Annales de démographie historique
Belin

I.S.B.N.2-7011-4340-3
288 pages

p. 5 à 6
doi: en cours

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no 109 2005/1

2005 Annales de démographie historique

Réseaux familiaux : le choix de la mesure

Vincent Gourdon Cyril Grange Centre Roland MousnierUMR 8596
Depuis quelques années, le concept de réseau semble séduire un nombre croissant de chercheurs en histoire sociale. Il est particulièrement opératoire pour les problématiques qui touchent à la stratification sociale tout comme pour l’étude des liens familiaux.
Dès 1995, les historiens de la famille et les historiens démographes avaient témoigné de leur intérêt pour cette nouvelle approche. Les Annales de Démographie Historique avait alors consacré un numéro spécial aux « réseaux de parenté ». À l’époque, le volume, centré sur le rôle économique de la parenté plus que sur les questions démographiques stricto sensu, avait privilégié le dialogue avec l’anthropologie historique de la famille. La dimension quantitative n’était pas au centre des articles.
La démarche qui a conduit à la réalisation de ce numéro consiste au contraire à la réintroduire au cœur de l’analyse. Dans le cadre de l’European Social Science History Conference, qui s’était tenue à Berlin en mars 2004, une double session intitulée précisément « Quantitative Approach of Social and Family Networks » avait réuni des chercheurs italiens, hollandais et français. Son premier objectif était de dresser un panorama des diverses méthodologies statistiques utilisant la notion de « réseaux », d’observer les multiples formes d’indicateurs qui tentent de les exprimer et d’examiner les sources historiques susceptibles de les cerner. Un second axe consistait en outre à tester plus spécifiquement les possibilités d’utilisation de l’analyse de réseau formalisée, la network analysis dans le champ de la démographie historique et de l’histoire de la famille. Issue de la théorie des graphes, la network analysis a développé des procédures statistiques et un vocabulaire technique devenus courants chez les sociologues. Malheureusement, ces outils sont souvent considérés spontanément par les historiens comme fort abstraits et impossibles à appliquer à des sources historiques. À tort, nous en sommes convaincus.
Six des sept articles qui composent ce volume sont issus de la rencontre de Berlin. Quatre articles s’appuient totalement ou en partie sur la network analysis et l’appliquent à des populations aussi variées que des paysans normands du xviiie siècle (Fabrice Boudjaaba), des tisserands ruraux de Vénétie au xixe siècle (Cristina Munno), l’élite juive parisienne de la Troisième République (Cyril Grange), des vignerons et mariniers d’Île-de-France sous Louis-Philippe et Napoléon III (Vincent Gourdon). Deux autres articles ont recours à des indicateurs de réseau différents. Frans Van Poppel et Marloes Schoonheim ont fait appel aux témoins présents au mariage civil pour tester de manière statistique des hypothèses sur le niveau de centralisation familiale des différentes communautés religieuses à La Haye entre 1850 et 1910. Matteo Manfredini et Marco Breschi ont développé des mesures de présence de la proche parenté à l’échelle villageoise pour étudier l’influence du réseau familial sur la mobilité interne et l’émigration au sein d’un village toscan dans les décennies précédant l’unité italienne.
Enfin, pour introduire notre réflexion sur les réseaux, nous avons demandé à Claire Lemercier de tracer un premier bilan des apports et des difficultés de cette méthodologie dans le champ de l’histoire de la famille.
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