Accueil Revues Revue Numéro Article

Annales. Histoire, Sciences Sociales

2004/2 (59e année)


ALERTES EMAIL - REVUE Annales. Histoire, Sciences Sociales

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 363 - 383 Article suivant
1

Dans la vue d’ensemble du territoire de la cité grecque, longtemps occupée par quelques cités égéennes de l’époque classique connues à travers les sources écrites, l’horizon s’est, depuis deux décennies, élargi. Pour le monde colonial et égéen archaïque, ce fut grâce au livre de François de Polignac, La naissance de la cité grecque, qui présenta une reconstruction de l’organisation cultuelle et sociale du territoire civique naissant [1][1] FRANÇOIS DE POLIGNAC, La naissance de la cité grecque,.... Pour les cités grecques de l’époque hellénistique et impériale, Susan Alcock a proposé, dans Graecia capta. The landscapes of Roman Greece, un modèle qui retrace, à partir des prospections archéologiques, l’intégration des territoires civiques de la Grèce dans l’Empire romain. L’essai de S. Alcock fut accueilli dans une faveur générale : il offrait une nouvelle perspective sur la romanisation de la Grèce et présentait un modèle à suivre pour l’étude de la domination romaine dans d’autres provinces [2][2] SUSAN E. ALCOCK, Graecia capta. The landscapes of Roman.... L’interprétation historique des prospections fut saluée avec enthousiasme, et cette thèse est désormais une référence obligée dans les ouvrages généraux et les monographies régionales [3][3] Voir par exemple ROLAND ÉTIENNE, CHRISTEL MÜ LLER et....

2

Dix ans après la parution de Graecia capta, dont la lecture m’inspira quelques objections [4][4] DENIS ROUSSET, « Centre urbain, frontière et espace..., il est possible de dresser un bilan critique sur l’intégration des territoires civiques de la Grèce dans l’Empire, à la lumière des nombreuses contributions parues depuis lors, ainsi que des publications définitives de plusieurs prospections dont S. Alcock avait utilisé les présentations provisoires. Que ce bilan prenne place ici est d’autant plus légitime que la parution de Graecia capta avait réalisé le vœu exprimé dans les Annales en 1982 par Anthony Snodgrass : « Il sera sans doute possible, autour de 1995, d’écrire que la prospection archéologique est devenue “la principale source d’informations sur les régions” en archéologie de la Méditerranée [5][5] ANTHONY M. SNODGRASS, « La prospection archéologique.... » Car c’est en se fondant sur les résultats des prospections que S. Alcock a dressé un tableau de la « Grèce romaine » et qu’elle a proposé une chronologie nouvelle dans la longue durée, non sans évoquer l’héritage des Annales[6][6] Cf. S. E. ALCOCK, Graecia capta..., op. cit., pp. 9,34.... Le principal objet du présent article sera précisément de discuter cette chronologie et ses fondements, en examinant la nature et la diversité des indications que livrent les différentes sources.

3

Même si ce bilan critique amènera à marquer de fortes réserves sur le modèle présenté dans Graecia capta, il convient de rappeler que ce livre demeure l’un des quelques titres qu’il est indispensable de lire sur la Grèce hellénistique et impériale. Laissant volontairement de côté l’histoire militaire, politique et administrative, Graecia capta est un essai brillant et subtil sur l’intégration de la Grèce dans l’Empire romain, étudiant les conséquences de la conquête sur les territoires des cités dans l’aire géographique qui devint, à partir de 27 avant J.-C., la province d’Achaïe [7][7] C’est à la même aire géographique qu’appartiennent.... Chronologiquement, l’étude porte sur la période allant de 200 avant J.-C. à 200 après J.-C., que l’auteur appelle généralement « Early imperial period » [8][8] Cf. S. E. ALCOCK, Graecia capta..., op. cit., pp. I,.... Constamment nuancé, Graecia capta doit être lu en particulier pour les fines discussions de méthode sur l’utilisation des sources. Après avoir ainsi rappelé que l’Achaïe romaine avait souvent été présentée, d’après les auteurs littéraires, comme une province dont le déclin économique et démographique était compensé par son prestige et son rayonnement culturels, S. Alcock s’est proposée de dresser le tableau de la Grèce romaine en prenant appui avant tout sur les prospections archéologiques.

L’histoire des campagnes et ses fondements chronologiques

4

Des quatre paysages de l’Hellade romaine présentés dans Graecia capta, le premier, le paysage rural, constituait l’élément central du tableau [9][9] « The rural landscape », pp. 33-92.. S. Alcock y passait en revue les résultats, qui étaient alors pour quelques-uns déjà publiés, pour la plupart encore à paraître, de vingt et une prospections menées dans les Îles, le Péloponnèse et la Grèce centrale. Mais c’était en vérité une quinzaine qui constituait la base documentaire de l’enquête, géographiquement un peu moins large qu’il n’y paraissait de prime abord [10][10] On doit en effet laisser de côté les minces indications.... Exposant les résultats de ces recherches, l’auteur rappelait que toutes n’avaient pas utilisé la même périodisation. Elle proposait néanmoins une grille chronologique en quelque sorte moyenne, distinguant trois phases, appelées respectivement « Early Hellenistic (last quarter of fourth to late third century BC) », « Late Hellenistic (late third century BC through first century BC) » et « Early Roman (first to third century AD) ». Cette périodisation se fondait en réalité sur quelques études régionales, à commencer par la prospection de la Béotie méridionale, dont les résultats avaient été présentés et interprétés sans délai par John Bintliff et A. Snodgrass [11][11] À la suite des nombreux articles où ont été reproduites.... L’étude de cette région a révélé, après une dense occupation de la campagne depuis l’époque archaïque jusqu’à la phase « Early Hellenistic », une chute du nombre de sites occupés entre ca 200 avant J.-C. et ca 300 de notre ère, suivie d’un net regain dans l’occupation du sol à l’époque romaine tardive. Et ce sont les mêmes évolutions qu’ont mises en évidence les recherches conduites dans une zone frontalière de l’Attique (la plaine de Skourta) et la vallée de Némée, ou encore la reconnaissance topographique de la Messénie [12][12] Pour les régions de Skourta et de Némée, on ne dispose.... De même, sur l’île de Kéos, la prospection de Koressos a révélé une raréfaction des traces d’occupation dans la campagne depuis le IIe siècle avant J.-C. jusqu’au IIIe siècle de notre ère : ce serait le signe d’une diminution de la population, liée à la disparition de la cité de Koressos englobée par sa voisine Ioulis [13][13] Cf. JOHN F. CHERRY, JACK DAVIS et ELENI MANTZOURANI,.... Quant aux recherches menées près de Mycènes, leur publication a confirmé l’évolution tracée par S. Alcock : l’occupation de la région de Berbati, dense entre 350 et 250, décroît ensuite, particulièrement au IIe siècle avant J.-C., et connaît un regain à partir du IVe siècle de notre ère [14][14] Cf. BERIT WELLS et CURTIS RUNNELS (éds), The Berbati-Limnes....

5

Mais ce sont des césures chronologiques différentes dans l’occupation des campagnes qu’ont révélées de nombreuses autres prospections. Ainsi, celle du dème attique d’Atènè a montré un déclin de l’occupation rurale dès le début du IIIe siècle avant J.-C. [15][15] Voir HANS LOHMANN, Atene. Forschungen zur Siedlungs-..., celle de Mélos un même déclin dans la période 323-146 avant J.-C., suivi d’une reprise à l’époque « romaine » (146 av. J.-C.- Ve siècle apr. J.-C.), surtout dans sa phase tardive. En Argolide méridionale, l’occupation de la campagne, dense durant la période 350-250 avant J.-C., se révèle sensiblement plus clairsemée dans les périodes postérieures, et ne connaît une recrudescence qu’à partir de 400 après J.-C. [16][16] MICHAEL H. JAMESON, CURTIS N. RUNNELS et TJEERD H..... Dans la presqu’île de Méthana, le nombre de sites ruraux augmente entre 323 et ca 240 avant J.-C. pour diminuer légèrement au IIe siècle avant J.-C., puis nettement au suivant ainsi qu’au Ier siècle après J.-C.; c’est au IIe et au IIIe siècle après J.-C. que ce nombre croît à nouveau [17][17] CHRISTOPHER MEE et HAMISH FORBES (éds), A rough and.... Autour de Mégalopolis d’Arcadie, on voit à l’époque hellénistique apparaître des sites importants, dont la plupart disparaissent au Ier et au IIe siècle après J.-C., et cette occupation relativement dense à l’époque hellénistique semble trouver un parallèle dans la région voisine d’Aséa [18][18] Voir le rapport préliminaire de JEANNETTE FORSÉN et.... Autour de Sparte, c’est entre 600 et 450 avant J.-C., puis du IIIe au Ier siècle avant J.-C. que l’occupation rurale se révèle la plus dense, tandis que la période 450-300 avant J.-C. et l’époque impériale montrent un recul : peut-être est-ce l’histoire propre de la Laconie qui explique en partie ces évolutions [19][19] Voir WILLIAM CAVANAGH et alii, Continuity and change.... En Messénie, c’est un accroissement sensible dans le nombre des sites occupés après 146 avant J.-C. qui fut remarqué autour de Nichoria; de même, la région de Pylos, récemment explorée, présente aux époques hellénistique et romaine une assez forte densité d’occupation qui a été expliquée par l’histoire politique de la région [20][20] Pour la région de Pylos, voir JACK L. DAVIS et alii,.... Dans la région de Dymè d’Achaïe, l’époque hellénistique est d’abord marquée par un repeuplement de la campagne, et ensuite par un abandon des sites ruraux [21][21] ATHANASSIOS D. RIZAKIS (éd.), Paysages d’Achaïe, I,.... En Étolie, enfin, c’est l’époque hellénistique qui apparaît la plus représentée dans la céramique. Constatant la singularité de l’évolution propre à l’Étolie, S. Alcock invoquait alors le caractère très incertain de la datation de la céramique dans cette région [22][22] S. E. ALCOCK, Graecia capta..., op. cit., pp. 48 et....

6

C’est toucher là à une question importante, que S. Alcock a évoquée plus d’une fois, celle de la précision chronologique des données de prospection. Si la céramique de qualité (West Slope, bols mégariens, sigillée) ou les amphores sont assez précisément datées pour certains sites, il n’en va pas de même de la céramique commune de production locale, qui constitue la majorité des tessons recueillis en surface. L’imprécision de la datation de la céramique ainsi découverte a été soulignée dans plusieurs études, par exemple celle de Kéos, où moins d’un tesson sur dix a pu être daté au siècle près [23][23] J. F. CHERRY, J. DAVIS et E. MANTZOURANI, Landscape.... Par ailleurs, la date de production d’un vase céramique, lorsqu’elle peut être établie, indique-t-elle la date d’occupation d’un site à un quart de siècle près, à un demi-siècle près, ou pour un laps de temps plus long encore ? Sans doute a-t-on souvent rappelé que les changements révélés par la prospection sont ceux de la « longue durée ». Peut-on alors dater une évolution dans l’occupation d’une région ne serait-ce qu’à un siècle près ?

7

L’imprécision des datations fournies par la prospection et la diversité chronologique des résultats des surveys menés en Grèce me paraissent l’une et l’autre interdire d’en déduire une évolution uniforme. Or c’est précisément une image uniforme que S. Alcock décryptait dans les résultats de ces recherches : les campagnes de l’Achaïe furent densément occupées et très actives durant les phases « Classical » et « Early Hellenistic ». En revanche, pour les phases « Late Hellenistic » et « Early Roman », les traces d’occupation et d’exploitation rurales deviennent partout relativement rares, donnant l’impression de campagnes dépeuplées. Certes, le début de cette nouvelle ère se situe ici à la fin du IIIe siècle avant J.-C., et là plus tard. Mais c’est bien une faible occupation des campagnes qui caractériserait l’ensemble de l’Achaïe durant la période allant de 200 avant J.-C. à 300 après J.-C., laquelle fut suivie à l’époque romaine tardive d’un regain dans l’occupation des campagnes, à nouveau « pleines ».

8

Sans doute S. Alcock soulignait-elle les limites de l’utilisation des données tirées des prospections et signalait-elle la diversité des périodisations utilisées dans les différents surveys, appelant de ses vœux une standardisation de la trame chronologique utilisée. Encore faudrait-il que celle-ci soit établie par les prospecteurs à partir de la répartition du matériel archéologique recueilli, et non pas tirée a priori d’une périodisation venue de l’histoire politique de l’époque hellénistique. Or, l’examen des enquêtes archéologiques montre que les césures chronologiques adoptées ne résultent pas du matériel recueilli lors de la prospection. Ainsi, en Béotie, on a distingué l’« Early Hellenistic 330-200 » et le « Late Hellenistic 200-30 »; dans la région de Méthana, la période hellénistique, allant de 323 à 100 avant J.-C., est suivie de la phase « Early Roman », de 100 avant J.-C. à 100 après J.-C.; à Mélos, la période hellénistique désigne les années 323 à 146, tandis que ce sont les années 369 à 146 en Messénie; c’est la même année 146 qui sépare l’époque hellénistique de l’époque romaine dans la région de Nichoria [24][24] Ce point a été relevé par S. E. ALCOCK, Graecia capta...,.... On constate également, à lire les publications de ces enquêtes, que c’est souvent l’histoire politique ou économique, soit générale soit locale, qui est convoquée lorsqu’il faut tracer une évolution et des césures dans des données archéologiques souvent difficiles à dater [25][25] Ainsi, à Kéos, les découvertes si difficiles à dater....

9

Or la question des fondements chronologiques de l’interprétation des prospections prend une acuité particulière lorsqu’il s’agit d’utiliser ces résultats non seulement pour l’histoire dans la longue durée, mais aussi pour définir l’influence de la conquête romaine sur les paysages grecs et pour proposer une nouvelle périodisation. Car, à côté de la chronologie traditionnelle venue des sources écrites et liée aux événements (époques classique, hellénistique, impériale), c’est une autre chronologie que rendraient possible et même nécessaire les données des prospections. Cette nouvelle chronologie, ressortissant à l’économie et à la société, serait celle de la conjoncture, et la césure ainsi révélée au milieu de l’époque hellénistique s’avérerait en définitive coïncider justement avec la conquête romaine et le début de l’influence de Rome sur la société grecque [26][26] Je résume le début des pp. 217-220 de Graecia capta,....

10

Mais, en réalité, cette chronologie est loin de rompre si nettement avec la périodisation habituellement adoptée dans l’histoire de l’Orient grec. Les termes chronologiques de l’enquête de Graecia capta sont, en effet, d’une part, la deuxième guerre de Macédoine (200-197 av. J.-C.), d’autre part, la constitution de Caracalla (212 apr. J.-C.). Ce sont pareillement la conquête militaire de Rome et le règne de Gallien qui avaient déjà servi de bornes chronologiques à Jakob Larsen dans l’exposé devenu classique, en particulier pour l’économie et la société, sur la Grèce et la Macédoine « romaines » [27][27] JAKOB AALL OTTESEN LARSEN, « Roman Greece », in T..... Et c’est le même concept de « Roman Greece », si répandu dans l’histoire de l’Orient vue depuis Rome, qui forme le cadre de Graecia capta.

11

En ce qui concerne l’histoire même des paysages grecs, la périodisation proposée n’est pas sans rappeler celle de Robin Osborne, qui avait fait du début de l’époque « romaine » la fin du territoire de la cité grecque. Avec la disparition de l’autonomie politique des cités, les liens entre les communautés civiques et leurs territoires auraient disparu, et la période « romaine » aurait vu les cités devenir des unités urbaines, tandis que la campagne s’émancipait pour mener une vie indépendante [28][28] ROBIN OSBORNE, Classical landscape with figures, Londres,.... Cette conception de l’époque hellénistique comme fin de la cité grecque, qui trouve son origine dans des livres classiques, et la périodisation traditionnelle de l’histoire de la Grèce « sous la domination romaine », l’une et l’autre encore prépondérantes dans l’historiographie, n’ont-elles pu inspirer aux prospecteurs la périodisation suivant laquelle ils classent leurs découvertes ? Il est ainsi plus d’un archéologue qui présente les résultats du terrain en y mêlant le rappel de la mort de la cité à Chéronée ou la référence au déclin économique et démographique de la Grèce dépeint par Polybe [29][29] Ainsi, on trouve POLYBE, XXXVI 17,5-8, allégué dans.... Dans quelle mesure les prospections fondent-elles alors réellement une périodisation de la conjoncture qui soit indépendante de celle des événements et des sources écrites ?

12

Il me paraît donc difficile de considérer comme solidement fondée, c’est-à-dire comme démontrée, pour l’ensemble de l’Achaïe, l’histoire des campagnes grecques depuis la conquête romaine telle que S. Alcock la présentait et la périodisait. Parler d’une « image remarquablement uniforme » ou de la « diminution presque générale du nombre de sites aux époques hellénistique et romaine » [30][30] S. E. ALCOCK, Graecia capta..., op. cit., pp. 48 et..., c’était extrapoler à partir d’une demi-douzaine de surveys dont les résultats et les fondements chronologiques ne peuvent d’ailleurs pas encore, pour moitié d’entre eux, être vérifiés en détail. Et l’on doit leur opposer les résultats chronologiquement divergents d’autres prospections qui sont en réalité plus nombreuses, si bien que l’on pourra être tenté de préférer des explications locales à un schéma général [31][31] Voir en ce sens GRAHAM SHIPLEY, The Greek world after.... Ajoutons enfin que les discordances chronologiques et les incertitudes sur les fondements de la périodisation rendent pareillement fragile, pour les périodes classique, hellénistique et impériale, l’analyse des phases de croissance de la population dans la péninsule balkanique et les îles de la mer Égée, telle que J. Bintliff l’a présentée et modélisée d’après les prospections [32][32] JOHN BINTLIFF, « Regional survey, demography, and the....

13

Malgré cette réserve sur la périodisation proposée dans Graecia capta, le tableau du paysage rural qu’il présente comporte plus d’un trait justement dépeint et des discussions de méthode sur l’utilisation des sources archéologiques qui demeurent d’un grand intérêt. Ces discussions ne font cependant pas toujours disparaître le sentiment de surinterprétation lorsqu’il s’agit de reconstituer à partir des prospections l’organisation sociale de l’exploitation des campagnes. Ainsi, tout en soulignant qu’il est difficile de calculer la taille des exploitations rurales d’après les dimensions des sites et leur espacement supposé, S. Alcock proposait un histogramme à partir de quatre prospections et en inférait une disparition des petits propriétaires résidant dans la campagne, allant de pair avec le développement de domaines plus étendus [33][33] S. E. ALCOCK, Graecia capta..., op. cit., pp. 58-6.... On reste également réticent devant l’interprétation proposée, certes avec prudence, de la discontinuité d’occupation des sites entre l’époque « Hellenistic » et la phase « Early Roman », constatée dans trois ou quatre régions [34][34] Ibid., pp. 57-58.. Il est audacieux d’interpréter cette discontinuité comme le signe possible de ruptures dans la propriété ou l’exploitation du sol, voire de redistributions, qui seraient elles-mêmes liées à l’influence et à la mainmise de Rome sur la Grèce. Car Graecia capta affirmait l’idée que, dès la fin du IIIe siècle et le début du IIe siècle avant J.-C., la présence impériale imprima sa marque sur les conditions qui sous-tendaient les formes de la propriété foncière [35][35] Ibid., p. 73.. Les troubles militaires et politiques dans les cités grecques au IIe siècle, qui purent porter atteinte à la petite propriété, ont-ils réellement favorisé l’aliénation des terres au profit des Romains ? S. Alcock convenait que cela n’avait guère été le cas, soulignant l’absence d’aristocrates romains propriétaires de terres en Achaïe et la part sans doute relativement modeste des propriétés foncières appartenant aux hommes d’affaires établis en Grèce. Dans le même sens, on rappellera que rares furent, en Achaïe, les Romains « possédants » (Rhomaioi enkektemenoi) dont les exemples connus datent du Ier siècle avant et du Ier siècle après J.-C. [36][36] Sur les Rhomaioi enkektemenoi, cf. S Z, « Die Niederlassung.... La présence des negotiatores devient sensible seulement au Ier siècle avant J.-C., celle des Romains à Athènes et en Béotie plus nette dans la seconde moitié de ce même siècle [37][37] Au sujet des Rhomaioi établis dans les cités d’Orient,.... Sur ce point comme sur d’autres, il faut donc se garder de faire remonter au IIe siècle avant J.-C. l’influence économique et sociale des Romains en Grèce.

14

On soulignera en dernier lieu la difficulté qu’il y a à trouver dans les sources les traces du pouvoir économique des « élites » de l’Achaïe romaine. Ainsi, chercher le signe de l’importance croissante des élites foncières dans les édifices ruraux construits en grand appareil ou dotés d’embellissements, telles les « maisons à tour » ou les villae, ne serait possible que si l’on raisonnait sur de larges échantillons de sites qu’il faudrait comparer aux sites analogues de l’époque classique, non sans d’ailleurs avoir au préalable levé les incertitudes sur la date de toutes ces constructions [38][38] Sur les tours et maisons à tour généralement datées.... Quant à l’idée d’une élite économique dont les membres auraient étendu leurs propriétés foncières au-delà des frontières de leur cité d’origine, très rares en sont les exemples, datant tous, soulignons-le, de l’époque impériale proprement dite. Enfin, tout en reconnaissant l’absence de sources, S. Alcock présentait comme vraisemblable un développement de l’activité pastorale contrôlée par les élites de l’Achaïe, en construisant le schéma suivant : alors que durant les phases « Classical » et « Early Hellenistic » l’activité pastorale aurait été géographiquement limitée par l’importance des propriétés privées et par les frontières des cités, la période « Early Imperial » vit les riches propriétaires s’affranchir de ces limites et de ces contraintes, grâce aux liens qu’ils entretenaient avec les élites des autres cités leur facilitant la transhumance et grâce à la dimension de leurs propriétés; l’occupation et l’exploitation moins denses de ces domaines s’accommodaient mieux de la présence des troupeaux, présence qui permettait également d’affirmer une prééminence sociale [39][39] S. E. ALCOCK, Graecia capta..., op. cit., pp. 87-88..... Il en va de l’organisation économique et sociale de l’Hellade romaine comme de celle de la Grèce archaïque : la minceur des sources écrites ne doit pas conduire à la construction de schémas qui demeurent sans fondement, non plus qu’à la surinterprétation des données du terrain.

15

C’est à l’influence de l’« impérialisme romain » que Graecia capta rapportait en définitive les principales évolutions du paysage rural de l’Hellade. Les changements dans les modes d’exploitation, le développement de grands domaines, l’extension de l’activité pastorale et un relatif recul démographique allant de pair avec un déclin de l’habitat rural dispersé seraient tous liés, d’une façon directe ou indirecte, à la présence romaine [40][40] Ibid., pp. 91-92 : « Roman imperialism in the rural.... De ce schéma si cohérent et séduisant, maints traits demeurent encore à démontrer et, le cas échéant, à dater précisément.

Territoires civiques, frontières et cultes dans la province d’Achaïe

16

C’est également pour définir les conséquences de la conquête romaine et les réactions à cette conquête dans la province d’Achaïe que Graecia capta posait les questions suivantes : dans quelle mesure l’organisation de la cité classique, reposant sur le lien entre la ville (asty) et la campagne (chôra), a-t-elle été modifiée par les changements du paysage rural et par la situation nouvelle des cités dans le cadre provincial ? La conquête romaine a-t-elle changé l’organisation spatiale de l’Achaïe et les rapports entre les cités à l’intérieur de la province [41][41] « The civic landscape », pp. 93-128; « The provincial... ?

17

De la réorganisation régionale de l’Achaïe, Graecia capta présente les principaux traits en un tableau juste et neuf. L’intégration de l’Achaïe dans l’Empire alla de pair avec l’aliénation de territoires civiques au profit d’autres communautés, la fondation de colonies ou de cités nouvelles, des opérations de cadastration et le développement des villes tournées vers l’Occident, telles Corinthe, Patras et Nikopolis, développement qui resserra les liens entre les deux rives de l’Adriatique [42][42] S. E. ALCOCK, Graecia capta..., op. cit., pp. 132-145..... Cette réorganisation de l’espace demeura cependant limitée par rapport à celles que connurent d’autres provinces, et elle laissa inchangée la vie de nombreuses petites communautés grecques. Dans ce tableau nuancé, j’hésite seulement à suivre S. Alcock lorsqu’elle propose de voir dans les interventions romaines en Étolie et sur la côte septentrionale du Péloponnèse la volonté de couper court à toute résistance nouvelle dans les pays étolien et achéen, qui s’étaient opposés à la conquête romaine. Cette explication fait fi de la chronologie, car il faut souligner que toutes les sources invoquées à propos de la réorganisation spatiale se rapportent, à une ou deux exceptions près, au Ier siècle avant J.-C. ou au Haut-Empire [43][43] Cf. S. E. ALCOCK, Graecia capta..., op. cit., pp. 141-144..... Même si l’intervention de Rome dans le paysage provincial commence sans aucun doute avant la création formelle de la province d’Achaïe en 27 avant J.-C., rien ne prouve donc que ce soit dès le IIe siècle avant J.-C. [44][44] S. E. ALCOCK, Graecia capta..., op. cit., pp. 132 et.... Cela n’est pas sans importance pour la chronologie de la « romanisation » de l’Achaïe.

18

Mais c’est principalement l’évolution de l’organisation territoriale et politique des cités grecques qu’il convient de discuter. Le recul de l’habitat rural isolé et le déplacement des ruraux vers la ville, attesté dans deux cas [45][45] Le développement de l’habitat groupé en ville est révélé..., allèrent de pair avec un déclin démographique qu’indique par exemple le nombre des cités signalées comme étant en ruines dans la Périégèse de Pausanias. Ce déclin des cités s’expliquerait non seulement par les guerres et l’atonie démographique, mais aussi par l’abaissement de la cité en tant qu’organe politique et par la place nouvelle des poleis dans l’Empire. Car, si les institutions civiques perdurèrent à l’époque « romaine », ce fut seulement de façon formelle, et les cités, dépendant du pouvoir romain pour les questions politiques et militaires, seraient devenues de simples districts administratifs où les citoyens s’occupaient essentiellement des besoins de la vie quotidienne, des finances locales devenues chancelantes et du paiement du tribut [46][46] S. E. ALCOCK, Graecia capta..., op. cit., pp. 150-.... La cité, voulant néanmoins résister à ce déclin et survivre, manifesta son indépendance en défendant ses frontières contre ses voisines, ou bien au contraire s’agrandit en s’unissant à l’une de celles-ci par une sympolitie.

19

En réalité, ce schéma doit être largement remis en cause. Il faut rappeler d’une part que, d’un point de vue fiscal, la pression de Rome fut sans doute moins forte en Achaïe qu’ailleurs [47][47] Ibid., pp. 19-24 et 223. Pour la chronologie de l’imposition.... La conquête romaine ne paraît pas avoir introduit de rupture dans le fonctionnement économique des cités ni ruiné leurs finances [48][48] Léopold Migeotte a souligné la continuité des pratiques.... Quant aux activités de niveau « municipal » auxquelles auraient été désormais vouées les cités, c’était en réalité déjà « le lot de l’immense majorité des cités grecques à la période classique », ainsi qu’on l’a noté en soulignant la pérennité de la cité grecque à l’époque hellénistique [49][49] ID., Échos du monde classique, 36,1992, p. 308. Voir.... Sans doute ne faut-il donc pas exagérer le contraste entre la Grèce « indépendante » et la Grèce « romaine », comme aussi à propos des sympolities : les fusions entre cités sont connues en grand nombre dès l’époque classique et le IIIe siècle, et elles semblent être moins nombreuses après le IIe siècle avant J.-C. [50][50] Cf. MAURO MOGGI, I sinecismi interstatali greci, I,.... En réalité, c’est dès le début de l’époque hellénistique que l’on voit le nombre de cités se réduire en Grèce et dans le monde égéen [51][51] Ainsi en Grèce centrale, sur trente-sept cités connues.... Enfin, à l’encontre de l’idée de l’unification politique de l’Achaïe, souvent invoquée dans Graecia capta et dans maints ouvrages généraux comme ayant rabaissé les cités au rang de districts administratifs, il convient de rappeler que l’hégémonie romaine ne s’exerça pas dès le IIe siècle avant J.-C. de façon identique dans toutes les cités [52][52] Voir RAINER BERNHARDT, Polis und römische Herrschaft.... Devenue province tardivement par rapport aux autres régions de l’Orient, l’Achaïe demeura plus que toute autre composée de communautés de statuts fort divers par rapport au pouvoir romain (cités alliées, libres, stipendiaires, colonies).

20

Aussi est-il difficile de soutenir que « l’unification forcée des cités grecques dans l’organisation provinciale » mit à mal les frontières civiques jadis imperméables et fit de l’attachement des cités à leurs frontières une préoccupation désormais vaine [53][53] S. E. ALCOCK, Graecia capta..., op. cit., pp. 118 et.... Car l’idée que les frontières politiques devinrent perméables et furent désormais facilement transgressées par des relations d’ordre supra-civique n’est pas fondée sur de solides arguments. Sans doute voit-on, en quelques points du Péloponnèse à l’époque impériale, des routes romaines passer à travers plusieurs territoires, mais c’était en réalité déjà le cas d’itinéraires de même tracé aux époques antérieures. Graecia capta alléguait en outre la construction d’aqueducs traversant plusieurs territoires, dont il ne semble cependant exister en Achaïe qu’un seul exemple, celui qui fut construit entre Stymphale et Corinthe à l’époque d’Hadrien [54][54] Voir YANNIS A. LOLOS, « The Hadrianic aqueduct of Corinth.... Quant aux élites des différentes cités d’Achaïe qui, par leurs liens mutuels, auraient fait fi des frontières de jadis pour faire transhumer leurs troupeaux, on a vu qu’il n’y en avait pas trace (cf. supra). Rien ne montre donc que l’intégrité du territoire civique ait été largement remise en cause dans l’Achaïe romaine.

21

Comment d’ailleurs expliquer le nombre des cités que l’on voit défendre les limites de leurs territoires durant les époques hellénistique et impériale, et la pérennité des frontières civiques jusque sous l’Empire dont témoigne la Périégèse de Pausanias ? L’idée que les difficultés économiques poussaient désormais chaque communauté à préserver ses intérêts ne trouve en réalité aucun fondement dans les sources [55][55] À l’appui de cette idée, S. E. ALCOCK, Graecia capta...,.... Quant à l’attention aux frontières, si constante chez Pausanias, S. Alcock y voyait le rappel nostalgique d’une organisation politique en réalité dépassée. L’attachement aux frontières à l’époque romaine serait en fait idéologique : autrefois marque du partage de l’espace entre les différentes cités, les frontières seraient devenues pour les communautés un moyen de croire et de faire croire à la pérennité de leur existence autonome [56][56] S. E. ALCOCK, Graecia capta..., op. cit., pp. 119 et.... On reviendra plus loin en conclusion sur la part que l’on peut accorder à l’« idéologie » dans le maintien de la cité grecque sous la domination romaine.

22

En relation avec les transformations du paysage rural, civique et provincial, y eut-il des évolutions dans le paysage sacré de l’Hellade romaine ? La géographie des cultes porte-t-elle la trace de l’impérialisme romain, des relations nouvelles entre villes et campagnes, et du rôle grandissant des élites [57][57] « The sacred landscape », art. cit., pp. 172-214. ? À la faveur de l’intégration dans l’Empire, il y eut assurément des transferts d’objets de culte, telles les statues qui furent, sous Auguste, prises à deux sanctuaires pour être installées à Rome et dans la colonie de Patras (Athéna Aléa de Tégée et Artémis Laphria de Kalydon). De ces déplacements, il est juste de souligner la portée symbolique pour les cités spoliées, qui étaient ainsi abaissées et privées des images de leurs divinités poliades. Mais on ne peut soutenir que la plupart de ces transferts eurent lieu précisément pendant la conquête pour ensuite devenir plus rares à mesure que disparaissait la possibilité d’une résistance à Rome de la part des communautés concernées [58][58] S. E. ALCOCK, Graecia capta..., op. cit., p. 180.. Car les exemples de cultes ainsi déplacés datent presque tous du Ier siècle avant J.-C. et du Ier siècle après J.-C.

23

C’est également le rôle symbolique et social du paysage sacré que Graecia capta tentait de mettre en évidence en examinant la géographie des cultes dans l’Achaïe impériale [59][59] À propos du culte impérial, S. Alcock affirmait qu’il.... À propos des cultes extra-urbains, la Périégèse de Pausanias montre que de nombreux sanctuaires ruraux n’ont pas cessé d’être fréquentés à l’époque impériale, et ce seraient, d’après S. Alcock, les grands sanctuaires qui profitèrent de cette fréquentation continuée, au détriment des lieux de culte plus modestes [60][60] Cf. ID., « Minding the Gap in Hellenistic and Roman.... Comment expliquer ce maintien des principaux cultes dans les campagnes, dont le rôle économique et l’organisation humaine connaissaient par ailleurs des changements si importants ? Outre un attachement au passé dont on a d’autres marques dans l’Achaïe de l’époque impériale, la perpétuation des cultes ruraux serait en réalité devenue l’un des moyens de préserver la cohésion du territoire civique. Les sanctuaires extra-urbains, qui, à l’époque archaïque, avaient servi, selon le modèle proposé par F. de Polignac, à marquer le territoire de la cité naissante et avaient contribué à sa formation, auraient à l’époque romaine favorisé son maintien. Rendre des cultes dans ces espaces et en avoir le contrôle, en allant au besoin jusqu’à s’emparer d’un sanctuaire au détriment d’un État voisin, c’était pour la cité perpétuer le lien avec la campagne, alors qu’avait disparu ce qui unissait jadis le citoyen à la chôra (le combat hoplitique, la petite propriété et l’habitat rural), et c’était préserver l’intégrité et la cohésion, alors chancelantes, de son territoire. Ce sont donc en partie les liens rituels qui auraient empêché, jusqu’au Haut-Empire, la rupture du lien entre ville et campagne et la disparition de cette unité territoriale cohérente qu’était la cité [61][61] S. E. ALCOCK, Graecia capta..., op. cit., pp. 207,212.... Que dire d’un tel schéma, sinon que cette fonction des sanctuaires et des cultes ruraux n’apparaît explicitement dans aucune source, et a-t-elle existé réellement, c’est-à-dire autrement que dans la représentation que nous élaborons et que nous prêtons aux Grecs de l’Hellade romaine [62][62] Aussi me paraît-il difficile d’admettre que le maintien... ?

La « Grèce romaine »

24

Éloignée des frontières de l’Empire, et à ce titre dépourvue de forces armées, la province d’Achaïe n’était pas, comparée à d’autres, une région riche ni une source importante d’approvisionnement ou de revenus fiscaux. Cette province connut des redistributions démographiques et économiques et des évolutions sociales sur lesquelles Graecia capta a jeté un éclairage neuf, apportant des résultats importants, du moins pour l’époque impériale. On soulignera également que ce livre a marqué, outre la consécration de la prospection comme source pour l’histoire de la Grèce, la transposition de la problématique de la « romanisation des campagnes » de la partie occidentale de l’Empire vers la Méditerranée orientale [63][63] Voir GRAEME BARKER et JOHN LLOYD (éds), Roman landscapes..... Tout en étant une « archéologie de l’impérialisme » [64][64] Voir S. E. ALCOCK, Graecia capta..., op. cit., p. 5,..., Graecia capta évite cependant à juste titre de s’arrêter sur le terme même de « romanisation », notion qui n’est peut-être pas plus éclairante pour l’Achaïe que pour d’autres provinces de l’Orient grec [65][65] C’est ce que souligne SUSAN E. ALCOCK, « The problem.... L’intérêt de Graecia capta est également d’avoir cherché non seulement les marques de l’intégration dans l’Empire, mais aussi les signes de réaction venus de la société grecque, et S. Alcock poursuit aujourd’hui cette quête en interrogeant la « mémoire » des Grecs et en cherchant à l’époque impériale les signes d’un retour nostalgique vers une identité grecque, nostalgie qui serait une forme de résistance culturelle [66][66] Voir ID., « Greece : a landscape of resistance ? »,....

25

Mais le modèle de Graecia capta, présentant de façon si cohérente les évolutions économiques, sociales, territoriales et religieuses, peut-il réellement être accepté dans tous ses traits et pour l’histoire de la Grèce depuis 200 avant J.-C. ? Et peut-il légitimement être utilisé à titre de comparaison pour l’histoire des autres provinces de l’Empire ? Je crois en réalité que la validité de ce modèle demande encore en grande partie à être démontrée. Dans la brillante synthèse qu’est Graecia capta, la construction du modèle l’emporte plus d’une fois sur la minceur des sources, et l’on regrette que son auteur ne descende pas plus souvent quelque étai jusqu’à la base documentaire avant d’échafauder les schémas les uns sur les autres. Sur les ruptures dans le régime de la propriété et l’exploitation du sol, sur l’évolution de la taille des domaines agricoles, sur les petits propriétaires quittant la campagne pour la ville, sur l’assise économique des « élites » de l’Achaïe, sur la réorganisation territoriale et cultuelle aux dépens des ennemis de Rome, sur la fragilité nouvelle de la cité devenant district administratif, sur la préservation de l’unité territoriale grâce aux frontières et aux cultes ruraux, sur le caractère urbain du culte impérial, les sondages effectués ne permettent pas de trouver les sources qui soutiennent solidement les thèses défendues dans Graecia capta. Il n’était assurément pas possible dans une synthèse de cette ambition d’alléguer et de discuter toutes les sources. Mais bien des traits composant le modèle constituent encore aujourd’hui autant de sujets d’enquêtes approfondies à effectuer, pourvu néanmoins que l’on redouble de prudence dans l’utilisation des sources archéologiques. Car déduire de la densité variable des artefacts les continuités et les ruptures dans l’occupation des sites pour en inférer ensuite l’histoire de la propriété, les conditions sociales de l’exploitation ou le déplacement vers la ville des habitants de la campagne ne peut se faire sans de multiples précautions, si nombreuses qu’on en vient à douter de la solidité des conclusions, voire à se demander s’il est légitime d’attendre de la prospection la réponse à ces questions. Le modèle proposé dans Graecia capta ne doit donc pas être considéré comme un acquis pour l’histoire comparée des provinces ni devenir une trame chronologique pour le classement et l’interprétation des résultats des prospections [67][67] On verra ainsi HOLLY ALANE RAAB, Rural settlement in....

26

Sans doute l’histoire de la Grèce dans l’Empire sera-t-elle plus solidement établie si l’on précise la chronologie des conséquences de la conquête, comme celle des adaptations et des réactions de la société provinciale à l’intégration progressive dans l’Empire. Or, dans cette archéologie de l’impérialisme qu’est Graecia capta, l’histoire des différents paysages commence avec la conquête romaine pour s’achever au IIIe siècle de notre ère. C’est la conquête qui est désignée comme le point de départ de l’histoire des paysages et de leurs multiples évolutions, et c’est lors de la conquête, vers 200 avant J.-C., que se placent le début de la période appelée « Early Imperial » et la naissance du « territoire romain des cités grecques » [68][68] Cf. S. E. ALCOCK, Graecia capta..., op. cit., par exemple.... Mais peut-on réellement considérer la période qui va de 200 avant J.-C. à environ 200 après J.-C. comme un continuum chronologique dans l’histoire des cités de l’Hellade ? Aux multiples interventions des Romains, entre le début du IIe siècle et 146, a succédé une soixantaine d’années de paix, d’autonomie et de prospérité relatives pour les cités du Péloponnèse, de l’Attique et de la Grèce Centrale, avant un demi-siècle de guerres, de pillages et d’exactions (88-31 avant J.-C.) [69][69] Cf. ATHANASSIOS D. RIZAKIS, « Les cités péloponnésiennes.... C’est seulement à partir du Ier siècle avant J.-C. que l’emprise administrative, financière et économique des Romains devint véritablement manifeste dans les cités [70][70] Voir R. M. KALLET-MARX, Hegemony to Empire..., op..... Et si les cités de l’Hellade cessèrent après 146 de mener une politique extérieure indépendante, il ne s’ensuit pas que l’organisation territoriale et le fonctionnement économique de chaque communauté aient été modifiés dès le IIe siècle avant J.-C.

27

Si certaines transformations de l’Hellade sont assurément antérieures à la création formelle de la province d’Achaïe, elles ne sont pas toutes contemporaines de la conquête romaine, et il est par exemple possible de préciser la chronologie des évolutions touchant l’organisation politique de la cité. Car, à côté de la césure dans l’histoire des campagnes que quelques prospections conduisent à placer vers 200 avant J.-C., c’en est une autre qui ressort de l’histoire institutionnelle des cités hellénistiques, laquelle a amené à distinguer entre « haute » époque hellénistique et « basse » époque hellénistique. Ainsi, l’étude de l’évergétisme a révélé, dans la place et le rôle des bienfaiteurs au sein de la cité, une évolution entre une époque où les évergètes étaient des citoyens dévoués, visant à avoir le premier rang parmi leurs pairs, et l’époque suivante où les bienfaiteurs étaient une minorité de notables, placés de fait au-dessus de leurs concitoyens. Ce changement se situe dans le cours du IIe siècle, plus ou moins tôt ici et là [71][71] Voir PHILIPPE GAUTHIER, « Les cités hellénistiques :.... C’est également dans la seconde moitié du IIe siècle, voire au Ier siècle avant J.-C. que l’on voit s’accroître le rôle des évergètes dans le financement des dépenses publiques des cités [72][72] Voir LÉOPOLD MIGEOTTE, « Citoyens, femmes et étrangers.... C’est encore dans la seconde moitié du IIe siècle avant J.-C., et sous l’influence de Rome, que l’exercice des charges politiques dans les cités grecques commence à être lié à une qualification censitaire, et c’est à partir du Ier siècle avant J.-C. que les Conseils prennent dans les cités une importance accrue, laissant deviner la naissance d’une distinction entre les simples citoyens et un groupe de citoyens privilégiés, distinction qui devient nette à l’époque impériale [73][73] Voir JEAN-LOUIS FERRARY, « Les Romains de la République.... L’apparition d’une hiérarchie de droit dans le corps civique et l’évolution perceptible entre le IIe et le Ier siècle avant J.-C. dans la position des notables grecs par rapport au pouvoir romain [74][74] Voir R. BERNHARDT, Rom und die Städte..., op. cit.,... peuvent également contribuer à préciser le rôle politique des « élites », si souvent alléguées dans l’historiographie actuelle. Car, si l’on commence heureusement à utiliser avec plus de rigueur la notion d’élites pour l’Orient grec, il reste à mener pour bien des régions de l’Achaïe une enquête approfondie dans un large horizon diachronique, afin de voir dans quelle mesure le poids économique et le rôle social et politique des notables ont réellement changé à la basse époque hellénistique, puis à l’époque impériale, par rapport à la période qui va du Ve siècle au début du IIe siècle avant J.-C., bien documentée sur ce point [75][75] Sur les notables, voir FRIEDEMANN QUA?, Die Honoratiorenschicht....

28

On voit donc que les évolutions politiques et institutionnelles des cités grecques, qui sont en partie liées à la domination romaine et à l’intégration dans l’Empire, loin de remonter toutes à l’époque de la conquête, se font jour à différents moments entre celle-ci et le règne d’Auguste. De même, l’histoire territoriale de la cité révèle que l’unité entre la communauté des citoyens et son territoire, loin de se rompre dès l’arrivée des Romains en Orient, apparaît, durant le IIe siècle avant J.-C., identique à ce qu’elle était aux siècles précédents. De nombreuses inscriptions montrent que la cité continue à former durant tout ce siècle une communauté veillant sur sa souveraineté territoriale et une unité séparée de ses voisines par des frontières [76][76] Sur le « lien ombilical » entre la ville et la campagne.... Les différentes cités apparaissent tout aussi soucieuses de contrôler l’exploitation économique de leur territoire [77][77] Sur les frontières, le contrôle économique et la surveillance.... Enfin, l’organisation militaire des cités grecques à l’époque hellénistique indique que le lien entre les citoyens-soldats et le sol de la patrie, s’inscrivant dans la tradition hoplitique, est fort net dans les nombreuses sources du IIe siècle avant J.-C., avant de s’estomper au siècle suivant avec la raréfaction des documents épigraphiques [78][78] Voir É. WILL, « Le territoire, la ville... », art..... L’activité militaire des communautés grecques, que ce soit pour défendre la patrie ou pour assister les armées romaines, ne cesse pas avant le début du Principat, comme l’a souligné Fergus Millar, selon lequel la cité grecque de la première moitié du Ier siècle avant J.-C. perpétue, d’un point de vue politique et militaire, la cité de l’époque classique [79][79] FERGUS MILLAR, « Greece and Rome from Mummius Achaicus.... De l’attachement à la patrie et du lien entre ville et campagne, il reste à déterminer ce qui subsiste dans la cité du Haut-Empire, malgré les lacunes de la documentation grecque jusqu’à l’époque des Flaviens, lacunes qui s’expliquent sans doute en partie par l’affaiblissement même des communautés civiques. L’unité territoriale de la cité apparaît en tout cas de façon nette non seulement chez Pausanias, mais aussi dans les arbitrages frontaliers du Ier et du IIe siècle après J.-C.

29

Ainsi, l’histoire institutionnelle et territoriale de la Grèce démontre la péren-nité des cités jusque sous l’Empire et amène à placer dans leur histoire des césures ici au milieu du IIe siècle, là à la fin du IIe siècle, ailleurs au Ier siècle avant J.-C., ailleurs encore au début du Principat, voire plus tard encore. Il faut donc assurément écarter la notion si répandue de « Grèce romaine », présentée à la fois comme un ensemble géographique unitaire et comme un continuum chronologique de quatre siècles succédant à la période de la Grèce « indépendante ».

30

Mais il convient également de s’interroger sur les écarts chronologiques entre l’histoire de la cité grecque et l’histoire des campagnes telles que les dépeint Graecia capta. Comment expliquer que la conquête romaine ait entraîné dès le IIe siècle avant J.-C. des évolutions dans le monde rural, alors même que la cité perdure jusqu’à la fin de l’époque hellénistique et sous l’Empire, pour ne se dissoudre qu’à l’époque romaine tardive [80][80] Si la question de la pérennité de la cité grecque durant... ? Les conséquences du passage des cités grecques sous la domination romaine, rapides dans les campagnes, furent-elles différées dans d’autres domaines ? Ou bien ces écarts ne sont-ils qu’une apparence due aux sources émanant des cités grecques, tels les documents épigraphiques ? On peut imaginer qu’en dépit de l’évolution économique et de ses conséquences sociales, les cités crurent pendant plusieurs générations pouvoir continuer à fonctionner suivant le même système institutionnel et à exister dans la même organisation de l’espace, et feignirent longtemps, à travers les discours des documents officiels, de vivre dans l’ordre politique de jadis. Par rapport à un ordre que l’évolution économique et sociale avait déjà rendu caduc, les Grecs auraient fait preuve d’un attachement idéologique qui, sous l’Empire, se doubla d’un retour nostalgique vers une identité grecque révolue.

31

S’il était vrai que les prospections permettent de fixer précisément au IIe siècle avant J.-C. une évolution du paysage agraire et rural, et qu’ainsi se confirme un décalage chronologique entre d’un côté la réalité économique et ses conséquences directes, et de l’autre les pratiques et les discours politiques, l’existence même de ce décalage ne serait pas le résultat le moins intéressant de ceux que Graecia capta aurait permis d’entrevoir. Mais il reste, d’une part, à affiner la datation des résultats des prospections archéologiques en la fondant indépendamment de l’histoire politique et militaire, de façon à dater plus précisément l’évolution économique et sociale de l’Hellade entrant dans l’Empire, et il convient, d’autre part, de confronter à cette histoire l’histoire institutionnelle et territoriale des cités, c’est-à-dire en définitive à comparer les résultats de deux écoles historiographiques, étudiant l’une les campagnes, l’autre les cités, dont chacune a jusqu’ici peu ou prou ignoré les recherches de l’autre.

Notes

Cet article doit beaucoup aux travaux de l’équipe « Institutions des cités grecques de la basse époque hellénistique aux débuts du Principat : permanences et ruptures » (UMR 8585 du CNRS), ainsi qu’aux remarques de Jean Andreau, Michèle Brunet, Jean-Louis Ferrary, Philippe Gauthier et Jean-Pierre Vallat.

[1]

FRANÇOIS DE POLIGNAC, La naissance de la cité grecque, Paris, La Découverte, [1984] 1995.

[2]

SUSAN E. ALCOCK, Graecia capta. The landscapes of Roman Greece, Cambridge, Cambridge University Press, 1993. Parmi les comptes rendus favorables, voir notamment ceux de DAVID J. MATTINGLY dans Antiquity, 68,1994, pp. 162-165 (« A benchmark study »), de GREG WOOLF, Journal of Roman archaeology, 7,1994, pp. 417-420 (« A model 3 of how future research on the other Roman provinces should be conducted »), et de ONNO M. VAN NIJF, Mnemosyne, 49,1996, pp. 114-118 (« This study [...] may serve as a model for the study of Roman rule in other provinces. »)

[3]

Voir par exemple ROLAND ÉTIENNE, CHRISTEL MÜ LLER et FRANCIS PROST, Archéologie historique de la Grèce antique, Paris, Ellipses, 2000, pp. 308-309, où Graecia capta est présenté comme renouvelant « totalement l’approche traditionnelle » de la « Grèce romaine », entre autres par l’application de « la problématique de l’impérialisme [...] aux documents archéologiques ». Cf. aussi DANIEL STRAUCH, Römische Politik und griechische Tradition. Die Umgestaltung Nordwest-Griechenlands unter römischer Herrschaft, Munich, Tuduv, 1996.

[4]

DENIS ROUSSET, « Centre urbain, frontière et espace rural dans les cités de Grèce centrale », in M. BRUNET (éd.), Territoires des cités grecques, Paris, De Boccard, « Bulletin de correspondance hellénique [BCH], Suppl.-34 », 1999, pp. 35-77, ici p. 72, n. 204.

[5]

ANTHONY M. SNODGRASS, « La prospection archéologique en Grèce et dans le monde méditerranéen », Annales ESC, 37-5/6,1982, pp. 800-812, ici p. 810.

[6]

Cf. S. E. ALCOCK, Graecia capta..., op. cit., pp. 9,34 et 217. L’auteur renvoie notamment à JOHN BINTLIFF (éd.), The Annales school and archaeology, New York, New York University Press, 1991.

[7]

C’est à la même aire géographique qu’appartiennent toutes les études régionales invoquées dans le présent article.

[8]

Cf. S. E. ALCOCK, Graecia capta..., op. cit., pp. I, XVIII, 3,6,8-9,95,218.

[9]

« The rural landscape », pp. 33-92.

[10]

On doit en effet laisser de côté les minces indications de prospections menées en Eubée ou en Arcadie orientale, qui portent avant tout sur la période préhistorique, les rares renseignements sur le territoire de Khostia, ou encore les résultats d’une enquête menée à Leucade et Céphallénie, qui ne vont en réalité pas au-delà de l’époque clasique, comme S. Alcock le soulignait elle-même (pp. 39,46 et 48).

[11]

À la suite des nombreux articles où ont été reproduites et interprétées les cartes de répartition des sites de la Béotie méridionale, on attend la publication détaillée qui permettra de vérifier les résultats fondant ces présentations, annoncée sous le titre « The Boeotia project ». 3

[12]

Pour les régions de Skourta et de Némée, on ne dispose encore que de rapports préliminaires. La même évolution chronologique apparaît dans l’occupation rurale d’une partie du territoire d’Oropos telle qu’elle a été retracée par MICHAEL B. COSMOPOULOS, The rural history of the ancient Greek city-states. The Oropos survey project, Oxford, Archaeopress, 2001, pp. 59-61 et 76-79.

[13]

Cf. JOHN F. CHERRY, JACK DAVIS et ELENI MANTZOURANI, Landscape archaeology as long-term history. Northern Keos in the Cycladic islands, Los Angeles, University of California Press, 1991, pp. 327-347; pour la disparition de la cité que l’on déduit des sources écrites, voir notamment pp. 240-241 et 280; pour la raréfaction des traces archéologiques liée à la diminution de la population et à la perte d’indépendance politique, cf. pp. 338, 340 (« After the polis lost its independence, the link between its center and the countryside was broken »), 342,343,345,346,466 et 469.

[14]

Cf. BERIT WELLS et CURTIS RUNNELS (éds), The Berbati-Limnes archaeological survey, 1988-1990, Stockholm, Paul Åströms Förlag, 1996, pp. 229,271-272,279,281,336-337 et 341.

[15]

Voir HANS LOHMANN, Atene. Forschungen zur Siedlungs- und Wirtschaftsstruktur des klassischen Attika, Cologne, Böhlau Verlag, 1993, vol. 1, pp. 248-254 et 293-295. L’auteur ne manquait pas de signaler les incertitudes dans la datation de la céramique (pp. 37-38).

[16]

MICHAEL H. JAMESON, CURTIS N. RUNNELS et TJEERD H. VAN ANDEL, A Greek countryside. The Southern Argolid from Prehistory to the present day, Stanford, Stanford University Press, 1994, pp. 229,239-241,253,383-385,392-400 et 553. Les résultats présentés dans ce volume de synthèse diffèrent légèrement de ceux dont disposait S. Alcock. Les découvertes archéologiques qui permettent de définir la phase 350-250 avant J.-C., dite « Late Classical/Early Hellenistic » (pp. 383 et 419), n’ont pas encore été publiées.

[17]

CHRISTOPHER MEE et HAMISH FORBES (éds), A rough and rocky place. The landscape and settlement history of the Methana peninsula, Greece, Liverpool, Liverpool University Press, 1997, pp. 67,69,72,75,77-78 et 81. Les auteurs distinguent principalement trois périodes : la période hellénistique (323-100 avant J.-C.), la période « Early Roman » (100 BC-100 AD) et la période « Middle Roman » (AD 100-300), tout en notant au passage la difficulté à distinguer la céramique de la deuxième période de celle de la troisième (p. 77) et la part importante des tessons dont la date est incertaine (p. 84 et p. 91, n. 1).

[18]

Voir le rapport préliminaire de JEANNETTE FORSÉN et alii, « The Asea valley survey », Opuscula Atheniensia, 21,1996, pp. 73-97, ici pp. 91-92.

[19]

Voir WILLIAM CAVANAGH et alii, Continuity and change in a Greek rural landscape. The Laconia survey, I, Methodology and interpretation, Londres, British School at Athens, 2002 (pp. 157,175,184,224-225,274,288,310-312,322-329 et 334-337), et II, Archaeological data, 1996. Cette étude souligne combien il est difficile de dater les céramiques hellénistiques et impériales et de distinguer entre les deux périodes (I, pp. 269-270, et II, pp. 91, 109,111 et 122).

[20]

Pour la région de Pylos, voir JACK L. DAVIS et alii, « The Pylos regional archaeological project : Part I », Hesperia, 66,1997, pp. 391-494, ici pp. 456-457 et 483; JACK L. DAVIS (éd.), Sandy Pylos : an archaeological history from Nestor to Navarino, Austin, University of Texas Press, 1998, pp. 160,162,183,191 et 301.

[21]

ATHANASSIOS D. RIZAKIS (éd.), Paysages d’Achaïe, I, Le bassin du Peiros et son territoire, Athènes, De Boccard, 1992, pp. 68-71; MICHALIS PETROPOULOS et ATHANASSIOS D. RIZAKIS, « Settlement patterns and landscape in the coastal area of Patras. Preliminary report », Journal of Roman archaeology, 7,1994, pp. 183-207, ici pp. 190-192 et 198-199. On notera cependant qu’une évolution différente est indiquée par K. B. PAPAGIANNOPOULOS et G. A. ZACHOS, « Entatiki epiphaneiaki erevna sti dytiki Achaia : mia alli proseggisi », in A. D. RIZAKIS (éd.), Paysages d’Achaïe, II, Dymè et son territoire, Athènes, De Boccard, 2000, pp. 139-153, ici p. 145.

[22]

S. E. ALCOCK, Graecia capta..., op. cit., pp. 48 et 237 (n. 21). Depuis, SEBASTIAAN BOMMELJÉ et JOANITA VROOM, « “Deserted and untilled lands”: Aetolia in Roman times », Pharos, 3,1995, pp. 67-130, ont confirmé la densité de sites occupés à l’époque hellénistique, qui sont pour la plupart ensuite abandonnés; rappelant la difficulté à dater la céramique, ils placent la césure entre l’époque hellénistique et l’époque romaine au début du Ier siècle avant J.-C. (pp. 69 et 82). 3

[23]

J. F. CHERRY, J. DAVIS et E. MANTZOURANI, Landscape archaeology as long-term history..., op. cit., p. 329. Pour des observations comparables à propos d’autres prospections, cf. supra, nn. 15,17 et 19.

[24]

Ce point a été relevé par S. E. ALCOCK, Graecia capta..., op. cit., pp. 49 et 237, n. 24, citant plusieurs des cas rappelés ici. Voir aussi C. MEE et H. FORBES (éds), A rough and rocky place..., op. cit., et GEORGE JR. RAPP et STANLEY E. ASCHENBRENNER (éds), Excavations at Nichoria in South-West Greece, Minneapolis, University of Minnesota Press, 1978, vol. I, pp. 95-97.

[25]

Ainsi, à Kéos, les découvertes si difficiles à dater même approximativement ont été en définitive interprétées à la lumière de la disparition de la cité de Koressos au IIe siècle avant J.-C. (cf. J. F. CHERRY, J. DAVIS et E. MANTZOURANI, Landscape archaeology as longterm history..., op. cit.). L’histoire politique et économique générale ou locale joue un rôle analogue dans la publication de la prospection de Méthana : C. MEE et H. FORBES (éds), A rough and rocky place..., op. cit., pp. 73-75 et 78-82.

[26]

Je résume le début des pp. 217-220 de Graecia capta, intitulées « Traditional and alternative chronologies » : « La période classique et le début de l’époque hellénistique (jusque environ 200 avant J.-C.) forment assurément un ensemble, de même que la fin de l’époque hellénistique et le Haut-Empire, tandis que l’époque romaine tardive apparaît à son tour comme totalement différente » (p. 218); « Un tel cadre est déterminé par des facteurs économiques et sociaux œuvrant en profondeur, au niveau de ce que les tenants de l’école des Annales appellent “conjoncture” » (p. 217).

[27]

JAKOB AALL OTTESEN LARSEN, « Roman Greece », in T. FRANK (éd.), Economic survey of ancient Rome, Baltimore, The Johns Hopkins University Press, vol. IV, 1938, pp. 259-498. 3

[28]

ROBIN OSBORNE, Classical landscape with figures, Londres, George Philip, 1987, pp. 193-196. Si la périodisation de Graecia capta rappelle celle de R. Osborne, soulignons dès à présent que S. Alcock s’écarte de celui-ci sur l’évolution des rapports entre ville et campagne et sur l’idée d’une campagne « indépendante ».

[29]

Ainsi, on trouve POLYBE, XXXVI 17,5-8, allégué dans la publication de la prospection de l’Argolide méridionale (M. H. JAMESON, C. N. RUNNELS et T. H. VAN ANDEL, A Greek countryside..., op. cit., pp. 96 et 102), comme déjà à propos de la Béotie par JOHN BINTLIFF et ANTHONY M. SNODGRASS, « The Cambridge Bradford Boeotian expedition : the first four years », Journal of field archaeology, 12,1985, pp. 123-161, ici pp. 145-146. La disparition de la cité à l’époque hellénistique est rappelée par J. BINTLIFF, « Pattern and process in the city landscapes of Boeotia from geometric to late Roman times », in M. BRUNET (éd.), Territoires des cités grecques, op. cit., pp. 15-33, ici p. 28; cf. aussi supra, n. 13.

[30]

S. E. ALCOCK, Graecia capta..., op. cit., pp. 48 et 56.

[31]

Voir en ce sens GRAHAM SHIPLEY, The Greek world after Alexander, 323-30 BC, Londres, Routledge, 2000, pp. 29-31, et ID., « Hidden landscapes : Greek field survey data and Hellenistic history », in D. OGDEN (éd.), The Hellenistic world : new perspectives, Londres, Duckworth, 2002, pp. 177-198. Pour une région à laquelle le présent bilan critique ne fait que toucher, les archipels de l’Égée, voir le tableau nuancé de l’évolution économique et de ses causes entre le IIIe siècle et l’Empire dans PATRICE BRUN, Les archipels égéens dans l’Antiquité grecque ( Ve - IIe siècles avant notre ère), Paris, Les Belles Lettres, 1996, pp. 18-25.

[32]

JOHN BINTLIFF, « Regional survey, demography, and the rise of complex societies in the ancient Aegean : core-periphery, neo-Malthusian, and other interpretative models », Journal of field archaeology, 24,1997, pp. 1-38.

[33]

S. E. ALCOCK, Graecia capta..., op. cit., pp. 58-63.

[34]

Ibid., pp. 57-58.

[35]

Ibid., p. 73.

[36]

Sur les Rhomaioi enkektemenoi, cf. S Z, « Die Niederlassung römischer OPHIA OUMBAKI Geschäftsleute in der Peloponnes », Tekmèria, 4,1998-1999, pp. 112-176, ici pp. 149-151.3

[37]

Au sujet des Rhomaioi établis dans les cités d’Orient, voir RAINER BERNHARDT, Polis und römische Herrschaft in der späten Republik (149-31 v. Chr.), Berlin, W. de Gruyter, 1985, pp. 262-265, ainsi que Rom und die Städte des hellenistischen Ostens (3.-1. Jahrhundert v. Chr.), Literaturbericht 1965-1995, Munich, R. Oldenbourg Verlag, 1998, pp. 77-78. Pour Athènes et la Béotie, voir CHRISTIAN HABICHT, Athènes hellénistique, Paris, Les Belles Lettres, 2000, pp. 376-384, SIMONE FOLLET, « Les Italiens à Athènes ( IIe siècle avant J.-C.- Ier siècle après J.-C.) », in C. MÜ LLER et C. HASENOHR (éds), Les Italiens dans le monde grec, IIe siècle avant J.-C.- Ier siècle après J.-C., Paris, De Boccard, 2002, pp. 79-88, et CHRISTEL MÜ LLER, « Les Italiens en Béotie du IIe siècle avant J.-C. au Ier siècle après J.-C. », in ibid., pp. 89-100.

[38]

Sur les tours et maisons à tour généralement datées des époques classique et hellénistique, voir D. ROUSSET, « Centre urbain, frontière et espace rural... », art. cit., pp. 59-67. Sur les villae, voir aussi le livre de D. STRAUCH, Römische Politik..., op. cit., pp. 113-124,237-238 et 252.

[39]

S. E. ALCOCK, Graecia capta..., op. cit., pp. 87-88. Ce schéma appliqué à la Grèce ne se rapproche-t-il pas du développement de l’élevage et de la transhumance en Italie à la faveur de la conquête romaine ?

[40]

Ibid., pp. 91-92 : « Roman imperialism in the rural landscape », ce qui était déjà le titre d’un article de Susan Alcock publié dans Journal of Roman archaeology, 2,1989, pp. 5-34; cf. aussi ID., « The Roman territory of Greek cities », in M. BRUNET (éd.), Territoire des cités grecques, op. cit., pp. 167-173.

[41]

« The civic landscape », pp. 93-128; « The provincial landscape », pp. 129-171.

[42]

S. E. ALCOCK, Graecia capta..., op. cit., pp. 132-145. Sur ces sujets, voir ATHANASE D. RIZAKIS, « Les colonies romaines des côtes occidentales grecques. Populations et territoires », Dialogues d’histoire ancienne, 22,1996, pp. 255-324; D. STRAUCH, Römische Politik..., op. cit., ainsi que JOHANNES BERGEMANN, Die römische Kolonie von Butrint und die Romanisierung Griechenlands, Munich, Verlag F. Pfeil, 1998. Sur les cadastrations, PANAGIOTIS N. DOUKELLIS, « Pour une approche des cadastres romains en Grèce : remarques rétrospectives », in K. ASCANI et alii (éds), Ancient history matters. Studies presented to J. E. Skydsgaard on his seventieth birthday, Rome, L’Erma di Bretschneider, 2002, pp. 101-116, ici pp. 102-106. 3

[43]

Cf. S. E. ALCOCK, Graecia capta..., op. cit., pp. 141-144. Il en va de même de l’intervention d’Auguste sur la frontière entre la Laconie et la Messénie au détriment des Messéniens partisans d’Antoine, que l’on peut également alléguer comme sanction territoriale « qui déstructure une zone ethniquement et culturellement sensible » (je cite Christian Le Roy analysant les passages de Pausanias à ce sujet dans « Pausanias et la Laconie ou la recherche d’un équilibre », in D. KNOEPFLER et M. PIÉRART (éds), Éditer, traduire, commenter Pausanias en l’an 2000, Genève, Droz, 2001, pp. 223-237, ici p. 236).

[44]

S. E. ALCOCK, Graecia capta..., op. cit., pp. 132 et 144-145.

[45]

Le développement de l’habitat groupé en ville est révélé par les prospections de Phlious et de Kéos, mais non point par celle de Thespies, comme le relevait S. Alcock (ibid., p. 97). Pour Méthana, elle indiquait, d’après des rapports provisoires, une extension du site de la ville, qui paraît au contraire avoir diminué d’après C. MEE et H. FORBES (éds), A rough and rocky place..., op. cit., pp. 72-73 et 77-78.

[46]

S. E. ALCOCK, Graecia capta..., op. cit., pp. 150-151.

[47]

Ibid., pp. 19-24 et 223. Pour la chronologie de l’imposition du tribut à la Grèce, voir ROBERT MORSTEIN KALLET-MARX, Hegemony to Empire. The development of the Roman imperium in the East from 148 to 62 B.C., Berkeley, University of California Press, 1995, pp. 59-65, selon lequel la Grèce serait devenue tributaire, non pas après 146, mais après la première guerre mithridatique.

[48]

Léopold Migeotte a souligné la continuité des pratiques financières des cités grecques de l’époque classique jusqu’à l’époque impériale dans L’emprunt public dans les cités grecques, Québec-Paris, Les Éditions du Sphinx/Les Belles Lettres, 1984, pp. 400-401, et dans Les souscriptions publiques dans les cités grecques, Genève, Droz, 1992, pp. 376-378.

[49]

ID., Échos du monde classique, 36,1992, p. 308. Voir infra en conclusion.

[50]

Cf. MAURO MOGGI, I sinecismi interstatali greci, I, Dalle origini al 338 a. C., Pise, Edizioni Marlin, 1976; LOUIS ROBERT, Villes d’Asie Mineure, Paris, De Boccard, [1935] 1962, pp. 54-66; PHILIPPE GAUTHIER, « Grandes et petites cités : hégémonie et autarcie », Opus, 6/8,1987-1989, pp. 187-202, ici pp. 195-196.

[51]

Ainsi en Grèce centrale, sur trente-sept cités connues au IVe siècle en Phocide, en Doride et dans la partie orientale de la Locride ozole, six avaient disparu au IIe siècle avant J.-C., dont quatre dès le début du siècle : voir D. ROUSSET, « Centre urbain, frontière et espace rural... », art. cit., pp. 49 et 70. De façon plus générale ou à propos de l’Asie Mineure, voir LOUIS ROBERT, Études de numismatique grecque, Paris, Collège de France, 1951, pp. 8-11 et 34-36; LOUIS ROBERT et JEANNE ROBERT, « Une inscription grecque de Téos en Ionie. L’union de Téos et de Kyrbissos », Journal des savants, 1976, pp. 153-235, ici p. 174 (repris dans Opera minora selecta, VII, pp. 297-379, ici p. 318).

[52]

Voir RAINER BERNHARDT, Polis und römische Herrschaft in der späten Republik (149-31 v. Chr.), 1985, en tenant également compte des réserves qu’a suscitées l’idée de la polis intacte jusqu’à la fin de la République; ID., Rom und die Städte..., op. cit., notamment pp. 49 et 99.

[53]

S. E. ALCOCK, Graecia capta..., op. cit., pp. 118 et 128.3

[54]

Voir YANNIS A. LOLOS, « The Hadrianic aqueduct of Corinth (with an appendix on the Roman aqueducts in Greece) », Hesperia, 66,1997, pp. 271-314.

[55]

À l’appui de cette idée, S. E. ALCOCK, Graecia capta..., op. cit., p. 247, n. 37, allègue plusieurs inscriptions, dont toutes ne révèlent pas des préoccupations économiques de la part des parties en conflit : ainsi les délimitations de Delphes à l’époque impériale, pour lesquelles je me permets de renvoyer à DENIS ROUSSET, Le territoire de Delphes et la terre d’Apollon, Paris, De Boccard, 2002. Pour la chronologie des conflits frontaliers, voir aussi ID., « Les frontières des cités grecques », Cahiers du Centre G. Glotz, 5,1994, pp. 97-126, ici p. 100 : d’après l’ensemble des sources, les différends ont été nombreux au IIIe et au IIe siècle avant J.-C., et moins fréquents sous l’Empire.

[56]

S. E. ALCOCK, Graecia capta..., op. cit., pp. 119 et 152. Voir également ID., « Pausanias and the polis: use and abuse », in M. H. HANSEN (éd.), Sources for the ancient Greek citystate, Copenhague, Munksgaard, 1995, pp. 326-344, ici pp. 335-336, sur l’idéologie de la polis.

[57]

« The sacred landscape », art. cit., pp. 172-214.

[58]

S. E. ALCOCK, Graecia capta..., op. cit., p. 180.

[59]

À propos du culte impérial, S. Alcock affirmait qu’il était caractéristique des villes, mais absent des campagnes, des montagnes et des sanctuaires de confins (Graecia capta..., op. cit., pp. 198-199). Cette localisation s’expliquerait par le rôle des élites installées dans les villes, qui se chargeaient elles-mêmes de promouvoir et de diriger le culte impérial. Ce raisonnement sur la géographie des lieux de culte prendrait peut-être quelque force s’il pouvait se fonder sur une étude complète des traces du culte impérial en Achaïe, dont je doute qu’elle confirme le caractère uniquement urbain.

[60]

Cf. ID., « Minding the Gap in Hellenistic and Roman Greece », in S. E. ALCOCK et R. OSBORNE (éds), Placing the Gods. Sanctuaries and sacred space in ancient Greece, Oxford, Clarendon Press, 1994, pp. 247-261. Pour quelques remarques sur l’évolution des sanctuaires ruraux autour de Sparte, cf. W. CAVANAGH et alii, Continuity and change..., op. cit., 2002, vol. I, pp. 309-310.

[61]

S. E. ALCOCK, Graecia capta..., op. cit., pp. 207,212 et 216.

[62]

Aussi me paraît-il difficile d’admettre que le maintien des cultes traditionnels et des sanctuaires ruraux ait représenté une forme de résistance à Rome (Graecia capta..., op. cit., p. 214). 3

[63]

Voir GRAEME BARKER et JOHN LLOYD (éds), Roman landscapes. Archaeological survey in the Mediterranean region, Londres, British School at Rome, 1991, dont une section était intitulée « The romanization of the countryside ».

[64]

Voir S. E. ALCOCK, Graecia capta..., op. cit., p. 5, ainsi que « Archaeology and imperialism : Roman expansion and the Greek city », Journal of Mediterranean archaeology, 2, 1989, pp. 87-135.

[65]

C’est ce que souligne SUSAN E. ALCOCK, « The problem of Romanization, the power of Athens », in M. C. HOFF et S. I. ROTROFF (éds), The romanization of Athens, Oxford, Oxbow Books, 1997, pp. 1-7, ici p. 3.

[66]

Voir ID., « Greece : a landscape of resistance ? », in D. J. MATTINGLY (éd.), Dialogues in Roman imperialism. Power, discourse and discrepant experience in the Roman Empire, Portsmouth, J. H. Humphrey, « Journal of Roman archaeology, Suppl.-23 », 1997, pp. 103-115, et Archaeologies of the Greek past. Landscape, monuments, and memories, Cambridge, Cambridge University Press, 2002, en particulier chap. 2, pp. 36-98 : réagissant aux changements fonciers, sociaux et territoriaux, la société provinciale se serait, sous la houlette de ses élites, retournée vers son passé, en une nostalgie qui était une stratégie destinée à préserver son identité (pp. 51 et 86).

[67]

On verra ainsi HOLLY ALANE RAAB, Rural settlement in Hellenistic and Roman Crete. The Akrotiri peninsula, Oxford, Archaeopress, 2001, qui marque les singularités de la Crète occidentale hellénistique et impériale par rapport au modèle de Graecia capta. Cf. aussi CHRISTOPHE CHANDEZON, « Les campagnes de l’Ouest de l’Asie Mineure à l’époque hellénistique », in F. PROST (éd.), L’Orient méditerranéen de la mort d’Alexandre aux campagnes de Pompée. Cités et royaumes à l’époque hellénistique, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2003, pp. 193-214, ici pp. 212-214.

[68]

Cf. S. E. ALCOCK, Graecia capta..., op. cit., par exemple pp. 7,48,58,73,92,151 et 218; I., « The Roman territory of Greek cities », in M. B (éd.), Territoires des cités D RUNET grecques, op. cit., pp. 167-173.3

[69]

Cf. ATHANASSIOS D. RIZAKIS, « Les cités péloponnésiennes entre l’époque hellénistique et l’Empire : le paysage économique et social », in R. FREI-STOLBA et K. GEX (éds), Recherches récentes sur le monde hellénistique, Bern, P. Lang, 2001, pp. 75-96, ici pp. 80-83 et 86.

[70]

Voir R. M. KALLET-MARX, Hegemony to Empire..., op. cit.

[71]

Voir PHILIPPE GAUTHIER, « Les cités hellénistiques : épigraphie et histoire des constitutions et des régimes politiques », in Actes du 8e congrès international d’épigraphie grecque et latine (Athènes 1982), Athènes, Hypourgeio Politismou, 1984, vol. I, pp. 82-107; ID., Les cités grecques et leurs bienfaiteurs, Paris, De Boccard, 1985, pp. 66-75.

[72]

Voir LÉOPOLD MIGEOTTE, « Citoyens, femmes et étrangers dans les souscriptions publiques des cités grecques », Classical views/Échos du monde classique, 36,1992, pp. 293-308, ici p. 307, et Les souscriptions publiques..., op. cit., p. 368.

[73]

Voir JEAN-LOUIS FERRARY, « Les Romains de la République et les démocraties grecques », Opus, 6/8,1987-1989, pp. 203-216, ici pp. 210-213; RAINER BERNHARDT, Rom und die Städte des hellenistischen Ostens..., op. cit., pp. 50-53 et 102-103; CLAUDE VIAL, Les Grecs de la paix d’Apamée à la bataille d’Actium, Paris, Le Seuil, 1995, pp. 88-89 et 235; PATRICE HAMON, « À propos de l’institution du Conseil dans les cités grecques de l’époque hellénistique », Revue des études grecques, 114,2001, pp. XVI-XXI. Cf. aussi, à propos de Delphes, JEAN-LOUIS FERRARY et DENIS ROUSSET, « Un lotissement de terres à Delphes au IIe siècle après J.-C. », Bulletin de correspondance hellénique, 122,1998, pp. 277-342, ici pp. 297-301.

[74]

Voir R. BERNHARDT, Rom und die Städte..., op. cit., pp. 53-56; IVANA SAVALLI - LESTRADE, « Des “amis” des rois aux “amis” des Romains. Amitié et engagement politique dans les cités grecques à l’époque hellénistique ( IIIe - Ier siècle avant J.-C.) », Revue de philologie, 72,1998, pp. 65-86.

[75]

Sur les notables, voir FRIEDEMANN QUA?, Die Honoratiorenschicht in den Städten des griechischen Ostens, Stuttgart, F. Steiner Verlag, 1993; CHRISTIAN HABICHT, « Ist eine “Honoratiorenregime” das Kennzeichen der Stadt im späteren Hellenismus ? », in M. WÖ RRLE et P. ZANKER (éds), Stadtbild und Bürgerbild im Hellenismus, Munich, C. H. Beck, 1995, pp. 87-92. Sur la notion d’élites et son usage dans l’histoire des cités grecques, voir MIREILLE CÉBEILLAC-GERVASONI et LAURENT LAMOINE (éds), Les élites et leurs facettes. Les élites locales dans le monde hellénistique et romain, Rome, École française de Rome, 2003, particulièrement les contributions de IVANA SAVALLI-LESTRADE, « Remarques sur les élites dans les poleis hellénistiques », pp. 51-64, et JEAN-LOUIS FERRARY, « Conclusions », pp. 733-740.

[76]

Sur le « lien ombilical » entre la ville et la campagne à l’époque hellénistique, voir ÉDOUARD WILL, « Le territoire, la ville et la poliorcétique grecque », Revue historique, 253,1975, pp. 297-318, ici pp. 312-318 (= Historica graeco-hellenistica, Paris, De Boccard, 1998, pp. 610-616), alléguant des exemples datant pour l’essentiel du IIIe siècle. Pour les délimitations de frontières entre cités et l’unité de la documentation du IIIe et du IIe siècle, voir les titres mentionnés supra, n. 56.

[77]

Sur les frontières, le contrôle économique et la surveillance militaire du territoire en Grèce centrale au IIe siècle, quelques références dans D. ROUSSET, « Centre urbain, frontières et espace rural... », art. cit., p. 71. 3

[78]

Voir É. WILL, « Le territoire, la ville... », art. cit., pp. 316-318; PATRICK BAKER, La défense de la cité en Ionie à la période hellénistique, Paris, Thèse de l’École pratique des hautes études, 1995; JOHN MA, « Fighting poleis of the Hellenistic world », in H. VAN WEES (éd.), War and violence in ancient Greece, Londres, Duckworth, 2000, pp. 337-376, article dans lequel est soulignée la continuité de l’idéal de défense civique à l’époque hellénistique (les sources disponibles concernent avant tout le IIIe siècle et le IIe siècle). Sur l’attachement à la patrie, cf. C. VIAL, Les Grecs de la paix d’Apamée..., op. cit., pp. 214 et 253.

[79]

FERGUS MILLAR, « Greece and Rome from Mummius Achaicus to St Paul : reflections on a changing world », in J.-Y. MARC et J.-C. MORETTI (éds), Constructions publiques et programmes édilitaires en Grèce entre le IIe siècle avant J.-C. et le Ier siècle après J.-C., Paris, De Boccard, « BCH, Suppl.-39 », 2001, pp. 1-11.

[80]

Si la question de la pérennité de la cité grecque durant l’Empire romain n’apparaît guère dans Graecia capta, S. Alcock souligne néanmoins qu’il n’y a pas trace d’une dissolution du lien entre l’asty et la chôra jusque sous le Haut-Empire, et c’est à l’époque romaine tardive qu’elle place la dissolution de la cité grecque, quand la campagne, les villages et les villae acquirent une relative indépendance par rapport à la ville (Graecia capta..., op. cit., pp. 117-118).

Résumé

Français

On considère souvent que le passage de la péninsule balkanique sous la domination romaine a transformé les cités grecques indépendantes en simples districts administratifs d’une province désormais unifiée et qu’il s’est accompagné d’une mutation dans les modes d’occupation et d’exploitation des campagnes. Il est en réalité nécessaire de réexaminer l’histoire du monde rural en s’interrogeant sur les fondements chronologiques des prospections archéologiques, et il est également possible de montrer la pérennité de la cité jusque sous l’Empire. C’est la notion même de « Grèce romaine », considérée à la fois comme un continuum spatial et une unité chronologique allant de 200 avant J.-C. à 200 après J.-C., qui est ainsi mise en question.

English

The city and its territory in the province of Achaia and the notion of “Roman Greece” It is often considered that when the Balkanic peninsula came to be under Roman dominion, autonomous Greek city states were turned into mere administrative districts of a unified province from now on, and that a change of settlement and land-use patterns occurred. It is a matter of fact necessary to reexamine the countryside’s history by questioning the chronological foundations of the archaeological surveys. Moreover, it is possible as well to pinpoint the city’s pereniality even as far as the Empire’s period. It is the very notion of “Roman Greece”, regarded at the same time as a spatial continuum and as a chronological unity lasting from 200 BC to 200 AD, which is thus challenged.

Plan de l'article

  1. L’histoire des campagnes et ses fondements chronologiques
  2. Territoires civiques, frontières et cultes dans la province d’Achaïe
  3. La « Grèce romaine »

Pour citer cet article

Rousset Denis, « La cité et son territoire dans la province d'Achaïe et la notion de " Grèce romaine " », Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2/2004 (59e année), p. 363-383.

URL : http://www.cairn.info/revue-annales-2004-2-page-363.htm


Article précédent Pages 363 - 383 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback