Annales de démographie historique
Belin

I.S.B.N.2701131006
284 pages

p. 6 à 17
doi: en cours

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Dix ans de travaux sur l'enfance

no 102 2001/2

2001 Annales de démographie historique Enfances : Bilan d'une décennie de recherche

Dix ans de travaux sur l'enfance par Véronique Dasen, Didier Lett, Marie-France Morel et Catherine Rollet

Antiquité gréco-romaine

Véronique DASEN Département des Sciences de l’Antiquité, Archéologie classique-Histoire ancienne, Université de Fribourg, 16 rue Pierre-Aeby CH-1700 Fribourg, Suisse
 
Introduction
 
 
Au cours de cette dernière décennie, l’histoire de l’enfance dans l'Antiquité gréco-romaine a connu des développements majeurs grâce à une vague importante de publications touchant des domaines très variés (parenté et pratiques sociales, droit, éducation, médecine, iconographie, archéologie…).
Plusieurs travaux précurseurs ont préparé ce remarquable foisonnement d'études. En particulier, quatre ouvrages parus en 1984 : Être enfant à Rome de J.-P. Néraudau, qui offrait un premier bilan des différentes formes de discours sur l'enfant dans le monde romain, Le mal d'être femme. La femme et la médecine dans la Rome antique de D. Gourevitch, qui proposait une réflexion renouvelée sur la gynécologie, la maternité et la puériculture à Rome, et les deux livres de H. Rühfel, centrés sur l'iconographie de l'enfant en Grèce, Das Kind in der griechischen Kunst. Von der minoisch-mykenischen Zeit bis zum Hellenismus, Kinderleben im klassischen Athen. Bilder auf klassischen Vasen.
Les historiens de Rome ont joué un rôle déterminant dans ce développement : il faut mentionner la série d'études de M. Manson relatives à l'apparition du « sentiment de l'enfance » à la fin de la République, ceux de K. Bradley, et les fructueuses recherches sur la famille et la parenté, menées notamment par M. Corbier, très tôt sensible à la nécessité d'utiliser la totalité des différentes sources disponibles [1].
Le temps de la naissance et de l’enfance est aujourd'hui reconnu comme un domaine d'étude à part entière. Les dernières éditions des grands dictionnaires classiques (Oxford Classical Dictionary, 1996 ; Der Neue Pauly, 1996-2002) lui consacrent plusieurs rubriques, et le Lexicon Iconographicum Mythologiae Classicae (LIMC 1988-1997) offre un répertoire exhaustif de toutes les enfances divines (sources écrites et iconographiques).
Pourquoi cet intérêt croissant pour l'enfance dans l'Antiquité ? Cette impulsion est liée à l'élargissement du champ de l'histoire de la famille et des femmes, soutenu par l'émergence d'une démarche comparative et pluridisciplinaire.
Pour tenter de reconstituer un vécu qui n'est perceptible qu'au travers de sources indirectes et fragmentaires, le recours à l'interdisciplinarité est indispensable. Seule la confrontation des différentes catégories de documents (littéraires, épigraphiques, papyrologiques, médicaux, iconographiques, archéologiques…) permet de saisir la pluralité des sociétés anciennes et de mettre en lumière leurs différents niveaux de réalité (juridique, institutionnel, affectif…).
La mise en parallèle d'autres périodes et d'autres cultures a permis de réexaminer en profondeur des dossiers lacunaires ou traités de manière superficielle, et d'en dégager les spécificités : la gestion de la mortalité infantile (exposition, infanticide, croyances et rites funéraires…), la mise en nourrice et les relations nourricières, l'adoption, les rites de passages… Le transfert de questionnements a aussi fait surgir de nouveaux objets d'étude : le modelage corporel du nourrisson, ses différents modes d'alimentation, les naissances gémellaires, les protections magiques…
Le contexte social des années 1980 et 1990 a contribué à ces développements. Interpellés par les mutations de la famille nucléaire traditionnelle (taux de divorce, concubinat, familles recomposées…), les historiens ont intensifié leurs recherches sur les structures familiales antiques et leur évolution. Les nouveaux défis que pose la révolution de la procréation médicalement assistée (fécondation in vitro, diagnostic prénatal, tri d'embryons…) ont rouvert le dossier de l'eugénisme. La quête de l'enfant parfait, sur mesure, incite à s'interroger sur la dimension culturelle de la normalité et à mettre en perspective le regard que pose la société sur l'enfant différent et ses parents. Les intérêts des études de « genres » se sont également déplacés. La situation problématique de la maternité dans nos sociétés occidentales (baisse du taux de natalité, conflit entre travail et maternité…), a relancé la réflexion sur la place de la mère et de la petite enfance autrefois.
En quoi consistent plus précisément les nouveaux acquis des recherches de cette dernière décennie ? Si la plupart des travaux concernent des thèmes traditionnels (histoire de l'éducation, histoire de la médecine, mythologie…), leurs méthodes et leurs questionnements ont renouvelé le champ de l'historien. À défaut de pouvoir commenter tous les travaux réalisés, je me contenterai de présenter les bilans et les pistes les plus fertiles, en distinguant quatre principaux domaines de recherches :
  1. Histoire de la famille (démographie, structure de la parenté, stratégies familiales, nourrices, exposition, jeux et éducation)
  2. Histoire de la médecine (régulation des naissances, embryologie, obstétrique, puériculture)
  3. Histoire des religions (mythologie, rites de passage, cultes et croyances)
  4. Archéologie et iconographie (rites funéraires, realia, iconographie…).
 
Histoire de la famille
 
 
Démographie
S'il est admis que le monde gréco-romain a connu un taux élevé de mortalité infantile, comme toutes les sociétés pré-transitionnelles, une évaluation plus précise de sa démographie reste conjecturale (taux de fécondité et de mortalité périnatale, espérance de vie). Malgré les limites imposées par la nature des sources disponibles (épitaphes, squelettes), plusieurs études se sont appliquées à ouvrir de nouvelles perspectives ; la valeur mathématique des modèles proposés et leurs conclusions restent controversées (Corvisier, Suder, 1996 ; Martin, 1996 ; Rawson, 1997 ; Golden, 2000 ; Corvisier, 2000 ; Scheidel, 2001).
Les travaux les plus marquants sont ceux de R. P. Saller (1994), qui a appliqué les tables de mortalité de Coale et Demeny (Coale, Demeny, Vaughan, 1983) à un large corpus d'épitaphes de Rome, d'Italie et des provinces ; il a notamment réévalué l'âge au mariage de la jeune romaine, qui devait se situer entre 16 et 19 ans (1994 ; Shaw, 1987), soit plus tard que la jeune fille grecque, mariée vers 14-15 ans (Pomeroy, 1997) ; dans la ville de Rome. Toutefois, on connaît quelques exemples de mariages d'impubères ou de femmes encore très jeunes, la tendance étant plus marquée parmi l'élite que chez les femmes vivant dans les autres régions d'Italie. Ces mariages précoces déterminent le nombre d'enfants, estimé à cinq en moyenne, dont seuls deux devaient atteindre l'âge adulte (Frier, 1999).
R. S. Bagnall et B. W. Frier (1994) ont analysé le cas particulier de la population de l’Égypte romaine en se basant sur un catalogue de plus de 300 déclarations de recensement du nome Arsinoïte et d'Oxyrrhynchos couvrant la période du ier au iiie siècle après J.-C. Leurs résultats sont-ils applicables à d'autres régions du monde romain ? B. W. Frier (1994) l'a avancé, mais c'est une opinion peu partagée (Golden, 2000). Parmi les spécificités de l'Égypte romaine, relevons la pratique du mariage de frères et sœurs qui doit avoir eu des conséquences sur le taux de mortalité infantile (Bagnall, Frier, 1994 ; Scheidel, 1996).
Quelles qu'aient été la régularité et l'efficacité des méthodes de régulation des naissances (contraception, avortement, exposition : voir plus bas), ces conditions démographiques soulèvent de nombreuses questions. Comment les femmes appréhendent-elles la maternité en des temps de forte mortalité infantile ? Quelles attitudes développentelles envers le nouveau-né ? Est-il l'objet de soins accrus ou d'indifférence ? Quel est l'impact d'une espérance de vie peu élevée sur les liens familiaux ? Les réponses varient selon les époques, les régions et les couches sociales.
Structure de la parenté – stratégies familiales
Plusieurs ouvrages proposent de nouvelles introductions à l'histoire de la famille. La notion de « modèle familial méditerranéen », dont le berceau serait en Grèce, ne prédomine plus. La famille romaine n'est plus considérée comme l'héritière de celle d'Athènes dont les particularités sont soulignées (exogamie romaine/endogamie grecque, système patrilinéaire plus ou moins strict…).
Monde grec
La plupart des auteurs abordent le sujet de manière diachronique (Pomeroy, 1997 ; Cox, 1998 ; Patterson, 1998) et s'attachent à discerner l'évolution des structures familiales entre l'époque archaïque et hellénistique. D'autres privilégient la longue durée et adoptent une approche synchronique (Rubinstein, 1993). L'étude pénétrante de M. Golden (1990) explore ainsi les relations horizontales des différents membres de la famille athénienne de l'époque classique : frères et sœurs, parents, grands-parents et enfants, en recourant aux modèles d'autres sociétés pour tenter d'éclairer les zones d'ombre (attachement parental et mortalité infantile, la pratique de l'exposition ; voir plus bas).
Le pessimisme exprimé par S. Pomeroy (1998) sur l'intérêt des auteurs tragiques, de la Comédie nouvelle et de la mythologie comme source d'informations sur les rapports parents-enfants est contredit par l'utilisation convaincante qu'en font plusieurs historiens (p. ex. Golden, 1990 ; Strauss, 1993 ; Alaux, 1995 ; Auger, éd., 1995 ; Médée et la violence, 1996 ; Patterson, 1998).
Stimulés par les avancées des historiens du monde romain, de nouveaux centres d'intérêts sont apparus. Une série de travaux approfondissent une forme de parenté déterminée : les enfants illégitimes (Ogden, 1995, 1996, 1997), les naissances gémellaires (Frontisi-Ducroux, 1992 ; Dasen, 1995a et b, 2001, 2002 ; voir plus bas), l'adoption (Rubinstein, 1993 ; Leduc, 1998), la circulation des enfants (Bremmer, 1999).
Parmi les pistes à explorer, signalons que le dossier des nourrices n'a pas encore fait l'objet d'une véritable étude d'ensemble. L'approche prometteuse de H. Rühfel (1988) n'a pas été développée. L'article de S. Vilatte (1991) n'est centré que sur les sources écrites (littérature, mythologie), et l'étude richement documentée de H. Schulze (1998) n'examine que l'iconographie (vie quotidienne, mythologie), qui ne constitue pas un reflet fidèle de la réalité sociale.
Faute de sources, les structures familiales des autres cités grecques ne sont encore que ponctuellement explorées : Thèbes (Fossey, 1993), Gortyne (Patterson, 1998). Le cas de Sparte est surtout abordé pour les particularités de son système éducatif (French, 1997 ; Cartledge, 2001), et la pratique de l'eugénisme (voir plus bas). Relevons aussi la piste évoquée par P. Cabanes (1998) à propos du sort de la mère affranchie sous condition de fournir son prochain nouveau-né à son ancien maître. Des obligations encore mal étudiées pour le monde grec, comme le sont aussi les destins des enfants de métèques.
Monde romain
Au cours des deux dernières décades, les études sur la famille romaine se sont multipliées dans des directions très diverses. À côté de premiers bilans généraux (p. ex. Dixon, 1988 ; Gardner, Wiedemann, 1991 ; Garnsey, 1991 ; Fayer, 1994 ; Veyne, 1991), des travaux approfondis ont porté sur les aspects juridiques et institutionnels de la famille (mariage, divorce : Treggiari, 1991a, b ; adoption : Corbier, 1991a, b, c et 1999b, c ; Kunst, 1996 ; Lindsay, 1998a, b et 2001 ; les enfants illégitimes : Rawson, 1989 ; Arjava, 1998b ; Arends Olsen, 1999).
Les trois colloques organisés par B. Rawson (Rawson éd., 1986, 1991 ; Rawson, Weaver, 1997) ont marqué les progrès d'une approche interdisciplinaire qui a élargi et renouvelé la lecture des sources traditionnelles. Les textes juridiques nous avaient transmis l'image d'une famille dominée par un paterfamilias omnipotent, régnant sur une famille multigénérationnelle. Cette image a maintenant laissé la place à une variété de modèles familiaux différenciés dans l'espace et le temps. Attentif aux spécificités régionales, le champ d'investigation de l'historien a passé de Rome à l'Italie (Gallivan-Wilkins, 1997), puis aux provinces : l'Afrique romaine (Hobson, 1989 ; Morizot, 1989 ; Colloque de M. George, 2001), la Gaule romaine (Coulon, 1994a, 1995)… On assiste maintenant au transfert de ces questionnements pour l'époque chrétienne (Huskinson, 1993 ; Grubbs, 1995 ; Moxnes, 1997 ; Nathan, 1999 ; Nielsen, 2001).
Les travaux de R. P. Saller (1994, 1997) ont remis en question le modèle familial polynucléaire en se basant sur le témoignage des épitaphes qui mettent en jeu essentiellement les relations conjugales et les relations parents/enfants (voir aussi Rawson, 1997b). Mais ses conclusions sont controversées. M. Corbier (1998) a montré qu'elles dépendent du poids que l'on donne au matériel épigraphique, et qu'il ne faut pas oublier le cercle plus large de la parenté.
Parmi les nouveaux thèmes abordés, les recherches sur l'expression des liens affectifs se sont intensifiées (p. ex. Bradley, 1991a, 1994b, 1998a, 1999 ; Dixon, 1991 ; Eyben, 1991). Le choix du vocabulaire des épitaphes, au-delà de leur aspect conventionnel, permettent de saisir des sentiments personnels (Corbier, 1998 ; McWilliam, 2001), comme l'usage de dulcissimus pour le jeune enfant, et de piissimus et pientissimus exprimant le lien de la pietas unissant le filius à ses parents directs (Saller, 1994 ; Nielsen, 1997, 1999, 2001).
Relations nourricières - éducation
K. Bradley (1986, 1991a et b, 1994b, 1998a), suivi par plusieurs historiens (Dixon, 1988 ; Nielsen, 1989 ; Corbier, 1998, 1999a, b, c) s'est plus particulièrement intéressé aux personnes qui forment une communauté parentale autour de l’enfant sans être ses parents biologiques. Bradley reconnaît en eux le centre de gravité de la famille romaine, assurant sa stabilité en dépit du taux élevé de divorces, de morts prématurées et de remariages (voir aussi Wiedemann, 1989). H. S. Nielsen (1989) et K. Bradley (1991a) ont analysé l'usage des termes affectifs Mamma et Tata que les grammairiens attribuaient aux parents, et démontré que ces termes désignaient en réalité les parents nourriciers.
D'autres recherches ont approfondi l'analyse du vocabulaire lié aux fonctions d'alimentation et d'éducation. Plusieurs travaux ont ainsi porté sur la notion d'alumnus (Bellemore, Rawson, 1990 ; Nielsen, 1987, 1999 ; Corbier, 1999a, c), longtemps assimilé à un enfant abandonné puis recueilli. La réalité est plus complexe. Le terme semble avoir désigné les différentes catégories d'enfants élevés par des personnes qui ne leur sont pas apparentées par le sang (orphelin, enfant abandonné, esclave).
M. Corbier a livré des synthèses détaillées sur le système romain d'adoption et la pratique de la mise en nourrice (1999a, c, 2001), dont la grande valeur repose sur la gamme étendue des sources utilisées ainsi que sur la maîtrise du matériel comparatif (voir aussi Lindsay, 2001). Elle a notamment démontré les spécificités de la mise en nourrice romaine, qui n'était pas synonyme de désintérêt pour l'enfant. Dans les milieux aisés, l'enfant n'était pas écarté du foyer familial. Quoique la nourrice soit de statut servile, les liens affectifs créés se poursuivaient bien après l’enfance.
Autres catégories d'enfants
Les recherches s'intéressent aussi au statut juridique et à la position sociale d'autres catégories d'enfants, comme les enfants illégitimes (Rawson, 1989 ; Arjava, 1998b ; Arends Olsen, 1999), les enfants d'affranchis ou de mariages mixtes (Weaver, 1986, 1991, 1997 ; Chastagnol, 1998), les enfants esclaves (Bradley, 1994a ; Herrmann-Otto, 1994), parfois dénommés deliciæ quand ils étaient particulièrements chers à leur maître (Nielsen, 1990).
En cours, signalons les travaux sur la place des enfants dans l'espace domestique (Wallace-Hadrill, 1991 ; George 1997), la poursuite d'une réflexion sur le travail des enfants (Bradley, 1991a ; Petermandl, 1997), ainsi que l'ouvrage en préparation de M. Corbier « Pouvoir, parenté, patrimoine. La reproduction des élites dans la Rome ancienne ».
Jeux, éducation
Quelques études d'ensemble méritent d'être relevées, notamment le catalogue de Marseille Jouer dans l’Antiquité (1991) qui comprend les articles de plusieurs spécialistes de l'enfance (M. Manson, J.-P. Néraudau), et l'ouvrage richement illustré de M. Fittà (1998).
Si les jeux enfantins, entre divertissement et rites de passage, pourraient faire l'objet d'analyses anthropologiques plus poussées (Capdeville, 1988 ; Wiedemann, 1989 ; Golden, 1992 ; Freyburger-Galland, 1997 ; Reilly, 1997 ; Larson, 2001), le contenu et les valeurs de l'éducation proprement dite ont été bien explorées. Mentionnons les recherches de T. Morgan (1998, 1999) sur le processus de socialisation de l’enfant et sa transformation en membre de l’élite, basée sur l'examen des valeurs contenues dans l’éducation rhétorique. Stanley (1991) cherche à mesurer l'étendue de l’influence romaine en Hispanie par le réseau des écoles, tandis que G. Coulon se préoccupe des spécificités de l'enseignement en Gaule romaine (Coulon, 1998 ; voir aussi Bérard, 1998 ; pour l'Égypte romaine, Cribiore, 1996 ; Tait, 1997).
L’exposition
Parmi les pratiques spécifiques au monde antique, l'exposition des nouveau-nés a fait l'objet de plusieurs réflexions importantes. Un thème délicat qui offre l'occasion de réfléchir à la valeur accordée à l'enfant, et à la nature de l'attachement parental.
On a longtemps affirmé que cette pratique avait connu de fortes variations : faible dans l'Athènes classique, elle aurait été élevée à l'époque hellénistique. On se refuse aujourd'hui à cautionner cette hypothèse (Sallares, 1991 ; Gallant, 1991 ; Brulé, 1992 ; Corvisier, 2000). On ne pourra probablement jamais quantifier le nombre d'enfants touchés, mais des variations saisonnières selon les époques et les régions sont probables (Garnsey, 1991 ; Gallant, 1991 ; Golden, 1997).
Longtemps débattue, l'élimination des filles n'est par contre plus contestée. Les recherches de M. Golden (1988, 1990) ont montré qu'elle pouvait se pratiquer de manière indirecte, par manque de soin (Aristote ne dit-il pas que les filles ont moins besoin de nourriture ?). C. Dauphin (1996) a présenté un exemple possible de situation inverse : les égouts d'un bordel (?) à Ashqelon en Palestine (ive-vie siècle) ont livré les restes de plus de 100 nouveau-nés essentiellement de sexe masculin.
Les enfants exposés pouvaient être recueillis ; ils ont même pu constituer une source non négligeable d'esclaves dont la docilité devait être appréciée, souligne R. Motomura (1988 ; contra : peu d'enfants survivent : Corvisier, 2000).
Les variations des sources ne sont pas synonymes d'une réelle augmentation du phénomène.
Utilisant une méthode comparative, M. Golden (1990) a beaucoup insisté sur la nature apparente de la contradiction entre exposition et attachement parental. Il a justement relevé que le recours possible à l'avortement n'est pas synonyme du refus de fonder une famille. Au contraire, la pratique de l'exposition pourrait être le signe du souci d'offrir les meilleures conditions possibles à une progéniture choisie, comme Polybe lui-même l'affirme (36.17.5) (Garnsey, 1991 ; Saller, 1994 ; Golden, 1997 ; Bradley, 1998b).
L'enfant malformé constitue une catégorie particulière d'enfants exposés. Ce sujet a suscité une vague de recherches sur la notion culturelle de norme (Garland, 1995 ; Edwards, 1996 ; Dasen, 1993, 1999). L'existence d'enfants ayant été élevés en dépit de leur handicap témoigne de cette relativité (Dasen, 1988, 1990, 1993 [nanisme], 1997b [hémimélie] ; Gourevitch, 1991 [surdité]).
La notion de culpabilité des parents ne s'affirme que dans la tradition judéo-chrétienne (Congourdeau, 1995). Dans le monde gréco-romain, Garland (1995) a montré que les motifs varient selon les régions : en Grèce tantôt économiques ou eugéniques, religieux dans la Rome républicaine. Même alors, la naissance de l'enfant malformé est un prodige qui manifeste la colère des dieux envers la communauté ; l'enfant est rituellement mis à mort mais les parents ne sont pas inquiétés (Brisson, 1997).
L'exemple des noms copronymes illustre bien l'apport de l'anthropologie à l'étude de l'Antiquité. On a longtemps affirmé qu'une catégorie particulière de noms de l'Égypte romaine, Kopreus et ses variantes (Kopreias, Koprias, Kopreas, Kopres…), devaient être rapprochés de kopros, « fiente, fumier », et désignaient les enfants exposés sur le tas d'immondices (p. ex. Motomura, 1988). Hobson (1989) et Masson (1996) ont trouvé une nouvelle explication plus satisfaisante grâce à la mise en parallèle de pratiques anthropologiques ; selon toute vraisemblance, ces noms devaient servir à écarter les esprits maléfiques tenus responsables de la forte mortalité infantile. Cet usage est connu dans de nombreuses cultures ; le président ivoirien Houphouët-Boigny, portait ainsi le sobriquet « Houphouët » signifiant « balayure à jeter » afin de neutraliser toute puissance malfaisante.
 
Histoire de la médecine
 
 
Autour des travaux de D. Gourevitch a émergé une réflexion élargie sur l'histoire de la gynécologie et de la puériculture, soutenue par le développement de l'histoire du corps et des femmes (p. ex. Pomeroy éd., 1991 ; Demand, 1994 ; Blundell, 1995, Reeder, éd., 1995 ; King, 1990, 1998 ; Hanson, Flemming, 1998).
Embryologie, obstétrique
La publication aux Belles-Lettres (Burguière, Gourevitch, Malinas, 1988-1994) de la traduction française, richement annotée, du traité des Gynaecia de Soranos d'Éphèse (iie siècle) a rendu accessible à un public élargi une somme capitale pour l'histoire de la maternité et de la petite enfance. Le livre II est entièrement consacré à l'accouchement et aux soins du nouveau-né. L'auteur y décrit avec minutie les premières heures de la vie de l'enfant, du test de viabilité auquel le soumet la sage-femme, aux premiers soins (bain, massages, emmaillotement) ; son exposé s'achève à l'époque du sevrage, situé vers l'âge de deux ans (Gourevitch, 1989).
Plusieurs études examinent les différents regards, médical, juridique, magico-religieux, portés sur l'enfant à naître, de l'art de concevoir un garçon (Hanson, 1992 ; Congourdeau, 1992) aux protections médico-magiques entourant la grossesse (Aubert, 1989 ; Hanson, 1995b ; Spier, 1993 ; Gaillard-Seux, 1998 ; Baggieri éd., 2000 ; Vons, 2000 ; Dasen, sous presse), et à la définition de son statut d'être humain (Balme, 1990 ; Congourdeau, 1997, 2000).
D. Gourevitch a finement analysé les éléments qui conditionnent la bonne santé du nouveau-né : l'état psychique de la femme enceinte (les impressions maternelles : Gourevitch, 1987), l'âge de la future mère (Gourevitch, 1990a ; 1996), la bonne conduite de la grossesse (1995), sans oublier la formation de la sage-femme (Gourevitch, 2000a ; Demand, 1994). Il faut aussi que l'enfant naisse à un âge gestationnel adapté ; A. E. Hanson a montré comment la croyance en l'existence des deux cycles de grossesse (7 ou 9 mois), avait fourni une explication à la forte mortalité périnatale ; l'enfant de huit mois, né prématurément avant l'accomplissement du cycle de 9 mois, était jugé non viable (Hanson, 1987 ; Parker, 1999).
Les techniques obstétriques présentées par Soranos ont sans doute permis de sauver la vie de nombreux enfants, en particulier grâce à la version in utero (Bonnet-Cadilhac, 1988, 1995). Dans les cas désespérés, on tentait de sauver la vie de la mère en sacrifiant celle de l'enfant par le recours à la terrible embryotomie consistant à découper l'enfant prisonnier du corps maternel. D. Gourevitch et Y. Malinas ont réexaminé ce dossier à la lumière de la découverte exceptionnelle du squelette mutilé d'un fœtus à terme dans une nécropole du ive siècle en Grande-Bretagne (Gourevitch, Malinas, 1996). La césarienne, si elle fut pratiquée, n'a pu être effectuée que sur le corps d'une femme morte (Schäfer, 1999).
Puériculture
La littérature pédiatrique antique n'est pas abondante. J. Bertier (1996) et Chr. Hummel (1999) en ont dressé un bilan pour l'époque romaine impériale. L'ouvrage de D. Gourevitch (2001) étudie la clientèle de Galien à la lumière de la paléopathologie contemporaine.
La santé du nourrisson était jugée étroitement liée à la qualité du lait de la mère ou de la nourrice. D. Gourevitch a analysé la terminologie relative aux biberons et tire-laits antiques et en a dressé une typologie (1991a, 1992b, 1997, 1998b, 2000b). Ses travaux ont ouvert la voie à des recherches encore peu développées sur l'alimentation du petit enfant (lait humain, lait animal : Gourevitch, 1990b, 1995c). L'inventaire des biberons romains est peu à peu complété (Coulon, 1994 ; Agustoni, 1999) ; le sujet commence à intéresser les spécialistes du monde grec (Hillert, 1997 ; Collin-Bouffier, 1999).
Parmi les premiers soins donnés à l'enfant, signalons l'intérêt des études sur le modelage corporel du nouveau-né. Ce façonnage, soigneusement décrit par Soranos (vol. II, 1990), devait humaniser et embellir l'enfant (Gourevitch, 1989 et 1995a ; Holman, 1997 ; Coulon, 1998 et sous presse). Cette explication est corroborée par les recherches sur la catégorisation de l'enfance et de l'animalité chez les philosophes et médecins antiques (Golden, 1990 ; Coles, 1997 ; Atherton, 1998).
Les comparaisons anthropologiques ne sont pas encore toutes exploitées. Dans de nombreuses cultures, les premiers soins (bain, modelage corporel) correspondent à des croyances que l'on saura peut-être un jour identifier pour le monde antique (p. ex. protéger le corps de l'enfant des attaques du monde invisible, l'imprégner de son appartenance à un clan…). Pour progresser, cette réflexion devrait aussi pouvoir s'appuyer sur des recherches ostéo-archéologiques, encore très rares, notamment sur l'éventuelle pratique du modelage crânien dans le monde classique.
Quelques études concernent le sort du nouveau-né faible, malformé ou malade (Bien, 1997 ; Grmek, Gourevitch, 1998 ; Gourevitch, 1998a ; Garland, 1995 ; Dasen, 1988, 1990, 1993, 1997b, 1999).
Relevons encore les travaux de H. King (1998 ; Hanson, Flemming, 1998) qui portent sur le temps de la puberté à la sortie de l'enfance.
 
Histoire des religions
 
 
Mythologie et littérature
Les recherches de S. I. Johnston, croisant philologie et anthropologie, ont approfondi le domaine peu accessible des croyances aux démons croque-mitaines (Johnston, 1995, 1997, 1999 ; Mc Donough, 1997), et mis au point les rapports complexes de l'enfance et de l'occulte (2001). Ses conclusions complètent les diverses recherches relatives aux protections magiques dont on entourait le jeune enfant dans l'Antiquité (Palmer, 1989 ; Spier, 1993 ; Sorlin, 1991 ; Dasen, sous presse).
La plupart des travaux sur le thème des enfances divines s'inscrivent dans le cadre traditionnel des recherches sur la littérature et la mythologie ; ils sont d'ordinaire consacrés à un personnage légendaire (Héraclès, Erichthonios…) ou une divinité particulière (Auger dir., 1995 ; Motte, 1996 ; Baudy, 1998 ; Beaumont, 1995, 1998). Une série d'études ont abordé la catégorie particulière que forment les naissances gémellaires en Grèce (Frontisi-Ducroux, 1992 ; Dasen, 1995a, b, 1997a, 1998) et à Rome (Mencacci, 1996 ; Meurant, 1998, 1999a-c, 2000a, b).
Rites de passage et cultes
Les rites de passage qui ponctuent les différents âges de l'enfance sont encore relativement peu explorés. L'ouvrage collectif de M. W. Padilla (1999) offre une synthèse préliminaire pour la Grèce. Des travaux isolés analysent un rite particulier : les Anthestéries des petits Grecs de trois ans (Hamilton, 1992 ; Ham, 1999), les Arkteia et autres rites liés à Artémis des fillettes (Scanlon, 1990 ; Bruit Zaidman, 1990 ; Larson, 2001), le lusus Trojae des jeunes Romains (Capdeville, 1988 ; Freyburger-Galland, 1997).
Parmi les remises en question, T. Köves-Zulauf (1990, 1-92) a démontré que le fameux rite du soulèvement de terre du nouveau-né par le père à Rome (tollere liberos), ne doit pas être compris comme un acte réel mais symbolique.
Les enfants étaient très tôt associés à la vie de la cité, grecque ou romaine, par la participation aux cultes publics et privés (Golden, 1990). R. Hägg a consacré son dernier colloque à ce thème en Grèce, un sujet encore quasi inexploré pour Rome.
 
Archéologie et iconographie
 
 
Archéologie
L'intérêt des historiens pour la petite enfance est encouragé par les nouveaux acquis des archéologues et de leurs fouilles dont les techniques sont de plus en plus sophistiquées (analyses ADN, détermination du sexe et de l'âge lunaire d'un nouveau-né…). Les sépultures de nouveau-nés et d'enfants constituent une source d'information particulièrement riche, qu'il s'agisse de trouvailles provenant de nécropoles ou d'habitats (de la Genière, 1990 ; Berger, 1993 ; Gebara, Beraud, 1993 ; Prohászka, 1995 ; Coulon, 1997 ; Taylor, 1997 ; Martin-Kilcher, 2001). Le soin et la composition du matériel funéraire témoignent de l'attachement envers les enfants, même en très bas âge.
Parmi les découvertes faites hors des nécropoles, signalons que certaines pourraient se rapporter à la pratique de l'exposition, voire à l'infanticide des nouveau-nés (Berger, 1993 ; Struck, 1993 ; Mays, 1993 ; Dauphin, 1996 ; Soren, 1997 ; Scott, 1999). D'autres témoignent de pratiques funéraires spécifiques aux enfants. La publication du complexe de potiers de Sallèles d'Aude en Gaule Narbonnaise (Duday, Laubenheimer, Tillier, 1995) a offert un premier bilan bien documenté sur la coutume d'enterrer les bébés dans les habitations (ier-iiie siècles). Les fouilles du quartier artisanal ont en effet révélé les corps de quinze bébés inhumés le long des murs d'une pièce. Ce rituel existait déjà à l'époque pré-romaine, comme en témoignent des trouvailles de l'âge du fer en Languedoc (vie-ier siècles av. J.-C.) (Gebara, Beraud, 1993 ; Coulon, 1997 ; Martin-Kilcher, 2001).
La majorité des études actuelles se rapportent au monde romanisé. Les travaux relatifs au monde grec sont encore rares et traitent surtout des époques mycénienne et géométrique (Gates, 1992 ; Haentjens, 1999).
Iconographie
L'iconographie représente une autre voie prometteuse mais encore relativement peu empruntée. À de rares exceptions près (Coulon, 1994a, 1995 ; Dasen, 1993 ; Gourevitch, 1992 ; Grmek, Gourevitch, 1998 ; Rawson, 1997a, c ; Zanker, 2000), les historiens de l'Antiquité y prêtent peu d'attention.
Grèce
Aucune étude d'ensemble n'a remplacé les ouvrages de H. Rühfel (1984). Quelques catalogues réunissent des corpus de documents déterminés, comme les offrandes de Sidon et de Chypre (Stucky, 1993 ; Beer, 1987, 1994) ou la collection des sculptures d'Athènes (Raftopoulou, 2000).
La plupart des recherches ont mis en lumière l'inégalité du traitement des sexes dans l'iconographie. Les petites cruches des Anthestéries et les ex-voto de Chypre et de Sidon ne figurent pratiquement que des garçons (Stucky, 1993 ; Beer, 1987, 1994 ; Ham, 1999). Ce décalage se retrouve sur le plan mythologique. L. Beaumont (Beaumont, 1995, 1998) a expliqué l'absence de l'image du bébé féminin (Athéna, Pandore, Aphrodite, naissent adultes…) par la force du préjugé concernant l'infériorité féminine ; une déesse ne saurait ajouter à l'imperfection de son sexe les faiblesses du bébé. Cette inégalité ne se retrouve pas sur les stèles funéraires. M.-T. Le Dinahet (2001) a trouvé des témoignages d'affection envers les enfants des deux sexes sur les stèles déliennes de l'époque hellénistique.
Si l'iconographie de l'enfant en Grèce n'a pas beaucoup progressé, celle de la maternité a connu des développements importants. Plusieurs chercheurs se sont interrogés sur la rareté du motif de l'enfant allaité par sa mère en Grèce, alors qu'il abonde dans le monde italique, étrusque et gallo-romain (Bonfante, 1997 ; Dasen, 1997c ; Burn, 2000). L. Bonfante (1997) propose diverses raisons, sociales et religieuses : d'une part, l'allaitement étant la tâche d'une nourrice de statut servile, cet acte est perçu comme primitif, barbare, d'autre part dans le monde étrusco-italique, mais aussi celtique, les déesses-mères occupent une place d'une importance inconnue dans la religion grecque. L'enfant y est élevé par un personnage kourotrophe, mais qui n'est pas sa mère (Vilatte, 1991 ; Motte, 1996), à l'exception de Léto et Déméter.
Des études novatrices concernent l'iconographie de l'enfant dans le monde romain. J. Huskinson (1993) et S. Dimas (1998) ont rassemblé un corpus exhaustif des représentations funéraires d'enfants (sarcophages, cippes…) dont elles ont analysé le symbolisme. B. Rawson (1997a), J. Huskinson (1997) et M. George (2001) se sont intéressées à la signification des portraits d'enfants, liés à l'émergence de la classe des affranchis, dont la descendance symbolise la réussite et les ambitions sociales. Autre démarche prometteuse : P. Zanker (2000) et S. Currie (1996) ont mis en lumière l'utilisation de l'enfant au service de la propagande impériale sur les monuments officiels (Ara Pacis, la colonne Aurélienne, arc de Trajan). Ces thèmes offrent des perspectives très riches ; plusieurs études sont sous presse ou en préparation sur l'iconographie de l’enfance à Rome (B. Rawson ; J. Mc William, thèse en cours à Cambridge).
 
Le « sentiment » de l'enfance : rupture ou longue durée ?
 
 
L'étude pionnière de H. Herter en 1927 [2] (reprise dans Herter, 1993) a longtemps influencé les historiens. H. Herter affirmait, sur la base de la littérature et de l'iconographie, qu'une nouvelle sensibilité envers l'enfant avait émergé à l'époque hellénistique. Cette transformation des mentalités semble être corroborée par d'autres sources, comme l'intérêt des médecins hellénistiques pour la physiologie enfantine (Bertier, 1990).
Dans la lignée des travaux de Ph. Ariès, de nombreux historiens ont tenté de préciser le moment où seraient apparus des comportements différenciés envers l'enfant comme individu (par exemple Manson : supra note 2).
Les études de cette dernière décade ont remis en question les périodes conventionnellement associées à ces changements, l'époque hellénistique pour la Grèce, la fin de la République pour Rome. Aux vie et ve siècles av. J.-C. déjà, loin d'être marginalisé, l'enfant occupe une place spécifique dans l'iconographie (Ham, 1999 ; Beaumont, 1995, 1998), même si leurs proportions physiques ne sont pas toujours rendues de manière réaliste (Vollkommer, 2001). Plus ancien encore, le personnage homérique d'Astyanax n'est-il pas le véritable premier enfant de la littérature occidentale (Golden, 1997, 180 ; Ingalls, 1998) ? Chaque époque semble avoir connu un « sentiment » de l'enfance que les lacunes et la disparité des sources ne nous permettent pas de discerner clairement. Ce qui apparaît comme une transformation des mentalités pourrait n'être que le produit de l'évolution des genres littéraires et artistiques. L'idylle permet ainsi à Théocrite d'évoquer l'enfance sur un ton nouveau qui ne reflète pas nécessairement un changement des mentalités (Golden, 1990 et 1992, 1997).
Les insuffisances des sources sont difficiles à combler. Notre image de l'enfance d'autrefois est d'abord celle de l'élite, vivant dans des agglomérations (Athènes, Sparte, Rome). L'étude de domaines particuliers, tels les jeux et les animaux de compagnie (Jouer dans l’Antiquité, 1991 ; Järvinen, 1997 ; Bradley, 1998b ; Fittà, 1998), les rêves (Bradley, 2001), les graffiti (Coulon, sous presse) ouvrent de nouvelles perspectives sur le vécu de l'enfant. Toutes les pistes n’ont pas été explorées. En témoigne le nombre de colloques et d’expositions en préparation ou dont les actes sont sous presse (R. Hägg, 1999 ; M. George, 2001 ; V. Dasen, 2001 ; J. Neils-J. Oakley, 2003).
Pour leurs précieuses remarques et suggestions, nous tenons à remercier Jean-Baptiste Bonnard, Mireille Corbier, Ann Ellis Hanson, Janet Huskinson, Helen King, Jennifer Neils, et tout particulièrement Mark Golden et Danielle Gourevitch.
 
NOTES
 
[1] M. Corbier dirige le programme « Famille et parenté. Amitié, patronage et sociabilités », dans le cadre de l'unité du CNRS (USR 710 L'Année épigraphique) et donne sur le même thème un cours de DEA depuis 1985 au Département d'anthropologie de l'Université Paris 8.
[2] Herter, Hans (1927), “Das Kind im Zeitalter des Hellenismus”, Bonner Jahrbücher, 132, 250-258.
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