2002
Annales de démographie historique
La population dans la grande guerre
Sur le front intérieur du péril vénérien (1914-1918)
Jean-Yves Le Naour
La prise en compte des maladies vénériennes dans la politique
d’hygiène publique concorde avec la Première Guerre mondiale. Au combat contre
l’ennemi extérieur, menaçant la nation dans son existence, s’ajoute une lutte
contre l’ennemi intérieur qui risque de réduire les qualités de la race
française et de conduire directement à la plus grande défaite. À partir de
1916, autorités civiles comme militaires prennent donc des mesures en cascade
pour éradiquer le péril vénérien : elles oscillent entre la contrainte (la
visite périodique des mobilisés, le traitement obligatoire, l’internement
médical, l’obligation de dénoncer la contaminante), et la responsabilité
individuelle que consacre le dispensaire antivénérien. Une fois la guerre
achevée, l’œuvre bâtie dans l’urgence et dans l’angoisse ne sera pas désavouée
mais tout au contraire poursuivie.
It is during the First World War that the French Public Health
Service started to worry about venereal diseases. The French nation was not
only fighting against a threatening outside enemy, but also against an inside
one which might wipe out the qualities of the French breed and lead the country
to a greater defeat. From 1916 on, both civilian and military authorities took
an emergency action to try to eradicate venereal diseases: these measures were
at the same time constraining (the mobilized troops were regularly subjected to
a medical examination, and forced to receive a treatment in case of a venereal
disease) and based upon individual responsibility (hence the creation of open
dispensaries). Once the war was over, all these measures which had been adopted
in emergency were not cancelled but perpetuated.
L’histoire des maladies vénériennes et plus particulièrement de
la syphilis, la plus terrifiante d’entre elles, est maintenant bien connue,
surtout pour la période précédant 1914 (Corbin, 1977, 245-283 ; 1998, 141-169).
Ces maladies que la presse contemporaine appelle « spéciales » pour ne pas
avoir à les nommer véhiculent des fantasmes qui, par leur puissance, permettent
de saisir le climat culturel d’une France rebaptisée « Belle Époque » après
l’horreur de la Première Guerre mondiale mais qui se voyait pour sa part « Fin
de siècle ». Avec l’alcoolisme et la tuberculose, la syphilis forme en effet un
effroyable triptyque menaçant la nation de « dégénérescence » c’est-à-dire de
déclin physique et moral irrémédiable car biologique. Pis encore, les maladies
vénériennes accusées de corrompre le sang et d’abâtardir les générations
futures ne seraient pas susceptibles de guérison, elles prépareraient le
terrain à d’autres affections induites par elles (parasyphilis) ou se
transmettraient héréditairement, en sautant une ou plusieurs générations au
besoin (hérédosyphilis). La descendance du vénérien est donc condamnée et avec
lui la race française, lentement mais inexorablement pourrie, atteinte dans la
qualité et la quantité. Si les Cassandres scientifiques ont commencé à forger
les fondements du péril vénérien dès la fin des années 1880, notamment autour
du professeur Alfred Fournier, il a fallu attendre le début du
xxe siècle pour que l’angoisse gagne
l’opinion publique à son tour
[1] et ce n’est finalement qu’avec la Première Guerre
mondiale que les pouvoirs publics et militaires décident de se préoccuper de la
question et de se lancer dans une offensive tous azimuts contre cet ennemi
intérieur que d’aucuns jugent plus dangereux que le boche.
La conjonction de la lutte hygiénique contre l’empoisonnement
du sang avec celle contre l’Allemand n’est pas fortuite : au combat contre
l’ennemi extérieur correspond naturellement un combat contre l’ennemi
intérieur. Dans un conflit vécu en termes de vie ou de mort, où le droit et la
justice s’opposent à l’immoralité et à la brutalité, la victoire sur un seul de
ces deux fronts est insuffisante. Pour que la France vive, il faut remporter la
plus grande victoire contre les ennemis de la race et éradiquer les périls qui
la menacent. Dans cette conception, l’hygiénisme et le nationalisme biologique
sont propulsés au cœur des enjeux du conflit et l’étude de la gestion des
maladies devient un biais particulièrement pertinent d’appréhension des
fantasmes des contemporains en guerre et de leur système de représentation que
les historiens de la Grande Guerre désignent aujourd’hui sous le terme de «
culture de guerre » (Audoin-Rouzeau, Becker, 1994, 5-7 ; 1996, 251-271). La
syphilis, par l’épouvante qu’elle suscite, s’inscrit pleinement dans ce cadre
et en constitue sans doute un des meilleurs exemples.
Une angoisse fantasmatique
De 1914 à 1915, les nouvelles conditions hygiéniques nées du
conflit et l’intérêt porté aux blessures de guerre ont éclipsé les
communications sur les maladies vénériennes. De surcroît, l’idée d’une guerre
courte a éloigné le sous-secrétariat d’État au Service de santé de la prise en
compte d’une politique antivénérienne, œuvre de longue haleine. C’est donc
tardivement, en décembre 1915, au vu de rapports dénonçant l’épanouissement de
la prostitution clandestine et la floraison de nouveaux cas de syphilis, de
blennorragies et de chancres, que le problème prend corps pour les autorités
médicales, militaires et civiles. L’effroi est donc tardif mais il est
considérable. Reprenant les termes de rapports présentés le 28 décembre, le
sous-secrétaire d’État, Justin Godart, décrit l’intensité du péril : « Non
seulement les grands centres, mais aussi la plupart des villes secondaires ou
de faible importance comportant des troupes, des dépôts ou des centres
d’instruction, sont devenus des foyers de contagion ; les parties rurales du
pays sont également touchées du fait des permissionnaires venus de la zone des
armées ou de l’intérieur. […] Enfin, il a été constaté que les jeunes de 17 à
18 ans qui vont s’engager ou être incorporés seraient contaminés dans des
proportions impressionnantes
[2]. » À la Commission d’hygiène publique de la Chambre,
on s’alarme : c’est une nouvelle Peste Noire qui « va nous ramener aux plus
sombres jours du Moyen Âge
[3] », s’effraie un député.
À vrai dire, l’angoisse vénérienne du temps de guerre ne se
distingue pas formellement de ce qu’elle était avant 1914 mais une synthèse
s’opère entre les menaces pesant sur la race et celles plus strictement
militaires. En effet, si les naissances empêchées par la nouvelle recrudescence
de la syphilis (par avortement spontané, mortinatalité, stérilité) sont
estimées au nombre de 400 000 par an selon le professeur Pautrier (Jame, 1919,
11), ce sont les futurs contingents des années trente qui sont tout entiers
menacés et par conséquent la sécurité de la nation. La réflexion sur les
dommages des maladies vénériennes est donc abordée sous l’angle unique du péril
militaire. Le rapport de la commission permanente d’hygiène et de prophylaxie
sanitaire du 28 décembre 1915, qui provoque la prise de conscience du Service
de santé, ne dissimule pas les motifs de son appréhension en s’intéressant au
sort des classes 1935 à 1938 : « Certains, explorant cet avenir, supputent déjà
à un tiers les pertes nettes à subir du fait de géniteurs avariés, celles-ci
s’ajoutant aux conséquences immédiates de la disparition des adultes que la
guerre aura fauchés. Quel abaissement redoutable à notre natalité
[4] ! » De même, l’inspecteur
général Vaillard affirme à l’Académie de médecine que le péril est grand dans
l’immédiat mais « plus encore pour l’avenir, pour la vitalité de la race et sa
natalité. On ne peut songer sans inquiétude à ce qu’il adviendra de nos
contingents futurs des classes 1935, 1936, 1937, et 1938
[5] ». Derrière ce ressort fondamental de
l’angoisse vénérienne combinée à celle de la dépopulation, il y a l’idée que
cette guerre qui s’éternise peut durer encore très longtemps, voire des
décennies. Aussi la France doit d’ores et déj inscrire ses efforts dans la
durée et préparer l’avenir. À ce titre, la syphilis non jugulée est assurance
de défaite par la réduction mathématique des régiments à opposer à l’ennemi.
C’est pourquoi la victoire, selon le docteur Azoulay, appartiendra « à la
nation qui, dans ce domaine comme dans celui plus vaste de l’hygiène et des
lois sociales, aura pris les devants
[6] ». Il est donc urgent d’agir.
Avant que l’armée puis le ministère de l’Intérieur, dont dépend
l’hygiène publique, ne s’investissent pour la première fois dans une véritable
politique antivénérienne, la situation des malades « spéciaux » était
déplorable. Rejetés des infirmeries militaires, évacués seulement en cas de
complications graves, les militaires vénériens subissent un régime
discriminatoire : suspectés de s’être contaminés volontairement auprès de
prostituées complices dans le but d’être retirés du front, ne serait-ce que
quelques jours, ils sont traités avec sévérité. Souvent soignés en des salles
réservées, ils portent, jusqu’en 1916, un costume qui les distingue des autres,
un parement jaune au col de la vareuse et à la face externe de chaque jambe de
pantalon (Barnier, 1938, 63). Surveillés de très près, ils sont enfermés et
gardés, de peur qu’ils ne « fassent le mur » et disséminent la contamination.
Officiant dans un centre de vénérologie de la zone des armées, l’étudiant en
médecine Jean Nuytten, est formel : « Ces malades-là doivent être bouclés sans
pitié si l’on ne veut pas voir leur affection s’éterniser. » (Nuytten, 1916,
16). Pour mieux les contrôler, des appels et des contre-appels sont faits à
toute heure du jour et de la nuit, et, preuve de la suspicion et de
l’ostracisme dans lesquels ils sont tenus, ils sont soumis à la diète et
interdits de permission de convalescence à l’inverse des autres malades. Le
préjugé des maladies honteuses a décidément la vie dure et c’est aussi contre
lui que doit se bâtir toute politique de médicalisation des maladies
vénériennes.
Pour que cette politique soit efficace, il est nécessaire de
rechercher et de dénombrer les soldats vénériens. Sur ce sujet, les chiffres
les plus fous ont circulé, souvent fondés sur des généralisations hâtives à
partir d’échantillons de soldats hospitalisés. Avant-guerre, le professeur
Fournier estimait le nombre de vénériens à 16 % de la population française
(Marsault, 1918, 11), dépassé en cela par le docteur Morhardt persuadé que la
plupart des hommes sont victimes d’une maladie vénérienne au moins une fois
dans leur vie (Corbin, 1977, 251). Pierre Darmon, en intitulant un récent
article « Grande Guerre et flambée de la morbidité vénérienne », semble
lui-même sacrifier à cette angoisse alors qu’en réalité il démontre qu’elle fut
essentiellement fantasmatique (Darmon, 2000, 754-756). En effet, le nombre de
combattants français soignés pour maladies vénériennes de 1916 à 1919 est de
250 346, pour un taux de morbidité évalué à 8 %
[7]. Ce chiffre n’a évidemment rien à voir avec les
estimations apocalyptiques avancées à la fin de l’année 1915, mais il faut
toutefois reconnaître qu’en plus de l’absence de données pour les années
1914-1915, une part des vénériens a pu se soustraire au dénombrement du Service
de Santé en recherchant les remèdes des charlatans plutôt que les soins de
l’infirmerie militaire où l’anonymat est impossible.
Quoi qu’il en soit, depuis le 31 décembre 1915, les 15 janvier
et 5 mars 1916, dates à laquelle la syphilis, la blennorragie puis le chancre
mou ont fait leur entrée dans « l’état des cinq jours », relevé statistique des
différentes maladies épidémiques
[8], les cas de maladies vénériennes sont strictement
inventoriés. Ces statistiques révèlent que les affections contractées en temps
de guerre ne se sont nullement multipliées mais qu’au contraire, elles sont
restées stables de 1916 à 1918, avant de chuter en 1919 avec la
démobilisation.
Fig. 1
Nombre de maladies vénériennes
contractées de 1916 à 1919 dans l'armée
Source : SHAT, 9 N 968 S,
Ministère de la Guerre, Statistiques médicales, Paris, 1922, p.
114-115
Par ailleurs, en comptabilisant séparément les contaminations
contractées à l’intérieur de celles contractées dans la zone de l’avant, le
Service de Santé identifie la morbidité de la zone de l’intérieur, responsable
de 85 % des infections. Le seul fait de dissocier les nouveaux cas de maladies
vénériennes contractées à l’avant de ceux contractés à l’arrière n’est pas
innocent et contient déjà l’hypothèse de l’origine prostitutionnelle des
affections. Elle confirme l’armée et ses mesures autoritaires comme meilleur
milieu de prophylaxie face à l’inefficacité du pouvoir civil. L’armée attache
en effet un grand intérêt à la recherche de l’origine des contaminations tant
au niveau individuel pour prendre des mesures contre la contaminante, le cas
échéant, si elle réside dans la zone des armées, qu’au niveau collectif pour en
tirer des conclusions générales sur les efforts prophylactiques ou répressifs à
adopter. Pour mener à bien cette autre statistique, l’armée dispose
d’instructions déjà anciennes qui, dans le contexte des pouvoirs exceptionnels
qui sont les siens dans la zone des armées, se révèlent redoutables. Il s’agit
de la dénonciation obligatoire par le malade de sa contaminante prévue par la
circulaire du 7 avril 1902 (Fiaux, 1917, 8) et qui est en fait dirigée contre
les prostituées. En effet, une fois la déclaration effectuée auprès du médecin,
celui-ci informe le commandant d’armes ou le directeur régional du Service de
santé des coordonnées de la personne dénoncée qui sera alors conviée à la
visite sanitaire ou expulsée de la zone des armées si elle s’y refuse
[9]. Il va de soi que « l’invitation » à la
visite sanitaire est absolument illégale mais la police des mœurs qui opère
dans l’arbitraire le plus complet n’en a cure
[10].
La mécanique implacable de l’armée qui combine les soins à la
recherche de la source de la contamination pour en procéder à l’extinction
s’enraye pourtant avec l’obstacle non prévu de la mauvaise volonté des soldats
à dénoncer la femme, l’amie voire l’épouse qui leur a transmis tréponème ou
gonocoque. Sans parler de tous ceux qui ignorent l’identité de celle qui les a
« poivrés » ou sont dans l’incapacité de tenir compte du délai d’incubation,
les fausses déclarations et celles qui ont été arrachées avec mauvaise grâce
s’avérent aussi suspectes et inutilisables. Le médecin-major Armeilla déplore
un tel état d’esprit rétif à l’intérêt social : « Il est assez curieux de
constater l’indifférence des hommes au sujet de la qualité de leur partenaire,
car beaucoup (tout en tenant compte de l’état d’esprit “chevaleresque” qui
anime quelques-uns et qui les éloigne de toute dénonciation) ne peuvent donner
aucun renseignement sur l’identité de la femme qui leur a transmis le
virus
[11]. »
Le travail de recherche des contaminantes, mené à l’échelle
individuelle, ne satisfait pas Justin Godart qui voudrait pouvoir disposer de
statistiques globales sur l’origine des infections des militaires pour diriger
plus efficacement son action sanitaire. Le 1
er janvier 1917, il expédie une
circulaire demandant aux chefs des centres et sous-centres d’ajouter dorénavant
à leur rapport mensuel un chapitre relatif à l’origine des contaminations,
renseignements fournis par les interrogatoires des soldats vénériens. Pour tous
les cas, il insiste sur l’utilité de connaître la localité dans laquelle
l’infection a été contractée et le statut social de la contaminante, ou plus
exactement, le type de prostituée concernée : « femme de maison de tolérance,
prostituée racolant sur la voie publique […], s’il y a lieu, fille de
restaurant ou de débit de boisson et le cas échéant, fille de ferme, femme
mariée
[12]. »
Malheureusement, les rapports conservés aux archives de l’armée de terre ou au
Val-de-Grâce sont parcellaires, peu nombreux et bâtis à partir de trop peu de
cas pour que l’on puisse établir une statistique « fiable », sans parler de la
masse des militaires qui déclarent ne pas connaître l’identité ni la profession
de leur contaminante ou se refusent à le faire ce qui accentue la part des
prostituées, plus facilement dénoncées que l’amie de passage, la maîtresse ou
l’épouse
[13]. Quant au
relevé de l’origine géographique, il n’a rien de particulier ni d’original en
ce qu’il consacre le rôle des grandes villes de l’arrière, Paris au premier
chef puis Marseille, Lyon, Nantes et Bordeaux avec une bonne tenue toutefois de
certaines villes de la zone de l’avant (Bar-le-Duc, Nancy, Saint-Dizier,
Troyes…)
[14]. Il sert
cependant à souligner, s’il en était besoin, le poids de la morbidité
vénérienne de la capitale et il a pu jouer un rôle dans l’interdiction donnée
en 1917 de passer sa permission à Paris pour les militaires qui n’en sont pas
originaires, une mesure de « salubrité publique » qui fut loin de faire
l’unanimité.
En ce qui concerne la recherche des militaires contaminés, le
Service de santé veut mettre un terme à la dissimulation des affections en
mettant sur pied des visites médicales périodiques des organes génitaux,
extension au cas militaire du modèle de contrôle exercé par la police des mœurs
sur les prostituées. Cette mesure, qualifiée de « revue des queues » par les
poilus, devient le socle de la lutte antivénérienne dans l’armée à partir de
janvier 1916. L’examen du permissionnaire avant son départ est tout
particulièrement encouragé car il ne s’agit pas de disséminer l’infection dans
les foyers. Une circulaire du 20 octobre 1916 élargit ensuite le contrôle du
permissionnaire à son retour, pour soigner au plus tôt dès les premiers signes
de la maladie. Enfin, Justin Godart, le sous-secrétaire d’État au Service de
santé, souhaite faire visiter mensuellement tous les mobilisés et bientôt deux
fois par mois – une mesure qui restera largement inappliquée devant
l’impossibilité matérielle de la mettre en œuvre. Toutefois, cette politique
autoritaire qui va de la recherche des malades à l’internement jusqu’à la
guérison en passant par la dénonciation, ne pouvait, à elle seule, séduire les
vénériens qui, redoutant la suspension de leur prochaine permission et la
divulgation de leur affection, tentaient de se soustraire à ce contrôle direct.
Pour qu’une prophylaxie soit réellement efficace, elle doit avant tout être
acceptée par les malades eux-mêmes et non être crainte et subie.
La solution du dispensaire
À l’initiative désordonnée de quelques médecins spécialistes et
dynamiques, tels Pautrier à Bourges, Gougerot à Tours ou Spilmann à Nancy, des
établissements dermato-vénérologiques apparaissent dans la zone de l’intérieur
avec pour mission d’accueillir anonymement les vénériens, de leur fournir des
traitements ambulatoires, évitant ainsi une hospitalisation et les contraintes
qui en découlent. Le professeur Nicolas, fondateur du premier centre
vénérologique de ce type à Lyon en décembre 1914, en est le précurseur.
Pautrier à Bourges et Perrin à Marseille l’imitent en 1915
[15] mais il faut attendre le 25 septembre
1916 pour qu’ils soient généralisés et soumis à la direction unique de Justin
Godart. Au 1
er janvier 1918,
il existe vingt centres et cinquante-trois sous-centres répartis entre les
dix-huit régions militaires de l’intérieur et la zone des armées.
En même temps que s’élabore la réflexion sur la création des
centres militaires de dermato-vénérologie, Louis-Jean Malvy, ministre de
l’Intérieur, et son collègue Justin Godart se prononcent pour un même système
fondé sur la responsabilité individuelle en milieu civil. Dans les dispensaires
antivénériens appelés « services annexes des hôpitaux », les malades peuvent se
faire soigner en toute discrétion, sans contrainte aucune, grâce au traitement
ambulatoire, et sans frais puisque l’État va prendre complètement à sa charge
les dépenses occasionnées. L’idée libérale du dispensaire antivénérien aux
antipodes de l’enfermement n’est pas, en réalité, une invention de la guerre.
Déjà en 1903, le professeur Alfred Fournier, véritable fondateur de la
syphiligraphie, réclamait des établissements aux consultations « nombreuses,
gratuites, d’accès facile, ouvertes à des heures où l’ouvrier puisse s’y rendre
sans préjudice pour son travail et pour sa bourse » (cité in Quetel, 1986,
169), mais, par la défense des vertus de l’internement hospitalier, il
s’éloignait de la solution libérale et de son esprit qui peut se résumer à
cette maxime : le traitement des maladies vénériennes est vraiment efficace
quand il « cesse d’être coercition pour devenir un plaisir
[16] ». En fait, la mise en place du
traitement ambulatoire dépend étroitement de la thérapeutique et il n’était pas
possible avant 1910 et les découvertes médicales de l’Allemand Ehrlich – une
préparation arsenicale injectée par voie intraveineuse baptisée salvarsan ou
606
[17]–, d’envisager
la nouvelle forme du dispensaire antivénérien. Effectivement, la nouvelle ère
des arsenobenzènes permet de soigner très rapidement le malade en lui évitant
une cure hospitalière aussi lourde que longue. Aussi, dès la fin de l’année
1910, le professeur Jeanselme et son collègue Hudelo organisent un dispensaire
syphilitique au sein de l’hôpital Broca (Paris), premier de ce type en
France
[18]. Chaque
syphilitique qui s’y présente reçoit une injection puis un rendez-vous pour une
consultation hebdomadaire, un système souple qui n’exige qu’une perte
insignifiante de temps et d’argent et qui réduit d’autant les dépenses
hospitalières en supprimant des lits. Avec la guerre et la peur d’une
augmentation des affections vénériennes, l’expérience pionnière de l’hôpital
Broca apparaît comme un exemple à suivre
[19].
Dès lors, une politique prophylactique globale, méthodique et
coordonnée entre en pratique, remplaçant les efforts locaux. Pour la première
fois, l’État se préoccupe des maladies dites « spéciales » et entend les faire
disparaître. Le 13 juillet 1916, Justin Godart réunit les chefs des centres et
sous-centres dermato-vénérologiques et toutes les autorités intéressées à la
question. On y met à plat les différentes mesures prises dans l’armée, à
l’avant comme dans les régions militaires et dans la population civile. La
réunion se traduit par l’élaboration de la circulaire du 25 septembre 1916 qui
expose en douze pages l’ensemble des moyens et instructions relatifs à la lutte
antivénérienne
[20].
L’année suivante, le 5 juin 1917, Malvy rend compte à son tour de
l’organisation générale des services-annexes dans une circulaire certes tardive
mais qui est maintenant au fait de la participation financière de l’État, les
crédits ayant été votés par le Parlement. Ces services, bien équipés, dotés
d’un laboratoire pour établir scientifiquement le diagnostic de la syphilis au
moyen de la réaction Bordet-Wassermann mise au point en 1905, rompent
directement avec l’ère du dispensaire pour parias et de la stigmatisation des
malades. D’ailleurs, Malvy insiste pour que soient écartés de leur direction
les praticiens « n’ayant d’autre titre que d’être chargés de la surveillance
sanitaire des prostituées, ce qui est loin de constituer une référence
[21] ». La solution libérale
du service-annexe est aussi plébiscitée par les prostituées qui n’hésiteront
plus à se faire soigner alors que le système de la réglementation et sa
promesse d’enfermement pour les malades poussaient plutôt les filles à se
dérober à la visite et à cacher leur affection. La circulaire recommande
également que les consultations soient ouvertes le soir et le dimanche matin
afin que les salariés puissent s’y rendre sans perdre une partie de leur
salaire et surtout « sans avoir à demander à leurs employeurs une autorisation
dont ils ne tiennent pas à indiquer le motif ». Enfin, pour faire connaître le
service-annexe, Malvy préconise une publicité subtile dans la presse sous la
dénomination de « consultation pour les maladies de la peau et des muqueuses »,
ménageant ainsi les préjugés des maladies honteuses avec lesquels il faut
compter, mais il fait confiance aussi en la collaboration des syndicats
ouvriers, des sociétés de secours mutuels, des maires, médecins et pharmaciens
auxquels sont envoyées des lettres d’information dont plusieurs modèles sont
annexés à la circulaire du 5 juin 1917. Très rapidement, les dispensaires
antivénériens se multiplient : au nombre de 40 à la fin de l’année 1916, ils
sont 120 en 1919 et le millier est atteint en 1927
[22].
Les localités où se trouvent des troupes cantonnées ou
casernées ainsi que d’importantes concentrations ouvrières se sont rapidement
dotées de tels services à quelques exceptions près (en particulier les
municipalités de Brest, de Castres et du Mans dont les prétextes financiers
cachent en réalité un rejet puritain de la prise en charge des « maladies
honteuses »). La digue du refus du dispensaire allait cependant céder
continuellement du terrain pour disparaître définitivement au milieu des années
vingt
[23].
Le cabinet prophylactique ou le triomphe de la responsabilité
individuelle
L’intervention américaine, la présence physique des troupes
d’outre-Atlantique en France à partir de juin 1917, relancent la réflexion
autour de nouvelles méthodes prophylactiques des maladies vénériennes. D’abord
attentifs au fonctionnement du dispositif français, de juin à octobre 1917, les
Américains en déclarent rapidement la faillite au vu de nouveaux cas de
maladies vénériennes observés dans leur corps expéditionnaire : la
réglementation de la prostitution est jugée inopérante, les maisons de
tolérance sont alors consignées aux soldats et l’accent est mis sur la
prévention des maladies au moyen de la prophylaxie individuelle. Après tout
contact sexuel et avant que trois heures ne s’écoulent, le soldat doit se
rendre à la
prophylactic station,
local où il procède à sa toilette intime à l’aide de différentes pommades et
d’une solution de protargol qu’il s’injecte lui-même dans l’urètre, puis
remplit une fiche de traitement mentionnant la date et l’heure des soins
[24]. Si une maladie survient
et que le soldat ne peut faire la preuve de son passage à la station, il passe
en cour martiale en vertu du
general
order du 2 juillet 1917 qui condamne le malade comme « manquant à
tous ses devoirs envers son pays et envers ses camarades » et voit sa solde
suspendue pendant trois mois
[25]. La méthode américaine qui repose entièrement sur la
discipline individuelle, sanction à la clé en cas de non-respect des
prescriptions, donne des résultats qui impressionnent les médecins français.
D’après les chiffres rendus publics, les nouveaux cas de maladies vénériennes
sont passés de 16,8 pour mille à 2,1 pour mille d’octobre 1917 à janvier 1918
pour les troupes blanches de Saint-Nazaire et de 108 à 11 pour mille pour les
troupes noires
[26]. Il
n’en faut pas plus pour que la communauté médicale s’enthousiasme et réclame à
grands cris l’application de la solution miracle américaine dans laquelle
rentre une certaine part de fascination pour la modernité et les puissants
moyens des alliés. « C’est le moment de faire des choses nouvelles, surtout des
choses américaines qui iront avec le goût et le charme que nous éprouvons pour
les Américains », déclare le docteur Jacques Bertillon
[27]. Les plus nationalistes rappellent
toutefois avec fierté que les Américains n’ont rien inventé mais que la
paternité de la prophylaxie individuelle appartient aux Français, qu’elle est
due aux recherches de Metchnikoff et de Roux à l’Institut Pasteur qui ont
montré en 1906 que la friction du sexe avec une pommade mercurielle, avant ou
après le coït, atténue de beaucoup le risque de contracter le mal vénérien.
Cette méthode avait alors été prescrite par circulaire du 23 septembre 1907 par
le sous-secrétaire d’État H. Chéron, véritable fondateur du « cabinet
prophylactique », mais sans ébauche aucune de réalisation.
Louis Mourier, successeur de Justin Godart en février 1918, ne
peut plus ignorer le « succès » des Américains ni les demandes répétées de ses
subordonnés. Avant de se prononcer, Mourier charge le médecin-major Gastou d’un
rapport sur la question qui conclut à l’intérêt manifeste de l’instauration du
cabinet prophylactique sans en cacher toutefois les inconvénients, à savoir «
l’esprit français » prompt à tourner l’institution en dérision et à se moquer
de ceux qui y auront recours
[28]. L’obstacle fondamental n’est cependant pas celui-là
et tourne autour de la question de l’obligation du traitement : dans
l’hypothèse de l’adoption du système américain, faut-il rendre le passage au
cabinet prophylactique obligatoire, sous peine de sanction, ou bien en laisser
l’utilisation facultative comme dans l’esprit de Chéron en 1907 ? Pour le
professeur Gougerot, efficacité rime avec menace et privation de solde, sur
l’exemple américain, ou encore salle de police pour les « cachottiers » ayant
négligé de se présenter au cabinet prophylactique
[29].
À la Société de prophylaxie sanitaire et morale, on se divise
entre ceux qui ne veulent pas que le malade soit un délinquant (docteurs
Granjux et Le Pileur) et ceux qui entendent pourchasser la maladie – et ses
porteurs – par tous les moyens (docteur Paul Faivre)
[30] au risque de contredire
la tradition de la Société qui s’est toujours élevée contre les punitions
infligées aux militaires vénériens. Le 26 juin 1918, à la commission d’hygiène
publique de la Chambre, le député Fernand Merlin donne lecture de son rapport
sur la création de postes sanitaires antivénériens qu’il voudrait voir
installés autant dans le milieu ouvrier que dans les casernes, et prend parti
pour l’obligation, seule garantie d’utilité incontestable. Il est désavoué par
le président, Doizy, pour qui « l’utilité relative » est à prendre en compte :
« Si sur dix hommes on en guérit cinq, ce sera toujours un résultat acquis ;
les cinq autres finiront tôt ou tard par se soumettre aux mesures
prophylactiques, soit par la force de l’habitude, soit par la contagion morale
au bon sens du mot
[31]. » Louis Mourier se range à cet avis. Les 17 et 18
juin, il a autorisé l’essai des stations prophylactiques dans les IX
e et XV
e régions en stipulant bien « qu’il n’y
aura pas lieu de la considérer comme obligatoire
[32] ». Aussi, quand il se présente le 5
juillet 1918 devant la commission de la Chambre avec un projet de création de
cabinets prophylactiques sur le modèle américain mais à usage facultatif, il
n’est critiqué que par Fernand Merlin. En revanche, la partie est plus serrée à
la commission supérieure consultative du Service de santé
[33] à laquelle Mourier a soumis la question
le 9 juillet suivant. Hormis quelques préventions morales, le camp de
l’obligation y triomphe avec éclat. Le docteur Thibierge n’est pas le moins
véhément : « De même qu’un soldat n’a pas le droit de se mutiler, ou de se
refuser à la vaccination antivariolique ou antityphoïdique, de même il n’a pas
le droit de se rendre indisponible par une maladie vénérienne pour la lutte
économique de l’après-guerre, de se rendre impropre à la repopulation de son
pays
[34]. » On y vote
en effet le vœu d’obligation d’usage à l’unanimité. Le dernier mot reste
cependant à Mourier qui passe le problème de la sanction sous silence dans la
circulaire du 8 août qui généralise à la France entière l’expérience des
cabinets prophylactiques déjà mise en pratique dans plusieurs régions
[35].
Obligation ou pas, la prophylaxie individuelle porte
l’enthousiasme et l’espoir d’en finir définitivement avec la syphilis à
condition que les hommes se disciplinent un tant soit peu. Avant même que
Mourier ne l’autorise, on envisage d’installer le cabinet dans les usines de
guerre, dans les universités et même dans les gares, à proximité desquelles
officient souvent les prostituées, pour offrir la possibilité à ceux qui
viennent d’avoir un rapport sexuel de se prémunir sans attendre.
Malheureusement, à l’optimisme béat des premiers jours succèdent d’amères
désillusions : le 20 décembre 1918, les directeurs des services de santé des
régions militaires sont invités à se prononcer sur l’expérience du cabinet
sanitaire, et, mis à part le médecin principal Baron de la III
e région (Rouen) qui garde
confiance
[36], tous
les autres font le constat de l’échec.
« Les états mensuels sur le fonctionnement de ces stations
prophylactiques portent tous la mention néant. Le poste existant à notre centre
n’a reçu, depuis sa création, qu’un seul militaire pour soins prophylactiques.
» [Le Mans, IVe
région].
« Le rendement utile de ces stations prophylactiques a été
presque nul jusqu’ici. » [Orléans, Ve région].
« D’une façon générale, ces stations sont peu fréquentées […].
Celles mises à la disposition des troupes algériennes sont religieusement
évitées. » [Toulouse, XVIIe
région].
Dans la XI
e
région (Nantes) où il n’y a eu en moyenne que trois visiteurs par station en
trois mois, le médecin principal Petges en attribue l’échec à « l’esprit
français » qui fait craindre railleries et quolibets, à la différence des
Américains qui seraient mieux éduqués et disciplinés. L’obligation de remplir
une fiche de traitement a sans doute joué en défaveur de la station, la peur de
l’indiscrétion étant souveraine. Après le lamentable fiasco de la prophylaxie
individuelle, l’exemple américain n’est plus regardé avec le même intérêt et
l’on commence à dénoncer ce qui n’est qu’un miroir aux alouettes. Certes, les
statistiques affichées par le service de santé américain montrent une chute
spectaculaire des nouveaux cas de maladies vénériennes après l’instauration de
la
prophylactic station mais il est
certain que celles-ci sont complètement faussées par la peur de la sanction.
Les vénériens, traités en délinquants, dissimulent leur mal et se présentent
dans les services-annexes, centres et sous-centres français pour éviter d’être
punis. À Bourges, le professeur Pautrier les a d’abord refusés mais, comme ils
devenaient la proie des charlatans et des mauvais remèdes des herboristes et
pharmaciens, il est revenu sur sa parole tout en ne se faisant plus d’illusions
sur les vertus du système américain : « Nous devons affirmer que les
statistiques si heureuses publiées par les Américains sont entièrement fausses,
que le nombre de leurs hommes contaminés est élevé
[37]… » Le second rapport du médecin-major
Gastou remis à Mourier le 15 août 1918 reconnaît parmi les premiers que la
visite sanitaire est aussi mal faite dans l’armée américaine que dans l’armée
française, en conséquence de quoi l’identification des vénériens est limitée et
la sanction illusoire. Lui aussi a soigné des soldats américains et s’est
refusé à les dénoncer à ses collègues alliés par respect du secret
médical
[38].
Après tant d’efforts, le Service de santé ne veut pas se
déjuger et continuera, dans l’avenir, d’appuyer la solution du cabinet
prophylactique, accompagnant son développement d’une propagande éducative, sans
grande illusion toutefois
[39]. Élément parmi d’autres d’une vaste pièce montée de
mesures prophylactiques d’esprit parfois contradictoire, l’épisode de la
station sanitaire est révélateur de l’attitude de l’armée, entre autoritarisme
et persuasion, ambiguïté résultant des doutes sur l’efficacité respective de
ces deux politiques que l’on préfère combiner faute de mieux. L’échec de la
station sanitaire individuelle et les contradictions des mesures militaires ne
doivent cependant pas cacher l’importante nouveauté que constitue
l’investissement massif de l’État dans le domaine des maladies vénériennes,
jusqu’ici parents pauvres de l’hygiène publique. Bien sûr, l’irrationnel
préside à cette entreprise, l’angoisse d’une France dégénérée et la nécessité
d’une purification accompagnant la guerre ont mobilisé les énergies, mais le
pragmatisme et la raison l’ont emporté avec l’établissement du dispensaire qui
restera la pièce maîtresse de la lutte antivénérienne dans
l’entre-deux-guerres.
Jean-Yves Le
Naour
jy. lenaour@
libertysurf. fr
·
Audoin-Rouzeau,
Stéphane et Becker, Annette (1994), «
Vers une histoire culturelle de la Première Guerre mondiale »,
Vingtième siècle, janvier-mars,
5-7.
·
Audoin-Rouzeau,
Stéphane et Becker, Annette (1996), «
Violence et consentement : la “culture de guerre” du premier conflit mondial »,
251-271, in Pour une histoire
culturelle, éd. par Jean-Pierre Rioux et Jean-François Sirinelli,
Paris, Seuil.
·
Barnier, André
(1938), La syphilis pendant la guerre,
Thèse de médecine, Paris.
·
Corbin, Alain (1977),
« Le péril vénérien au début du siècle : prophylaxie sanitaire et prophylaxie
morale », Recherches,
245-283.
·
Corbin, Alain (1998),
« L’hérédosyphilis ou l’impossible rédemption », 141-169,
Le Temps, le désir et l’horreur,
Paris, Flammarion.
·
Darmon, Pierre
(2000), « Grande Guerre et flambée de la morbidité vénérienne. L’ampleur du
fléau », Gynecology, obstetrics &
fertility, 754-756.
·
Fiaux, Louis (1917),
L’armée et la police des mœurs, biologie sexuelle
du soldat, essai moral et statistique, Paris.
·
Jame, Lucien (1919),
Contribution à l’étude de la prophylaxie des
maladies vénériennes, Thèse de médecine, Lyon.
·
Marsault, André
(1918) Fréquence de la syphilis parmi les
populations indigentes, Thèse de médecine, Paris.
·
Nuytten, Jean (1916),
Organisation et fonctionnement d’un service de
vénérologie à l’arrière du front, Thèse de médecine, Paris.
·
Quétel, Claude
(1986), Le mal de Naples, Paris,
Seghers.
[1]
La pièce d’Eugène Brieux,
Les
Avariés (Paris, Stock, 1902), marque sans doute l’acmé de cette
prise de conscience.
[2]
SHAT, 9 N 964 S, circulaire n° 213 3/7.
[3]
AN, C 7726, séance du 2 juin 1916.
[4]
SHAT, 9 N 968 S, Rapport de la commission permanente d’hygiène
et de prophylaxie au sujet des dangers des maladies vénériennes.
[5]
Bulletin de l’Académie de
médecine, séance du 28 mars 1916, p. 359-360.
[6]
La Vague, 7 novembre
1918.
[7]
Données statistiques relatives à
la guerre 1914-1918, Melun, Archives de l’Assistance publique, 1922,
cité in Darmon, 2000, 755.
[8]
SHAT, 16 N 227, Le relevé des cinq jours passe à dix jours au
1
er octobre 1917.
[9]
Annales des maladies
vénériennes, 1916, « La prophylaxie des maladies vénériennes aux
armées », p. 541-542.
[10]
Il faudra attendre 1942 et les mesures expéditives de Vichy
pour que la contaminante dénoncée soit légalement obligée d’être visitée sous
peine de prison.
[11]
Val-de-Grâce, 239-1, Rapport du médecin-major Armeilla de
l’ambulance 12/3 de la VIII
e
armée, juin 1917.
[12]
AN, C 7690, Circulaire n° 389 Ci/7.
[13]
Le rapport du médecin-major Armeilla sur un an d’observation et
à partir de 2 095 cas ne peut présenter que 639 dénonciations soit 30,5 % du
total où les prostituées, toutes catégories confondues, se font la part belle
avec 79 % des origines des contaminations.
[14]
Classement effectué à partir de 1 054 syphilitiques interrogés
par le médecin aide-major Mallein du centre dermato-vénérologique de
Bar-le-Duc, rapport du 31 janvier 1917, VDG, 239-2.
[15]
SHAT, 9 N 978 S, Rapport sur l’organisation de la lutte
antivénérienne dans les milieux militaires et civils, s.d.
[16]
Val-de-Grâce, 239-1, Rapport du médecin Clément Simon sur le
fonctionnement des services antivénériens présenté à Godart le 15 juillet 1917,
215 p.
[17]
Il s’agissait de sa 606
e expérience. Il poursuit ses recherches
dans la voie des arsenobenzènes et met ensuite au point le néosalvarsan ou 914
(Quetel, 1986, 178).
[18]
La Prophylaxie
antivénérienne, 1940, « Les dispensaires de l’hôpital Broca
».
[19]
Bulletin de l’Académie de
médecine, séance du 28 mars 1916, « Les maladies vénériennes pendant
la guerre à l’hôpital Villemin et dans ses annexes », 1916, p.
352-360.
[20]
Val-de-Grâce, 239-1. Clément Simon la qualifie de « charte de
la prophylaxie antivénérienne ».
[22]
La Prophylaxie
antivénérienne, mars 1931.
[23]
Au 1
er août
1919, dix-neuf départements, essentiellement ruraux, sont toujours dépourvus de
services-annexes : Morbihan, Vendée, Mayenne, Eure, Seine-et-Marne, Aisne,
Gers, Pyrénées-Orientales, Tarn, Tarn-et-Garonne, Aveyron, Lozère, Cantal,
Corrèze, Creuse, Haute-Savoie, Haute-Marne, Haute-Saône, Haut-Rhin.
[24]
SHAT, 9 N 987 S,
General
order n° 77, 18 décembre 1917.
[25]
Revue d’Hygiène et de police
sanitaire, 1918, « Prophylaxie des maladies vénériennes dans l’armée
américaine », p. 773-803.
[26]
SHAT, 9 N 987 S, Chiffres cités par le médecin-major Gastou
dans son rapport sur le fonctionnement des stations prophylactiques américaines
remis au sous-secrétaire d’État Louis Mourier le 4 mai 1918.
[27]
SHAT, 9 N 989 S, Séance du 29 juillet 1918 de la commission
supérieure consultative du Service de santé.
[28]
SHAT, 9 N 987 S.
[29]
SHAT, 9 N 987 S, Rapport du 31 mars 1918 à Louis
Mourier.
[30]
Bulletin de la Société de
prophylaxie sanitaire et morale, juin 1918.
[31]
AN C 7726, Séance du 26 juin 1918.
[32]
SHAT, 9 N 987 S.
[33]
Cette commission créée par décret du 7 janvier 1915 et composée
de 21 membres choisis dans le Parlement, les grands corps scientifiques et dans
l’armée auxquels vinrent s’adjoindre, par décret du 22 novembre 1915, 26
nouveaux membres dont une délégation de la commission d’hygiène publique de la
Chambre, a pour objet de rechercher ou compléter les améliorations et les
perfectionnements qu’il convient d’apporter au Service de santé militaire, sur
le territoire national et aux armées.
[34]
SHAT, 9 N 989 S.
[35]
SHAT, 17 N 201, Circulaire n° 772 Ci/7.
[36]
« Les installations ne fonctionnent pas depuis assez longtemps
pour qu’on puisse constater dès maintenant sur les statistiques une diminution
sensible des maladies vénériennes. Mais il est certain qu’on ne tardera pas à
enregistrer des résultats appréciables, lorsque les militaires se seront plus
familiarisés avec ces nouvelles méthodes de prophylaxie contre lesquelles, il
faut le reconnaître, ils ont encore une certaine méfiance », rapport du 21
décembre 1918, SHAT, 9 N 987 S.
[37]
SHAT, 9 N 989 S, Rapport du professeur Pautrier, octobre
1918.
[38]
SHAT, 9 N 987 S.
[39]
SHAT, 9 N 964 S, Circulaire 5.106 B4/7, du 11 mars
1920.