La communauté juive de France et la Grande Guerre
Philippe-E. Landau
Même si la communauté juive forte de 180 000 âmes n'est pas
homogène à la veille de la Grande Guerre (puisqu'elle compte près de 16 %
d'immigrés et moins de 40 % d'israélites algériens, tout en étant traversée par
divers courants philosophiques et politiques), elle partage une valeur du
patrimoine républicain : le patriotisme. Lorsque la guerre éclate, réitérant
avec plus de convictions l'enthousiasme de 1870 car profondément marqués par le
perte de l'Alsace-Lorraine, ses membres se mobilisent au même titre que leurs
concitoyens. Combattants résignés ou convaincus de la juste cause,
intellectuels et étudiants, rabbins, notables et femmes, tous font leur devoir
avec la certitude que les sacrifices consentis apporteront la victoire du droit
sur la barbarie.
Pendant quatre longues années, les israélites vont vivre au
rythme des deuils et des espérances, se démenant pour témoigner d'une parfaite
symbiose avec la nation, comme pour oublier l'affaire Dreyfus et confirmer leur
adhésion à la grandeur républicaine. Leur participation est à l'image de leur
intégration, comme en témoignent les lettres des soldats, les déclarations des
rabbins, la presse confessionnelle et les œuvres.
Si la victoire de 1918 est célébrée avec faste dans toutes les
communautés, elle signifie aussi la disparition de 6 800 hommes sur les 38 000
juifs mobilisés. Le sacrifice, l'expérience du front et de l'arrière marquent
durablement les mentalités et la mémoire. Jusqu'à l'avènement de Vichy, les
israélites de France entretiennent le souvenir de l'Union sacrée, cette époque
déjà lointaine où la fraternité n'était pas un vain mot.
Even if the Jewish community (180,000 persons) was not
homogeneous on the eve of World War I (almost 16% immigrants, less than 40%
Algerian Israelites, and influenced by a variety of philosophical and political
platforms), it nonetheless adhered to one very specific aspect of the French
Republic : patriotism. When the war erupted, the Jewish community — expressing
even more conviction in light of 1870 events and the loss of Alsace-Lorraine —
mobilized as enthusiastically as their compatriots. Reluctant or ardent
fighters for the just cause, intellectuals and students, rabbis, officials, and
women all accomplished their duty with the certainty that sacrifices endured
would bring forth the victory of law over barbarism. For four long years,
Israelites went from periods of mourning to ones of hope, struggling to
maintain a position of perfect symbiosis with the nation, for example by
forgetting the Dreyfus affair and confirming their adherence to the grandeur of
the Republic. Their participation was a reflection of their integration,
illustrated in letters from soldiers, declarations made by rabbis, editorials
in religious press publications, and other written works. The 1918 victory was
joyously celebrated in all communities, but didn't erase the fact that 6,800
Jewish men out of the 38,000 mobilized had died. This sacrifice and battle
experience left a lasting impression on mentalities and memory. Up to the eve
of the Vichy government, French Israelites cherished the memory of the sacred
Union, that distant period wherein the word “fraternity” was not pronounced in
vain.
• L’expérience du front
• La mobilisation des civils
• L’aide aux veuves et orphelins
• Le bilan d’une victoire
• Références bibliographiques