Annales de démographie historique
Belin

I.S.B.N.2701131022
232 pages

p. 175 à 199
doi: en cours

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Varia

no 104 2002/2

2003 Annales de démographie historique Varia

La transition de la fécondité au Canada. Bilan et essai d’interprétation  [1]

Danielle Gauvreau Département de sociologie et anthropologie Université Concordia1455 de Maisonneuve ouest Montréal Québec H3G 1M8
La transition de la fécondité, amorcée au Canada à partir de la seconde moitié du xixe siècle, présente des contrastes régionaux saisissants. Elle s’est produite dans un contexte marqué par des différences culturelles et économiques majeures où s’opposent par exemple les deux provinces les plus populeuses : l’Ontario, majoritairement anglophone et protestante, avec des niveaux de fécondité parmi les plus faibles et le Québec, majoritairement francophone et catholique, avec des niveaux de fécondité parmi les plus élevés. Même si un tel contraste tend à accréditer la thèse d’une explication culturelle du déclin de la fécondité, nous ré-examinons ici cette interprétation à la lumière de travaux récents s’appuyant tour à tour sur les données agrégées ou manuscrites des recensements et même sur des sources qualitatives : les contrastes religieux apparaissent alors plus complexes que la seule opposition catholique/protestant ; le travail salarié des femmes joue également un rôle dans la différenciation des comportements reproducteurs, tout comme la fréquentation scolaire des enfants et le milieu de résidence des familles. Même s’il est difficile de parvenir à une compréhension complètement satisfaisante de ces phénomènes, la conjoncture récente semble permettre de nous en rapprocher. The Canadian fertility transition begun in the second half of the nineteenth century was characterized by stark regional contrasts. It took place in a cultural and economic context marked by diversity, not least in the experiences of the country’s two most populous provinces: Ontario, with its English-speaking Protestant majority, had among the lowest fertility levels in the country, while French-speaking, Catholic Quebec had the highest. Although these contrasts might be seen to lend weight to cultural explanations of fertility decline, this article re-evaluates such interpretations on the basis of recent work that draws on aggregate census data, on micro-level census data, and to some extent on qualitative sources. Using this new research, the essay provides a more detailed picture of the trends and differentials that characterized fertility decline in various regions, demonstrating that the Canadian fertility experience was nothing if not heterogeneous. The study of religion, for example, reveals greater diversity than the expected Catholic/Protestant dichotomy; women’s paid labor also played a role in the differentiation of reproductive experiences, as did children’s school attendance and the milieu in which families lived. Although the changes that were taking place are not yet fully understood, recent advances in research on Canadian fertility have brought us significantly closer to achieving this objective.
La transition de la fécondité au Canada a été marquée par des dif-férences de rythmes et de niveaux peu communes qui reflètent à toutes fins pratiques les deux extrêmes de l’expé-rience du déclin de la fécondité dans les pays industrialisés [2]. En 1941, par exemple, le nombre d’enfants mis au monde par les femmes ayant complété leur vie reproductive était de 3,50 en Ontario et de 6,19 au Québec, deux provinces voisines regroupant une majorité de la population canadienne (Charles, 1948, 11). Comme ces deux populations présentaient des contrastes culturels évident – le Québec est très majoritairement franco-catholique et l’Ontario anglo-protestant –, l’interprétation de ces écarts fit une place de choix à la thèse accréditant le rôle des facteurs culturels. Si l’attrait de cette thèse est évident dans un tel contexte, certaines questions méritent néanmoins une attention particulière : par exemple, puisque ces écarts n’ont pas toujours existé (Bouchard et Lalou, 1993, 9-44), il importe de savoir comment ils se sont développés durant la période d’amorce de la transition ; en outre, le fait pour un groupe d’afficher une fécondité relativement élevée ne signifie pas pour autant que ce groupe est exempt de toute transition, c’est là un aspect qui doit être mieux documenté ; enfin, si les facteurs culturels sont bel et bien responsables d’une bonne partie des écarts enre-gistrés, il est nécessaire de mieux comprendre les mécanismes par lesquels ils ont freiné la baisse dans ces groupes.
De telles questions conduisent à s’interroger sur la nature du rôle des facteurs culturels dans la transition de la fécondité et, par ricochet, sur leur importance par rapport aux facteurs socio-économiques. Abordé de diverses façons par différents auteurs, ce grand débat a fait place depuis quelque temps à une complexification des explications et à une intégration de ces deux grandes approches qui semble prometteuse pour la compréhension des phénomènes en cause. McQuillan (1999) rappelait récemment dans l’introduction de son ouvrage sur l’Alsace que Notestein lui-même voyait dans les facteurs culturels un élément essentiel pour comprendre les mécanismes par lesquels les changements socioéconomiques liés à l’indus-trialisation affectaient les comportements reproducteurs des familles. C’est aussi ce que postule Lesthaeghe (1991, 259-279) lorsqu’il met l’accent sur le processus de sécularisation qui accompagne le plus souvent le passage à une société industrielle. Une autre variante de cette intégration consiste à accorder aux facteurs économiques le rôle de moteur dans le déclin de la fécondité, un moteur qui s’activerait toutefois suivant un calendrier largement tributaire des facteurs culturels (voir par exemple Cleland, 2001, 45). La reformulation même de la théorie de la transition démographique par Caldwell (1982) accorde un rôle-clé au processus d'occidentalisation des valeurs dans le Tiers-Monde et à l'éducation des enfants, mais celui-ci passe par une inversion des flux de richesse au sein de la famille, une manifestation hautement économique des transformations en cours. Qu’elles mettent l’accent sur l’un ou l’autre des grands groupes de facteurs – socio-économiques ou culturels –, ces appro-ches ont surtout en commun le fait de les associer dans un effort d’interprétation qui dépasse la simple rivalité entre deux ensembles de théories explicatives. Comme le notait récemment Casterline : “The more common stance is that the two sets of explanations are complementary, not competing, with diffusion theory adding further independent factors to an enlarged theory of fertility decline.” (Casterline, 2001, 3)
C’est donc cette voie que nous empruntons ici pour réexaminer la question de la transition de la fécondité au Canada durant la période 1860-1940, soit jusqu’à l'avènement du baby-boom. Plusieurs raisons font de l'exemple du Canada un cas intéressant pour cet examen. La principale tient à l'importance des contrastes religieux et linguistiques qui caractérisent ce pays, d'abord colonisé par la France avant de passer sous régime britannique en 1763, contrastes auxquels s'ajoutent des différences géographiques et éco-nomiques également marquées. Comme le dit McInnis : “It is regrettable that historical demographers have paid so little attention to nineteenth-century Canada, since this country makes an intriguing population laboratory. It displays a wide variety of experience in a setting that makes for effective testing of some prominent hypotheses about the determinants of fertility. Some widely accepted presumptions about historical fertility behavior are called into question. And this is a situation in which, on the whole, statistical data are quite good.” (McInnis, 2000a, 388-389)
L'existence de sources de qualité relativement satisfaisante pour étudier ces questions constitue en effet un autre atout. L'exploitation récente de celles-ci, à l'échelle agrégée, par McInnis (2000a, 371-432 ; 2000b, 529-599) et les analyses, menées à l'échelle des individus et des familles par Gauvreau et Gossage, des données du recensement de 1901 (Gauvreau et Gossage, 2001b) [3], font de la conjoncture actuelle un moment tout à fait propice pour proposer un bilan, même provisoire, de l'expérience de la transition de la fécondité au Canada et une synthèse des explications avancées jusqu'à maintenant pour en rendre compte.
Ce travail porte essentiellement sur l'évolution de la fécondité maritale, c'est-à-dire sur l'évolution du nombre d'enfants mis au monde par les femmes mariées [4], témoignage concret des efforts des couples pour limiter la taille de leur famille. Des références aux modèles de nuptialité, aux niveaux de mortalité infantile et aux comportements migratoires seront faites au passage, lorsque celles-ci s’avèreront pertinentes pour comprendre le phénomène qui nous préoccupe. Autant que possible, une distinction sera établie entre l'analyse des tendances qui marquent l'évolution de la fécondité dans le temps et celle des écarts, observés à un moment donné, entre différents groupes. La seconde est plus courante dans la littérature scientifique qui concerne la transition de la fécondité au Canada, car l'ampleur des écarts entre le Québec et l'Ontario, ou entre francophones et anglophones ou catholiques et protestants, a attiré d'emblée l'attention de beaucoup d’auteurs. L'analyse de la province de Québec paraîtra parfois plus poussée que celle d'autres provinces : cette impression est réelle et s'explique, d'une part, par le fait que nos travaux récents ont surtout porté sur cette province et, d'autre part, par la relative rareté de travaux équivalents sur les autres provinces.
 
La population canadienne : mise en scène historique
 
 
Lorsque le Canada voit officiellement le jour en 1867, il est formé de quatre provinces regroupant un peu plus de 3 millions de personnes : d'ouest en est, ce sont l'Ontario et le Québec, comptant respectivement pour 45 % et 36 % de la population, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse, qui n’en regroupent que 11 % et 8 % (McVey et Kalbach, 1995 : 38). Le territoire, d'abord colonisé par les Français à partir du xvie siècle, s'effrite par la suite au gré des conflits entre l'Angleterre et la France pour passer définitivement sous domination anglaise en 1763. À cette date, le Québec est peuplé d'environ 70 000 personnes, pour la plupart de souche française et catholique. Ce trait distinctif persiste malgré l'arrivée d'immigrants des Îles Britanniques et de Loyalistes fuyant les États-Unis, lesquels s'installent en partie au Québec, mais surtout en Ontario et dans les provinces atlantiques. Les contrastes linguistiques et religieux prennent alors définitivement racine dans ce pays et, avec eux, les inévitables inégalités économiques et politiques consacrant la domination du régime au pouvoir.
D'autres provinces s'ajoutent ensuite aux quatre pionnières, sous l'effet principalement de la colonisation du pays vers l'ouest, alimentée par un fort courant d'immigration. Dans son sillage se constituent la province du Manitoba, celle de la Colombie-Britannique, la Saskatchewan et l'Alberta (d'abord regroupées avec les Territoires) ; dans l'est, l'Île-du-Prince-Édouard devient rapidement une province, alors que Terre-Neuve ne s'ajoute à la Fédération qu’en dernier lieu, à savoir en 1949.
Le portrait détaillé de la population établi à partir des données du recensement de 1901 [5] fournit un aperçu du caractère particulier de chacune des provinces ainsi que des dynamiques qui les ont façonnées. Les données du tableau 1, établies à partir d'un échantillon représentatif de toutes les demeures recensées au Canada en 1901 (Sager, Thompson et Trottier, 1997), montrent bien que les provinces centrales sont les plus peuplées, alors que les provinces récemment ouvertes à la colonisation le sont moins, tout comme l'Île-du-Prince-Édouard, la plus petite. Le caractère distinct du Québec s'y affirme autant par la proportion de personnes de langue maternelle française (79,8 %, loin devant le Nouveau-Brunswick avec 24,4 %) que par la proportion de catholiques (86,2 %, loin devant l'Île-du-Prince-Édouard avec 42,8 %). Les non-catholiques sont presque tous protestants, mais leur appartenance à différentes dénominations est loin d'en faire un groupe homogène : anglicans, méthodistes, luthériens, baptistes et pentecôtistes dominent la composition de certaines provinces (les méthodistes en Ontario, par exemple) mais se côtoient la plupart du temps, même à l'échelle des villages. La répartition selon la langue maternelle dans les provinces autres que le Québec traduit pour sa part la présence des Amérindiens en Colombie-Britannique (10 %) et dans les Territoires [6] (11 %) ainsi que le mouvement d'immigration internationale en provenance de pays comme l'Écosse (gaélique), l'Allemagne, l'Empire autrichien, l'Italie ou la Chine.
De façon générale, la proportion de personnes nées à l'extérieur du Canada augmente d'est en ouest (minimum de 3,9 % dans l'Île-du-Prince-Édouard et maximum de 51,7 % en Colombie-Britannique), ce qui témoigne, d'une part, de l'ancienneté du peuplement dans l'est et, d'autre part, de la contribution des immigrants au mouvement de colonisation vers l'ouest. Les lieux de provenance varient également d'une province à l'autre : à l’est, les personnes issues du bassin traditionnel Angleterre-Irlande-Ecosse dominent parmi les immigrants qui résident au Québec et dans les Maritimes, tandis que de l’autre côté du pays, en Colombie-Britannique, les immigrants sont plus souvent originaires des États-Unis et de la Chine (56 % de tous les immigrants), l'Écosse et l'Irlande n’arrivant qu’en quatrième et cinquième positions parmi les régions d’origine. Entre ces deux situations extrêmes, les autres provinces combinent les apports des sources traditionnelles d'immigration et ceux de pays comme les États-Unis, l'Allemagne et les différentes composantes de l'Empire autrichien. Plus ou moins importants selon les provinces, ces mouvements ne sont pas sans amener avec eux une circulation des idées et un choc des valeurs dont il faut tenir compte dans l'analyse des comportements de fécondité. D'autres mouvements migratoires, plus difficilement détectables au recensement, affectent le Canada à la même époque : des mouvements internes d'abord, de la campagne vers la ville ou vers les régions de colonisation, et, de façon beaucoup plus importante, un fort mouvement d'émigration dirigé essentiellement vers les États-Unis. Durant le dernier quart du xixe siècle, le Canada est en fait davantage un pays d'émigration que d'immigration [7], cela vraisemblablement à cause d'un démarrage plus lent de l'industrialisation et donc de difficultés économiques plus prononcées que chez son voisin du sud.
Le caractère plus ou moins récent du peuplement dans les différentes provinces s'accompagne en 1901 d'écarts non négligeables dans la composition socio-démographique de la population. Ainsi, les rapports de masculinité atteignent des sommets dans les provinces de l'ouest (182,6 en Colombie-Britannique !), ce qui traduit bien l'attraction particulière exercée par une économie naissante fondée sur l'agriculture dans le cas du Manitoba et des Territoires (frontier communities) ou sur l'exploitation des ressources naturelles – forêt, pêches et mines – dans le cas de la Colombie-Britannique. Dans ces dernières provin-ces, des anomalies semblables affectent à la hausse le pourcentage de célibataires chez les hommes (en Colombie-Britannique surtout). Et, par ricochet, la proportion de femmes célibataires y est faible, étant donné les pressions au mariage et l'absence d'opportunités d'emplois pour elles. La répartition suivant l'âge, liée chez les plus jeunes aux écarts de fécondité qui seront mis en évidence plus loin, révèle le même genre de sous-représentation chez les plus âgés.
Les traits évoqués plus haut fournissent un aperçu des structures économiques et du caractère plus ou moins urbain de chacune des provinces. Sauf en Colombie-Britannique où ils sont nettement moins nombreux, les cultivateurs dominent la structure professionnelle, tandis que la majorité de la population vit en milieu rural [8], cela même en Colombie-Britannique. Ce trait est le plus accentué dans l'Île-du-Prince-Édouard et dans les Territoires, de même qu'au Manitoba et au Nouveau-Brunswick. Mais le processus d'industrialisation et d'urbanisation est bel et bien en cours en 1901, en parti-culier en Colombie-Britannique, une province dont le développement épouse d'emblée ce profil, ainsi qu'en Ontario et au Québec, comme en témoignent les pourcentages de travailleurs manuels salariés et de cols blancs [9].
La très grande majorité des hommes et des femmes de 15 ans et plus déclarent savoir lire et écrire, mais l'Ontario, le Manitoba et l'Île-du-Prince-Édouard sont les championnes de l'alphabétisme, cela malgré le caractère très rural des deux dernières provinces. Comme dans la plupart des pays industrialisés, la pé-riode étudiée est cruciale pour le développement de l'éducation chez les jeunes et la mise en place des structures scolaires qui l'accompagnent. Cette va-riable revêt d'autant plus d'importance que les thèses de Caldwell, par exemple, font de celle-ci un facteur clé dans la transition à un régime de faible fécondité (1982). Le tableau 1 rapporte la proportion de filles et de garçons âgés de 6 à 14 ans ayant fréquenté l'école pendant plus de 6 mois durant l'année précédant le recensement [10]. Ces chiffres varient sui-vant les provinces selon un modèle qui dépend en partie du degré d'urbanisation, gage à la fois de l'existence de structures scolaires plus développées et du moindre besoin en main d'œuvre juvénile dans les champs. Encore une fois, l'Ontario fait figure de championne à cet égard, suivie de la Colombie-Britannique et du Québec. Étant donné les structures économiques assez sem-blables des deux provinces du Québec et de l’Ontario, il apparaît que la première est un peu en retard sur la seconde. On note en général un léger avantage des filles dans la proportion des enfants fréquentant l'école, à l'exception notable de l'Ontario, ce qui pourrait indiquer l'émergence d'un nouveau modèle où l'investissement dans l'éducation des garçons revêt une importance plus grande dans les aspirations de réalisation sociale.
Tab. 1
Caractéristiques de la population suivant la province, Canada, recensement de 1901
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Brossé à larges traits, ce portrait de la population canadienne à l’aube du xxe siècle permet de mieux saisir le contexte dans lequel évolue la fécondité au cours des décennies qui entourent cette date. Les contrastes décrits plus haut persis-tent pour la plupart jusqu'à la fin de la période étudiée ici. L'industrialisation s'accélère au début du xxe siècle, tout comme l'urbanisation qui l'accompagne. L'immigration continue, tandis que l'émigration ralentit quelque peu et s'interrompt de manière forcée avec l'enchaînement de la Première guerre mondiale, de la crise des années trente, puis de la Seconde Guerre mondiale. Ces événements, en particulier la crise et son lot de misère, marquent évidemment aussi le contexte dans lequel s'élaborent les décisions de reproduction.
 
L'évolution de la fécondité au Canada, 1861-1941
 
 
Il est difficile d'établir une série unique de données décrivant l'évolution de la fécondité dans les différentes provinces canadiennes entre 1860 et 1940. Cela tient d'une part aux sources disponibles, qui ne permettent pas avant 1926 [11] de calculer directement des taux de fécondité, et d'autre part aux objectifs spécifiques poursuivis par les auteurs de différentes études. Les chiffres rassemblés aux tableaux 2 et 3 visent à décrire l'évolution des niveaux de fécondité maritale durant la période étudiée ainsi que l'évolution des écarts enre-gistrés entre les provinces. Ces séries ont été retenues parce qu'elles ont servi de point d'ancrage aux tentatives d'interprétation des tendances examinées plus loin. Comme le démontre la section précédente, un découpage géographique s'impose si l'on veut pousser plus loin ces efforts d'interprétation.
Tab. 2
Indicateurs de fécondité maritale selon la province, diverses dates
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Tab. 3
Valeurs relatives des indicateurs de fécondité maritale à diverses dates (Ontario = 100)
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Différents indicateurs sont utilisés dans ces deux tableaux et deux séries différentes sont même reproduites pour l'année 1891, de façon à mieux apprécier l'évolution des niveaux entre 1861 et 1941. Les travaux pionniers de McInnis sont à la base de quatre des sept séries présentées dans les tableaux 2 et 3. Utilisant les données agrégées des recensements de 1861 et 1891, il a d'abord calculé les indicateurs de fécondité développés par les chercheurs du projet de recherche sur la fécondité en Europe ; sa démarche s'appuie sur les nombres d’enfants de 2 à 4 ans déclarés à chacun de ces recensements, auxquels l'auteur applique des taux de survie différentiels pour déterminer le nombre des naissances dont ils proviennent. Les taux généraux de fécondité maritale qu'il a récemment publiés pour les années 1891 et 1931 sont également élaborés à partir des données agrégées des recensements, corrigées pour tenir compte de la mortalité infantile.
Les trois autres séries, surtout utiles pour apprécier les écarts relatifs et pour leur contribution à l'interprétation des différences, reposent également sur des données de recensement, mais cette fois à l'échelle « micro » des familles. La série des rapports enfants/femme calculés pour les femmes mariées au recensement de 1901 vient d'être établie par nous à partir des données d'un échantillon de 5 % du recensement de 1901 (Gauvreau et Gossage, 2001b) ; elle est également fournie dans une version corrigée tenant compte de la mortalité infantile et des écarts relatifs existant à cet égard entre les provinces. Enfin, la série des nombres d'enfants mis au monde par les femmes mariées âgées de 55 à 64 ans au recensement de 1941 provient de la monographie de recensement réalisée par Enid Charles sur le thème de la famille et de la fécondité, et qui a été publiée en 1948. Contrairement aux séries établies par McInnis, ces chiffres ont été compilés à partir des données individuelles et analysés en fonction des caractéristiques personnelles des femmes et de leur conjoint.
Les chiffres proposés par McInnis suggèrent que la baisse de la fécondité maritale se serait amorcée au Canada peu après la première moitié du xixe siècle, cela dans les deux provinces très majoritairement anglophones de l'Ontario et de la Nouvelle-Écosse. La seule série des Ig pour l'année 1861 permet difficilement de conclure, car le seuil minimal généralement utilisé pour parler de contrôle de la fécondité n'est pas encore atteint, mais les chiffres de 1891 ne laissent place à aucune équi-voque quant à ces niveaux. Ces chiffres contrastent avec ceux publiés auparavant par Henripin, lesquels faisaient état de niveaux de fécondité maritale très semblables pour l'Ontario et le Québec au moins jusqu'en 1871. McInnis y voit la conséquence de problèmes inhérents aux estimations des naissances dans les travaux de Henripin (1968), une entreprise difficile, on en conviendra ; cette explication tout à fait plausible s’ajoute au fait que les chiffres rapportés par McInnis (Tableau 2) ont l'avantage d'étaler de façon plus raisonnable dans le temps une baisse qui, pour l'Ontario en particulier, est loin d'être négli-geable [12]. Entre 1861 et 1891, la fécondité maritale aurait donc connu ses baisses les plus importantes en Ontario (24 %) et au Nouveau-Brunswick (21 %), où elle rejoint toutefois seulement les niveaux de la Nouvelle-Écosse. Le Québec ne connaît durant cette pé-riode qu'une baisse minime (7 %), probablement concentrée dans certains groupes. En 1891, les données pour trois autres provinces contribuent toutefois à former une image beaucoup plus contrastée de la situation. La Colombie-Britannique y affiche un niveau de fécondité maritale particulièrement faible, plausible toutefois compte tenu des chiffres ultérieurs ; le Manitoba, et surtout l'Île-du-Prince-Édouard, se situent plutôt à l'autre extrême de la distribution.
Les rapports enfants/femme calculés pour les femmes mariées âgées de 15 à 49 ans au recensement de 1901 renvoient une image très semblable des niveaux de fécondité au tournant du xxe siècle (Tableaux 2 et 3 et figure 1). Les mêmes provinces qu'en 1891 occupent les positions extrêmes et le Québec se détache même davantage du groupe lorsque les différences de mortalité infantile sont prises en compte (Colonne 5 du tableau 2). En effet, le Québec, et plus particulièrement les catholiques francophones, connaissent des niveaux de mortalité infantile significativement plus élevés que les autres groupes, une situation qui affecte à la baisse le nombre de leurs enfants survivants à différents âges (Thornton, Olson et Thach, 1988, 299-325 ; Thornton et Olson, 2001a, 1-39 ; McInnis, 2000a, 371-432). Cette situation est importante parce qu’elle affecte la comparabilité des séries ; elle est importante aussi parce qu'elle signifie que les catholiques francophones doivent mettre au monde un plus grand nombre d'enfants pour qu'en survive un nombre équivalent à ceux des autres groupes. Les données selon l'âge de la mère (Figure 1) suggèrent quant à elles que les différences ne se limitent pas à la fin de la vie féconde des femmes, moment où les couples chercheraient à mettre un terme à leur descendance, mais affectent aussi les femmes plus jeunes, vraisemblablement à la suite d'efforts pour espacer les naissances ou de tentatives infructueuses pour mettre un terme à sa famille.
Fig. 1
Rapports enfants/femme mariée selon l’âge de la mère et la province, Canada 1901
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Les séries de taux de fécondité maritale établies par McInnis pour 1891 et 1931 indiquent que le déclin de la fécondité se poursuit à un rythme soutenu dans toutes les provinces au cours des premières décennies du xxe siècle, et cela même si le Québec et la Nouvelle-Écosse le font à un degré moindre [13]. Les niveaux de départ n'étant toutefois pas les mêmes partout, les écarts relatifs connaissent de légères variations tout en demeurant marqués, avec un écart du simple au double entre la Colombie-Britannique ou l'Ontario d'une part et le Québec d'autre part. Les autres provinces affichent aussi des niveaux significativement plus élevés que les provinces où la fécondité est la plus faible. Ce portrait se trouve confirmé par les chiffres de descendance complète rapportés par Charles pour les femmes ayant eu leurs enfants entre 1900 et 1930 environ (55-64 ans en 1941) : 6,2 enfants en moyenne au Québec et seulement 3,0 en Colombie-Britannique, avec des écarts relatifs se situant presque parfaitement entre ceux établis par nous pour 1901 et ceux de McInnis pour 1931 (Tableau 3).
Malgré les différences d'indicateurs et l'incertitude affectant certaines des séries présentées ici, la cohérence du portrait s'impose et appelle un certain nombre de conclusions : en premier lieu, la fécondité maritale a bel et bien commencé à diminuer au Canada peu après la première moitié du xixe siècle mais le modèle suivi varie considérablement selon les provinces. Les couples de l'Ontario et de la Colombie-Britannique sont ceux qui ont limité le plus efficacement la taille de leur famille, à l'opposé des couples québécois ou de ceux de l'Île-du-Prince-Édouard. Des différences persistaient toujours à la fin des années 1930, près de 70 ans après le début du déclin. Pour mieux comprendre le sens et le rythme de ces transformations, il faut maintenant dépasser les mesures à l’échelle des provinces et examiner plus en détail la progression du déclin au sein des diverses régions.
 
Facteurs de différenciation et tentatives d’explication
 
 
Chacun à leur façon, les auteurs des séries présentées au tableau 2 ont cherché à réaliser cet objectif. En 1861, alors que le déclin s'amorce à peine, McInnis (2000a, 394) fait état pour le Québec de légers écarts entre les villes et les comtés ruraux (Ig de 0,828 et 0,875 respectivement) ainsi qu’entre les comtés à concentration anglophone (0,758) et ceux dominés par les francophones (0,870 et 0,945 suivant leur localisation au Québec). Son interprétation des données québécoises fait une large part à la thèse culturelle tandis que celle des données de l’Ontario se situe davantage du côté des facteurs structurels : dans les villes de cette province, l'Ig varie de 0,774 dans les plus petites villes à 0,679 dans les plus grandes, tandis qu'un gradient semblable affecte les milieux ruraux selon l'ancienneté de leur peuplement (de 0,728 pour les endroits établis avant 1790 à 0,811 pour ceux établis après 1830). Mais l'indicateur de nuptialité est alors plus élevé en Ontario, de sorte que les deux provinces affichent des niveaux de fécondité générale plus semblables que les chiffres de fécondité maritale ne le laissent présager (McInnis, 2000a, 371-432).
La situation observée à la fin du xixe siècle concerne plus de provinces et recèle davantage de contrastes. Certes, les niveaux élevés de fécondité au Québec et dans l'Île-du-Prince-Édouard pointent dans la direction de l'impact respectif du caractère franco-catholique de la pre-mière et de l’aspect rural de la seconde, mais la situation s'avère en réalité plus complexe. L'Île-du-Prince-Édouard, par exemple, affiche un indice de nuptialité très bas qui affecte à la baisse son niveau de fécondité générale, comme si la route vers un nombre réduit d'enfants em-pruntait là un chemin plus proche de celui qui a été observé dans certains pays européens (McInnis, 2000a, 371-432). Au sein même du Québec et de l'Ontario, la situation est suffisamment contrastée pour déjouer les interprétations simplistes. Les chiffres de McInnis à l'échelle des comtés montrent qu'au Québec, la fécondité maritale atteint ses niveaux les plus bas dans les villes (Ig de 0,669 à Montréal et de 0,815 en dehors des grandes villes) et dans les comtés largement anglophones (Ig inférieurs à 0,600 dans trois de ces comtés) ; mais quelques comtés ruraux et francophones au sud de Montréal ont aussi connu des déclins importants depuis 1861. En Ontario, le déclin est globalement aussi important dans les villes qu'en milieu rural (environ 20 %), mais les comtés à majorité francophone et ceux récemment ouverts à la colonisation échappent à cette évolution. Ailleurs, McInnis (1991, 237-262) avait aussi invoqué le nombre restreint d'opportunités d'emplois pour les femmes afin d’expliquer la quasi-impossibilité pour celles-ci de recourir au célibat prolongé comme moyen de limiter le nombre d'enfants, et donc la nécessité de contrôler la fécondité maritale.
L'étude des micro-données du recensement de 1901 permet d'exa-miner directement un éventail plus large de variables (Tableaux 4 et 5) [14]. Les analyses ont de nouveau ici été menées à l'échelle des provinces [15], mais de manière séparée pour deux grands groupes d'âge des mères : en effet, l'impact de l'âge sur les niveaux de fécondité est tel qu'il vaut mieux se pencher sur deux groupes plus homogènes. Cette façon de faire permet aussi de distinguer les pratiques de contrôle d'espacement (25-39 ans) et d'arrêt (40-49 ans). Sans perdre de vue les niveaux de fécondité très différents qui caractérisent les provinces en 1901 (tableaux 2 et 3), examinons les traits associés dans chacune des provinces à des différences significatives dans le nombre d'enfants de moins de 5 ans.
Tab. 4
Résultats des régressions multiples menées sur le nombre d'enfants de moins de 5 ans pour les femmes de 25-39 ans, provinces canadiennes au recensement de 1901
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Tab. 5
Résultats des régressions logistiques menées sur la présence d'enfants de moins de 5 ans pour les femmes de 40-49 ans, provinces canadiennes au recensement de 1901
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La Colombie-Britannique attire tout de suite l'attention du fait de l'absence quasi totale de différences de nature culturelle, sociale ou économique : tout se passe comme si, dans cette province, tous les groupes avaient déjà adopté des comportements de faible fécondité, y compris les catholiques et les résidents des milieux ruraux. Ce constat, conforme à d'autres résultats rapportés par McInnis (2000b, 549), suggère que cette province, ouverte depuis peu à une colonisation d'un type particulier compte tenu de son économie et soumise à des courants d'immigration en provenance, notamment, des États-Unis, abritait une population dont les valeurs en matière de reproduction coïncidaient presque parfaitement dans le contexte socioéconomique où elles trouvaient à s'exprimer. Soulignons que le caractère distinct de cette province s'exprimait aussi dans une plus forte proportion de personnes se déclarant sans religion au recensement de 1901, un phénomène récemment mis au jour par Marks (2001).
Dans les autres provinces, la religion joue partout un rôle significatif indépendant des autres caractéristiques. Les femmes catholiques, qu'elles soient francophones ou anglophones, affichent en tous lieux des niveaux de fécondité plus élevés que les anglicanes. Les protestantes aussi présentent certains écarts significatifs : d'un côté, les méthodistes et les baptistes sont les groupes qui, en Ontario et dans les Prairies, tendent à avoir moins d'enfants que les anglicans [16] ; de l'autre, les femmes luthériennes et pentecôtistes vivant dans les Prairies ont significativement plus d'enfants que les anglicanes de leur âge (25-29 ans).
Quoique non parfaitement systématique, l'effet de l'habitat va dans le sens d'une fécondité réduite dans les villes par rapport au milieu rural, tandis que l’effet de la catégorie professionnelle de l’époux va le plus souvent dans le sens attendu d'une fécondité réduite pour les catégories supérieures et les cols blancs par rapport aux cultivateurs ; les femmes de travailleurs manuels et celles de journaliers affichent parfois aussi une fécondité réduite [17]. Le critère du lieu de naissance des mères, étudié ici à travers trois grandes catégories (ex-térieur au Canada, Canada rural et Canada urbain), ne donne pas lieu à des différences significatives, mais ce résultat pourrait varier si une analyse plus détaillée était menée séparément pour quelques groupes d'immigrants mieux représentés [18]. Il est important de souligner toutefois que les femmes nées au Canada dans un milieu rural et vivant en milieu urbain en 1901 n'ont pas davantage d'enfants que celles nées et résidant toujours en milieu urbain, ce qui suggère l'existence d'un phénomène de sélection des migrants ou encore d'un processus d'adaptation très rapide à la vie urbaine.
À cause de leur importance dans certaines explications de la transition démographique et dans notre appréciation du rôle des facteurs culturels dans cette transition, il convient de s'attarder sur les résultats relatifs à l'impact de la fréquentation scolaire des enfants et du degré d'alphabétisation des mères sur les niveaux de fécondité observés en 1901. La plupart des adultes savent lire et écrire au tournant du xxe siècle ; cette dernière caractéristique a donc peu d'impact et, lorsqu'elle en a, celui-ci s'avère quelque peu surprenant. En effet, au Québec chez les femmes plus âgées et dans les Prairies chez les plus jeunes, le fait de savoir lire et écrire est associé à un niveau de fécondité plus élevé. Au Québec, où la scolarisation est largement liée à l'Église catholique, et au Manitoba, où la présence de certains groupes ethniques et religieux (Mennonites et Huttérites) pourrait avoir le même effet, il est possible que ce phénomène soit lié au contenu « traditionnel » des enseignements qui accompagnent l'apprentissage de la lecture et de l'écriture. Bouchard et Roy (1991, 173-201) ont déjà fait état de résultats semblables pour la région du Saguenay au Québec, tout en notant que le constat s'inverse avec la progression du déclin de la fécondité ; Lalou (1993, 229-262) l'évoque également dans un aperçu du rôle de ce facteur sur la fécondité au Québec.
La fréquentation scolaire des enfants (mesurée à l'échelle des familles par le biais de la proportion des enfants de 7 à 14 ans ayant fréquenté l'école de façon régulière durant l'année précédant le recensement de 1901) joue un rôle significatif dans les modèles testés ici : elle exerce un effet à la baisse sur les niveaux de fécondité des femmes de l'Ontario (25-39 ans) et des Maritimes. Ce résultat important a rarement été mis au jour de cette façon pour des pays industrialisés. Il peut être vu comme reflétant les aspirations des parents quant à l'avenir de leurs enfants dans une économie en transformation (orientation des valeurs) ; il peut aussi être perçu comme un reflet de la capacité financière des parents à investir dans l'avenir de leurs enfants, dès lors que ceux-ci se privent ainsi d'un revenu d'appoint pour la famille (facteur économique).
Des analyses de régression de type « écologique » menées à l'échelle des comtés avec les données du recensement de 1901 ont fait apparaître le même effet négatif des variables suivantes : la fréquentation scolaire des enfants, la plus faible proportion de catholiques, le fait de résider en milieu urbain et d'exercer une profession autre que cultivateur (Gauvreau et Gossage, 2001b). Ajoutons enfin un élément nouveau qui ne pouvait pas être pris en compte dans les analyses à l'échelle micro, puisque très peu de femmes mariées ont une profession déclarée : les comtés où les femmes sont les plus nombreuses à occuper un emploi sont aussi ceux où la fécondité est la plus basse, et ce même après avoir pris en compte le caractère plus ou moins urbain de ces comtés.
Au cours des premières décennies du xxe siècle, le déclin de la fécondité se poursuit et les écarts entre les provinces persistent et se creusent même avec le Québec, qui connaît pourtant lui aussi une diminution. McInnis observe que la baisse gagne maintenant tout le monde rural, y compris les régions plus récemment colonisées de l'ouest, par exemple, et que la résistance francophone est palpable en milieu rural et en milieu urbain, malgré quelques exceptions (McInnis, 2000b, 529-599). Fait intéressant, il remarque l'augmentation de la nuptialité dans les provinces où la fécondité maritale est plus faible, ce qui, à l’en croire, serait attribuable aux possibilités nouvelles de contrôle de la fécondité au sein des mariages. Ainsi s'expliquerait le « plateau » si souvent observé au Canada dans les niveaux de fécondité générale du début du xxe siècle. Au Québec, les conséquences du déclin limité de la fécondité se trouvaient atténuées de bien triste façon, par des niveaux de mortalité infantile plus élevés que dans les autres provinces et trouvaient vraisemblablement un exutoire partiel dans les hauts niveaux d'émigration qui ont persisté dans cette province plus longtemps qu'ailleurs (Beaujot, 2000, 201-230). Cela est d'autant plus probable que les conditions socioéconomiques n'y différaient pas si radicalement de l'Ontario – pour ne citer que cet exemple –, contrairement à ce qu'ont suggéré les tenants de la thèse du retard économique du Québec.
Grâce à la question portant sur le nombre d'enfants mis au monde, posée pour la première fois au Canada en 1941, Charles a fait un remarquable travail d'analyse fondé sur plusieurs caractéristiques de nature culturelle, sociale et économique. Comme ces analyses ne sont pas toujours menées à l'échelle des provinces, les tableaux 6 et 7 regroupent les résultats des deux grandes provinces de l'Ontario et du Québec, qui constituent des extrêmes sur le plan de la fécondité, tout en présentant de fortes proximités sur celui de leur développement économique. Ces résultats sont présentés ici sous la forme d'indices relatifs pour les femmes de 45 à 55 ans et la catégorie de référence est indiquée par le dénominateur des ratios respectifs.
Comme l'ont déjà souligné McInnis (2000b, 529-599) et Beaujot (2000, 201-230), Charles démontre sans contestation possible l'impact de la religion et de la langue maternelle sur la fécondité : quels que soient le type d'habitat, le niveau d'éducation des mères ou encore leur province de résidence, les franco-catholiques ont plus de deux fois plus d'enfants que les anglo-protestantes et souvent davantage que les anglo-catholiques (Section A du tableau 6). Le fait de vivre dans un milieu rural est associé à des niveaux plus élevés de fécondité, surtout au Québec et chez les plus scolarisées (Section C). Les différences liées à l'éducation sont plus marquées en milieu urbain et chez les anglo-protestantes québécoises (Section B), tandis que le fait de vivre dans l'une ou l'autre des provinces a peu d'impact une fois les autres facteurs pris en compte (Section D).
Tab. 6
Écarts relatifs (base de 100) dans le nombre moyen d'enfants mis au monde par les femmes mariées de 45-54 ans selon la langue maternelle, la religion, l'habitat et la province, 1941
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Si des écarts entre catégories professionnelles et de revenus existent bien évidemment (données non présentées ici), les écarts rapportés par Charles entre groupes ethniques au sein de ces regroupements sont probablement les plus frappants (Tableau 7). Les mères d'origine britannique ont systématiquement moins d'enfants que celle d'ori-gine française (moitié moins et parfois encore moins), même lorsque leurs époux appartiennent aux mêmes catégories professionnelles et de revenus.
Tab. 7
Écarts relatifs dans le nombre moyen d'enfants mis au monde par les femmes mariées d'origine britannique et française (45-54 ans) selon la scolarité, la profession et le revenu du mari, 1941
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L'expérience canadienne et les théories du déclin de la fécondité
 
 
Selon le schéma classique de la transition démographique, la mortalité connaît d'abord une baisse significative avant que le nombre d'enfants, dorénavant plus nombreux à survivre jusqu'à un certain âge, ne subisse à son tour un ajustement à la baisse. Avec les niveaux de mortalité infantile les plus élevés en milieu urbain et la baisse significative qui survient un peu partout au Canada à partir surtout des années 1910 (McInnis, 2000b, 568), ce schéma ne convient pas pour rendre compte des motivations premières des couples canadiens à limiter la taille de leur famille. On peut certes l'invoquer pour justifier la fécondité plus élevée des franco-catholiques [19], mais la différence de fécondité effective persiste au-delà de ce que les écarts de mortalité des enfants permettent d'expliquer.
La théorie de la transition démographique voit également dans l'industrialisation et l'urbanisation, c'est-à-dire dans les changements économiques et sociaux affectant les sociétés occidentales à la fin du xixe siècle, un élément essentiel du déclenchement de la transition de la fécondité. Bien que plus complexe que ne le suggère cette thèse d'une adaptation des couples à de nouvelles conditions socioéconomiques, l'expérience canadienne peut être vue comme la cautionnant en bonne partie. En effet, le rythme varié suivant lequel divers groupes affichent des niveaux de fécondité maritale réduits témoigne du bien-fondé de cette assertion : vont par exemple dans ce sens les différences observées entre les couples du milieu rural et ceux du milieu urbain, entre les femmes de cultivateurs et celles des autres catégories professionnelles, surtout les classes dirigeantes et les travailleurs non manuels, ou encore entre les familles dont les enfants fréquentent l'école avec plus ou moins d'assiduité [20]. Ce dernier résultat tend de surcroît à accréditer la thèse de la transition démographique telle que reformulée par Caldwell (Caldwell, 1982), dans laquelle l’inversion des flux de richesse des enfants vers les parents est centrale pour expliquer le déclin de la fécondité. Plusieurs éléments suggèrent donc que la demande d'enfants se fait moins pressante dans les nouvelles conditions d’un monde industrialisé et urbain, amenant ainsi nombre de couples à réduire volontairement la taille de leur famille. Le travail salarié des femmes n'y est pas étranger non plus. Même limité à celles qui étaient non mariées et assujetti aux règles rigides de l'économie familiale, il permettait aux femmes d'aspirer à une vie différente de celle qu'avaient connue leurs mères avant elles et d'occuper au sein du couple une place moins exclusivement centrée sur leur rôle de reproductrice.
La thèse de l’influence des facteurs culturels, renforcée par le projet de fécondité de Princeton sur l’Europe (Coale et Watkins, 1986), s’avère également utile pour comprendre l’expérience cana-dienne. L’existence de grappes de comtés à faible ou forte fécondité, mise en évidence en particulier par McInnis, rappelle certains patterns européens et ne peut s’expliquer par les seules différences de développement socioéconomique entre régions. Au sein des provinces, la grande division observée entre le nombre d’enfants des franco-catholiques et celui des anglo-protestantes n’étonne pas non plus, puisqu'elle a déjà été observée dans d’autres pays. Elle renvoie entre autres à la position plus stricte de l'Église catholique sur les questions relatives au mariage et aux comportements reproducteurs, rapportés par exemple dans Silcox et Fisher (1979/1934), et aux valeurs différentes du protestantisme, plus proche pour certains d’une vision rationnelle et sécularisée de l’univers (par exemple McQuillan, 1999, 166-170).
Le caractère différentiel de la fécondité selon la religion ne se limite par ailleurs pas à la seule grande opposition entre catholiques et protestants. Les différences enregistrées en 1901 entre diverses dénominations de protestants rappellent certains résultats comparables mis au jour aux États-Unis (Parkerson et Parkerson, 1988, 49-70) et invitent à montrer davantage d’esprit de nuances dans la perception du rôle de la religion sur le déclin de la fécondité. Au Canada, les membres de deux groupes évangélistes, les méthodistes et les baptistes, pourraient avoir adopté plus tôt des valeurs mieux adaptées au nouveau contexte économique, choisissant de contrôler leur fécondité de façon plus précoce et plus efficace que les couples d'autres groupes. Certains éléments portent à croire que les valeurs mêmes prônées par ces groupes religieux n'y seraient pas étrangères, comme en fait foi le texte suivant publié en 1893 dans un journal méthodiste : “[…] in marriage no woman can be absolute mistress of herself. Neither should her husband be absolute master of her. There must be mutual concessions. But her right to limit the number of her own offspring should be unquestioned. Even those who value a woman solely for her parental functions must admit that she who has but four children can give them three times the amount of attention and of mothering than she who has twelve [21].”
Mais d'autres travaux devront être faits pour mieux comprendre les mécanismes à l’œuvre en cette matière chez les protestants canadiens, en Ontario comme dans les Prairies et les Maritimes (résultats quasi-significatifs). En Ontario, McInnis (2000b, 551) évoquait récemment la possible existence d'une « culture » pro-pre à la région de l'ouest de cette province et cette hypothèse devrait être examinée à la lumière d'une interaction possible avec les résultats précédents. Si les facteurs culturels peuvent agir comme un frein aux pratiques contraceptives, ils peuvent aussi agir comme un catalyseur de celles-ci. Cette seconde éventualité, qui pose le problème de l’adoption presque trop précoce de pratiques contraceptives efficaces, mérite tout autant d’être scrutée que la première, qui a reçu plus d’attention jusqu’à maintenant.
Dans la foulée de travaux récents portant sur les mécanismes concrets de l’influence des facteurs culturels sur la fécondité (Casterline éd., 2001 ; Leete, 1999), l'exemple du Québec tend à confirmer que la religion exerçait son rôle de manière plus complexe qu’un simple refus de la limitation des naissances pour des motifs religieux. Pour analyser ce rôle, on peut en référer aux trois pré-conditions énoncées par Coale en 1973, qui constituent un découpage utile des étapes menant à pratiquer une contraception efficace. Elles consistent à : 1) envisager comme possible le fait de contrôler sa fécondité ; 2) souhaiter, pour soi-même, contrôler la taille de sa famille ; et 3) disposer de moyens concrets permettant d'y arriver (Coale, 1973, 53-72). La première de ces trois conditions amène à se demander si les catholiques pouvaient réellement envisager comme faisable le fait de contrôler leur fécondité. Dans un contexte où, en ville surtout, les couples franco-catholiques voyaient les couples d’autres groupes culturels exercer un contrôle sur leur fécondité et étaient exposés à des pressions socioéconomiques similaires, il semble assez certain que la réponse à cette question est positive dans bon nombre de cas et que de plus en plus de couples faisaient le pas de souhaiter adopter pour eux-mêmes de tels com-portements (seconde pré-condition) [22]. L’analyse des discours publics des élites religieuses et politiques entre 1870 et 1920 démontre en effet que ces questions sont à l'ordre du jour chez les catholiques et le ton qui se fait de plus en plus pressant à partir des années 1910 suggère que l'Église a du mal à convaincre tous ses fidèles (Gossage et Gauvreau, 1999, 375-395). Outre la difficulté qu’il y a à se procurer de l'information et des moyens de contraception [23], d’autres obstacles se dressent sur le chemin des couples catholiques vers des pratiques contraceptives efficaces. Le contrôle social exercé par les prêtres lors de la confession et de la visite paroissiale annuelle en constitue un bon exemple : dans le premier cas, l'absolution n'était pas donnée aux femmes qui confessaient avoir utilisé des moyens pour « empêcher la famille », de sorte qu’elles ne pouvaient recevoir la communion à la messe du dimanche, une sanction qui devenait alors connue de tous ; dans le second cas, il était courant que le curé s'étonne ouvertement, lors de sa visite paroissiale, que la femme ne soit pas enceinte lorsque le plus jeune avait plus d'un an [24]. Comme McQuillan le rappelle dans son étude sur les catho-liques et les luthériens en Alsace (1999), il ne faut pas non plus négliger le caractère central de la religion et de la langue dans la définition de l'identité. Gauvreau (1990, 48-97), par exemple, décrit le Québec comme une société plus reli-gieuse (more religiously established) que les autres provinces et Sterne, dans le contexte d'une ville industrielle du nord-est américain (Providence) où ont émigré des catholiques, les décrit ainsi : “Irish and French Canadians were known as regular churchgoers who shared a strong association between faith and national identity. Having suffered religious and political persecution at the hands of the British in their homelands, they arrived in Providence accustomed to looking to the priest as a community leader, to the parish as a site of resistance, and to religion as a component of ethnic identity.” (Sterne, 2000, 154)
L'Église elle-même n'a pas hésité à utiliser ce rôle qu'elle savait central à la vie – et à la survie – des canadiens-français pour les exhorter à une « revan-che des berceaux [25] » qui n'a probablement pas convaincu beaucoup de couples mais en a sûrement fait hésiter quelques-uns. Les femmes du milieu ouvrier montréalais ayant eu leurs enfants dans les années 1930 font encore état des obstacles que consti-tuaient les enseignements et le contrôle de l'Église en cette matière (Gauvreau et Gossage, 1997, 478-510). Tous ces éléments renvoient aux coûts de tous ordres reliés aux pratiques contraceptives, et donc à la troisième pré-condition formulée par Coale lorsqu'il évoque l’accès aux moyens concrets de mise en œuvre du désir de limiter la taille de sa famille. De diverses façons, la religion et des variables telles que la langue et l'origine ethnique ont donc contribué à rendre ces coûts exorbitants, freinant considérablement la progression du déclin de la fécondité chez les franco-catholiques canadiens.
Une province, la Colombie-Britannique, paraît déjouer quelque peu le modèle d’une combinaison des thèses socioéconomiques et culturelles pour expliquer le déclin de la fécondité maritale au Canada, à moins qu’elle n’en constitue une version plutôt originale. Dans cette province, l’uniformité des comportements ainsi que le faible niveau de la fécondité maritale enregistrés dès la fin du xixe siècle pourraient résulter de la colonisation tardive, réalisée dans le contexte particulier d’une économie déjà toute axée sur l’exploitation capitaliste des ressources naturelles et s’alimentant à des courants migratoires sélectifs. Une homogénéité de valeurs peu commune en aurait découlé, ainsi qu’un phénomène de sécularisation plus précoce qu'ailleurs.
Comme en Europe et ailleurs en Amérique du Nord, l’expérience cana-dienne du déclin de la fécondité est marquée par des contrastes géographiques saisissants et une seule théorie explicative peut difficilement rendre compte de la complexité des situations mises au jour. La connaissance approfondie des chemins variés, parfois tortueux, ayant mené les couples à limiter efficacement la taille de leur famille s’avère essentielle pour comprendre la nature des changements profonds alors en cours. Au Canada, et cela semble aussi être le cas aux États-Unis (Haines, 2000, 325), une certaine évolution paraît caractériser ces schémas explicatifs : au début, dans certaines provinces, la disponibilité des terres joue un rôle non négligeable dans le contexte de ces sociétés neuves et peut se combiner à une diminution de la nuptialité qui affecte à la baisse le niveau général de la fécondité – un modèle bien connu en Europe. Par la suite, le déclin de la fécondité maritale s’engage irrémédiablement. Il relève d’une combinaison de facteurs structurels et culturels dont l’agencement spécifique dans divers contextes commence à être mieux connu.
 
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NOTES
 
[1]Ce texte est la version remaniée d’une communication présentée au Congrès de l’Union internationale pour l’étude scientifique de la population à Salvador, Brésil, en août 2001. Nous remercions Susan Watkins et Ron Lesthaeghe, respectivement commentatrice et président de séance, pour leurs commentaires ainsi que notre collègue Peter Gossage, qui a commenté une version précédente de ce texte. La recherche sur laquelle s’appuie ce texte a été rendue possible grâce à deux subventions du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, la première dans le cadre d'un projet d'équipe avec Peter Gossage et la seconde dans le cadre d'une subvention au Projet de recherches sur les familles canadiennes (PRFC), basé à l'Université de Victoria. Nous remercions les nombreux assistants de recherche qui nous ont aidée dans la réalisation de ce travail et tous les collègues avec lesquels nous avons eu l'occasion, à un moment ou l'autre, de discuter les idées exprimées dans ce texte.
[2]Exception faite de la France, dont l’expérience diffère complètement des autres pays.
[3]Voir aussi leur analyse des discours publics au Québec durant la période 1870-1920 (Gossage et Gauvreau, 1999, 375-395) et celle d'entrevues de femmes ayant eu leurs enfants durant les années 1930 (Gauvreau et Gossage, 1997, 478-510).
[4]Il y a très peu de naissances de mères non mariées à cette époque au Canada.
[5]Une seule date est retenue pour éviter d'alourdir le texte avec plusieurs tableaux relatifs à différentes périodes. Celle-ci est utile parce qu'elle se situe au milieu de la période étudiée, rappelant ainsi les dynamiques récentes ayant eu cours dans les décennies précédentes ; les données présentent de plus l'avantage de nous être accessible sous la forme des données nominatives du recensement, dépouillé depuis peu par le PRFC auquel nous sommes associée. La qualité générale et la richesse de ce recensement sont également à souligner. Les variables présentées ici sont celles utilisées dans l'analyse de la fécondité dont les résultats sont présentés ultérieurement.
[6]L’expression « Territoires » recouvre alors des territoires aujourd’hui contenus dans les provinces de l’Alberta et de la Saskatchewan ainsi que les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon.
[7]Voir entre autres McInnis (2000a, 371-432) à ce sujet. Les deux types de mouvements ne sont d'ailleurs pas indépendants puisque les immigrants font également partie du lot des émigrants.
[8]Défini comme toute entité géographique de moins de 1 000 habitants, un critère utilisé par le PRFC pour s'harmoniser à la définition adoptée en 1951 pour les recensements du Canada.
[9]Données non présentées ici. Voir Gauvreau et Gossage, 2001b.
[10]La question posée au recensement a trait au nombre de mois pendant lesquels chaque enfant a fréquenté l'école durant l'année précédant le recensement. La limite de six mois permet d'identifier les jeunes ayant fréquenté l'école sur une base régulière.
[11]Un système d'enregistrement centralisé des faits d'état civil voit le jour au Canada en 1921, mais devient effectif au Québec en 1926.
[12]Des travaux en cours à partir des données nominatives des recensements de 1871 et 1881 pourraient permettre de jeter un nouvel éclairage sur cette question.
[13]Le rythme n'est pas non plus partout le même avec le Québec qui, contrairement aux autres provinces, connaît de plus fortes baisses après 1921 (McInnis, 2000b, 529-599).
[14]Les détails concernant la mesure de la fécondité (variable dépendante) ainsi que les variables indépendantes ont déjà été présentés ailleurs (Gauvreau, Gossage et Gingras, 2000, 219-229 ; Gauvreau et Gossage, 2001a, 162-188).
[15]À cause des petits effectifs et du caractère relativement homogène de leurs niveaux de fécondité, le Manitoba et les Territoires ont été regroupés dans la catégorie des Prairies, tandis que la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard forment les Maritimes (expression usuelle servant à décrire ces trois provinces). Les différences de fécondité sont plus importantes entre ces trois dernières provinces, mais leur caractère distinct se trouve largement reflété dans les variables socioéconomiques et culturelles retenues dans les analyses.
[16]Un résultat semblable a été mis en évidence par Moore (1990, 25-47) pour trois villes ontariennes.
[17]Les écarts de mortalité infantile et juvénile, importants entre milieux rural et urbain et à l'avantage du premier (McInnis, 2000a, 371-432 ; Gossage, 1999), affectent toutefois ces résultats ; ils peuvent difficilement être pris en compte à l'échelle des micro-données, dans les analyses de régression. Au Québec, un exercice de simulation a suggéré que les écarts entre les rapports enfants/femme mariée pouvaient être réduits de moitié par ce facteur, mais qu’ils demeuraient néanmoins significatifs (Gauvreau et Gossage, 2000, 39-65).
[18]Par exemple les Écossais de Nouvelle-Écosse qui affichent des niveaux plus élevés de fécondité. Voir aussi Tepperman, 1974 et Marr, 1986.
[19]On sait qu'il peut même être difficile de départager l'effet respectif de chacun de ces phénomènes l'un sur l'autre.
[20]Ce qui se manifeste plus tard par un lien avec la scolarité des parents.
[21]Christian Guardian, 21 juin 1893, p. 396. Nous remercions Lynne Marks, qui nous a signalé cette référence.
[22]Ce nombre est difficile à quantifier et il évoluait sans doute constamment. D'autres couples catholiques voyaient probablement tout cela avec beaucoup plus de fatalisme, comme on peut être porté à le penser en constatant le caractère non efficace (forte fécondité et forte morta-lité) du régime démographique des franco-catholiques en milieu montréalais (Thornton et Olson, 2001b, 191-230). Certaines femmes témoignent de cette façon de s'en remettre à Dieu dans les entrevues que nous avons analysées (Gossage et Gauvreau, 1999, 375-395).
[23]Comme plusieurs autres pays occidentaux durant la même période, le Canada adopta en 1892 une loi interdisant la diffusion d'information reliée à la contraception, la vente de matériel y conduisant et, bien sûr, la pratique de l'avortement (voir entre autres McLaren et McLaren, 1986).
[24]Sur toute cette question du contrôle social exercé par l’Église, voir en particulier Hardy, 1999.
[25]Cette expression apparaît pour la première fois en 1919 dans un discours du Jésuite Louis Lalande qui s'élève contre la tentation des pratiques contraceptives (voir aussi Bouchard et Lalou, 1993, 9-44).
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