Annales. Histoire, Sciences Sociales 2002/5
Annales. Histoire, Sciences Sociales
2002/5 (57e année)
286 pages
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I.S.B.N. 9782713217760
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Vous consultezPhilippe Auguste. Un roi de la fin des temps ?

AuteurJerzy Pysiak du même auteur

Université de Varsovie – Institut d’histoire

1 L’image du roi Philippe Auguste (1180-1223) paraît bien établie dans l’historiographie[1] [1] Voir surtout ROBERT-HENRI BAUTIER, « La personnalité...
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 : c’est un souverain habile, parfois cynique, qui avait le goût du pouvoir; un roi-guerrier, conquérant, très expert dans l’art de l’intrigue, semant la discorde parmi ses adversaires. Pour certains, seules ses capacités militaires lui ont permis de soumettre les grands vassaux à l’autorité royale et de triompher des Plantagenêts[2] [2] JIM BRADBURY, Philip Augustus, King of France 1180-1223,...
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; d’autres insistent sur la réforme de l’administration et de la fiscalité capétiennes comme facteurs du succès de son règne[3] [3] JOHN W. BALDWIN, « La décennie décisive : les années...
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. En effet, c’est l’homme politique réaliste qui l’emporte dans le portrait de Philippe Auguste, souvent jugé comme un roi soucieux de la seule efficacité de son gouvernement, peu sensible aux défis idéologiques de son temps, non plus qu’à cet instrument de la propagande monarchique que devient alors l’historiographie[4] [4] « Philip Augustus, whose monumental disinterest in historical...
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. D’autres approches, en dépit de leur intérêt, ne parvinrent pas à modifier cette image[5] [5] ELIZABETH A. R. BROWN, « La notion de la légitimité...
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. Par rapport à son père, Louis VII, ou à son petit-fils, Saint Louis, Philippe Auguste apparaît comme un roi très laïque, dont la politique ne ressortirait que de prémisses rationalistes. Comparable à un chef d’État contemporain, Philippe Auguste se serait contenté d’une domination politique et militaire dans son royaume et en Occident, fondée sur une machine gouvernementale efficace. Or, la royauté capétienne, ancrée dans le sacré, a initié ce qu’on appelle « la religion royale ». Philippe Auguste aurait-il été insensible à tout ce qu’offrait une royauté sacrée ?

Les visions prophétiques

2 Une relecture des sources permettrait de modifier l’image de ce souverain, dont le règne paraît décisif non seulement pour le fonctionnement du gouvernement capétien, mais aussi pour l’émergence de l’idéologie et de la propagande royales[6] [6] Le problème de l’émergence de l’idéologie royale...
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. Un nouveau regard sur Philippe nous amène à voir en lui l’un des initiateurs de la « religion royale ». La première pièce du dossier est la stupéfiante vision que Louis VII eut avant la naissance de son héritier. Cette vision, conservée dans un seul des deux manuscrits existants des Gesta Philippi Augusti[7] [7] RIGORD, Gesta Philippi Augusti. Rigordi liber, in HENRI-FRANÇOIS...
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– celui de Paris (P) –, aurait été, selon certains chercheurs, interpolée par le continuateur anonyme de Rigord, qui s’appuya sur des textes de Guillaume le Breton[8] [8] GUILLELMUS ARMORICUS, Gesta Philippi, H. -F. DELABORDE (éd. ),...
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et Giraud de Barri. L’argument principal est l’absence de ce passage dans l’œuvre de Guillaume, qui pourtant aimait habituellement « le merveilleux ». Une lecture plus attentive des deux chroniques montre cependant que Guillaume omet également quelques autres interprétations merveilleuses que Rigord insère dans les Gesta[9] [9] J. W. BALDWIN, Philippe Auguste. . . , op. cit. , pp.  482,649,...
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. Aussi la description que donne Guillaume des miracles effectués par Philippe est-elle beaucoup plus sèche et concise, dépourvue d’une exégèse biblique, contrairement à Rigord[10] [10] Cf. J. W. BALDWIN, Philippe Auguste. . . , op. cit. , p.  492. ...
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. Dans la Philippide, Guillaume décrit un événement miraculeux de la vie de Philippe introuvable chez Rigord : l’apparition du Christ, sous la forme d’une hostie, en 1184[11] [11] Philippis, I, v. 470-504, pp.  26-27. ...
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. C’est seulement après la mort de Philippe Auguste que se déroulent les visions annonçant l’avenir du roi dans l’au-delà[12] [12] Philippis, XII, Catalogus, p.  348; v. 716-763, pp.  375-377;...
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. Il est possible que la méfiance de Guillaume envers les miracles opérés autour du souverain de son vivant s’explique par l’attitude de la cour de Rome qui, depuis Latran IV, rejetait les miracula in vita comme preuve de sainteté. Quelles que soient les raisons pour lesquelles Guillaume le Breton ne mentionne pas la vision de Louis VII, cette absence paraît un argument trop faible pour la juger interpolée dans l’œuvre de Rigord, d’autant qu’il ne s’agit pas du seul cas d’omission du texte prophétique se référant au roi dans les écrits de Guillaume[13] [13] Il omet un poème (Parvulus iste leo. . . ) que Rigord (65,...
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. Il serait tout aussi inexplicable que le continuateur de Rigord eût effectué cette interpolation alors qu’il s’appuyait sur l’œuvre de Guillaume le Breton[14] [14] Cf. H. -F. DELABORDE (éd. ), Œuvres de Rigord. . . , op. cit. ,...
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.

3

Le roi Louis – écrit Rigord – vit en sommeil cette vision avant que son fils Philippe fût né : il vit Philippe, son fils, tenir en mains un calice d’or, plein de sang humain, dont il donnait à boire à tous ses barons, et tous en buvaient. À la fin de sa vie [Louis VII] raconta cette vision à Henri, l’évêque d’Albano, cardinal et légat du Saint-Siège en France, en l’adjurant par le nom de Dieu qu’il ne la révélât à personne avant la mort du roi. Le roi Louis étant mort, l’évêque Henri confia cette vision à un grand nombre d’hommes d’Église[15] [15] [. . . ] De quo rex Ludovicus, antequam natus esset [Philippus],...
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.

4 Une version identique de la vision de Louis VII se trouve dans une œuvre de Giraud de Barri, le De instructione principis, écrit entre 1190 et 1217, ce qui confirme la circulation de tels dits sur Philippe de son vivant. Mais la leçon de Giraud diffère du texte contenu dans le manuscrit parisien de Rigord par quelques détails importants. Selon le savant gallois, la vision n’avait pas eu lieu avant la naissance de Philippe, mais précédait la mort de Louis : alors lui fut révélé avec évidence ce que son successeur accomplirait dans l’avenir. Il crut voir son fils Philippe qui, ayant rassemblé devant lui le roi d’Angleterre et tous les plus grands barons du royaume de France, donnait à boire du sang humain du calice d’or aux barons qui usurpaient les droits de sa couronne. Peu après, son père mourut et Philippe envahit successivement leurs domaines, revendiquant les droits de la Couronne[16] [16] Ante obitum suum, quid futurum postea per heredem suum fuerat,...
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.

5 On relève aisément les différences entre les deux textes. Le premier ne contient aucun commentaire et son caractère prophétique (le successeur du trône n’étant pas encore né) n’a pas été souligné. Contrairement à la version du manuscrit parisien des Gesta Philippi Augusti, celle de Giraud de Barri est ouvertement prophétique : grâce à sa connaissance de l’histoire contemporaine, Giraud peut donner de la vision de Louis VII une interprétation se fondant sur les succès du règne de Philippe Auguste. Alors que le premier auteur dit simplement que le roi passait le calice d’or aux barons, Giraud de Barri relate qu’il le fit selon l’ordre chronologique de la revendication des droits à la couronne effectuée par le roi lors de la prise de pouvoir, commençant par le comte de Flandre et finissant par les Plantagenêts. Il est manifeste que Giraud s’efforce de rationaliser cette vision dont il ne comprend pas le caractère surnaturel. Si la version conservée dans la chronique de Rigord avait été interpolée et était tributaire de l’œuvre de Giraud, pourquoi aurait-elle omis une interprétation qui paraît évidente dès le début du XIIIe siècle ? N’est-ce pas Giraud de Barri qui a introduit dans son De instructione principis le passage des Gesta de Rigord, en le revêtant d’un commentaire rationalisant et historique ? Il est fort probable que Giraud connaissait l’œuvre de Rigord – il était en très bonnes relations avec la cour de Philippe Auguste (les deux haïssaient les Plantagenêts) et il s’affirmait comme l’un des partisans les plus enthousiastes des Capétiens en Angleterre[17] [17] GIRALDUS, p.  328; ROBERT BARTLETT, Gerald of Wales...
suite
. Dans le chapitre XIX de son De instructione principis, Giraud donne une explication du surnom de Philippe, l’« Auguste » (Augustus ab augendo rem publicam), conforme à celle proposée par Rigord[18] [18] Augustus ab aucta re publica : RIGORD, 1, p.  6. ...
suite
. Giraud est le seul auteur contemporain à raconter aussi une autre vision se rapportant à Philippe Auguste, apparue au saint frère Bernard de Vincennes avant la naissance du roi[19] [19] Il s’agit ici, d’après H. -F. Delaborde, du frère Bernard...
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. Bernard vit un petit garçon dans les langes qui tomba du Ciel, envoyé par Dieu aux Francs qui désiraient avoir un héritier du royaume. À peine avait-il touché le sol qu’il grandit et adopta une stature remarquable et majestueuse. Accoudé sur les têtes des deux souverains les plus fiers du monde, l’empereur germanique et le roi d’Angleterre, il les enfonça si fortement dans le sol qu’ils disparurent. Giraud de Barri ajoute que les événements qui suivirent confirmèrent le caractère prophétique de la vision[20] [20] Item ad argumentaque future maiestatis immense facit et...
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. Indubitablement, l’action se déroule après Bouvines, c’est-à-dire quelques années après la disparition de Rigord. Si l’on en croit Henri-François Delaborde, la continuation anonyme de Rigord a été écrite après 1220 (date à laquelle s’arrête l’œuvre de Guillaume le Breton, source principale du continuateur) et avant 1260, probablement dans les années 1250-1260[21] [21] Cf. H. -F. DELABORDE, Œuvres de Rigord. . . , op. cit. , t.  1,...
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, peu avant les Grandes chroniques de France, sinon en même temps. De nombreux passages de Rigord, traduits en français de manière littérale par Primat, laissent à penser qu’il connaissait bien les Gesta Philippi Augusti.

6 Les Grandes chroniques contiennent la version française de la vision conservée dans le manuscrit parisien de Rigord[22] [22] Les grandes chroniques de France, in Recueil des historiens...
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; apparemment, Primat n’avait pas connaissance de la version rapportée par Giraud.

7 Si le continuateur anonyme de Rigord, dans les années 1250, avait interpolé la vision de Louis VII en s’aidant de l’œuvre de Giraud de Barri, pourquoi aurait-il ignoré l’autre ? Il avait, pour source principale, les écrits de Guillaume le Breton. L’absence de la vision dans le second manuscrit conservé de Rigord, celui du Vatican (V), ne constitue pas la seule différence entre les deux versions. Dans le manuscrit V, manquent aussi les chapitres 70 à 154 et l’arbre généalogique des rois de France commençant par Priam[23] [23] Cf. H. -F. DELABORDE (éd. ), Œuvres de Rigord. . . , op. cit. ,...
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. Et, pour finir, ce serait l’unique interpolation dans le manuscrit parisien. La vision de Louis VII, dans la version du manuscrit parisien, n’est semble-t-il donc pas tributaire de l’œuvre de Giraud de Barri, mais provient de l’œuvre de Rigord.

8 L’interprétation de la vision de Louis VII est délicate. Les historiens la mentionnent sans pour autant se risquer à une analyse plus approfondie. John W. Baldwin soutient prudemment l’explication de Giraud le Cambrien – la suprématie de la royauté sur l’anarchie féodale – tout en retenant la thèse de l’interpolation tardive[24] [24] J. W. BALDWIN, Philippe Auguste. . . , op. cit. , pp.  482,649,...
suite
. En revanche, si l’on admet que son auteur fut Rigord, une telle interprétation ne suffit pas. Bernard Guenée, sans se prononcer catégoriquement, ne rejette pas la possibilité d’une vision originaire du manuscrit et voit dans ce texte non seulement l’expression d’une protection divine particulière entourant la royauté, mais aussi une audacieuse déification du roi. Dans le rêve de Louis, Philippe Auguste serait la figure de Jésus-Christ, et la vision, la transposition de la Cène[25] [25] BERNARD GUENÉE, « Le roman aux rois », in P. NORA (dir. ),...
suite
. En poursuivant l’idée de B. Guenée, il faut évoquer une autre source – la chronique du Ménestrel de Reims, datant de 1265 environ. Décrivant les préparatifs de la bataille de Bouvines, le Ménestrel écrit que, une fois la messe dite, « si fist li rois aporteir pain et vin; et fist taillier des soupes, et en prist une et la manja; et puis dist à touz ceus qui entour lui estoient : “Je proi à touz mes loiaus amis qui ci sont qu’il manjucent avec moi, en remembrance des douze apostres qui avec Nostre Seigneur Jhesu Christ burent et mangierent”[26] [26] Le MÉNESTREL DE REIMS, Récits d’un Ménestrel de Reims...
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 ».

9 La chronique du Ménestrel de Reims fait partie de la littérature chevaleresque satirique : son but principal est d’amuser ceux qui la lisent ou l’écoutent, et peu nombreux sont les rois de France qui ont réussi à échapper aux piques de son auteur. Mais Philippe Auguste jouit d’un énorme respect auprès du Ménestrel, pour qui ce monarque incarne l’idéal du roi-chevalier noble et généreux. Bouvines est à ses yeux le triomphe bien mérité de la France et de la chevalerie. Le roi de France, avant l’épreuve, se montre le légitime successeur du roi des rois, le Christ, combattant comme lui contre le mal. Et, comme Jésus, il en sort victorieux. Le Ménestrel est, pour autant qu’on le sache, le premier à donner une telle image de Philippe avant Bouvines. De qui s’est-il inspiré ? L’Anonyme de Béthune, chroniqueur contemporain de Philippe Auguste, très critique, voit le roi manger du pain et boire du vin avant la bataille, mais dans la solitude[27] [27] Chronique de l’Anonyme de Béthune, RHF, 24, p.  768;...
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. Chez Richer de Senones, Philippe consomme le pain trempé dans le vin de la coupe dorée. Philippe Mouskès est plus proche de l’image proposée par le Ménestrel de Reims, quand il présente Philippe Auguste mangeant du pain et buvant du vin dans un calice d’or – l’association avec l’eucharistie est ici évidente[28] [28] PHILIPPE MOUSKÈS, Chronicon, MGH, SS, 26, p.  756;...
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. Guillaume le Breton, dans les Gesta Philippi, relate le geste de la bénédiction que le roi confère à ses chevaliers avant de se lancer dans la bataille[29] [29] Petierunt milites a rege benedictionem, qui, manu elevata,...
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.

10 Une autre interprétation est proposée par Éric Bournazel et Jean-Pierre Poly, qui voient dans le rêve de Louis VII une évocation du mythe du Graal[30] [30] Cf. ÉRIC BOURNAZEL et JEAN-PIERRE POLY, « Couronne et...
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. Le pouvoir surnaturel de ce vase merveilleux, on le sait, était de soigner, purifier et ravitailler Logres, le royaume d’Arthur. Le Graal, en dépit du texte de Chrétien de Troyes, est figuré, déjà à la fin du XIIe siècle, comme une coupe, un calice ou un ciboire[31] [31] BnF, mss fr. 12576, f. 261r, et 12577, f. 18v, 74v, 213r. ...
suite
. Mais ce très saint calice ne pouvait être tenu en main que par le meilleur des hommes, celui qui n’avait jamais été souillé par un péché mortel. Si l’on suit l’hypothèse de É. Bournazel et J.-P. Poly, Philippe Auguste serait alors un nouveau Perceval, ou un Galaad, unique être au monde jugé digne de toucher le « saint du saint », l’élu destiné à rétablir la splendeur du royaume de France, alors accablé par les défaites. Les textes arthuriens étaient lus dans le milieu curial de Philippe Auguste, et, de temps en temps, passaient pour authentiques : Guillaume le Breton renvoie quelquefois ses lecteurs aux prophéties de Merlin[32] [32] Voir l’extrait narrant la mort d’Arthur, comte de Bretagne :...
suite
. Il est vrai que la matière arthurienne était très attrayante, même auprès des intellectuels du temps, et qu’ils circulèrent dans la littérature européenne jusqu’à la fin du Moyen  ge, sans rien perdre de leur pouvoir d’attraction. L’auteur du rêve de Louis VII a pu être influencé par l’imaginaire arthurien, mais il ne semble pas qu’il ait pensé à faire du roi Philippe Auguste un Perceval, pas plus que les Gesta Philippi Augusti de Rigord ne prétendaient être un roman d’aventure.

11 Le symbolisme du sang était particulièrement fort en Occident, aux XIIe et XIIIe siècles, comme le prouve l’énorme succès du Roman du Graal[33] [33] COLETTE BEAUNE, « Les ducs, le roi et le Saint Sang »,...
suite
. Le premier et le plus puissant épanouissement du motif du Graal intervient dans les années 1180-1230, soit au cours du règne de Philippe Auguste. La fin du XIIe et le XIIIe siècle voient s’accroître de manière continue la dévotion pour l’eucharistie. Le concile de Latran IV proclame le dogme de la transsubstantiation et de la présence réelle du Christ, en chair et sang, dans l’hostie consacrée. Les stigmates (dont les plus connus sont ceux de saint François) et les hosties saignantes, les apparitions du Christ vivant au moment de la consécration deviennent de plus en plus nombreux[34] [34] Cf. DANIÈLE ALEXANDRE-BIDON, « La dévotion au sang du...
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. Sont conservées deux traditions indépendantes attribuant une telle vision à Philippe Auguste en 1181[35] [35] Philippis, I, 482-504, pp.  26-27; voir aussi ROBERT...
suite
. Tel est donc le climat, reflété par les spéculations intellectuelles et spirituelles, des expériences religieuses de ces années où le sang prend une place de plus en plus importante comme manifestation possible de la présence réelle et mystique de Jésus, Dieu-Homme. Il se peut donc aussi que telle soit la signification de l’image où Philippe Auguste, roi comme le Christ et comme lui attendu par son peuple[36] [36] YVES SASSIER, Louis VII, Paris, Fayard, 1991. ALEXANDER...
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, donnait à boire du sang d’un calice d’or à ses barons. Rappelons l’attente autour de l’accouchement de la reine Adèle de Champagne, le poème de Pierre Riga[37] [37] HENRI-FRANÇOIS DELABORDE, « Un poème inédit de Pierre...
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, la certitude exprimée par les chroniqueurs et par Louis VII que l’enfant est l’envoyé de Dieu, le « Dieudonné », comme l’appellent les chroniqueurs[38] [38] Cf. RIGORD, 1, s. 7; ARMORICUS, 11, s. 176; Les Grandes...
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. Giraud de Barri, alors étudiant à Paris, relate l’ambiance de fête dans la ville et la réponse d’une vieille femme qui lui dit : « Le Dieu nous a donné un roi[39] [39] Giraldi Cambrensis Opera. . . , op. cit. , t.  8, Londres,...
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. » L’analogie établie entre Jésus et le roi[40] [40] Voir MARC BLOCH, Les rois thaumaturges, Paris, Gallimard,...
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a, en France, une belle tradition : Suger, décrivant la consécration de la nouvelle église de l’abbaye de Saint-Denis, montre le roi Louis VII, entouré des évêques, en tête de la procession terrestre, et Jésus accompagné des apôtres, menant la procession céleste[41] [41] SUGER, Scriptum consecrationis eclesiae Sancti Dionysii,...
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. Mais l’assimilation du roi au Christ est un lieu commun de la chrétienté médiévale et elle ne suffit donc pas à expliquer pleinement le rêve de Louis VII, qui, de façon manifeste, distingue Philippe Auguste des autres monarques.

12 Il convient à présent de se tourner vers un récit de l’aventure vécue par Guillaume II le Roux, roi d’Angleterre (1087–1100), transmis par Benoît de Sainte-Maure, Giraud de Barri et Gautier Map[42] [42] Cf. P. BUC, L’ambiguïté du livre. . . , op. cit. , pp.  225-227;...
suite
. On raconte que Guillaume II, s’étant égaré à la chasse, eut faim. Il aperçut une chapelle dans le bois, y pénétra et vit le corps apparemment sans vie d’un cerf gisant sur l’autel. Bien que la viande fût crue, le roi commença à en manger. Tout à coup, le cerf se transforma en homme sanguinolent. Se souvenant que, la nuit précédente, il avait eu un rêve dans lequel il consommait de la chair humaine, le roi fut effrayé, mais sa faim était si grande qu’il continua à dévorer cet homme ensanglanté. Le lendemain, Guillaume le Roux demanda à l’évêque de Winchester l’explication de ces événements. Le prélat lui répondit que l’homme reposant sur l’autel était le Christ, symbolisant l’ensemble des sujets de Guillaume qui, en tyran, n’hésita pas à le dévorer tout entier. La dévoration du corps du Dieu-Homme est ici un symbole du mauvais gouvernement : le roi, qui devrait régner pour le bien et le salut de ses sujets, choisit ici de les engloutir. Guillaume le Roux commet alors une « anti-eucharistie ». Jésus, lors de la Cène, établit une union réelle et mystique entre Dieu et le peuple par Sa présence dans l’eucharistie : « Prenez et buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l’alliance[43] [43] Matthieu 26,27-28. ...
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 ». L’assimilation de la vision de Louis VII à la Cène paraît dès lors évidente : Philippe Auguste donne à boire du sang aux barons du royaume, qui incarnent à ce moment l’ensemble du royaume capétien. Le calice est un attribut royal par excellence et le symbole indo-européen de l’opulence; le sang est le symbole universel de la vie. Tel doit être le sens de la vision du roi Louis : Philippe Auguste, son successeur, sera celui qui assurera la prospérité du royaume et établira l’union entre la royauté, le royaume et le peuple, représenté par les vassaux. Contrairement à Guillaume le Roux, qui avale le corps de son royaume, Philippe injecte dans les membres du pays le sang vivifiant. La communion de sang, célébrée par Philippe Auguste à l’instar du Christ, exprime également un lien indéchirable entre le roi et le royaume.

Un messianisme régalien

13 Il serait ici utile d’évoquer les rumeurs contemporaines accompagnant la naissance de Frédéric II (1194), inspirées par la cour sicilienne des Hohenstaufen[44] [44] Cf. ERNST H. KANTOROWICZ, L’empereur Frédéric II, Paris,...
suite
. Les érudits au service de son père, l’empereur Henri VI, Pierre d’Eboli et Godefroy de Viterbe, lancèrent l’idée, vite populaire, que le nouveau-né était le Cosmocrator annoncé par Virgile, c’est-à-dire l’ultime empereur et rédempteur du monde. Aussi Frédéric II, qui, parvenu au pouvoir, se présentait volontiers comme empereur-Sauveur[45] [45] Ibid. , pp.  239,387-388,447,457-458,461-463,467-468,548...
suite
, célébrait-il le lieu de sa naissance, Iesi, l’appelant le « nouveau Bethléem[46] [46] E. H. KANTOROWICZ, L’empereur. . . , op. cit. , pp.  18...
suite
 », ce qui sous-entendait que lui-même était pour le moins une figure christique. On peut y voir une analogie avec Philippe Auguste : lui aussi était, selon les consuls de Toulouse, le Verbe né de la chair de Louis VII; sa naissance fut annoncée par la vision mystique évoquant le mystère eucharistique et son sacre s’accompagna des signes de l’épiphanie du Saint-Esprit.

14 Philippe Auguste ne put être sacré à la date prévue, le 29 mai 1179, fête de l’Assomption, car, à la veille de la cérémonie prévue, le jeune prince s’était égaré, lors d’une chasse en forêt de Compiègne, en courant le sanglier[47] [47] RIGORD, pp.  10-12; Philippis (I, 234-239, p.  16) :...
suite
. La bête, comme l’atteste Guillaume le Breton, n’était autre que le diable, cherchant à priver le royaume de France de l’héritier du trône. Mais Philippe Auguste, ayant appelé sur lui la protection de Dieu, de la Vierge et de saint Denis, les deux protecteurs des rois de France[48] [48] BERNARD GUENÉE, « Le vœu de Charles VI. Essai sur la...
suite
, se vit bientôt secouru : un paysan lui fit retrouver le chemin, et la protection des saints Denis et Thomas Becket lui permit d’être sauvé[49] [49] RIGORD, 3, pp.  11-12; Philippis, I, 224, p.  16;...
suite
. Ainsi, avant le sacre, par la volonté de Dieu, le futur souverain subit une épreuve qui mit en évidence ses qualités de roi chrétien[50] [50] Hec tamen, haud dubium, tentatio contigit illi, / Ut deus...
suite
. Philippe se montra digne de la fonction royale et les événements futurs devaient prouver qu’il était le vrai élu de Dieu. De fait, Philippe Auguste passait, aux yeux de certains intellectuels de son temps, pour un roi destiné par Dieu à accomplir une mission particulière dans le monde chrétien.

15 Dans la Geste de Philippe Auguste durant la deuxième année de son règne, Rigord décrit le second couronnement du roi à Saint-Denis, le jour de la fête de l’Ascension, le 29 mai 1180[51] [51] RIGORD, 10, pp.  20-22. ...
suite
. Il est intéressant de comparer ce récit à celui consacré au premier sacre, le 1er novembre 1179. Dans la cérémonie de Reims, Rigord met surtout en valeur les aspects politiques : il décrit la rencontre de Louis VII avec les grands du royaume, au cours de laquelle fut décidé le sacre du jeune roi, insiste sur la présence du roi Henri II d’Angleterre qui, en qualité de vassal du roi de France, soutenait la couronne sur la tête de Philippe, énumère les titres et fonctions de Guillaume de Champagne, archevêque de Reims, cardinal et légat apostolique en France mais aussi oncle de Philippe Auguste. Pour la cérémonie de Saint-Denis, célébrée par Gui, archevêque de Sens, un intérêt majeur est porté aux détails du cérémonial. D’abord, chose rare dans les textes du temps, l’auteur mentionne la dépose de la couronne sur le chef du nouveau souverain par lui-même : rex Philippus secundo imposuit sibi diadema, et la présentation de l’épée royale au roi[52] [52] Ibid. , pp.  20-21. ...
suite
. Le second couronnement du roi Philippe, accompagné de sa nouvelle épouse, Élisabeth de Hainaut, ne doit point étonner : Louis VII fit de même lors de son troisième mariage avec la mère de Philippe, Adèle de Champagne, en 1160, et les exemples abondent aussi en Angleterre et dans l’Empire. Mais, aux yeux de Rigord, la cérémonie de Saint-Denis ne se limitait pas au seul couronnement, car elle s’accompagna de circonstances mémorables. Tandis que le roi et la reine, entourés des évêques et des grands féodaux, agenouillés devant l’autel des saints martyrs dans l’abbaye, attendaient que l’on posât les couronnes sur leurs têtes, se produisit un événement mystérieux. L’abbaye était pleine de monde : le peuple n’avait pas voulu manquer l’occasion d’admirer ce fastueux et royal spectacle. Se pressant vers le maître-autel, la foule enthousiaste des spectateurs provoqua un tumulte dans l’église. S’aidant d’un gros bâton pour calmer les esprits, un des chevaliers de la suite du roi brisa trois lampes suspendues au-dessus de l’autel, dont l’huile se répandit sur les têtes du roi et de la reine. Pour Rigord, ce fut un signe de l’abondance des dons du Saint-Esprit, envoyés par le Ciel, miraculeusement versés pour que le nom du roi soit célèbre et que sa gloire se répande dans le monde entier[53] [53] Interea, dum multa turba populi de circumpositis civitatibus,...
suite
. Mieux, Rigord invoque le caractère prophétique du texte vétéro-testamentaire du Cantique des cantiques (en l’attribuant par erreur au Cantique d’Amour de Salomon), interprété comme symbole du mariage mystique entre Jésus et l’Église, qui dit : oleum effusum nomen tuum. Rien de surprenant à ce que Rigord ait vu en l’onction royale le mariage du roi avec l’Église, à l’image de l’union mystérieuse du Christ avec Ecclesia. Mais le chroniqueur ne se contente pas de cette constatation. Il cite le psaume LXXII 8.11, qui constitue purement et simplement une louange du bon roi :

16

Comme si on avait dit : « La gloire de ton nom et ta sagesse s’étend de la mer jusqu’à la mer, et du fleuve jusqu’à la fin de la terre. Et tous les rois du monde s’inclineront devant lui : et les peuples le serviront. » De ceci et des événements semblables, il en résulte que tout ce qui se passait autour de ce roi par la volonté de Dieu devrait être compris de cette manière[54] [54] Unde in Cantico amoris Salomon de isto prophetice videtur...
suite
.

17 É. Bournazel et J.-P. Poly ont déjà signalé le contraste entre le récit que donne Rigord du sacre de Reims en 1179 et la cérémonie de Saint-Denis en 1180. Les deux historiens insistent sur le fait que le sacre de Philippe Auguste à Reims, en 1179, est ici présenté comme un couronnement, alors que le véritable sacre, miraculeux et commémorable grâce à l’intervention divine, se déroule à Saint-Denis l’année suivante[55] [55] Cf. É. BOURNAZEL et J. -P. POLY, « Couronne et mouvance. . .  »,...
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. Aussi le choix, pour commenter la cérémonie de Saint-Denis, du psaume LXXII comme prière pour le règne du roi juste, conduit-il à conclure que c’est bien le couronnement de Saint-Denis que Rigord considère comme le véritable sacre et la vraie inauguration du règne de Philippe Auguste. Le chroniqueur qui, dans la partie de sa chronique consacrée à l’histoire des Francs, ne mentionne guère la tradition de la sainte ampoule de Reims, ni la légende de la miraculeuse onction de Clovis – bien qu’il soit impensable qu’il ne l’ait pas connue –, donne une autre preuve, tout à fait différente, du caractère de sainteté de la royauté française, cette fois manifestée pour Philippe Auguste en personne. La plupart des chroniqueurs du XIIe siècle ne disent rien de l’ampoule de Reims, mais, trait particulier à Rigord, c’est une nouvelle idée de l’onction divine du roi qui vient concurrencer l’ancienne tradition rémoise. Un fait qui pourrait passer pour accidentel – les lampes brisées sur le maître-autel de Saint-Denis – est ici présenté comme un signe de l’action divine du Saint-Esprit, reflet de la prophétie biblique. Le Cantique des cantiques et le psaume LXXII annoncent la puissance et la sagesse du règne de Philippe Auguste : la gloire du nom du souverain se répandra dans le monde entier et les rois et les peuples de la terre s’inclineront devant lui. Tout cela grâce à l’onction du Saint-Esprit, miraculeusement obtenue lors du couronnement à l’abbaye dédicacée à saint Denis, patron des rois et du royaume de France. Rigord ne pouvait ignorer la tradition rémoise, transmise par Aimoin de Fleury et ses continuateurs, car l’école historique de Saint-Denis était apparue, au XIIe siècle, comme l’héritière de l’atelier historique de Fleury à Saint-Benoît-sur-Loire. L’autre chroniqueur de Philippe Auguste, Guillaume le Breton, a fait de la légende de l’onction miraculeuse de Clovis la pierre angulaire de la construction de son poème héroïque, la Philippide[56] [56] Philippis, I, pp.  16-21, v. 200-349, surtout les...
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 : elle préfigure le sacre de Philippe Auguste en 1179. Il existe une analogie entre le récit du couronnement-sacre de Saint-Denis par Rigord et le sacre de Clovis relaté par Aimoin, qui réside dans le rôle accompli par le Saint-Esprit. Dans les Gesta Francorum d’Aimoin, comme dans les Gesta Philippi Augusti, l’huile miraculeusement versée sur le front du roi symbolise la plénitude des grâces de Dieu.

18 Les circonstances des deux onctions sont en apparence différentes, mais, dans les deux cas, un incident malencontreux se manifeste comme un élément du plan divin. Chez Aimoin, le prêtre chargé d’apporter le chrême baptismal ne peut, à cause de la foule, le présenter à l’autel de la cathédrale de Reims. Clovis est donc oint du saint chrême céleste apporté par l’Esprit saint, personnifié par la colombe[57] [57] AIMONUS FLORIACENSIS, De gestis Francorum, I, 16, RHF, 3,...
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. Chez Rigord aussi, une telle foule se presse à l’abbaye que la suite royale se résout à jouer du bâton, jusqu’à ce que se brisent les lampes à huile suspendues au-dessus de l’autel et que se réalise ainsi l’onction miraculeuse du roi. Dans les deux cas, il faut voir la présence de Dieu – une épiphanie matérielle du Saint-Esprit pendant le premier sacre, et une épiphanie par l’action dans le couronnement-sacre de Philippe Auguste. Tout en passant sous silence la légende rémoise, Rigord en tire l’essence – la présence de Dieu dans le rituel inaugurant le règne –, en l’associant non aux rois de France en général, mais à Philippe Auguste personnellement.

19 Fait intéressant, en présentant la prophétie sur le futur règne de Philippe, Rigord se montre proche des idées contemporaines non seulement d’Amaury de Bène qui, après sa mort, fut jugé hérétique, mais également de Joachim de Flore, condamné lui aussi pour hérésie quelques décennies plus tard. Les deux millénaristes s’attendaient au proche avènement du siècle du Saint-Esprit, succédant aux époques précédentes : celles du Père et du Fils. On sait, grâce à Elizabeth A. R. Brown et Philippe Buc, qu’Amaury et son disciple, Guillaume d’Arria, virent, dans Philippe Auguste et dans son successeur, Louis VIII, « les rois de la fin du monde, rois de la fin des temps, qui posséderont la sapience de l’Écriture, qui régneront jusqu’à la fin des temps et auxquels les rois de la terre rendront hommage[58] [58] E. A. R. BROWN, « La notion. . .  », art. cit. , p.  88;...
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 ». La coïncidence entre les textes est frappante : elle provient sûrement du fait qu’ils s’inspirent des mêmes sources bibliques, surtout le psaume LXXII. Rigord, parallèlement à Amaury et à Joachim, annonce que le roi Philippe fera s’incliner devant lui tous les monarques de la terre et que sa sagesse deviendra célèbre dans le monde entier, ajoutant que l’onction miraculeuse de Saint-Denis n’est que le premier d’une série de signes célestes qui ne se feront pas attendre très longtemps[59] [59] La chronique de Rigord n’a pas eu un grand succès public...
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Prodiges et miracles

20 Le premier miracle date de 1185. Au cours de la guerre contre Philippe d’Alsace, comte de Flandre, « parmi autres choses admirables que Dieu daigna faire voir aux hommes pour son serviteur Philippe, il advint que les chevaux et les chars du roi de France foulèrent les champs appartenant aux chanoines d’Amiens, près du château de Boves ». Tout ce qui n’avait pas été écrasé fut confisqué par les officiers royaux pour nourrir l’armée du roi. Selon les chanoines que Rigord cite comme ses informateurs, presque rien ne resta dans les champs. Les chanoines adressèrent alors au doyen et au chapitre d’Amiens une demande de dédommagement. Mais le doyen leur conseilla de patienter jusqu’au temps de la moisson[60] [60] RIGORD, 29, pp.  44-45. ...
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21

Il arriva alors une chose miraculeuse et merveilleuse ! [...] Par la miraculeuse action divine, il s’est fait que, contre l’espoir de tous, la moisson, qui avait été foulée par l’armée du roi, a été si pleinement et abondamment rétablie qu’après avoir battu et vanné les grains, il s’est avéré que la récolte était centuple, provenant non seulement des épis qui avaient été écrasés, mais aussi de ceux qui avaient été coupés à la faucille et donnés à manger aux chevaux... En revanche, là où campait l’armée du comte de Flandre, la végétation était si desséchée qu’il ne restait pas un brin d’herbe[61] [61] Mira res et nimis stupenda ! Succedente itaque tempore...
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22 Les chanoines, de même que le chroniqueur, ne doutaient pas : ayant assisté à un tel miracle, avec le peuple assemblé, ils craignaient le roi, comprenant que la sagesse de Dieu était en lui et que c’était elle qui l’instruisait et lui apprenait à accomplir ses vœux, avec l’aide de « Celui qui est le prince des princes et le principe de tout[62] [62] Ibid.  : Videntes autem canonici Ambiacenses tantum...
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 ». Rigord, pour éclaircir la signification du miracle du champ de Boves, emprunte de nouveau à un passage biblique : c’est un extrait du Ier Livre des Rois qui se réfère à Salomon[63] [63] Timuerunt regem, videntes sapientiam Dei esse in illo (I...
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. Comme avant, le sens de la citation se concentre sur la sagesse divine du roi, la « sapience », un des mots clés de la pensée millénariste parfois hétérodoxe de la fin du XIIe et du début du XIIIe siècle. Il faut cependant remarquer que le miracle de Boves confirmait la prophétie formulée par Rigord lorsqu’il racontait le sacre miraculeux de Philippe Auguste à Saint-Denis : le roi est l’élu de Dieu. Soulignons aussi, incidemment, que ce miracle paraît fort bien correspondre aux trois fonctions royales indo-européennes : les sacralités liées à l’abondance, la richesse, la fertilité, qui se manifestent pendant que le roi accomplit sa fonction guerrière, le miracle représentant la première fonction – la sacralisation du roi par l’intervention divine. Mais la multiplication des blés à Boves, réalisée par Dieu pour Philippe Auguste, fait surtout penser à Jésus multipliant le pain au bord du lac de Tibériade (Jean 6,1-13). Le miracle opéré pour le roi Philippe est alors une figuration de celui du Messie.

23 Le prodige suivant eut lieu aussi en temps de guerre, menée cette fois contre le roi Henri II d’Angleterre en 1189. Les troupes de Philippe assiégeaient le château de Levroux, situé au bord d’un ruisseau où, d’habitude, l’eau coulait d’abondance. Cet été, à cause d’une chaleur exceptionnelle, le ruisseau fut asséché et les assiégeants manquèrent d’eau. Mais, quand le roi et son armée entière furent accablés par la sécheresse et la soif :

24

[...] soudain, des entrailles les plus profondes de la terre, jaillit miraculeusement un torrent d’eau, sans qu’il plût et si abondamment qu’il atteignit les sous-ventrières des chevaux et ranima hommes et bêtes. Le peuple qui vit un si grand miracle se réjouit et loua Dieu, qui fait tout ce qu’Il veut dans la mer comme dans les abîmes. L’eau demeura tant que le roi soutint le siège. [...] Et quand, [ayant pris le château], il le leva, les eaux revinrent en leur lieu d’origine pour ne plus réapparaître[64] [64] Cum autem rex et totus exercitus eius penuria aquarum et...
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25 Cette fois, il s’agit d’un miracle mosaïque : Philippe Auguste, par sa seule présence, fait jaillir une source pour les besoins en eau de son armée, comme l’avait accompli le patriarche avec son bâton, pour donner à boire au peuple d’Israël traversant le désert (Exode 17,1-7). Ici aussi se dévoile la sacralité de la troisième fonction : grâce à Dieu, le roi force la Nature à le servir. Certes, le miracle est opéré par Dieu, mais il est fortement lié à la personne royale puisque la source disparaît après le départ du roi et de son armée. Durant cette même guerre contre Henri Plantagenêt, en 1189, Philippe accomplit un autre miracle : il parvint à trouver un gué dans la Loire, près de Tours, passage miraculeux car, tout comme le torrent de Levroux, il disparut après que le roi et ses troupes eurent traversé le fleuve.

26 Autre miracle mosaïque[65] [65] Exode 14,13-31. ...
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 : comme les eaux de la mer Rouge, celles de la Loire se retirèrent devant le roi. Les bourgeois de Tours, assistant au prodige – écrit Rigord – « craignirent le roi » (timuerunt regem), comme le peuple amiénois. La chronique de Rigord présente d’autres parallèles encore entre Philippe Auguste et Moïse mais, paradoxalement, ils ne sont établis que lorsque le roi chasse les Juifs du royaume et transforme les synagogues en églises[66] [66] RIGORD, 12-18, pp.  24-32. ...
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. « Quand les nobles et les bourgeois de France virent les merveilleux faits du roi, lesquels s’accomplirent de son vivant par la volonté de Dieu, ils reconnurent que le roi était naturellement voué à faire le bien. Admirant ses œuvres, ils bénirent Dieu qui accorda aux hommes un tel règne[67] [67] Videntes autem milites totius Francie et cives et alii burgenses...
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. »

27 Il paraît essentiel, pour comprendre l’intention de Rigord, de s’arrêter sur le vocable sapientia, utilisé deux fois par le chroniqueur dans son commentaire sur les faits miraculeux qui se sont manifestés autour du roi (le couronnement-sacre de Saint-Denis, la multiplication des blés). L’usage du mot sapientia – sapience, sagesse –, associé aux événements de caractère prophétique et à l’intervention du Saint-Esprit dans la vie de Philippe Auguste, doit être interprété en rapport avec des mouvements intellectuels et la pensée religieuse de la fin du XIIe siècle et du début du XIIIe siècle. La spiritualité de cette époque a été très influencée par la pensée millénariste du théologien mystique italien Joachim de Flore († 1202). Ce cistercien, dont les œuvres ont été condamnées après sa mort par le concile de Latran, en 1215, puis en 1260 par le concile d’Arles, jouit durant sa vie de l’amitié et de la protection de trois papes : Lucius III, Urbain III et Clément III. L’historiographie de Joachim, fondée sur l’Apocalypse, prévoyait sept périodes dans l’histoire du monde. De façon imminente, en 1200 ou en 1260, commencerait la septième et ultime époque du monde : celle du Saint-Esprit[68] [68] MORTON BLOOMFIELD et MARJORIE REEVES, « The Penetration...
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. Joachim croyait que, parmi les sept rois du temps du sixième sceau, cinq étaient déjà tombés, le sixième, qui seul devrait gouverner le monde, vivait toujours, et le septième n’était pas encore apparu[69] [69] C. CAROZZI et H. TAVIANI-CAROZZI, La fin des temps. . . , op. ...
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. L’intérêt porté par Richard Cœur de Lion et Philippe Auguste aux idées de Joachim est attesté en 1190-1191, quand les deux rois, en route pour la Terre sainte et passant l’hiver en Sicile, reçurent l’abbé millénariste à Messine et l’écoutèrent. Les propos de Joachim ne contentèrent sûrement pas Philippe : selon le cistercien, c’était Richard qui deviendrait le roi du septième sceau de l’Apocalypse.

28 Le roi Richard triompherait bientôt de tous ses ennemis et de tous les monarques de la terre, et la gloire de son nom perdurerait éternellement[70] [70] M. BLOOMFIELD et M. REEVES, « The Penetration. . .  »,...
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. Mais, quelques années plus tard, en 1199, le Plantagenêt, mortellement atteint par une flèche française, devait comprendre que les dits du cistercien étaient douteux. L’auteur de l’Historia Regum Francorum ad annum MMCCXIV écrira cependant que le roi de France, rompant la trêve signée avec le successeur de Richard, le roi Jean, se montra magnanime car lui seul se croyait destiné à gouverner le monde[71] [71] Historia Regum Francorum ad annum MCCXIV, RHF, 17, p.  426. ...
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. Est-ce une preuve de la pénétration des idées joachimites dans la propagande capétienne ? Quant à la gloire attachée à son nom, et la victoire sur tous les rois du monde, c’est la même idée, que Rigord utilise, quant à lui, dans le commentaire prophétique accompagnant la description du sacre à Saint-Denis. Il faut ajouter que le millénarisme joachimite s’insérait bien dans la tradition chiliaste de l’Occident. Qu’on en juge à la réception très favorable, au XIIe siècle, du vieux traité d’Adson de Montier-en-Der, De ortu et tempore Antechristi[72] [72] ADSO DERVENSIS, De ortu et tempore Antechristi necnon et...
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, dédié à la reine Gerberge, femme du Carolingien Louis d’Outre-Mer et sœur de l’empereur Otton Ier. Adson pensait que, à la fin des temps, le roi des Francs parviendrait au gouvernement de l’Empire romain, et qu’au terme de son règne glorieux, il déposerait son sceptre et son diadème sur le mont des Oliviers, ce qui signifierait la fin des temps et le début du règne de l’Antéchrist[73] [73] ADSO, pp.  1-3 et 26; cf. ROBERT KONRAD, De ortu et...
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. Dans les dernières années du XIe siècle, fut adjoint au texte d’Adson un extrait de la Sibylle tiburtine selon lequel le nom du roi de la fin des temps commencerait par un C – ce serait donc le successeur de Charlemagne[74] [74] Cf. E. A. R. BROWN, « La notion. . .  », art. cit. , p.  86;...
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. L’évêque de Freising, Otton, chroniqueur et oncle de Frédéric Barberousse, ne doutait pas que cela ne pouvait se référer qu’à l’empereur; s’il mentionne les prétentions du roi de France, ce n’est que pour s’en moquer. Au début des Gesta Frederici, Otton raconte une anecdote dérisoire : Louis VII, avant son départ pour la Terre sainte, aurait reçu une lettre envoyée du Ciel, et provenant de Dieu Lui-même, que les hommes les plus savants de Gaule prenaient pour authentique. La lettre promettait à Louis VII qu’il triompherait sur tout l’Orient et que son initiale L se transformerait en un C[75] [75] Cf. ADOLF HOFMEISTER (éd. ), Ottonis et Rahewini Gesta Frederici...
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. Il serait donc le roi des derniers temps. Robert Folz nous rappelle que Otton fit ses études en France et était très bien informé sur des rumeurs circulant dans le royaume capétien[76] [76] ROBERT FOLZ, Le souvenir et la légende de Charlemagne dans...
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. Dans les années 1160-1178, fut composé le Jeu de l’Antéchrist, connu grâce à un manuscrit conservé à Tegernsee. Le sujet du Jeu en est les préparatifs de l’Europe chrétienne face à la venue proche de l’Antéchrist[77] [77] The Play of Antichrist (trad. et intr. de John Wright),...
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. L’intérêt majeur de ce texte curieux est l’extrait présentant la réponse du roi de France à la demande de l’empereur, qui fit appel aux princes chrétiens pour qu’ils reconnaissent, dans les derniers jours de la chrétienté, la suprématie impériale, lui permettant d’accomplir les devoirs du monarque de la fin des temps : les princes de l’Europe se mirent d’accord, excepté le roi de France qui réclama ses propres droits au diadème impérial, s’appuyant sur d’anciennes chroniques qui assuraient que l’Empire appartenait jadis aux rois de France. Il était alors exclu que l’héritier légitime se soumît à l’envahisseur[78] [78] Historiographis si qua fides habetur, / non nos Imperio...
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. Les prétentions eschatologiques des Capétiens furent donc bien connues en Occident, comme en témoigne la consécration céleste et terrestre de Saint-Denis d’après l’abbé Suger, quand Louis VII, accompagné des dix-neuf évêques, figurait Jésus-Christ entouré de la hiérarchie angélique[79] [79] SUGER, Scriptum consecrationis, 7,13; op. cit. , pp.  26-29...
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29 De même, les registres officiels de la chancellerie royale conservent les traces de la conviction que le roi capétien était prédestiné au rôle du roi de la fin des temps. Le Registre E, datant de 1220 environ, de la main d’Étienne de Gallardon, secrétaire du plus proche conseiller de Philippe Auguste, l’évêque Guérin, garde des sceaux, qui tenait à savoir ce qui s’écrivait dans sa chancellerie[80] [80] LÉOPOLD DELISLE, « Étienne de Gallardon, clerc de la...
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, a été analysé par Elizabeth A. R. Brown[81] [81] Cf. E. A. R. BROWN, « La notion. . .  », art. cit. , pp.  84-110...
suite
, qui le comprend avant tout comme une tentative d’interpréter au profit des Capétiens une prophétie de saint Valery. Guérin et Gallardon joignirent à la liste des rois de France, insérée dans le registre, l’extrait de la Sibylle tiburtine sur le roi de la fin des temps[82] [82] Il faut noter la présence des représentations de la Sibylle...
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 : « Viendra du Ciel le Roi pour les siècles des siècles / mais il sera en chair et os; il viendra juger le monde[83] [83] De celo adveniet Rex, per secula futurus, / scilicet in...
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. » Le texte est complété par la prophétie valérienne promettant la couronne à Hugues Capet pour sept générations, qui furent interprétées sur le mode joachimite, en entendant l’éternité par le chiffre 7 : les Capétiens régneront donc jusqu’à la fin des temps. Certes, la prophétie sibylline peut se référer au second avènement du Christ et au jugement dernier, mais il est exclu qu’il en soit de même avec la prophétie valérienne qui vient compléter la Sibylle. Le roi de la fin des temps devrait alors être Philippe Auguste, septième des Capétiens, Dieudonné, venu du Ciel comme dans la vision racontée par Giraud de Barri[84] [84] BSG, ms. 782 f. 280r, image reprise dans les Grandes chroniques...
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. Il se peut alors que le Registre E doive être considéré comme une preuve de la pénétration dans le milieu de la cour capétienne des idées millénaristes qui servaient à fonder le messianisme royal.

30 Revenons maintenant à Rigord. L’année 1189, où Philippe Auguste partit pour la croisade, le chroniqueur retranscrivit un petit poème, qui, dit-il, circulait dans le pays. Les circonstances sont apparemment analogues à celles de l’affaire de la lettre céleste obtenue par Louis VII. Le poème annonce que le roi Philippe, dit le jeune lion, corbeau et brebis [agneau ? en latin ovis], dépassera la gloire de ses ancêtres et servira Dieu pour renouveler la joie du peuple. Brutus [les Brittons ou les Romains ?] et les quatre glaives des Catules [Rome ?] seront ses serviteurs. L’oie ne cacardera pas lorsque Romulus entendra les épées du roi de France – allusion à la légende des oies du Capitole qui sauvèrent Rome de l’invasion gauloise – mais, cette fois, le roi des Gaules prendra la Ville. Rome ne sera pas seule à se soumettre au roi. Roi-lion, il conquerra le monde entier et instaurera la paix universelle; tous les habitants de la terre déposeront les armes. Le roi restaurera la splendeur de Jérusalem, et Babylone en liesse se convertira au christianisme[85] [85] Parvulus iste leo, lustrabit lustra parentis / serviet...
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. Indubitablement, le présage poétique vise le roi de la fin des temps, et Rigord croit qu’il concerne Philippe Auguste. Selon E. A. R. Brown, le poème doit beaucoup aux prophéties bibliques et aux présages de Joachim de Flore[86] [86] Ezéchiel 19,2-3; Zacharie 8 18-19 (E. A. R. BROWN, « La...
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. Ce serait alors un nouveau signe de la pénétration des idées millénaristes dans la propagande capétienne. De telles traces apparaissent dans trois textes indépendants : chez Rigord, dans l’Historia Regum Francorum, et dans le Registre E de Guérin et Gallardon. L’ensemble paraît exclure toute rencontre fortuite : il est possible que ces motifs aient été intentionnellement insérés dans les textes issus du milieu curial, sinon sous l’inspiration directe de la cour ou du roi en personne. L’auteur anonyme de l’Historia Regum Francorum écrit que Philippe Auguste lui-même se croyait destiné à gouverner seul le monde. En prenant en compte l’intérêt porté à l’idée d’un roi de la fin des temps par les chroniqueurs et même les hauts officiers royaux, s’impose une meilleure interprétation du commentaire donné par Rigord de la miraculeuse onction de Philippe Auguste à Saint-Denis : la diffusion de la gloire du nom du roi jusqu’au bout du monde et la soumission de tous les rois de la terre à Philippe ne sont que la répétition du présage que Joachim de Flore prononça lors du séjour du roi de France en Sicile.

31 Joachim de Flore n’était pas le seul à parler du roi de la fin des temps. Ainsi s’exprimaient à la même époque, à Paris, Amaury de Bène et son disciple Guillaume d’Arria, dit Guillaume l’Orfèvre, connus personnellement du prince Louis, fils de Philippe Auguste et futur roi Louis VIII. En 1206, un an après la mort d’Amaury, son enseignement fut condamné par le synode de Sens et, en 1209, commença le procès contre ses adeptes. L’investigateur fut Guérin, garde des sceaux et grand inquisiteur de France. Les plus connus des disciples d’Amaury furent brûlés comme hérétiques et le corps de leur maître à penser fut déterré, traîné et consumé. Ses écrits furent détruits par le feu ou remis aux évêques pour en vérifier l’orthodoxie catholique. L’un des prélats était naturellement Guérin. La pensée amauricienne était proche du panthéisme, mais c’est l’ardente critique du haut clergé qui causa sa condamnation. Son enseignement millénariste était semblable à celui de Joachim, qui passait encore pour orthodoxe. Mais les adeptes d’Amaury se montraient plus catégoriques que le joachimisme : le temps du Saint-Esprit serait beaucoup plus proche – il devait commencer dans cinq ans. En outre, ils affirmaient que le prochain pape serait l’Antéchrist, que le clergé serait exterminé et que les rois auraient le droit d’interpréter l’Écriture[87] [87] Cf. Chronicon canonici Laudanensi, RHF, 18, pp.  714-715;...
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. Cela, les évêques ne pouvaient l’admettre. Les hérésiarques des XIIe et XIIIe siècles voyaient volontiers en la personne des rois les exégètes de l’Écriture, ce qui n’était point conforme au grégorianisme triomphant. L’avis de l’Église sur ce point est bien représenté par Étienne de Langton dans ses Postille dominicane : Leo quasi bos comedet paleas : le roi, comme tout laïc, ne peut comprendre les Écritures que par l’intermédiaire de l’Église[88] [88] Cf. P. BUC, L’ambiguïté du livre. . . , op. cit. , p.  189. ...
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. Les amauriciens enseignaient cependant que le roi de France a un rôle eschatologique à jouer. Amaury de Bène et Guillaume l’Orfèvre prétendaient que Philippe Auguste et Louis VIII deviendraient les rois de la fin des temps. Tous les souverains du monde seraient soumis à Philippe qui obtiendrait du Ciel douze pains scientiae Scripturae et potestatis, de la science de l’Écriture et de la puissance. Philippe Auguste et Louis VIII gouverneraient l’univers et vivraient éternellement dans l’ère du Saint-Esprit[89] [89] Cf. CÉSAIRE DE HEISTERBACH, Dialogus miraculorum, JOSEPH...
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32 Une nouvelle fois, apparaît une idée conforme au texte des Gesta Philippi Augusti de Rigord. Comme les amauriciens, le chroniqueur prédisait le gouvernement du monde à Philippe Auguste, en évoquant le psaume LXXII. Le futur gouvernement universel de Philippe serait le don du Saint-Esprit qui se manifesta lors du sacre à Saint-Denis. Tel était aussi l’avis de l’auteur anonyme de l’Historia Regum Francorum, tout comme le sens de la vision rapportée par Giraud de Barri. Rigord attribue la sagesse à Philippe, dont la renommée se répandra jusqu’au bout du monde. C’est cette divine sapience qui habite le roi, un roi qui accomplit des miracles, comme celui du blé à Boves, du gué dans la Loire près de Tours ou du torrent miraculeux à Levroux. La scientia Scripturae et potestatis que Philippe doit obtenir du Ciel, selon les amauriciens, n’est-elle pas alors une variante de la même représentation du rôle du roi dans le monde ? On ne saurait non plus passer sous silence le symbole que recouvrent les douze pains que recevrait Philippe Auguste. La doctrine de la transsubstantiation portait aussi sur le pain consacré. C’est justement au cours de la consécration du pain que Philippe Auguste vécut deux fois l’apparition du Christ. De même, la symbolique du Graal, évoquée par É. Bournazel et J.-P. Poly pour expliquer le sens de la vision de Louis VII, touche à la nature mystique de l’hostie, servie au Roi-Pêcheur et par laquelle les fidèles participaient au mystère de la présence réelle du Christ; même le roi ne pouvait communier sub utraque specie qu’une seule fois, lors du sacre. Le nombre même des panes Scripturae et potestatis est symbolique – ils sont autant que les Apôtres, témoins de la première eucharistie.

33 L’œuvre de Rigord fut rédigée au moment où se diffusaient les théories de Joachim de Flore, d’Amaury de Bène et de Guillaume d’Arria. Le chroniqueur achève son œuvre avant la condamnation des millénaristes; il disparaît après 1206-1208. Il n’est donc pas exclu qu’il ait été influencé par certaines de leurs idées. Homme de savoir, médecin, ayant fort probablement étudié à Montpellier, il devait bien connaître le milieu universitaire parisien. Il n’est pas hérétique. Son orthodoxie – son ultramontanisme même –, est bien connue. Mais, à l’époque où Rigord composait son commentaire sur le sacre de Philippe, où l’on observe tant de ressemblances avec les écrits de Joachim de Flore, ce dernier jouissait de la protection papale. Les liens du chroniqueur avec la dynastie – avec Philippe Auguste jusqu’à l’affaire du divorce avec Ingeborg de Danemark, avec le prince Louis ensuite – sont évidents. Ce dernier sympathisait avec Guillaume l’Orfèvre, l’auteur des présages millénaristes sur les rois de la fin des temps : Philippe Auguste et Louis VIII. On est alors fondé à penser que certains points de l’enseignement millénariste concernant la monarchie capétienne, par exemple l’idée d’une influence particulière de l’Esprit saint sur la royauté française – depuis le temps de Louis le Pieux et de Charles le Chauve[90] [90] Cf. FÉLIX BAIX, Les sources liturgiques de la Vita Sancti...
suite
–, le touchaient de près. Il exprime parfois de telles opinions dans sa chronique, en relatant les miracles survenus autour de Philippe Auguste. La coïncidence entre ses commentaires et les présages des amauriciens sont frappants. Il se peut qu’il ait vu en Philippe Auguste le roi de la fin des temps. La condamnation des millénaristes, dans les quinze premières années du XIIIe siècle, peut aussi expliquer en partie la faible diffusion de sa chronique à cette époque, même si les successeurs de Rigord au poste de chronographe du roi de France s’en servirent volontiers. Philippe Auguste s’intéressait au procès des amauriciens. Il est donc très probable qu’il ait eu connaissance de leurs prophéties royalistes, comme le pense E. A. R. Brown[91] [91] Cf. ARMORICUS, 152-154, pp.  231-233, CÉSAIRE DE...
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34 L’interprétation par Rigord du miraculeux entourant Philippe Auguste fait penser au modèle messianique de la royauté. L’inauguration du règne prouve que le nouveau roi est l’élu de Dieu – comme en témoigne l’onction miraculeuse à Saint-Denis, opérée par l’Esprit saint. Même l’aventure dans la forêt de Compiègne peut être comparée à la tentation du Christ : dans les deux cas, le diable échoue à détourner l’homme de la Providence, qui, victorieux et sorti plus fort de cette épreuve, peut désormais initier son œuvre : pour le Christ, son enseignement et sa mission de salut; pour Philippe Auguste, son règne miraculeux. Indubitablement, l’aspect messianique fait aussi partie de cette construction eschatologique millénariste que nous avons retrouvée chez Rigord comme chez les autres auteurs. Le roi de la fin des temps qui déposera son sceptre et sa couronne au mont des Oliviers sera ainsi le successeur d’Adam et de Jésus dans l’histoire du salut. Les propos du chronographe du roi Philippe autorisent à penser qu’il voyait dans son souverain ce roi eschatologique.

35 Ainsi, l’influence du roi ou de ses conseillers sur le contenu des chroniques fut plus grande qu’on ne le suppose parfois[92] [92] Voir note 4. ...
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. La matière de ces présages, dépourvue d’accents anticléricaux, fut un motif apprécié par la royauté. Il s’épanouit dans l’œuvre de Rigord, dans l’Historia Regum Francorum de Saint-Germain-des-Prés, dans le Registre E de Guérin et Gallardon ainsi que chez Guillaume l’Orfèvre. Il paraît incroyable que ce soit par hasard. Il est impossible d’affirmer avec certitude que Philippe a directement participé à la construction de cette image qui le présente comme un roi messianique, millénariste, sacré. Mais la trace des textes prophétiques dans les chroniques royales, dans les registres de la chancellerie du roi, dirigée par un fidèle de Philippe Auguste, frère Guérin, nous conduit à penser que ce modèle de la propagande royaliste fut au moins accepté, sinon désiré, par le roi en personne. Ce dernier portait un vif intérêt aux archives de la monarchie et aux registres, surtout financiers et administratifs[93] [93] THOMAS BISSON, « Les comptes des domaines au temps de...
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. Il est difficile de l’imaginer moins attentif à ce que les registres royaux suggéraient à propos de la royauté française et de sa personne. L’examen des pièces du dossier et leur confrontation nous amènent donc à conclure que les idées millénaristes et messianiques furent appréciées par Philippe Auguste comme un des moyens de la propagande capétienne naissante, utiles tant à l’intérieur du royaume, pour façonner la « religion royale », qu’à l’extérieur, dans la lutte idéologique contre les Plantagenêts rivaux. L’un et l’autre buts semblèrent se réaliser au cours du XIIIe siècle : en dépit de la faible diffusion de l’œuvre de Rigord, ses écrits jouèrent un rôle magistral dans la construction des Grandes chroniques de France de Primat, le miroir de l’histoire nationale autorisée par la monarchie. Philippe Dieudonné, venu du Ciel, fut représenté dans le plus ancien manuscrit de Primat. La vision de Louis VII fut reprise par lui[94] [94] Grandes chroniques de France, RHF, t.  17, p.  348. ...
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, comme par Guillaume de Nangis[95] [95] GUILLAUME DE NANGIS, Chronique latine de 1113 à 1300 avec...
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, et représentée dans les Grandes chroniques composées sous Charles V[96] [96] BnF, ms. fr. 2813, fº 223r. ...
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. Après Giraud de Barri, la royauté capétienne n’a cessé d’impressionner les chroniqueurs d’outre-Manche – Matthew Paris appelle le roi de France rex regum terrestrium[97] [97] MATTHEW PARIS, Chronica maiora, HENRY R. LUARD (éd. ), Rerum...
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, une allusion évidente au Christ, le véritable rex regum.

36 L’image médiévale du souverain idéal, créée par les Miroirs des princes depuis le plus haut Moyen  ge[98] [98] Cf. surtout WILHELM BERGES, Die Fürstenspiegel des Hohen...
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, met surtout en valeur les qualités morales, l’esprit de justice et l’efficacité du gouvernement royal, ce qui, selon les moralistes et politologues médiévaux, va de pair. Mais Smaragde[99] [99] OTTO EBERHARD, « Via regia. Der Fürstenspiegel Smaragds...
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, Jonas d’Orléans[100] [100] JEAN REVIRON, « Les idées politico-religieuses d’un...
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, Jean de Salisbury[101] [101] MAX KERNER, Johannes von Salisbury und die logische Struktur...
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ou Hélinand de Froidmont[102] [102] PHILIPPE DELAHAYE, « La morale politique de Hélinand...
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ne voient en aucun souverain un saint grâce à sa dignité royale. Aussi des auteurs comme l’Anonyme normand ou Hugues de Fleury qui, au début du XIIe siècle, réagissant à la conception grégorienne de la monarchie, insistent-ils sur l’aspect christologique de la royauté, n’attribuant à nul souverain la sacralité personnelle, cas de Philippe Auguste selon les textes analysés ici. Philippe se présente tantôt comme un roi saint, accomplissant des miracles, tantôt comme un roi eschatologique, per secula futurus. Les deux aspects de cette sainteté de l’élu de Dieu sont inséparables, et ils visent plutôt en Philippe Auguste l’image du roi sacré qu’un roi-saint de l’Église. Cependant, le caractère sacré de Philippe ne l’emporte pas sur l’efficacité de son gouvernement. Au contraire, il légitime le succès de ses projets politiques. La version rigordienne de la vision de Louis VII va de pair avec le commentaire sur le sacre miraculeux de Philippe à Saint-Denis, glorifiant l’exhaussement non seulement spirituel du roi, mais aussi politique. Tous les rois du monde s’inclineront devant lui et les peuples le serviront[103] [103] Voir supra, n. 54. ...
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. Les miracles mosaïques furent accomplis pendant les guerres que Philippe Auguste mena contre le comte de Flandre ou le roi d’Angleterre pour les soumettre à son pouvoir. Le sacré qui se manifeste alors autour du roi lui confère donc une valeur politique concrète : si Philippe Auguste est un roi efficace, il l’est grâce à l’effusion de l’Esprit saint reçu lors de l’onction à Saint-Denis. Rigord, qui insiste tellement sur cette sacralité de Philippe, en est conscient : il explique le surnom d’Auguste qu’il lui a attribué de façon tout à fait rationnelle, par les succès bien mesurables du roi : l’agrandissement du domaine et l’accroissement des revenus de la Couronne. La conjonction de la sainteté et de la politique royales n’est ni étonnante ni exceptionnelle. Il suffit de voir Saint Louis qui, hanté par la mission eschatologique qu’il croyait remplir, n’en fut toutefois pas moins soucieux de l’efficacité politique de son gouvernement, comme le prouve la réforme du royaume, entreprise dans les années 1254-1270, et qui sut atteindre deux buts : contenter sa conscience et moderniser le royaume[104] [104] J. LE GOFF, Saint Louis, op. cit. , pp.  216-297; WILLIAM...
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37 Malgré l’influence des chroniques royales composées sous Philippe Auguste sur la production historiographique française des XIIIe et XIVe siècles et le succès qu’eut l’image de Philippe, Dieudonné et Élu de Dieu, créée par Rigord et quelques autres, reprise dans le texte et dans les enluminures des Grandes chroniques de France, la sacralité attribuée à Philippe Auguste ne répondait pas à un nouveau modèle de sainteté lancée par l’Église depuis Latran IV, et il n’y avait plus d’urgence à légitimer les actions politiques de Philippe par la sacralisation de son pouvoir[105] [105] J. LE GOFF, « Le dossier de sainteté de Philippe Auguste. . .  »,...
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. Au cours du XIIIe siècle, la condamnation des amauriciens et des joachimites, l’activité des franciscains spirituels et de Frédéric II, l’empereur-Antéchrist, rendaient toute pensée millénariste suspecte aux yeux des hommes d’Église, concepteurs de l’idéologie royale. Dès la fin du XIIIe siècle, Louis IX, devenu modèle de la sainteté royale reconnue par l’Église, commence à effacer l’image de Philippe Auguste Dieudonné et sacré. En revanche, les succès politiques et militaires de Philippe le Conquérant furent incontestables. Ce fut donc cette image de Philippe Auguste qui prévalut. Mais l’idée de la mission eschatologique de la royauté capétienne survécut : Saint Louis et Philippe le Bel surent l’utiliser comme instrument de leur pouvoir[106] [106] Sur la monarchie eschatologique de Saint Louis, voir aussi...
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Notes

[ 1] Voir surtout ROBERT-HENRI BAUTIER, « La personnalité de Philippe Auguste », in ID. (dir.), La France de Philippe Auguste. Le temps des mutations (Actes du Colloque organisé par le CNRS, Paris, 29 septembre-4 octobre 1980), Paris, Éditions du CNRS, 1982, pp. 33-57; RAYMONDE FOREVILLE, « L’image de Philippe Auguste dans les sources contemporaines », in R.-H. BAUTIER (dir.), La France de Philippe Auguste..., op. cit., pp. 115-132.Retour

[ 2] JIM BRADBURY, Philip Augustus, King of France 1180-1223, Londres-New York, Longman, 1998.Retour

[ 3] JOHN W. BALDWIN, « La décennie décisive : les années 1190-1203 dans le règne de Philippe Auguste », Revue historique, vol. 105, t. 266, 540,1981, pp. 311-337; ID., Philippe Auguste et son gouvernement. Les fondations du pouvoir royal en France au Moyen  ge, Paris, Fayard, 1991.Retour

[ 4] « Philip Augustus, whose monumental disinterest in historical and litterary patronage is universally aknowledged » (GABRIELLE M. SPIEGEL, Romancing the Past. The Rise of Vernacular Prose Historiography in Thirteenth-Century France, Berkeley-Los Angeles-Oxford, University of California Press, 1993, p. 287).Retour

[ 5] ELIZABETH A. R. BROWN, « La notion de la légitimité et la prophétie à la cour de Philippe Auguste », in R.-H. BAUTIER (dir.), La France de Philippe Auguste..., op. cit., pp. 77-110; JACQUES LE GOFF, « Le dossier de sainteté de Philippe Auguste », L’Histoire, 100,1987, pp. 22-29.Retour

[ 6] Le problème de l’émergence de l’idéologie royale sous Philippe Auguste est signalé, mais loin d’être traité d’une manière exhaustive, par J. W. BALDWIN, Philippe Auguste..., op. cit., pp. 456-462.Retour

[ 7] RIGORD, Gesta Philippi Augusti. Rigordi liber, in HENRI-FRANÇOIS DELABORDE (éd.), Œuvres de Rigord et de Guillaume le Breton, historiens de Philippe Auguste, Paris, Société de l’histoire de France [SHF], t. 210,1882, pp. 1-167 [RIGORD ].Retour

[ 8] GUILLELMUS ARMORICUS, Gesta Philippi, H.-F. DELABORDE (éd.), Œuvres de Rigord..., op. cit., pp. 168-332 [ARMORICUS ]; RIGORD, Philippidos libri XII, 2, Paris, SHF, t. 224, 1885 [Philippis].Retour

[ 9] J. W. BALDWIN, Philippe Auguste..., op. cit., pp. 482,649, n. 123. L’auteur se prononce néanmoins pour l’interpolation de ce fragment après 1220; COLETTE BEAUNE, Naissance de la nation France, Paris, Gallimard, 1985, p. 222, est d’avis que la vision de Louis VII prend son origine dans l’œuvre de Rigord.Retour

[ 10] Cf. J. W. BALDWIN, Philippe Auguste..., op. cit., p. 492.Retour

[ 11] Philippis, I, v. 470-504, pp. 26-27.Retour

[ 12] Philippis, XII, Catalogus, p. 348; v. 716-763, pp. 375-377; Philippis, XII, v. 764-803, pp. 378-379.Retour

[ 13] Il omet un poème (Parvulus iste leo...) que Rigord (65, p. 94), interprète comme prophétique et se référant à Philippe Auguste.Retour

[ 14] Cf. H.-F. DELABORDE (éd.), Œuvres de Rigord..., op. cit., t. 1, p. V.Retour

[ 15] [...] De quo rex Ludovicus, antequam natus esset [Philippus], talem in somnis vidit visionem : videbatur ei quod Philippus filius suus tenebat calicem aureum in manu sua, plenum humano sanguine, de quo propinabat omnibus principibus suis, et omnes in eo bibebant. Hanc autem visionem extremo tempore vite sue retulit Henrico Albanensi episcopo, apostolice sedis in Franciam legato, per nomen Domini adiurans ne alicui ante mortem ipsius regis revelaret. Rege autem Ludovico defuncto, Henricus episcopus hanc visionem multis viris religiosis manifestavit (RIGORD, 1, pp. 8-9); voir aussi la miniature des Grandes chroniques de France (fin du XIVe siècle), qui représente la vision de Louis VII (Paris, Bibliothèque nationale de France [BnF], ms. fr. 2813, f. 223r).Retour

[ 16] Ante obitum suum, quid futurum postea per heredem suum fuerat, evidenter ei per visionem ostensum fuit. Videbatur enim sibi videre, collectis in presencia sua tam Anglorum rege quam baronibus regni Francie maioribus cunctis, filium et heredem suum Philippum procedentem in medium et baronibus per ordinem, qui iura corone sue detinebant, humanum sanguinem in cipho aureo propinantem... Defuncto in brevi patre, singulos seriatim invasit et iura corone revocavit (GIRALDUS CAMBRENSIS [GIRALDUS ], De instructione principis, REINHOLD PAULI (éd.), Monumenta Germaniae Historica [MGH], Scriptores [SS], 27, Berlin, 1884, I, 11, p. 400).Retour

[ 17] GIRALDUS, p. 328; ROBERT BARTLETT, Gerald of Wales 1146-1223, Oxford, Oxford University Press, 1982, pp. 58-99.Retour

[ 18] Augustus ab aucta re publica : RIGORD, 1, p. 6.Retour

[ 19] Il s’agit ici, d’après H.-F. Delaborde, du frère Bernard Bré (ou de Boschiac), un ermite vivant au bois de Vincennes et qui jouissait de l’estime de Philippe; il est mentionné par Rigord (cf. RIGORD, 9, p. 20, no 7; 12, p. 25, no 1; 69, p. 102, no 1).Retour

[ 20] Item ad argumentaque future maiestatis immense facit et visio, quam vidit frater quidam de Vicenis, vir quidem simplex et rectus ac religiosus, parum ante ortum dicti regis Philippi. Videbat enim puerum in cunis ab alto dilapsum et in Franciam demissum Francisque, regni heredem validum summo opere desiderantibus, tamquam a Deo datum, qui subito statim in tante excellentie tamque procere stature maiestatem, cunctis admirantibus, excrevit, quod duos principes excelsos, Allemanie scilicet imperatorem et Anglie regem, ad latera ipsius, prout videbatur, constitutos, superpositis capitibus ipsorum palmis, adeo in terram opprimere deorsus visus est et deprimere, quod nichil ex ipsis aut valde parum tempore brevi visum est in terris comparere. Quam visionem quidem hiis nostris diebus satis aperte veritas subsecutiva comprobavit... (GIRALDUS, III, 25, p. 406).Retour

[ 21] Cf. H.-F. DELABORDE, Œuvres de Rigord..., op. cit., t. 1, p. V.Retour

[ 22] Les grandes chroniques de France, in Recueil des historiens des Gaules et de la France, Paris, 1768-1904,24 vols, RHF, 17, p. 348.Retour

[ 23] Cf. H.-F. DELABORDE (éd.), Œuvres de Rigord..., op. cit., 1, p. XVI, 9, no 1. L’éditeur exclut la possibilité de toute autre vision que celle de Louis VII, interpolation dans le texte de Rigord (p. XIV ). Autre argument, l’absence de ce fragment dans le manuscrit du Vatican (V) ne peut pas non plus être considérée comme preuve définitive puisqu’elle ne constitue pas l’unique différence entre les deux manuscrits (p. 54). L’opinion sur l’interpolation de cet extrait par le continuateur de Rigord est aussi partagée par PHILIPPE BUC, L’ambiguïté du livre. Prince, pouvoir et peuple dans les commentaires de la Bible au Moyen  ge, Paris, Beauchesne, 1994.Retour

[ 24] J. W. BALDWIN, Philippe Auguste..., op. cit., pp. 482,649, n. 123.Retour

[ 25] BERNARD GUENÉE, « Le roman aux rois », in P. NORA (dir.), Les lieux de mémoire, II, La nation, 2, Paris, Gallimard, 1986, p. 195.Retour

[ 26] Le MÉNESTREL DE REIMS, Récits d’un Ménestrel de Reims au treizième siècle. Publiés par Natalis de Wailly, Paris, SHF, 179,1876, p. 147; voir aussi GEORGES DUBY, Le dimanche de Bouvines. Le 27 juillet 1214, Paris, Gallimard, 1973, pp. 183-215, ici p. 206.Retour

[ 27] Chronique de l’Anonyme de Béthune, RHF, 24, p. 768; cf. G. DUBY, Le dimanche de Bouvines..., op. cit., pp. 154-158.Retour

[ 28] PHILIPPE MOUSKÈS, Chronicon, MGH, SS, 26, p. 756; cf. G. DUBY, Le dimanche de Bouvines..., op. cit., pp. 206-220 et p. 214.Retour

[ 29] Petierunt milites a rege benedictionem, qui, manu elevata, oravit eis a Domino benedictionem (ARMORICUS, 184, p. 73); cf. G. DUBY, Le dimanche de Bouvines..., op. cit., pp. 154-158,204-210.Retour

[ 30] Cf. ÉRIC BOURNAZEL et JEAN-PIERRE POLY, « Couronne et mouvance dans la France de Philippe Auguste », in R.-H. BAUTIER (dir.), La France de Philippe Auguste..., op. cit., p. 227.Retour

[ 31] BnF, mss fr. 12576, f. 261r, et 12577, f. 18v, 74v, 213r.Retour

[ 32] Voir l’extrait narrant la mort d’Arthur, comte de Bretagne : ARMORICUS, 200, p. 293; prophéties concernant l’histoire de l’Angleterre : Philippis, VIII, v. 906, p. 244.Retour

[ 33] COLETTE BEAUNE, « Les ducs, le roi et le Saint Sang », in Saint-Denis et la royauté. Études offertes à Bernard Guenée, Paris, Publications de la Sorbonne, 1999, pp. 711-732, ici pp. 729-731; DANIELLE BUSCHINGER, « Sang versé, sang guérisseur, sang aliment et sang du Christ dans la littérature médiévale allemande », in Le sang au Moyen  ge (Actes du quatrième colloque international de Montpellier, 27-29 novembre 1997), Montpellier, Éditions de l’Université Paul Valéry-Montpellier III, « Les cahiers du CRISIMA-4 », 1999, pp. 257-266; JEAN-PAUL ROUX, Le sang. Mythes, symboles, réalités, Paris, Fayard, 1988, pp. 286-310.Retour

[ 34] Cf. DANIÈLE ALEXANDRE-BIDON, « La dévotion au sang du Christ chez les femmes médiévales : des mystiques aux laïques ( XIIIe - XVIe siècles) », in Le sang au Moyen  ge..., op. cit., pp. 405-413; SYLVIE BARNAY, « Le cœur de la Vierge Marie et l’épiphanie du Sang de Dieu. Visions et apparitions mariales à cœur et à Sang du Christ ( XIIIe siècle) », ibid., pp. 361-375; MARIE-GENEVIÈVE GROSSEL, « Le suave calice de la Passion, images et appréhensions de l’Eucharistie chez quelques mystiques médiévales », ibid., pp. 415-432; MICHEL TARAYRE, « Le sang dans le Speculum maius de Vincent de Beauvais. De la science aux miracula », ibid., pp. 343-359; J.-P. ROUX, Le sang..., op. cit., pp. 324-327.Retour

[ 35] Philippis, I, 482-504, pp. 26-27; voir aussi ROBERT D’AUXERRE, in H.-F. DELABORDE, Œuvres de Rigord..., op. cit., t. 2, p. 27, no 2.Retour

[ 36] YVES SASSIER, Louis VII, Paris, Fayard, 1991. ALEXANDER CARTELLIERI, Philipp II. August, König von Frankreich, Aalen, Scientia Verlag Aalen, [1899-1922] 1984,4 vols, t. 1, Beilagen, p. 50, no 4; Auditum est in terra nostra concelebri sermone verbum hoc quod factum est de vobis a Domino de filio quem misericors Deus per Gratiam Suam vobis dare & nos in eius ortu visitare dignatus est, cf. Luc 2,15 : « Transeamus usque Bethleem, et videamus hoc verbum quod factum est quod Dominus ostendit nobis »; ANDREW W. LEWIS, Le sang royal. La famille capétienne et l’État, France, Xe - XIVe siècles, Paris, Gallimard, 1986, n. 113, propose une autre interprétation de la lettre des conseillers de Toulouse, où le mot verbum ne se réfère plus à Philippe Auguste mais à auditum. Cf. aussi les miniatures des Grandes chroniques de France : Paris, Bibliothèque Sainte-Geneviève [BSG], ms. 782, f. 280r, 1274 environ, et ceux du XIVe siècle : BnF, mss fr. 10132, f. 314r, et 2813, f. 223r, qui représente Philippe Auguste en tant que Dieudonné – son père, Louis VII, le reçoit du ciel.Retour

[ 37] HENRI-FRANÇOIS DELABORDE, « Un poème inédit de Pierre Riga sur la naissance de Philippe-Auguste », in Notices et documents publiés pour la Société de l’Histoire de France à l’occasion du 50e anniversaire de sa fondation, Paris, SHF, 1884, pp. 121-128; A. W. LEWIS, Le sang royal..., op. cit., pp. 96-111.Retour

[ 38] Cf. RIGORD, 1, s. 7; ARMORICUS, 11, s. 176; Les Grandes chroniques de France l’appellent Dieudonné encore au XIVe siècle : BnF, mss fr. 10132, f. 313v, et 2813, f. 223r.Retour

[ 39] Giraldi Cambrensis Opera..., op. cit., t. 8, Londres, 1891, pp. 292-293; cf. Y. SASSIER, Louis VII, op. cit., p. 372.Retour

[ 40] Voir MARC BLOCH, Les rois thaumaturges, Paris, Gallimard, [1924] 1983, pp. 41,54, 194; ROGER DESHMAN, « Christus Rex et magi reges : Kingship and Christology in Ottonian and Anglo-Saxon Art », Frühmittelalterliche Studien, 10,1976, pp. 367-405; ID., « The Exalted Servant : The Ruler Theology of the Prayerbook of Charles the Bald », Viator, 11,1980, pp. 385-417; WALTHER DÜ RIG, « Der theologische Ausganpunkt der mittelalterlichen liturgischen Auffassung vom Herrscher als Vicarius Dei », Historisches Jahrbuch, 77,1958; CHIARA FRUGONI, « L’ideologia del potere imperiale nella “Cattedra di S. Pietro” », Bulletino dell’Istituto Storico Italiano per il Medioevo, 86,1976-1977, pp. 67-181; ERNST H. KANTOROWICZ, « Deus per naturam, Deus per gratiam : A Note on Medieval Political Theology », Harvard Theological Review, 45,1952 (voir aussi in ID., Selected Studies, New York, Princeton University Press, 1965, pp. 121-137); ID., Laudes regiae. A Study in Liturgical Acclamations and Medieval Ruler Worship, Berkeley, University of California Press, 1946, p. 81; ID., The King’s Two Bodies : A Study in Medieval Political Theology, Princeton, Princeton University Press, 1957, p. 61 sq.; ROMAN MICHAŁOWSKI, Otto III w obliczu ideowego wyzwania (Otton III face au défi idéologique), in Człowiek w społeczen´ stwie średniowiecznym, Varsovie, DiG, 1997, pp. 7-74; JEAN DE PANGE, Le roi très chrétien, Paris, Fayard, 1949, pp. 93-95; WOLFGANG CHRISTIAN SCHNEIDER, « Imago Christi. Mirabilia mundi. Kaiser Otto III im Aachener Evangeliar », Castrum peregrini, 173-174,1986, pp. 98-153; PERCY ERNST SCHRAMM, Der König von Frankreich : Das Wesen der Monarchie vom 9. zum 16. Jahrhundert, Darmstadt, Herman Böhlaus Nachfolger, 1960, p. 23 sq. et p. 50 sq.; ID., Sphaira – Globus – Reichsapfel, Stuttgart, 1958, p. 63 sq.; GEORGE HENDERSON WILLIAMS, « The Norman Anonymous of 1100 A.D. », Harvard Theological Studies, 18,1951, pp. 76,131 et 157.Retour

[ 41] SUGER, Scriptum consecrationis eclesiae Sancti Dionysii, 7,13; FRANÇOISE GASPARRI (éd.), Les classiques de l’historiographie de France, Paris, Les Belles Lettres, 1996, pp. 26-29,40-47.Retour

[ 42] Cf. P. BUC, L’ambiguïté du livre..., op. cit., pp. 225-227; ALAIN QUEFFELEC, « Représentation de la chasse chez les chroniqueurs anglo-normands du douzième siècle », in La chasse au Moyen  ge (Actes du Colloque de Nice, 22-24 juin 1979), Paris, Les Belles Lettres, 1980, p. 426.Retour

[ 43] Matthieu 26,27-28.Retour

[ 44] Cf. ERNST H. KANTOROWICZ, L’empereur Frédéric II, Paris, Gallimard, 1987, pp. 17-19,159-160.Retour

[ 45] Ibid., pp. 239,387-388,447,457-458,461-463,467-468,548 et 550. Voir aussi MARJORIE REEVES, « Joachimist Influences on the Idea of a Last World Emperor », Traditio, 17,1961, pp. 323-370.Retour

[ 46] E. H. KANTOROWICZ, L’empereur..., op. cit., pp. 18 et 463.Retour

[ 47] RIGORD, pp. 10-12; Philippis (I, 234-239, p. 16) : [...] quasi fumus et umbra / Protinus ex eius oculis evanuit ille / Deceptivus aper, aprum si dicere fas est, / Qui tantam voluit nobis infligere plagam, / Tam subitoque suum Francis auferre Philippum, / Patri erat et regno qui solus et unicus heres.Retour

[ 48] BERNARD GUENÉE, « Le vœu de Charles VI. Essai sur la dévotion des rois de France aux XIIIe et XIVe siècles », Journal des savants, juill.-déc. 1996, pp. 67-135.Retour

[ 49] RIGORD, 3, pp. 11-12; Philippis, I, 224, p. 16; II, 248, p. 50.Retour

[ 50] Hec tamen, haud dubium, tentatio contigit illi, / Ut deus hoc casu meliorem redderet illum, / Attentumque magis curare negotia regni. /... Hoc etiam facto noster confuditur hostis, / Qui bona semper amat corrumpere semina, qui cum / Non auferre queat, saltem differre laborat / commoda nostra, bonis semper contrarius actis. / Nec nocet ille, nisi quantum permittitur illi / A Domino, qui nos probat exercetque per illum, / Ut tandem victo nos tentatore coronet [...] (Philippis, I, pp. 255-257,265-271).Retour

[ 51] RIGORD, 10, pp. 20-22.Retour

[ 52] Ibid., pp. 20-21.Retour

[ 53] Interea, dum multa turba populi de circumpositis civitatibus, suburbiis, vicis et villis, cum magno gaudio ad tantam solemnitatem videndam convenissent, et ut viderent regem et reginam diademate insignitos conflictum cum tumultu facerent, quidam miles de officialibus regis tenens virgam in manu sua, cum ad sedandum tumultum populi virgam huc et illuc in incertum iaceret, tres lampades super capita ipsorum ante maius altare pendentes subito uno ictu fregit, et oleum illarum super capita regis et regine, in signum plenitudinis donorum Spiritus Sancti celitus missum, miraculose effusum fuisse credimus, et ad dilatandam famam nominis ipsius et gloriam in omnem terram circumquaque diffudendam (RIGORD, 10, pp. 21-22).Retour

[ 54] Unde in Cantico amoris Salomon de isto prophetice videtur dixisse : « Oleum effusum nomen tuum. » Quasi diceret : fama nominis tui et sapientia diffunderetur « a mari usque ad mare, et a flumine usque ad terminos orbis terrarum; et inclinabunt capita ante eum reges et multe gentes servient ei. ». Ex hiis et aliis huiusmodi coniicere possumus, quod ea que circa ipsum regem Deo ordinante gesta sunt, sic intelligi possunt (RIGORD, 10, p. 22).Retour

[ 55] Cf. É. BOURNAZEL et J.-P. POLY, « Couronne et mouvance... », art. cit., p. 233.Retour

[ 56] Philippis, I, pp. 16-21, v. 200-349, surtout les v. 200-203,340-349.Retour

[ 57] AIMONUS FLORIACENSIS, De gestis Francorum, I, 16, RHF, 3, p. 40.Retour

[ 58] E. A. R. BROWN, « La notion... », art. cit., p. 88; P. BUC, L’ambiguïté du livre..., op. cit., p. 165.Retour

[ 59] La chronique de Rigord n’a pas eu un grand succès public (Et quoniam libellus ille magistri Riguoti a paucis habetur, et adhuc multitudini non communicatur..., ARMORICUS, 1, p. 169), mais l’extrait consacré au sacre de Saint-Denis suscita l’intérêt de l’auteur des Grandes chroniques de France. Primat emprunte le passage qui nous intéresse à l’œuvre de Rigord et ajoute que la prophétie du psaume LXXII a été réalisée par le règne glorieux de Philippe Auguste; cf. Les grandes chroniques de France, RHF, 17, p. 351.Retour

[ 60] RIGORD, 29, pp. 44-45.Retour

[ 61] Mira res et nimis stupenda ! Succedente itaque tempore miraculose Domino operante, ita factum est quod, contra omnium opinionem messis que ab exercitu regis fuerat concultata ita plene et abundanter eo anno est restituta quod, post granorum excussionem et aree ventilationem, invenerunt centuplum estimatum, non tantum de spicis concultatis, sed etiam de his que cum falciculis secte fuerant et equis totius exercitus ad comedendum date. In loco autem ubi exercitus comitis Flandrie collectus fuerat, ita omnia virentia sunt dessicata quod herba super terram eo anno ibi non est reperta (RIGORD, 29, p. 45).Retour

[ 62] Ibid. : Videntes autem canonici Ambiacenses tantum miraculum, cum universo populo timuerunt regem, videntes sapientiam Dei esse in illo que instruit eum et docet ad faciendum quicquid vult, eo adiuvante qui omniuim princeps est et principium.Retour

[ 63] Timuerunt regem, videntes sapientiam Dei esse in illo (I Rois 3,28).Retour

[ 64] Cum autem rex et totus exercitus eius penuria aquarum et siti nimia multum affligerentur [...], subito de profundis visceribus terre aqua torrentis miraculose tantum excrevit, et sine pluvia, quod attigit usque ad cingulas equorum et refocillatus est totus exercitus et eorum animalia. Quod videntes populi, et gaudio tanti miraculi nimis exhilarati, laudaverunt Deum qui omnia que voluit fecit in mari et in omnibus abyssis; et tamdiu aqua duravit quamdiu ipse rex in obsidione fuit. [...] Eo autem recedente, reverse sunt aque ad priorem locum, nec postea apparuerunt (RIGORD, 61, p. 91).Retour

[ 65] Exode 14,13-31.Retour

[ 66] RIGORD, 12-18, pp. 24-32.Retour

[ 67] Videntes autem milites totius Francie et cives et alii burgenses opera regis miraculosa, que tempore ipsorum, Deo ordinante, fiebant, regem bone indolis adolescentem contemplantes et opera ipsius admirantes, benedixerunt Deum, qui talem potestatem dedit hominibus. Et si vultis diligenter attendere, invenietis in isto illas quatuor gloriosas virtutes quas Moyses dixit considerandas in eligendo principe, videlicet potentiam, timorem Dei, amorem veritatis, detestationem avaritie. Puis Rigord s’adresse directement au lecteur, disant qu’il peut trouver en Philippe les quatre vertus exigées par Moïse pour élire un prince parfait : Iste, [...] est in sermone subtilis, iustis in iudiciis, acutus in responsis, providus in consiliis, fidelis in commissis, strenuus in agendis, acer in hostes, pius erga subditos, conspicuus in bonitate, preclarus in omnimoda morum honestate (RIGORD, 18, p. 31); cf. Exode 18,21.Retour

[ 68] MORTON BLOOMFIELD et MARJORIE REEVES, « The Penetration of Joachimism into Northern Europe », Speculum, 29,1954, pp. 772-793, ici p. 778; E. A. R. BROWN, « La notion... », art. cit., p. 85; CLAUDE CAROZZI et HUGUETTE TAVIANI-CAROZZI, La fin des temps. Terreurs et prophéties au Moyen  ge, Paris, Flammarion, 1999, pp. 74-92,177-227; MARJORIE REEVES, « Joachimist influence... », art. cit.; ID., « The Originality and Influence of Joachim of Fiore », Traditio, 36,1980, pp.269-316; ID., The Influence of Profecy in the Later Middle Ages. A Study in Joachimism, Oxford, Clarendon Press, 1969, pp. 17-29; voir aussi WILHELM BOUSSET, Der Antichrist in der Ü berliefererung des Judentums, des neuen Testaments und der alter Kirche. Ein Beitrag zur Auslegung der Apokalypse, Göttingen, Vanderhœck und Ruperschot, 1895; MIRCEA ELIADE, « Eschatologie et cosmogonie », in ID., Aspects du mythe, Paris, Gallimard, 1963, pp. 83-89; ALEXANDR ALEXANDROVITCH VASILIEV, « Medieval Ideas of the End of the World », Byzantion, 16-2, 1944, pp. 462-502.Retour

[ 69] C. CAROZZI et H. TAVIANI-CAROZZI, La fin des temps..., op. cit., pp. 80-84,191-193, 208-210.Retour

[ 70] M. BLOOMFIELD et M. REEVES, « The Penetration... », art. cit., p. 775; E. A. R. BROWN, « La notion... », art. cit., pp. 88-89; M. REEVES, The Influency of Profecy..., op. cit., pp. 39-41, 44 et 47.Retour

[ 71] Historia Regum Francorum ad annum MCCXIV, RHF, 17, p. 426.Retour

[ 72] ADSO DERVENSIS, De ortu et tempore Antechristi necnon et tractatus qui ab eo dependunt (ADSO ), DANIEL VERHELST (éd.), Corpus Christianorum. Continuatio medievalis, 45, Turnhout, Brepols, 1976.Retour

[ 73] ADSO, pp. 1-3 et 26; cf. ROBERT KONRAD, De ortu et tempore Antechristi : Antichristvostellung und Geschichtsbild des Abtes Adso von Montier-en-Der, Münchener historische Studien. Abteilung mittelalterliche Geschichte, 1, Kallmünz, M. Lassleben, 1964, pp. 89-112; MAURIZIO RANGHERI, « La “Epistola ad Gerbergam reginam de ortu et tempore Antechristi” di Adsone di Montier-en-Der e sue fonti », Studi medievali, 3e série, 14,1973, pp. 691-698.Retour

[ 74] Cf. E. A. R. BROWN, « La notion... », art. cit., p. 86; voir aussi PAUL J. ALEXANDER, The Oracle of Baalbek : The Tiburtine Sibyl in Greek Dress, Washington, Dumbarton Oaks Center for Byzantine Studies, 1967, pp. 3-8,60-66; ID., « The Medieval Legend of the Last Roman Emperor and its Messianic Origin », Journal of the Warburg and Courtlad Institute, 41,1978, pp. 14-15; BERNARD McGINN, Visions of the End : Apocalyptic Traditions in the Middle Ages, New York, Columbia University Press, 1979, pp. 43-50,70-76 et 82-87; R. KONRAD, De ortu..., op. cit., pp. 41-53; ERNST SACKUR, Sybillinische Texte und Forschungen. Pseudomethodius, Adso und die Tiburtinische Sibylle, Halle, M. Niemayer, 1898, pp. 129-137.Retour

[ 75] Cf. ADOLF HOFMEISTER (éd.), Ottonis et Rahewini Gesta Frederici Imperatoris, MGH, Scriptores Rerum Germanicarum in usum scholarum, SSRG 46, Hannoverae, 1912, p. 10; cf. WILHELM KAMLAH, « Der Ludus de Antechristo », Historisches Vierteljahrschrift, 28, 1934, pp. 53-87, ici p. 85; FRANZ KAMPERS, Kaiserprophetien und Kaisersagen im Mittelalter, Munich, H. Lüneburg, 1895, p. 204; WALTHER KIENAST, Deutschland und Frankreich in der Kaiserzeit (900-1270). Weltkaiser und Einzelkönige, Stuttgart, A. Hierseman, 1974-1975, pp. 485-486; R. KONRAD, De ortu..., op. cit., p. 135.Retour

[ 76] ROBERT FOLZ, Le souvenir et la légende de Charlemagne dans l’empire germanique médiéval. Études sur le culte liturgique de Charlemagne dans les églises de l’Empire, Genève-Paris, Slatkine/Les Belles Lettres, [1950] 1951, p. 206, cf. aussi pp. 187-191 et 252-254; Anselme d’Havelberg et Godefroy de Viterbe sont aussi d’ardents partisans de l’empereur comme roi de la fin des temps, cf. E. A. R. BROWN, « La notion... », art. cit., pp. 87-88; PETER MUNZ, Frederick Barbarossa. A Study in Medieval Politics, Ithaca, Cornell University Press, 1969, pp. 378-386; WILHELM KAMLAH, Apokalypse und Geschichtstheologie. Die mittelalterliche Auslegung der Apokalypse vor Joachim von Fiore, Berlin, E. Ebering, 1935, pp. 64-70; ID., « Der Ludus », art. cit.; F. KAMPERS, Kaiserprophetien, op. cit.; ID., Die deutschen Kaiseridee in Prophetie und Sage, Munich, H. Lüneburg, [1896] 1969; Frédéric Ier a probablement rencontré Joachim lors du synode de Vérone en 1184.Retour

[ 77] The Play of Antichrist (trad. et intr. de John Wright), Toronto, Pontifical Institute of Medieval Studies, 1967, p. 12; traduction anglaise du texte d’Adson, pp. 100-110; cf. aussi KARL HAUCK, « Zur genealogie und Gestalt des staufischen “Ludus de Antechristo” », Germanisch-Romanische Monatsschrift, 33,1951-1952, pp. 21-25; W. KAMLAH, « Der Ludus... », art. cit., pp. 53-87; W. KIENAST, Frankreich und Deutschland..., op. cit., pp. 481-484.Retour

[ 78] Historiographis si qua fides habetur, / non nos Imperio sed nobis hoc debetur. / Hoc enim seniores Galli possederunt / atque suis posteris nobis relinquerunt. / Sed hoc invasoria vi nunc spoliamur. / Absit, invasoribus ut nos obsequamur (W. KAMLAH, « Der Ludus... », art. cit., v. 69-74, p. 8).Retour

[ 79] SUGER, Scriptum consecrationis, 7,13; op. cit., pp. 26-29 et 40-47.Retour

[ 80] LÉOPOLD DELISLE, « Étienne de Gallardon, clerc de la chancellerie de Philippe-Auguste, chanoine de Bourges. Lettre à Delaborde », BEC, 60,1899, pp. 5-44.Retour

[ 81] Cf. E. A. R. BROWN, « La notion... », art. cit., pp. 84-110 (avec édition du Registre E); cf. J. W. BALDWIN, Philippe Auguste..., op. cit., pp. 485-486; GASTON ZELLER, « Les rois de France candidats à l’Empire. Essai sur l’idéologie impériale en France », Revue historique, 173,1934, II, pp. 273-311, et III, pp. 497-534, ici p. 287.Retour

[ 82] Il faut noter la présence des représentations de la Sibylle dans les psautiers royaux français de l’époque, notamment, vers 1200, celui d’Ingeborg de Danemark, épouse de Philippe Auguste (Chantilly, musée Condé, ms. olim 1695, f. 14r), où elle est représentée en femme couronnée, accompagnant, avec les prophètes vétéro-testamentaires, l’arbre de Jessé. Voir Der Ingeborg Psalter. Le Psautier d’Ingeburge de Danemark, Vollständige Faksimile-Ausgabe im originalsformat. Der Handschrift Ms Olim 1695 aus dem Besit des Musée Condé-Chantilly, Graz, Akademische Druck- u. Verlangstalt, 1985. Cf. aussi GODEFROY DE VITERBE, MGH SS, 32, p. 146, qui s’inspire de la Sibylle tiburtine pour qualifier Frédéric II Hohenstaufen d’ultime empereur et Sauveur du monde.Retour

[ 83] De celo adveniet Rex, per secula futurus, / scilicet in carne presens, ut judicet orbem, cf. E. A. R. BROWN, « La notion... », art. cit., p. 107.Retour

[ 84] BSG, ms. 782 f. 280r, image reprise dans les Grandes chroniques du XIVe siècle, et BnF, mss fr. 10132, f. 314r, et 2813, f. 223r. Il faut aussi mentionner, bien qu’elle soit tardive – datant de 1270 environ –, une des premières représentations iconographiques de Philippe, conservée dans le plus ancien exemplaire des Grandes chroniques de France : Dieu se penche depuis une nuée et présente l’enfant couronné à Louis VII et à la reine Adèle, entourés des barons.Retour

[ 85] Parvulus iste leo, lustrabit lustra parentis / serviet usque Deo renovabit gaudia gentis. / Servat ei Brutus Catulorum quattuor enses; / Anser erit mutus cum Romulus audiet enses. / Gaudebit Babylon pinguescens chrismate cives, / Gaudebitque Silon munere Gallorum dives. / Conteret iste leo totius climata mundi, / Et gaudebit eo quod viderit arma recondi. / Hic leo, corvus, ovis, renovabit menia Iebus, / Augebitque novis ieiunia quinque diebus (RIGORD, 65, p. 94).Retour

[ 86] Ezéchiel 19,2-3; Zacharie 8 18-19 (E. A. R. BROWN, « La notion... », art. cit., p. 88).Retour

[ 87] Cf. Chronicon canonici Laudanensi, RHF, 18, pp. 714-715; MARIE-THÉRÈSE D’ALVERNY, « Un fragment du procès des Amauriciens », Archives d’histoire doctrinale et littéraire du Moyen  ge, 25-26,1950-1951, pp. 329-336; M. BLOOMFIELD et M. REEVES, « The Penetration... », art. cit., pp. 781-783; E. A. R. BROWN, « La notion... », art. cit., p. 88; P. BUC, L’ambiguïté du livre..., op. cit., pp. 176-206; CATHERINE-GERMAINE CAPELLE, Autour du décret de 1210, III, Amaury de Bène : étude de son panthéisme formel, Paris, Vrin, 1932, p. 81; CHARLES JOURDAIN, « Mémoire sur les sources philiosophiques des hérésies d’Amaury de Chartres et de David de Dinant », in Mémoires de l’Académie des Inscriptions et des Belles-Lettres, 26,2e partie, Paris, 1870, pp. 467-498; A. W. LEWIS, Le sang royal..., op. cit., p. 170; PAULIN PARIS (dir.), Histoire littéraire de la France, Paris, Imprimerie nationale, 1824-1906, 31 vols, t. 16, pp. 586-598; JOHANNES M. M. H. THIJSSEN, « Master Amalric and the Amalricians : Inquisitorial Procedure and the Suppression of Heresy at the University of Paris », Speculum, 71-1,1996, pp. 43-65.Retour

[ 88] Cf. P. BUC, L’ambiguïté du livre..., op. cit., p. 189.Retour

[ 89] Cf. CÉSAIRE DE HEISTERBACH, Dialogus miraculorum, JOSEPH STRANGE (éd.), Cologne, 1851,3 vols, t. 1, pp. 305-306; E. A. R. BROWN, « La notion... », art. cit., p. 88; P. BUC, L’ambiguïté du livre..., op. cit., p. 165; C.-G. CAPELLE, Autour du décret..., op. cit., p. 41; ROBERT E. LERNER, « The Uses of Heterodoxy : The French Monarchy and Unbelief in the XIII th Century », French Historical Studies, 4,1965, pp. 188-202, ici pp. 190-191; A. W. LEWIS, Le sang royal..., op. cit., p. 170; G. ZELLER, « Les rois de France... », art. cit., p. 281.Retour

[ 90] Cf. FÉLIX BAIX, Les sources liturgiques de la Vita Sancti Remigii d’Hincmar, in Miscellanea historica in honorem Alberti de Meyer, Louvain-Bruxelles, « Recueil des travaux d’histoire et de philologie », 3e série, t. 22-23, « Le Pennon », 1946, pp. 211-227; FRANCIS OPPENHEIMER, The Legend of the Ste. Ampoule, Londres, Faber and Faber, 1953; HINCMAR REMENSIS ARCHIEPISCOPUS, Vita Sancti Remigii, 29, in J.-P. MIGNE (éd.), Patrologiae latinae cursus completus. Series latina (PL), 125, col. 1154; ID, Ordo coronationis, MGH, Capitularia Regum Francorum, 2, p. 340; cf. JACQUES KRYNEN, L’empire du roi. Idées et croyances politiques en France, XIIIe - XVe siècle, Paris, Gallimard, 1993, p. 23.Retour

[ 91] Cf. ARMORICUS, 152-154, pp. 231-233, CÉSAIRE DE HEISTERBACH, Dialogus..., op. cit., pp. 306-307; cf. E. A. R. BROWN, « La notion... », art. cit., p. 88.Retour

[ 92] Voir note 4.Retour

[ 93] THOMAS BISSON, « Les comptes des domaines au temps de Philippe Auguste », in La France de Philippe Auguste..., op. cit., pp. 521-538; J. W. BALDWIN, Philippe Auguste..., op. cit., pp. 195-233,319,323,369-377 et 510-533.Retour

[ 94] Grandes chroniques de France, RHF, t. 17, p. 348.Retour

[ 95] GUILLAUME DE NANGIS, Chronique latine de 1113 à 1300 avec les continuations de cette chronique de 1300 à 1368, HENRI GÉRAUD (éd.), Paris, SHF, 1843, vols 1-2, t. 1, p. 60.Retour

[ 96] BnF, ms. fr. 2813, fº 223r.Retour

[ 97] MATTHEW PARIS, Chronica maiora, HENRY R. LUARD (éd.), Rerum Brittanicarum Medii Ævi Scriptores, Chronicles and Memorials of Great Britain and Ireland during the Middle Ages (Rolls Series), 7 vols, Londres, Her Majesty’s Stationary Office, réed. Wiesbaden, Facsim. Ed., [1872-1883] 1972-1973, t. 5, pp. 480-481.Retour

[ 98] Cf. surtout WILHELM BERGES, Die Fürstenspiegel des Hohen und Späten Mittelalters, Lepzig, K. W. Hierseman, 1938; HANS HUBERT ANTON, « Fürstenspiegel und Herrscherethos in der Karolingerzeit », Bonner historische Forschungen, 32,1968, pp. 419-436; ID., Fürstenspiegel und Herrscherethos in der Karolingerzeit, Bonn, L. Rohrschneid, 1968; MARC REYDELLET, La royauté dans la littérature latine de Sidoine Apollinaire à Isidore de Séville, Rome, École française de Rome, « Bibliothèque des Écoles françaises à Rome et à Athènes, 243 », 1981, p. 591 sq.; WALTHER SHLESINGER, Ü ber germanisches..., op. cit., pp. 132-140; JAN DE VRIES, « Königtum bei den Germanen », Saeculum, 7,1956, p. 293 sq.; JOHN MICHAEL WALLACE-HADRILL, « The Via Regia of the Carolingian Age », in B. SMALLEY (dir.), Trends in Medieval Political Thought, Oxford, Basil Blackwell, 1965. Sur l’idéal du roi trifonctionnel, voir surtout J. LE GOFF, Saint Louis, Paris, Gallimard, 1996, pp. 642-673; JACQUES LE GOFF, « Note sur la société tripartie, idéologie monarchique et renouveau économique dans la chrétienté du IXe au XIe siècle », in ID., Pour un autre Moyen  ge. Temps, travail et culture en Occident : 18 essais, Paris, Gallimard, [1968] 1977, pp. 80-90.Retour

[ 99] OTTO EBERHARD, « Via regia. Der Fürstenspiegel Smaragds vom St Mihiel und seine litterarische Gattung », Münstersche Mittelalterschriften, 28,1977, pp. 560-569.Retour

[ 100] JEAN REVIRON, « Les idées politico-religieuses d’un évêque du IXe siècle : Jonas d’Orléans et son “De institutione regia” : étude et texte critique », in L’Église et l’État au Moyen  ge, 1, Paris, Vrin, 1930.Retour

[ 101] MAX KERNER, Johannes von Salisbury und die logische Struktur seine Policraticus, Wiesbaden, F. Steiner, 1977.Retour

[ 102] PHILIPPE DELAHAYE, « La morale politique de Hélinand de Froidmont », Mélanges de sciences religieuses, 23, suppl., 1966, pp. 107-117.Retour

[ 103] Voir supra, n. 54.Retour

[ 104] J. LE GOFF, Saint Louis, op. cit., pp. 216-297; WILLIAM CHESTER JORDAN, Louis IX and the Challenge of the Crusade. A Study in Rulership, Princeton, Princeton University Press, 1979, pp. 135-181.Retour

[ 105] J. LE GOFF, « Le dossier de sainteté de Philippe Auguste... », art. cit.Retour

[ 106] Sur la monarchie eschatologique de Saint Louis, voir aussi JERZY PYSIAK, Sakralizacja wladzy kró lewskiej w ideologii monarchicznej Kapetyngów w XII - XIV wieku : monarchia eschatologiczna, in J. PYSIAK et alii (éds), Monarchia w średnioweczu. Wladza nad ludz´mi, wladza nad terytorium, Varsovie-Cracovie, Societas Vistulana, 2002, pp. 251-286. Sur les aspects eschatologiques de l’idéologie du pouvoir de Philippe le Bel, voir HELLMUT KÄ MPF, Pierre Dubois und die geistligen Grundlagen des französichen Nationalbewusstseins um 1300, Leipzig-Berlin, B. G. Teubner, 1936, pp. 112-114; JOSEPH R. STRAYER, « The Holy Land, the Chosen People, and the Most Christian King », in T. K. RABB et J. E. SEIGEL (dir.), Action and Conviction in Early Modern Europe. Essays in Memory of E. H. Harbisson, Princeton, Princeton University Press, 1969, pp. 10-14.Retour

Résumé

Le règne de Philippe Auguste apparaît comme un tournant décisif de l’histoire de la France et de la royauté capétienne. Bien connus sont les succès politiques, administratifs et militaires de ce roi. Mais son règne est aussi la période de l’émergence de la « religion royale » en France. Depuis sa naissance, Philippe est appelé « Dieudonné », et une relecture des chroniques (Rigord) et des textes sortis de la chancellerie royale (Étienne de Gallardon) dévoile une vision de la royauté fort influencée par les aspects eschatologiques. Les idées millénaristes et messianiques furent appréciées par Philippe Auguste comme un des moyens de la propagande capétienne naissante, utiles tant à l’intérieur du royaume qu’à l’extérieur, dans la lutte idéologique contre les Plantagenêts rivaux ou contre l’Empire. Au cours du XIIIe siècle, en dépit de la faible diffusion de l’oeuvre de Rigord, ses écrits, montrant Philippe Auguste comme l’élu de Dieu, jouèrent un rôle magistral dans la construction des Grandes chroniques de France de Primat. Les successeurs de Philippe Auguste, surtout Saint Louis et Philippe le Bel, surent reprendre, avec des modifications nécessaires, l’idée de la royauté eschatologique en France..



Philip Augustus. The eschatological king?
Philip Augustus’ reign is undoubtedly one of the most important turning point for the Capetian monarchy. Well known are Philip’ politic, military and administrative successes. But during his reign also the royal ideology of 13th and 14th century Capetian monarchy emerges, often called the “royal religion”. Since he was born, Philip was called “Dieudonné” (God’s gift), and the analysis of the chronicles (Rigord of Saint-Denis) and texts issued from Philip Augustus’ chancellery (Étienne de Gallardon) reveals the vision of royalty deeply influenced by the eschatological ideas. The king appreciated millenarist and messianic ideas of the royal power as a way of nascent Capetian monarchical propaganda, useful to dominate both home and foreign enemies and politic rivals (Plantagenets, Holy Empire). Though the Rigord’s chronicle had not a great success, his works, showing Philip Augustus as the God’s chosen, were, from the 13th century, one of the most important sources of knowledge about Philip’s reign, as a source of Grandes chroniques de France (Primat).

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POUR CITER CET ARTICLE

Jerzy Pysiak « Philippe Auguste. Un roi de la fin des temps ? », Annales. Histoire, Sciences Sociales 5/2002 (57e année), p. 1165-1190.
URL :
www.cairn.info/revue-annales-2002-5-page-1165.htm.