Annales de démographie historique
Belin

I.S.B.N.2701134366
256 pages

p. 111 à 129
doi: en cours

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no 106 2003/2

2004 Annales de démographie historique

Évolution des rites religieux dans l’Europe contemporaine. Statistiques et contextes

Alfred Dittgen Université Paris IIDUP
Dans la plupart des pays européens, les rites religieux qui accompagnent les grands moments de la vie sont en régression. Mais les valeurs actuelles sont très variables. Un facteur d’explication de ces différences est sans conteste le facteur politique, plus précisément les relations religion/société. Le rite tient mieux quand la religion majoritaire n’a pas beaucoup de concurrents, comme en Scandinavie ou en Europe du Sud, et, évidemment, quand son pouvoir n’est pas contesté, car elle est alors constitutive de l’identité nationale. Cela est encore plus vrai dans les pays où la religion a contribué à maintenir cette identité dans les périodes de disparition de l’État, comme en Grèce, en Irlande, en Pologne ou en Lituanie.
Il est évidemment impossible de dire comment ces rites religieux vont évoluer dans les années à venir. Mais comme leurs concurrents civils ne sont guère attractifs, même si les convictions et les pratiques religieuses continuent à baisser, ces rites ont encore de l’avenir.
In the majority of European countries, religious rites which accompany the principal moments of life are declining. But recent figures are very varied. One factor of theses differences is, obviously, the political factor, more precisely, the relations religion/society. Rite remains stronger when the majority religion do not have many rivals, as in Scandinavia or in South Europe, and, of course, when it’s power is not disputed, because in this case this religion is part of the national identity. This is even more true in the countries in which religion has contributed to maintain this identity during the periods where States disappeared, like in Greece, Ireland, Poland and Lithuania.
It is impossible, of course, to say how these religious rites will evolve in the years to come. But because their civil rivals are less attractive, even if the religious beliefs and practices continue to diminish, they have nevertheless future.
Au lendemain de la dernière guerre, les populations européennes, sauf celles tombées sous la domination communiste, se conformaient massivement aux grands rites religieux chrétiens marquant la vie : les enfants étaient baptisés, faisaient leur communion solennelle ou leur confirmation [1], les couples se mariaient religieusement et la mort était suivie d’obsèques à l’église ou au temple. Les choses ont bien changé depuis. À l’heure actuelle, il n’y a plus d’unanimité dans ce domaine. Ces pratiques sont en baisse et continuent à diminuer, mais de façon très variable selon le pays et selon la confession.
Dans cet article, nous présentons l’évolution des mariages religieux, généralement durant le demi écoulé, pour une grande partie de ces pays, celle des baptêmes, pour un certain nombre d’entre eux, ainsi que celle des communions/confirmations et celle des obsèques religieuses pour quelques-uns. Les chiffres en question figurent dans quatre tableaux placés à la fin du texte. Nous essayerons d’éclairer ces évolutions en les replaçant dans les contextes socio-religieux et socio-politiques des pays en question.
Plutôt que de présenter fastidieusement les chiffres pays à pays, nous avons opéré des regroupements à partir d’une typologie de niveau et de variation des mariages religieux – cérémonies pour lesquelles les données sont les plus courantes –, typologie qui n’a cependant rien d’évident, car chaque pays présente une évolution particulière.
 
Pays de l’Europe de l’Ouest : baisse ancienne du mariage religieux
 
 
Les pays qui connaissent une baisse régulière de la nuptialité religieuse depuis plusieurs décennies se situent principalement à l’ouest du continent. Il s’agit de la France, de la Belgique et de l’Autriche, de tradition catholique, ainsi que de l’Allemagne, des Pays-Bas et de la Suisse, de tradition bi-confessionnelle, protestante et catholique. On peut y ajouter deux ex-pays de l’Est, la Hongrie et la Tchéquie, dont les populations étaient, avant leur inclusion forcée dans la sphère communiste, majoritairement catholiques, mais comportaient de fortes minorités protestantes.
Les chiffres des mariages religieux
Le graphique 1 montre l’évolution de la nuptialité catholique en France durant le demi écoulé, comparée à la nuptialité générale (Dittgen, 1991). Si on rapporte les mariages catholiques aux seuls nouveaux couples ne comportant pas de divorcés – ceci afin de tenir compte du fait que l’Église catholique n’admet pas le remariage des divorcés –, on obtient à l’heure actuelle (en 2000) 53 %. Mais, si on intègre les couples divorcés au dénominateur, ce pourcen-tage tombe à 40 %. On a la même valeur en Autriche et une valeur un peu plus forte en Belgique, 47 %.
Fig. 1
France. Évolution, depuis 1950, du rapport des mariages catholiques aux mariages totaux (MC/LMT) et du rapport des mariages catholiques aux mariages de non divorcés (MC/MnD)
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Le graphique 2 porte sur l’évolution des mariages catholiques et protestants en Allemagne. Le total de ces cérémonies dans ces deux religions représente actuellement à peine le tiers de l’ensemble des nouvelles unions, 31 %. En 1990, en RFA, ce pourcentage était de 52 %, soit à peu près le même que celui des mariages catholiques en France à cette époque. Mais la Réunification, en adjoignant à ce pays une population très déchristianisée, l’a fait tomber à 45 %. En Suisse, cet indice se maintient à un niveau plus élevé, 50 %. Aux Pays-Bas, en revanche, bien qu’on ne puisse pas l’établir précisément [2], il est encore plus faible qu’en Allemagne.
Fig. 2
Allemagne. Évolution, depuis 1953, du rapport des mariages catholiques aux mariages totaux (MC/LMT) et du rapport des mariages protestants aux mariages totaux (MP/TM). Jusqu’en 1989 : ex-RFA ; à partir de 1990 : Allemagne
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Le pourcentage de mariages catholiques en Hongrie baisse depuis longtemps. Il était de 40 % en 1970 ; il est de 34 % en 2000. En Tchéquie cette baisse a été beaucoup plus importante, puisqu’on est passé de 18 % environ [3] en 1970 à 14 % en 2000 (Tableau 1).

Tab.1
Évolution du pourcentage de mariages religieux dans différents pays européens
IMGIMGMariages religieux sur total des mar...IMGIMF
Mariages religieux sur total des mariages  Mariages 1950 1955 1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 France Catholiques 80 80 79 78 75 70 66 59 52 48 40 Autriche Catholiques         72 70 66 62 57 50 40 Belgique Catholiques         84 80 76 69 62 54 47 Ex-RFA Catholiques   41 41 40 37 35 35 31 27    Allemagne "                 23 20 16 Ex-RFA Protestants   39 39 40 35 28 26 26 25    Allemagne "                 22 20 16 ex-RFA Cath+prot.   80 80 80 72 63 61 57 52    Allemagne "                 45 40 31 Suisse Catholiques         47 45 43 38 33 32 32 Suisse Protestants 47 43 40 39 39 35 37 32 27 22 20 Suisse Cath+prot.         86 80 80 70 60 54 50 Pays-Bas Catholiques   37 40 41 37 36 32 25 20 16 13 Pays-Bas Protestants1             9 7 2 2  Hongrie Catholiques         40 33 32 29 41 36 34 Tchécoslovaquie Catholiques         38 30 26 28 31 (34) (30) Tchéquie Catholiques                   16 14 Slovaquie Catholiques                   69 62 Pologne Catholiques2         80 83 95 94 90 85 80 Lituanie Catholiques                 18 80 62 Croatie Catholiques                 80 80 78 Slovénie Catholiques                 71 68 65 Italie Religieux3 98 98 98 99 98 92 88 86 83 80 76 Espagne Catholiques           99 96 84 81 77 75 Portugal Catholiques 87 88 90 88 87 80 75 74 73 69 66 Angleterre-Galles Anglicans 50 50 48 46 41 35 33 34 35 30 25 Angleterre-Galles Religieux 70 71 71 68 60 52 50 51 53 45 38 Écosse Presbytériens 59 57 56 53 48 43 40 39 41 36 34 Écosse Religieux 83 82 81 77 71 65 61 59 59 54 54 Irlande du Nord Catholiques 29 30 33 34 38 40 40 39 39 38  Irlande du Nord Protestants 61 58 57 57 51 47 44 42 40 34  Irlande du Nord Religieux 93 94 95 95 93 92 89 86 86 78  Irlande Catholiques 95 95 95 96 96 96 95 94 93 91  Irlande Religieux 99 99 99 99 99 99 98 97 96 94  Danemark Religieux4 65 65 66 73 68 56 55 56 54 55 47 Finlande Religieux4 95 92 90 92 91 85 82 82 78 78 71 Islande Religieux4 92 95 93 95 93 87 83 83 88 87 83 Norvège Religieux4 86 83 84 88 83 74 67 63 68 74 72 Suède Religieux5 92 94 94 93 nd nd 63 67 64 67 67 Grèce Religieux6               91 90 89 87 1. Uniquement ceux de la principale Église, Nederlandse Hervordmde Kerk. 2. Chiffres du Vatican. Le chiffre de 2000 de la statistique polonaise officielle est de 71 %. 3. Dans leur immense majorité : mariages catholiques. 4. Dans leur immense majorité : mariages protestants de l’Église nationale. 5. À partir de 1980 : mariages protestants de l’Église nationale. 6. Dans leur immense majorité : mariages orthodoxes

Les chiffres des autres cérémonies
Les pourcentages de baptêmes, qui concernent des petits enfants dans l’immense majorité des cas, sont nettement plus élevés que ceux des mariages. Cela n’est a priori pas très étonnant : il peut paraître plus important de marquer l’entrée dans la vie que l’officialisation d’un couple à la destinée de plus en plus incertaine. Cela étant, ces cérémonies ont également baissé. Assez peu en Autriche, où les baptêmes catholiques concernent encore 4 naissances sur 5 (80 %), beaucoup plus en Belgique, où ce rapport est de 2 sur 3 (67 %), et considérablement plus en France, où il est pratiquement égal à 1 sur 2 (51 %).
En Suisse, les baptêmes des deux confessions majoritaires représentent actuellement un peu moins des deux tiers, (65 %). Il en est de même en Allemagne (63 %). Dans ce pays, la Réunification a fait tomber ce pourcentage en 1990 de 78 % à 68 %. Aux Pays-Bas, on ne dispose que des baptêmes catholiques, lesquels représentent 22 % des naissances, ce qui doit donner un pourcentage de baptêmes des deux confessions nettement plus faible que dans les deux pays précédents.
Dans les deux ex-Pays de l’Est, les pourcentages de baptêmes catholiques sont aussi sensiblement plus élevés que ceux des mariages. Mais comme pour ces derniers, le chiffre actuel est bien plus faible en Tchéquie, 30 %, qu’en Hongrie, 56 % (Tableau 2).

Tab.2
Évolution du pourcentage de baptêmes dans différents pays européens (Baptêmes sur naissances)
IMGIMG 	Baptêmes	1950	1955	1960	1965	1970	...IMGIMF
  Baptêmes 1950 1955 1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 France Catholiques         78 77 66 63 62 58 51 Autriche Catholiques         95 95 90 88 85 80 80 Belgique Catholiques         95 90 83 80 75 75 67 Ex-RFA Catholiques   49 49 48 45 42 42 43 41    Allemagne "                 35 34 32 Ex-RFA Protestants   44 44 45 41 36 36 37 37    Allemagne "                 33 33 31 ex RFA Cath.+prot.   93 93 93 86 78 78 80 78    Allemagne "                 68 67 63 Suisse Catholiques         60 60 49 45 41 39 41 Suisse Protestants 50 47 43 38 35 35 35 35 32 28 24 Suisse Cath.+prot.         95 95 84 80 73 67 65 Pays-Bas Catholiques         42 38 32 29 26 23 22 Hongrie Catholiques         55 51 56 51 62 55 56 Tchécoslovaquie Catholiques         55 51 45 44 51 (51) (47) Tchéquie Catholiques                   33 30 Slovaquie Catholiques                   85 82 Pologne Catholiques         92 92 98 98 98 98 98 Lituanie Catholiques                   95 91 Croatie Catholiques                   95 95 Slovénie Catholiques                   87 81 Italie Catholiques         99 99 99 95 92 91 91 Espagne Catholiques         99 98 98 97 91 85 79 Portugal Catholiques         95 95 95 95 94 91 90 Suède Protestants 1             76 74 72 78 75 1. Église nationale

On peut faire état également des chiffres qui concernent les funérailles et les communions/confirmations pour l’Allemagne et la Suisse.
Comme les funérailles concernent surtout les générations les plus anciennes, on n’est pas étonné de trouver des pourcentages assez élevés. En Suisse, les funérailles protestantes représentent 47 % des décès, ce qui ne doit pas être très loin de la proportion des décédés protestants. En Allemagne, le pourcentage de funérailles dans les deux religions est de 72 %. Ce rite, comme les autres, a pâti de la Réunification, puisqu’en 1990 on est passé de 85 % en RFA à 76 % pour l’ensemble du pays (Tableau 3).

Tab.3
Évolution du pourcentage de funérailles religieuses dans quelques pays européens (Funérailles sur dècès)
IMGIMG 	Funérailles	1950	1955	1960	1965	19...IMGIMF
  Funérailles 1950 1955 1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 Ex-RFA Catholiques   43 43 41 40 40 40 40 39    Allemagne "                 32 32 32 Ex-RFA Protestantes   49 49 50 49 49 49 48 46    Allemagne "                 44 41 40 Ex-RFA Cath.+prot.   92 92 91 89 89 89 88 85    Allemagne "                 76 73 72 Suisse Protestantes 59 58 58 58 57 55 55 55 51 49 47 Suède Protestantes 1             94 94 92 90 89 Danemark Protestantes 1 92 Lituanie Catholiques                     78 1. Église nationale

Les communions et confirmations concernent des jeunes, qui ont évidemment leur mot à dire dans cette affaire, ce qui peut expliquer les chiffres plus faibles que pour les deux cérémonies précédentes. En Suisse, le pourcentage de ceux qui reçoivent actuellement la confirmation est de 29 %, ce qui doit conduire à un pourcentage de confirmants et communiants d’à peu près le double. En Allemagne, ce pourcentage d’ensemble est de 57 %. Là encore, la Réunification a conduit à une chute en 1990 : de 76 % en RFA à 64 % dans l’ensemble du pays. (Tableau 4)

Tab.4
Évolution du pourcentage de communions et de confirmations dans quelques pays européens (Communions sur effectifs à 12 ans, confirmations sur effectifs à 15 ans)
IMGIMG 	Com./Conf.	1950	1955	1960	1965	197...IMGIMF
  Com./Conf. 1950 1955 1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 Ex-RFA Communions   n.d. n.d. n.d. n.d. n.d. 33 37 40    Allemagne "                 33 32 31 Ex-RFA Confirmations   47 47 47 47 n.d. n.d. 38 36    Allemagne "                 31 29 26 ex-RFA Com.+Conf.               75 76    Allemagne "                 64 61 57 Suisse Confirmations 50 50 50 47 43 40 39 38 34 31 29 Suède Confirmations 1             68 67 56 55 45 1. Église nationale

Les contextes explicatifs
Dans les pays d’Europe de l’Ouest, la baisse des mariages religieux est due en partie non négligeable au développement du divorce – surtout la baisse des mariages catholiques. En France, ce phénomène se traduit à l’heure actuelle par un rapport des mariages catholiques sur les mariages totaux inférieur d’un quart au rapport de ces mêmes mariages sur les seuls mariages de non-divorcés (supra). L’écart est le même, voire plus fort dans les autres pays. Cette baisse est due aussi à la diversification religieuse induite par l’immigration. Ainsi, en France, l’augmentation du nombre de musulmans, dont la proportion dans l’ensemble de la population totale peut être estimée à 8 % à l’heure actuelle (Dittgen, 2002), réduit de façon automatique et sensible la part des catholiques et celle de leurs cérémonies.
Cela étant, le facteur principal de la diminution de ces cérémonies est le détachement religieux, dans des contextes nationaux où la religion relève de plus en plus du seul domaine privé. Les États des pays en question n’ont pas de relations privilégiées avec une religion particulière, même si dans certains d’entre eux, comme en Allemagne, les religions chrétiennes sont de droit public. L’identité de leurs populations ne fait guère de place à la religion, à la différence de ce que l’on peut constater par exemple en Pologne ou en Grèce. Enfin, contrairement à ce qu’il en est dans au nord et au sud du continent, le mariage civil est ici obligatoire et il est d’implantation ancienne (annexe II). Le mariage religieux est donc depuis longtemps un « surplus ».
Dans ce recul du mariage religieux, quatre pays sont « en pointe », la France, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Tchéquie. On ne s’étonnera pas de trouver ici la France, leader de la laïcité. Dans ce pays, l’assistance à la messe dominicale s’est effondrée depuis les années 60 (Boulard, 1982), il en est de même plus récemment de la participation au catéchisme. De ce fait, les couples au moment de se marier et les parents à la naissance de leurs enfants recourent moins spontanément à l’Église que par le passé. Les Pays-Bas sont depuis longtemps le pays de la tolérance. Si celle-ci a permis la coexistence des religions, elle a aussi relativisé leur influence, en particulier celle du protestantisme. Ainsi les fidèles de l’ex-Église officielle, qui représentaient près de la moitié de la population à la fin du xixe siècle, et encore plus de 30 % après la dernière guerre, représentent moins de 15 % à l’heure actuelle [4]. La présence de l’Allemagne dans ce groupe s’explique aussi, comme pour les deux pays précédents, par une baisse de la pratique religieuse et une diminution des personnes inscrites dans les Églises, sans compter l’effet de l’absorption de l’ex-RDA, de tradition protestante, où le communisme avait presque réussi son objectif de dépérissement de la religion. Cette idéologie a contribué de même à la déchristianisation de la Hongrie et de la Tchéquie, avec une efficacité d’autant plus forte dans le second de ces pays, que sa population faisait preuve depuis longtemps, plus précisément depuis la Contre-réforme catholique imposée par les Habsbourg, d’un sentiment anti-religieux marqué.
 
Pays latins du sud : baisse récente du mariage religieux
 
 
Les chiffres
Dans les trois pays latins du sud, Italie, Espagne et Portugal, la diminution des mariages catholiques est relativement récente, ce qui fait que leurs pourcentages actuels sont beaucoup plus élevés que dans les pays précédents. Le graphique 3 donne l’évolution du pourcentage de mariages religieux – dans l’immense majorité catholiques – en Italie. On voit que la baisse n’a débuté qu’à partir de 1970 et qu’à l’heure actuelle cette forme de mariage concerne encore plus de 3 unions sur 4 (76 %). En Espagne, où cette baisse a commencé encore plus tard, à partir de 1980, on a pratiquement la même valeur, puisqu’on y compte à l’heure actuelle 75 % de mariages catholiques. Au Portugal, pays où le mariage religieux a une histoire plus mouvementée (Dittgen, 1997), le recul se situe, comme en Italie, à partir de 1970. On y compte à l’heure actuelle 2 cérémonies catholiques sur 3 mariages (66 %).
Fig. 3
Italie. Évolution, depuis 1950, du rapport des mariages religieux aux mariages totaux (MR/LMT) et évolution, depuis 1970, du rapport des mariages religieux aux mariages de non divorcés (MR/MnD)
IMGIMGItalie. Évolution, depuis 1950, du rapport des mar...IMGIMF
On peut encore noter que sans les remariages de divorcés, on aurait, en Italie et en Espagne, au lieu de 3 mariages religieux sur 4, plus de 4 sur 5, et au Portugal au lieu de 2 mariages catholiques sur 3, 3 sur 4.
À l’instar des mariages, les baptêmes catholiques dans ces trois pays restent nettement plus nombreux que dans les pays à tradition catholique précédents. Ils représentent 90 % ou plus des naissances en Italie et au Portugal et près de 80 % en Espagne.
Les contextes
En Italie, en Espagne et au Portugal, le catholicisme tient une place beaucoup plus importante que dans les « pays catholiques » de l’ouest, numériquement, socialement et institutionnellement, ces trois aspects étant évidemment liés. Les catholiques, plus précisément les personnes baptisées dans cette religion représentent, en 2000, d’après le Vatican, 97 % en Italie, 94 % en Espagne et autant au Portugal. Les accords concordataires que les États de ces pays ont passés avec le Saint-Siège (Julg, 1990) donnent valeur légale au mariage catholique, ce qui rend celui-ci plus « naturel » que dans d’autres pays. On en a la « preuve » au Portugal, où à la suite d’un premier accord concordataire en 1928, la part des mariages catholiques, qui avait chuté après l’instauration de la République en 1910, a nettement remonté, passant de 70 % en 1930 à 90 % en 1970.
Ces accords expliquent aussi l’introduction tardive du divorce. En Italie et en Espagne, parce que ces accords faisaient du catholicisme une religion d’État : en Italie entre le Concordat du Latran de 1929 et les Accords de révision de Villa-Madame en 1984, en Espagne entre le Concordat de 1953 et l’Accord de 1979. Au Portugal, bien que « laïque » depuis la séparation de l’Église et de l’État en 1911 (suite à l’instauration de la République en 1910), parce que le Concordat de 1940 excluait les mariés catholiques du divorce.
 
Pays scandinaves et Royaume-Uni : mariage religieux fluctuant
 
 
Les chiffres des mariages
Le graphique 4 montre l’évolution de la part des mariages religieux en Suède durant les cinquante dernières années. Ici le mariage civil est facultatif, sur le modèle anglais (annexe II). Son introduction en 1915 a conduit à une petite baisse des mariages religieux, mais le pourcentage de ces unions est resté ensuite stable jusque dans les années 60, où il a connu une forte chute. Depuis lors, on assiste à une évolution en dents de scie avec, à l’heure actuelle, plutôt une remontée et un rapport de 2 mariages sur 3 célébrés à l’Église nationale (67 % en 2000). On a une évolution du même type, forte baisse dans les années 60, évolution irrégulière depuis, en Norvège, avec un pourcentage actuel un peu plus élevé, 72 %. Le pourcentage finlandais actuel est de même niveau, 71 %, mais fait suite à une baisse – également depuis les années 60 – plus régulière. En Islande, ce pourcentage est beaucoup plus fort, 83 % ; au Danemark, par contre, nettement plus faible, 47 %. Cela étant, dans l’un et l’autre de ces deux pays les évolutions sont très irrégulières.
Fig. 4
Suède. Évolution, depuis 1950, du rapport des mariages religieux (mariages de l’Église nationale à partir de 1978) aux mariages totaux. Données manquantes de 1968 à 1977
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En Angleterre-Galles, comme le montre le graphique 5, les mariages de l’Église anglicane et d’une façon générale les mariages religieux, ont beaucoup baissé depuis l’introduction du mariage civil en 1837. Mais, depuis 1950, on note des paliers et des remontées, à l’instar des évolutions des courbes scandinaves.
Fig. 5
Angleterre-Galles. Évolution, depuis 1837, du rapport des mariages anglicans aux mariages totaux (MA/MT) et du rapport des mariages religieux aux mariages totaux (MR/MT)
IMGIMGAngleterre-Galles. Évolution, depuis 1837, du rapp...IMGIMF
Autres chiffres éclairants
Pour les cérémonies autres que les mariages, nous ne disposons ici que des chiffres de l’Église nationale de Suède. À l’heure actuelle, les confirmations dans ce pays ne concernent plus la majorité des jeunes, mais 45 % seulement d’entre eux, chiffre plus faible qu’en Allemagne. En revanche, les baptêmes sont très nombreux, ils représentent 75 % des naissances, ainsi que les funérailles dans cette Église, qui concernent 89 % des décédés. Nous disposons aussi de cette dernière statistique pour le Danemark, où on compte 92 % de ces cérémonies à l’heure actuelle.
Une autre statistique est très éclairante ici, c’est celle des personnes inscrites dans les registres des Églises nationales. En 1999, le pourcentage de Suédois (personnes de nationalité suédoise) inscrites à l’Église de Suède était de 87 %. Au Danemark, le pourcentage de Danois inscrits dans l’Église de leur pays était en 2000 encore plus élevé, 89 %. En Finlande et en Norvège, on manque de chiffres récents, mais dans le passé récent les situations étaient proches de celles des deux pays précédents.
Les contextes
Dans ces pays, où la grande majorité de la population est inscrite à l’Église nationale et où le mariage religieux dans cette Église a valeur légale (annexe II), son adoption par les couples, y compris par les couples de divorcés, est grandement facilitée. Cette cérémonie est une sorte de service public qui ne nécessite guère d’engagement personnel, contrairement au mariage catholique dans les pays laïcs. Il peut donc fluctuer « au gré des modes ». Le graphique 6, qui donne le pourcentage de mariages religieux de l’Islande depuis l’introduction du mariage civil facultatif en 1916, est à cet égard très parlant.
Fig. 6
Islande. Évolution, depuis 1916, du rapport des mariages religieux aux mariages totaux (MC/MT)
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En Angleterre, le mariage anglican est mis aussi sans problème à la portée des fidèles de cette confession. Il peut varier pour les mêmes raisons [5]. L’examen attentif de quelques autres statistiques scandinaves confirme, s’il en était besoin qu’il n’y a pas que le sentiment ou la pratique religieuse qui sont ici en cause (Dittgen, 1994a).
Au Danemark, où on dispose de la répartition des cérémonies civiles et des cérémonies religieuses par mois, on voit que jusqu’au début des années soixante, les premières comme les secondes étaient réparties assez régulièrement tout au long de l’année. Depuis lors, alors qu’il n’y a pas eu de changement de calendrier des mariages civils, les mariages religieux ont connu une très forte concentration durant la belle saison (juin, juillet, août), période la plus propice aux grands rassemblements. Ceci laisse penser que, pour beaucoup, le choix du mariage au temple est fait pour donner plus d’éclat à l’événement, plutôt que par conviction religieuse.
En Suède, on a compté en 1989 plus de 106 000 mariages, contre 40 000 les années précédentes, du fait d’un changement législatif pénalisant les couples non mariés [6]. Sur ce total, 61 000 ont été célébrés à l’Église nationale. En supposant que les 40 000 « mariages normaux » de 1989 ont été religieux à 70 % (moyenne des proportions de 1988 et 1990), on obtient pour les 66 000 « mariages supplémentaires » un pourcentage de religieux de 50 %, alors qu’on pouvait penser a priori que ces « mariages forcés » feraient uniquement l’objet d’un enregistrement civil. Pour beaucoup de citoyens de ce pays, et vraisemblablement des pays voisins, le mariage est donc indissociable de la cérémonie au temple.
Peut-être y a t-il lieu de rappeler ici que chez les protestants le mariage religieux n’est pas un sacrement, mais une simple bénédiction du couple. Cela aussi rend son accès plus facile que celui du mariage des catholiques à l’église.
 
Pologne, Grèce et Irlande : mariage religieux très élevé
 
 
Pologne, Grèce, République d’Irlande
Trois pays présentent à l’heure actuelle des pourcentages de mariages religieux toujours très élevés : la Pologne, la Grèce et la république d’Irlande. Contrairement à ce qui s’est passé dans les autres « pays de l’Est », les mariages à l’église sont restés intenses dans la catholique Pologne sous le régime communiste. Ils ne se sont mis à baisser qu’après la chute du Mur de Berlin, mais représentent encore 80 % du total des mariages à l’heure actuelle (2000). En Irlande, les données les plus récentes (1996) indiquent 94 % de mariages religieux, dans leur grande majorité catholiques.
En Grèce, le mariage civil facultatif, sur le modèle anglais, n’a été introduit qu’en 1982. Il a séduit immédiatement 10 % des couples. Mais cette proportion a peu augmenté depuis, puisqu’on compte toujours (en 2000) 87 % de mariages religieux, dans leur immense majorité orthodoxes. Ce faible intérêt de la société grecque pour le mariage civil se révèle aussi dans la publication des chiffres concernant cette forme d’union : de 1983 à 1987, l’annuaire statistique donnait uniquement leur nombre annuel… en note d’un tableau ; dans les derniers annuaires en date cette « statistique » n’est même plus fournie [7] !
En ce qui concerne les baptêmes, le rapport aux naissances est de 98 % en Pologne. Ce chiffre est du même ordre en Irlande [8] et vraisemblablement aussi en Grèce.
Pourquoi une telle « résistance » ? Ces trois pays ont une identité religieuse très forte, qui résulte de leur histoire. En effet, durant les périodes où ces entités ont disparu pour être intégrées à d’autres, à l’empire ottoman pour la Grèce, au Royaume Uni pour l’Irlande, à la Russie et à l’Allemagne pour la majeure partie de la Pologne, la conscience nationale s’est maintenue, par la langue, mais tout autant par la religion, différente de celle de l’occupant, selon le cas, l’islam, l’anglicanisme, l’orthodoxie et le protestantisme. Plus tard, c’est également cette identité religieuse qui a permis à la Pologne de résister au rouleau compresseur communiste. Dans ces pays le respect des rites religieux accompagnant les grands moments de la vie relève aussi de l’affirmation identitaire.
Le cas particulier de l’Irlande du Nord
En Irlande du Nord le mariage religieux se maintient également à un niveau élevé, puisqu’il représente encore 78 % en 1995 (dernière année disponible). On est ici dans une situation bi-confessionnelle, mais, contrairement à l’Allemagne, aux Pays-Bas ou à la Suisse, avec deux communautés rivales. Le mariage catholique ou protestant est, de ce fait, également un signe d’appartenance à l’une ou l’autre communauté. À l’heure actuelle, les mariages catholiques ont fini par dépasser en nombre les mariages protestants, en rapport avec la croissance démographique plus forte des catholiques (Courbage, 2003). Mais l’évolution entre 1990 et 1995, à savoir, le maintien du pourcentage des mariages catholiques et la chute du pourcentage des mariages protestants (Tableau 1), montre aussi que les catholiques, vraisemblablement par réflexe minoritaire, restent plus attachés aux rites de leur communauté que les protestants.
 
Pays catholiques « neufs » : mariage religieux résistant
 
 
La dissolution de l’URSS a conduit à la renaissance de la Lituanie, pays de tradition catholique. C’est avec cet État que le Saint-Siège avait conclu le premier concordat reconnaissant la validité du mariage catholique, en 1927, concordat devenu caduc après l’absorption de ce pays par l’URSS en 1940. La partition de la Tchécoslovaquie, a conduit à la création de la Slovaquie, dont la population a toujours été attachée au catholicisme, contrairement à la population tchèque ; l’éclatement de la Yougoslavie, à la création de deux autres pays marqués par le catholicisme, la Croatie et la Slovénie. Le catholicisme dans ces quatre populations a évidemment pâti de la lutte anti-religieuse de la période communiste. Par ailleurs l’unanimité catholique de la Lituanie a été affectée par une importante immigration de Russes. Cela étant, les proportions de catholiques restent importantes dans ces pays : d’après le Vatican, la Slovaquie comporterait 70 % de baptisés et les trois autres, 80 % ou un peu plus.
Le pourcentage de mariages catholiques est en diminution partout, mais reste relativement élevé : 62 % en Lituanie ainsi qu’en Slovaquie, 65 % en Slovénie et 78 % en Croatie d’après la statistique vaticane. Ce pourcentage est également fort pour les baptêmes catholiques, qui concernent plus de 90 % des enfants en Croatie et en Lituanie et plus de 80 % en Slovaquie et en Slovénie, d’après cette même statistique. On peut ajouter qu’en Lituanie la statistique officielle fait état de 78 % d’obsèques catholiques.
Comme dans les trois pays précédents, les identités de ces populations ont été longtemps occultées. Par le communisme, mais aussi par les identités des populations majoritaires des pays dans lesquels ils étaient inclus : par l’orthodoxie russe pour la Lituanie, par l’orthodoxie serbe pour la Croatie et la Slovénie, par l’irréligion tchèque pour la Slovaquie. Le maintien actuel des rites catholiques dans ces pays est donc aussi une affirmation identitaire enfin libre de s’exprimer.
Que conclure de ce panorama très varié ? Sauf exception, les rites religieux qui accompagnent les grands moments de la vie sont en régression. Mais les valeurs actuelles sont très variables. Dans certains pays, comme en France, la baisse est ancienne, dans d’autres comme dans le sud du continent, plus récente. Par le passé, les évolutions n’ont pas toujours été à la baisse. Il y a eu des remontées, comme en Scandinavie ou au Portugal.
Un facteur d’explication de ces différences est sans conteste le facteur politique, plus précisément les relations religion/société. Le rite tient mieux quand la religion majoritaire n’a pas beaucoup de concurrents, comme en Scandinavie ou en Europe du Sud, et, évidemment, quand son pouvoir n’est pas contesté, car elle est alors constitutive de l’identité nationale. Cela est encore plus vrai dans les pays où la religion a contribué à maintenir cette identité dans les périodes de disparition de l’État, comme en Grèce, en Irlande, en Pologne ou en Lituanie.
Dans les populations qui sont constituées de deux communautés religieuses, si celles-ci sont rivales, comme en Irlande du Nord, les rites religieux ont tendance à se maintenir, car ils sont des signes d’appartenance. En revanche, quand ces communautés ont des relations apaisées, ces rites ont tendance à diminuer. La pratique religieuse n’est pas qu’une affaire personnelle, elle s’inscrit dans un contexte social et, plus largement, socio-culturel.
Il est évidemment impossible de dire comment ces rites religieux vont évoluer dans l’avenir. Remarquons simplement que leurs concurrents civils, soit, n’existent pas, comme dans le cas de la sortie de l’enfance, soit, ne sont guère attractifs, comme dans le cas du mariage civil ou du baptême républicain. De ce fait, même si les convictions et la pratique religieuse continuent à baisser, ces rites ont vraisemblablement encore de l’avenir.

Annexe 1

 
Rappel de la situation religieuse dans les pays européens (Baubérot, 1994 ; Davie, 1997)
 
 
Les pays européens qui comportent une majorité de catholiques sont les pays latins, la France, l’Italie, l’Espagne et le Portugal, ainsi que la Belgique, l’Autriche, L’Irlande, la Pologne et, depuis la désintégration de l’URSS, de la Tchécoslovaquie et de la Yougoslavie : la Lituanie, la Slovaquie, la Croatie et la Slovénie. Les majorités en question sont variables. Les plus fortes se trouvent dans les trois pays latins du Sud, ainsi qu’en Pologne et en Irlande, pays où le catholicisme garde une grande visibilité. Cette majorité est beaucoup moins forte en France, du fait principalement d’une forte régression des baptêmes et d’un éloignement de l’Église de nombreux baptisés. Dans ce pays, très laïc, le plus laïc de tous, la religion a de moins de moins d’importance dans l’espace public et politique.
L’Angleterre (mais plus le pays de Galles) a toujours une religion officielle, l’anglicanisme, dont la Reine est le chef. Mais l’identité anglaise n’est guère marquée par cette confession, et ce d’autant plus que ce pays comporte plusieurs autres Églises protestantes et une minorité catholique importante. Il en est un peu de même en Écosse, où le presbytérianisme est religion d’État.
Dans les pays scandinaves, les populations sont majoritairement inscrites dans les registres de l’Église nationale, luthérienne. Celle-ci est Église d’État au Danemark, en Islande et en Norvège, et l’a été jusqu’à récemment (fin 1999) en Suède. En Finlande, elle a des liens privilégiés avec l’État. L’Estonie et la Lettonie sont également de tradition luthérienne, mais avec des proportions bien moindres de fidèles, du fait de la lutte anti-religieuse de la période communisme et de la très forte présence de populations d’origine russe dans ces deux pays.
Les populations de l’Allemagne, de la Suisse et des Pays-Bas ne sont passées qu’en partie à la Réforme, les catholiques qui y ont subsisté, longtemps minoritaires, actuellement égalent en nombre les protestants en Allemagne et les dépassent en Suisse et aux Pays-Bas. Ce changement s’explique par les « désertions » plus fortes des protestants dans les deux premiers pays, surtout aux Pays-Bas, et par l’immigration, principalement italienne, en Suisse. En Allemagne, les Églises, catholique et évangélique (protestante) sont reconnues par l’État, qui se charge de collecter leurs impôts auprès de leurs fidèles. En Suisse, la place des Églises varie selon les cantons : de religion officielle à séparation complète. Aux Pays-Bas, la séparation est maintenant complète. C’est dans ce pays que le chiffre des fidèles a le plus fondu, surtout celui de l’ancienne Église protestante officielle.
En Hongrie et en Tchéquie, on a une situation où les catholiques majoritaires voisinent avec de fortes minorités protestantes. Mais la Tchéquie est marquée depuis longtemps par un esprit anti-religieux, lequel a été entretenu durant la période communisme, si bien que les fidèles dans ce pays sont très peu nombreux, contrairement à ce qu’il en est chez son ancien partenaire, la Slovaquie. En Irlande du Nord, l’affiliation religieuse, protestante ou catholique, est d’autant plus importante qu’elle est la marque la plus tangible des deux communautés antagonistes. Les protestants y sont majoritaires, mais les catholiques pourraient le devenir à terme, du fait d’une fécondité plus élevée.
Parmi les pays orthodoxes, lesquels se situent tous dans les Balkans, un seul n’a pas été soumis au communisme, la Grèce. Dans ce pays, l’identité religieuse, inscrite dans la constitution, égale l’identité linguistique. Les Églises des autres pays orthodoxes, Bulgarie, Roumanie et Serbie-Monténégro, ont évidemment pâti de la période communiste, mais l’identité religieuse traditionnelle semble avoir bien survécu, puisque dans les recensements qui ont fait suite à la chute du Mur en Bulgarie et en Roumanie, pratiquement toutes les personnes, sauf celles qui déclarent une autre religion, se réclament de l’orthodoxie.
Traditionnellement, l’islam n’identifiait qu’un pays européen, l’Albanie. Depuis l’explosion de la Yougoslavie, c’est maintenant aussi le cas d’un quasi-pays, le Kosovo. Ce culte concerne aussi la majorité des habitants de la Bosnie et une minorité importante en Macédoine. À cet islam qui date de la conquête ottomane, s’est ajouté depuis les Trente glorieuses dans les pays industriels celui amené par l’immigration, en particulier en France, où les musulmans sont estimés à 5 millions, soit environ 8 %. Les pays européens comportent évidemment des communautés juives. Mais celles-ci sont très réduites, puisque la plus importante, celle de la France, ne comporte qu’un peu plus de 500 000 personnes, soit moins de 1 % de la population totale (Dittgen, 2002).

Annexe 2

 
Législations sur le mariage en Europe (Dittgen, 1997)
 
 
La France est le premier pays qui a substitué le mariage civil au mariage religieux, en l’occurrence le mariage catholique, au moment de la Révolution, en 1792. Ce mariage civil obligatoire a été adopté au xixe siècle par les pays du Benelux, l’Italie, la Roumanie, la Suisse, l’Allemagne et la Hongrie ; après la Seconde Guerre mondiale, par l’Albanie, la Pologne, la Tchécoslovaquie et la Yougoslavie, lors du passage de ces pays au communisme, et par les Pays baltes, du fait de leur absorption dans l’URSS.
L’Angleterre, quant a elle, a institué, par une loi de 1836, un mariage civil optionnel à côté du mariage religieux (anglican, catholique, juif…). Cette législation, qui concerne également l’Irlande et l’Ecosse, a été imitée par les pays scandinaves au moment de la Première Guerre mondiale et, beaucoup plus récemment, en 1982, par la Grèce.
En Italie, du fait du concordat de 1929 (révisé en 1984), le mariage catholique est redevenu légal, à côté du mariage civil et de celui des autres religions reconnues. On a la même situation en Espagne et au Portugal, à la suite également d’accords concordataires (Julg, 1990). Après la chute du Mur de Berlin, en 1993, un concordat a été signé avec la Pologne, ratifié en 1998, qui accorde de même les effets civils au mariage catholique.

Annexe 3

 
Sources des statistiques des cérémonies religieuses
 
 
Les pays où le mariage religieux est reconnu fournissent des statistiques sur la forme de la cérémonie dans leurs annuaires nationaux, généraux ou démographiques, soit : le Royaume Uni, l’Irlande, les cinq pays scandinaves, les trois pays latins du sud de l’Europe et, depuis peu, la Pologne. Il est possible également de disposer de cette statistique pour la Grèce. En Allemagne, l’annuaire officiel publie les statistiques des Églises catholique et évangélique (protestante) et de la communauté juive. Il s’agit (sauf pour les juifs), pour ce qui nous intéresse, des mariages, des baptêmes, des sépultures et des premières communions (catholiques) et confirmations (protestants). La Suède publie de même ces événements pour l’Église nationale (luthérienne).
Par ailleurs, le Vatican édite depuis 1969 un annuaire statistique (Annuarium statisticum Ecclesiae), qui donne le nombre de catholiques, les mariages et les baptêmes catholiques pour chaque pays (ou territoire) du monde et, depuis bien plus longtemps, un annuaire administratif (Annuario pontificio), qui donne le nombre de catholiques pour chaque diocèse. Ces statistiques n’ont d’intérêt ici que pour les pays majoritairement catholiques ou avec une forte communauté catholique. Certaines Églises protestantes publient également les chiffres de leurs actes pastoraux. C’est le cas en particulier de la Fédération des Églises protestantes de la Suisse.

Annexe 4

 
Calcul des pourcentages de cérémonies religieuses
 
 
Dans les pays où les mariages religieux ont valeur légale, il n’y a aucune difficulté à établir leurs proportions annuelles. Dans les pays où le mariage religieux est du domaine privé, il n’a pas lieu forcément la même année que le mariage civil. Mais on a des raisons de penser que ces cas sont rares et on peut donc s’autoriser, pour calculer les pourcentages de mariages civils suivis d’une cérémonie religieuse, à rapporter les mariages religieux d’une année sur les mariages civils de la même année.
Ce problème de décalage se pose avec plus d’acuité pour les baptêmes, car, contrairement au passé, cette cérémonie se situe de plus en plus loin de la naissance. Cela étant, les naissances ne varient normalement pas de façon importante d’une année sur l’autre. On a donc, faute de mieux, rapporté les baptêmes annuels aux naissances de la même année. Pour les funérailles, ce problème ne se pose pas, puisque celles-ci suivent de très près le décès. La première communion catholique se fait normalement à 12 ans, la confirmation protestante à 15 ans. On a donc rapporté les événements correspondants aux effectifs des enfants de ces âges.
Les pourcentages, surtout ceux déduits de données des églises, présentent parfois des variations qui tiennent à la mauvaise qualité des données. C’est pourquoi le chiffre pour chacune des années indiquées dans les tableaux n’est pas toujours celui obtenu cette année-là, mais le chiffre moyen autour de ces années. Ceci vaut surtout pour les baptêmes et les autres cérémonies.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
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·  Dittgen, A. (2002), « Les statistiques religieuses en France ou comment compter les fidèles dans un pays laïc », XIIe Colloque national, Amiens, mai 2002, publication en cours.
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·  Todd, E. (1990), L’Invention de l’Europe, Paris, Éd. du Seuil.
 
NOTES
 
[1]Le rite religieux marquant la sortie de l’enfance est, chez les catholiques, la profession de foi, appelée longtemps communion solennelle, et chez les protestants, la confirmation.
[2]Pour les protestants de ce pays, nous ne disposons que des données de l’ancienne Église officielle (Nederlandse Hervormde Kerk) et pas de celles des autres Églises.
[3]Évaluation obtenue en postulant que la différence relative constatée en 2000 entre la Tchéquie et la Slovaquie était déjà la même en 1970.
[4]Chiffres de la statistique officielle à partir des recensements et des enquêtes.
[5]La Grande Bretagne et la Suède sont les deux pays de l’UE où la proportion de personnes qui croient en Dieu – d’après l’Enquête sur les valeurs des Européens de 1999 – est la plus faible : respectivement 51 % et 47 % (European Values Study. Information).
[6]D’après cette loi, le conjoint survivant d’un couple non marié sans enfant ne pouvait plus bénéficier d’une pension de réversion.
[7]Les chiffres récents m’ont été aimablement communiqués par M. Byron Kotzamanis.
[8]La statistique vaticane porte sur la totalité de l’île, sans distinction entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord.
[*]Ont été privilégiées ici les publications qui traitent de l’ensemble des pays européens, ou à tout le moins de l’ensemble des grands pays.
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