Annales de démographie historique
Belin

I.S.B.N.2701134366
256 pages

p. 155 à 175
doi: en cours

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Varia

no 106 2003/2

2004 Annales de démographie historique Varia

Alliances et réseaux familiaux en Île-de-France (milieu XVIe–milieu XVIIe siècles)  [1]

Jérôme Luther Viret UMR Cersates 8529
L’étude des réseaux familiaux dans les régions de transmission égalitaire en est encore à ses débuts. C’est spécialement vrai pour les xvie et xviie siècles. Aussi, le présent article est-il une tentative de combler cette lacune, en étudiant les alliances dans deux bourgs, Écouen et Villiers-le-Bel, situés à une dizaine de kilomètres au nord de Paris. En plus des classiques mariages remarquables, on détecte des coalitions entre quelques familles qui s’échangent tous leurs enfants. Ces coalitions se construisent en 10-20 ans. À une échelle de temps plus longue, sur trois, quatre générations, on observe l’existence de groupes endogames. Les critères professionnels et confessionnels jouent un rôle décisif dans la formation de ces coalitions et groupes endogames, mais tout cela reste dominé par une conception lignagère de la parenté. The study of the domestic networks in the regions of egaliterian transmission is still it in its early stages. It is particularly true for the xvith and xviith centuries. So, the present article is an attempt to fill this gap by studying alliances in two towns : Écouen and Villiers-le-Bel situated in about ten kilometres in the north of Paris. Besides classical remarkable marriages, one spots coalitions between some families which exchange all their children. These coalitions are built within 10-20 years. To a longer time scale, for three or four generations, one observes the existence of endogamous groups. Professional and confessional criterias take a major part in the development of these coalitions and endogamous groups.
L’étude des réseaux de parenté et des formes de l’alliance dans les régions égalitaires à l’époque moderne marque le pas sur celle des régions inégalitaires. Il y a à cela une raison simple. La dévolution bilatérale des biens dans les régions égalitaires dément a priori l’existence d’une volonté de préservation d’unités patrimoniales stables, comme par exemple les ostals du Gévaudan ou les maisons du Languedoc rhodanien (Lamaison, 1982 ; Pellaquier, 1996). La stabilité des maisons dans les régions inégalitaires donne un sens à la mobilité des personnes. Les cadets partent en effet avec une légitime et laissent le patrimoine presque intact à l’héritier préférentiel. Il n’y a rien d’aussi clair dans la moitié nord du pays. La mobilité des personnes et des biens rend la détection d’éventuels réseaux bien difficile. Sur qui et sur quoi en effet les faire reposer ? À la poursuite de quel objet se lancer ? Hugues Neveux a mis en garde contre le risque de conférer aux réseaux une transcendance qu’ils n’ont pas à l’égard des fonctions qu’ils doivent remplir (Neveux, 1993a ; 1993b ; 1995, 36). Il y a, à son sens [2], autant de réseaux que d’activations possibles de la parenté. Hugues Neveux présente les cercles de parents comme formant une parenté opérationnelle. Ils sont édifiés à partir de la parenté « objective », mais vivent d’une vie en partie au moins autonome, ainsi qu’en témoigne parfois la mobilisation d’éléments extérieurs à la parentèle. Les sollicitations conjoncturelles des cercles de parenté s’inscrivent, ajoute-t-il ensuite, dans des répertoires de comportements, d’habitudes fortement intériorisées (Neveux, 1995). Ces habitudes engendrent d’importantes répétitions, sans que celles-ci résultent pour autant de règles. Hugues Neveux distingue en pratique deux parentés opérationnelles, l’une consistant en réponses spécifiques à des situations saisies dans leur spécificité, et l’autre centrée sur les habitudes et recettes transmises et intériorisées. Si ces parentés sont compatibles, il accorde la suprématie à la seconde et suggère de la sorte que le choix le plus fréquent n’est pas celui d’une réponse adaptée à chaque cas particulier, mais l’imitation, la répétition, d’un comportement jugé approprié à une situation perçue non dans sa spécificité, mais dans sa généralité. Il s’écarte ainsi sensiblement du « tout stratégie » du « tout transactionnel » qui domine l’historiographie depuis une vingtaine d’années. C’est la raison pour laquelle il a probablement préféré l’emploi du terme « cercles » à celui de « réseaux », le premier pouvant paraître plus neutre. L’habitude se situe non pas au niveau de l’action inconsciente, mais plutôt à celui de l’action irréfléchie. Les stratégies, dans cette perspective, cèdent le pas aux structures, à l’encontre du mouvement général qui s’est appuyé précisément sur la notion de stratégies pour rompre avec le structuralisme (Zimmermann, 1993, 94-95). L’action irréfléchie ne saurait en effet figurer au cœur des « stratégies » sans une profonde redéfinition de ce que l’on doit entendre par ce terme.
Mais, plus immédiatement, la distinction d’une parenté « objective » et d’une parenté « opérationnelle » interroge. La parenté « objective », née des alliances et des naissances, n’est-elle pas, d’une manière ou d’une autre, elle aussi, opérationnelle ? Hugues Neveux a souhaité montrer par ce moyen qu’il y avait une autonomie des cercles et que la transcendance des décisions était à chercher du côté des modèles de conduite. Nous adhérons complètement à cette idée, mais si les cercles, qui correspondent à des activations particulières de la parenté, vivent dans une relative autonomie, celle-ci ne saurait être complète. C’est ce qui se dégage en particulier de l’analyse des assemblées d’élection de tuteurs. Les assemblées sont formées en vue d’apporter le maximum de légitimité à un tuteur naturel que l’usage désigne. Elles reposent sur l’assentiment d’un lignage à la tutelle exercée par un autre. En ce sens, elles puisent principalement et prioritairement dans la parenté « objective ». Notre souhait est ici, à partir de la reconstitution des familles de deux villages du Pays de France, au nord de Paris, Écouen et Villiers-le-Bel entre 1560 et 1660, d’examiner de quelle manière s’édifie la parenté dite objective, de manière à pouvoir en conclusion suggérer une articulation aux activations ponctuelles de cercles de parenté.
Nous avons commencé par consulter les travaux consacrés à l’alliance dans les régions égalitaires à l’époque moderne. Peu nombreux, ils offrent le plus souvent des calculs d’endogamie ou examinent des milieux professionnels particuliers (Burguière, 1979 ; Moriceau, 1981 ; 1992 ; 1994 ; Buffévent, 1984). Martine Segalen a calculé des coefficients de renchaînement, c’est-à-dire d’alliances dans l’affinité, pour différentes situations, à Nanterre, entre 1750 et 1850 (situation de cousin germain, de cousin issus de germain…) (Segalen et Richard, 1993, 497-515) [3]. Elle obtient une densité de renchaînements en liaison avec la structure de la parenté dont elle observe qu’elle croît principalement dans le groupe des cultivateurs et vignerons autochtones, et spécialement dans la parenté lointaine. Elle constate également que les couples qui renchaînent sont souvent ceux qui font des mariages consanguins, ces derniers conclus dans une parenté plus proche. Les coefficients étant établis à partir de ceux dont on connaît l’ascendance, c’est la population autochtone la plus stable qui apparaît nécessairement dans les colonnes de la parenté lointaine. Il n’est donc pas surprenant de trouver un conglomérat matrimonial dans les couches moyennes de la population que l’on peut supposer les plus stables, car attachées à leurs terres plus que ne le sont par exemple les officiers, les marchands, les artisans et manouvriers.
Souhaitant savoir si derrière le conglomérat ne se dissimulaient pas des réseaux, ou à tout le moins, des « sous-conglomérats », des « bassins d’alliance », j’ai voulu voir si quelques familles ne nouaient pas plus souvent des alliances entre elles. Un regard jeté sur les généalogies familiales permet de constater que certaines familles s’allient souvent entre elles, et d’autres jamais. Un « bassin d’alliance » est au final constitué par ces familles qui s’allient préférentiellement sur la moyenne durée. Découper dans le tissu des alliances et des descendances pour chercher des sous-ensembles endogames expose au risque de construire des artefacts. Quelles garanties avons-nous de voir les ensembles formés par nos soins correspondre à des choix véritablement orientés par l’appartenance à telle ou telle famille ? Il est toujours possible de faire monter un taux d’endogamie en élargissant le cercle des familles étudiées. Le bassin d’alliance recherché doit révéler de forts taux d’endogamie sur une durée d’observation significative, sans dilatation du bassin aux dimensions du village entier. La profondeur généalogique seule permet de détecter une permanence dans les orientations matrimoniales et l’existence éventuelle de sous-groupes endogames. C’est donc de manière empirique qu’ont été dessinés les contours des bassins d’alliances, d’abord par une simple observation de la répétition des patronymes dans la descendance de 60 ménages-souche, puis par des calculs répétés d’endogamie. C’est un travail long et fastidieux car certaines familles ne font pas de choix très net, et le déplacement d’un segment de lignage d’un bassin vers un autre oblige à recalculer tous les taux. Par retouches successives, quatre bassins d’alliances principaux ont été dégagés, qui feront l’objet de la première partie de ce travail. Chemin faisant, l’étude des alliances a permis de détecter une autre structure, baptisée ici « pool matrimonial », et qui est une forme particulière d’entente ou de coalition nouée sur une durée très courte par quelques familles. Elle sera étudiée dans un second temps. Il existait ainsi plusieurs niveaux techniques, bassins et pools, dans le fonctionnement desquels nous allons entrer successivement.
Nous terminerons cette introduction par une rapide présentation des sources et de la méthode utilisée. Il a fallu bien évidemment reconstituer les généalogies familiales. La reconstitution sur plus d’un siècle des familles de deux petits bourgs totalisant 2 000 puis 3 000 habitants, a été une entreprise difficile [4]. Les registres d’état civil d’Écouen sont heureusement complétés par des terriers [5]. Le terrier d’Écouen de 1562 est suivi en effet de déclarations (1598-99), puis de nouveaux terriers ou recettes (1630-1660-1664) qui contiennent d’importantes notes marginales. Les mentions de filiation sont innombrables et permettent de construire des généalogies fiables. La reconstitution des familles a en outre été facilitée par l’exploitation simultanée des archives notariales. Plusieurs milliers d’actes ont permis de compléter les fratries, de déceler les remariages [6]. Le fichier informatisé compte finalement 7 180 individus, 2 400 mariages et 603 patronymes, certains segments de lignage étant suivis sur seulement deux générations, mais la plupart sur trois ou quatre, et certains sur cinq ou six générations. Les tableaux donnés en annexe précisent les noms des lignages et segments de lignage qui s’allient le plus souvent, le nombre de générations suivies, variable suivant les familles, et le nombre de mariages connus conclus dans leur descendance.
 
Les bassins d’alliances
 
 
Commençons par une brève présentation des trois bassins détectés à Écouen.
Le bassin d’alliance n° 1 fait intervenir douze segments de lignage d’inégale importance, où quatre familles dominent par leur masse. Les Scellier, Porlier Adam, Le Pauvre et Benard fournissent respectivement 22, 15, 25 et 15 conjoints au bassin. Ces familles ont un important potentiel matrimonial. Le nombre de descendants de ces familles mariés à l’intérieur du bassin est nettement supérieur à un tiers (40,4 %). Les grandes familles du bassin sont toutes des familles de vignerons, à l’exception des Le Pauvre et des Jolly qui fournissent, outre des vignerons, de nombreux marchands de fruits. Dans le second bassin, les principales familles sont les familles Benard (23 conjoints), Scellier (27 et 14), Porlier Colenet (17), Porlier Paignon (24), Marin et De Cresnes (19 et 19). Ce bassin se distingue aisément du précédent par les activités pratiquées. On y trouve un grand nombre de laboureurs moyens, qui n’appartiennent pas à l’élite des fermiers-laboureurs, ainsi que des vignerons, presque tous descendants d’anciens laboureurs de vignes. Dans le troisième bassin d’alliance enfin, il n’y a pas de grandes familles, excepté les Antheaulme et les Guibillon (20 et 17 conjoints). Cela tient au fait que la reconstitution des familles a échoué à remonter au-delà de trois générations dans la plupart des cas. Les familles les plus impliquées sont les Antheaulme, Guesdon, Guibillon, Jolly, Maulpin et Michel. Ce sont des familles d’artisans, généralement très qualifiés et livrés à une faible concurrence (salpêtriers, tailleurs de pierres, maçons, maréchal, tailleur d’habits). Nous avons donc schématiquement trois bassins d’alliance qui sont, un bassin de vignerons et de marchands de fruits, un bassin de laboureurs moyens et de descendants de laboureurs de vignes, enfin, un bassin d’artisans qualifiés.
Il existe un quatrième bassin dont les contours restent flous, car il regroupe des familles dispersées dans toute la région. C’est un ensemble où dominent les officiers, commerçants et grands fermiers-laboureurs. Ce quatrième réseau est régional. Enfin, un grand nombre de petites familles d’Écouen apparaissent « hors réseau ». Quand nous disons de tel enfant qu’il est marié « hors-réseau », il faut seulement comprendre qu’il s’est marié en dehors de l’un des quatre réseaux ou bassins d’alliance détectés sur place. Les petites familles ne sont parfois qu’une branche locale d’une grande famille dispersée dans toute la région et dont le lieu d’origine et le véritable point d’ancrage se situe ailleurs. Mais cela n’a pas beaucoup d’importance à partir du moment où ces « petites » familles marient au moins quelques-uns de leurs enfants à Écouen et s’y perpétuent. Elles font partie du stock matrimonial au même titre que les autres, même si leur ancrage local est moins fort.
Les pourcentages d’enfants mariés à l’intérieur de chaque bassin sont-ils significatifs ? Cela dépend bien sûr d’abord de la taille de chaque bassin. Il est normal que le pourcentage de conjoints mariés de manière endogame au sein des familles composant le deuxième bassin soit plus élevé que dans le premier (45 % au lieu de 40,4 %) puisque le deuxième bassin comptabilise 242 mariés contre seulement 146 pour le premier. Dans le troisième bassin, le pourcentage est de 45,9 % pour 148 mariés. Ces pourcentages sont très élevés si l’on prend également en compte la présence des autres familles, regroupées soit dans le bassin n° 4, soit « hors-réseau ». Ces familles présentes à Écouen et « exclues » de nos trois principaux bassins d’alliance représentent une masse de 303 personnes mariées (un peu moins en réalité, car il y a des remariages). Si l’on ajoute à ces 303 personnes celles situées dans les bassins 1, 2 et 3, on aboutit à un stock total de 836 individus.
Le tableau 1 résume tout cela. La colonne I donne le poids démographique de chaque bassin par rapport à l’ensemble que forment les trois bassins principaux. La colonne II fait de même en ajoutant les familles situées en dehors de ces bassins (bassin 4 et « hors-réseau »). La colonne II donne donc le poids démographique du bassin par rapport au stock total des conjoints possibles. La colonne III donne le pourcentage d’enfants mariés à l’intérieur de chaque bassin, c’est à dire avec un conjoint rattaché au même bassin. La colonne IV donne la différence entre III et II.

Tab. 1
Importance des différents bassins d’alliances privilégiées à Écouen (milieu xvie-milieu xviie siècles)
IMGIMGBassins	I (en %)	II (en %)	III (en %...IMGIMF
Bassins I (en %) II (en %) III (en %) IV (III-II) Bassin 1 27,2 17,4 40,4 23 Bassin 2 45,2 28,9 45 16,1 Bassin 3 27,6 17,8 45,9 28,1 Autres 35,9

La comparaison des colonnes II et III montre l’écart séparant la distribution réellement observée des mariages d’une distribution simplement aléatoire. Cet écart paraît significatif, puisqu’il est de seize à vingt huit points selon les bassins. Le pourcentage de mariages conclus à l’intérieur de chaque bassin se tient dans une fourchette de 40 à 45 % alors qu’une distribution aléatoire devrait donner des pourcentages de seulement 17 à 30 %. Ces blocs familiaux sont-ils l’œuvre de toutes les familles ou de quelques familles seulement entraînant les autres ? Y a-t-il en somme des familles « dominantes » et des familles « dominées » ?
Examinons d’abord les choses sous un angle quantitatif. Dans le premier bassin, les familles pivot sont les familles Le Pauvre (25 individus), Scellier (branche Mahiet, 22) et Benard (branche François, 16). Ces trois familles ne font pas les taux les plus élevés de mariages noués à l’intérieur du bassin (respectivement 36, 32 et 50 % de leur descendance), mais elles ont un important potentiel matrimonial (63 personnes, soit 43 % du bassin). Dans le deuxième bassin aussi quelques familles dominent. Ce sont les familles Scellier (branches Estienne et Jehan l’aîné, 41), Porlier Paignon (24), Benard (branche Nicolas, 23), De Cresnes (19), Marin (19) et Porlier Colenet (17). Là encore les pourcentages ne sont pas parmi les plus élevés (31,7 % pour les deux branches réunies de la famille Scellier, 33,3 % pour les Porlier Paignon, 56,5 % pour les Benard, 26,3 % pour les De Cresnes, 57,9 % pour les Marin, 41,2 % pour les Porlier Colenet). À ces grandes familles qui, réunies, comptent 143 personnes (59 % du bassin), il faudrait également ajouter les familles Lespine et Noel qui ont des pourcentages très élevés d’enfants mariés dans le bassin (taux de 69,3 et 57,1 % sur 13 et 14 personnes). Au bilan, dans le second bassin, nous avons neuf familles ou branches familiales qui font à peu près jeu égal. Dans le troisième bassin, enfin, les familles importantes sont les familles Antheaulme, Guibillon, Glorian et Maulpin (20, 17 12 et 11 personnes), les autres faisant jeu égal. Il faut remarquer que peu de familles sont connues sur la longue durée, ce qui ne permet pas de juger de la permanence de ce bassin. Que signifie un pourcentage sur une « famille » où l’on ne connaît que quatre, cinq ou six individus ? Or, il y a dix familles de ce type sur dix-neuf dans le bassin n° 3. L’examen détaillé des alliances, le fait que les plus petites familles soient toutes alliées à une grande par au moins un de leurs membres et à une autre petite famille du bassin par un autre, m’ont convaincu de la légitimité qu’il y avait à les inscrire là plutôt que hors réseau [7].
Le passage à l’analyse qualitative doit nous permettre de dégager une explication sur les bassins d’alliances. La composition sociale des bassins est hétérogène, mais nous avons tout de même des profils assez tranchés. Le premier bassin est principalement un bassin de vignerons et le troisième un bassin d’artisans très spécialisés, le second comprend un nombre important de laboureurs. Ne serions-nous donc pas retombés sur une banale tendance à l’endogamie socioprofessionnelle ?
L’examen rapide des familles situées, en apparence, en dehors de tout réseau, renforce cette hypothèse. Il y a en effet beaucoup de familles, grandes ou petites, qui se marient indifféremment avec d’autres familles faisant partie de nos bassins précédents, ou bien avec des familles extérieures à Écouen. Les grandes familles sont principalement des familles de laboureurs, et même de grands fermiers, comme les Porlier ou les descendants de Melchisedecq Scellier. Les plus grands fermiers d’Écouen, comme tous les grands fermiers du Pays de France, ont, c’est un fait bien connu, un horizon matrimonial très élargi. Leurs réseaux couvrent toute la plaine de France. Quelques familles de vignerons (Porlier Didier) ou d’artisans très qualifiés (plâtriers comme les Goujon, ou charpentiers comme les Chaussée) se glissent dans le tableau des familles signalées improprement « hors-réseau ». L’autre grande catégorie qui apparaît « hors-réseau » est celle du commun des artisans, menuisiers, couvreurs, maçons, cordonniers, ouvriers et manouvriers. Il s’agit très souvent de petites familles. Leurs enfants se marient entre eux ou s’allient à d’autres familles de Domont, Piscop, Villiers-le-Bel, Paris, ou Saint-Denis. L’horizon matrimonial, géographiquement parlant, paraît plus large que celui des vignerons, marchands de fruits, ou laboureurs moyens. La plus grande mobilité matrimoniale de ces petites familles d’artisans et d’ouvriers peut expliquer aussi en partie la plus grande difficulté qu’il y a à les reconstituer sur une durée moyenne ou longue. Elles ont un faible enracinement local et leurs effectifs sont faibles.
L’existence de dynasties professionnelles et la tendance à l’endogamie socioprofessionnelle suffisent à expliquer l’existence de nos bassins d’alliances. Ce sont, comme à Nanterre, les catégories intermédiaires qui forment bloc. Ici toutefois, il semble possible de discerner plusieurs « sous-conglomérats ». C’est donc semble-t-il sans surprise le niveau de richesse et l’activité professionnelle qui détermine l’existence à moyen terme d’aires matrimoniales privilégiées, de « bassins d’alliances privilégiées ». La découverte sur une échelle de temps plus courte de pools matrimoniaux, constitue un argument supplémentaire en faveur de cette explication. Mais, il n’est pas établi que la motivation socio-économique soit seule décisive.
L’étude sur la longue durée, depuis les années 1550-70 jusqu’au milieu du xviie siècle d’une série de mariages entre les familles Benard, Marin et Scellier permet d’entrevoir le glissement d’une parentèle, son évolution avec le temps (Viret, 1998, 735-742). Les trois « ancêtres » qui ont noué des liens très étroits dans les années 1550-70 sont François Benard, Michel Marin et Paul Scellier. Ils ne forment pas un pool au sens que nous avons donné à ce mot puisqu’ils n’ont pas marié tous leurs enfants les uns avec ceux des autres. Mais eux et leurs enfants ou petits-enfants sont très étroitement apparentés. Le nombre de mariages remarquables et de remariages de veuves et veufs apparentés est considérable. Entre 1620 et 1660, nous avons deux mariages doubles en diagonale oncle/neveu avec tante/nièce (Benard avec Piqueux ; Scellier avec Piqueux), un mariage frère/sœur avec sœur/frère combiné avec un des doubles mariages précédents en diagonale (Benard avec Piqueux) et enfin un mariage double frère/sœur avec cousins (Piqueux avec Benard/Desprez). Ces mariages remarquables (mariages consanguins, mariages doubles, mariages en diagonale, mariages avec des cousins, remariages de veufs/veuves avec mariage des enfants d’un premier lit) ont tous vocation à créer ou renforcer des axes matrimoniaux privilégiés. Ils sont la manifestation la plus visible de l’échange restreint, qui aboutit parfois à la constitution de pools familiaux parfaitement verrouillés. Les configurations familiales (nombre et âge des enfants) facilitent ou au contraire font obstacle à la constitution de tels pools. Il n’est pas toujours possible d’enfermer tous les mariages à l’intérieur d’un groupe étroit de quatre ou cinq familles. Le degré de fermeture des pools est variable. À moyen terme, quelques grandes familles conservent malgré tout des rapports privilégiés entre elles et accueillent de nouvelles familles dans leur parentèle. Les mariages remarquables et remarqués, signalent l’établissement d’un nouveau lien privilégié, d’une alliance forte qui oriente les choix de la génération suivante.
 
Des « pools » familiaux
 
 
Un pool familial est un réseau qui se constitue sur une durée très courte (10-20 ans) au moyen de mariages redoublés entre quelques familles. Quelques chefs de famille marient tous leurs enfants, ou une forte proportion d’entre eux à l’intérieur du pool. Sur une durée très brève, il a été possible d’en détecter quatre à Villiers-le-Bel. Le caractère professionnel de ces groupes est très marqué. Le premier pool est un pool de laboureurs, de marchands de dentelles et de boulangers. Le second comprend des vignerons, marchands de fruits ou cabaretiers. Les troisième et quatrième comprennent principalement des vignerons et marchands de dentelles. Ces pools professionnels ont aussi un caractère confessionnel puisque les uns sont catholiques et les autres protestants.
Nous allons commencer par examiner les pools catholiques. Dans le premier, cinq familles tissent un réseau extrêmement serré d’alliances. Faute de pouvoir réaliser une représentation graphique lisible, le plus simple est de citer tous les chefs de famille et de voir quelles alliances sont nouées dans leur descendance immédiate. Afin de rendre visuellement la force du réseau, chaque fois que l’un des enfants de l’un des chefs de famille épouse un enfant d’un autre chef composant le réseau, son nom apparaît en gras. On trouvera aussi leur métier entre parenthèses.
Claude Doutreleau (honorable homme laboureur, sa femme est Geneviève Chulot).
– Claude avec Marie Garry fille de Denis Garry (laboureur, boulanger).
– Marie avec François Aubry fils de Philippe Aubry.
– Jehanne avec Claude Chastellain fils de Jacques Chastellain (laboureur).
– Jehan avec Nicole Scellier fille de Melchisedecq Scellier (laboureur).
Denis Garry (marchand boulanger et laboureur, sa femme Elizabeth Haultduroy).
– Loise avec Denis Aubry fils de Philippe Aubry (laboureur).
– Marie avec Claude Doutreleau fils de Claude Doutreleau (laboureur, boulanger).
– Marguerite avec Pierre Chapon fils de Claude Chapon (neveu de Jehan Chapon).
– Denis avec Madeleine Chapon fille de Claude Chapon (nièce de Jehan Chapon) (laboureur, boulanger).
– Noelle avec Artur Gauline.
Philippe Aubry (laboureur, avec Marie Dee).
– Nicolas avec Nicole Chapon fille de Claude Chapon (laboureur, boulanger).
– François avec Marie Doutreleau fille de Claude Doutreleau.
– Denis avec Loise Garry fille de Denis Garry (laboureur).
– Denise avec Lienard Chastellain fils de Lois, peut-être un parent de Jacques Chastellain l’aîné.
Jacques Chastellain l’aîné (honorable homme marchand de dentelles, sa femme est Estiennette Rochetz).
– Marie avec Lois Féburier (marchand hôtelier). Lois Féburier se remarie ensuite à Marie Chapon fille de Jehan Chapon l’aîné.
– François avec Michelle Bourgeois puis Estiennette Chapon (marchand de dentelles).
– Claude avec Jehanne Doutreleau fille de Claude Doutreleau puis avec Denise Chapon fille de Jehan Chapon l’aîné (laboureur).
– Jacqueline avec Nicolas Fauconnet fils de Charles (marchand Hôtelier).
Jehan Chapon l’aîné (boulanger, sa femme est Marguerite Guimier).
– Marie avec Lois Féburier, veuf de Marie Chastelain fille de Jacques Chastellain (cabaretier).
– Denise avec Claude Chastellain fils de Jacques Chastellain qui est veuf de Jehanne Doutreleau fille de Claude Doutreleau (laboureur).
– Estiennette avec François Chastellain fils de Jacques Chastellain (marchand de dentelles).
Claude Chapon (boulanger, sa femme est Madeleine Gaigny)
– Pierre avec Marguerite Garry fille de Denis Garry.
– Madeleine avec Denis Garry fils de Denis Garry (boulanger).
– Nicole avec Nicolas Aubry fils de Philippe Aubry (laboureur, boulanger).
Ajoutons que Claude Chapon et Jehan Chapon l’aîné (boulanger) sont tous deux frères de Jehan Chapon le jeune (marié à Denise Aubry, sœur de Philippe Aubry).
Les enfants de chacun de nos six principaux chefs de famille (dont deux frères) épousent donc des enfants des autres chefs de famille. La distribution des enfants est quasi parfaite entre tous puisque chacun est allié à au moins deux autres familles du réseau, ou même parfois à trois ou quatre. On ne peut attribuer une telle perfection dans la distribution des enfants qu’à une discipline de fer des parents et (ou) à l’autodiscipline des enfants eux-mêmes. Tous ces mariages sont conclus à peu d’intervalle.
Lois Féburier - Marie Chapon, 23 février 1653 (mariage).
Claude Doutreleau - Marie Garry, 19 juillet 1654 (contrat), 30 janvier 1655 (mariage).
Claude Chastellain - Jehanne Doutreleau, 6 juillet 1656 (mariage).
Nicole Chapon - Nicolas Aubry, 11 février 1658 (contrat), 24 avril 1658 (mariage).
Claude Chastellain - Denise Chapon, 23 juin 1658 (contrat), 24 juin 1658 (mariage).
Denise Aubry - Liénard Chastellain, 3 juin 1659 (contrat).
Pierre Chapon - Marguerite Garry, 15 janvier 1662 (mariage).
François Chastellain - Estiennette Chapon, 14 février 1663 (mariage).
Denis Aubry - Loise Garry, 9 novembre 1664 (contrat), 17 mai 1665 (mariage).
La seule date qui manque est celle du mariage de François Aubry avec Marie Doutreleau. Mais, nous savons qu’ils ont eu un enfant en 1658. Le réseau se constitue donc pour l’essentiel entre 1653 et 1665.
Nous voyons que ce réseau compte beaucoup de boulangers ou laboureurs-boulangers, d’abord parmi les chefs de famille avec Denis Garry (surtout boulanger, laboureur après 1650), Claude et Jehan Chapon l’aîné, ensuite parmi leurs enfants, avec Denis Garry fils de Denis, Nicolas Aubry, et Claude Doutreleau. Les nouveaux venus dans la boulangerie que sont Claude Doutreleau et Nicolas Aubry (fils de laboureurs) semblent devoir cette orientation à leurs femmes. C’est en effet en épousant une fille de boulanger qu’ils sont devenus boulangers ou plus exactement ici laboureurs-boulangers. Il est remarquable de constater que dans le même temps, Claude Chapon fait le chemin inverse, puisque pratiquement toujours cité comme boulanger, il apparaît tout à la fin de sa vie comme laboureur.
Reprenons les étapes principales de construction du pool.
Jacques Chastelain l’aîné est le premier personnage rencontré par ordre chronologique. En novembre 1642, il marie sa fille Marie à Lois Féburier. C’est un assez beau mariage puisque les deux dots font chacune 500 ltn, même si on est très loin des apports des grands fermiers-laboureurs [8]. Jacques Chastelain est marchand de dentelles. Un bail signé en 1651 pour 17 arpents laisse supposer que ce marchand était aussi exploitant agricole, comme l’étaient beaucoup d’autres marchands de dentelles de Villiers-le-Bel.
Geneviève Chulot, veuve du laboureur Claude Doutreleau, marie ses enfants à la manière des fermiers-laboureurs. Quand son fils Claude épouse Marie Garry, elle lui laisse un bail de 16 arpents et la somme de 600 ltn. Marie Garry apporte aussi de son côté 600 ltn. Les 16 arpents du bail sont peu de chose en comparaison des baux que les Doultreleau tenaient par ailleurs de la seigneurie de Villiers-le-Bel. Le bail signé le 21 mars 1651, renouvellement de baux antérieurs (1633, 1640), portait sur 166 arpents avec maison, grange, bergerie, étable et colombier. D’ailleurs, son frère Jehan, qui s’est marié trois ans plus tôt (le 1er août 1651) avec Nicole Scellier fille de Melchisedecq, a obtenu un bail beaucoup plus important (60 arpents) et aussi plus d’argent (2 000 ltn en meubles, vaches, chevaux, charrue.). Ce Melchisedecq Scellier, substitut du procureur fiscal de Villiers-le-Bel, était lui aussi un grand laboureur, qui louait 120 arpents au curé de Villiers-le-Bel et la dîme des grains de son prieuré (1639). La situation faite aux frères est donc très inégale puisque, en argent comme en superficies, l’un obtient environ trois fois plus que l’autre.
Le fait important est le suivant. Celui qui est dans le pool n’est pas le plus avantagé des deux. Mais, contrairement à Jehan, Claude Doutreleau déclare deux activités simultanées. Il est laboureur et boulanger. Nous sommes en 1655. Le réseau commence seulement à se mettre en place. Le réseau se renforce à partir de 1658 lorsque les familles Aubry et Chapon font une entrée en force, sous l’égide du père, Philippe, laboureur.
Le premier contrat de mariage, signé le 11 février 1658 entre Nicolas Aubry (fils de Philippe) et Nicole Chapon (fille de Claude) prévoit 800 ltn d’apports par chacun. C’est déjà une coquette somme. Philippe Aubry laisse en plus à son fils un bail de 10 arpents. Nicolas Aubry, comme Denis Garry, va hésiter entre les activités de boulanger et de laboureur. On le découvre laboureur dans son contrat de mariage de 1658, mais marchand boulanger-laboureur en 1664, témoin au mariage de son frère Denis.
Quand, en novembre 1659, Philippe Aubry mariera sa fille Denise, il lui donnera également 800 livres. Son époux, Lienard Chastellain, n’est pas un fils de Jacques Chastellain l’aîné, mais de Lois Chastellain, probablement un proche parent de Jacques. Il y a un grand nombre de témoins qui figurent dans le contrat du 3 juin 1659, dont l’oncle, Jehan Chapon. Or, rappelons que c’est très peu de temps après ce contrat de mariage, le 16 octobre 1659, que Jehan Chapon obtient de Lois Chastelain, fermier des champarts, la rétrocession de son bail. La rétrocession du bail des champarts a lieu entre le contrat de mariage du 3 juin et le mariage lui-même qui a lieu le 3 novembre. Il est très tentant de voir dans ce bail une forme de cadeau fait par la famille Chastellain à la famille Chapon, alliée depuis l’année précédente aux Aubry.
Un autre fait remarquable se dégage de la chronologie des mariages. Les Chapon semblent vouloir se rattacher par tous les moyens aux Chastellain. En 1653, Marie Chapon épouse Lois Féburier, qui est veuf de Marie Chastellain. En 1658, Denise épouse Claude Chastellain, qui est veuf en première noce de Jehanne Doutreleau. On connaît ensuite deux autres mariages Chapon-Chastellain (février 1663 Estiennette avec François Chastellain, veuf de Michelle Bourgeois, et juillet 1666, Perette avec Jehan Chastellain). Les Chapon se font une spécialité d’épouser des veufs, pourvu que ce soit un Chastellain, ou le veuf d’une Chastellain. Si on peut comprendre l’intérêt des « petits » Chapon à mêler leurs intérêts à ceux de la puissante famille Chastellain, qu’est ce que les Chastellain, Aubry, et Doutreleau ont en revanche à gagner à s’allier avec les boulangers et boulangers-laboureurs Garry et Chapon ?
Nous pouvons, avant d’examiner les autres pools, faire quelques remarques. Beaucoup d’opérations sur les baux accompagnent la constitution de ce réseau. Nous avons parlé du bail des champarts que Claude Chapon récupère en 1659 pour 600 ltn/an [9]. La veuve de Lois Chastellain signe un autre bail avec lui pour 5 arpents [10]. Sans doute capable de mieux, Claude Chapon obtiendra encore un bail de 7,2 arpents de Jehan Doulx, un allié des Chastellain [11]. Ce n’est qu’à partir de cette date que le boulanger Claude Chapon apparaît comme laboureur bien qu’il ait autrefois déjà loué 4,8 arpents (en 1637). Les baux s’ajoutant aux baux, notre boulanger, en 1659, peut enfin se considérer pleinement laboureur. Les baux, certains baux au moins, ouvrent la voie de l’ascension sociale.
Les seuls enfants à prendre une orientation professionnelle nettement distincte de celle des parents sont Claude Doutreleau et Nicolas Aubry qui entament l’un et l’autre une diversification vers la boulangerie. La boulangerie offre un complément de ressources dans des familles où il y a beaucoup de garçons (Aubry, trois garçons) ou bien qui rencontrent des difficultés passagères (Claude Doutreleau a des dettes). Nous pouvons enfin nous demander si l’affichage catholique des Chapon (ceux qui figurent dans ce pool) n’est pas accru par le désir de s’accrocher à la puissante famille Chastellain. Plusieurs membres de la famille Chapon étaient en effet protestants, comme Didier Chapon. Or, à l’opposé de cette orientation, Claude Chapon place un neveu en apprentissage chez un tailleur d’habits en précisant bien qu’il sera catholique, ce qui est très rarement mentionné dans les contrats de ce type à Villiers-le-Bel [12]. Claude Chapon sera aussi marguillier de l’église de Villiers-le-Bel [13]. Dans ce bourg divisé sur le plan confessionnel, il faut afficher d’autant plus son camp que la famille est partagée.
Le pool que nous venons de décrire en détail n’est pas l’unique pool catholique. Celui qui regroupe plusieurs branches des familles Antheaulme, Le Pauvre, Simoisie et Glorian concerne principalement des vignerons et marchands de fruits, avec une ouverture sur le monde des cabaretiers. Il dessine les contours d’un espace matrimonial centré sur les marchands de fruits, occupant une position moyenne à Villiers-le-Bel, mais très honorable en comparaison de la médiocrité locale des vignerons, des artisans et bien sûr des ouvriers et manouvriers. Dans ce pool de marchands de fruits, il faut souligner l’absence des laboureurs moyens. Aux pools catholiques répondent des pools protestants, sur lesquels nous nous étendrons beaucoup moins.
Le premier pool protestant se dessine autour de la famille Haultduroy. Dans celui-ci, les chefs de famille sont vignerons (Denis Bonnel, Nicolas Pariset, Nicolas Cahais fils de Felix), marchand ou cabaretier (Toussaint Haultduroy et Pasquier Cahais l’aîné). Une fois encore, la densité de mariages à l’intérieur du groupe est très forte puisque sur neuf enfants de Denis Bonnel, sept sont mariés à l’intérieur du réseau. Tous les enfants de Nicolas Pariset sont également dans le pool. Les chiffres sont moins importants pour les Cahais et les Haultduroy, mais pourtant leur position est centrale, l’alliance avec les Haultduroy étant cherchée par tous les moyens.
Ester Bonnel épouse Nicolas Goujon fils de Nicolas. Ce dernier, tailleur d’habits, devenu veuf au décès d’Ester, épousera en secondes noces Anne Haultduroy (contrat de mariage du 20 octobre 1640). Anne Haultduroy est petite fille de Toussaint Haultduroy et, par sa mère, petite fille de Nicolas Pariset, c’est-à-dire des deux familles qui forment l’ossature de notre réseau.
Les Bonnel et les Cahais sont étroitement liés entre eux et avec les Haulturoy. Nicolas Bonnel épouse Estere Cahais (fille de Nicolas) tandis que Jehanne Bonnel convole avec Isaye Cahais (fille de Pasquier). Estere et Isaye Cahais ne descendent pas de la même branche et ne sont cousins qu’à un degré très éloigné (au moins le 5e). Les Bonnel frère et sœur souhaitent-ils s’allier à deux branches éloignées de la famille Cahais ? Peut-être, mais ces deux Cahais n’ont pas été choisis par hasard. La mère d’Estere Cahais est Marthe Haultduroy, fille de Toussaint et la mère d’Isaye Cahais est Anthoinette Haultduroy, également fille de Toussaint. Donc, Nicolas et Jehanne Bonnel ont très vraisemblablement épousé Estere et Esaye Cahais parce que l’une et l’autre sont des petits-enfants de Toussaint Haultduroy. S’il y a alliance avec les Cahais, il y a encore, en arrière plan, alliance avec les Haultduroy.
Une famille oriente clairement le choix des autres. C’est ici la famille Haultduroy. Le réseau a été construit initialement par Toussaint Haultduroy, le marchand, et se renouvelle en fonction des choix opérés par les Haultduroy.
Sur le plan professionnel, on constate une inégale mobilité. Les Pariset et les Bonnel ne semblent pas vouloir quitter leur activité principale de vignerons, tandis que de nombreux Cahais optent pour les activités les plus variées (marchands fariniers, salpêtrier, boulanger, cabaretier, marchands coquetiers et plusieurs marchands de dentelle). Cette diversification est spectaculaire et il ne reste en définitive que quelques vignerons chez les Cahais.
L’autre pool protestant est le pool Houzel. Les chefs de famille s’appellent Jacques Riot (vigneron), Estienne Houzel (marchand de dentelles), Nicolas Houzel (marchand de dentelles), André Michel le jeune (vigneron), Claude Porcher (?), Claude Pelle l’aîné (vigneron), et Claude Bonnel (marchand). Le personnage principal est cette fois Estienne Houzel. Tandis que son père, Nicolas Houzel, était un très modeste marchand de dentelles, Estienne Houzel va se hisser nettement au-dessus de tous ses alliés, vignerons et ouvriers. Les enfants du premier lit d’Estienne ne feront pas des mariages très brillants, mais, il en ira tout autrement pour les enfants du second.
Dans ce pool, des familles de marchands à la réussite encore récente (Porcher et Houzel) s’allient à des familles modestes (Riot, Pelle) ou moyennes (Michel, Bonnel) dans lesquelles dominent les vignerons. Tous ces mariages ne sont pas conclus en un jour. La mise en place du réseau a pris des années. On ne change pas d’alliés aussi rapidement qu’on le souhaiterait. Quand la réussite sourit à un vigneron, subitement enrichi par le commerce de la dentelle, il n’est pas certain qu’il puisse immédiatement changer d’alliés. Il semble qu’Estienne Houzel soit resté prisonnier de certains choix faits avant lui par son père (alliances avec les Riot, les Michel et les Bonnel). En tout cas, Estienne Houzel ne marie pas les enfants de son second lit dans le même cercle que ceux du premier lit.
Le moment est venu de tirer quelques conclusions sur le fonctionnement et l’utilité des pools matrimoniaux. Généralement, nous observons une hiérarchie au sein des pools. Dans le premier, Jacques Chastellain l’aîné est marchand de dentelles et appartient à une des trois ou quatre plus importantes familles catholiques du village, surtout grâce au receveur Lois Chastellain. Les Doutreleau sont également au sommet de la hiérarchie du village, comme fermiers-laboureurs. Dans le premier de nos pools protestants, c’est la famille Hauldturoy qui joue le rôle principal. Plusieurs membres de cette famille connaissent une réussite remarquable dans la dentelle. C’est aussi une famille dont l’effectif est très important. Les autres familles qui tentent de s’attacher à elle se situent nettement en dessous et sont principalement constituées de vignerons. La hiérarchie entre les familles semble plus accusée que dans l’exemple précédent. On ne peut pas dire que cela tienne à l’étroitesse des possibilités, une fois fait le choix d’un mariage dans la même confession, car il y a d’autres familles protestantes qui font commerce de dentelles et qui ne s’allient jamais aux Haultduroy, comme les Porcher. L’inégalité est également flagrante dans le deuxième pool protestant. Estienne Houzel connaît une remarquable réussite dans la dentelle et poursuit pendant un certain temps une politique d’alliance très étroite avec plusieurs familles de vignerons protestants bien plus modestes que lui. Il semble à terme se détourner de ce réseau pour nouer des alliances avec des familles plus riches, et installe plusieurs enfants à Paris. Le quatrième et dernier pool, catholique, apparaît beaucoup moins inégalitaire. C’est la famille Le Pauvre qui joue le rôle rassembleur, mais il semble surtout que ce soit en raison de l’importance de son effectif.
L’utilité de ces groupements familiaux est manifestement professionnelle. Les uns trouvent un moyen d’obtenir des baux tandis que les autres accèdent à de nouvelles compétences permettant de placer correctement toute leur descendance. Dans le réseau Haultduroy, certaines familles se diversifient plus que d’autres. Dans l’ensemble, ce sont plutôt des familles de condition moyenne qui s’engagent dans ces blocs familiaux. Elles s’épaulent les unes sur les autres, et cherchent surtout à s’allier, même indirectement, à des familles de notables. Les familles les plus puissantes ont d’autres perspectives matrimoniales. Celles qui s’engagent sont finalement des branches en crise, des branches secondaires de grandes familles ou bien des nouveaux notables enrichis par le commerce et qui n’ont pas rompu avec les anciennes alliances familiales.
 
Bilan
 
 
À court terme comme à moyen terme, certains choix matrimoniaux paraissent orientés. Les pools montrent un véritable plan d’ensemble conduit par plusieurs familles. Il n’est nullement usurpé dans ce cas de parler de stratégie. Ils préservent une position sociale, offrent des débouchés, des possibilités limitées mais réelles de diversification. Tout cela se fait dans un cadre confessionnel rigoureux. On notera cependant que les familles socialement prééminentes ne s’engagent pas dans les pools, ni même dans les principaux bassins d’alliance, car leur déploiement est pour l’essentiel régional. Toutes les familles des catégories intermédiaires ne sont pas présentes non plus dans les pools. À défaut de figurer dans ces combinaisons, elles apparaissent au moins dans les bassins d’alliance. Ce n’est pas le cas de la plupart des artisans et manouvriers, qui paraissent plus mobiles, davantage exogames. Signalons que contrairement aux vignerons, les artisans donnent rarement de grandes familles. Il s’agit presque toujours de petites familles, ayant fait une apparition récente à Villiers-le-Bel ou à Écouen. Le curé d’Écouen, Philippe Gourreau, se lamente de voir arriver sans cesse de nouveaux venus de confession protestante. Arrivées récentes ? Familles déclassées ? Familles peu influentes car trop petites ? L’alliance des artisans et manouvriers ne semble pas recherchée très activement et une majorité d’entre eux semblent tenus à l’écart de nos bassins d’alliance. L’ancienneté de l’établissement peut constituer un critère important de discrimination.
On épouse des voisins, des alliés, des parents, des consanguins parfois, des personnes exerçant un métier particulier avec lesquelles on vit dans une plus ou moins grande familiarité. En épousant telle ou telle personne, qu’épouse-t-on au juste ? La seule personne disponible, une opportunité, un garçon ou une fille « à marier » ? Le souhait d’avoir une descendance ? Une condition économique ? Une religion ? Un statut ? Il paraît artificiel d’opposer parenté objective et parenté opérationnelle, car quelle que soit la finalité poursuivie, consciente ou inconsciente, un processus est en marche dont on doit souligner le caractère opérationnel. Avant d’être remaniée par les décès, auxquels songe Hugues Neveux, la parenté est en effet remaniée par les mariages (Neveux, 1995, 40). Nous ne généraliserons pas la leçon des pools, car toutes les familles n’y entrent pas. Les mariages remarquables, quand ils s’enchaînent, renforcent l’union de certains lignages ou segments de lignages. Certains groupes sociaux sont à priori moins sensibles que d’autres aux liens du sang, mais rien ne permet d’affirmer que les bassins d’alliance, ni même les pools, qui sont une forme particulière de coalition, fonctionnent comme conglomérats d’individus. Les sentiments et comportements lignagers s’expriment partout en région parisienne à l’époque moderne. Les assemblées d’élection de tuteurs par exemple consolident un système de gestion des biens de famille qui repose entièrement sur la distinction des lignages. Cette logique lignagère n’efface pas toute préoccupation économique. Hugues Neveux pensait que les éléments constitutifs d’un réseau devaient être sur un pied d’égalité, ou voisin de l’égalité, et ne devaient supporter que des dissymétries limitées et réversibles (Neveux, 1993b, 67). Cette condition était peu ou prou satisfaite par certains pools, mais non par tous.
Les cercles de parenté sont sollicités en certaines circonstances, pour remplir certaines fonctions. Ils laissent apparaître des recettes, des habitudes, dans la manière de composer une assemblée d’élection de tuteur par exemple. La manière dont la parenté « objective » se constitue fait, elle, clairement apparaître des combinaisons plus ou moins complexes, des pools, des mariages remarquables. Nous ignorons dans quelle mesure s’exprimait là un libre choix, et se déployaient de véritables stratégies. Les pools offrent un spectaculaire exemple de coalitions, construites méthodiquement. Ils expriment la liberté des agents, promus acteurs. Mais, a-t-on tout dit en disant qu’il s’agit là de stratégies ? On a de la peine à concevoir en effet toutes ces fratries marchant d’un seul pas, sans le soutien d’un modèle de conduite ou d’une habitude, à défaut de règles juridiquement sanctionnables. Nous sommes confrontés à un dilemme. Le pool, formé de manière non aléatoire, impose l’idée de stratégie, et donc de liberté, mais la rigueur, le caractère méthodique de sa construction réclame une formidable discipline. Où donc gisent les ressorts de cette discipline sinon dans quelque habitude d’obéir à ses parents (pour les enfants) et de se savoir obéi par ses enfants (pour les parents) ? L’intérêt économique ne justifie pas une mobilisation aussi complète. Même là, donc, où la liberté des agents éclate le plus manifestement, il se glisse quelques habitudes dont toutes les conséquences n’étaient pas nécessairement pensées. À plus forte raison doit-on rester réservé pour un certain nombre de formalités, comme les élections de tuteurs. Dans les systèmes coutumiers, tacites, les conduites étaient par elles-mêmes des discours, et la distinction entre les phénomènes de légitimation ou d’activation d’une part, et les relations dites réelles d’autre part (Augustins, 1998, 15-47), ne peut qu’aboutir à voir du réseau partout, là où il n’y avait, le plus souvent, que des habitudes.

annexes


Bassin d’alliances n° 1
IMGIMGMénages-souche	I	II	II bis	III	III b...IMGIMF
Ménages-souche I II II bis III III bis IV V Bachelier Nicolas - Porlier Michault Marion 3 1 (1) 100 % 5 (3) 60 % 6 (4) 66,6 % Benard François -Marin Nicole 5 7 (3) 42,8 % 9 (5) 55,5 % 16 (8) 50 % De Bergues Jehan - Bridault Gilette 3 5 (2) 40 % 0 (0) 5 (2) 40 % Desprez Jehan - Marin Anthoinette 3 6 (3) 50 % 1 (0) 0 % 7 (3) 42,8 % Jolly Lois - Breton Marguerite 3 5 (2) 40 % 2 (2) 100 % 7 (4) 57,1 % Juhe Jehan - Fonciere Nicole 4 10 (6) 60 % 2 (0) 0 % 12 (6) 50 % Le Pauvre Arnoul - Delions Nicole 6 11 (3) 27,3 % 14 (6) 42,8 % 25 (9) 36 % Piqueux Jehan - Le Pauvre Catherine 3 5 (2) 40 % 8 (3) 37,5 % 13 (5) 38,5 % Porlier Adam Lois - Didiere Delions 4 8 (2) 25 % 7 (3) 42,8 % 15 (5) 33,3 % Porlier Colenet Estienne 3 4 (1) 25 % 6 (3) 50 % 10 (4) 40 % Scellier Mahiet l’aîné - Breton Catherine 4 10 (4) 40 % 12 (3) 25 % 22 (7) 31,8 % Simoisie Thomas - Porlier Marguerite 3 2 (1) 50 % 6 (1) 16,6 % 8 (2) 25 % Total 74 (30) 40,5 % 72 (29) 40,3 % 146 (59) 40,4 % I Nombre de générations en ligne descendante. II Nombre de mariages connus dans cette descendance parmi les hommes (entre parenthèses, nombre de mariages conclus à l’intérieur du bassin). III Nombre de mariages connus dans cette descendance parmi les femmes (entre parenthèses, idem). IV Nombre total de mariages. V Pourcentage de mariages conclus dans le bassin.


Tableau des activités
IMGIMGMénages-souche	Activités	Ménages-sou...IMGIMF
Ménages-souche Activités Ménages-souche Activités Bachelier Nicolas - Porlier Michault Marion vignerons Le Pauvre Arnoul- Delions Nicole vignerons, mcd. de fruits Benard François -Marin Nicole vignerons Piqueux Jehan- Le Pauvre Catherine praticien, mcd. de fruits De Bergues Jehan - Bridault Gilette charpentiers Porlier Adam Lois- Didiere Delions vignerons Desprez Jehan - Marin Anthoinette maréchal, ouvriers Porlier Colenet Estienne Bercher Marion vignerons, tailleur d’habits Jolly Lois - Breton Marguerite mcd. fruitiers Scellier Mahiet l’aîné- Breton Catherine vignerons Juhe Jehan - Fonciere Nicole vignerons Simoisie Thomas- Porlier Marguerite vignerons, mcd. Fruitiers


Bassin d’alliances n° 2
IMGIMGMénages-souche	I	II	II bis	III	III b...IMGIMF
Ménages-souche I II II bis III III bis IV V Benard Nicol as 4 12 (7) 58,3 % 1 1 (6) 54,5 % 23 (13) 56,5 % - Noel Annette Bercher Pie rre 4 10 (4) 40 % 3 (1) 33,3 % 13 (5) 38,5 % Bercher Malo 2 4 (1) 25 % 5 (1) 20 % 9 (2) 22,2 % - Porlier Adam Jehanne Breton Jehan 3 4 (1) 25 % 1 (1) 100 % 5 (2) 40 % - Marin Phelipette Br idault Nicolas 4 8 (4) 50 % 6 (1) 14,3 % 14 (5) 33,3 % - Noel Marion De Cresnes Ar noul 4 7 (1) 14,3 % 1 2 (4) 33,3 % 19 (5) 26,3 % - Peton Evremonde De Roddes Esmon 3 4 (2) 50 % 1 (0) 0 % 5 (2) 40 % - Marin Robine Fournier Estienne 3 3 (1) 33,3 % 5 (3) 60 % 8 (4) 50 % - Scellier Anne Goujon Nicolas 4 5 (2) 40 % 6 (3) 50 % 11 (5) 45,4 % - Biere Evremonde Lespine Nicolas 4 6 (4) 66,6 % 7 (4) 57,1 % 13 (9) 69,3 % - Porlier Colenet Marion Marin Pierre 5 8 (6) 75 % 1 1 (5) 45,5 % 19 (11) 57,9 % Noel Je han 4 6 (3) 50 % 8 (5) 62,5 % 14 (8) 57,1 % Noel Nicolas Porlier Adam Acceul 3 4 (4) 100 % 3 (2) 66,6 % 7 (6) 85,7 % - Lespine Guillemecte Porlier Colenet Jacq ues 2 - Roze Charlot te Jehan 2 - Noël Jacqueline Total 3 9 (4) 44,4 % 8 (3) 37,5 % 17 (7) 41,2 % Porlier Paignon Mah iet 3 12 (5) 41,6 % 1 2 (3) 25 % 24 (8) 33,3 % - Chastellain Jehanne Scellier Estienne l ’aîné 5 15 (5) 33,3 % 1 2 (3) 25 % 27 (8) 29,6 % - Noel Marguerite Scellier Jehan l’aîné 4 7 (2) 28,6 % 7 (3) 42,8 % 14 (5) 35,7 % - Porlier Colenet Claude Total 124 (56) 45,1 % 118 (48) 42,8 % 242 (104) 45 % La différence entre les colonnes II et III vient de la décision d’inclure dans le total les hommes qui épousent une femme n’appartenant à aucun de ces segments de lignage mais qui veuves d’un premier mari situé dans le bassin se sont remariées à l’intérieur de celui-ci. Par exemple, Charlotte Roze a épousé successivement Jacques Porlier Colenet puis Jehan Noel le jeune qui appartiennent tous deux au même bassin. Si l’on souhaite s’en tenir aux mariages conclus avec des conjoints issus des segments formant le bassin, il suffit de les décompter. Il reste 48 mariages dans le bassin.


Tableau des activités
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Ménages-souche Activités Ménages-souche Activités Benard Nicolas - Noel Annette vignerons et laboureurs Goujon Nicolas - Biere Evremonde vignerons ex-laboureurs de vignes Bercher Pierre meunier, mcd. dentelles Lespine Nicolas - Porlier Colenet Marion laboureurs Bercher Malo - Porlier Adam Jehanne charron, laboureur Marin Pierre vignerons Breton Jehan - Marin Phelipette Noel Jehan Noel Nicolas vignerons, ex-laboureurs de vignes, charrons, boulangers Bridault Nicolas - Noel Marion vignerons, laboureurs de vignes Porlier Adam Acceul - Lespine Guillemecte vignerons, ex-laboureur de vignes De Cresnes Arnoul - Peton Evremonde maréchal, mcd. fruitier, laboureurs Porlier Colenet Jacques - Roze Charlotte Jehan - Noel Jacqueline laboureurs de vignes De Roddes Esmon - Marin Robine menuisiers Porlier Paignon Mahiet - Chastellain Jehanne laboureurs Fournier Estienne - Scellier Anne laboureurs Scellier Estienne l’aîné - Noel Marguerite vignerons, laboureurs ex-laboureurs de vignes Scellier Jehan l’aîné - Porlier Colenet Claude laboureurs


Bassin d’alliances n° 3
IMGIMGMénages-souche	I	II	II bis	III	III b...IMGIMF
Ménages-souche I II II bis III III bis IV V Antheaulme Nicolas - Rousseau Françoise 4 12 (5) 41,6 % 8 (5) 62,5 % 20 (10) 50 % Boucher Pierre - Peton Henriette 2 2 (0) 2 (2) 100 % 4 (2) 50 % Bridault Jehan -Noel Jehanne 3 2 (0) 2 (2) 100 % 4 (2) 50 % Cartier Thibault 3 4 (1) 25 % 2 (1) 50 % 6 (2) 33,3 % Courtin Noel 3 2 (1) 50 % 2 (1) 50 % 4 (2) 50 % Dutrou Claude 3 6 (2) 33,3 % 2 (0) 0 % 8 (2) 25 % Glorian Nicolas - Porlier Michault G. Glorian Noel 4 3 (0) 1 (1) 25 % 5 (3) 3 (1) 50 % 8 (3) 4 (2) 41,6 % Gorgeret Thomas - Bridault Claudine 2 3 (2) 66,6 % 2 (2) 100 % 5 (4) 80 % Gueullart Anthoine - Broche Nicole 3 6 (1) 16,7 % 4 (2) 50 % 10 (3) 30 % Guesdon François - Meignen Catherine 3 6 (3) 50 % 2 (0) 0 % 8 (3) 37,5 % Guibillon Mahiet 4 8 (3) 42,8 % 9 (2) 33,3 % 17 (5) 29,4 % Jolly François - Maintetiernes Claude 4 6 (3) 50 % 1 (1) 100 % 7 (4) 57,1 % Lescuier Anthoine 3 3 (1) 33,3 % 4 (1) 25 % 7 (2) 28,6 % Maulpin Nicolas - Boucher Madeleine 3 7 (5) 42,8 % 4 (1) 25 % 11 (6) 54,5 % Michel Denis Michel Nicolas 2 3 4 (3) 75 % 3 (1) 33,3 % 7 (4) 57,1 % Porlier Mahiet - Porlier Michelle 4 3 (1) 33,3 % 2 (2) 100 % 5 (3) 60 % Obron Jehan - Maupin Françoise 2 2 (2) 100 % 4 (1) 25 % 6 (3) 50 % Prevost Nicolas - Bercher Michelle 2 4 (1) 25 % 1 (1) 25 % 5 (2) 40 % Saumaige Nicolas - Bridault Nicole 2 2 (0) 0 % 2 (1) 50 % 4 (1) 50 % Simoisie Jehan - Desmaretz Roze 2 1 (1) 100 % 2 (2) 100 % 3 (3) 100 % Total 84 (36) 38,1 % 64 (32) 48,4 % 148 (68) 45,9 %


Tableau des activités
IMGIMGMénages-souche	Activités		Ménages-so...IMGIMF
Ménages-souche Activités Ménages-souche Activités Antheaulme Nicolas - Rousseau Françoise mcd. de fruits, salpêtriers Guibillon Mahiet vignerons ex-laboureurs Boucher Pierre - Peton Henriette tailleurs d’habits, sommelier Jolly François - Maintetiernes Claude mcd. fruitiers vignerons Bridault Jehan -Noel Jehanne Lescuier Anthoine maréchal Cartier Thibault manouvriers Maulpin Nicolas - Boucher Madeleine tailleur de pierre, officiers Courtin Noel vigneron-manouvrier Michel Denis Michel Nicolas cabaretier Dutrou Claude couvreurs Porlier Mahiet Adam - Porlier Michelle vigneron, laboureur, laboureur de vignes Glorian Nicolas - Porlier Michault G. Glorian Noel tailleurs d’habits, praticiens Obron Jehan - Maupin Françoise tailleur de pierres Gorgeret Thomas - Bridault Claudine salpêtriers Prevost Nicolas - Bercher Michelle maçon Gueullart Anthoine - Broche Nicole vignerons, tavernier Saumaige Nicolas - Bridault Nicole salpêtrier Guesdon François - Meignen Catherine tailleurs d’habits


Bassin d’alliances n° 4
IMGIMGNom Famille	I	II	III Beaugrand Marti...IMGIMF
Nom Famille I II III Beaugrand Martin 2 5 mcd. fruitier, tavernier Boursier Laurens 2 6 chirurgien Chardon Nicolas 3 5 officiers Damoreau Jacques 3 7 laboureurs Duval Henry 3 9 praticiens Gillet Anthoine 2 3 officiers, marchands Lemoine Anthoine 2 2 berger Poncelles Lois 2 3 greffier, maréchal Prevost Pierre 3 9 officiers, marchands Richard Jehan 3 5 laboureurs, officiers Total 62 I Nombre de générations II Nombre d’individus III Activité


Familles tenues à l’écart des bassins d’alliances, « hors-réseau »
IMGIMGNom Famille	I	II	III		Nom Famille	I	...IMGIMF
Nom Famille I II III Nom Famille I II III Barbier Henri Denise Scellier 3 3 vignerons Laurens 3 6 manouvriers tailleurs d’habits Baron Agnen 3 4 manouvriers, tailleur de pierres Le Concte 2 7 couvreurs, manouvriers Biere Guillaume 3 6 vignerons, tonneliers Le Besgue Guillaume 4 11 vignerons Breton Guillemain 5 12 vignerons, manouvriers Lenoir Laurens 4 10 menuisier Breton Jacques 4 14 corroyeurs, vignerons Loiseleur 1 2 taillandiers Chaussée André 2 4 charpentier Paulmier 3 5 vignerons Dubut Olivier 3 4 tabellion Porlier Adam Adam 4 6 mcd. fruitiers Ducrocq Esloi 3 3 cordonniers Porlier Didier Jehan 3 10 vignerons Durand Jehan 2 6 cordonniers, manouvriers Porlier Adam Nicolas Geneviève Descouis 4 8 laboureurs Godart Pierre l’aîné 3 4 manouvriers, cordonniers Porlier Adam Nicolas Laurence Bridault 3 7 laboureurs Goujon Nicolas l’aîné Cormel Catherine 4 10 plâtriers, maçons Porlier Gros Jehan (Jehan) 4 10 laboureurs Goujon Michel 3 10 hôteliers, laboureurs Porlier Michault Acceul 4 14 laboureurs, potiers d’étain Juignet 2 4 manouvriers, maçons Scellier Melchisedecq 4 8 laboureurs Lagnistre Jehan 4 7 vignerons Tribut André 3 7 mcd. de toiles, plâtriers I Profondeur généalogique (en générations) II Nombre d’individus mariés. III Activités principales.

 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Augustins, G. (1998), « La perpétuation des groupes domestiques : un essai de formalisation », L’Homme, 148, 15-47.
·  Buffévent, B. (1984), L’économie dentellière en région parisienne au xviie siècle, Pontoise, Soc. hist. et arch. de Pontoise, du Val d’Oise et du Vexin.
·  Burguière, A. (1979), « Endogamie et communauté villageoise : pratiques matrimoniales à Romainville au xviiie siècle », Annales de Démographie Historique, 313-336.
·  Gourdon, V. (2003), « Approcher les réseaux familiaux urbains : réflexions à partir des actes de tutelle de l’Ancien Régime », 11-34, in Images et pratiques de la ville (vers 1500-vers 1840), éd. par P. Castagnetti,, Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne.
·  Lamaison, P. et Claverie, E. (1982), L’impossible mariage : violence et parenté en Gévaudan, xviie-xixe siècles, Paris, Hachette.
·  Moriceau, J.-M. (1981), « Mariages et foyers paysans aux xvie et xviie siècles : l’exemple des campagnes au sud de Paris », RHMC, 481-502.
·  Moriceau, J.-M. (1994), Les fermiers de l’Île-de-France. L’ascension d’un patronat agricole (xve-xviiie siècle), Paris, Fayard.
·  Moriceau, J.-M et Postel-Vinay, G. (1992), Ferme, Entreprise, Famille. Grande exploitation et changements agricoles : les Chartier (xviie-xixe), Paris, EHESS, « Les Hommes et la Terre, 21 ».
·  Neveux, H. (1993a), « Lignages et réseaux familiaux en France, xvie-xviiie siècles (en dehors du milieu nobiliaire)», 423-433, in Mesurer et comprendre, Mélanges offerts à Jacques Dupâquier, éd. par J.-P. Bardet, Fr. Lebrun et R. Le Mée, Paris, PUF.
·  Neveux, H. (1993b), « Pouvoirs informels et réseaux familiaux dans les campagnes européennes au xvie siècle », Actes de la Recherche en Sciences Sociales, t. 96/97, 67-79.
·  Neveux, H. (1995), « Sollicitations conjoncturelles des cercles de parenté. Position du problème à partir du milieu rural français (xvie-xviiie siècles) », Annales de Démographie Historique, 35-42.
·  Pélaquier, É. (1996), De la maison du père à la maison commune. St-Victor-de-la-Coste en Languedoc rhodanien, (1661-1799), Montpellier, Pub. de l’Université Paul Valéry, Montpellier III, 2 vol.
·  Segalen, M. et Richard, P. (1993), «Un isolat aux portes de Paris : Mariage et société à Nanterre entre 1750 et 1850 », 497-515, in Mesurer et comprendre, Mélanges offerts à Jacques Dupâquier, éd. par J.-P. Bardet, Fr. Lebrun et R. Le Mée, Paris, PUF.
·  Viret, J.-L., (1998), Valeurs et parenté. L’exemple d’Écouen et de Villiers-le-Bel (1560-1685), thèse nouveau régime, Histoire Moderne, Paris X Nanterre et EHESS, sous la direction de H. Neveux (✞), J. Goy.
·  Zimmermann, F., (1993), Enquête sur la parenté, Paris, PUF.
 
NOTES
 
[1]Ce travail est pour l’essentiel inspiré de ma thèse, à paraître. Jérôme Luther Viret, Valeurs et parenté. L’exemple d’Écouen et de Villiers-le-Bel (1560-1685). 1 230 p. Thèse nouveau régime. Histoire Moderne. Paris X Nanterre et EHESS. Sous la direction de H. Neveux (✞), J. Goy, 1998. Je voudrais exprimer ma reconnaissance à toutes les personnes qui m’ont aidé et spécialement à Vincent Gourdon qui a lu avec soin et bienveillance la première version de ce texte et l’a enrichi de ses nombreux commentaires.
[2]Au sens également de George Augustins (Augustins, 1998, 18) ou de Vincent Gourdon (Gourdon, 2003, 19). Ce dernier parle de réseau généalogique pour la parentèle et de réseau familial pour la parenté mobilisable à certaines fins.
[3]Il s’agit de la distance de parenté entre les enfants issus d’un premier parent commun qui vont épouser d’autres enfants issus d’un second parent commun.
[4]Au milieu du xvie siècle, la population d’Écouen est d’environ 850 habitants et celle de Villiers-le-Bel, d’environ 1 300 habitants. En 1673, le nombre de communiants à Villiers-le-Bel est de 1 400 auxquels il faut ajouter environ 500 protestants. Écouen possède alors une population d’environ 1 300 personnes. Nous sommes donc passés pour ces deux villages d’un total légèrement supérieur à 2 000 à un total dépassant sans doute légèrement 3 000.
[5]La volonté des Montmorency de conserver leurs droits seigneuriaux nous vaut en effet la confection de terriers à peu près tous les 30 ans à partir de 1545 (Villiers-le-Bel) ou 1562 (Écouen), jusqu’en 1660-1664. Faute de renvois entre les registres successifs et en raison de lacunes documentaires, il a fallu abandonner tout espoir de reconstituer les familles à Villiers-le-Bel avant 1620-30. Il est ici impossible de suivre les familles sur une durée de trois ou quatre générations. Cela dit, il a été possible d’y étudier la constitution des pools. Les bassins sont étudiés pour Écouen.
[6]Ont été lus et triés 271 inventaires, 201 contrats de mariage, 70 contrats d’apprentissage, 51 décharges de comptes de tutelle, 28 baux à nourriture, 155 accords portant sur des partages, 17 testaments, 29 accords sur des douaires, 11 dons mutuels, 37 bilans d’avances d’hoirie, 144 accords portant sur différents contentieux.
[7]Ces 10 petites familles pèsent ensemble 46 personnes, soit 31 % du réseau.
[8]L’unité de compte est la livre tournois (ltn). Les apports des laboureurs font en moyenne plus de 2 100 ltn, ceux des officiers 1537 ltn, ceux des vignerons 270 ltn et ceux des artisans 196 ltn.
[9]AD. 95, Min. Ec. 16 octobre/1659.
[10]AD. 95, Min. Ec. 20 octobre/1660 et 5 mars/1660.
[11]AD. 95, Min. Ec. 5 mars/1660.
[12]AD. 95, Min. Ec. 10 novembre/1659.
[13]AD. 95, Min. Ec. 22 mars/1660.
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