsi, les Marseillais ont pu, dans une très large part, autofinancer leur révolution industrielle. En 1844,90 % des entreprises de production qui emploient la vapeur sont des sociétés en nom collectif. Dans cette phase fondatrice, l’appel aux capitaux bancaires, notamment parisiens, est exceptionnel. Lorsqu’ils ont vraiment besoin d’argent, les entrepreneurs préfèrent puiser dans l’épargne locale en ayant recours à des prêts à court terme ou aux formes juridiques souples et peu contraignantes des sociétés en commandite simple ou par actions (entre 1830 et 1844,18 % des compagnies de navigation sont des commandites simples et 82 % des commandites par actions). Il peut arriver qu’un banquier local prenne part à la commandite mais, d’une façon générale, l’industrie marseillaise reste, dans ses années fondatrices, une affaire de famille [67]. Les rares fois où les banques se manifestent, leur rôle s’avère cependant décisif, comme le montre l’entrée de James de Rothschild dans le capital de Louis Benet & Cie, des Mines de la Grand’Combe et des chemins de fer du Gard ou de la Compagnie du chemin de fer de Marseille à Avignon. De même, si les armateurs Charles et Auguste Bazin, les premiers à s’être lancés dans la navigation à vapeur, n’avaient pas été constamment soutenus par les banquiers suisses Van Berchem et Eynard, leurs investissements n’auraient certainement pas été si nombreux et protéiformes (minoterie, huilerie, mines de charbon, construction mécanique, armement, chemin de fer). Les grandes banques nationales ne commencent vraiment à s’intéresser aux industries marseillaises que dans le courant des années 1850. Elles choisissent alors des sociétés déjà bien établies, dont la poursuite de la croissance exige de nouveaux investissements ou une intégration à de grands groupes nationaux. L’arrivée des succursales bancaires anglaises et des premières banques de dépôts, permises par les lois de 1862 et 1863 [68], ne fait qu’accélérer la dilution des capitaux marseillais dans la masse des investissements nationaux ou internationaux. Les entrepreneurs marseillais ne sont plus les seuls maîtres de leur destin industriel.
Les travaux menés depuis une dizaine d’années sur la première phase de l’industrialisation marseillaise ont permis de combler une des grandes lacunes des historiographies française, européenne et méditerranéenne et de montrer un cas de développement industriel à la fois atypique et exemplaire au cours de la première moitié du XIXe siècle. Les recherches ont révélé un exemple de révolution industrielle fondamentalement différent des cas du nord-ouest de l’Europe et se rapprochant en de nombreux points des expériences voisines en Méditerranée. Au-delà de la diversité des situations, des évolutions et des chronologies, Barcelone, Naples, Le Pirée ou Marseille ont partagé le même ensemble de problèmes : la concurrence des pays européens déjà industrialisés, la faible dotation en ressources naturelles favorables, l’étroitesse des marchés locaux, régionaux et même nationaux ; la nécessité de réunir dynamismes intrinsèques et ouvertures sur l’extérieur ; la prudence des entrepreneurs face à la modernisation des structures de production ; l’importance accordée à la structuration et au renouvellement des routes commerciales ; la capacité de répondre au plus vite aux signaux du marché; et la difficulté, de la part de l’État, d’établir une politique douanière cohérente pour l’ensemble des branches d’activités.
Les résultats obtenus et les méthodes de travail utilisées par les historiens travaillant sur l’industrialisation marseillaise confirment les limites des analyses macro-économiques. Essentielle pour la mesure de la croissance d’une manière générale, l’approche quantitative laisse de côté plusieurs facteurs primordiaux comme les fondements culturels des prises de décision et des pratiques, les stratégies sur les espaces, les changements qualitatifs dans les structures de production, et dilue trop souvent les phénomènes localisés à des échelles inférieures en privilégiant les cadres nationaux nécessaires à l’élaboration de séries statistiques [69]. Les études sur l’industrialisation marseillaise se poursuivent actuellement, notamment sur le travail des enfants, la formation et les pratiques des élites industrielles [70]. Toutefois, le chantier reste encore ouvert et se présente même comme un laboratoire important pour l’étude des processus d’industrialisation. Si l’ampleur et la rapidité du développement industriel de la région marseillaise sont désormais bien connues, et si les ressorts de cette histoire ont été appréhendés de façon globale, il reste encore des lacunes importantes sur deux points fondamentaux : la variété des combinaisons des facteurs de production et la capacité d’une industrie à fonctionner dans un ensemble complexe d’espaces économiques mêlant le local, le régional, le national, la Méditerranée et l’extra-méditerranéen. Il faudra encore insérer cette histoire régionale dans des ensembles géographiques beaucoup plus vastes, afin de procéder à des études comparatives susceptibles de mettre au jour les logiques de fonctionnement d’une industrie méditerranéenne dont on perçoit aujourd’hui toute la richesse. Par ce biais, la recherche sur les processus d’industrialisation y trouvera de nouvelles perspectives : « L’inventaire des différences » doit se poursuivre [71]. En étant à la fois le support des essais typologiques et le moyen de déterminer des concepts généraux, il demeure la seule garantie d’une avancée dans la compréhension d’un phénomène dont la complexité décourage souvent les tentatives de synthèse [72].
 
NOTES
 
[1] Louis GIRARD, Marseille sous le Second Empire, Paris, Plon, 1961, p. 76.
[2] Louis PIERREIN, Industries traditionnelles du port de Marseille : le cycle des sucres et des oléagineux, 1870-1968, Marseille, Institut historique de Provence, 1975, p. 32.
[3] Sur ce thème, voir les mises au point de Gérard CHASTAGNARET, « La Méditerranée ou l’industrialisation masquée », Alliages, 24-25,1995, pp. 295-306, et « L’industrie en Méditerranée : une histoire en construction », Méditerranée, 3-4,1997, pp. 5-12.
[4] Notamment sous l’impulsion de Christine Agriantoni, Luigi Bulferetti, Luigi De Rosa, Marco Doria, Christos Hadziihossif, Giorgio Mori, Jordi Nadal et Carles Sudriá.
[5] Sur l’idée de périphérie, voir Ivá n T. BEREND et György RANKI, The European Periphery and Industrialization, 1780-1914, Cambridge, Cambridge University Press, 1982.
[6] William H. SEWELL, « La classe ouvrière de Marseille sous la Seconde République : structure sociale et comportement politique », Le mouvement social, 76,1971, p. 33.
[7] Marcel RONCAYOLO, L’imaginaire de Marseille : port, ville et pôle, Marseille, CCIMP, 1990, p. 24.
[8] Michel LESCURE, « Companies and Manufacturers of the First Period of Industrialisation of Marseilles », in P. JOBERT et M. MOSS (dir.), The Birth and Death of Companies : An Historical Perspective, Princeton, Princeton University Press, 1990, p. 117.
[9] Gérard CHASTAGNARET, « Marsella en la economía internacional del plomo », Revista de Historia Industrial, 1,1992, pp. 11-38.
[10] Voir Gérard CHASTAGNARET et Émile TÉMIME, « L’âge d’or de l’industrie à Marseille », in Marseille au XIXe siècle, Marseille, Réunion des musées nationaux, 1991, pp. 109-113.
[11] Gérard CHASTAGNARET et Philippe MIOCHE (dir.), Histoire industrielle de la Provence. Actes du colloque de juin 1996, Aix-en-Provence, PUP, 1998.
[12] Paul MASSON (dir.), Encyclopédie départementale des Bouches-du-Rhône, t. VIII, L’industrie, Marseille-Paris, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 1926 ; Xavier DAUMALIN et Marcel COURDURIÉ, Vapeur et révolution industrielle à Marseille, Marseille, CCIMP, 1997 et Olivier RAVEUX, Marseille, ville des métaux et de la vapeur au XIXe siècle, Paris, CNRS Éditions, 1998.
[13] Voir Denis WORONOFF, Histoire de l’industrie en France du XVIe siècle à nos jours, Paris, Le Seuil, 1994 ; André LOUAT et Jean-Marc SERVAT, Histoire de l’industrie française jusqu’en 1945 : une industrialisation sans révolution, Paris, Bréal, 1995.
[14] Voir Jordi MALUQUER DE MOTES, « La Revolució n industrial en Cataluña », in N. SÁ NCHEZ ALBORNOZ (dir.), La modernizació n econó mica de Españ a, 1830-1930, Madrid, Alianza Editorial, 1985 ; Jordi NADAL, « La formació n de la industria moderna en Cataluña », in Cataluñ a, la fá brica de Españ a. Un siglo de industrializació n catalana (1833-1936), Barcelone, Ayuntamiento de Barcelona, 1985 ; Jordi NADAL et alii, Història econòmica de la Catalunya contemporània, Barcelone, Enciclopèdia catalana, 1994; Christine AGRIANTONI, « Ville et industrialisation en Grèce au XIXe siècle : l’industrialisation dans une seule ville », Villes en parallèle, 9,1986, pp. 23-34 ; Christine AGRIANTONI, Les débuts de l’industrie en Grèce (les années 1870-1880), Thèse de doctorat, Paris X-Nanterre, 1984 ; Christos HADZIIHOSSIF, La Vieille lune. L’industrie en Grèce, 1830-1940, Athènes, 1993 (en grec), et Vasias TSOKOPOULOS, Le Pirée, 1835-1870. Introduction à l’histoire du Manchester grec, Athènes, Ekdoseis Kastaniôtê, 1984 (en grec).
[15] Aîné BLANQUI, Cours d’économie industrielle, Paris, 1837, pp. 489-496, et Jules JULLIANY, Essai sur le commerce de Marseille, Marseille, 1842. Publiée en 1849, l’Estadística de Barcelona de Laureano FIGUEROLA est emblématique de cette situation pour Barcelone.
[16] « Rapport sur la situation de l’industrie en 1850 à Marseille », Répertoire des Travaux de la Société de Statistique de Marseille, 1853, t. XVI, p. 142.
[17] J. JULLIANY, Essai sur le commerce..., op. cit., t. III, pp. 391-392.
[18] P. MASSON (dir.), Encyclopédie départementale..., op. cit., p. 155.
[19] Nick von TUNZELMANN, Steam Power and British Industrialization to 1860, Oxford, Clarendon Press, 1978, et Les moteurs hydrauliques et leurs applications industrielles en France, Paris, Mission du patrimoine ethnologique, CILAC-EHESS, 1982.
[20] Durant cette période, le nombre d’établissements à vapeur en Grèce passe d’une vingtaine à deux cent vingt. La majeure partie de cette croissance est assumée par les entreprises du Pirée (C. AGRIANTONI, Les débuts de l’industrie..., thèse citée, pp. 330-331).
[21] En 1833, Josep Bonaplata installe à Barcelone la première machine catalane. Entre 1836 et 1840,33 appareils sont installés dans les fabriques de la province. En 1848, la ville de Barcelone en compte 94. Pour les trois provinces de la Catalogne, le total s’élève alors à 125 unités (L. FIGUEROLA, Estadística..., op. cit., p. 288). En 1862, la seule province de Barcelone utilise 290 machines à vapeur (Jordi MALUQUER DE MOTES, « La grande mutation (1833-1898) », in Histoire de la Catalogne, Toulouse, Privat, 1982, p. 439). À partir des années 1860, l’industrie catalane entre dans une nouvelle phase énergétique, marquée par le développement de l’énergie hydraulique (voir Gracia DOREL FERRÉ, « L’eau ou le charbon ? L’alternative énergétique de l’industrialisation catalane », in A. CARRERAS et alii (dir.), Doctor Jordi Nadal. La industrialitzaciò i el desenvolupament econòmic d’Espanya, Barcelone, Université de Barcelone, 1999, pp. 1057-1067).
[22] Olivier RAVEUX, « Marseille et Barcelone (1831-1848) : contrainte énergétique et industrialisation », in R. BELOT et alii, La technologie au risque de l’histoire, Paris, Berg international/ UTBM, 2000, pp. 43-50.
[23] X. DAUMALIN et M. COURDURIÉ, Vapeur et révolution industrielle..., op. cit., pp. 270-271.
[24] Jordi MALUQUER DE MOTES, « La estructura del sector algodonero en Cataluña durante la primera etapa de la industrializació n (1832-1861) », Hacienda Pú blica Española, 38,1976. En 1860, le capital investi dans le textile catalan est de l’ordre du milliard de reales (Jaime VICENS VIVES, Manual de historia econó mica de España, Barcelone, Editorial Vicens Vives, 1967, p. 608).
[25] « En moins d’une décennie (1868-1875), une centaine d’usines mécaniques, toutes neuves, sont installées dans le pays » (C. AGRIANTONI, « Ville et industrialisation... », art. cit., p. 28). Ce mouvement concerne avant tout Le Pirée et Hermoupolis.
[26] François COCHET et Gérard-Marie HENRY, Les révolutions industrielles. Processus historiques. Développements économiques, Paris, Armand Colin, 1995, p. 3.
[27] Maxine BERG, The Age of Manufactures : Industry, Innovation and Work in Britain, 1700-1820, Oxford, Oxford University Press, 1985, et Maxine BERG et Pat HUDSON, « Rehabiliting the Industrial Revolution », Economic History Review, 45,1992, pp. 24-50.
[28] Sur le patronat marseillais, se reporter à Roland CATY et Éliane RICHARD, Armateurs marseillais au XIXe siècle, Marseille, CCIMP, 1988, et surtout Roland CATY et alii, Les patrons du Second Empire, t. 5, Marseille, Paris, Picard, 1999.
[29] Il s’agit d’un gisement de lignite et non de houille. En raison de sa forte teneur en soufre, le lignite, bien moins cher que la houille, ne peut pas être utilisé tel quel. Mais, mélangé à de la houille, il permet de réduire le coût de la facture énergétique (voir Xavier DAUMALIN, « Rareté de l’eau et développement industriel : l’exemple de Marseille », Cahiers de l’ASPPIV, 29,1999, pp. 25-33).
[30] Tarifs protecteurs d’avril 1832 sur les tissus de coton ; suppression des dernières douanes intérieures de l’Espagne en 1841 ; création de la Guardia Civil en 1844 qui permet de lutter plus efficacement contre la contrebande (Jordi NADAL, Moler, tejer y fundir. Estudios de historia industrial, Barcelone, Ariel, 1992, p. 112, et Albert BRODER, Histoire économique de l’Espagne contemporaine, Paris, Economica, 1998, pp. 35-36).
[31] Pour l’Égypte, voir Jean BATOU, « L’Égypte de Muhammad-’Ali : pouvoir politique et développement économique, 1805-1848 », Annales ESC, 46-2,1991, pp. 401-428, et Jacques COULAND, « L’Égypte de Muhammad Ali : transition et développement », in C. COQUERY - VIDROVITCH et alii, Pour une histoire du développement, Paris, L’Harmattan, 1988, pp. 127-154; Pour l’Italie, le royaume de Piémont-Sardaigne constitue un bon exemple (Luigi BULFERETTI et Claudio COSTANTINI, Industria e commercio in Liguria nell’età del Risorgimento, Milan, Banco Commerciale Italiana, 1966).
[32] Lettre du consul de Belgique à Marseille, 29 janvier 1860 (Recueil consulaire du royaume de Belgique, t. V, 2e partie, année 1859, Bruxelles, H. Tarlier, 1860, pp. 67-68).
[33] Pour la crise de 1857 en France, se reporter à Maurice LÉVY-LEBOYER, « La croissance économique en France au XIXe siècle. Résultats préliminaires », Annales ESC, 23-4,1968, pp. 788-807.
[34] Olivier RAVEUX, « Un demi-siècle de sidérurgie provençale : les Hauts Fourneaux de Saint-Louis-Marseille (1855-1905) », Industries en Provence, 3,1999, pp. 18-27.
[35] La crise est globalement plus tardive dans la région marseillaise (voir sur ce point Pierre GUIRAL, « Le cas d’un grand port de commerce : Marseille », in E. LABROUSSE (dir.), Aspects de la crise et de la dépression de l’économie française au milieu du XIXe siècle, La Roche-sur-Yon, 1956, pp. 200-225).
[36] M. RONCAYOLO, L’imaginaire de Marseille..., op. cit., pp. 323-325.
[37] Michel LESCURE, « L’industrialisation : les perspectives du XIXe siècle », in G. CHASTAGNARET et P. MIOCHE (dir.), Histoire industrielle..., op. cit., p. 13.
[38] Sur ce point, se reporter à Jean-Claude TOUTAIN, « Les transports en France de 1830 à 1865 », Cahiers de l’ISEA, 9,1967.
[39] Gérard CHASTAGNARET, « Conquista y dependencia : la explotació n del plomo español en el siglo XIX », Areas, 6,1986, pp. 181-188.
[40] Xavier DAUMALIN, « La conquête du Dahomey : une solution à la récession des échanges entre Marseille et l’Ouest africain ? », in Mélanges en l’honneur de Jean-Louis Miège, Aix-en-Provence, Institut d’histoire des pays d’outre-mer/PUP, 1993, pp. 51-67.
[41] G. CHASTAGNARET, « L’industrie en Méditerranée... », art. cit., pp. 7-8.
[42] Christine AGRIANTONI et M.-C. CHATZIOANNOU, « Le citta della Graecia moderna e il caso di un’industrializzazione effimera », Quaderni Storici, 2,1985, pp. 521-528, et G. ALBERTI, « La vita economica a Napoli nella prima metà dell’ottocento », in Storia di Napoli, Naples, Società editrice di Napoli, 1972, IX, pp. 579-644.
[43] L’industrie des produits chimiques est une composante essentielle de l’industrie marseillaise mais son démarrage s’effectue sous l’Empire. Elle échappe donc à notre chronologie (Xavier DAUMALIN, « La formation du complexe chimique de Marseille-Berre l’Étang (1808-1811) », Marseille, avril 2000, pp. 12-31.
[44] Pour cette sous-partie, voir Xavier DAUMALIN, « Les raffineries de sucre au cÅ“ur de la révolution industrielle à Marseille », in G. CHASTAGNARET et P. MIOCHE (dir.), Histoire industrielle..., op. cit., pp. 61-73.
[45] Jacques FIÉRAIN, Les raffineries de sucre des ports de France, XIXe -début XXe siècle, Paris-Lille, Champion/Atelier de reproduction de thèse, 1976, pp. 10-11.
[46] Patrick BOULANGER, Marseille, marché international de l’huile d’olive, un produit et des hommes, 1725-1825, Marseille, Institut historique de Provence, 1996.
[47] Moins mousseux et plus dur que les savons à base d’huile de graines oléagineuses, le savon de Marseille s’use moins vite.
[48] Xavier DAUMALIN, Marseille et l’Ouest africain, l’outre-mer des industriels (1841-1956), Marseille, CCIMP, 1992.
[49] Dans cette redécouverte, il faut souligner une nouvelle fois l’importance de la recherche menée dans les autres pays méditerranéens depuis les travaux fondateurs de Jordi Nadal, Mario Abrate et Luigi De Rosa. Voir notamment Jordi NADAL, « Los comienzos de la industrializació n española (1832-1868) : la industria siderú rgica », in Ensayos sobre la economía española a mediados del siglo XIX, Madrid, Banco de España, 1970, pp. 203-233, et id., « Industrialisation et désindustrialisation du Sud-Est espagnol, 1820-1890 », in P. LÉON et alii, Industrialisation et désindustrialisation en Europe au XIXe siècle, Paris, Éditions du CNRS, 1972, pp. 201-212) ; Mario ABRATE, L’industria siderurgica e meccanica in Piemonte dal 1831 al 1861, Turin, Einaudi, 1961, et Luigi DE ROSA, Iniziativa e capitale straniero nell’industria metalmeccanica del Mezzogiorno, Naples, 1968.
[50] M. RONCAYOLO, L’imaginaire de Marseille..., op. cit., et Gérard CHASTAGNARET, L’industrie métallurgique à Marseille au XIXe siècle, conférence au Musée d’Histoire de Marseille, 1991 (document dactylographié communiqué par l’auteur).
[51] Gérard CHASTAGNARET, « De Marseille à Madrid, du plomb à la noblesse et au pouvoir d’État : la construction de la fortune de la casa Figueroa », Cahiers de la Méditerranée, 46-47, 1993, pp. 115-126, et id, « Marsella... », art. cit. ; X. DAUMALIN et M. COURDURIÉ, Vapeur et révolution industrielle..., op. cit. ; Anne-Françoise GARÇON, Mine et métal (1780-1880). Les non ferreux et l’industrialisation, Rennes, PUR, 1998, et O. RAVEUX, Marseille, ville des métaux..., op. cit.
[52] Pour les chemins de fer et le développement de l’industrie mécanique, voir, par exemple, Michèle MERGER, « L’industrie italienne de locomotives, reflet d’une industrialisation tardive et difficile (1850-1914) », Histoire, Économie, Société, 3,1989, pp. 335-370.
[53] Maurice AYMARD, « La Méditerranée : un autre développement », Bulletin d’histoire contemporaine de l’Espagne, 27,1998, p. 14.
[54] Statistique de la France, Paris, Imprimerie nationale, 1873, t. XIX, p. 787.
[55] Pour plus de renseignements sur le rôle des Figueroa, se reporter à G. CHASTAGNARET, « De Marseille à Madrid... », art. cit.
[56] Pour les aspects commerciaux et industriels, voir G. CHASTAGNARET, « Marsella... », art. cit. Sur les techniques, lire A.-F. GARÇON, Mine et métal..., op. cit.
[57] Sur ce point, voir David S. LANDES, « Does It Pay to Be Late », in J. BATOU (dir.), Between Development and Underdevelopment : The Precocious Attempts at Industrialization of the Periphery 1800-1870, Genève, Droz, 1991, pp. 43-66.
[58] O. RAVEUX, Marseille, ville des métaux..., op. cit., pp. 150-151, et X. DAUMALIN et M. COURDURIÉ, Vapeur et révolution industrielle..., op. cit., pp. 30,62 et 90-95.
[59] Les recherches menées sur l’Espagne du XIXe siècle confirment l’existence d’un phénomène que l’on retrouve à l’échelle méditerranéenne : cf. Jordi NADAL et Jordi CATALAN (dir.), La cara oculta de la industrializació n española. La modernizació n de los sectores no líderes (siglos XIX y XX ), Madrid, Alianza Editorial, 1994, et Santiago LÓ PEZ GARCĺ A et Jesú s María VALDALISO, ¿ Que inventen ellos ? Tecnología, empresa y cambio econó mico en la España contemporá nea, Madrid, Alianza Editorial, 1997.
[60] Patrick VERLEY, L’échelle du monde. Essai sur l’industrialisation de l’Occident, Paris, Gallimard, 1997, p. 108.
[61] Olivier RAVEUX, « Les ingénieurs anglais de la Provence maritime sous la monarchie de Juillet », Provence historique, 177,1994, pp. 301-320.
[62] G. AMBRICO, « Note sull’ubicazione e sulle vicende storiche delle officine meccaniche e fonderie in Napoli », Economia e Storia, 12,1965, pp. 531-537 ; L. DE ROSA, Iniziativa e capitale..., op. cit.; J. BATOU, « L’Égypte de Muhammad-’Ali... », art. cit., et Olivier RAVEUX, « El papel de los técnicos ingleses en la industria metalú rgica y mecá nica del norte del Mediterrá neo (1835-1875): una primera aproximació n », Revista de Historia Industrial, 6, 1994, pp. 143-161.
[63] Pour la carrière de François Bourdon à Marseille, se reporter à Olivier RAVEUX, « François Bourdon, ingénieur autodidacte », Le Musée des Arts et Métiers. La Revue, 22, 1998, pp. 14-21.
[64] Francesc CABANA I VANCELLS, Fàbriques i empresaris. Els protagonistes de la Revoluciò Industrial a Catalunya, Barcelone, Enciclopèdia catalana, 1992, vol. I.
[65] X. DAUMALIN et M. COURDURIÉ, Vapeur et révolution industrielle..., op. cit., pp. 43-48.
[66] D. WORONOFF, Histoire de l’industrie..., op. cit., p. 260.
[67] Plusieurs travaux majeurs ont déjà démontré que les premiers apports dans l’industrie de type « moderne » n’atteignaient pas des montants très importants et que ces capitaux se trouvaient assez facilement dans le cercle de la famille et de ses alliés (François CROUZET, Capital Formation in the Industrial Revolution, Londres, Methuen, 1972, et Patrick VERLEY, La révolution industrielle, Paris, Gallimard, 1997, pp. 68-69).
[68] En 1865, une initiative locale entraîne la création de la Société Marseillaise de Crédit. Le Crédit Lyonnais et le Crédit Agricole ouvrent des succursales en 1865 et sont rapidement imités par la Banque de Londres et de la Méditerranée (voir Vincent ARIMONDO, Banque et croissance à Marseille (1835-1883), Mémoire de maîtrise, Université Aix-Marseille I, 1998, pp. 106-112).
[69] Sur ce point, voir Gérard CHASTAGNARET et Olivier RAVEUX, « Espaces et stratégies industrielles : le laboratoire méditerranéen des XVIIIe et XIXe siècles » (à paraître en 2001 dans la Revue d’histoire moderne et contemporaine).
[70] Sous l’impulsion de Roland Caty, Éliane Richard et Laurence Américi.
[71] L’expression est empruntée à Paul VEYNE, L’inventaire des différences, Paris, Le Seuil, 1976.
[72] Sur ce point, se reporter à Patrick O’BRIEN, « Do we Have a Typology for the Study of European Industrialization in the Nineteenth Century ? », Journal of European Economic History, XV, 1986, pp. 291-333, et P. VERLEY, L’échelle du monde..., op. cit., pp. 78-80.
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