La paléodémographie : bilan et perspectives
Luc Buchet
Isabelle Séguy
La recherche des grandes caractéristiques démographiques des
populations anciennes, fondée sur l'étude de squelettes issus de sites
archéologiques, s'est heurtée à de nombreux obstacles. Les paléodémographes ont
tenté, rarement d'une même voix, de les contourner par des adaptations
méthodologiques ou des innovations.
La publication d'ouvrages, la tenue de tables rondes et de
colloques témoignent à l'heure actuelle du regain de vitalité de cette
discipline. Il était donc intéressant de faire le point, tant sur les sources
et les outils, que sur les grandes directions suivies naguère par la
paléodémographie et les pistes qu'elle emprunte aujourd'hui, en France comme
l'étranger.
L'évolution de la discipline a été marquée par une longue
polémique transatlantique concernant le problème posé par l'estimation de l'âge
au décès des adultes. La validité des résultats présentés par les
paléodémographes dépend de l'exactitude des données utilisées. Or, quel que
soit l'indicateur utilisé, l'âge au décès estimé est toujours assorti d'une
encombrante marge d'erreur. Pour contourner cette difficulté, des
paléodémographes français ont proposé, il y a 20 ans, de travailler sur l'âge «
collectif » et non plus sur l'âge individuel. Leur méthode probabiliste,
adoptée par la plupart des paléodémographes européens, n'a pas la faveur de
leurs collègues américains.
Le présent bilan propose une analyse critique des diverses
méthodes, examine les adaptations éventuellement proposées et dénonce des
utilisations parfois abusives. La démonstration de l'impossibilité de donner un
âge exact à partir d'un quelconque caractère osseux étant faite, les auteurs
apportent ici quelques compléments à des méthodes existantes et poursuivent
leurs recherches dans une approche probabiliste.
En reconnaissant les imperfections du document anthropologique
sur lequel elle se fonde et en définissant clairement ses limites, la
paléodémographie peut apporter des informations originales là où les méthodes
traditionnelles de la démographie ne permettent pas d'aller. Les nouvelles
approches méthodologiques développées devraient permettre de tirer profit de
l'important corpus de données mis à disposition par les
anthropologues.
The search for major demographic characteristics of Ancient
populations based on studies of skeletons extracted from archeological sites
has encountered a number of obstacles. Paleodemographers have attempted (though
rarely together) to avoid these problems through methodological adaptations or
innovations. The recent publication of books, round table meetings, and
conferences underline the renewed vitality of this discipline, thus rendering
an evaluation of sources, tools, as well as past and previous hypotheses
adopted by paleodemographers in France and abroad all the more
interesting.
First and foremost, the evolution of this discipline has been
shaped by a longstanding transatlantic debate relative to the issue of
estimating the age of death of adults. The validity of results presented by
paleodemographers depends on the precision of data used. However, no matter the
indicator, the estimated age of death is always accompanied by a troublesome
margin of error. To avoid this difficulty, French paleodemographers proposed,
twenty years ago, to work from a "collective age" and no longer from an
individual age. Their statistical method, adopted by most European
paleodemographers, is refused by American colleagues.
This article offer a critical analysis of diverse methods used,
examines proposed adaptations, and denounces abusive practices. In so
demonstrating the impossibility of attributing an exact age based on any type
of bone characteristic, the authors contribute complementary evidence to
existing methods and pursue their research from a statistical
approach.
In recognizing the imperfections of the anthropological document
it is grounded in, and clearly defining its limits, paleodemography may provide
original information there where traditional demographic methods can not
venture. New methodological approaches should benefit from the important corpus
of data provided by anthropologists.
• Définition du champ d'étude
• Les outils du paléodémographe
— Les sources
— Les méthodes de détermination du sexe et de l'âge
• L'approche paléodémographique : évolution de la discipline
— Les premières tentatives
— Les premières ambitions paléodémographiques, des années 1920 aux
années 1970
— Le miroir aux alouettes (1970-1982)
— Le tournant méthodologique : l'école française à partir des
années 1970
— Une longue polémique transatlantique (1982-1992)
• Les écueils à contourner et les hypothèses fortes qu’ils
sous-tendent
— La non-exhaustivité des sources
— La représentativité de l'échantillon
— Les problèmes liés aux méthodes de détermination de l'âge et du
sexe
— Les hypothèses sous-jacentes en paléodémographie
• Les solutions proposées : présentation, limites et
utilisations
— La population de référence « standardisée »
— La méthode des « vecteurs de probabilités »
— La méthode des « estimateurs »
— L'âge moyen au décès des adultes et les « nouveaux estimateurs
»
• La paléodémographie aujourd'hui et ses perspectives
— Les grands courants de la paléodémographie aujourd’hui
(1992-2001)
— Perspectives paléodémographiques : nouvelles propositions
• Conclusion
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